La recomposition géopolitique programmée du Moyen-Orient…suite

Pierre Hillard
(Me permettez vous d’utiliser une partie du texte et les deux cartes de votre blog?)


De nombreuses études ont été lancées au sein des instances militaires américaines comme dans de nombreux think tanks appelant à revoir les limites frontalières de ces Etats. Comme le montre la carte (« after »), les modifications apportées aux frontières sont le fruit d’une lente mais sûre réflexion intellectuelle dont la publication dans une revue militaire américaine de haut rang n’est pas l’effet du hasard. Le but recherché est aussi de tester les réactions en particulier celles des musulmans de la région. Cela dit, il ne faut pas voir ce document comme définitif. En fait, c’est un prototype susceptible de connaître des changements que certains appelleraient des variables d’ajustement. En réalité, l’intérêt majeur de ces travaux est de révéler que les instances militaires et politiques des Etats-Unis se sont résolument engagées dans un domaine en n’hésitant plus à l’officialiser. En même temps, cette entreprise doit se faire en adéquation avec Israël concerné au premier chef par ces bouleversements. A l’égard de ce pays, Ralph Peters se définit comme un ami « de longue date » (New York Post, 22 juillet 2006).

MOYEN ORIENT photo 2

L’article de ce militaire américain, intitulé « Frontières ethniques, que faire pour améliorer le Moyen-Orient », part du principe qu’il faut lever le tabou de la sacro-sainte frontière inamovible. Pour l’auteur, les nouvelles frontières doivent se modeler en fonction du critère ethnique et confessionnel. Même s’il n’est pas possible de tracer des frontières respectant la totalité des particularismes en tout genre nombreux et numériquement très variables, il faut pour Ralph Peters se rapprocher au maximum de ce concept.

Comme il le souligne : « Nous parlons de difformités énormes faites par les hommes qui n’arrêteront pas de générer la haine et la violence tant qu’elles n’auront pas été corrigées ».

MOYEN ORIENT Photo 1

Ces cartes (« before » : situation en 2006 (ci-dessus) et « after » : situation après recomposition (ci-dessous)) sont parues dans une revue militaire américaine, AFJ (Armed Forces Journal), en juin 2006 sous la plume d’un lieutenant-colonel américain à la retraite, Ralph Peters. Ce dernier s’est illustré dans une division d’infanterie mécanisée à partir de 1976 pour, ensuite, poursuivre ses activités dans le renseignement militaire en 1980. Auteur de nombreux ouvrages traitant de la stratégie et des relations internationales, Ralph Peters s’est retiré officiellement de l’armée en 1999. Cependant, ses contacts restent étroits avec ce milieu puisqu’il fait partie de l’équipe dirigeante d’AFJ. Cette revue n’est qu’une partie d’un véritable empire de la presse militaire américaine. Fondé en 1863, ce mensuel s’adresse aux officiers des Etats-Unis traitant de sujets aussi variés comme : la technologie militaire, la logistique, la stratégie, la doctrine ou encore la tactique. En fait, AFJ est coiffé par une maison mère, Army Times Publishing Company.

Que dire des frontières du Moyen Orient?

