Mossoul-Alep, les bons et les mauvais morts

Par ROBERT PARRY
Mondialisation.ca, 20 octobre 2016
consortiumnews.com

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Alors que l’offensive sur Mossoul menée par les États-Unis et leurs alliés vient d’être lancée, les grands médias américains préparent le public à la justification des victimes civiles, contrairement à leur discours sur Alep.

Notez la différence dans la façon qu’a le New York Times de préparer le public aux victimes civiles de l’offensive de la coalition américaine à Mossoul pour libérer la ville de l’État islamique (EI) – en présentant les terroristes comme les seuls responsables – avec les condamnations incessantes de l’offensive des forces syriennes soutenues par la Russie dans la partie Est d’Alep tenue par al-Qaïda.
Dans le cas de Mossoul, les plus d’un million de résidents ne sont pas montrées comme les victimes des frappes américaines et de l’offensive terrestre irakienne, bien qu’il est certain qu’un grand nombre mourront. Au contraire, les civils sont décrits comme attendant avec impatience d’être libérés des terroristes d’IS et de leurs coupeurs de têtes.
« Les résidents de Mossoul sont en train de stocker des vivres et écrivent furtivement des slogans de résistance sur les murs », écrit le vétéran du journalisme, Rod Nordland, sur le lancement, cette semaine de l’offensive américaine. « Ces forces combattront pour entrer dans une ville où pendant des semaines la loi autoritaire et impitoyable d’EI…a sévi contre une population impatiente de fuir ou de se rebeller, selon les interviews d’une trentaine de gens de Mossoul…Sortir de Mossoul était devenu dangereux et difficile : ceux qui étaient pris devaient payer un million de dinars, à moins d’être d’anciens membres de l’Armée irakienne ou de la police, dans quel cas la sanction était la décapitation….Les graffitis et autres actions de dissidents contre l’EI ont été plus fréquences dans les dernières semaines, tout comme les exécutions lorsque les vandales étaient pris. »
Le Times poursuit : « Les résidents de Mossoul n’en peuvent plus des règles sociales interdisant de fumer et appelant à jeter de l’acide sur les tatouages, des exécutions sommaires d’opposants supposés, de la flagellation de ceux qui n’assistent pas à la prière ou se rasent et de la destruction des monuments historiques non islamiques ».
Le message est donc clair : si l’inévitable arrive et que l’offensive américaine tue des civiles à Mossoul, y compris des enfants, les lecteurs du New York Times ont été convaincus d’accepter ce « dommage collatéral » comme nécessaire si l’on veut débarrasser la ville des extrémistes assoiffés de sang. La guerre pour écraser ces fous l’exige, même si le nombre de civils tués dans l’« échange de feu » est important.
Nous avons connu le même traitement de l’information par les grands médias à l’occasion de diverses offensives organisées par les États-Unis sur des zones urbaines, comme la dévastation de la ville irakienne de Fallouja, en 2004, lorsque les Marines ont chassé les insurgés hors de la ville en rasant ou endommageant gravement la plupart des bâtiments de la ville et en tuant des centaines de civiles. Mais ces victimes étaient décrites dans la presse occidentale comme des « boucliers humains », leur mort étant de la responsabilité des rebelles irakiens.
Malgré le fait que les forces américaines ont envahi l’Irak en violation de la loi internationale – la mort de milliers de victimes civiles irakiennes de la force de frappe américaine selon la doctrine « shock and awe » (choquer et terroriser en vue d’une domination rapide-NDT), devraient être considérées comme crime de guerre – ni le New York Times, ni aucun grand média américain, n’a fait d’analyse de ce type. Comme aujourd’hui, cette position n’a été le fait que d’une minorité politique. Les tribunaux de crimes de guerre sont destinés à d’autres.
À l’inverse, le Times décrit régulièrement la bataille pour Alep-Est comme un simple cas de barbarie des dirigeants russes et syriens qui bombardent des populations innocentes sans se préoccuper du coût humain, en vertu d’un apparente soif d’assassinat d’enfants.
Plutôt que de se concentrer sur la loi d’airain d’al-Qaïda imposée à Alep-Est, le Times disait à ses lecteurs, fin septembre, comment interpréter l’offensive russo-syrienne pour chasser al-Qaïda et ses alliés. Un article d’Anne Barnard et Somini Sengupta, publié le 25 septembre, était titré « La Syrie et la Russie semble prêtes à brûler Alep ». « Rendre la vie impossible et la mort certaine. Ouvrir une issue de secours ou offrir un marché à ceux qui partent ou se rendent. Laisser le peuple sortir au compte-goutte. Tuer tous ceux qui restent. Recommencer jusqu’à la prise de possession d’une scène urbaine désertée. Telle est la stratégie que le gouvernement syrien et ses alliés russes ont adoptée depuis longtemps pour soumettre les rebelles syriens, en écrasant massivement les populations civiles qui les soutiennent. Mais au cours des derniers jours, avec la désintégration des espoirs d’un nouveau cessez-le-feu aux Nations unies, les Syriens et les Russes semble se mobiliser pour appliquer cette stratégie de « tuer tous ceux qui résistent » à la cible pourtant la plus ambitieuse : les sections tenues par les rebelles de la métropole divisée d’Alep ».
On notera, à nouveau, comment les « rebelles » sont présentés comme des héros locaux plutôt que comme une bande de djihadistes syriens et étrangers qui combattent sous le commandement opérationnel du Font al-Nousra filiale d’al-Qaïda qui a changé récemment son nom en Jabhat Fatah al-Sham (Front de la conquête de la Grande Syrie). Un changement de nom et un simulacre de rebelles « modérés » qui ne sont qu’une nouvelle supercherie.
Gareth Porter, journaliste et historien écrivait que « l’information issue d’un grand éventail de sources, y compris celle que les États-Unis soutiennent explicitement, montre clairement que toute organisation armée anti-Assad dans ces provinces (d’Idleb et Alep) est engagée dans une structure militaire contrôlée par les activistes d’al-Nousra. Tous ces groupes rebelles combattent avec le Front et coordonnent leurs opérations militaires avec lui. Au moins, depuis que l’administration Obama a, en 2014, armé des groupes rebelles syriens, même si elle savait que ces groupes étaient en relation étroite avec le Front al-Nousra, qui, simultanément, recevait des armes de la Turquie et du Qatar. Les stratèges appelaient à fournir des missiles anti-tanks TOW au « Front syrien révolutionnaire » (FRS) qu’ils considéraient comme un « client » de l’armée syrienne indépendant du Front al-Nousra.
« Cependant, lorsqu’une force conjointe d’al-Nousra et de brigades non-jihadistes, incluant le FSR, ont pris la base militaire syrienne de Wadi al-Deif, en décembre 2014, la vérité à commencé à émerger. Le FRS et d’autres groupes auxquels les États-Unis avaient fourni les missiles TOW avaient combattu sous le commandement d’al-Nousra pour prendre la base.
Cette réalité – le fait que le gouvernement américain fournit directement de l’armement sophistiqué à al-Qaeda – est rarement mentionnée dans les grands médias américains, alors qu’on pourrait penser que cela ferait un « scoop ». Mais cela frustrerait le discours propagandiste tant désiré des « bons garçons » rebelles combattant les « mauvais garçons » soutenus par le gouvernement et les « super-mauvais garçons » russes.
Que se passera-t-il si les Américains comprennent que leurs impôts et l’armement américain servent au groupe terroriste qui a perpétré les attaques du 9/11 (attentat des Twin-Towers à New-York-NDT) ? Que se passera-t-il s’ils comprennent le contexte historique plus large dans lequel Washington a contribué au mouvement djihadiste moderne et à al-Qaeda, par son soutien et celui de l’Arabie saoudite aux moudjahidin afghans dans les années 1980 ?
Et que se passera-t-il si les Américains comprennent que les soi-disant « alliés » régionaux de Washington – dont l’Arabie saoudite, le Qatar, la Turquie et Israël – se sont mis du côté d’al-Qaïda en Syrie par haine de l’Iran chiite et de son allié, le gouvernement laïc syrien ?
On connaît ces sympathies pour al-Qaïda depuis plusieurs années, mais jamais il n’y a été fait référence dans les grands médias américains. En septembre 2013, l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Michael Oren, alors proche ami du Premier ministre Benjamin Netanyahu, avait déclaré au Jerusalem Post qu’Israël privilégiait les Sunnites syriens à Bachar al-Assad. « Le plus grand danger pour Israël est l’arc stratégique qui s’étend de Téhéran à Damas en passant par Beyrouth », expliquait Oren au Jerusalem Post. « Nous avons toujours voulu le départ de Bachar al-Assad, nous avons toujours préféré les « mauvais garçons » qui ne sont pas soutenus par l’Iran aux « mauvais garçons » qui sont soutenus par l’Iran », même si les « mauvais garçons » sont affiliés à al-Qaïda, précisait-il.
Et, en juin 2014, parlant en tant qu’ancien ambassadeur à une conférence de l’Aspen Institute, Oren développait sa position, expliquant qu’Israël préférait même une victoire d’État islamique à la survie d’Assad soutenu par l’Iran en Syrie. « Du point de vue d’Israël, si un « mal » doit prédominer, que ce soit le « mal sunnite ».
Une telle « realpolitik », aussi cynique que dangereuse, est cachée au peuple américain. Au contraire, le conflit syrien est présenté comme ne concernant que les enfants. En forçant les civils à rester, al-Qaïda et ses alliés peuvent exploiter les blessés et les morts civils, particulièrement les enfants, dans un but de propagande.
Adoptant la stratégie de propagande d’al-Qaïda, le Times et d’autres médias ont mis l’accent sur les enfants. « Ils ne peuvent pas jouer, lire ou aller à l’école », pouvait-on lire le 27 septembre. « De plus en plus souvent, ils sont privés de nourriture. Les blessures ou les maladies peuvent être fatales. Beaucoup se blottissent avec leurs parents dans des abris souterrains sans fenêtres, qui n’offrent aucune protection contre les bombes puissantes qui ont transformé Alep-Est en scène de crime. Parmi les 250 000 personnes prisonnières dans le refuge de la ville divisée, il y a 100 000 enfants, les victimes les plus vulnérables des bombardements intensifiés des forces armées syriennes et de leurs alliés russes. Bien que le monde est périodiquement choqué par la souffrance des enfants dans le conflit syrien – les photos d’Omran Daqneesh prises par Alan Kurdi, avec le visage en sang en sont le meilleur exemple – la mort et les traumatismes sont de plus en plus fréquents chez les enfants. »
Ce discours propagandiste a imprégné la campagne présidentielle américaine. Martha Raddats, modérateur du second débat présidentiel, a intégré en grande partie le thème du « mal russe » dans une question, allant jusqu’à comparer les souffrances à Alep à l’Holocauste, à la campagne d’extermination de Juifs et autres minorités par les Nazis.
Ce qui a permis à l’ancienne secrétaire d’État, Hillary Clinton, de réitérer son appel à une intervention américaine plus importante en Syrie, y compris la « zone d’exclusivité aérienne » dont les militaires disent qu’elle nécessiterait une opération massive qui tuerait de nombreux syriens, civils et militaires, pour éliminer les systèmes sophistiqués de défense aérienne et les forces aériennes de la Syrie.
En se fondant sur la récente publication de Wikileaks des discours de Clinton aux banques d’investissement et autres intérêts spéciaux, nous savons qu’elle reconnaît aussi le coût humain élevé de cette stratégie. En juin 2013, elle disait : « Pour avoir une zone d’exclusion aérienne, vous devez détruire la défense aérienne en grande partie située dans les zones peuplées. Ainsi, nos missiles, même si ce sont des missiles « standoff » (bombes téléguidées-NDT) qui ne mettront pas nos pilotes en danger…vous allez tuer un tas de Syriens. Et ainsi, subitement, cette intervention dont les gens parlent si facilement, devient un engagement américain et de l’OTAN qui vous coûte un tas de civils. »
Cependant, au cours de sa campagne, Clinton a facilement parlé de sa proposition d’imposer une « zone d’exclusivité aérienne » sur la Syrie devenue encore plus dangereuse, depuis 2015, avec l’accord russe d’aide directe au gouvernement syrien pour combattre al-Qaeda et État islamique.
On ne dit pas, non plus, au sujet d’une telle intervention américaine, qu’elle pourrait ouvrir la voie à al-Qaïda et son clone EI pour battre l’armée syrienne et gagner le contrôle de Damas, créant même la possibilité d’un pire bain de sang chez les Chrétiens, les Chiites, les Alaouites, les Sunnites laïcs et autres « hérétiques ». Sans parler du fait qu’une « zone d’exclusion aérienne » imposée par les États-Unis serait une violation totale de la loi internationale.
Au cours des prochaines semaines, nous allons sûrement entendre souvent parler de la façon dont EI utilise le peuple de Mossoul comme « bouclier humain », en excuse aux bombardements américains lorsqu’ils frapperont des cibles civiles et tueront des enfants. Ce sera l’entière faute des rebelles. Sauf que c’est un autre registre de « règles du journalisme » qui a été appliqué à Alep.
Robert Parry
Article original en anglais : Good Deaths in Mosul, Bad Deaths in Aleppo, Consortiumnews.com, 17 octobre 2016
Traduction Christine Abdelkrim-Delanne, AfriqueAsie.fr, 19 octobre 2016
Robert Parry est un journaliste d’investigation collaborateur d’Associated Press et Newsweek dans les années 1980. Il contribue au site indépendant https://consortiumnews.com qui a publié cet article en anglais.
Avis de non-responsabilité: Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que le ou les auteurs. Le Centre de recherche sur la mondialisation se dégage de toute responsabilité concernant le contenu de cet article et ne sera pas tenu responsable pour des erreurs ou informations incorrectes ou inexactes.

La vie actuelle n’est pas limitée aux Moyen Orient .

Bernard Owen
Pourtant le Moyen Orient a tenu le devant de la scène. D’abord les avancées de DAESH ou ISIS selon la langue. Puis l’arrivée de la Russie, de l’Iran et le retournement de la situation. N’oublions pas l’étrange coup d’Etat en Turquie que l’on cherche à comprendre. En deux ans de temps les terroristes ont reculé et l’on se réjouit et pourtant les morts, les assassinats sont terribles.
Face à cela, l’absence de connaissance des règles de la démocratie font rêver. Les techniques électorales n’intéressent que peu de gens, mais le monde ne s’est pas arrêté et il existe un événement qui aurait dû retenir notre attention pendant sept ans.
Quel est cet événement de poids qui s’est produit après de longues négociations en dehors de cette activité béliqueuse. Il s’agit d’un accord économique « l’AECE » qui veut dire « accord économique et commercial global ». Techniquement il s’agit d’un accord entre le Canada et l’Europe. Ce qui surprend au premier abord est le déséquilibre entre le Canada et ses 10 provinces et les 28 Etats, maintenant 27, de l’Union Européenne.
Ce traité couvre les relations économiques bilatérales, les produits et les services, l’investissement et les achats gouvernementaux.
L’entente entre les différents partenaires pouvait donner lieu à quelques difficultés. Pour éviter les désaccords avec l’un des participants le traité prévoit que l’entente ne s’appliquera que durant 10 années.
Le retrait de la Grande Bretagne de l’Europe ainsi que la séparation possible de l’Ecosse de l’Angleterre indique quelques difficultés. La situations internationale de la Grande Bretagne est pour l’instant, la seule complication.
Il apparaît que nos législateurs ont souhaité aller un peu plus loin. Car pour que l’accord entre en vigueur l’ensemble des assemblées législatives régionales concernat et fédérales doivent être en accord. L’Europe a exigé que les 10 provinces canadiennes donnent leur accord. Or, jamais les provinces canadiennes ne s’ont intervenu au niveau international.
Faisons un parallèle avec les Etats-Unis. L’on envisage difficilement ce pays tenant compte de l’avis des 50 Etats dans le cadre d’un accord international. Les sujets de discorde se multiplient. Greenpeace critique l’intervention des tribunaux. L’on critique la possibilité d’investisseurs chercher l’arbitrage contre l’Etat. Nicolas Hulot qualifie l’accord de « liberticide ».
Collentin de Salle (directeur scientifique du Centre Jean Gol), auteur du projet mentionne que le progrès de la civilisation a toujours été le résultat d’un commerce avec les Etats d’Amérique du Nord. Terminons sur une note tragicomique: Le gouvernement de Wallonie s’oppose au traité. Vous connaisez laWallonie? A noter qu’une quarantaine de références se trouvent sur Wikipedia.

