Les élections législatives en Arménie

BERNARD OWEN | LE 11/05/2012, Le Cercle des Echos

Si l’on compare le rôle des uns et des autres et les procédures le jour de vote en Arménie il est clair qu’en compliquant les règles du jeu l’on créé de la méfiance. En faisant cela on déforme l’image de l’élection. Saint Bernard de Clairvaux ne pensait-il pas que la route de l’enfer était pavée de bonnes intentions ?

Sans évoquer l’histoire où L’Arménie s’est longtemps trouvée entre deux empires nous allons parler des arméniens. Qui sont-ils ? Des mathématiciens, joueurs d’échec, les meilleurs orfèvres de l’empire  Russe devenus informaticiens. Ils disposent d’une diaspora à travers le monde qui n’a jamais perdu ses racines arméniennes. Cela forme un tout du plus grand intérêt et d’une grande puissance.

Venue à la démocratie occidentale, comme bien d’autres au début de l’année 1990- l’Arménie a été attentive aux autres. Comment fonctionnait donc cette nouvelle forme de gouvernance ? Ils ont accepté les courants qui venaient de ce nouveau monde qu’ils découvraient. Les internationaux ont parlé d’élections, de fraude. Bien sûr, il y aurait de la fraude leur a-t-on dit puisqu’il s’agissait d’un nouveau système qu’ils découvraient. Nos amis arméniens ont tout compris. Pas de fraude. L’on va construire des barrières de procédure, des complications mathématiques que personne ne pourra franchir …et c’est parti ! Nos amis arméniens ont été de bons élèves, de très bons élèves, car ils ont créé une loi électorale toute théorique dont les procédures de vote et surtout  les décomptes de suffrages étaient tellement compliqués que personne, aucune administration au monde aurait pu en venir au bout. Tout cela découlait de la bonne foi, mais devant les difficultés de la mise œuvre les internationaux ont crié à la fraude ou le défaut de formation des assesseurs.

Plusieurs solutions ont été abordées. L’une vaut la peine d’être racontée. Le bulletin de vote est lié à un coupon que l’on détache au moment de la remise du bulletin à l’électeur. Ce coupon était déposé dans une boite  que l’on fermait à la fin du vote. Le décompte des suffrages avait lieu dans le bureau de vote et la boite renfermant des coupons partait au niveau du district où il fallait alors les compter. Un district pouvait recevoir une dizaine de ces boites vers les minuits. Or, un coupon, quoi qu’on en dise n’a pas aux yeux de ceux qui doivent les compter, la valeur d’un bulletin de vote alors soit on les compte sans trop y faire attention , soit même  en comptant combien faisaient les coupons entassés les uns sur les autres sur une hauteur de 10 centimètres, certes s’était approximatif et les résultats du décompte des coupons réalisés au district ne pouvaient même pas se rapprocher des bulletins de vote correspondant  dont le décompte avait lieu au bureau de vote.

Pour les observateurs il s’agissait de fraudes ou d’incompétence. Alors, on s’est dit, pourquoi ne pas utiliser un système de comptage irréprochable, les coupons ont donc été réalisés de la même taille que les billets de banque. Malheureusement les machines à compter les billets se refusaient à compter les coupons. Le patron des banques arméniennes a dit « que cela ne tienne, nous avons des femmes capables de compter les billets plus rapidement que ces machines. Si vous vous voulez nous vous prêterons tout ce personnel gratuitement le jour de l’élection ». Le président de la commission électorale était d’accord, mais impossible de convaincre une majorité de la commission qui voulait que l’opération soit conforme à la loi électorale, il a donc fallu trouver une autre chose. De nos jours l’informatique se charge des calculs, mais il faut admettre que les procédures de vote et le décompte de suffrages qui sont encore très complexes, mais on y arrivera.

Les élections de 2008 s’étaient pourtant bien déroulées, sauf pour le décompte des suffrages.12000 observateurs nationaux sur le terrain et la participation de 70 % des inscrits. Nos gentils observateurs de l’OSCE ne pouvait pas incriminer après Copenhague 1990 la société civile dite non violente, alors il aura fallu trouver une autre raison à  la violence « L’on ne s’attendait pas à une telle violence, mais cela doit être le signe que la démocratie en Arménie n’était encore bien enracinée ». L’on a beaucoup critiqué le couvre feu, mais il nous faut faire référence à l’article 11 de la Convention Européenne des droits de l’homme qui annonce que la liberté des droits de réunion peut-être restreinte quand « la loi est contrecarrée . . . dans l’intérêt de la sécurité nationale et la sauvegarde de la population » ce qui était le cas.

En fait il s’agissait d’une révolution dite de couleur qui a presque réussie en Arménie, après les élections présidentielles de 2008, mais elle a tenu bon. On lui  a reproché la mort de 10 personnes. C’était le cas d’une manifestation « non violente » qui a refusé tous les ordres de la police, qui n’a pas cédé. Cela a mené aux commentaires de la presse internationale, celles –ci ne connaissaient aucunement les méthodes d’actions non violentes où l’on nargue des autorités et l’on refuse d’obéir à toute ordre, seulement nulle en fait  mention, la faute en revient entièrement à la police…la chaîne de commandement. Concernant les élections à venir « il serait utile à faire appel à des observateurs nationaux et internationaux…»

Les élections législatives de 2012 ont observé ces recommandations 700 observateurs internationaux et 31451 nationaux. Non ce n’est pas une erreur. 31451observateurs cela faisait 15 observateurs par bureau de vote sans compter ce qui est énorme, les représentants des partis et candidats.

Suite aux élections aucun trouble, mais un rapport de l’OSCE /ODIHR qui, laisse à désirer. Le questionnaire remis aux observateurs est non seulement trop détaillé, mais mal organisé. Dans le rapport chaque point positif est suivi du contraire. Le mot « but » (en anglais) se trouve partout à travers le rapport.

L’on peut dire que les détailles noient l’essentiel. Quant aux points positifs ils sont remplacées par le coté négatif. Dans le rapport de l’OSCE qui a précédé l’élection de 2012 l’on trouve des remarques encourageantes « la campagne électorale est animée et les partis et les candidats sont à même de procéder selon leur volonté… » Les raisons pour ceci sont indiquées « Toutes les dates sont maintenues et les commissions continuent leur travail de façon transparente. La règlementation a été publiée dans son ensemble bien à l’avance » Tout cela est très bien, mais la commission centrale a reçu 494 requêtes avant même l’élection. Or, il se trouve que 464 provenaient du même personnage. En fait il est bien connu des tribunaux arméniens. Mais sa réputation remonte à l’époque soviétique. Il était le camarade qui envoyait le plus de requêtes au Mausolée   de Lénine à Moscou. En droit américain l’on appelle cela « frivolous litigation » et l’affaire est classée.

Mais me diriez-vous, nos amis arméniens suivent pourtant les recommandations qui lui sont soumises, alors pourquoi encore quelques défauts dans la règlementation? Examinons ces recommandations. Elles portent sur le sujet à la mode – les droits de l’homme naturellement, mais ceux-ci peuvent se décliner de bien des façons, le contentieux, l’équilibre des sexes à tous niveaux comme si la femme était un être inférieur qu’il fallait prendre par la main et la mener à la politique, les handicapés. Certains de ses sujets sont dignes d’intérêt, mais l’essentiel n’est pas pris en considération, car les procédures de vote, le décompte des suffrages qui ont été un handicap certain pour nos amis arméniens et un point capital le choix du système électoral qui peut mener à la bonne gouvernance ou à un Etat déliquescent.

Prenons le décompte des suffrages. En Arménie celui-ci a toujours été difficile à assurer par les assesseurs, incompris par les organisateurs d’observation ce qui a pu mener à de mauvaises appréciations finales. Ils peuvent être classés parmi l’école de poseurs de barrières pour éviter la fraude : on pose des signatures, l’on tamponne…l’on a déjà évoqué la complication du décompte des suffrages ou l’on procède quand même (maintenant par les moyens électroniques) a établir un coefficient  fictif d’erreurs. En fait, il existe une autre école, celle de la simplicité et de la visibilité. Il se trouve que dans ce domaine la France peut-être prise comme modèle  ce qui n’est pas le cas de toute organisation  électorale qui provient de ce pays.

Les internationaux ont décidé, que le choix des systèmes électoraux  a été laissés à la libre appréciation des pays concernés : certes comment faire autrement quand toutes les démocraties agissent à leur façon. L’Europe est championne dans ce domaine. Déjà à la fin du XVIII siècle Jean-Charles BORDA inventait un système proportionnel qui a inspiré le STV (single transferable vote) que nos amis britanniques tentent d’imposer, mais avec peu de succès. Citons Victor d’Hondt, André Saint Lague et même Condorcet (marquis de son Etat) avait inclus dans son projet de Constitution son propre système électoral, mais Robespierre préférât sa Constitution qui comprenait le droit à l’insurrection.

Toutes ces règles réunies ont un  rôle primordial dans le fonctionnement d’une démocratie. Un système majoritaire a tendance à intégrer alors que les systèmes proportionnels créent la ségrégation, font intervenir dans la politique des éléments sociaux les plus divers et sont très sensibles aux évènements qui peuvent intervenir à tout moment dans une démocratie.


En savoir plus sur http://archives.lesechos.fr/archives/cercle/2012/05/11/cercle_46758.htm#13FyJjAYywwybyAY.99

L’ignorance favorise toutes sortes de fantasmes sur les musulmans »

Propos de John Bowen recueillis par Sandrine Tolotti transmis par André Berruer.

2016-08-29 BOOKS

Avec la mise sur pied de deux institutions et de multiples consultations, le gouvernement veut favoriser l’avènement d’un « islam de France ». Mais la crispation du débat public français sur l’islam ne date pas des récents arrêtés municipaux « anti-burkini ». Il y a six ans, c’est la burqa tout court qui monopolisait l’attention. L’anthropologue américain John Bowen, auteur de L’Islam à la française, avait alors répondu aux questions de Books. Dans cet entretien, initialement paru en février 2010 et qui n’a rien perdu de son actualité, il montre comment les musulmans de France adaptent chaque jour leur pratique religieuse aux réalités françaises.

Au moment où le port de la burqa est au cœur du débat politique français, vous publiez un livre qui souligne l’attitude pragmatique, au quotidien, de la majorité des musulmans. Pouvez-vous préciser les ressorts de cette attitude ?