Bernard Owen, Maria Rodriguez-McKey
Il est certain qu’à travers le monde, les frontières n’ont pas été immuables, mais avant d’effleurer cette question au niveau du proche Orient, nous allons, en toute discrétion, écouter l’opinion du Président Obama à partir d’une personne qui le connaît bien.
Jeffrey Goldberg a une opinion positive du Président des Etats Unis. Concernant la politique extérieure, il tient compte et apprend vite des échecs et des erreurs. Le point clé de la position du Président date du 30 août 2013, quand il a refusé de se lancer dans des frappes aériennes en Syrie. En cela, il s’opposa à certains de ses conseillers, ainsi qu’à la Turquie, l’Arabie Saoudite et les monarchies du golfe. Ces Etats pensaient que les Etats Unis feraient le travail à leur place. Cette intervention aurait permis d’avoir un vide de pouvoir vite comblé par des mouvements islamistes fondamentalistes.
Il est certain que, depuis l’attaque du 11 septembre 2001, les Etats Unis ont été réticents d’incriminer l’Arabie Saoudite. Le Président Obama est bien informé sur la quantité d’argent engouffrée par l’Arabie Saoudite et par les Etats du Golfe. Il est également au courant que des Imams et des prédicateurs prêchent le Wahhabisme, version fondamentaliste de l’Islam de l’Arabie Saoudite.
Jeffrey Goldberg nous apprend que de nombreux centres de recherche bien connus tendent la main aux bienfaiteurs Arabes ou Israéliens. Notre interlocuteur a dénommé, avenue Massachusetts, où se trouvent de nombreux centres de recherche comme étant en territoire occupé par les Arabes.
Il sera intéressant de voir l’attitude du nouveau Président, à savoir si les forces Sunnites continueront à tenter de se servir de l’attitude musclée des Etats Unis. Le Président Obama est surpris de cette attitude, tout en étant conscient d’assurer l’orthodoxie de la politique extérieure. Pourtant, l’on connaît clairement la politique de l’Arabie Saoudite. Quelques jours après le 11 septembre 2001, l’on savait que 15 des 19 pilotes étaient saoudiens, ainsi que le financement de l’opération. Pourtant, les Etats Unis ont continué à considérer l’Arabie Saoudite, la Turquie, le Pakistan et les monarchies du Golfe comme des amis puissants.
La vision de la politique internationale d’Obama est lucide. Il ne comprend pas comment David Cameron qui prétend toujours avoir eu raison en agissant contre Khadafi en Libye, alors que George Osborne se plaint du refus parlementaire de bombarder la Syrie, en 2013. L’effondrement de la Libye, qui l’a menée à l’anarchie, a été une des principales raisons d’empêcher Obama d’agir contre la Syrie, de peur de retrouver le même scénario.
Notre correspondant craint l’arrivée au pouvoir d’Hilary Clinton, qui a soutenu l’invasion de la Lybie, en 2011, et qui a souhaité les bombardements de la Syrie.

La recomposition géopolitique du Moyen Orient
Nous reprenons le titre de Pierre Hillard du 18 avril 2010, qui se réfère à plusieurs auteurs, dont Patrick Cockburn. Le nombre et la connaissance de ces différents auteurs indiquent l’importance que cette question présente de par le monde.
Nos auteurs recomposent la carte du Moyen Orient. Chaque Etat se trouve modifié pour des raisons qui vont du mode de vie, à la religion et à l’environnement. Les seules Etats, qui seraient indemnes, seraient l’Oman, le Qatar, les Emirats Arabes Unis et le Koweit.
Pour cette vaste zone modifiée, sans entrer dans les détails, nous noterons les modifications, qui auront un effet au-delà de cette zone. En premier lieu, l’Arabie Saoudite, qui a bénéficié de la protection des Etats Unis depuis l’accord du 14 février 1945 entre le Président Roosevelt et le Roi Ibn Saoud. Il s’agirait de créer un Etat, qui soit comme un lieu saint, une sorte de Vatican musulman, et qui ne dépendrait pas de la police d’Etat, sous le contrôle le plus oppressif du monde, permettant à la famille Saoud de projeter leur croyance Wahhabite intolérante au-delà des frontières. Un auteur : Ralph Peters avance que le monde musulman serait plus à l’aise si la Mecque et les religieux étaient dirigés par un conseil représentatif tournant issu des principales écoles et mouvements du monde de l’Islam. Les débats mèneraient à une sorte d’Islam des Lumières. L’Arabie Saoudite aurait une sortie sur la mer, en prenant les provinces de Tabouk et une partie du Jouf.
L’Irak a déjà perdu les Kurdes et serait divisé en Etats chiite et sunnite.
La Turquie perdrait une partie de ses terrains de l’Est, qui feraient partie du nouveau et puissant Etat Kurde.
Nous n’avons présenté que les modifications, qui paraissent faisables ou logiques pour la paix du monde, mais, même à ce niveau, il pourrait s’agir de bouleversements importants, sans toutefois aboutir au chaos.