L’écologisme contre l’écologie

Jean BAECHLER, Membre de l’Institut
Les alarmes résonnent de toutes parts et en permanence. La planète est menacée par les excès de l’humanité, qui s’en trouve compromise en retour jusque dans son existence même. Parvenu à un certain âge, un représentant de l’espèce a essuyé assez de « terreurs » avérées finalement exagérées ou imaginaires, pour demeurer sceptique et demander à voir. La terreur atomique du temps de la guerre froide s’est révélée vaine, mais le risque d’une catastrophe était très réel. Il était inutile et probablement dangereux de paniquer, mais la prudence et la vigilance étaient souhaitées chez les responsables politiques et militaires. Se pourrait-il que les risques écologiques évoqués avec insistance depuis une vingtaine d’années soient réels ?
Après tout, le bon sens suggère que le système humain, rendu ouvert par l’inventivité et la créativité humaines, devrait rencontrer les limites imposées par la fermeture du système-Terre, tant physique que vivant. D’un autre côté, le même bon sens souffle que la logique du vivant a dû équiper l’espèce de tout ce qu’il faut pour résoudre tous ses problèmes et survivre, sinon l’évolution de l’aurait pas sélectionnée, ce qui incite à la confiance et à l’optimisme. Mais l’expérience enseigne aussi que l’aventure humaine incline fâcheusement à évoluer par le mauvais côté :il faut des drames et des catastrophes, pour que les humains se résolvent à se mettre en quête des bonnes solutions et à les appliquer. Le bon sens conseillerait plutôt de prévoir et de prévenir les catastrophes.
Le recours au bon sens incombe à chaque citoyen et aux responsables politiques, à qui il délègue le soin et le souci de rechercher, autant que faire se peut, le bien commun, en l’occurrence le bien de l’humanité comme espèce, puisqu’il est question de la Terre comme son habitat irremplaçable. Mais ni les politiques ni les citoyens n’ont les compétences requises pour juger de l’état réel des lieux et avancer des solutions aux problèmes qui se poseraient effectivement. Les compétences existent et sont maîtrisées par les écologues. L’écologie est une science, dont l’objet propre est la planète-Terre considérée comme la « maison »-oikosen grec-du vivant en général et de l’espèce humaine en particulier. Cette maison est, en fait, un système extraordinairement complexe, d’autant plus qu’il est composé de trois sous-systèmes physique, biotique et anthropique, chacun d’une complexité croissante dans le sens de l’humain, et que l’ensemble est encore soumis à des influences originaires du système solaire.
Comme toute science, l’écologie procède par des hypothèses, dont sont déduites des prédictions de phénomènes, vérifiées par des expérimentations et des observations. Comme le vrai ne peut jamais être trouvé du premier coup, il faut recommencer, ce qui engage toute science en une exploration par essais, échecs, tris, cumulations et consolidations. Le vrai scientifique est donc toujours provisoire, qui ne deviendra définitif qu’à la fin, quand le réel sera devenu transparent à la conscience humaine et à l’intérieur de l’horizon cognitif humain. L’écologie en est loin, ce qui revient à dire que les écologues ne sont pas les détenteurs de vérités incontestables et encore moins incontestées.
Pour minimiser les risques d’erreur, le raisonnement et l’expérience imposent des mesures à prendre et à respecter par les chercheurs et les décideurs, respectivement. Les chercheurs doivent se constituer en communautés de pairs et en réseaux à l’échelle planétaire, de manière à éviter tout monopole d’un vrai provisoire et à favoriser les progrès de l’exploration du vrai par la critique des hypothèses et la vérification des prédictions. C’est ainsi que fonctionnent la science et les sciences depuis quatre siècles maintenant, d’abord en Europe et désormais sur la planète entière. De leur côté, les politiques devraient écouter les chercheurs, sans se confier aveuglément à aucune orthodoxie du moment, et ne recourir à des mesures préventives que flexibles, révisables, adaptables, car le vrai de demain pourrait réfuter celui d’aujourd’hui et des mesures trop abruptes et rigides interdire de le prendre en compte.
L’erreur fatale serait de se plier aux injonctions des harpies écologistes. L’écologisme est une idéologie, définie comme une utopie programmatique. Toute idéologie dénonce le présent comme intrinsèquement corrompu et promis à la catastrophe, s’il devait se perpétuer, et propose une mutation radicale, dont l’imposition par tous les moyens, jusques et y compris la terreur, permettrait l’instauration ou la restauration d’un état idéal. Il s’agit toujours d’assurer le bonheur des gens sans leur demander leur avis. Une idéologie isole un aspect du réel et le développe unilatéralement jusqu’à en faire le tableau intégral. En l’occurrence, une menace sur l’environnement-démographique, climatique, nucléaire, chimique, industrielle, technique…- est détachée de tout contexte et laissée se développer à l’infini, à moins que… Les cures sont variées, la croissance zéro voire négative, le véganisme extrême, la mutation énergétique, l’élimination de l’espèce humaine…
L’écologisme compromet gravement l’écologie comme science et la gestion de l’environnement par les responsables politiques. Il s’attaque à la science, en prenant effrontément appui sur le constat que les chercheurs se trompent à l’occasion, ne sont pas toujours d’accord entre eux et passent par des conceptions successives du vrai. Sans doute, mais ce n’est pas parce que le vrai scientifique est seulement provisoire, qu’il faut se mettre à l’écoute des ignorants et des imbéciles. Si une question écologique est en suspens, par exemple sur le climat, personne n’en sait plus que les écologues et les climatologues. Se persuader qu’il est possible d’en savoir plus qu’euxet suivre les opinions de ceux qui en sont convaincus, conduit à coup sûr à l’obscurantisme et ne peut qu’inspirer des mesures calamiteuses.
Or, le propre des idéologues est d’être des passionnés jusqu’à l’idée fixe et de se consacrer en permanence à la défense et à la diffusion de leurs lubies. Ils investissent tous les médias et infiltrent tous les forums, alors que les compétents et les raisonnables répugnent toujours à cet activisme, par honnêteté intellectuelle et parce qu’ils ont mieux à faire. Le risque est certain que l’opinion publique n’entende que les arguments écologistes et qu’elle fasse pression sur les décideurs politiques, qui ne sont pas, sauf exceptions rares, des scientifiques compétents. C’est pourquoi leur position est vitale et difficile. Ils doivent tenir compte de l’opinion publique et des groupes de pressions idéologiques, car ainsi le veut la démocratie et la liberté d’opinion, tout en s’en méfiant et en cherchant conseil auprès des compétents, qui ne sont pas toujours d’accord entre eux et jamais détenteurs d’une vérité définitive.
Plus que jamais, la vertu centrale de la politique s’avère être la prudence, qui devrait inspirer aux politiques de la méfiance voire de la répulsion pour les excités de l’écologisme et leur conseiller de s’adresser à ceux qui savent ou savent qu’ils ne savent pas. Par-dessus tout, ils doivent se garder, sous prétexte de démocratie mal comprise, de réunir les compétents et les incompétents dans des forums et des commissions communs, dans l’espoir d’en recueillir des conseils avisés, tenant compte de toutes les positions. Le scientifique et l’idéologiquene se concilient pas, mais le risque est de légitimer l’extravagance aux dépens du raisonnable bien informé.

Le réchauffement climatique anthropique : un mensonge qui arrange !

Par Antoine Calandra, janvier 2016

Sur le site de Mediapart:
HTTPS://BLOGS.MEDIAPART.FR/ANTOINE-CALANDRA/BLOG/100116/LE-RECHAUFFEMENT-CLIMATIQUE-ANTHROPIQUE-UN-MENSON

La COP21 qui s’est tenue à Paris en décembre 2015, pour accoucher d’une broutille, a remis la question du climat sur le devant de la scène politico-médiatique et m’a donné envie de faire le point sur ce sujet controversé. Le dernier « résumé pour les décideurs » de 2014 publié par le GIEC, agence de l’ONU, a servi de base de travail lors de cette grande foire internationale.
L’ONU (Organisation des Nations unies) est une organisation internationale censée apporter la paix dans le monde. Elle comprend de nombreuses agences qui sont malheureusement au service des multinationales et des élites politiques, et pas au service des peuples.

L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) par exemple, suite à un accord de 1959, n’a pas le droit de s’exprimer, ni d’agir en faveur des populations contaminées par la radioactivité sans l’aval de l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique)

L’AIEA est un autre exemple de structure de l’ONU peu indépendante, à la fois gendarme (très gentil) et complice de la prolifération nucléaire dans le monde. Fukushima en est une illustration magistrale : depuis le 11 mars 2011, début de ce terrible accident nucléaire, l’AIEA s’emploie à minimiser la gravité de la catastrophe pour ne pas nuire au développement de l’énergie nucléaire dans le monde.

Je pense aussi à la FAO (Organisation des Nations-Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) qui prend comme alibi la faim dans le monde (qu’elle a peu combattu) pour promouvoir le développement des OGM.

Mais revenons au GIEC, l’agence de l’ONU la plus médiatisée ces dernières années. Il y a en effet un enjeu financier colossal autour des choix énergétiques, et bien sûr un lobbying effroyable.
La création du GIEC

Le GIEC fut créé en 1988 à la demande du G7 (G20 aujourd’hui) sous la pression de Ronald Reagan et Margaret Thatcher.

Dans les années 1970 Thatcher, premier ministre, était en difficulté à cause des mineurs britanniques qui menaient de fortes grèves générant coupures d’électricité. Elle n’avait pas confiance dans les compagnies pétrolières ; sa préférence était l’énergie nucléaire.

En 1979, à Genève, se tient la première Conférence mondiale sur le climat. Alors que la crainte dans ces années là était celle d’un refroidissement planétaire, est déclaré que le dioxyde de carbone(CO2) émis par les activités humaines pourrait réchauffer la planète et avoir de graves conséquences.
Très opportuniste, Margaret Thatcher s’empare de cette pensée nouvelle pour faire la promotion de l’énergie nucléaire. La France déjà très engagée dans le nucléaire, sous la présidence de François Mitterrand, avec Jacques Delors président de la Commission européenne et représentant la France lors des grands sommets internationaux, appuie cette ligne politique.

Et le GIEC (Groupe Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) va naître en novembre 1988 et tout faire pour prouver la véracité de ce réchauffement climatique anthropique. Le lobby nucléaire y est dès le départ très présent.
Il est amusant de constater que le GIEC s’est renommé « Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat » dans les traductions suivantes. L’appellation anglophone IPCC (Intergovernmental Panel on Climate Change) ne contient pas ce mot. Le GIEC est un « Groupe Intergouvernemental » c’est à dire avant tout une structure soumise aux forces politiques.

Un mensonge qui arrange !

Depuis sa création le GIEC publie tous les six ans environ un épais rapport de plusieurs milliers de pages, ainsi qu’un « résumé pour les décideurs » de 20 à 40 pages servant de base aux négociations climatiques internationales. Le cinquième et dernier rapport date de 2014. Au fil des ans, ces résumés sont devenus de plus en plus illisibles.

Les trois premiers rapports du GIEC restaient prudents. En 1995, le GIEC concluait en disant qu’aucune des études n’avait apporté la preuve que le changement climatique puisse être attribué aux gaz à effet de serre. En 2001, le GIEC soulignait qu’en matière de modélisation du climat, ils étaient face à un « système chaotique couplé et non linéaire » et que les prédictions à long terme s’avéraient impossibles.

Mais dés le 4 ème rapport (AR4), fin 2007, sans aucune donnée nouvelle, le GIEC affirme que la réalité et l’ampleur du réchauffement climatique sont « sans équivoque ». L’effet de serre du CO2 serait la cause d’un réchauffement pouvant atteindre 6,4° en 2100 si rien n’était fait; cela provoquerait aridité, désertification, catastrophes climatiques et montée des océans. Des prédictions avec un écart allant de 0,2° à 6,4°! Une marge d’incertitude invalidant leurs conclusions.

AR4 affirmait entre autres que les glaciers de l’Himalaya pourraient disparaître en 2035 voire avant. Le GIEC dût démentir en 2010 suite aux protestations des scientifiques. Des études ont confirmé qu’il n’y avait aucun recul inquiétant des glaciers en Himalaya et plusieurs scientifiques et ex-experts du GIEC démissionnèrent pour exprimer leurs désaccords quant aux méthodes de travail et ses conclusions.

En tant que vice-président dans l’administration Clinton, Al Gore aida à promouvoir le protocole de Kyoto en 1997, traité international visant à réduire les émissions de CO2.

En 2006, dans son film « une vérité qui dérange », Al Gore se met en scène pour expliquer la future catastrophe planétaire liée aux activités humaines. Ce film quasi hollywoodien très médiatisé, avec ses images d’apocalypse et sa courbe impressionnante « en crosse de hockey » pour illustrer le réchauffement depuis la période industrielle, eut un retentissement international.

Mais cette courbe était fausse ! (et ce n’était pas la seule erreur). Elle avait été sciemment falsifiée. Ce mensonge scandaleux à des fins idéologiques aurait dû entraîner la dissolution du GIEC. Mais non, le GIEC admit son «erreur», la courbe disparut du rapport suivant et le film reçut 5 prix, 2 nominations et le prix Nobel de la paix fut attribué en 2007 au GIEC et à Al Gore !!

Puis il y eut en 2009, peu avant le sommet de Copenhague, la « Climategate », autre affaire très grave. Des hackers avaient diffusé plus de 5000 e-mails de hauts membres du GIEC. Dans ces échanges apparaissaient clairement les manipulations des données scientifiques pour les faire coller à leur théorie réchauffiste, ainsi que des rapports de scientifiques censurés « comme non conforme » à la version officielle du GIEC. On y vit aussi leurs méthodes d’intimidation contre ces scientifiques « dissidents ».

Le président du GIEC, Rajendra Pachauri, faisant l’objet d’une plainte pour harcèlement sexuel, dût démissionner le 24 Février 2015. Ce n’était pas le seul scandale le concernant; il était également visé par des accusations de conflits d’intérêts et d’enrichissement personnel.

Dans le 5ème et dernier rapport (2014), sans nouvelles données scientifiques, le GIEC devient plus affirmatif encore : le réchauffement du système climatique est dû aux activités humaines (probabilité de plus de 95 %) et il faut mettre fin à l’utilisation des énergies fossiles, principales responsables.

Qu’en est-il de ce soi-disant réchauffement climatique anthropique dû au dioxyde de carbone (CO2) ?

Tout d’abord, il est bon de rappeler que le climat de la Terre n’a jamais été constant et a sans cesse changé. De plus la climatologie est une science récente qui ne s’est développée qu’après la seconde guerre mondiale.

L’atmosphère de la Terre se compose d’une multitude de gaz dont une petite partie sont des gaz à effet de serre. Le principal gaz à effet de serre est la vapeur d’eau (H20). Heureusement qu’elle est là sinon il y aurait sur Terre 30°C de moins, soit une température moyenne de -18°C.

Le C02 est un gaz à effet de serre assez mineur ; c’est le seul qui augmente de façon significative. Depuis 20 ans, son augmentation semble se limiter d’elle-même dans une période pourtant fortement émettrice.