Mon livre ne s’intéresse pas aux musulmans laïcs, comme l’intellectuel Malek Chebel, qui revendiquent un islam privé, plus spirituel et philosophique que véritablement religieux ; ni aux musulmans séparatistes, qui souhaitent vivre en France mais à l’écart de la société française, quand ils ne rêvent pas d’y fonder une république islamique, à l’instar des mouvements salafistes. Car ces deux courants sont extrêmement minoritaires. Je m’intéresse à l’entre-deux, un groupe qui représente à la fois l’immense majorité de la population musulmane de France et des acteurs publics, qu’il s’agisse des représentants des principales organisations, des responsables des mosquées ou des établissements d’enseignement islamiques.

Tous tiennent un discours pragmatique, qui appelle à la convergence de l’islam et de la société française, et fabriquent au quotidien ce que les Québécois appellent des « accommodements raisonnables » entre normes françaises et normes islamiques. Les musulmans pratiquants, en France, veulent à la fois respecter le droit islamique, être à l’écoute des avis juridiques des oulémas, et vivre des vies ordinaires, à l’écart de tout radicalisme politique. De la même manière que les catholiques espèrent entrer au paradis et écoutent ce que dit le pape, tout étant de parfaits citoyens français.

En quoi consistent, plus précisément, ces accommodements ?

Les musulmans de France sont en quête de réponses à des questions concrètes : un mariage civil est-il compatible avec l’islam ? Peut-on acheter une maison en contractant un prêt à intérêt ? Faut-il sacrifier un mouton au moment de l’Aïd pour respecter le Coran ? Et ils cherchent ces réponses partout où c’est possible, sur al-Jazira quand ils parlent arabe, sur des sites Internet et des forums de discussion, ou dans les mosquées.

Face à cette demande sociale massive, les responsables religieux se sont mis à réfléchir aux points de rencontre entre certaines conceptions des normes islamiques et certaines conceptions des normes françaises. Cela renvoie parfois à des problèmes d’interprétation juridique. Des leaders musulmans s’appuient ainsi sur la notion de contrat et de consentement mutuel pour soutenir qu’un mariage civil peut être considéré comme un mariage islamique. Dans un registre non juridique, certains compromis se négocient au quotidien. C’est, par exemple, une professeure de biologie portant le foulard, dans un collège privé islamique, qui enseigne à ses élèves la théorie de l’évolution – puisque sa connaissance est nécessaire à la réussite scolaire en France ; mais qui précise que l’idée d’unité du vivant peut être considérée comme une théorie scientifique provisoire.

La France offre-t-elle un terreau plus fertile que d’autres pays au pragmatisme ?

Je le crois. Les musulmans ne sont nulle part ailleurs à ce point confrontés à la question de la concurrence des normes. En Grande-Bretagne, par exemple, les trajectoires de l’immigration et le multiculturalisme ont permis la transposition sur le territoire de villages entiers du Pakistan, d’Inde ou d’ailleurs, avec des communautés très homogènes qui ont pu assez facilement importer leurs normes, dans un pays où le poids du local est plus important, en négociant directement à ce niveau, sans grand débat national. En France, les musulmans sont beaucoup moins isolés du reste de la société, parce que la trajectoire de l’immigration n’est pas la même : à l’origine, c’est le gouvernement qui a fait venir les immigrés et les a installés dans des quartiers, sans avoir du tout l’intention de former des communautés. Surtout, la tradition laïque a opposé beaucoup plus d’obstacles à la diffusion de la pratique religieuse musulmane dans l’espace public : on a construit plus tard et plus difficilement ici des mosquées, on a créé plus tard et beaucoup plus difficilement des écoles privées islamiques, et les débats sur le voile et la burqa rappellent à quel point la question de la visibilité de l’islam pose toujours problème.

Dans ce contexte, les responsables religieux musulmans ont été davantage incités qu’ailleurs à explorer des pistes nouvelles, inventer d’autres approches, bâtir des ponts avec les pouvoirs publics. Le pragmatisme est le véritable point commun entre tous mes interlocuteurs musulmans en France.

Mais la réislamisation de la population musulmane de France, en particulier des jeunes, ne va-t-elle pas à l’encontre de cette stratégie de convergence ?

Bas du formulaire

Je ne crois pas. C’est même plutôt ce fait social qui a engendré le besoin d’innovation.  Pour comprendre ce phénomène, il faut se souvenir de la déception née de l’échec de la marche des Beurs en 1983 : alors que ces jeunes Français d’origine musulmane attendaient une réponse à leur revendication d’égalité, ils n’ont entendu que le silence. Après cela, quelques-uns se sont engagés en politique. Mais la plupart se sont retrouvés dans un véritable « trou identitaire ». Avec un Front national en pleine ascension, ils se sont convaincus qu’ils ne seraient pas acceptés avant longtemps sur un pied d’égalité ; parallèlement, ils étaient bien conscients d’être vus comme des étrangers en Algérie, au Maroc ou en Tunisie… Il leur restait la possibilité d’affirmer leur identité musulmane, en cherchant dans le « vrai islam » une nouvelle source de sens.

Mais, même ceux qui ont été séduits par l’islam salafiste, radical, ne sont pas restés figés. Le radicalisme islamique a été pour beaucoup un moment de vie. Dans les instituts d’études islamiques, j’ai souvent croisé des jeunes de 20 à 30 ans qui avaient frayé avec les courants extrémistes, attirés par la simplicité du message, mais qui ne se satisfaisaient plus de ce discours sec et simpliste. Ils se tournaient précisément vers les instituts qui sont au cœur de la réflexion pragmatique dont je parlais pour trouver une approche plus approfondie.

Malgré ces accommodements, on peine à imaginer, en ces temps de crispation, un mouvement de convergence des valeurs françaises et des valeurs musulmanes…

Ce n’est pas une question de valeurs. J’ai bien conscience que le débat public se construit en France en ces termes. J’ai également conscience que certains sondages révèlent certaines différences de vues substantielles entre la majorité des musulmans et la majorité des Français non musulmans, par exemple sur l’avortement. Mais, sur l’essentiel, et notamment sur la question de l’égalité hommes-femmes, il n’y a pas entre l’islam et l’Occident de conflit de valeurs.

Prétendre que la civilisation européenne est la gardienne éternelle de l’égalité juridique, politique et sociale des femmes, tandis que les pays musulmans seraient le symbole de leur oppression, relève de la construction imaginaire. Le combat pour la libération des femmes a eu lieu et continue d’avoir lieu dans les deux civilisations. Rappelons tout de même que, dans les années 1920-1930, il était plus facile à une femme de divorcer dans un pays musulman qu’en Europe. Que je sache, les femmes n’ont pas acquis le droit de vote au moment de la révolution française ! Et la France n’est pas la championne de la parité électorale ou de l’égalité salariale.

Nous observons, en revanche, des différences de pratiques sur des points précis. En matière de divorce, c’est par exemple le droit pour l’homme de répudier unilatéralement sa femme, en répétant trois fois la formule consacrée. Cela étant, dans certains pays musulmans, comme la Tunisie, le Maroc depuis la récente réforme du code de la famille, ou l’Indonésie, l’homme et la femme ont les mêmes droits et les mêmes devoirs en matière de divorce.

Parallèlement, nous assistons, en France, à d’importantes évolutions juridiques. Même si le débat n’est pas clos, des juristes ont forgé des concepts permettant de reconnaître ici les effets d’une union polygame ou d’une répudiation – pour autant qu’elle fût légale dans le pays d’origine –, ce qui permet aux enfants de la seconde épouse d’avoir des droits, ou à une femme répudiée de se remarier. C’est à ce niveau, très concret, que nous voyons se dessiner des convergences : les pays musulmans progressent vers l’égalité juridique, et les juristes français ont tendance à reconnaître les effets du droit islamique.

Ajoutons que le même type de cheminement s’est produit dans d’autres domaines : l’Etat français a accordé des exceptions aux règles d’abattage pour la viande halâl, des responsables municipaux ont trouvé un moyen d’aider à la construction d’une mosquée tout en affirmant les principes de la laïcité, etc.

La société française semble n’avoir guère conscience de cette réalité pragmatique, au quotidien, de la vie des musulmans de France. Comment l’expliquez-vous ?

Par l’ignorance. C’est la principale leçon du récent référendum suisse sur les minarets : les Suisses vivant dans les villes où il y a le plus de musulmans se sont massivement exprimés en leur faveur ; ceux qui habitent dans les zones de faible population musulmane ont massivement voté contre. En d’autres termes, plus on connaît les musulmans, mieux on les tolère. On avait observé la même corrélation entre la peur et l’ignorance lors de la présidentielle française de 2002 : Le Pen avait obtenu l’un de ses meilleurs scores dans des régions du nord où vivent très peu de musulmans ; les gens ne les voyaient guère qu’à la télévision, à propos de la question du foulard notamment, et les imaginaient comme un bloc dangereux et hostile.

La méconnaissance concrète favorise toutes sortes de fantasmes sur les désirs et les finalités des musulmans. Là où les gens se côtoient, ils se voient d’abord comme des hommes et des femmes ordinaires : comme tout le monde, les musulmans se préoccupent d’abord de leur famille, de l’avenir de leurs enfants, de leur boulot ; pas d’un quelconque projet de fondation d’une république islamique en France…

La peur des musulmans pose d’abord la question de la mixité des quartiers. Si nous empruntons à Nicolas Sarkozy sa définition du communautarisme – « le communautarisme, c’est le choix de vivre séparément » avec ceux qui nous ressemblent –, alors Neuilly est sans doute l’un des quartiers les plus communautarisés de France.

Cela étant, vous montrez aussi dans votre livre qu’il existe des espaces spécifiquement islamiques : on regarde al-Jazira, on fréquente les mêmes restaurants halâl, etc. N’y a-t-il pas là, de fait, un risque de séparation ?

Il y a évidemment des lieux où les musulmans les plus pratiquants se retrouvent, comme le restaurant halâl que j’évoque, où l’on croise les enseignants de telle ou telle école privée islamique. Exactement comme on le voit dans les milieux juifs ou catholiques pratiquants ! Mais cela n’a rien d’inquiétant : les associations sportives, les écoles et autres instances « communautaires » religieuses ont beaucoup contribué à l’intégration des catholiques et des juifs dans la république. Elles leur ont permis de négocier leur intégration sociale sans renoncer à leur intégrité religieuse. En outre, les mêmes individus qui fréquentent par moments des espaces spécifiquement islamiques, fréquentent à d’autres moments leurs entreprises ou leurs associations de quartier ; ils n’ont pas une vie isolée, sans rapport avec les membres non musulmans de la société.