Démocratie: Le mot magique

Bernard Owen, Maria Rodriguez-Mckey

A notre époque, on emploie des mots magiques comme celui de « démocratie ». Il va de soi que nous sommes les premiers à la soutenir. Seulement, l’être humain a rencontré tant de difficultés et tant d’échecs à la mettre en place qu’il est grand temps que les hommes comprennent qu’il existe des règles, tout comme pour l’ingénieur, qui met au point des engins d’une grande complexité.
La démocratie a besoin d’un ensemble de techniques, qui ne sont pas enseignées dans nos universités. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer, non pas l’histoire du monde, mais les problèmes actuels du Moyen Orient.
Après l’Irak, l’Egypte, la Lybie, l’on parle de règlements politiques pour la Syrie. Cela peut mener à une catastrophe généralisée pour les jeunes et pour d’autres Etats, qui assistent à la démolition d’un des Etats. Les Nations Unies réunissent les autorités, les opposants très peu nombreux, et laissent de côté Daesh, qui sème la terreur ici ou là.
Sur un terrain strictement géopolitique, l’Irak a été une catastrophe concernant le découpage de la zone Kurde de l’Irak au grand damne de la Turquie, qui ne dispose plus de l’armée bien entraînée des années 1960. Ne parlons plus de Bremer (Irak 2003) que les commentateurs des Etats Unis qualifient comme étant la plus grande catastrophe de leur politique extérieure.
En Syrie, les Nations Unies multiplient les « communiqués », les « déclarations », « en vue d’un règlement politique durable de la crise ». Elles vont très loin évoquant « une nouvelle constitution conduite sous la supervision des Nations Unies ». Ce groupe de contacts est « conscient du lien étroit existant entre un cessez-le-feu et un processus politique, conformément au communiqué de Genève de 2012 ».
Heureusement que nous avons encore les Nations Unies, car la grande coalition anti Daesh est en mauvaise posture. Le Chef d’Etat Major Britannique, le Général Nicolas Houghton a déclaré que les forces britanniques ne participaient plus aux bombardements des positions de Daesh en Syrie. Le Pentagone (Ashton Carter) parle d’une coopération entre Etats Unis et force d’opposition syrienne, mais termine prudemment en ajoutant seulement dans le cas d’une attaque contre EL Raqqa. Le nouveau Premier Ministre canadien a informé la Maison Blanche qu’il retirait son aviation de Syrie. La participation de la France et de l’Australie est très restreinte.
L’attitude de la Grande Bretagne dépend de la « House of commons », qui s’oppose à des bombardements en Syrie, admettant seulement des vols de reconnaissance.
D’autre part, le quotidien « The New York Times » fait part de l’intérêt des occidentaux face aux forces russes. Leur action en Syrie a permis de noter leur efficacité et la rapidité de leur intervention. Le quotidien note qu’en deux semaines les avions russes effectuent autant de frappes en un jour que les avions de la grande coalition en effectuent en un mois. La Russie a donné une preuve d’efficacité à laquelle on ne s’attendait pas.