Pourquoi le CO2 a t-il augmenté ? la raison principale semble avoir peu de lien avec les activités humaines, mais venir surtout des cycles solaires ; le soleil ayant connu une période d’activité intense depuis 1950, cause non prise en compte par le GIEC.

La hausse des températures, du niveau des océans et le recul des glaciers seraient liés à la lente récupération de la Terre depuis 1715, fin du dernier « petit âge glaciaire ». Cette alternance entre petits âges glaciaires et périodes plus chaudes a pu être observée dans l’histoire de la Terre grâce à l’analyse des carottes glaciaires sur une période de 600 000 ans.

Le CO2 suit les changements de températures. Il est une conséquence et non une cause. Quand il fait froid, les océans absorbent plus de CO2, et quand il fait chaud, c’est l’inverse, ils en rejettent davantage. Le taux de CO2 d’origine anthropique dans l’atmosphère serait d’environ 5 %.

Les océans représentent la majeure partie de la surface du globe et constituent un immense réservoir de CO2 contenant 60 fois sa quantité dans l’atmosphère.
Depuis 2003, 3000 balises Argo sont installées sur tous les océans du globe et leurs données sont transmises par satellite. Ces capteurs ne constatent aucune évolution significative de la température des océans depuis leur mise en place.

Depuis le début du XXIème siècle, les instituts spécialisés parlent de « pause », le GIEC emploie le mot « hiatus ». Le taux de réchauffement durant la période 1970-1998 était d’environ 0,17°C par décennie, alors que durant 1998-2012, ce taux est passé à environ 0,04°C par décennie (chiffres du MET Office, un des 3 plus importants centres de météorologie mondiale, utilisés par le GIEC). Des records de température sont toujours observés, ce qui n’est pas en contradiction avec l’ambiance de fond qui elle est quasi stationnaire.
Il y a aussi le phénomène El Nino qui est à l’origine de phénomènes météo exceptionnels perturbant le climat planétaire. Il est particulièrement puissant en 2015-début 2016. Son influence reste faible en Europe.

Des prédictions peu scientifiques …

Les mesures récentes, en particulier celles provenant des satellites et des balises Argo, sont trop éloignées des projections du GIEC pour valider leur théorie. De plus leurs modélisations ne concordent pas avec les cycles du passé. Comment pourraient-ils faire des prédictions justes pour l’avenir !?

Un rapport très complet datant de 2009, signé par 37 spécialistes internationaux concluaient par : les causes anthropiques du changement climatique restent marginales devant les causes naturelles.

Le soleil sortirait d’un cycle d’environ 60 ans d’activité intense et la tendance pourrait s’inverser et amener alors un refroidissement jusqu’en 2030.

De nombreux facteurs ont une influence sur le climat : les cycles solaires, le rayonnement cosmique (c’est à dire les particules chargées d’énergie qui pénètrent dans l’atmosphère terrestre), la formation des nuages, la dynamique des océans, le volcanisme et d’autres encore.
Les phénomènes météorologiques sont de nature chaotique et d’une prédiction aléatoire. La prévision climatique est complexe. Personne n’est en mesure de savoir vers quoi évoluera le climat d’ici la fin du XXIème siècle.

Malgré ce catastrophisme autour du réchauffement climatique, la banquise antarctique s’étend depuis 30 ans, les glaces arctiques ré-augmentent depuis 2013, les glaciers himalayens restent stables et les ours polaires ont l’air de bien se porter. Mais de tout ça, les médias ne parlent pas.
Et puis, si même il devait y avoir un réchauffement climatique, il faudrait une étude scientifique sèrieuse pour savoir si cela représenterait vraiment une catastrophe.

L’être humain et l’animal ne peuvent vivre sans oxygène comme les plantes ne peuvent se passer de CO2. Le CO2 est couramment utilisé dans les serres pour accroître le rendement des cultures. Aujourd’hui, le pourcentage de CO2 est de 0,04%. Un humain peut vivre dans une atmosphère contenant jusqu’à 5% de CO2. A ne pas confondre avec le monoxyde de carbone (CO), gaz toxique qui résulte de la combustion incomplète du bois, charbon, pétrole, gaz, etc…

Que penser de tout ça ?

Tout d’abord, les différentes affaires, erreurs et mensonges montrent qu’il n’y a aucune rigueur scientifique dans les travaux du GIEC, une structure pourtant censée synthétiser les travaux de qualité de nombreux scientifiques. Nous subissons une effroyable propagande idéologique. Il est d’ailleurs politiquement très incorrect de contester leurs thèses et tout est fait pour discréditer les contradicteurs en les raillant ou en censurant leur travail. D’où les départs de scientifiques du GIEC ( comme Judith Curry, une des climatologues les plus emblématiques )

Et surtout, il apparaît clairement qu’il y a de graves problèmes bien plus urgents à se préoccuper que cet éventuel réchauffement climatique futur.

Le matraquage permanent des médias autour de ce « global warming » anthropique sert à tout justifier : une inondation inédite, une tornade comme jamais auparavant, des sécheresses dévastatrices de plus en sévères, des ouragans plus puissants que jamais, et même des truffes en baisse et des chenilles processionnaires en plus ! Diantre, vivrions nous les débuts de l’apocalypse ! Tout est pain béni pour servir ce dogme.

Face au GIEC, certains « climato-sceptiques » ont des intérêts politiques et financiers aussi peu louables. L’enjeu climatique oppose l’industrie pétrolière et l’industrie nucléaire. S’y ajoute le récent enjeu des énergies renouvelables et les affrontements entre multinationales sont impitoyables. Cette fixation sur le CO2 est aussi un moyen de tenir à distance l’émergence économique des nouvelles puissances.

Le GIEC tente de donner à l’industrie nucléaire une dernière chance. Concernant la France, il est peu probable qu’elle soit économiquement en mesure d’investir les sommes énormes qu’elle a dépensée depuis les années 1970 pour renouveler son parc nucléaire vieillissant. D’autant plus qu’il n’y a rien de nouveau depuis longtemps sur le plan technologique. Les EPR sont très coûteux, d’une technologie ancienne, dangereuse et pas au point.

Quant au projet expérimental ITER à Cadarache sur la fusion nucléaire, il ne verra probablement jamais le jour. C’est un projet pharaonique des années 80, complètement obsolète, au coût faramineux encore inconnu, qu’ils n’arriveront pas même à construire. Une majorité de scientifiques n’y croit pas. (Je reviendrai prochainement sur ITER)

Le nucléaire produit aujourd’hui à peine plus de 10% de l’électricité mondiale et ne représente que 1,8% de la consommation mondiale d’énergie. Malgré l’alibi d’être une « énergie décarbonée » pouvant lutter contre le réchauffement climatique, un nouvel essor de l’énergie nucléaire semble peu probable. La France se trouve donc dans une impasse avec des centrales dangereuses et vieillissantes qui fournissent 77 % de son énergie électrique.

Mais une nouvelle économie repeinte en vert se porte bien et mise sur de juteux profits futurs grâce aux thèses du GIEC. Les cabinets et consultants sur « l’empreinte carbone » prospèrent. La vente des voitures électriques espère décoller.

De nombreuses institutions environnementalistes (WWF, Réseau Action Climat, Greenpeace, Réseau Sortir du nucléaire,…) se sont bien sûr ralliées au discours dominant et à cette croisade, rejoignant ainsi pronucléaires et autres lobbies malpropres, et détournant les militants écologistes des vrais combats à mener. WWF et Greenpeace ont été associés au GIEC dès sa création.

Le matraquage autour de ce réchauffement idéologique a réussi à formater la pensée de nombreux militants qui sont devenus les relais zélés de cette propagande. Les personnes contestant ce dogme, ont vite droit à des insultes et se voient même traiter de révisionnistes !

Le capitalisme industriel fait des ravages sur la planète et de vraies catastrophes sont devant nos yeux.

Le danger de la science comme de la religion est de faire d’une théorie une grille de lecture unique et imposée. Les croyances ne devraient pas avoir leur place dans une étude scientifique.

Cette propagande sur une catastrophe climatique à venir permet de laisser dans l’ombre les catastrophes mondiales bien réelles, catastrophes à la fois humaines et environnementales : les guerres et la faim dans le monde, la pollution de l’air, des sols, des mers et des rivières (par des composants chimiques plus problématiques que le CO2), l’appauvrissement de la biodiversité, les déchets nucléaires, …

Impossible de passer sous silence la terrible catastrophe nucléaire en cours à Fukushima. Matsuhei Murata, ancien ambassadeur du Japon en Suisse, parlait il y a quelques jours, d’un accident encore jamais vécu par l’humanité et toujours pas maîtrisé. Les cœurs fondus des réacteurs restent inaccessibles à cause de leur niveau de radiation, détruisant même les robots envoyés. De grandes quantités de radionucléides mortels sont rejetés sans cesse dans la mer et dans l’atmosphère, et ont atteint l’ouest des États-Unis. Aucune perspective de solution à ce jour. M.Murata souhaite que le Japon se retire de l’accueil des jeux Olympiques de 2020 pour consacrer tous les efforts à la crise de Fukushima.

Fera t-il beau demain ?

La COP21, à Paris en décembre 2015, a coûté plus de 180 millions € et s’est terminée par un accord international, qualifié d’historique, ratifié par 195 États : stabiliser le réchauffement climatique dû aux activités humaines bien en dessous de 2°C d’ici à 2100 (sans aucun engagement chiffré des États).
Quel gaspillage d’argent public et quel égarement !

L’Homme ne commande quasiment rien du climat de la Terre. Ce sont là des forces naturelles bien plus puissantes qui sont à l’œuvre. Qu’en sera t-il du climat et de la température de la fin du siècle ? Fera t-il plus chaud ou plus froid ? Nous l’ignorons !

Le GIEC devrait être dissous. Rester aussi influent sur la scène internationale après une telle accumulation de mensonges, d’erreurs et de manipulations, montre la puissance des lobbies et forces politiques qui sont derrière cette structure.

Si l’ONU et ses agences se démenaient autant pour le bienfait de l’humanité qu’elles le font pour le monde des affaires, nous pourrions être confiants dans l’avenir.

Les multinationales ont pris le pouvoir et mènent le monde. Les dirigeants ne sont que des marionnettes pour les servir et nous endormir. Ils se plient aux impératifs du monde économique et délaissent les vrais problèmes de notre siècle.

Il est urgent de remettre en cause nos sociétés occidentales, qui tirent le monde vers le pire, et de revoir radicalement leur fonctionnement (production, consommation, distribution)

Parler du temps permet souvent de ne pas aborder les choses essentielles !

Parmi les puissances la Russie force le respect

Bernard Owen
Les interventions occidentales, au Moyen Orient, ont mené à des catastrophes. La deuxième guerre en Irak, a été déclenchée sous de faux prétextes. Les Kurdes Irakiens, à qui l’on a accordé l’indépendance, ont été les seuls à pouvoir tenir tête à Daesh, mais le problème kurde ne peut qu’avoir des répercussions en Turquie.
L’Egypte, où les ONGs américaines ont été longtemps au travail et ont conseillé de mettre en place des institutions qui ne pouvaient pas fonctionner. En Libye, la France et la Grande Bretagne ont transformé un Etat en une vaste zone tribale et tué le seul homme, qui pouvait maintenir la paix au Sahel. Ceux qui ont connu la Syrie avant 2001, parlaient d’un Etat bien organisé. Hélas, la Syrie prenait le même chemin, mais voici la Russie qui intervient pour des raisons que nous n’aborderons pas ici. Notons, cependant, que Daesh est maintenant partout en recul. Il y a des atrocités, c’est terrible ! mais il ne faut surtout pas en ajouter.
Certains souhaiteraient que l’on négocie. Or, l’on ne négocie pas en pleine bataille, l’on négocie quand la guerre est gagnée. Il s’agit d’une logique militaire, et la Russie est là pour nous le rappeler.

Syria: Russia arrives and ISIS is on the run

Bernard Owen

A few years back the West decided to intervene in the Middle East in order to impose democratic systems. As we know those interventions have not been a success.
The second Iraqi war was brought about on false pretenses. The Kurdish region of Irak had been detatched from Irak’s central authority. But the Kurds have been the only ones able to stop ISIS. Of course, this has repercussions on Turkey.
United States NGO’s, which have been in Egypt for quite a long time, offered bad advise as far as institutions go so it was not surprising that they did not work. As for Libya, what had been a organized State became a anarchic land of tribes and militia with, of course, the presence of ISIS. The head of that State, who was killed, had maintained peace in the Sahel region, and helped surrounding countries.
Syria appeared on the same track but the Russian Federation moved in for reasons we have already mentioned. However, whatever the reason, ISIS now retreating throughout theregion.
By suggesting a negotiation for humanitarian reasons, the U.N. forgets the realities of war and of military engagements. The golden rule is that one negotiates once the war is over. Sorry but this is what we have seen throughout history.

Le réchauffement climatique c’est arrêté (la suite)

Nous vous proposons d’abord le commentaire fort intéressant écrit par Dominique Pageau le 11 mars 2010, sur l’article « Changements climatiques – L’ONU fait valider les méthodes du GIEC » de Louis-Gilles Francoeur sur le site LE DEVOIR.com

Deuxièmement, un article de Claude Allègre
intitulé Le réchauffement climatique, c’est du passé
Rien à attendre de cette vérification

Un des grosses figures éclaboussés par le climategate, Phil Jones, qui était directeur du Climate Research Unit et un des auteurs du rapport du GIEC et à la tête du hadley center qui compile les relevés de températures des stations météo de partout dans le monde, a affirmé à la BBC qu’il n’y avait aucune certitude sur l’impact de l’homme sur le climat. Il a aussi admit qu’il y a eu plusieurs phases de réchauffement refroidissement lors des 130 dernières années et celles de 1975-1998 équivalait à celle de 1860-1880. Il ajoute qu’il n’y a plus de réchauffement significatif depuis 1995 et que si il est démontré qu’il y a eu dans le passé des changements semblables, comme l’optimum médiéval sur toutes la planète, ça démontrerait que de pareil changement ne sont pas sans précédent, ce qu’il demande existe, de nombreuses recherches sur en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie par exemple en Chine, démontre qu’il y eu réchauffement partout sur la planète il y a de ça 1000 ans.

Donc, Jones, qui doit en mener un peu moins large et qui doit peser un peu plus ses mots maintenant avoue que la thèse du réchauffement par la CO2 repose que sur l’incapacité du GIEC d’expliquer le réchauffement entre 1975-1998 autrement. Kevin Trenberth, un des auteurs principaux des rapports du GIEC (lead author) a dit dans un éditorial pour la revue Nature que les « scénarios » du GIEC n’ont aucune valeur prédictive. Ils sont basé sur des modèles tellement simplifiés que le résultat n’est pas crédible. L’homme est expert en modèle climatique GCM. Ce même Trenberth à voulu contraindre un expert en tempête tropicale à écrire un rapport concluant à l’aggravation du phénomène en raison des changements climatiques. Comme ce n’était pas prouvé, cet expert a démissionné du GIEC. CE même Trenberth s’est désolé dans un courriel rendu public grâce au climategate que le climat ne se réchauffait plus alors que ses modèles avaient prédit le contraire.