Ce à quoi nous assistons, en revanche, c’est à un début de ghettoïsation de certaines cités, habitées en majorité par des musulmans. Mais est-ce parce qu’ils ont décidé de se regrouper à Clichy sous bois dans des HLM, par exemple ? Evidemment non. Ils ont été rassemblés à leur arrivée, généralement à proximité des usines. Aujourd’hui, de nombreux habitants de ces quartiers sont au chômage, leurs enfants vont dans des écoles médiocres, et le trafic de drogue se développe sur ce terrain propice. Voilà le cœur du problème, qui n’est pas le « communautarisme » supposé des musulmans. Une enquête internationale réalisée en 2006 montrait d’ailleurs que les musulmans français étaient aussi nombreux à placer leur identité nationale au-dessus de leur identité religieuse que les chrétiens américains ; et beaucoup plus nombreux que bien d’autres musulmans européens. Et quand une partie de la population musulmane se révolte, comme en 2005, c’est contre le déni d’égalité qu’elle subit au sein de la communauté française, pas pour revendiquer une existence islamique séparée.

L’importance des liens islamiques transnationaux dont vous parlez dans votre livre, avec notamment les nombreuses conférences organisées dans les mosquées avec des experts étrangers, ne mine-t-elle pas le sentiment d’appartenance nationale de la population musulmane ?

Bon nombre de mosquées et d’instituts d’études islamiques invitent en effet des imams syriens, égyptiens ou marocains à donner des conférences, au côté de savants français non musulmans, et de Français musulmans. La raison en est simple : il n’y a pas encore en France d’experts de très haut niveau en matière de droit islamique. S’il existait ici des autorités intellectuelles et juridiques de la qualité de celles du Moyen-Orient, les imams des mosquées françaises les inviteraient en priorité. Car ils sont bien conscients que les experts étrangers ne sont pas suffisamment sensibilisés aux conditions de vie en France. Les gens qui connaissent le mieux la jurisprudence islamique ne connaissent pas les spécificités de la société française, et inversement. Nous touchons là, à mes yeux, au véritable défi : si l’on veut voir s’inventer une approche spécifiquement française des normes islamiques, il faut former en France des experts en jurisprudence islamique. Comme on l’a fait par exemple avec l’Institut catholique. L’existence d’universités islamiques serait une très bonne chose.

Il ne faut pas perdre de vue que la menace vient non des gens qui étudient l’islam mais de ceux qui en sont ignorants. Al-Qaïda recrute d’abord parmi ceux qui ne connaissent pas la pensée musulmane, qu’il est bien plus facile d’endoctriner avec des idées fausses sur le jihad, par exemple. Etudier la science islamique inocule contre les dérives radicales.

Vous tenez un discours très apaisant. Au-delà des effets de l’ignorance, comment expliquez-vous la crispation croissante de la société française – et de l’ensemble des sociétés occidentales – à l’égard de l’islam ?

Depuis les années 1980, les sociétés occidentales sont à bien des égards sous le choc de la présence croissante de l’islam dans l’espace visible. Et ce choc contribue à la crispation que l’on ressent partout. Mais j’y vois un choc salutaire. Dans tous les pays, la construction politique nationale a légué des contradictions, des tensions non résolues. Aux Etats-Unis, c’est l’esclavage et le racisme. De ce point de vue, l’élection d’un président noir témoigne du chemin parcouru. Mais rappelons que ce ne fut pas le fruit d’une évolution gentillette : l’attitude américaine a changé à la suite de violentes confrontations.

Quelle est la principale contradiction travaillée, en France, par le choc de la présence musulmane ?

Votre névrose propre, c’est la prétendue séparation de l’Eglise et de l’Etat, qui a produit une relation tourmentée entre le pouvoir, la société et les cultes. Il existe une tension permanente entre le modèle politique républicain et la manière dont les citoyens croyants organisent leurs vies. Or, tout cela repose largement sur une fiction : l’Eglise et de l’Etat ne sont pas séparés, en France. L’Etat aide les cultes de multiples manières ; tant et si bien qu’il y a un bureau des cultes au ministère de l’Intérieur ! Les écoles privées catholiques sont bien davantage subventionnées qu’en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Aujourd’hui, environ 20 % des élèves du secondaire fréquentent une école catholique ; et la moitié des parents français mettent au moins l’un de leurs enfants, à un moment ou à un autre, dans le privé. En d’autres termes, il existe une contradiction flagrante entre la conception idéologique de la laïcité et la réalité, qui est une réalité de compromis. Dans ce contexte, certaines revendications musulmanes viennent raviver de vieilles douleurs, notamment chez ces Français convaincus que les institutions religieuses compromettent l’unité républicaine, qui n’ont jamais accepté les compromis négociés au fil du temps. Rappelons que le soutien de l’Etat aux écoles religieuses a continué de nourrir les passions jusque dans les années 1980 !

C’est dire à quel point le discours de ceux qui reprochent à l’islam de venir menacer le « vivre ensemble », l’harmonie nationale antérieure, est mensonger. La France n’a pas connu une belle histoire pacifique jusqu’au moment où les musulmans sont venus construire ces méchants minarets, porter ces vilains hijabs, et tout bousculer. Votre histoire est faite de conflits féroces et de persécutions multiples. Si certains Français envisageaient leur histoire sous un angle moins mythologique, il leur serait sans doute plus facile d’accepter un pluralisme de valeurs qui correspond à la réalité de la laïcité française et à une nation fondée depuis longtemps sur la diversité.

Quel regard portez-vous sur le débat à propos de la burqa ?

Personnellement, je suis contre la burqa, qui coupe les femmes de la communication avec les autres. C’est d’ailleurs ce que pensent aussi un grand nombre de musulmans et de musulmanes, y compris parmi les militants. Mais ce n’est pas une raison pour agiter le chiffon rouge. La bonne question me paraît plutôt : comment convaincre ces musulmans séparatistes de renoncer à leur désir d’isolement. Et, pour cela, il faut d’abord s’interroger sur les raisons du phénomène : pourquoi un certain nombre de femmes décident-elles de porter la burqa ? Car, je le précise, ce sont elles, généralement, qui choisissent. La présomption de souffrance de ces femmes, supposées victimes de la volonté de leur mari, ne correspond pas à la réalité.

Ce sont souvent des converties qui souhaitent en quelque sorte aller jusqu’au bout de leur démarche religieuse, de leur nouveau mode de vie ; et il est possible qu’elles reviennent sur leur décision après quelques mois ou quelques années. D’une manière générale, il ne s’agit pas d’un phénomène importé : quand ce ne sont pas des converties, ce sont des musulmanes nées en France ; et quand ce sont des immigrées, elles viennent de pays où le port de la burqa est rare. A mes yeux, le port de la burqa relève d’abord de la quête d’identité personnelle. Et c’est un phénomène réversible. Certaines femmes essaient la burqa, puis y renoncent, parce que c’est désagréable, pas pratique… Je suis convaincu qu’il faut laisser le temps faire son œuvre et laisser aux individus le droit de décider pour eux-mêmes de leurs habitudes vestimentaires. Interdire la burqa dans l’autobus, c’est stigmatiser une population, et transformer la burqa en symbole de résistance contre l’oppression de l’Etat… Si la France, les Etats-Unis et l’Angleterre veulent continuer à critiquer publiquement la manière dont certains pays musulmans imposent aux femmes une certaine tenue vestimentaire, il leur faut appliquer ce même principe de tolérance sur leur territoire : l’interdiction de porter la burqa relève de la même démarche liberticide que l’obligation de la porter.

 

 

Le terrorisme frileux

Jean Baechler, Membre de l’Institut

           Convenons d’entendre par « terrorisme » l’usage délibéré de la terreur à des fins idéologiques. L’usage est, en fait, double. Il s’efforce, d’une part, d’instiller des terreurs dans les gens, ce qui confère au terrorisme une certaine objectivité, en ce sens qu’elles peuvent prend appui sur des risques réels. D’autre part, le terrorisme cherche à atteindre ses fins non par la persuasion raisonnée, mais par des manipulations portant sur l’émotion de la peur. Cette stratégie confère au terrorisme une dimension subjective, au sens où les sujets visés sont conduits à une certaine disposition mentale. Les deux dimensions objective et subjective doivent servir à un usage idéologique, ce que signale le « isme » du mot. « Idéologie » est notoirement polysémique. Décidons de lui faire désigner un ensemble plus ou moins cohérent de représentations appliquées à la subversion de la condition humaine dans un sens irrationnel et par des voies politiques. L’idéologie ainsi définie est produite, portée, diffusée, imposée par des activistes. Ainsi, le terrorisme doit être compris ici comme une entreprise conduite par des idéologues, appliqués à instiller des sentiments de terreur dans les gens à propos de dangers et de risques qui ne sont pas entièrement imaginaires.

Ce terrorisme est qualifié de « frileux », car il présente cette particularité de prendre prétexte de tout risque perçu comme réel, pour prédire des catastrophes, en dépit des arguments de la rationalité que la probabilité qu’elles surviennent effectivement sont nulles, sauf à postuler que rien ne sera fait pour les prévenir. Ainsi naissent et se répandent des terreurs atomique, nucléaire, climatique, démographique, alimentaire, chimique, nanotechnique, vaccinatoire… Il semble que l’Europe soit plus sérieusement affectée par le terrorisme frileux, mais, en ce domaine, il est difficile de parvenir à des certitudes vérifiées. Or, les succès qu’il a rencontrés depuis vingt à trente ans ont quelque chose de paradoxal. Jamais, depuis les débuts de l’aventure humaine, autant d’humains n’ont vécu aussi longtemps en aussi bonne santé. Jamais l’Europe n’a connu un état aussi complet de pacification tant intérieure qu’extérieure. Jamais la prospérité, estimée en termes de ressources disponibles pour des besoins exprimés, n’a été aussi élevée ni ainsi distribuée que les formes extrêmes de pénurie collective ont disparu. Ces affirmations échappent à toute contestation, si le présent est comparé non pas à ce qui manque encore pour abolir toute imperfection, mais à des passés récents ou lointains. Les disettes, les épidémies, les famines, les guerres, les persécutions, les convulsions ont sévi pendant des millénaires et encore en plein XXe siècle.

Pourquoi une telle disjonction entre la réalité des faits observables et contrôlables et la récurrence et la prégnance du terrorisme frileux ? La question appelle trois types de réponses. Les unes commencent par « pour » ou « en vue de » et portent sur l’entreprise idéologique et ses objectifs. D’autres commencent par « parce que » et s’appliquent à la réception des thèmes idéologiques par une population qui devrait leur être hostile par la seule considération de sa condition réelle. Enfin, les dernières s’attachent à expliquer par quelles manœuvres et manipulations les activistes espèrent parvenir à leurs fins.