Moyen Orient – commentaire

Le Moyen Orient forme un ensemble, que l’on devrait considérer avec respect. La Syrie n’est pas le seul pays à rencontrer des difficultés au Moyen Orient. L’on pourrait espérer que la sagesse occidentale de ses démocraties à long terme ne reproduise jamais deux fois les mêmes erreurs ……
L’Occident a transformé l’Irak en bourbier. La Lybie, qui assurait la paix au Sahel jusqu’au Mali, avait accepté l’Occident. Vive le Printemps arabe … ! L’Egypte se voulait démocratique avec sincérité mais sans le savoir-faire. L’Occident, la France occupant la première place, bien que suivi de près par les Etats Unis et les Nations Unies, n’a pas compris que les fauteurs de troubles en série ne sont pas les « gentils opposants », qui ne représentent rien, mais les terroristes. Dès la disparition de Sadam Hussein, les opposants se sont battus entre eux. C’était l’anarchie, du chacun pour soi. Est-ce cela que la France souhaite à la Syrie ?
Le quai d’Orsay présente sa politique de la façon suivante : « Depuis le début de la crise syrienne, la France accompagne le peuple syrien dans son combat pour une Syrie libre et démocratique, unitaire et stable, respectueuse de tous ses citoyens, garantissant les libertés et les droits des minorités. La France a reconnu, le 13 novembre 2012, la coalition nationale syrienne comme le seul représentant légitime du peuple syrien. Elle soutient les efforts des Nations Unies pour la mise en place d’une transition politique. ».
Ce texte laisse rêveur …… est-ce l’incompétence du Ministre, qui se recueille maintenant au Conseil Constitutionnel ? ou l’absence d’expérience diplomatique, qui se noie dans les couloirs de l’administration ?

Le terrorisme: Pour le régler il faut comprendre

Bernard Owen
La télévision donne la parole à divers spécialistes, qui s’interrogent sur les raisons poussant certains jeunes vers le terrorisme : de jeunes désoeuvrés, de petits délinquants, le lieu où l’on a grandi, la contamination en prison. L’un des interlocuteurs a cité des exemples – l’enfant dont le père a abandonné sa famille pour retourner au bled. Dans ce cas, il pourrait s’agir d’un défit : retrouver pour l’enfant, en lui ou par lui, l’autorité manquante disparue.
Le Commandant Armed Shah Massoud s’est défendu contre les Talibans. Peu avant sa mort, le 9 septembre 2001, il a tenu des propos désabusés à un collègue, à savoir qu’il ne reconnaissait pas son peuple. Notre image de l’Afghanistan est celle où rien n’est possible. Pourtant, les Nations Unies avaient réalisé une expérience intéressante en réintroduisant la fabrication des tapis anciens, avec les moyens du bord utilisés à cette époque.
A partir de 1964, l’Afghanistan devient une monarchie constitutionnelle. Un professeur français a rédigé la constitution. Après me l’avoir présentée, je me suis rendu chez cette personne, pour en savoir plus et prendre des notes. Après avoir pris le thé, je lui ai posé la question : « comment avez-vous fait pour rédiger une constitution dans un tel pays ? ». Sa réponse a été claire : « j’ai écrit une constitution … » C’était tellement différent de ce que j’attendais de lui que notre entretien ne s’est pas prolongé. Cette constitution sera appliquée jusqu’en 1973, où un coup d’état proclama d’abord une république, puis un régime communiste mal adapté au pays, qui mena à l’intervention de l’Union Soviétique.
Dans les causes du terrorisme, on a évoqué la jeunesse désoeuvrée, des journalistes ont soutenu la notion de service civique. Et pourtant, la plus grande tuerie, celle du 11 septembre 2001, était le fait du représentant d’une des plus grandes familles saoudiennes Oussama Ben Laden. On peut aussi évoquer le jeu dangereux de l’Arabie Saoudite et du Qatar quant au financement d’activités douteuses, qui pourraient se retourner contre eux.
Au départ, la position de la France en Syrie a été un désastre. Daesh avançait, gagnait du terrain. Daesh était en marche vers un avenir radieux. Les vainqueurs attirent la jeunesse. Tous les honneurs vont vers le vainqueur. Pour un grand nombre de personnes, c’est un dieu, il représente tout ce qu’on aurait souhaité atteindre soi-même.
Cependant, se faire sauter, se suicider, demande un psychostimulant (captagon, biocapton et fitton) qui abolit toute anxiété et permet de passer à l’acte définitif. L’armée Nazie repoussée par les soviétiques utilisait déjà une drogue puissante (pervitin) pour permettre toute anxiété de s’évanouir.
Nous sommes tous des êtres humains et les mêmes règles nous suivent à travers les siècles.