Le GIEC c’est une grosse arnaque, il a été fondé par des catastrophistes afin de faire la promotion de leur théorie. Et on voit que malgré la controverse, rien ne va changer, car ça, ce n’est pas remis en question et ça ne sera pas valider par le IAC. Il est faux de dire que de plus en plus de recherches tant à démontrer l’influence de l’homme sur le climat, c’est plutot l’inverse.
Le réchauffement climatique, c’est du passé
Claude Allègre

La Maison Blanche n’a plus de conseiller climatique, les réunions de l’ONU sur le contrôle des émissions de CO2 font long feu les unes après les autres. La Cour suprême des Etats-Unis elle-même, dans une déclaration historique, vient de déclarer que le scénario classique du Global Warming (réchauffement climatique) créé par l’homme n’était pas démontré. Et de recommander la lecture des articles de Freeman Dyson, l’un des physiciens les plus respectés au monde et des climatolo-sceptiques les plus convaincus.
Au grand désespoir des scientifiques dont la notoriété s’est bâtie à moindres frais sur la mode du Global Warming, le sujet est en train de passer de mode. Car le climat est toujours à l’ordre du jour. Et il y a du nouveau!
Faisant suite aux travaux de plusieurs équipes notamment celle du Hollandais de Jager, des spécialistes du soleil travaillant avec la Nasa nous annoncent aujourd’hui qu’il faut peut-être s’attendre à entrer dans un petit âge glaciaire analogue à celui qui a prévalu de Louis XIV à Napoléon. Cette prédiction est fondée sur trois types d’observations indépendantes dont la plus spectaculaire est une diminution de 30% du champ magnétique du soleil.
Ces observations semblent indiquer une diminution de l’activité solaire et donc de l’intensité du rayonnement qu’il envoie et qui constitue l’éclairement de notre planète. C’est ce rayonnement qui sur Terre est source de tout: la vie, le cycle hydrologique, le climat etc. Dans le passé, depuis la découverte par Galilée des taches solaires, on a étudié les fluctuations de l’activité du soleil et découvert que ces fluctuations étaient liées aux variations du climat. On a des enregistrements historiques de ces liens entre activité solaire et climat. Aussi les affirmations des spécialistes de physique spatiale et d’astronomie solaire concernant le climat futur doivent-elles être considérées avec attention.
Naturellement, les médias français qui, pour des raisons difficiles à comprendre, se sont entichés du réchauffement climatique avec la culpabilité de l’homme, sans doute une résurgence du pêché originel, n’en parlent pas, laissant ce soin aux médias anglo-saxons. Du côté de la physique des hautes énergies, il y a aussi du nouveau: l’hypothèse selon laquelle le rayonnement cosmique galactique modulerait la nucléation des nuages et serait donc un facteur essentiel du climat semble confirmée par les expériences effectuées dans les accélérateurs de particules. Comme l’impact de ce rayonnement cosmique galactique sur la Terre est modulé par l’activité solaire, les deux types de travaux sont complémentaires et mettent en vedette le rôle primordial du soleil. On attend une publication imminente du groupe CLOUD duCERN de Genève.
On va ainsi bientôt avoir deux communautés scientifiques très puissantes: celle de la physique spatiale et celle de la physique des hautes énergies qui ensemble vont s’opposer à celle des climatologues. Le match promet!
Vous me direz que si, après un demi-siècle de recherches, de disputes violentes entre scientifiques, de sensibilisation des plus grands responsables politiques de la planète pour agir sur le climat, on découvre que la cause ultime du temps qu’il fait est le soleil, il ne faudra pas s’étonner de recevoir des sarcasmes de M. tout le monde! Si après tant d’études, tant de milliards dépensés, tant d’instruments et de satellites construits les scientifiques découvrent que la cause du climat c’est le soleil, il y a lieu de s’interroger sur leur sagacité et leur utilité!
Les prédictions fluctuent avec les époques. Dans les années 1970, on devait craindre un refroidissement ou un hiver nucléaire; dans les années 1990-2000 l’alarme c’était le réchauffement; va-t-on rebasculer vers la mode du refroidissement futur?
Ayant été fustigé, dénoncé, injurié, calomnié pour avoir osé dire et écrire que je ne crois pas aux prédictions climatiques du Giec pas plus que je ne crois aux prédictions économiques, on pourrait penser que la nouvelle thèse qui, je n’en doute pas, va progressivement devenir la mode dominante, entraînerait chez moi une adhésion amusée. Même pas.
Mon point de vue ne change pas. Ayant été amené à travailler sur les systèmes complexes naturels et à réfléchir sur leur logique, je continue à penser que le climat comme l’économie, comme la genèse du champ magnétique terrestre ou la turbulence est un système chaotique qui est imprédictible à long terme.
Je crois aussi comme je l’ai écrit depuis quinze ans que l’homme s’adaptera aux changements climatiques comme il a su le faire depuis son émergence sur Terre, il y a 4 millions d’années! Comme l’écrit si bien Jean-Claude Carrière «le futur est imprédictible justement parce que c’est le futur!»

Le réchauffement climatique s’est arrêté

par Rémy Prud’homme – En savoir plus sur http://archives.lesechos.fr/archives/cercle/12/19/cercle_61383.htm#GhPhuiojv42MJefO.99

Le contraste entre la chaleur des débats sur le réchauffement climatique, ses causes, les centaines de milliards à engager pour le freiner, d’un côté, et la froideur des données sur l’évolution dudit réchauffement est assez caricatural. Tous les chiffres disponibles montrent que la température du globe a cessé d’augmenter depuis 16 ans.
Les trois sources principales de données proviennent de la NASA, de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration américaine, et de la Météorologie britannique. On y trouve des moyennes mensuelles et annuelles, pour les terres et pour les mers et pour le globe en général. Plus les chiffres concernent des années récentes, et plus ils sont solides, grâce notamment aux observations des satellites. Les données de ces trois sources racontent la même histoire : une légère hausse (0,3°) de la température de 1920 à 1945, suivie d’une légère baisse (0,2°) de 1945 à 1965, puis d’une forte hausse (0,6°) de 1965 à 1997, et — c’est ce qui nous intéresse ici – d’une stagnation depuis cette date. Ce sont les données qui établissent le réchauffement (de 0,7°) du 20ème siècle qui montrent son arrêt en ce début du 21ème siècle.
Pour cette période récente, afin de n’être pas accusé d’avoir choisi arbitrairement l’une de ces trois sources, on a pris pour chaque année la moyenne des trois chiffres qu’elles donnent(1) : la série ainsi obtenue fluctue autour d’une valeur constante. Cette observation visuelle est confirmée par des régressions sur les périodes 1997-2012 et 2002-2012, qui produisent des droites de régression pratiquement horizontales, avec des coefficients positifs (réchauffement) pour les 16 dernières années et négatifs (refroidissement) pour les dix dernières années, mais de toutes façons extrêmement faibles et statistiquement non significatifs. Il est donc bien établi que le réchauffement climatique est en panne depuis une bonne quinzaine d’années. N’importe qui peut le vérifier en trois clics sur internet.
Bien entendu, 16 ans ne sont pas une période très longue en matière de climat. Cet arrêt du réchauffement s’explique peut-être par des évènements contingents (comme l’éruption de volcans), et doit être interprété avec prudence. Mais 16 ans ne constituent pas non plus « une année exceptionnelle », un point aberrant, que l’on pourrait ou devrait ignorer complètement. Cette pause est difficile à réconcilier avec la théorie dominante, selon laquelle le réchauffement est directement et inéluctablement causé par les rejets anthropiques de CO2. Durant ces 16 années, ces rejets ont considérablement augmenté, davantage même que durant la période précédente marquée par un net réchauffement. Le moins que l’on puisse dire est que la relation de cause à effet (CO2 entraîne réchauffement) n’a peut-être pas la force qu’on lui prête habituellement. Les analyses, les modèles, les institutions, les politiques définies il y a vingt ans, lorsque cette relation apparaissait solide comme du roc, mériteraient d’être regardés d’un œil neuf.
Ce n’est pas du tout ce qui se produit. L’arrêt du réchauffement est ignoré, caché, nié. Gageons qu’à Doha comme à Paris, où s’ouvre paraît-il un « vaste débat » sur le réchauffement, cette panne – peut-être provisoire mais indiscutable – ne sera même pas mentionnée, encore moins examinée. Les gardiens du temple ne reculent devant rien pour faire croire que la température du globe continue toujours d’augmenter. Il y a quelque jours, le secrétaire général de l’Organisation Météorologique Mondiale affirmait d’une façon péremptoire : « le CO2 est responsable à 85% du réchauffement climatique relevé au cours des dix dernières années ». 85% de zéro, cela ne fait pourtant pas beaucoup. Des dizaines de médias ont immédiatement repris cette absurdité à leur compte. Peut-on, sans être condamné au bûcher, souhaiter une approche moins religieuse, c’est-à-dire plus laïque, plus chiffrée, plus contradictoire, de cette importante question ?
(1) Les données (les moyennes des trois sources mentionnées, présentées en différence à la moyenne des années 1961-1990) sont les suivantes pour les années 1997 à 2002 : 0,37 ; 0,51 ; 0,30 ; 0,29 ; 0,43 ; 0,49 ; 0,49 ; 0,43 ; 0,54 ; 0,48 ; 1,49 ; 0,38 ; 0,48 ; 0,54 ; 0,42 et 0,45.

La Franc-maçonnerie en Syrie sous l’administration française (1920-1946)

Attraits et rejets du modèle français
Thierry Millet

(Voir la version complète de l’article et information sur l’auteur sur https://cdlm.revues.org/1178)

De 1920 à 1946, sous le Mandat français, la Franc-maçonnerie en Syrie connaît une période de grand développement puis de régression. Les francs-maçons du Levant, sensibles aux bouleversements politiques de l’époque, sont d’abord attirés et influencés par les obédiences françaises, pour ensuite s’en détourner. Se développe alors un ensemble de mouvements maçonniques concurrents et indépendants des obédiences françaises.
Il existe un parallèle entre la tragédie mandataire et la déliquescence de la maçonnerie française en Syrie. En effet au cours de l’occupation française entre 1920 et 1946, l’activité maçonnique se trouve marquée par un âge d’or de croissance intense puis une période de régression lente toutes deux nourries par des événements conjoncturels politiques survenant en France et au Moyen-Orient.
Dans ces conditions, la Maçonnerie, en tant que structure sociale, peut-elle faire face sans se transformer elle-même aux forces politiques qui affectent, dès lors, la société syrienne tout entière ? Ainsi, dans un environnement politique prégnant, qu’elles sont les véritables raisons qui animent ces francs-maçons du Levant et qui les conduisent, pour une majorité d’entre eux, à se détourner des obédiences françaises ? Est-ce par fidélité aux principes maçonniques fondateurs ou la reconnaissance d’un modèle français dépassé et loin de leurs objectifs et préoccupations politiques ?
Pourtant les maçons syriens sont attirés par une image collective du modèle français qui marque une période d’identification idéologique. À cet attachement succède un engouement, pour les obédiences françaises, quantitativement important mais aussi qualitativement ambigu. Malgré un contexte politique pourtant moins autoritaire après la Grande Révolte de 1925, la Maçonnerie du Levant se recompose et bon nombre de francs-maçons et de loges s’affranchissent de la tutelle des obédiences françaises. C’est dans ces conditions que se développe un ensemble de mouvements maçonniques concurrents et indépendants des obédiences françaises.
I – L’attrait pour la maçonnerie française
Entre la fin du XIXe siècle et la Première Guerre mondiale, les réformateurs du système politique ottoman ainsi que les opposants à ce pouvoir centralisé se recrutent en grande partie dans la maçonnerie. Cette dernière trouve ses fondements idéologiques à la fois dans les mouvements révolutionnaires européens et dans les pensées fondamentales issues des Lumières et du positivisme dont la France en reste alors le gisement naturel.

Graphique 1 : Les fondations de loges d’obédience française en Syrie

Avant la Première Guerre mondiale, les obédiences françaises, écossaises et égyptiennes se partagent majoritairement le nombre des loges implantées au Levant alors inclus dans l’Empire ottoman. L’afflux des initiations semble saturer très vite les loges de rite français. C’est le cas à Beyrouth où, pour palier le nombre important d’impétrants et soulager la seule loge Le Liban, trois autres ateliers s’y fondent avant que la maçonnerie ne se diffuse et se multiplie dans les autres principales villes du Levant. Après les fermetures des ateliers au cours des années qui couvrent le conflit mondial, le Grand Orient et la Grande Loge de France profitent particulièrement de l’instauration du mandat français en 1920 pour se développer en Syrie de manière remarquable jusqu’en 1925. développement qui apparut lors des ruptures de régimes politiques au cours des réveils maçonniques que connurent en France le Directoire et la Restauration. Mais en Syrie, ce mouvement se constitue en complète opposition à la politique cléricale et au contrôle militaire imposés par les Hauts-Commissaires. Les autres Orients, même s’ils profitent de l’embellie conjoncturelle, restent numériquement en retrait des deux puissances maçonniques françaises.
Graphique 2 : Demandes d’adhésion et de démission-radiation dans les loges d’obédiences françaises en Syrie

Des discours lus aux cours des réunions maçonniques, ressortent les véritables raisons idéologiques qui tendent à inciter les Syriens à s’initier dans la maçonnerie française. Ces centres d’intérêts sont débattus au sein même des ateliers sur les thèmes des idéaux révolutionnaires et de l’appui de la maçonnerie aux révolutions françaises. Ainsi, au début du XXe siècle, l’attrait des Syriens pour la France et la maçonnerie française puise ses origines dans l’image d’une France et d’une maçonnerie idéalisée alors que la Syrie demeure encore soumise à la domination ottomane. En janvier 1906, une dizaine de frères de la loge Le Liban adresse un courrier aux autres membres et officiers dans lequel ils font l’éloge de l’humanisme et du progrès social de l’Ordre. Ils se reconnaissent et sacralisent les valeurs de la République qu’ils opposent aux adversaires qui exploitent l’ignorance du peuple. Ces propos ne sont pas le fruit d’une spécificité maçonne, mais s’associent aux mouvements réformateurs tels ceux qui sont menés par des intellectuels musulmans comme ‘Abd al-Rahman al-Kawakibi, devenu journaliste après un enseignement religieux à la grande mosquée d’Alep, qui prône, dès la fin du XIXe siècle, l’abolition de la supériorité de la religion sur la politique et l’instauration d’une démocratie constitutionnelle.

Pour les francs-maçons, c’est « grâce à la France et à ses fils, ces sauveurs de l’humanité opprimée, que, depuis 1860, la maçonnerie du Levant se trouve illuminée par ce foyer de vérité, lieu des lumières intellectuelles et morales ». Dans leur esprit, la franc-maçonnerie combat la misère conseillère des mauvaises mœurs et des crimes dans un total désintéressement afin de rendre l’homme meilleur. L’ordre préconiserait la tolérance religieuse en émancipant les consciences de toutes les superstitions et de tous les préjugés qui tentent de l’obscurcir. La France et sa maçonnerie, par ses principes des droits et des devoirs de l’homme, seraient les garants de la paix. En définitive, quand les Syriens « constatent que les Français leur apportaient tant de lumière et, de vérité, ils veulent devenir leurs frères et obtenir l’honneur de l’affiliation dans des loges sous la garantie des obédiences françaises ». C’est de la France que les maçons syriens attendraient le plus d’aide et d’appui dans l’œuvre de l’évolution. Mais, au-delà des idéaux diffus et dans un contexte de pouvoir ottoman, le modèle maçonnique français agit au Levant comme un laboratoire dédié à toute révolution, elle prépare au sein même des loges les réflexions et les pensées du peuple en marche vers la souveraineté. Ainsi pour les frères de Syrie, c’est encore la Maçonnerie qui aurait soufflé le triptyque Liberté, Égalité, Fraternité indiquant par là même le chemin de la démocratie face à l’obscurantisme et le despotisme.