La fabrique idéologique

Le phénomène idéologique peut être interprété en liaison avec la modernisation, qui a émergé en Europe à partir du tournant des XIVe et XVe siècles et dont la première expression au niveau des représentations a été la Renaissance. La modernité elle-même peut être définie comme l’ensemble des phénomènes produits par les interactions entre cinq composants fondamentaux : la démocratisation, l’individuation, la science, la spécialisation et le développement économique. Chacun d’eux peut être défini en quelques mots. La démocratisation est un développement séculaire, jamais parfaitement abouti, qui vise à enraciner toute relation de pouvoir, dont le pouvoir politique, dans ceux qui obéissent et le font par calcul. L’individuation désigne la tendance à faire de l’individu le sujet responsable de toutes les activités humaines. La science est un mode rationnel du connaître, qui repose sur des prédictions déduites d’hypothèses et sur des vérifications sur des faits. La spécialisation souligne l’inclination à concentrer chaque domaine des activités humaines sur sa finalité intrinsèque et à le faire en recourant à la plus grande efficience accessible, qu’ils’agisse de politique, d’économie, de technique, d’organisation, de spiritualité, de sport… Enfin, le développement économique multiplie les ressources et les besoins par l’injection d’innovations tirées des sciences et par l’extension de marchés concurrentiels jusqu’à gagner la planète entière.

Aucun de ces développements modernes, qui ont mis un demi-millénaire pour atteindre une pleine explicitation, avant de s’imposer dans le monde entier, ne nourrit de besoin idéologique en tant que tel, car tous peuvent se réclamer de fondements rationnels. Par contre, la manière dont les acteurs reçoivent la modernisation peut donner lieu à deux attitudes diamétralement opposées, selon qu’elles approuvent et accompagnent le mouvement historique ou qu’elles le dénoncent et le combattent. Deux positions sont ainsi définies, l’une progressiste et l’autre réactionnaire. Toutes deux sont des foyers producteurs d’idéologies contradictoires, car il est impossible de les justifier par des arguments rationnels. En effet, la rationalité permet seulement de soutenir que la modernisation est probablement irrésistible et que, comme tout ce qui est humain, elle a certainement ses côtés positifs et négatifs. Il devient, par contre, irrationnel de soutenir, avec les progressistes, que, en poussant les choses au bout, l’humanité atteindra un état de perfection radieuse et heureuse, ou, avec les réactionnaires, que les humains sont promis aux catastrophes sur la voie engagée. Ce foyer originel de toute idéologie explique ses deux traits essentiels, l’unilatéralisme et le polémisme. Une idéologie voit toujours les choses sous un angle fermé et exclusif et combat tous ceux qui s’écartent de son champ de perception.

L’idéologie exige des idéologues pour l’exprimer, la formuler et la répandre. Comme pour toute production humaine, il convient de distribuer les acteurs humains en deux populations. L’immense majorité compose la population des récepteurs potentiels, tous ceux qui n’ont aucune disposition pour tirer de la virtualité du neuf, mais qui, s’il leur est proposé et pour peu qu’il réponde à une attente même vague, sont susceptibles de s’y convertir. En matière d’idéologie, la majorité est passive, mais capable de se convertir au progressisme ou à la réaction, pour peu que les circonstances s’y prêtent, en aiguisant les problèmes soulevés par la modernisation. Celle-ci ne procède pas sans soulever des problèmes, car elle fraye savoie en ruinant des pans successifs de l’ordre prémoderne, en procédant par essais et échecs et en ouvrant des fronts de mine toujours nouveaux. Le procès ne peut pas s’opérer sans crises ni soubresauts, qui sont autant d’occasions de défendre une marche en avant plus décidée ou un retour à des situations antérieures, que la mémoire sélective et l’illusion rétrospective permettent d’embellir.

L’autre population est infiniment minoritaire, celle des producteurs d’idéologies, que l’on peut convenir d’appeler les « intellectuels », même si cette acception du mot ne date que de l’affaire Dreyfus. Les intellectuels ont pour fonction historique de transformer en conscience la modernisation, sa nature, ses problèmes, ses bénéfices, ses coûts, ses perspectives, ses conséquences… Bien entendu, la modernisation traitée comme un objet du connaître peut donner lieu et a aussi donné lieu à des saisies rationnelles par des philosophes, des historiens et des sociologues, par des chercheurs occupés à la mise au point des outils intellectuels permettant de comprendre et d’expliquer les choses humaines dans leur réalité et leur vérité. En tant que chercheurs, ils ne sont ni réactionnaires ni progressistes, mais se partagent entre ceux qui trouventle vrai au moins provisoire et ceux qui se trompent ou répètent. La population minoritaire attachée à comprendre le monde qui l’entoure, comprend trois sous-populations, celle des chercheurs purs non idéologues, celle des intellectuels purement idéologues et celle des schizophrènes, chercheurs dans leur domaine de compétence et intellectuels quand ils se préoccupent d’assurer le bonheur d’autrui.

L’historien peut suivre à la trace et repérer depuisle XIVe siècle et la Renaissance la population minoritaire des cogniteurs et sa distribution en chercheurs, en idéologues et en chercheurs-idéologues, et vérifier que les idéologues se répartissent de manière polaire entre progressistes et réactionnaires. Les grands moments idéologiques sont la Réforme, les Lumières, le bouillonnement idéologique du XIXe siècle et les catastrophes idéocratiques du XXe siècle. Celui-ci aporté en pleine lumière la polarisation idéologique, la nature polémique et exclusive de toute position idéologique et les horreurs dont sont capables les idéologues, si, par malheur, ils accèdent au pouvoir politique et fondent une idéocratie. Le siècle a aussi démontré que, du fait de ses racines contre nature et irrationnelles, l’idéocratie est condamnée à disparaître tôt ou tard. Les idéocraties réactionnaires sont mortes de mort violente en 1945 et les idéocraties progressistes de mort lente et naturelle en 1991. Leur mort n’a pas été accompagnée de celle de l’idéologie, de la réaction ni du progressisme. Comme il fallait s’y attendre à la lumière de l’histoire du caméléon idéologique, celui-ci a réussi sans peine le recyclage de vieux idéologèmes, car leur stock est limité et composé des mêmes produits indéfiniment remis au goût du jour. Du côté progressiste, on a assisté à un feu d’artifice du libéralisme idéologique, avec des promesses garanties de paix, d’abondance, de liberté, d’épanouissement, sans crises ni soubresauts ni catastrophes. Du côté réactionnaire, le relais a été pris par l’écologisme, qui apparaît sur le devant de la scène dès 1992 à Rio. En son cœur, l’écologisme est une réaction viscéralement anti moderne, qui s’en prend explicitement aux cinq composants de la modernité, en insistant sur tel ou tel comme particulièrement pernicieux selon les moments et les mouvances. L’une de celles-ci est le terrorisme frileux. Son existence n’est pas énigmatique, en ce sens qu’il remplit une case idéologique prévue par une théorie plausible de l’idéologie. Pour apprécier ses capacités de nuisance, il faut s’attacher à la réception que la majorité passive et silencieuse peut lui réserver dans les circonstances présentes.

La réception

Elle soulève trois questions différentes, mais leurs réponses conjointes peuvent aider à expliquer les succès actuels des terroristes, du moins en Europe. Que faut-il entendre par « réception » ?D’où vient qu’elle soit réelle ? Pourquoi, dans la conjoncture actuelle, le pôle réactionnaire l’emporte-t-il sur le pôle progressiste ?

Les idéologues sont une infime minorité d’activistes, convaincus de la justesse de leur cause et prêts à tout, ou presque, pour l’imposer, persuadés qu’ils sont de se dévouer au bonheur de tous, même s’il faut le payer par le malheur transitoire de chacun. Il y faut des dispositions psychiques particulières, des expériences décisives, des occasions favorables… La plupart des gens demeurent étrangers aux engagements idéologiques résolus, car ils sont occupés de leurs problèmes personnels quotidiens. En périodes de calme collectif, au sens où aucun problème ne retient l’intérêt et l’attention de la majorité, les activistes vivent entre eux et dessinent une sodalité de type sectaire. Ils sortent de l’isolement et de l’anonymat, en fonction de l’éveil des gens à des problèmes, qui ou bien rendent plus aigus leurs problèmes courants et plus problématiques les solutions, ou bien leur infligent des problèmes nouveaux dépassant leurs horizons quotidiens. Une récession ou une crise économique pourrait correspondre à la première situation et une crise politique, intérieure ou extérieure, à la seconde.

Ces banalités conduisent à une conclusion qui l’est un peu moins, à savoir que la réception des messages idéologiques doit être conçue comme une échelle indéfiniment graduée d’intensité, entre la conversion enthousiaste d’activistes néophytes et le sentiment vaguement sympathique. La distribution des chiffres sur les différents degrés devrait être fonction de l’intensité des problèmes ressentis. Pour que tout le monde soit gagné, ou à peu près, il y faut une crise grave, profonde et urgente. Tous ne seront pas séduits, car les activistes du pôle progressiste devraient, eux,résister, ainsi que leurs sympathisants les plus proches. Cette distribution nuancée et sa corrélation avec l’acuité des problèmes ressentis devraient peser directement sur les stratégies et les tactiques des terroristes pour parvenir à leurs fins.

Pour trouver des réponses plausibles à la deuxième question, il faut prendre de la hauteur historique. La modernisation a été un développement de longue haleine, dont les premiers indices apparaissent en Europe au sortir de la féodalité et les aboutissements visibles s’imposent en Europe et en Amérique au XIXe siècle. Les transformations opérées et les innovations introduites ont permis à l’Europe de dominer le monde en deux étapes, au XVIe et au XIXe siècles. La conséquence en a été que la modernisation s’est doublée d’un second développement, la mondialisation. Celle-ci est définie par deux caractères, d’une part, l’unification de toutes les histoires humaines, jusqu’ici dispersées, en une histoire commune à tous les représentants de l’espèce, et, d’autre part, la diffusion de la modernisation sur la planète entière. Modernisation et mondialisation sont déjà apparentes et perçues à la fin du XIXe et au début du XXe siècles. Mais la catastrophe de 1914 et ses conséquences en cascade ont imposé au monde une gigantesque parenthèse, qui ne se referme qu’en 1991, avec la fin du dipôle américano-soviétique. Loin de trouver sa fin à cette date, l’histoire s’est remise en marche en renouant avec l’avant parenthèse.