Face à la mort que vaut l’idéologie?

Bernard William Owen
http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/auteurs/index.php?id=50173

Le monde regorge de nouvelles. L’on sait tout mais il faut une étincelle pour mettre à mal ce que seule quelques privilégiés pouvaient évoquer entre eux. Il a fallu qu’un homme politique, respectable s’il en était, se rende à New York pour que toute la presse étale ses besoins sexuels disproportionnés. Un autre français directeur d’une école française bien connue décède à New York pour que soit découverte une gestion financière désastreuse. Il en va de même, non pas pour un individu, mais pour un comportement généralisé pour les personnes dans les taches surhumaines et allant contre l’éthique de la société.

Il a suffit que l’on trouve quelques seringues dans un appartement où s’étaient réfugié les auteurs de la tuerie de Paris pour que le grand public découvre que les extrémistes utilisaient la drogue.

Naturellement les djihadistes ce n’est pas l’Occident et pourtant sommes nous si différents?

Les livres que l’on peut lire ici ou là sur l’armée Nazi ou même sur les expériences des médecins des camps de la mort ne mentionne pas les drogues qui permettaient à l’armée de tenir malgré des conditions parfois terribles. La drogue se nommait PERVITIN. Une drogue dure (Méthamphétamine). Le journal Der Spiegel publie des lettres écrites par les militaires à leur famille réclamant un supplément de cette drogue qui venait à manquer à mesure que la guerre se prolongeait. Parmi les lettres, par exemple de Heinrich Böll (prix Nobel), le militaire demande à ses parents de lui envoyer cette drogue « dont une seule pilule l’aide à rester attentif autant qu’avec des litres de café et qui après une prise toute anxiété semble s’évanouir.

Apparemment les pilotes et les conducteurs de chars avaient le privilège de chocolat bourrés de drogue.
En janvier 1942 un médecin militaire raconte que les troupes, encerclés par les Russes, à bout de force se laissent tomber dans la neige, mais il suffisait de distribuer du PERVETIN pour qu’une demi- heure plus tard la troupe reprenne la marche.

Norman Ohler qui écrit « L’euphorie totale des drogues dans le Troisième Reich ». La drogue est montée jusqu’à Adolphe Hitler dès 1936 où son médecin Theodore Morell lui a prescrit du Motaflor pour ses crampes d’estomac. Vous remarquez que son médecin est à ses cotés sur les photos quand il se trouve à Berchtesgaden.

L’être humain se ressemble où qu’il soit quelle que soit sa religion. Nous évoquerons plus tard, pourquoi pas, la révocation de l’Edit de Nantes? (Voltaire s’y est bien intéressé).