L’attrait du pouvoir
L’autre intérêt pour la Maçonnerie française se fonde sur l’usage de la présence bureaucratique de la France. L’accès à un statut social, politique ou administratif voire sa conservation, contraint les Syriens à rejoindre par dessein ou nécessité l’institution mandataire. Dans ce jeu, les obédiences françaises se placent comme des instruments d’accessibilité et de pénétration.
• Certains francs-maçons de Damas se réjouissent de la situation politique éclaircie en France après 1924 et qu’une embellie diplomatique peut enfin leur sourire. C’est dans ce contexte politique qu’entre les années 1920 à 1924, les Syriens s’affilient de nouveau dans des loges et principalement dans les obédiences françaises12 (voir graphique n° 2). Suivant le mouvement entamé en France après la victoire du Cartel des gauches, l’annonce de l’arrivée du général Sarrail à Beyrouth en décembre 1924 déchaîne au Levant un véritable « déluge » de demandes d’initiation dans les loges des deux obédiences françaises même si, dans les chiffres, le mouvement s’amorce dès 1923. D’ailleurs plusieurs témoignages confirment ce mouvement propice où beaucoup de frères « qui avaient oublié leur serment, reviennent dans les temples ».

• Cependant, pour les plus expérimentés des frères, la plupart de ces profanes tentent de profiter de la maçonnerie pour obtenir des emplois ou une position politique quelconque, pour d’autres cet essor relève en partie d’un simple esprit de curiosité que l’on ne peut éviter d’associer aux mêmes projets. Conscients du phénomène, des frères dénoncent, eux-mêmes, l’élite politique et bureaucratique, faignant d’ignorer la répression et les déceptions mandataires, d’agir dans l’espoir de s’assurer les postes de l’administration les plus importants en usant de relations au sein de l’Ordre entre les maçons. Mais pour être efficace, cette stratégie doit concilier l’application des différentes directives politiques des gouvernements français et les convictions idéologiques des Hauts-Commissaires.
• Pour cela, dès les premiers mois de l’occupation française, la maçonnerie syrienne entreprend des actions dans ce sens. C’est le cas du vénérable Husni al-Jundi de la loge Qaysun, principale loge de Damas, qui soutient la nomination au poste de Président de la fédération de Syrie le frère Jalal bey Zuhdi et celle de Sami Pacha Mardam bey, tous deux anciens députés au parlement ottoman17, avant de s’insurger finalement contre le choix du général Weygand, alors Haut-Commissaire qui impose un non-maçon, Suhbi bey Barakat, au poste de président de la fédération syrienne. Toutefois, au printemps 1924, les frères de la loge Qaysun convainquent, malgré tout, Weygand, de la nécessité de réserver dans le Gouvernement, quatre à cinq ministères et postes de direction générale dans l’administration aux maçons « les plus compétents, les plus intègres et les plus fidèles au mandat ». Action qui doit s’efforcer, d’une part, de diffuser la pénétration française et, d’autre part, de s’attacher les personnalités les plus influentes parmi les francs-maçons en les portant ou les maintenant au pouvoir. Pour aboutir, la loge Qaysun, par l’intermédiaire de son vénérable, demande à la Grande Loge de France d’intervenir pour attirer l’attention et de persuader le pouvoir mandataire sur la nécessité de soutenir l’action de cet atelier et des frères candidats, seuls capables de défendre les intérêts de la maçonnerie et de la France en Syrie. Résultat, les frères obtiennent les charges de ministre de l’Intérieur, des Finances, de l’Instruction publique, de la Justice ainsi que celle de directeur général de l’Agriculture et du Commerce. Finalement, dans le contexte de la IIIe République, ces titularisations sont à rapprocher de l’activité et du dynamisme reconnus des membres de l’Ordre en Métropole où les gouvernements français dénombraient dans les rangs de ses ministres, en moyenne, près de 40 % de francs-maçons.Cette persévérance trouve son aboutissement dans les conséquences des élections législatives en France de mai 1924 avec la victoire du Cartel des gauches qui amplifie l’espoir, dans les rangs maçonniques, d’une politique coloniale moins cléricale et autoritaire menée jusque-là en France par le Bloc national. Attente qui se concrétise par la nomination du général Sarrail au poste de Haut-Commissaire pour le Levant. Très vite la nouvelle se propage en Syrie. En effet L’Écho de Paris du 19 et 20 décembre 1924 publie en première page un article qui rappelle que le Grand Orient de France télégraphia, dès la décision du Conseil des ministres, aux francs-maçons de Syrie, la nomination de Sarrail. À cette première nouvelle optimiste s’ajoute la propagande du Grand Orient de France au travers du journal al-Ahrar de Beyrouth alors dirigé par des maçons. Le quotidien exprime sa satisfaction des résultats aux élections du 11 mai 1924 qui mettent fin au mouvement colonial soutenu et entretenu avec énergie par le gouvernement français jusque-là. Quelques semaines plus tard la Grande Loge de France, par l’intermédiaire se son vénérable et Grand maître Bernard Wellhoff, intervient directement auprès du général Sarrail pour nommer des francs-maçons à des postes ministériels de l’État de Syrie. Le Haut-Commissaire promet de tenir compte de cette demande même si l’influence de la Grande Loge de France atteint ses limites car, contrairement à ce que croient les frères syriens, le général n’appartient pas à l’Ordre24 comme le prétendait la rumeur dès son arrivée à Beyrouth25.Mais Sarrail, toutefois ami du vénérable Bernard Wellhoff, agit dans les premiers mois de son mandat dans l’esprit maçonnique en encourageant le développement de l’Ordre au Levant. Le Haut-Commissaire semble, en effet, prêt à seconder l’action des loges dans leur extension, si les maçons soutiennent, en contrepartie, discrètement sa tâche administrative.
Pour montrer sa bonne foi, Sarrail adopte, dès son arrivée, à la fois une action politique de modération symbolique en levant l’État martial instauré par ses prédécesseurs depuis 1922 à Damas et tend la main aux maçons en imposant la nomination du frère Pierre-Alype au poste de délégué du haut-commissariat à Beyrouth. Il s’entoure aussi de quelques officiers, membres de la maçonnerie, tel le colonel Denis et l’intendant Aubouy. Enfin quelques jours plus tard, Sarrail nomme un autre franc-maçon, ancien administrateur des colonies, à la tête du gouvernement de Lattaquié Léon Cayla. Cette présence des francs-maçons dans l’administration mandataire se renforce en 1926 à la suite de la nomination du Haut-Commissaire de Jouvenel qui installe Ahmad Bey Nami, gendre du Sultan, Grand Maître de la maçonnerie syro-libanaise, membres des loges Le Liban et La Syrie de l’ordre de Beyrouth du Grand Orient de France, à la présidence du Conseil de la fédération de Syrie.
L’adhésion des nationalistes

Le mouvement général d’adhésion qui se dessine dans le graphique 2 correspond aussi à un mouvement paradoxal des initiations dans un contexte politique anti-nationaliste mené par la puissance mandataire. En effet, malgré la destruction du royaume de Damas et la forte répression de la résistance, des sympathisants nationalistes hostiles à la présence française s’initient ou réaffirment leur affiliation, suspendue par la Première Guerre mondiale, dans les loges d’obédiences métropolitaines. Même si l’on ne connaît pas la solidité et la durée de leur engagement, leur serment s’apparente davantage à un moyen prospectif politique voire à un acte de « résistance passive » de préférence à un quelconque espoir dans le gouvernement mandataire ou dans la maçonnerie française. Attitude d’autant possible que, contrairement aux Grandes Loges anglo-saxonnes, le modèle français maçonnique, incarné par le Grand Orient de France, permet à leurs adhérents « toute légitimité à participer aux grands débats politiques ».
Pour preuve, en novembre 1923, lors de tenues à la loge Le Liban de l’Orient de Beyrouth, les discours politiques et anti-mandataires se mêlent aux travaux maçonniques où l’œuvre civilisatrice de la France au Levant est fréquemment décriée. Du reste, il suffit d’observer le parcours politique et maçonnique des fondateurs de la loge Qaysun pour confirmer l’introduction de nationalistes partisans du roi Faysal, exilé en Irak, et autres indépendantistes.
Ainsi parmi ces derniers peuvent être cités : Rida Mardam bey membre du parti monarchique et de la réforme, Nassib Bakri et Fakhri Barudi dirigeants du Bloc Nationaliste à Damas, Musali ‘Abdallah nationaliste, Ibrahim Hananu, commandant de la révolte en 1920 puis chef emblématique du mouvement nationaliste jusqu’à sa mort en décembre 1935, Saadallah al-Jabri futur cadre du Bloc à Alep et bras droit de Hananu, Zaki Sukkar, anti-mandataire aux ordres du parti nationaliste et proche de Nassib Bakri, Najib Rayis journaliste au quotidien d’opposition al-Qabas, enfin Bitar Husni, responsable de l’organisation paramilitaire nationaliste des Chemises de Fer en 1936 comme les deux précédents, seul Muhammad ‘Ali al-’Abid soutiendra le ministère pro mandataire de Taj al-Din. Excepté le dernier, tous participent en 1936 au mouvement contestataire qui oblige la France à négocier l’avènement d’un gouvernement nationaliste qui perdure jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale.

II – La somme des mécontentements
Les déceptions des frères syriens se situent à la croisée des prises de position de la maçonnerie française et d’une politique mandataire partiale et autoritaire éloignée de la vision mythique de la France et des principes qu’elle revendique dans les tribunes internationales. C’est bien ces inadéquations qui provoquent désillusions et oppositions dans les rangs des maçons syriens notamment parmi les nationalistes.
L’autoritarisme mandataire
Dans les premières années du mandat, outre les restrictions qu’il apporte à la souveraineté des forces politiques syriennes, le Haut-Commissariat use et abuse de procédés exceptionnels et autoritaires. Entre 1920 et 1925, l’opposition nationaliste et la résistance armée sont violemment réprimées alors que la justice politique est exécutée par les cours martiales. Enfin en 1925, le bombardement de Damas du 20 octobre et la gestion politique de la Grande Révolte sapent un peu plus l’image de la France en particulier lors de l’interdiction du Parti du Peuple et des arrestations et déportations de ses dirigeants pour leur nationalisme actif. Parmi eux, nombreux sont francs-maçons comme Najib Rayyis et Nasib Bakri de la loge Qaysun de Damas, Faris Khuri ministre nationaliste du gouvernement syrien et membre éminent de la loge écossaise Lumières de Damas, Husni Barazi lui aussi ministre et frère à la loge Orantes de Hama ainsi que Fawzi Ghazi et Saadallah Jabri de la loge Fleur de l’Oronte d’Alep, enfin ‘Abd al-Rahman Shahbandar chef de la rébellion et affilié avec Khuri à la loge écossaise de Damas. De même, la suspension du quotidien de langue arabe Al-Missak, journal accusé de propagande maçonnique, sous la publication de Sharaf al-Din al-Faruki, vénérable de la loge La Renaissance, provoque une grande déception chez les « syriens libéraux »37. Cette série d’agissements du pouvoir mandataire explique, en grande partie, l’accroissement du nombre des démissions parmi les frères des loges d’obédiences françaises autour de 1928.
Même les maçons les plus francophiles ressentent la politique autoritaire de la France comme un abandon. Notamment quand Édouard Herriot, président du Conseil des ministres, déclare que la constitution syrienne sera élaborée directement par le gouvernement français en consultant des chefs religieux, des représentants des Chambres de commerce et les conseils représentatifs en dehors de toute représentation des partis politique. De plus, les francs-maçons, d’après le témoignage du vénérable de la loge La Sagesse, reprochent aux Hauts-Commissaires l’amenuisement des nombreux postes de la fonction publique offerts aux candidatures des frères maçons. Enfin, l’ignorance, l’incapacité et la partialité affichées par certains fonctionnaires français parachèvent l’exaspération des maçons qui dénoncent des comportements contribuant à favoriser une situation préjudiciable à l’action de la France en Orient.
Cette politique ne laisse aucune perspective à cours terme pour une quelconque émancipation pourtant inscrite dans la charte du mandat. Dans ce contexte, alors que la France prétend introduire un colonialisme teinté de morale et de mission civilisatrice, la maçonnerie française n’adopte pas au Levant une attitude nette dans le débat entre dominants et dominés sur le terrain du colonialisme et de l’indépendance. Le comportement de l’administration mandataire nuit au prestige de la maçonnerie française provoquant le détachement des frères, ce que constate à ses dépens la loge Qaysun qui enregistre une diminution du nombre de ses membres à partir de 1927.

L’influence cléricale
Pour le vénérable de la loge La Sagesse, les maçons de cet atelier perçoivent la politique des premiers hauts-commissaires, Gouraud et Weygand, comme une entreprise permettant au clergé d’exercer influence et ascendant sur les populations. Les membres de cet atelier réclament « aux responsables de la politique française, pour contrer cette influence, de suivre une politique purement laïque inspirée des tendances libérales professées dans les pays démocratiques, exempte de tout caractère religieux ».
En janvier 1921, une correspondance du frère Blancher, demeurant alors au Levant, adressée au Grand Orient de France, rapporte l’indignation des loges syriennes face à la propagande des missions jésuites agissant sur la politique cléricale de la France en Syrie. Toujours selon cette lettre, la France, y est désignée comme « le soldat du pape » par son soutien à la minorité maronite. Par l’intermédiaire de son administration mandataire, la République favorise ainsi « l’influence néfaste » des cléricaux et suscite l’opposition des musulmans voire des autres communautés non catholiques.
Cette influence des cléricaux semble pour les maçons une des causes principales de la politique de « colonisation » brutale et réactionnaire menée par l’administration mandataire45. Malgré les avertissements de certains ateliers, l’échec de la politique d’ouverture et libérale du Haut-Commissaire Sarrail entamée en 1925 est attribué, toujours selon le vénérable de la loge La Sagesse, pour raison principale, à l’ascendant du clergé voulu par la France depuis les premiers jours de l’occupation française46. Pour tenter de contrer cette propagande cléricale, la Grande Loge de France propose d’appuyer l’œuvre de la Mission laïque47dans un esprit commun de conquête intellectuelle et culturelle contre les congrégations notamment au travers de l’enseignement. D’ailleurs en 1925, comme la Maçonnerie, la Mission laïque se plait de cette influence, dans l’administration mandataire, des forces religieuses catholiques constituées par les Maronites et les Jésuites 48
Incompréhensions et inadéquations