Sur ce fond historique brossé à très grands traits, essayons de concevoir ce que pourraient être les sentiments collectifs des Européens aujourd’hui. Ils devraient être configurés par les deux développements repérés. Partis les premiers, les Européens ont réussi leur modernisation les premiers aussi. Ils précèdent tout le monde dans une expérience inconfortable. En effet, on peut plaider que la modernité est l’analogue historique du néolithique, qui a fait passer l’humanité de la dispersion en ethnies minuscules de chasseurs-cueilleurs en ensembles de plus en plus englobants, jusqu’à former des empires gigantesques. Du paléolithique au néolithique, il y a eu substitution de matrices culturelles, l’une explorant les possibilités humaines par la juxtaposition de cultures locales menues, et l’autre par de grandes civilisations portées par des réseaux hiérarchisés complexes. Un paléolithique qui, par hypothèse impossible, aurait perçu l’imminence et la réalité du changement de matrices, aurait été dans l’impossibilité absolue de prévoir quoi que ce soit de ce qui émergerait au long des dix millénaires à suivre. De même, si la modernité est une matrice nouvelle, personne ne peut prévoir ce que l’avenir culturel de l’humanité nous réserve, alors que chacun, en Europe maintenant et bientôt partout, peut connaître le monde qu’il a perdu. Regret plus ou moins poignant d’un passé révolu, d’un côté, et, de l’autre, inquiétude plus ou moinsmoins vive face à un avenir opaque, tels devraient être des sentiments plus ou moins diffus ou concentrés en Europe aujourd’hui.

De son côté, la mondialisation affecte les Européens de deux côtés, tous deux peu propices à l’optimisme. D’une part, elle signale aussi la modernisation étendue à la planète entière. Il doit en résulter mécaniquement des phénomènes de rattrapage et l’effacement de l’avance que l’Europe avait prise sur les autres grandes aires culturelles, chinoise, indienne, asiatique, amérindienne, dans les siècles antérieurs. Cette réduction au statut commun a été acquise après la Seconde guerre mondiale. La diminutiocapitisinfligée aux Européens par l’histoire qu’ils ont mise en branle eux-mêmes, doit inspirer la nostalgie d’un passé plus glorieux et des inquiétudes sur la position que l’avenir leur réserve par rapport aux autres acteurs.

Or, de ce côté et d’autre part, ils ont de bonnes raisons d’être inquiets. En effet, l’histoire commune de l’humanité, qui a débuté de manière irréversible, sera décidée par les grandes polities, comme les États-Unis, la Chine, l’Inde, le Brésil, la Russie, car la condition humaine est d’abord politique et transpolitique et se joue en fonction des rapports de puissance. L’Europe n’est pas une politie et, tant qu’elle n’en composera pas une, elle sera un objet de l’histoire mondiale et non pas un sujet. La finalité de la construction européenne est politique, mais il n’y a pas d’exemple qu’une politie ait été fondée par abandon délibéré et réciproque de souveraineté. L’Union Européenne n’est pas une politie, mais une alliance étroite de polities, qui ne peut décider et agir que par consensus. L’unanimité est la chose la plus étrangère à une espèce querelleuse et d’opinions infiniment diverses, précisément pourquoi sont indispensables des dispositifs et des procédures politiques de résolution pacifique des conflits. Tant que ne sera pas fondée une politie européenne, qui ne saurait être que de type fédéral, les Européens sur la scène mondiale ne peuvent attendre que des rebuffades et des humiliations, à quoi leur histoire millénaire ne les a pas habitués.

À la troisième question, les réponses à la deuxième peuvent expliquer en partie l’inclination au pôle réactionnaire plutôt qu’au pôle progressiste. En partie seulement, car les nostalgies, les inquiétudes et les humiliations pourraient, en principe, tout aussi bien inspirer un sursaut et une marche en avant fière et vigoureuse, comme les Européens de l’Ouest l’ont montré après 1945 et ceux de l’Est après 1991. La timidité et la frilosité actuelles pourraient n’être que passagères, car personne ne connaît l’avenir. Mais un facteur pourrait peser longtemps au bénéfice de la réaction, à savoir le facteur démographique. D’un côté, la quasi-disparition de la mortalité infantile et l’augmentation spectaculaire de l’espérance de vie ont rendu celle-ci précieuse à chacun et plus sensibles à tous les risques qu’elle peut encourir. De l’autre, la baisse tout aussi spectaculaire de la fécondité depuis les années soixante a déterminé un vieillissement croissant et même, si elle devait se prolonger sur des générations, l’effondrement biologique. Des populations vieillissantes et en déclin démographique peuvent difficilement nourrir des enthousiasmes pour le changement et le progrès. Des vieillards qui tiennent à la vie s’attachent plus probablement à la conservation des acquis qu’à la construction aventureuse de l’avenir. Mais, en ce domaine aussi, les Européens précèdent les autres, car il apparaît déjà que, loin de devoir succomber à une explosion démographique, l’humanité court vers une implosion, qui pourrait imposer ses conséquences au XXIIe siècle. Mais personne ne ressent intensément ces échelles de temps séculaires, si bien que, pour le moment, ce sont les Européens qui subissent l’implosion et doivent en retirer des sentiments de présent menacé et d’avenir aboli.

Les idéologues peuvent faire fond sur ces sentiments d’incertitude, d’inquiétude, de fin des temps, pour les manipuler à leur profit.

Les manipulations 

Soit un activiste qui, dans la conjoncture idéologique actuelle, est convaincu que le monde court à sa perte du fait d’un ensemble de calamités induites, en particulier, par les développements scientifiques et leurs applications économiques. Comment s’y prendrait-il, pour imposer les mesures restrictives qu’il juge indispensables pour sauver l’humanité ? Les catastrophes idéocratiques du XXe siècle ont eu au moins le mérite de disqualifier toutes les stratégies de type léniniste, qui préconisent la prise de pouvoir politique et l’instauration d’une dictature bien orientée. Notre activiste putatif évolue donc dans un régime démocratique, et c’est dans ce cadre qu’il doit définir des stratégies rationnelles, pour atteindre des objectifs qui, autrefois, auraient été poursuivis par la terreur politique. Deux stratégies s’imposent à lui, qui peuvent donner le change, en faisant mine de respecter scrupuleusement les procédures démocratiques.

Une première stratégie, la plus facile à définir et à conduire, prend appui sur les libertés d’opinion et d’expression. Elles sont inscrites analytiquement dans le concept du citoyen et ne sauraient être contestéesni abolies sans ruiner la démocratie. La stratégie rationnelle consiste à imposer une opinion idéologique à l’opinion publique, c’est-à-dire à faire en sorte que les dénonciations soient bien reçues par la population sans opinions arrêtées. Pour y réussir, il faut recourir à deux tactiques dominantes. La première s’attache à retenir l’attention du public, en injectant dans sa sphère d’intérêts des préoccupations nouvelles. Pour ce faire, il faut et il suffit de repérer dans l’actualité des événements ou des développements effectivement fâcheux, scandaleux, pernicieux. Il arrive qu’un nouveau médicament induise des effets secondaires passés inaperçus ;que des pollutions compromettent la santé ; que des aliments soient frelatés ; que des vaccins déclenchent à l’occasion des réactions violentes; que les activités humaines affectent les milieux et peuvent les rendre moins accueillants ; et ainsi de suite.

Cette première tactique gagnerait à prendre appui sur des faits vrais, sinon les activistes risqueraient la disqualification. De même, autrefois, la misère populaire était très réelle et les injustices souvent criantes, qui ont servi d’appui aux idéologues de droite et de gauche, pour chercher à subvertir l’ordre politique et social par l’entremise de la tyrannie. Il est vrai que, le coût de la vérification étant élevé et grande l’amnésie des cibles, des faits controuvés pourraient aussi bien faire l’affaire. La véracité est préférable, sans être indispensable. Le moyen de la tactique est immédiatement disponible et facile à manier. Les médias s’attachent au piquant, au sensationnel, au scandaleux, car ils peuvent ainsi retenir l’attention de leurs usagers. C’est une banalité, mais aussi une vérité première, au sens où elle devrait toujours être présente à l’esprit :par nature, les médias distillent, quand ils ne sont pas au service de la propagande du pouvoir politique, une vision de la réalité systématiquement faussée dans le sens négatif.

Ce biaissert l’activiste, mais un autre, tout aussi inhérent à la nature des médias, le dessert, à savoir qu’ils évoluent dans l’instantané, si bien que l’attention de l’opinion se détourne aussi vite qu’elle s’est fixée. Ce n’est pas le moyen de formater l’opinion publique de manière assez stable, pour qu’elle puisse appuyer la seconde stratégie, proprement politique. Pour configurer l’opinion publique dans le sens souhaité, il faut la convaincre que les événements ponctuels négatifs sont les premiers indices apparents d’un état général qui s’imposera, si rien n’est fait pour subvertir l’ordre en cours. Il s’agit de convaincre les gens que le cours des choses et des affaires humaines est si mal engagé que la catastrophe est inéluctable à terme, à moins que… La réussite de cette seconde tactique est plus difficile à obtenir. Pour la conduire au succès, il n’y a qu’un seul moyen : ne jamais cesser de relancer les dénonciations, de manière à créer une sorte de fond diffus d’inquiétude générale sur l’état des lieux et le cours des choses.

L’activisme idéologique est un emploi à temps complet, qui ne souffre aucune suspension de l’effort. Cette contrainte peut expliquer que seule une infime minorité d’individus sont susceptibles d’occuper l’emploi, ceux qui sont ainsi disposés qu’ils s’y consacrent à fond et sans intermittence. Or, les nouveaux moyens de communiquer leur facilitent grandement la tâche, par l’entremise des moteurs de recherche, des blogs, des forums de discussion… [cf. Gérald Bronner, La démocratie des crédules, Paris, Presses Universitaires de France, 2013]. Les gens obsédés d’une opinion exclusiveont tout loisir de faire le siège de ces moyens nouveaux, si bien que les opinions les plus diffusées et présentes seront celles des activistes. Le citoyen non averti, qui n’a pas de raison particulière de se méfier, qui ne soutient aucune opinion personnelle et qui ne dispose d’aucun moyen de contrôler les opinions qu’il rencontre sur la toile, s’il cherche à s’informer, évitera difficilement de se convaincre que la réalité doit être celle décrite et dénoncée par les idéologues.

Cette première stratégie peut réussir, mais elle ne suffit pas pour assurer le triomphe de l’activiste. Dans le cas le plus favorable, il aura réussi à imprégner l’opinion publique du sentiment que les choses ne tournent pas rond et que la situation devrait empirer, si rien n’est fait. Ce sentiment ne suffit pas à faire descendre les gens dans la rue en soutien aux activistes, pour plusieurs raisons. Les coûts de coalition d’une population sont presque toujours prohibitifs. L’intensité des indignations est très variable et varie en fonction de la coïncidence des opinions diffusées et des expériences réelles des gens dans leur particulier ; or tous les sondages révèlent que l’immense majorité est à peu près satisfaite de son sort. En démocratie, des dispositifs et des procédures permettent de gérer tous les problèmes qui se posent et de leur trouver des solutions à terme plus ou moins rapproché.