De l’ordinateur à la compréhension de la gouvernance

Bernard Owen
Bernard Owen
Réfléchissons un instant sur l’être humain, certes pas en tant qu’individu, car on y rencontre une telle complexité que chacune de ses composantes demande une étude en soi. Abordons plutôt sa façon de vivre en communauté, son besoin de se joindre à autrui, le pourquoi de la politique qui existe aux époques que nous croyons connaître. L’histoire nous indique les difficultés de vivre ensemble au sein d’une même nation.
Au cours des siècles, on constate le don de création de l’être humain dans d’innombrables domaines. Il existe des périodes dans lesquelles notre univers marque le pas dans un certain domaine, mais pas dans l’ensemble de l’humanité.
Au début du vingtième siècle, l’on pouvait lire dans un livre que le pont métallique destiné au Chemin de Fer : « the firth of forth bridge » qui enjambe un vaste fleuve à neuf kilomètres d’Edinbourg, construit de 1882 à 1890, était le plus vaste monument réalisé depuis l’Empire Romain. Un livre intitulé : le mécanicien de chemin de fer – auteur Emile With – 1885 souligne le parcours accompli en un siècle. Le lecteur de notre époque ne peut que s’émerveiller des progrès
De nos jours, la technologie va de soi. Rien ne nous étonne. Les livres ne sont plus les seuls moyens d’informations, nous avons les ordinateurs qui fourmillent d’informations avec probablement moins d’erreurs que les anciennes encyclopédies. Nous voyageons à travers le monde grâce à l’informatique. Au début de la dernière guerre mondiale, un jeune Anglais a compris la façon de déchiffrer le code secret des Nazis. Le Spoutnik a été le fruit d’une longue coopération. On a peine à croire qu’avant la dernière guerre, aucune ligne régulière aérienne ne traversait l’Atlantique.
Les découvertes en astronomie étaient dans l’ère de différentes époques, et pas dues seulement à un seul homme. Certes, on n’admet pas facilement le changement. Il existe des doutes. Le pouvoir, quel qu’en soit l’origine, peut être réticent. Mais, notre valeur de vie, cumul de nos connaissances et de leurs mises en pratique, est merveilleuse dans certaines parties de notre planète.
L’être humain possède des capacités de réflexion, de création et de fabrication, mais en va-t-il de même dans sa façon de vivre ensemble ? En politique, l’alternance du pouvoir est une notion bien récente. Le pouvoir de la démocratie peut reposer sur une élection, dans laquelle l’ensemble d’une population va exprimer son choix. La science politique existe, mais … les effets des systèmes électoraux sont ignorés.
Cette dernière phrase va faire réagir certaines personnes, cela demande donc à être développé. Les auteurs, qui se sont aventurés dans l’étude des systèmes électoraux et leurs effets, ont une approche essentiellement mathématique. Nous prendrons un exemple de l’extrême : André Sainte Lagüe, qui enseignait les mathématiques, et se plaisait à créer des jeux basés sur des chiffres, s’aperçut que la méthode proportionnelle de Victor d’Hondt ne donnait pas un résultat exact quant au rapport du pourcentage des suffrages à celui du pourcentage des sièges. Il s’amusa donc à créer une méthode se rapprochant du système proportionnel des plus forts restes, plus exacte La quête d’un système électoral satisfaisant resta au niveau mathématique.
L’argumentation mathématique devait avoir une base sociologique : les minorités devaient être représentées au parlement. Naturellement, le résultat, selon le nombre de minorités, pouvait mener au morcellement de l’assemblée, puis à des gouvernements de coalition, ce qui peut donner satisfaction pendant un certain temps, mais l’arrivée d’une crise bouleversera la situation. On observera immédiatement une mésentente parmi les partenaires du gouvernement, quant aux solutions à prendre. Le résultat ne tardera pas à se présenter, et la population assistera à la chute du gouvernement au moment où le pays a le plus besoin d’une autorité politico administrative efficace.
Une solution peut alors se présenter sous la forme d’un nouveau parti inconnu ou quasiment inconnu, qui va trouver sa légitimité dans des positions nouvelles pouvant être extrémistes ou pas.
Ce type de situation n’est pas rare dans notre Europe « proportionnaliste ». Nous allons développer, rapidement certes, les mécanismes méconnus qui agissent au sein des démocraties. C’est dans ce contexte que les systèmes électoraux doivent être conçus agissant parmi des êtres humains pensant et réagissant, et non en tant que simples chiffres.
Le premier terme qu’il faut retenir est : « la structure d’influence électorale ». Cette « structure » est de nature différente selon le système électoral utilisé, car son importance apparaît clairement dans un système électoral proportionnel.
Prenons le cas des Pays scandinaves : Suède, Norvège et Danemark
Ces 3 pays ont un Parti Socialiste très impliqué dans le syndicalisme ouvrier. Victor Alexis Pestoff a été le premier à effectuer le lien. Sa recherche montre que ce lien allait assez loin auprès de l’électeur. Les pamphlets du Parti Socialiste défilaient sans difficulté dans les ateliers, alors que les distributeurs des autres partis restaient à la porte de l’usine. Le parti lié au syndicalisme bénéficiait d’un esprit de camaraderie, qui n’avait rien de coercitif, étant donné que le vote est libre. Mais, ce lien entre travailleurs de tâches comparables était déterminant. Tous les membres d’un atelier n’allaient pas voter d’une façon semblable, mais ceux qui voteraient différemment n’en parleraient guère.
Le vote pour le Parti Socialiste, dans le temps, au niveau national est bien supérieur à celui des autres partis de petite taille, ce qui leur permet, à certains moments, de former un gouvernement de coalition, ou même un gouvernement minoritaire. Les détails de ces fonctionnements se trouvent dans deux livres.
Les références :
« Les système électoral et son effet sur la représentation parlementaire: Le cas Européen. » Bernard Owen, LGDJ 2002.