25À l’assemblée générale annuelle de 1923 du Grand Orient de France, la commission conventuelle rapporte la nécessité de pratiquer une politique souple d’association pour permettre une assimilation progressive et totale car, en fait, « les indigènes ne demanderaient pas l’autonomie ni l’assimilation, mais une association pour transformer leur système d’assujettissement ». Cette théorie du Grand Orient s’inscrit dans le cadre d’une maçonnerie outremer constituée essentiellement de colons, fonctionnaires résidants ou militaires français. Mais le cas du Levant se situe dans un contexte théorique différent avec des frères presque exclusivement locaux soumis à une tutelle mandataire et non pas à une domination de type protectorat ou colonial. Cette domination mandataire particulière laisse légitimement entrevoir et espérer une émancipation politique relativement proche même si, dans les faits et aux dépens des frères syriens, elle reste finalement une pure manifestation coloniale. Dans l’espoir d’une perspective favorable, les loges syriennes ne cessent de rappeler aux obédiences françaises leurs revendications légitimes dues au statut même du mandat.
En conséquence, en juin 1926, la loge Fleur de l’Oronte envoie au Grand Orient de France par l’intermédiaire de son vénérable Hassan Musli une lettre manuscrite indiquant point par point les revendications des francs-maçons. Ces points rejoignent les principales demandes des nationalistes exprimées depuis le début des années 1920 dont les premières des revendications concernent l’application de la liberté et de la démocratie.
Dans le détail, ces francs-maçons demandent aussi la réalisation de l’unité syrienne en refusant tout découpage du pays décrété par la puissance mandataire. L’institution d’un Parlement librement élu par le suffrage universel, dont les députés détiendraient l’autorité de fixer la forme du gouvernement, parachèverait le processus d’autodétermination. Ils réclament enfin la suppression de la censure et le rétablissement de la liberté de réunion et de la presse ainsi que l’amnistie générale des condamnés politiques.
Ce décalage entre les attentes des loges syriennes et les intentions des obédiences françaises se confirme finalement en 1927, quand les deux puissances maçonniques françaises proposent un programme en treize articles. De ces derniers, seul l’appui aux œuvres laïques par les gouvernements coloniaux s’accorde avec les revendications des maçons syriens qui pourtant seraient en droit d’espérer mieux après les déclarations formulées, dès le départ de l’administration ottomane en 1916, par le Conseil de l’Ordre qui propose alors d’évacuer le Levant « simplement et totalement afin de permettre aux Syriens de choisir librement leur gouvernement ».
Face aux appels de la majorité des loges, le Grand Orient de France, même s’il partage les critiques des maçons syriens concernant des dysfonctionnements dans l’application du mandat, conseille, malgré tout, de poursuivre la collaboration avec l’administration française qui resterait garante d’une aide positive pour tout gouvernement syrien futur. En revanche, l’obédience française condamne toute activité hostile au mandat français52. Ainsi le Grand Orient exhorte les maçons syriens à s’aligner derrière la puissance mandataire dans une entreprise de coopération coloniale.
C’est la loge Fleur de l’Oronte qui permet de conclure sur ces mécontentements par un rapport adressé au Grand Orient de France expliquant la raison du malaise entre les maçons syriens et la France et ce sentiment d’impuissance, voire de tolérance sur l’application de la politique française en Syrie. Les frères de cet atelier dénoncent l’attitude de la France, loin des principes de libéralisme et de générosité, qu’elle revendique et que les maçons syriens percevaient jusqu’alors. Déception d’autant plus grande que la maçonnerie syrienne accuse, de plus en plus, les loges françaises de ne jamais rendre service aux ateliers locaux, leur seul souci consistant à percevoir les droits d’inscription.
En fait, jusqu’en 1936, les propositions des obédiences françaises n’ont toujours pas évolué vers un soutien à la voie de l’indépendance qui s’affirme comme la principale exigence. Seule la pression nationaliste lors des événements protestataires des premiers mois de 1936 suscite enfin la réaction de la maçonnerie française qui demande un rapport au vénérable de la loge La Renaissance sur les revendications des francs-maçons dans le débat politique afin d’agir favorablement en métropole pour convenir le plus rapidement possible d’un traité acceptable pour la France et la Syrie sur les conditions d’indépendance
III – Formes et aspects des rejets
Les conséquences de ces différends provoquent de multiples formes de rejets : le départ de frères vers d’autres obédiences, la création de nouvelles loges et la prise de contrôle de certains ateliers par les nationalistes anti-mandataires. Ces rejets induisent une réaction financière qui signifie l’état de santé et du dynamisme de la maçonnerie française en Syrie.
Impasse financière
La lecture des comptes ne laisse aucune équivoque et ne peut cacher une crise profonde. Cette dernière se situe au croisement de cotisations annuelles toujours plus élevées et le départ continu de frères entre 1928 et 1939. Du reste, dès 1929 et en 1936 la loge Fleur de l’Oronte rappelle au Grand Orient de France que toutes les loges sous son obédience rencontrent de grandes difficultés budgétaires insoupçonnées en France56. L’analyse des trésoreries des principales loges montre, en effet, de graves dérives dans les comptes des exercices annuels. Ainsi, ces difficultés financières sont consécutives au gonflement des dettes des ateliers envers la Grande Loge et le Grand Orient de France. Pour exemple, la loge Qaysun voit ses dettes augmenter d’environ 5 000 francs pour les exercices de 1930 et 1935 et atteindre finalement, entre 1931 et 1935, un passif cumulé de plus de 11 000 francs.

Malgré les protestations des francs-maçons qui prétextent l’impossibilité de souscrire à une telle majoration des cotisations annuelles versées aux obédiences françaises, ces dernières, dans un contexte mondial de crise économique toujours présente après 1929, refusent toute exonération, exemption ou baisse des capitations supplémentaires. Les dettes affectent l’ensemble des ateliers français au Levant, de la loge Fleur de l’Oronte à La Renaissance en passant par la loge Qaysun.
En fait ces difficultés financières s’inscrivent dans une lutte acharnée que se livrent les obédiences pour attirer le plus possible de frères dans leurs ateliers. Les montants des cotisations annuelles servent les politiques concurrentielles et provoquent les démissions d’adhérents qui contribuent à une diminution des effectifs et donc l’accumulation des déficits budgétaires des loges fragilisées par ce mouvement. En effet, en 1936, la Grande Loge de France demande à ses ateliers une cotisation annuelle de 60 francs alors que les autres membres des ateliers de l’obédience égyptienne payent un maximum de 5 francs. De leur côté, les affiliés aux obédiences américaines sont exonérés de frais de capitation et leurs ateliers subventionnés. Enfin les nouvelles loges créées ou rattachées soit à au Grand Orient libano syrien soit au Grand Orient syrien ne sont assujetties à aucune obligation pécuniaire.
En effet, cette politique financière agressive est dénoncée par les ateliers français car cette action planifiée, en provoquant le départ des frères, entraîne la diminution des cotisations des loges visées avant de causer, à terme, leur fermeture. En France, les obédiences françaises ne semblent pas comprendre la situation maçonnique au Levant et notamment les conséquences de la crise financière que traversent les loges. Leur rigueur ainsi que leur refus de tout soutien matériel provoquent la mise en sommeil d’un grand nombre d’ateliers, entre 1925 et 1940, pour ne pas avoir rempli leur obligation par rapport à leur obédience. Outre la fermeture des principales loges de Syrie dont les ateliers Qaysun et Syrie de l’Orient de Damas, Abu al-Fidha de Hama et enfin celui de Lattaquié, cette intransigeance altère gravement la puissance de la maçonnerie française en Syrie.
L’action des loges étrangères
La Grande Loge Nationale d’Égypte en Syrie profite de la colère générale de la population syrienne envers l’Administration française qui « cumule les fautes, exaspèrent et provoquent une répugnance prononcée pour tout ce qui est français ». La Grande Loge d’Égypte déploie une importante activité pour se développer en Syrie en y implantant des ateliers dans un objectif politique au détriment des obédiences françaises qui s’opposent à cette activité expansionniste de l’obédience égyptienne. La maçonnerie égyptienne, forte de son action et de sa réussite dans son propre pays, propose un modèle attractif pour les frères syriens qui souhaitent accéder à leurs revendications indépendantistes. Pour cela, l’adjoint au grand vénérable du Grand Orient d’Égypte et ami intime de Zaghlul Pacha, chef de l’opposition nationaliste égyptienne, rend visite aux loges en mettant en exergue l’accession « à l’indépendance et à la liberté » de l’Égypte64. En effet, les maçons nationalistes égyptiens, riches de leur expérience contre la tutelle britannique, se proposent d’aider la Syrie sur « la voie de l’émancipation ». Zaghlul Pacha et d’autres chefs nationalistes égyptiens encouragent à « allumer au fond des loges la flamme de la liberté » car, le mouvement vers l’indépendance doit partir, en Syrie, des ateliers comme en Égypte où la franc-maçonnerie gouverne dès lors.
De leur côté, les loges anglo-saxonnes semblent apparemment rester en marge du délabrement de la maçonnerie française où seule la loge Syrie décide en 1935 de se détacher du Grand Orient de France et se propose de rejoindre la Grande Loge écossaise. Enfin on peut noter aussi la création à Damas, juste après la Grande Révolte syrienne de 1925, de l’atelier Ibrahim al-Khalil sous la garantie de la Grande Loge de New York qui invite les maçons, dont 25 % proviennent de la Grande Loge de France, à se ranger au côté de « l’Amérique, seule grande puissance, loin de toute ambition colonialiste, capable de soutenir la lutte des Syriens pour l’indépendance et la liberté ».
Mais les efforts déployés par la Grande Loge Nationale d’Égypte et ceux des obédiences anglo-saxonnes ne semblent pas innocents et s’inscrivent dans une action élaborée en rapport avec la lutte d’influence que se livrent la France et l’Angleterre dans cette région. Une note de 1944 informe que les Anglais et les Américains menèrent une propagande intense pour attirer les notabilités syriennes appartenant à la maçonnerie française vers l’obédience égyptienne afin de d’altérer le prestige de la France. Dans ce processus, la Grande Loge égyptienne sert d’intermédiaire pour la Grande Loge Unie d’Angleterre qui n’admet pas les étrangers en son sein. Pour cela, cette dernière projette, afin de diffuser sa propagande, de créer une obédience arabe au Moyen-Orient.
La création d’une maçonnerie indépendante
Un autre mouvement de transfert d’obédience s’opère, non seulement dans un objectif nationaliste, mais aussi pour palier « le manque de dynamisme des obédiences françaises » dans le débat politique au Levant. Ainsi même ceux, parmi les plus modérés et francophiles, qui soutiennent encore la politique et l’action française en Syrie adviennent de fonder des Grands Orients indépendants. Par ces fondations, les francs-maçons modérés espèrent mieux résister et contrer les loges nationalistes, ce que ne semblent plus en mesure de faire les obédiences françaises. Face à cette activité générée par la maçonnerie syrienne, les obédiences françaises voient, une fois de plus, une partie de leurs frères les quitter.
Une des alternatives les plus marquantes est représentée par le Grand Orient de Syrie qui situe son champ d’action entre coopération politique et indépendance maçonnique, entre ambivalence et équivoque. D’une part, ce Grand Orient préconise de donner à la maçonnerie syrienne davantage d’unité, d’union et d’autorité donc plus d’efficacité dans l’œuvre maçonnique avec l’appui des maçons « sincères » de Syrie tout en conservant une union étroite entre la Syrie et la France afin de travailler dans l’intérêt commun72. Ce grand orient syrien se dote d’un programme politique consistant à aider la réalisation du programme du Haut-Commissariat et à soutenir l’action du gouvernement pro-mandataire Thierry Millet
p. 377-402

De 1920 à 1946, sous le Mandat français, la Franc-maçonnerie en Syrie connaît une période de grand développement puis de régression. Les francs-maçons du Levant, sensibles aux bouleversements politiques de l’époque, sont d’abord attirés et influencés par les obédiences françaises, pour ensuite s’en détourner. Se développe alors un ensemble de mouvements maçonniques concurrents et indépendants des obédiences françaises.
Il existe un parallèle entre la tragédie mandataire et la déliquescence de la maçonnerie française en Syrie. En effet au cours de l’occupation française entre 1920 et 1946, l’activité maçonnique se trouve marquée par un âge d’or de croissance intense puis une période de régression lente toutes deux nourries par des événements conjoncturels politiques survenant en France et au Moyen-Orient.
Dans ces conditions, la Maçonnerie, en tant que structure sociale, peut-elle faire face sans se transformer elle-même aux forces politiques qui affectent, dès lors, la société syrienne tout entière ? Ainsi, dans un environnement politique prégnant, qu’elles sont les véritables raisons qui animent ces francs-maçons du Levant et qui les conduisent, pour une majorité d’entre eux, à se détourner des obédiences françaises ? Est-ce par fidélité aux principes maçonniques fondateurs ou la reconnaissance d’un modèle français dépassé et loin de leurs objectifs et préoccupations politiques ?
Pourtant les maçons syriens sont attirés par une image collective du modèle français qui marque une période d’identification idéologique. À cet attachement succède un engouement, pour les obédiences françaises, quantitativement important mais aussi qualitativement ambigu. Malgré un contexte politique pourtant moins autoritaire après la Grande Révolte de 1925, la Maçonnerie du Levant se recompose et bon nombre de francs-maçons et de loges s’affranchissent de la tutelle des obédiences françaises. C’est dans ces conditions que se développe un ensemble de mouvements maçonniques concurrents et indépendants des obédiences françaises.

I – L’attrait pour la maçonnerie française
Entre la fin du XIXe siècle et la Première Guerre mondiale, les réformateurs du système politique ottoman ainsi que les opposants à ce pouvoir centralisé se recrutent en grande partie dans la maçonnerie. Cette dernière trouve ses fondements idéologiques à la fois dans les mouvements révolutionnaires européens et dans les pensées fondamentales issues des Lumières et du positivisme dont la France en reste alors le gisement naturel.

Avant la Première Guerre mondiale, les obédiences françaises, écossaises et égyptiennes se partagent majoritairement le nombre des loges implantées au Levant alors inclus dans l’Empire ottoman. L’afflux des initiations semble saturer très vite les loges de rite français. C’est le cas à Beyrouth où, pour palier le nombre important d’impétrants et soulager la seule loge Le Liban, trois autres ateliers s’y fondent avant que la maçonnerie ne se diffuse et se multiplie dans les autres principales villes du Levant. Après les fermetures des ateliers au cours des années qui couvrent le conflit mondial, le Grand Orient et la Grande Loge de France profitent particulièrement de l’instauration du mandat français en 1920 pour se développer en Syrie de manière remarquable jusqu’en 1925. Développement qui apparut lors des ruptures de régimes politiques au cours des réveils maçonniques que connurent en France le Directoire et la Restauration. Mais en Syrie, ce mouvement se constitue en complète opposition à la politique cléricale et au contrôle militaire imposés par les Hauts-Commissaire. Les autres Orients, même s’ils profitent de l’embellie conjoncturelle, restent numériquement en retrait des deux puissances maçonniques françaises.

Des discours lus aux cours des réunions maçonniques, ressortent les véritables raisons idéologiques qui tendent à inciter les Syriens à s’initier dans la maçonnerie française. Ces centres d’intérêts sont débattus au sein même des ateliers sur les thèmes des idéaux révolutionnaires et de l’appui de la maçonnerie aux révolutions françaises. Ainsi, au début du XXe siècle, l’attrait des Syriens pour la France et la maçonnerie française puise ses origines dans l’image d’une France et d’une maçonnerie idéalisée alors que la Syrie demeure encore soumise à la domination ottomane. En janvier 1906, une dizaine de frères de la loge Le Liban adresse un courrier aux autres membres et officiers dans lequel ils font l’éloge de l’humanisme et du progrès social de l’Ordre. Ils se reconnaissent et sacralisent les valeurs de la République qu’ils opposent aux adversaires qui exploitent l’ignorance du peuple. Ces propos ne sont pas le fruit d’une spécificité maçonne, mais s’associent aux mouvements réformateurs tels ceux qui sont menés par des intellectuels musulmans comme ‘Abd al-Rahman al-Kawakibi, devenu journaliste après un enseignement religieux à la grande mosquée d’Alep, qui prône, dès la fin du XIXe siècle, l’abolition de la supériorité de la religion sur la politique et l’instauration d’une démocratie constitutionnelle.