Encore faut-il que les problèmes soient posés. Cette exigence justifie l’action de lanceurs d’alerte non idéologues. Toute démocratie fidèle à ses principes réserve une fonction tribunitienne et la confie à des citoyens privés, en les chargeant de se dévouer à la défense et au progrès du bien commun, quand il est menacé ou mal assuré. L’activiste est un tribun dévoyé, parce qu’il est perverti par l’idéologie, qui lui brouille la vue de la réalité, le convainc de catastrophes imaginaires et, surtout, lui inspire la tentation de recourir à des mesures antidémocratiques et tyranniques, en usant du pouvoir politique pour s’imposer.

La seconde stratégie vise donc le pouvoir politique, non par l’instauration d’une idéocratie dont plus personne ne veut pour le moment, mais en se servant de la démocratie pour la subvertir en son nom. À nouveau, deux tactiques peuvent servir la stratégie. La plus directe consiste à convertir à la cause les décideurs politiques, qui sont rarement des experts et peuvent adhérer sincèrement à des idées fausses comme tout un chacun. Ils sont surtout élus, anxieux d’être élus ou réélus. Il importe donc de les persuader que l’opinion publique pèse en ce sens, ce qui réussira d’autant mieux que l’opinion incline effectivement de ce côté, si la première stratégie a été bien conduite.

La seconde tactique est plus indirecte et carrément perverse. Elle part du postulat que tout n’est qu’opinion, que les compétents sur telle ou telle question n’ont aucun accès privilégié à la vérité même provisoire, qu’ils ne font que défendre une opinion contre d’autres. Or, en démocratie, toutes les opinions ont le droit de s’exprimer et peuvent aspirer à définir le bien commun. La perversion consiste à confondre la légitimité politique de toute opinion et sa légitimité au regard des critères du vrai et du faux, qui ne sont pas politiques. Il est loisible à quiconque de soutenir que deux et deux font cinq ou que les vaccins compromettent la santé, mais ce qu’il en est en vérité relève des compétences de la communauté des mathématiciens ou des immunologistes.

La tactique consiste à prendre appui sur la confusion, pour proposer la création d’organes de consultation à l’usage des décideurs politiques, des organes réunissant sur un pied d’égalité toutes les opinions, de manière à les mettre en concurrence et à faire émerger une opinion dominante, qui sera retenue par les décideurs et inspirera la politique. Or, des activistes ont toutes chances de réussir la manipulation de ces forums de discussion ouverts à toutes les opinions, car ils s’y consacrent nuit et jour et à corps perdu, alors que les compétents ont autre chose à faire et ne savent argumenter efficacement qu’entre pairs. Par ce tour de passe-passe pseudo-démocratique, il est possible à des activistes décidés et habiles de manipuler le pouvoir politique et de le faire servir à leurs vues.

Conclusion

C’est cette dernière tactique qui fait courir les plus grands dangers au bon sens, à la démocratie et au bien commun. En effet, que l’opinion publique soit abreuvée d’idées fausses ou douteuses est sans doute déplorable, mais c’est le sort commun et courant de l’humanité depuis les origines. C’est une illusion d’intellectuels que de croire que les humains pourraient connaître un état où ils ne seraient occupés que de la recherche de la vérité et n’adhéreraient qu’à des vérités établies. Même les virtuoses, qui réalisent parfois cet idéal dans leur domaine étroit de compétence, rallient le douteux et le faux dès qu’ils s’en éloignent. Undangernaît avec la dominance éventuelle d’une opinion fausse dans l’opinion publique, car le risque devient réel qu’elle impose des mesures fâcheuses ou calamiteuses. En temps normal, les opinions sont multiples, diverses, contradictoires, si bien que, sans s’annuler les unes les autres au bénéfice du vrai, elles se neutralisent et se condamnent à l’insignifiance. Le danger le plus grave est dans la tactique insidieuse, qui consiste à traduire la liberté politique d’opinion dans l’affirmation que tout n’est qu’opinion et que toutes les opinions doivent être représentées à égalité dans les conseils du prince. La seule conséquence à prévoir est que le prince soit mal conseillé et le citoyen mal servi.

Jean Baechler

 

 

L’autre politique étrangère des Etats-Unis : les apparences et la réalité.

Bernard Owen

Une amie m’a transmis un numéro assez récent de la revue « Diplomatie ». La revue développait un événement auquel j’ai participé et le récit était éloigné de la vérité. Pour continuer sur la lancée, le Washington Post a écrit il y a deux ans un article sur un événement ancien de la plus grande importance pour l’Europe jusqu’à alors ignoré de tous. Est-ce possible ?

 

Saviez-vous que l’armée française avait demandé l’aide à une force américaine virtuelle au Laos pour renforcer sa position autour d’Hanoi puis d’approvisionner la cuvette de Dien Bien Phu sur le point d’être engloutie. Les avions ont été livrés repeint avec la cocarde tricolore française avec des pilotes de l’armée de l’air américaine mais qualifiés de « volontaires » ce qui sera le cas de l’ensemble du personnel américain engagé au Laos. Le saviez-vous ? En fait, il ne s’agit que d’un épisode remarquable du rôle de la CIA basée au Laos de 1950 à 1970.  Au départ les Etats-Unis ne voulait en aucun cas s’engager dans une guerre dans cette région. Une ethnie minoritaire, les Hmong, avaient été formés au combat par les Français. Ils étaient prêts à se battre contre le Pathet Laos, communiste. Il s’agissait donc pour les américains de parfaire leur formation, puis d’apporter le soutien nécessaire mais sans intervention de l’armée.
La CIA s’est donc substituée à l’armée de façon surprenante et pour en savoir plus nous nous sommes dirigés vers les documents de la CIA qui traitent de cette époque. Il fallait agir de la sorte car de nombreuses publications et un film affabulent sur cet épisode de l’histoire mêlant drogue, CIA et négligeant l’essentiel.
Il fallait au départ posséder un soutien aérien, construire des pistes d’atterrissage, des services d’entretiens. La CIA a donc créé une ligne aérienne « American Air » à partir d’une ligne déjà existante. Il fallait camoufler le coté militaire derrière une façade humanitaire, transport alimentaire, des médicaments. L’appartenance d’American Air n’était pas connue. Notons qu’en 1970 cette ligne aérienne possédait 24 bimoteurs, 24 avions à décollage rapide STOL et une trentaine d’hélicoptères.
Quant aux divers événements marquants de cette époque, l’on trouve différentes conférences déclarent le Laos comme Etat indépendant : La conférence de Genève de 1954 qui divise le Vietnam le long du 17ème parallèle sous la présidence d’Eisenhower ; conférence de Vienne de juin 1961, Kennedy – Kruschev soutiennent la neutralité et l’indépendance du Laos. Le 23 juillet 1962 à Genève me Secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères Harriman prend à cœur cette dernière déclaration de neutralité et 666 conseillers « militaires » des Etats-Unis financés par la CIA quittent le Laos. Deux agents de la CIA restent ainsi que quelques avions pour apporter de la nourriture aux Hmongs.
Ces deux agents détectent la présence de 7.000 vietnamiens et en 1963 2.000 Hmongs sont armés pour servir en tant que guerrillas. Une attaque a grande échelle a lieu en mars 1964 et les nord vietnamiens et le Pathet Laos s’emparent de points stratégiques et le gouvernement de coalition du Laos s’effondre.
Le peuple américain fut informé de cette guerre « sécrète »  en 1969 – 1976. Le New York Times en parle ainsi que la presse en général. Le Congrès en est bien informé et certains de ses membres se rendèrent au Laos et l’un aurait déclaré « que c’était bien plus efficace et moins couteaux de se battre de cette façon que d’envoyer des troupes américaines. »
A partir de là l’on assiste à des gains et des pertes. Le Vietcong renforce sa présence avec des armes modernes soviétiques. La CIA paya des troupes thaïlandaises moins bien équipées. A partir de 1971 la situation devient dramatique et en avril 1972 la CIA décide qu’aussitôt la guerre terminée Air America serait vendue. Elle le sera en juin 1974. Air-America avait perdu au Laos 10 personnel naviguant.

Le texte de la CIA termine en soulignant les exploits d’Air-America qui représentent un chapitre unique dans l’histoire du transport aérien et que cela valait mieux que des textes et un film de médiocres qualités.

Parmi toutes les informations qui circulent comment se fait-il qu’on soit obligé de vérifier nos sources et encore à partir de quelles autres données, nos propres expériences. Nous pouvons difficilement être partout ou rencontrer ceux qui ont participé à tel événement. De toute façon comment s’assurer de la valeur de ces récits.

Nous ne sommes plus dans les années 1950-70 et depuis 1990 nous assistons ou devrions payer beaucoup plus d’attention à des ingérences légales de l’Occident chez les nouveaux venus parmi nous. Nous avons déjà abordé cette question dans « un cheval de Troie dans les pays arabes » mais cette fois nous allons essayer de nous retrouver dans ce labyrinthe de fonds privés, fonds publics qui traversent quotidiennement les frontières. Nous ferons ici état des recherches d’Olivier Guilmain.

Il faut indiscutablement revoir la législation internationale qui accorde des avantages exorbitants à ces transferts d’énormes sommes d’argent dont il n’est pas facile de cerner les origines (la STE 124 du Conseil de l’Europe et de l’accord de Copenhague de 1990 de l’OSCE). En 2011 les Etats-Unis devraient mettre fin à l’Endowment for Democracy qui représente des sommes considérables détachées du budget annuel de l’Etat et distribuées à des ONG qui travaillent soit avec des fonds privés ou de l’argent réellement publique USAID. D’autre part les Etats-Unis accordent des avantages fiscaux très importants aux véritables ONG – catégorie fiscale 501 C3 – cela leur permet toute activité sauf celle dite « lobbying » ce qui est facilement contournable en faisant part de son opinion à tel ou tel sénateur bienveillant (http://www.hurwitassociates.com, Hurwit & Associates se définit comme étant un Conseil juridique pour la philanthropie et les ONG – « Legal Counsel for Philanthropy and the non-profit sector)

Olivier Guilmain évoque une polémique apparue à Moscou en 2007 au sujet d’un texte de loi règlementant les ONG. Le premier projet adopté par les deux chambres est ratifié le 10 janvier 2007. Cette loi était destinée à réagir contre les millions de dollars versés de l’étranger aux ONG en Russie. Une première version du texte a été assouplie après une campagne d’une rare intensité menée par les ONG et le gouvernement américain. La secrétaire d’état de l’époque, Condoleeza Rice,  fit pression sur le Président Poutine, exprimant sa préoccupation pour la démocratie. La loi figurait même à l’ordre du jour du sommet du G8 de 2007.