« Proportional Western Europe: The Failure of Governance. », Bernard Owen, Maria Rodriguez-McKey, Palgrave MacMillan, 2013.

Après la guerre, le phénomène de l’influence électorale est inconnu, et de ce fait, a faussé l’appréciation des diplomates des Etats Unis. Cela apparaît dans leur correspondance avec le State Department. Il s’agit de la signification qu’avait le vote pour les partis communistes français et italien. A partir de 1945, le vote pour le Parti Communiste a rapidement baissé en dehors des 2 pays (France et Italie) où ce parti s’était emparé de la principale confédération syndicale : la C.G.T. et la C.G.I.L.
Les diplomates des Etats-Unis ignoraient l’effet des structures d’influence électorale. Il faut noter que cette question n’avait guère été étudiée.
De nos jours, les mêmes erreurs d’appréciation sont toujours présentes. L’Egypte est un cas particulièrement tragique de cette méconnaissance de l’effet de structure d’influence électorale. Il s’agit de l’influence des Frères Musulmans, qui avaient été réduits à œuvrer dans le domaine social, et dont la gestion financière était remarquable. Cette position, à l’écart de la politique, mais connue de toute la population, leur apportait une place prépondérante en politique. Les Frères Musulmans remportent toutes les élections : législatives, parlementaires, constitutionnelles. Ils ont naturellement remporté l’élection présidentielle, mais de peu, car elles se tenaient avec un système majoritaire moins sensible aux structures d’influence.
L’Egypte est un exemple malheureux, car cela ne fait aucun doute que les internationaux n’étaient pas à la hauteur.
Il existe une autre structure : la structure d’accueil pour le vote contre.
Prenons l’exemple de la République de Weimar où le Parti Nazi recueillait 2,6 % des suffrages aux élections législatives de 1928, avec une montée spectaculaire à 18 %, en 1930, après la grande crise économique de 1929 et la chute du gouvernement de coalition comprenant 5 partis.
Cette structure d’accueil pour le vote contre s’est retrouvée en Autriche à l’occasion de l’impossibilité pour l’un des deux partis traditionnels de former un gouvernement. Cela a mené à l’ascension rapide du Parti Libéral devenu d’extrême droite sous l’impulsion de George Haider, ce qui a eu pour résultat d’atteindre, pour ce nouveau parti, le même niveau que le Parti Catholique de droite modérée. Ce dernier parti n’accepta pas de former une coalition avec le parti socialiste. Une entente fut trouvée entre le Parti de droite modéré et celui d’extrême droite. L’Autriche se trouva avec une coalition de deux partis de droite. L’Europe entière se retourna contre l’Autriche. Certains membres de la Commission Européenne refusèrent de serrer la main des représentants de l’Autriche. Ils ont eu tord, car étant au gouvernement, le Parti d’extrême droite perdait sa position de structure d’accueil pour le vote contre, et retrouva son niveau de 10 %, lors des prochaines élections.
Il apparaît que des notions techniques sont de la première importance dans le système des partis d’un pays, ce qui modifie l’approche que devraient avoir les chercheurs en science politique. L’idéologie est de moindre importance, et doit se situer parmi un ensemble de données sur lesquelles nous travaillons.