Pour les francs-maçons, c’est « grâce à la France et à ses fils, ces sauveurs de l’humanité opprimée, que, depuis 1860, la maçonnerie du Levant se trouve illuminée par ce foyer de vérité, lieu des lumières intellectuelles et morales ». Dans leur esprit, la franc-maçonnerie combat la misère conseillère des mauvaises mœurs et des crimes dans un total désintéressement afin de rendre l’homme meilleur. L’ordre préconiserait la tolérance religieuse en émancipant les consciences de toutes les superstitions et de tous les préjugés qui tentent de l’obscurcir. La France et sa maçonnerie, par ses principes des droits et des devoirs de l’homme, seraient les garants de la paix. En définitive, quand les Syriens « constatent que les Français leur apportaient tant de lumière et, de vérité, ils veulent devenir leurs frères et obtenir l’honneur de l’affiliation dans des loges sous la garantie des obédiences françaises ». C’est de la France que les maçons syriens attendraient le plus d’aide et d’appui dans l’œuvre de l’évolution. Mais, au-delà des idéaux diffus et dans un contexte de pouvoir ottoman, le modèle maçonnique français agit au Levant comme un laboratoire dédié à toute révolution, elle prépare au sein même des loges les réflexions et les pensées du peuple en marche vers la souveraineté. Ainsi pour les frères de Syrie, c’est encore la Maçonnerie qui aurait soufflé le triptyque Liberté, Égalité, Fraternité indiquant par là même le chemin de la démocratie face à l’obscurantisme et le despotisme.
L’attrait du pouvoir
L’autre intérêt pour la Maçonnerie française se fonde sur l’usage de la présence bureaucratique de la France. L’accès à un statut social, politique ou administratif voire sa conservation, contraint les Syriens à rejoindre par dessein ou nécessité l’institution mandataire. Dans ce jeu, les obédiences françaises se placent comme des instruments d’accessibilité et de pénétration.
• Certains francs-maçons de Damas se réjouissent de la situation politique éclaircie en France après 1924 et qu’une embellie diplomatique peut enfin leur sourire. C’est dans ce contexte politique qu’entre les années 1920 à 1924, les Syriens s’affilient de nouveau dans des loges et principalement dans les obédiences françaises. Suivant le mouvement entamé en France après la victoire du Cartel des gauches, l’annonce de l’arrivée du général Sarrail à Beyrouth en décembre 1924 déchaîne au Levant un véritable « déluge » de demandes d’initiation dans les loges des deux obédiences françaises même si, dans les chiffres, le mouvement s’amorce dès 1923. D’ailleurs plusieurs témoignages confirment ce mouvement propice où beaucoup de frères « qui avaient oublié leur serment, reviennent dans les temples ».

• Cependant, pour les plus expérimentés des frères, la plupart de ces profanes tentent de profiter de la maçonnerie pour obtenir des emplois ou une position politique quelconque, pour d’autres cet essor relève en partie d’un simple esprit de curiosité que l’on ne peut éviter d’associer aux mêmes projets. Conscients du phénomène, des frères dénoncent, eux-mêmes, l’élite politique et bureaucratique, faignant d’ignorer la répression et les déceptions mandataires, d’agir dans l’espoir de s’assurer les postes de l’administration les plus importants en usant de relations au sein de l’Ordre entre les maçons. Mais pour être efficace, cette stratégie doit concilier l’application des différentes directives politiques des gouvernements français et les convictions idéologiques des Hauts-Commissaires.
• Pour cela, dès les premiers mois de l’occupation française, la maçonnerie syrienne entreprend des actions dans ce sens. C’est le cas du vénérable Husni al-Jundi de la loge Qaysun, principale loge de Damas, qui soutient la nomination au poste de Président de la fédération de Syrie le frère Jalal bey Zuhdi et celle de Sami Pacha Mardam bey, tous deux anciens députés au parlement ottoman17, avant de s’insurger finalement contre le choix du général Weygand, alors Haut-Commissaire qui impose un non-maçon, Suhbi bey Barakat, au poste de président de la fédération syrienne. Toutefois, au printemps 1924, les frères de la loge Qaysun convainquent, malgré tout, Weygand, de la nécessité de réserver dans le Gouvernement, quatre à cinq ministères et postes de direction générale dans l’administration aux maçons « les plus compétents, les plus intègres et les plus fidèles au mandat ». Action qui doit s’efforcer, d’une part, de diffuser la pénétration française et, d’autre part, de s’attacher les personnalités les plus influentes parmi les francs-maçons en les portant ou les maintenant au pouvoir. Pour aboutir, la loge Qaysun, par l’intermédiaire de son vénérable, demande à la Grande Loge de France d’intervenir pour attirer l’attention et de persuader le pouvoir mandataire sur la nécessité de soutenir l’action de cet atelier et des frères candidats, seuls capables de défendre les intérêts de la maçonnerie et de la France en Syrie. Résultat, les frères obtiennent les charges de ministre de l’Intérieur, des Finances, de l’Instruction publique, de la Justice ainsi que celle de directeur général de l’Agriculture et du Commerce. Finalement, dans le contexte de la IIIe République, ces titularisations sont à rapprocher de l’activité et du dynamisme reconnus des membres de l’Ordre en Métropole où les gouvernements français dénombraient dans les rangs de ses ministres, en moyenne, près de 40 % de francs-maçons.Cette persévérance trouve son aboutissement dans les conséquences des élections législatives en France de mai 1924 avec la victoire du Cartel des gauches qui amplifie l’espoir, dans les rangs maçonniques, d’une politique coloniale moins cléricale et autoritaire menée jusque-là en France par le Bloc national. Attente qui se concrétise par la nomination du général Sarrail au poste de Haut-Commissaire pour le Levant. Très vite la nouvelle se propage en Syrie. En effet L’Écho de Paris du 19 et 20 décembre 1924 publie en première page un article qui rappelle que le Grand Orient de France télégraphia, dès la décision du Conseil des ministres, aux francs-maçons de Syrie, la nomination de Sarrail. À cette première nouvelle optimiste s’ajoute la propagande du Grand Orient de France au travers du journal al-Ahrar de Beyrouth alors dirigé par des maçons. Le quotidien exprime sa satisfaction des résultats aux élections du 11 mai 1924 qui mettent fin au mouvement colonial soutenu et entretenu avec énergie par le gouvernement français jusque-là. Quelques semaines plus tard la Grande Loge de France, par l’intermédiaire se son vénérable et Grand maître Bernard Wellhoff, intervient directement auprès du général Sarrail pour nommer des francs-maçons à des postes ministériels de l’État de Syrie. Le Haut-Commissaire promet de tenir compte de cette demande même si l’influence de la Grande Loge de France atteint ses limites car, contrairement à ce que croient les frères syriens, le général n’appartient pas à l’Ordre24 comme le prétendait la rumeur dès son arrivée à Beyrouth25.Mais Sarrail, toutefois ami du vénérable Bernard Wellhoff, agit dans les premiers mois de son mandat dans l’esprit maçonnique en encourageant le développement de l’Ordre au Levant. Le Haut-Commissaire semble, en effet, prêt à seconder l’action des loges dans leur extension, si les maçons soutiennent, en contrepartie, discrètement sa tâche administrative.
Pour montrer sa bonne foi, Sarrail adopte, dès son arrivée, à la fois une action politique de modération symbolique en levant l’État martial instauré par ses prédécesseurs depuis 1922 à Damas et tend la main aux maçons en imposant la nomination du frère Pierre-Alype au poste de délégué du haut-commissariat à Beyrouth. Il s’entoure aussi de quelques officiers, membres de la maçonnerie, tel le colonel Denis et l’intendant Aubouy27. Enfin quelques jours plus tard, Sarrail nomme un autre franc-maçon, ancien administrateur des colonies, à la tête du gouvernement de Lattaquié Léon Cayla. Cette présence des francs-maçons dans l’administration mandataire se renforce en 1926 à la suite de la nomination du Haut-Commissaire de Jouvenel qui installe Ahmad Bey Nami, gendre du Sultan, Grand Maître de la maçonnerie syro-libanaise, membres des loges Le Liban et La Syrie de l’ordre de Beyrouth du Grand Orient de France, à la présidence du Conseil de la fédération de Syrie.
L’adhésion des nationalistes

Le mouvement général d’adhésion qui se dessine dans le graphique 2 correspond aussi à un mouvement paradoxal des initiations dans un contexte politique anti-nationaliste mené par la puissance mandataire. En effet, malgré la destruction du royaume de Damas et la forte répression de la résistance, des sympathisants nationalistes hostiles à la présence française s’initient ou réaffirment leur affiliation, suspendue par la Première Guerre mondiale, dans les loges d’obédiences métropolitaines. Même si l’on ne connaît pas la solidité et la durée de leur engagement, leur serment s’apparente davantage à un moyen prospectif politique voire à un acte de « résistance passive » de préférence à un quelconque espoir dans le gouvernement mandataire ou dans la maçonnerie française. Attitude d’autant possible que, contrairement aux Grandes Loges anglo-saxonnes, le modèle français maçonnique, incarné par le Grand Orient de France, permet à leurs adhérents « toute légitimité à participer aux grands débats politiques ».
16Pour preuve, en novembre 1923, lors de tenues à la loge Le Liban de l’Orient de Beyrouth, les discours politiques et anti-mandataires se mêlent aux travaux maçonniques où l’œuvre civilisatrice de la France au Levant est fréquemment décriée. Du reste, il suffit d’observer le parcours politique et maçonnique des fondateurs de la loge Qaysun pour confirmer l’introduction de nationalistes partisans du roi Faysal, exilé en Irak, et autres indépendantistes.
Ainsi parmi ces derniers peuvent être cités : Rida Mardam bey membre du parti monarchique et de la réforme, Nassib Bakri et Fakhri Barudi dirigeants du Bloc Nationaliste à Damas, Musali ‘Abdallah nationaliste, Ibrahim Hananu, commandant de la révolte en 1920 puis chef emblématique du mouvement nationaliste jusqu’à sa mort en décembre 1935, Saadallah al-Jabri futur cadre du Bloc à Alep et bras droit de Hananu, Zaki Sukkar, anti-mandataire aux ordres du parti nationaliste et proche de Nassib Bakri, Najib Rayis journaliste au quotidien d’opposition al-Qabas, enfin Bitar Husni, responsable de l’organisation paramilitaire nationaliste des Chemises de Fer en 1936 comme les deux précédents, seul Muhammad ‘Ali al-’Abid soutiendra le ministère pro mandataire de Taj al-Din. Excepté le dernier, tous participent en 1936 au mouvement contestataire qui oblige la France à négocier l’avènement d’un gouvernement nationaliste qui perdure jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale.

II – La somme des mécontentements
Les déceptions des frères syriens se situent à la croisée des prises de position de la maçonnerie française et d’une politique mandataire partiale et autoritaire éloignée de la vision mythique de la France et des principes qu’elle revendique dans les tribunes internationales. C’est bien ces inadéquations qui provoquent désillusions et oppositions dans les rangs des maçons syriens notamment parmi les nationalistes.
L’autoritarisme mandataire
Dans les premières années du mandat, outre les restrictions qu’il apporte à la souveraineté des forces politiques syriennes, le Haut-Commissariat use et abuse de procédés exceptionnels et autoritaires. Entre 1920 et 1925, l’opposition nationaliste et la résistance armée sont violemment réprimées alors que la justice politique est exécutée par les cours martiales. Enfin en 1925, le bombardement de Damas du 20 octobre et la gestion politique de la Grande Révolte sapent un peu plus l’image de la France en particulier lors de l’interdiction du Parti du Peuple et des arrestations et déportations de ses dirigeants pour leur nationalisme actif35. Parmi eux, nombreux sont francs-maçons comme Najib Rayyis et Nasib Bakri de la loge Qaysun de Damas, Faris Khuri ministre nationaliste du gouvernement syrien et membre éminent de la loge écossaise Lumières de Damas, Husni Barazi lui aussi ministre et frère à la loge Orantes de Hama ainsi que Fawzi Ghazi et Saadallah Jabri de la loge Fleur de l’Oronte d’Alep, enfin ‘Abd al-Rahman Shahbandar chef de la rébellion et affilié avec Khuri à la loge écossaise de Damas36. De même, la suspension du quotidien de langue arabe Al-Missak, journal accusé de propagande maçonnique, sous la publication de Sharaf al-Din al-Faruki, vénérable de la loge La Renaissance, provoque une grande déception chez les « syriens libéraux »37. Cette série d’agissements du pouvoir mandataire explique, en grande partie, l’accroissement du nombre des démissions parmi les frères des loges d’obédiences françaises autour de 1928.
Même les maçons les plus francophiles ressentent la politique autoritaire de la France comme un abandon. Notamment quand Édouard Herriot, président du Conseil des ministres, déclare que la constitution syrienne sera élaborée directement par le gouvernement français en consultant des chefs religieux, des représentants des Chambres de commerce et les conseils représentatifs en dehors de toute représentation des partis politiques. De plus, les francs-maçons, d’après le témoignage du vénérable de la loge La Sagesse, reprochent aux Hauts-Commissaires l’amenuisement des nombreux postes de la fonction publique offerts aux candidatures des frères maçons. Enfin, l’ignorance, l’incapacité et la partialité affichées par certains fonctionnaires français parachèvent l’exaspération des maçons qui dénoncent des comportements contribuant à favoriser une situation préjudiciable à l’action de la France en Orient.
Cette politique ne laisse aucune perspective à cours terme pour une quelconque émancipation pourtant inscrite dans la charte du mandat. Dans ce contexte, alors que la France prétend introduire un colonialisme teinté de morale et de mission civilisatrice41, la maçonnerie française n’adopte pas au Levant une attitude nette dans le débat entre dominants et dominés sur le terrain du colonialisme et de l’indépendance42. Le comportement de l’administration mandataire nuit au prestige de la maçonnerie française provoquant le détachement des frères, ce que constate à ses dépens la loge Qaysun qui enregistre une diminution du nombre de ses membres à partir de 1927.

L’influence cléricale
Pour le vénérable de la loge La Sagesse, les maçons de cet atelier perçoivent la politique des premiers hauts-commissaires, Gouraud et Weygand, comme une entreprise permettant au clergé d’exercer influence et ascendant sur les populations. Les membres de cet atelier réclament « aux responsables de la politique française, pour contrer cette influence, de suivre une politique purement laïque inspirée des tendances libérales professées dans les pays démocratiques, exempte de tout caractère religieux ».
En janvier 1921, une correspondance du frère Blancher, demeurant alors au Levant, adressée au Grand Orient de France, rapporte l’indignation des loges syriennes face à la propagande des missions jésuites agissant sur la politique cléricale de la France en Syrie. Toujours selon cette lettre, la France, y est désignée comme « le soldat du pape » par son soutien à la minorité maronite. Par l’intermédiaire de son administration mandataire, la République favorise ainsi « l’influence néfaste » des cléricaux et suscite l’opposition des musulmans voire des autres communautés non catholiques.
Cette influence des cléricaux semble pour les maçons une des causes principales de la politique de « colonisation » brutale et réactionnaire menée par l’administration mandataire. Malgré les avertissements de certains ateliers, l’échec de la politique d’ouverture et libérale du Haut-Commissaire Sarrail entamée en 1925 est attribué, toujours selon le vénérable de la loge La Sagesse, pour raison principale, à l’ascendant du clergé voulu par la France depuis les premiers jours de l’occupation française46. Pour tenter de contrer cette propagande cléricale, la Grande Loge de France propose d’appuyer l’œuvre de la Mission laïque47dans un esprit commun de conquête intellectuelle et culturelle contre les congrégations notamment au travers de l’enseignement. D’ailleurs en 1925, comme la Maçonnerie, la Mission laïque se plait de cette influence, dans l’administration mandataire, des forces religieuses catholiques constituées par les Maronites et les Jésuites 48
Incompréhensions et inadéquations