A quoi servent ces sommes considérables si ce n’est pas de l’ingérence. Par exemple en 2008 $34.000 dollars sont versées à la Géorgie pour créer un mouvement pour accéder à l’OTAN. $600.000 pour inciter les jeunes à former et accéder aux ONG. $1.000.000 concernant les prochaines élections municipales. Il s’agissait de pouvoir réagir contre les manifestations anti Saakashvili (à noter que la France a fourni les uniformes anti-émeutes). Wikileaks nous apprend beaucoup sur les échanges entre les ambassades américaines du Moyen Orient et le Département d’Etat concernant leur collaboration avec les ONG de jeunes  à qui l’on a offert des voyages en Serbie et Freedom House. Ceci faisait partie de la bible Sharpienne de non violence dont il a déjà été question.

Tout cette argent réuni est dépensé par diverses personnes qui n’ont pas pris conscience qu’une révolution laisse des séquelles qui peuvent mener à des catastrophes. La Fédération de Russie vient de proposer une résolution mettant en cause la Ligue Arabe et les deux forces combattantes en Syrie. Hillary Clinton a immédiatement réagi en souhaitant que seuls les autorités soient mises en cause. Naturellement, les Etats-Unis ont fomenté les mouvements du Moyen Orient. Les Etats-Unis seraient même allés plus loin en Libye sans la sagesse du Président Obama et Robert Gates qui déclarèrent que deux guerres cela suffisait. Les Etats-Unis ont quand même fourni une certaine aide technologique sans laquelle les Britanniques ni les Français n’auraient pu mener à bien leur « no flight zone ».

Le Washington Post a publié le 1 juin 2011 une brève conversation avec Tom Melia le titre étant « He promotes democracy in the most unlikely places ». J’ai bien connu Tom ayant travaillé avec lui dans 4 pays pour le compte de NDI. Il est ensuite passé à Freedom House et se trouve actuellement en tant qu’assistant Secrétaire Adjoint au Bureau de la Démocratie, Droits de l’Homme et du Travail du Département d’Etat. J’ai beaucoup d’estime pour lui et il m’a appris bien de choses au début des années 1990 mais j’aimerais le revoir afin de l’interroger pour savoir si tout ces bouleversements ne traumatisent pas la région tout comme l’on a vu en Orient (voir la thèse de Christel Thibaut où elle mentionne le déplacement de 2 millions de paysans cambodgiens entre 1960 et 1975)  et en Syrie, de nos jours, 1 million d’Irakiens ne s’y sont ils pas réfugiés ?

L’Irak s’avère aujourd’hui une catastrophe sociale et humanitaire. Le mot démocratie a-t-il encore une signification ?  Que va devenir le Moyen Orient déstabilisé ?

Nous ne sommes plus en 1990 ou même avant. L’Occident ne devrait-il pas s’occuper de ses propres lacunes, régler ses institutions de façon à ne pas inonder le monde de crises politiques et financières. Il s’agirait alors pour l’Occident de s’interroger sur lui-même avant d’aller semer la bonne parole sur la terre entière ?  Qui a dit que ces sont les vainqueurs qui écrivent l’histoire ?

Bernard Owen
En savoir plus sur http://archives.lesechos.fr/archives/cercle/2011/12/18/cercle_41374.htm#lBcHIWo4Q56y2xDq.99

La laïcité dans les pays arabes

Bernard Owen

Le socialisme était en vogue après la Deuxième Guerre mondiale. Pour être dans le vent et la modernité, il fallait voguer à gauche. Le kibboutz israélien était le meilleur exemple d’une forme de communisme librement consenti. L’ennui se situait dans le faible nombre de personnes qui voulait s’y engager. Au plus 3 % de la population d’Israël. Les pays arabes n’ont pas échappé à cette tendance « à gauche ». La création du Parti Baas en 1947 à Damas est une tentative intéressante de regrouper les États arabes et les États eux-mêmes sous la forme d’un socialisme laïc où se trouveraient les différentes tendances de l’Islam et du christianisme. On parlait de socialisme, mais il existait certaines tendances marxistes. Le développement du Parti Baas est retardé lors de la création par Nasser de 1958 à 1961 de la « République unie ».

À l’origine le Parti Baas de Syrie souhaitait prendre le pouvoir par des moyens légaux. Or, les militaires se saisissent du parti et prennent le pouvoir politique en 1963 et procèdent à des nationalisations à grande échelle. Le gouvernement rencontre quelques difficultés, car la tendance nationaliste et les membres du groupement marxiste travaillent ensemble jusqu’à 1970 où un coup d’État par le général Assad élimine du gouvernement les marxistes, et sa famille restera au pouvoir jusqu’à nos jours. En résumé, la ligne politique de la Syrie est un pouvoir totalitaire avec une forte présence dans l’économie.
En Irak, le Parti Baas a été, dès le départ, essentiellement sans relation avec les militaires ce qui a mené à plusieurs factions dès 1958. Le parti a pris le pouvoir en 1963 en apparaissant comme un parti puissant bien organisé. Saddam Hussein prend le pouvoir en 1979 et l’armée le rejoint. Le Baassisme à la Saddam Hussein renforce sa structure. La direction nationale se répand à travers la nation au moyen de directions régionales qui, elles-mêmes, se divisent en sections qui comportent de 2 à 5 divisions, qui se répartissent en cellules que ce soit dans l’administration, l’armée, les villes ou les zones rurales. Les informations montaient et descendaient de la direction nationale.

L’attaque sur le World Trade Center en 2001 a traumatisé les États-Unis qui se sont lancés dans une guerre inconsidérée. Mais la suite de la guerre qui a mené aux pires critiques demande quelques éclaircissements. Pour ce faire, partons d’abord au Japon. À la fin de la guerre, le général Douglas MacArthur a été chargé de remettre en place la structure politique de la nation, et il l’a fait de façon remarquable. En Irak, l’on s’est trouvé dans une situation totalement différente.

Les États-Unis ont nommé à la tête du gouvernement reconnu par la « communauté internationale » un personnage incompétent : Paul Brenner. Celui-ci agissait par décret. Le premier a été de dissoudre le Parti Baas sous toutes ses formes. Le second a été de dissoudre l’armée. Brenner n’est resté à ce poste que de mai 2003 jusqu’à juin 2004, mais le mal était fait. Les 250 000 militaires, les enseignants et les membres de l’administration étaient dans la rue.

Le discours d’adieu de Brenner laisse apparaitre son cynisme et son incompétence. Un ancien Président de la Chambre de Représentants, membre influent du Parti Républicain, New Gingrich, parlant de Bremer dit « le plus grand désastre de la politique des États-Unis des temps modernes ». Nous avons nommé les États-Unis, mais toute la communauté internationale doit revoir ses procédures d’analyse et de travail. La France n’a-t-elle pas joué un rôle condamnable en Libye qui était revenue en Occident ?
La « no fly zone » était une terminologie discutable au point où le représentant de la Ligue arabe ignorait ce qu’elle impliquait réellement au moment où il a donné son accord. Or, Kadhafi jouait un rôle essentiel non seulement en Libye, mais dans la région. Par exemple, l’alimentation en eau par une rivière souterraine qui représentait le deuxième plus important investissement mondial. Une photo nous montre les camions transportant d’immenses tuyauteries avec en arrière-plan la silhouette de Kadhafi. Les djihadistes avaient été éliminés et la Libye assurait la sécurité dans le Sahel et participait au développement du Mali. Jean Yves Moiseron parle de mercenaires venus d’Afrique pour soutenir Kadhafi. Or, Kadhafi était considéré comme un frère par les Maliens qui sont partis à son secours. Il ne s’agissait pas de mercenaires, mais de volontaires.

Au début du printemps arabe, nous avons eu à nous entretenir avec vingt jeunes Tunisiens. Nous avons cru utile de leur présenter certains éléments des pays arabes afin de comparer les effets passés, et la façon dont on pouvait envisager l’avenir. Ils étaient attentifs, mais l’un d’eux a fait part de son désaccord quant à cette approche. Nous avons compris que pour eux il n’était nullement besoin de s’attarder sur cette région, car il existait, de par le monde, une démocratie qui avait ses règles et il suffisait de les appliquer. C’était de l’idéalisme qui liait la volonté et le bonheur du peuple aux élections pour aboutir invariablement à la démocratie.
L’avis de ce jeune Tunisien était conforme à l’expression des conseillers internationaux que l’on a vus à l’œuvre en Égypte. Nous avons déjà abordé ce sujet et nous n’irons pas au-delà de deux remarques. Les institutions mises en place ignoraient les notions essentielles pour les questions électorales à savoir : la « structure d’analyse électorale » et la « structure d’accueil pour le vote contre ». À partir de là, les Frères musulmans devaient emporter les élections. La deuxième remarque nécessite une formation des membres des partis, à savoir qu’emporter un poste électif, obtenir le pouvoir en démocratie, permettent d’assurer la gestion du pays, certes à sa façon, mais sans pouvoir transformer radicalement les habitudes de la nation.

Nécessité fait loi

Bernard owen, Maria Rodriguez-McKey

Toute attaque contre un être vivant entraîne obligatoirement une réaction. Pour un animal, c’est soit la fuite, soit des subtilités dans son comportement, inconnues de l’assaillant. Le principe général est de réagir. Il en va de même pour l’être humain vivant en démocratie.

L’attaque du 11 septembre 2001 a été une surprise pour les citoyens Américains. Il existe toujours les « conspiracy theories » qui peuvent avoir un rien de vérité, mais pour l’attaque elle-même, tout ce que l’on peut relever est le manque d’efficacité entre le terrain et les autorités centrales. En effet, l’un des agents Américains s’était étonné du fait que l’un des pilotes en formation avait refusé de prendre la section concernant les manoeuvres d’atterrissage. Il avait prévenu Washington, mais son message s’était perdu dans la bureaucratie…. Il y avait déjà eu un cas semblable auparavant, quand le patron du F.B.I. Edgard Hoover n’avait pas pris au sérieux un espion double, qui l’avait prévenu trois mois avant Pearl Harbour d’une attaque possible contre la flotte américaine tranquillement amarrée. C’est pour cela que Roosevelt créa l’O.S.S., et Truman la C.I.A. Quelque soient les moyens, l’incompétence est toujours prête à tout faire basculer.

Le drame qui vient de se produire à Paris et dans sa banlieue a été retransmis dans le monde entier. Le nombre de morts et de blessés est important. Alors, que faire ? Nos amis, qui prônent la démocratie réagissent …. Et la liberté ! On parle de mesures liberticides.