25À l’assemblée générale annuelle de 1923 du Grand Orient de France, la commission conventuelle rapporte la nécessité de pratiquer une politique souple d’association pour permettre une assimilation progressive et totale car, en fait, « les indigènes ne demanderaient pas l’autonomie ni l’assimilation, mais une association pour transformer leur système d’assujettissement ». Cette théorie du Grand Orient s’inscrit dans le cadre d’une maçonnerie outremer constituée essentiellement de colons, fonctionnaires résidants ou militaires français. Mais le cas du Levant se situe dans un contexte théorique différent avec des frères presque exclusivement locaux soumis à une tutelle mandataire et non pas à une domination de type protectorat ou colonial. Cette domination mandataire particulière laisse légitimement entrevoir et espérer une émancipation politique relativement proche même si, dans les faits et aux dépens des frères syriens, elle reste finalement une pure manifestation coloniale. Dans l’espoir d’une perspective favorable, les loges syriennes ne cessent de rappeler aux obédiences françaises leurs revendications légitimes dues au statut même du mandat.
En conséquence, en juin 1926, la loge Fleur de l’Oronte envoie au Grand Orient de France par l’intermédiaire de son vénérable Hassan Musli une lettre manuscrite indiquant point par point les revendications des francs-maçons. Ces points rejoignent les principales demandes des nationalistes exprimées depuis le début des années 1920 dont les premières des revendications concernent l’application de la liberté et de la démocratie.
Dans le détail, ces francs-maçons demandent aussi la réalisation de l’unité syrienne en refusant tout découpage du pays décrété par la puissance mandataire. L’institution d’un Parlement librement élu par le suffrage universel, dont les députés détiendraient l’autorité de fixer la forme du gouvernement, parachèverait le processus d’autodétermination. Ils réclament enfin la suppression de la censure et le rétablissement de la liberté de réunion et de la presse ainsi que l’amnistie générale des condamnés politiques.
Ce décalage entre les attentes des loges syriennes et les intentions des obédiences françaises se confirme finalement en 1927, quand les deux puissances maçonniques françaises proposent un programme en treize articles. De ces derniers, seul l’appui aux œuvres laïques par les gouvernements coloniaux s’accorde avec les revendications des maçons syriens qui pourtant seraient en droit d’espérer mieux après les déclarations formulées, dès le départ de l’administration ottomane en 1916, par le Conseil de l’Ordre qui propose alors d’évacuer le Levant « simplement et totalement afin de permettre aux Syriens de choisir librement leur gouvernement ».
Face aux appels de la majorité des loges, le Grand Orient de France, même s’il partage les critiques des maçons syriens concernant des dysfonctionnements dans l’application du mandat, conseille, malgré tout, de poursuivre la collaboration avec l’administration française qui resterait garante d’une aide positive pour tout gouvernement syrien futur. En revanche, l’obédience française condamne toute activité hostile au mandat français52. Ainsi le Grand Orient exhorte les maçons syriens à s’aligner derrière la puissance mandataire dans une entreprise de coopération coloniale.
C’est la loge Fleur de l’Oronte qui permet de conclure sur ces mécontentements par un rapport adressé au Grand Orient de France expliquant la raison du malaise entre les maçons syriens et la France et ce sentiment d’impuissance, voire de tolérance sur l’application de la politique française en Syrie. Les frères de cet atelier dénoncent l’attitude de la France, loin des principes de libéralisme et de générosité, qu’elle revendique et que les maçons syriens percevaient jusqu’alors. Déception d’autant plus grande que la maçonnerie syrienne accuse, de plus en plus, les loges françaises de ne jamais rendre service aux ateliers locaux, leur seul souci consistant à percevoir les droits d’inscription.
En fait, jusqu’en 1936, les propositions des obédiences françaises n’ont toujours pas évolué vers un soutien à la voie de l’indépendance qui s’affirme comme la principale exigence. Seule la pression nationaliste lors des événements protestataires des premiers mois de 1936 suscite enfin la réaction de la maçonnerie française qui demande un rapport au vénérable de la loge La Renaissance sur les revendications des francs-maçons dans le débat politique afin d’agir favorablement en métropole pour convenir le plus rapidement possible d’un traité acceptable pour la France et la Syrie sur les conditions d’indépendance
III – Formes et aspects des rejets
Les conséquences de ces différends provoquent de multiples formes de rejets : le départ de frères vers d’autres obédiences, la création de nouvelles loges et la prise de contrôle de certains ateliers par les nationalistes anti-mandataires. Ces rejets induisent une réaction financière qui signifie l’état de santé et du dynamisme de la maçonnerie française en Syrie.
Impasse financière
La lecture des comptes ne laisse aucune équivoque et ne peut cacher une crise profonde. Cette dernière se situe au croisement de cotisations annuelles toujours plus élevées et le départ continu de frères entre 1928 et 1939. Du reste, dès 1929 et en 1936 la loge Fleur de l’Oronte rappelle au Grand Orient de France que toutes les loges sous son obédience rencontrent de grandes difficultés budgétaires insoupçonnées en France. L’analyse des trésoreries des principales loges montre, en effet, de graves dérives dans les comptes des exercices annuels. Ainsi, ces difficultés financières sont consécutives au gonflement des dettes des ateliers envers la Grande Loge et le Grand Orient de France. Pour exemple, la loge Qaysun voit ses dettes augmenter d’environ 5 000 francs pour les exercices de 1930 et 1935 et atteindre finalement, entre 1931 et 1935, un passif cumulé de plus de 11 000 francs.

Malgré les protestations des francs-maçons qui prétextent l’impossibilité de souscrire à une telle majoration des cotisations annuelles versées aux obédiences françaises, ces dernières, dans un contexte mondial de crise économique toujours présente après 1929, refusent toute exonération, exemption ou baisse des capitations supplémentaires58. Les dettes affectent l’ensemble des ateliers français au Levant, de la loge Fleur de l’Oronte à La Renaissance en passant par la loge Qaysun.
En fait ces difficultés financières s’inscrivent dans une lutte acharnée que se livrent les obédiences pour attirer le plus possible de frères dans leurs ateliers. Les montants des cotisations annuelles servent les politiques concurrentielles et provoquent les démissions d’adhérents qui contribuent à une diminution des effectifs et donc l’accumulation des déficits budgétaires des loges fragilisées par ce mouvement. En effet, en 1936, la Grande Loge de France demande à ses ateliers une cotisation annuelle de 60 francs alors que les autres membres des ateliers de l’obédience égyptienne payent un maximum de 5 francs. De leur côté, les affiliés aux obédiences américaines sont exonérés de frais de capitation et leurs ateliers subventionnés. Enfin les nouvelles loges créées ou rattachées soit à au Grand Orient libano syrien soit au Grand Orient syrien ne sont assujetties à aucune obligation pécuniaire.
En effet, cette politique financière agressive est dénoncée par les ateliers français car cette action planifiée, en provoquant le départ des frères, entraîne la diminution des cotisations des loges visées avant de causer, à terme, leur fermeture60. En France, les obédiences françaises ne semblent pas comprendre la situation maçonnique au Levant et notamment les conséquences de la crise financière que traversent les loges. Leur rigueur ainsi que leur refus de tout soutien matériel provoquent la mise en sommeil d’un grand nombre d’ateliers, entre 1925 et 1940, pour ne pas avoir rempli leur obligation par rapport à leur obédience. Outre la fermeture des principales loges de Syrie dont les ateliers Qaysun et Syrie de l’Orient de Damas, Abu al-Fidha de Hama et enfin celui de Lattaquié, cette intransigeance altère gravement la puissance de la maçonnerie française en Syrie.
L’action des loges étrangères
La Grande Loge Nationale d’Égypte en Syrie profite de la colère générale de la population syrienne envers l’Administration française qui « cumule les fautes, exaspèrent et provoquent une répugnance prononcée pour tout ce qui est français ». La Grande Loge d’Égypte déploie une importante activité pour se développer en Syrie en y implantant des ateliers dans un objectif politique au détriment des obédiences françaises qui s’opposent à cette activité expansionniste de l’obédience égyptienne. La maçonnerie égyptienne, forte de son action et de sa réussite dans son propre pays, propose un modèle attractif pour les frères syriens qui souhaitent accéder à leurs revendications indépendantistes. Pour cela, l’adjoint au grand vénérable du Grand Orient d’Égypte et ami intime de Zaghlul Pacha, chef de l’opposition nationaliste égyptienne, rend visite aux loges en mettant en exergue l’accession « à l’indépendance et à la liberté » de l’Égypte64. En effet, les maçons nationalistes égyptiens, riches de leur expérience contre la tutelle britannique, se proposent d’aider la Syrie sur « la voie de l’émancipation ». Zaghlul Pacha et d’autres chefs nationalistes égyptiens encouragent à « allumer au fond des loges la flamme de la liberté » car, le mouvement vers l’indépendance doit partir, en Syrie, des ateliers comme en Égypte où la franc-maçonnerie gouverne dès lors.
De leur côté, les loges anglo-saxonnes semblent apparemment rester en marge du délabrement de la maçonnerie française où seule la loge Syrie décide en 1935 de se détacher du Grand Orient de France et se propose de rejoindre la Grande Loge écossaise. Enfin on peut noter aussi la création à Damas, juste après la Grande Révolte syrienne de 1925, de l’atelier Ibrahim al-Khalil sous la garantie de la Grande Loge de New York qui invite les maçons, dont 25 % proviennent de la Grande Loge de France, à se ranger au côté de « l’Amérique, seule grande puissance, loin de toute ambition colonialiste, capable de soutenir la lutte des Syriens pour l’indépendance et la liberté ».
Mais les efforts déployés par la Grande Loge Nationale d’Égypte et ceux des obédiences anglo-saxonnes ne semblent pas innocents et s’inscrivent dans une action élaborée en rapport avec la lutte d’influence que se livrent la France et l’Angleterre dans cette région. Une note de 1944 informe que les Anglais et les Américains menèrent une propagande intense pour attirer les notabilités syriennes appartenant à la maçonnerie française vers l’obédience égyptienne afin de d’altérer le prestige de la France. Dans ce processus, la Grande Loge égyptienne sert d’intermédiaire pour la Grande Loge Unie d’Angleterre qui n’admet pas les étrangers en son sein. Pour cela, cette dernière projette, afin de diffuser sa propagande, de créer une obédience arabe au Moyen-Orient.
La création d’une maçonnerie indépendante
Un autre mouvement de transfert d’obédience s’opère, non seulement dans un objectif nationaliste, mais aussi pour palier « le manque de dynamisme des obédiences françaises » dans le débat politique au Levant. Ainsi même ceux, parmi les plus modérés et francophiles, qui soutiennent encore la politique et l’action française en Syrie adviennent de fonder des Grands Orients indépendants. Par ces fondations, les francs-maçons modérés espèrent mieux résister et contrer les loges nationalistes, ce que ne semblent plus en mesure de faire les obédiences françaises. Face à cette activité générée par la maçonnerie syrienne, les obédiences françaises voient, une fois de plus, une partie de leurs frères les quitter.
Une des alternatives les plus marquantes est représentée par le Grand Orient de Syrie qui situe son champ d’action entre coopération politique et indépendance maçonnique, entre ambivalence et équivoque. D’une part, ce Grand Orient préconise de donner à la maçonnerie syrienne davantage d’unité, d’union et d’autorité donc plus d’efficacité dans l’œuvre maçonnique avec l’appui des maçons « sincères » de Syrie tout en conservant une union étroite entre la Syrie et la France afin de travailler dans l’intérêt commun72. Ce grand orient syrien se dote d’un programme politique consistant à aider la réalisation du programme du Haut-Commissariat et à soutenir l’action du gouvernement pro-mandataire tout en s’opposant aux agissements des éléments nationalistes. D’autre part, le Grand Orient de Syrie ambitionne de se préserver un cachet purement national, afin d’éviter, à l’avenir, l’envoi de fonds, fruits des cotisations, à l’étranger. Parallèlement à ce caractère indépendantiste, se mêlent parmi les frères de cette obédience certains cadres politiques de l’opposition mandataire dont les plus éminents sont ‘Abd al-Rahman Kayali et Bahij Khatib bey, tous les deux ministres de gouvernements nationalistes à la fin des années 1930. Ces deux responsables politiques prennent à partir de 1938, avec d’autres nationalistes comme Zaki Sukkar, les principaux offices de Grand Maître honoraire et de Grand Maître adjoint du Grand Orient de Syrie.
À l’opposé, le Grand Orient libanais, mené par Ahmad Nami bey, nationaliste modéré, est soupçonné en France par le Suprême Conseil de tenter de provoquer une scission complète au sein des loges d’obédience française afin d’en détourner les frères vers cette nouvelle puissance maçonnique74. Après avoir créé à Beyrouth en 1930 un Orient maçonnique indépendant, Ahmad Nami traite avec certains francs-maçons de Damas pour y fonder, en février 1935, une branche75. Grâce à cette active propagande, les francs-maçons hostiles au Grand Orient de France se rallient à cette nouvelle obédience basée à Damas76. En fait un nombre important de frères, parmi les plus dévoués des loges françaises préfèrent s’affilier à cette obédience « pour mieux servir leur idéal maçonnique dans un Orient homogène et ensuite pour se sentir plus près de leurs aspirations légitimes politiques comme le problème de l’indépendance et l’unité de la Syrie ».
En 1938, alors que les nationalistes syriens dirigent le gouvernement, des maçons nationalistes, issus principalement des obédiences françaises, souchent une nouvelle obédience, la Grande Loge de Syrie, sous la garantie du Grand Orient égyptien, montrant une fois de plus les liens entre maçons et pouvoir politique syriens. Ainsi le Grand Vénérable, Ata bey Ayyubi devient Premier Ministre nationaliste en 1936, le Grand secrétaire Nassib Bakri est nommé gouverneur de la province du Djebel druze au sud de Damas, sans oublier les affiliations d’anciens ministres comme Rida Said, Ghazzi Said bey et Joseph Hakim. Seul des cadres de cette obédience, le curé grec orthodoxe Assad ‘Issa, membre du parti nationaliste de la Ligue d’Action nationale participe aux travaux d’une loge écossaise d’Alep. Plus significatif est le passage à la Grande Loge de Syrie des loges Fleur de l’Oronte et Khalid bin Walid, qui œuvraient précédemment sous l’autorité du Grand Orient de France.
• Enfin, la lecture des différents tableaux de membres des loges révèle la pratique d’infiltration et de prise de contrôle des loges françaises par des frères nationalistes à partir des années 1930. C’est le cas pour l’atelierQaysun, le chapitre Barada et le Conseil Al-Zahra qui attribuent les postes d’officiers, de dignitaires et de responsabilités à des maçons à tendances anti-mandataires. Ainsi le 2 mai 1931, après la démission de la loge Qaysun de quatre officiers sans implication politique reconnue, deux de leurs remplaçants sont des nationalistes actifs comme Ibrahim Dumani, futur cadre des Chemises de Fer, et Munir Malki qui récite une poésie élogieuse à l’adresse du Bloc nationaliste le 16 octobre 1934 au cours d’une réunion politique à Damas. De même, certains frères nationalistes comme Zaki Sukkar, membre de la même loge Qaysun et en accointance avec le Bloc National, crée un nouvel atelier dans le quartier populaire de Midan foyer du nationalisme à Damas, dont l’objectif politique est volontairement en opposition avec la puissance mandataire.

Conclusion
En 1934, les représentants de la maçonnerie française au Levant estiment déjà l’état des loges en Syrie en pleine décomposition. Le mercantilisme des membres, le nombre exagéré et ingérable des membres et les efforts déployés par certains chefs nationalistes pour utiliser la maçonnerie à des fins politiques déconsidèrent, aux yeux du Haut-Commissariat, la maçonnerie française au Levant82. En mars 1936, c’est-à-dire au terme des événements qui portent au pouvoir les nationalistes, la loge La Renaissance d’Alep demeure le seul atelier de la Grande Loge de France qui soit encore officiellement en activité en Syrie83. Ces deux avatars finissent d’établir le choix des obédiences françaises pour la politique mandataire, le rejet de la maçonnerie française pour adhérer à des structures plus proches de leurs aspirations et convictions, sans ignorer le jeu sous-jacent des puissances coloniales dans le déroulement de cette évolution.
46Par leurs actions, les nationalistes, soit détournent à leur profit certaines loges françaises en y adhérant dès les années 1920 soit réussissent à ériger de nouvelles structures maçonniques indépendantes. Ces efforts laissent exsangue la maçonnerie française qui ne réussira jamais à retrouver son prestige perdu en seulement 25 ans de mandat à l’image de la politique de la France au Levant, démontrant l’indissociabilité de la franc-maçonnerie et l’expérience du colonialisme mandataire et des enjeux régionaux.