Après le 11 septembre, les Etats Unis se devaient de réagir fortement pour eux-mêmes, mais aussi pour lres autres Etats. N’oublions pas que Ben Laden, fils d’une riche famille saoudienne, s’était lancé contre le plus puissant Etat de l’Occident. C’était un acte symbolique, il voulait frapper fort.

En 2004, 2005 et 2006, les Etats Unis ont passé des accords avec les pays européens pour mettre à jour les banques de données sur les personnes, mais, devant les restrictions apportées aux voyageurs européens se rendant aux Etats Unis (70 jours avant son départ, fournir des données personnelles), les Européens ont fortement réagi, et les Américains ont supprimé ces réglementations.

Jean Claude Paye sous-entend que, du fait que le « Patriot Act » comprenant 128 pages, soit rédigé seulement quatre jours après l’attentat, avait été préparé longtemps avant. En cela, il ignore l’efficacité d’un travail administratif et juridique en cas d’urgence.

Il est toujours intéressant de comparer la façon dont les différents Etats traitent la question du terrorisme. Jean Paul Pelissier évoque le journal « The New York Times » qui s’est intéressé à l’affaire Mohamed Merah (le 22 mars 2012). Il semblerait que notre terroriste soit passé à côté des renseignements sur le terrorisme français. Celui-ci travaille essentiellement sur la recherche humaine en pénétrant les sources de recrutement de terroristes potentiels, soit dans certaines mosquées, soit dans des réseaux islamistes radicaux. Cela permet à la France d’être bien informée. Les Américains peuvent utiliser de façon systématique des moyens informatiques d’écoute à un niveau qui permet le recoupement des informations, et obtenir un regard général mais précis de l’ensemble des recherches. Cet auteur cite Gary Schmitt, qui présente le système français comme « très répressif » même avant le « Patriot Act » concernant les écoutes téléphoniques, la loi sur l’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste paraît efficace, mais le côté solitaire de Merah et un certain laxisme de son ancien interlocuteur policier révèle la faiblesse du système.

D’ailleurs, l’ensemble de l’affaire Merah n’apparaît pas atypique, car la police allemande a trouvé à Berlin un document d’Al Qaïda, qui recommandait à leurs membres en Europe de l’Ouest et aux Etats Unis de chercher des éventuels terroristes solitaires pouvant se fondre facilement dans la population, sans éveiller les soupçons, et préparer des attaques destinées à terroriser la population.

Le journal « Le Figaro » fournit les détails des contraintes des lignes aériennes devant communiquer les données personnelles appliquées, au départ, par certains pays, et en 2015, par tous. Cela peut paraître une demande nécessaire dans ces guerres non conventionnelles, mais pourrait aussi encourager la pénétration en Europe le flot de personnes non désirables parmi les immigrants empruntant lers voies non conventionnelles par mer. Les terroristes d’outre mer ne sont-ils pas capables de se transformer en agence de voyage pour faire traverser à un coût raisonnable ou non une quantité d’immigrants difficilement contrôlables.

Un instant de réflexion sur les personnes chargées d’explosifs sur le point de perdre la vie. Des seringues ont été trouvées dans l’appartement loué par des terroristes à Alfort Ville. Au départ, la presse a parlé de seringues appartenant à la police pour recherche d’ADN, puis sur RTL et ailleurs, l’on a donné des détails sur la drogue utilisée par Daesh : le captagon qui est utilisé pour éliminer tout sentiment de peur. Cela est très logique. Il s’agit d’un psychostimulant et se trouve sous trois noms différents : captagon, biocapton et fitton. Le captagon était utilisé par les étudiants, dans les années soixante, où il était en vente libre, jusqu’en 2011. Il était produit principalement en Libye et au Liban, alors que la Syrie est devenue le premier producteur à partir de 2011. L’Arabie Saoudite en saisit des tonnes tous les ans, ainsi que le Qatar et d’autres pays arabes. Selon Wikipedia, l’auteur de l’attentat de Sousse du 28 juin 2015, Seifessine Rezgui, revendiqué par Daesh, était sous l’empire du captagon.

 

Face à la mort que vaut l’idéologie?

Bernard William Owen

http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/auteurs/index.php?id=50173

Le monde regorge de nouvelles. L’on sait tout mais il faut une étincelle pour mettre à mal ce que seule quelques privilégiés  pouvaient   évoquer entre eux. Il a fallu qu’un homme politique, respectable  s’il en était, se rende à New York  pour que toute la presse étale ses besoins sexuels disproportionnés. Un autre  français directeur d’une école française bien connue décède à New York  pour que soit découverte une gestion financière désastreuse. Il en va de même, non pas pour un individu, mais pour un comportement     généralisé pour les  personnes  dans les taches surhumaines et allant  contre l’éthique de la société.

Il a suffit que l’on trouve quelques seringues dans un appartement où s’étaient réfugié les auteurs de la tuerie de Paris pour que le grand public découvre que les extrémistes utilisaient la drogue.

Naturellement les djihadistes ce n’est pas l’Occident et pourtant sommes nous si différents?

Les livres que l’on peut lire ici ou là sur  l’armée Nazi ou même sur les expériences des médecins des camps de la mort  ne mentionne pas les drogues qui permettaient  à l’armée de tenir malgré des conditions parfois terribles. La drogue se nommait PERVITIN. Une drogue dure (Méthamphétamine).  Le journal Der Spiegel  publie des lettres écrites par les militaires à leur famille réclamant un  supplément de cette drogue qui venait à manquer à mesure que la guerre se prolongeait. Parmi les lettres,  par exemple de Heinrich Böll (prix Nobel), le militaire demande à ses parents de lui envoyer cette drogue « dont une seule pilule l’aide à rester attentif autant qu’avec des litres de café et qui après une prise toute  anxiété semble s’évanouir.

Apparemment les pilotes  et les conducteurs de chars avaient le privilège de chocolat bourrés de drogue.

En janvier 1942 un médecin militaire raconte que les troupes, encerclés par les Russes, à bout de force se laissent tomber dans la neige, mais il suffisait de distribuer du PERVETIN pour qu’une demi- heure plus tard la troupe reprenne la marche.

Norman Ohler qui  écrit  « L’euphorie totale des drogues dans le Troisième Reich ». La drogue est montée jusqu’à Adolphe Hitler dès 1936 où son médecin Theodore Morell lui a prescrit du Motaflor pour ses crampes d’estomac. Vous remarquez que son médecin est à ses cotés sur les photos quand il se trouve à Berchtesgaden.

L’être humain se ressemble où qu’il soit quelle que soit sa religion

The assassination of Andrei Karlov, the Russian Ambassador to Turkey

By Bernard Owen

We were able follow on television the assassination of the Russian Ambassador to Turkey.  We are, of course, are deeply sorry for this tragic death.

 

The assassin was a policeman who graduated from the academy only two years ago and he was fired recently.  His speach starts with « God is Great » and mentions Aleppo which is being won over by the Syrian Army with Russian support as a result of which the terrorists are begining to lose the war.

Erdogan’s firing of thousands of members of the military, professors and, in general, State employees while having an ambiguous attitude towards the ISIS, in addition his governments own policy undermining Attaturks strict separation of State and Chruch, has brought Turkey to the brink.  And the Russian Ambassador is its latest victim.

 

Assessing NATO’s involvement in Libya

    

   

                                                                                 

The author Ian Davis, is the director of Nato’s Watch.

 Author’s preface: The killing of Colonel Qaddafi on 20 October 2011 is certain to expedite NATO’s withdrawal from Libya and facilitate plans for rebuilding the country. Yet, beyond legal wrangling, it will bode well for the future involvement of NATO in African conflicts if the alliance could commit as much resources, energy and dedication into the rebuilding of Libya as it did to pummelling the country. At the barest minimum, such a gesture may help in assuaging the concerns of those who have always suspected what the real motive of NATO intervention in Libya was.  

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The involvement of regional organizations in enforcement of the No-Fly Zone (NFZ) in Libya, purportedly in support of United Nations Security Council Resolution 1973, raises interesting questions about the role of regional organizations in collective security in general, and their relationship with the Security Council in particular. Libya was not the first case in which the UN has invited regional organizations to assist in implementing a Security Council resolution or in which the body has collaborated, in whatever form, with regional organizations. Precedents include UN/Economic Community of West African States (ECOWAS) operations in Liberia and Sierra Leone, and UN/Organization of American States (OAS) actions in Haiti, to mention but a few.

Be that as it may, the on-going operation in Libya raises questions that deeply impact on the legal structures of the UN Charter and implicate policy-related questions for the UN, the concerned regional organizations and the structure of global collective security. While there can be no doubt that great benefits are to be derived from the interaction of the UN and regional organizations, the lack of clarity about the legal basis, an absence of policy precision, and trite rules of engagement considerably undermine such collaboration and, at the extreme, threaten to compromise the integrity of the operation concerned.

For this reason, it is important to discuss how NATO’s involvement in Libya, while undoubtedly legitimate, was legally dubious under UN Charter rules. This article will argue that the time is well nigh for the UN to develop clear policy guidelines for dealing with organizations that are not governed by Chapter VIII of the Charter but which are, nonetheless, committed to assisting the UN in realizing its primordial goal of maintaining international peace and security.

Chapter VIII of the UN Charter recognizes that regional “arrangements or agencies” have a marked role to play in the maintenance of international peace and security; hence, these organizations are empowered to conduct pacific settlement of disputes among their members (Article 52) entirely on their own and without recourse to the Security Council. However, while regional organizations are generally forbidden to take enforcement actions (including, of course, military measures), they can do so with the authorization of the Security Council (Article 53). This is one of the three bases recognized by the Charter as constituting exceptions to the general prohibition of force under Article 2(4) of the Charter. (The other two being the right of individual or collective self-defense (Article 51), which accrues only after an armed attack has occurred against a UN member, and the now futile actions against former enemy States (Article 107). The treaties of most regional organizations contain provisions enabling them to defend themselves once an attack occurs against their members.)

Resolution 1973 and the response by NATO, African Union and League of Arab States

Whenever States decide to use force against another State, whether individually or as a group, the first question that arises is whether such an action is pursuant to the right of self-defence (Article 51 UN Charter) or is one authorized by the Security Council. In the case of Libya, with regard to the former, Article 51 does not apply, as Libya had not attacked any of the NATO member State. It therefore follows that only an authorization by the Security Council could provide a sound legal basis for any military action against Libya and keep NATO action from being in violation of Article 2(4). The question is: Was NATO action in Libya authorized?

The creation of a No-Fly Zone over the whole of Libya by Security Council Resolution 1973 on 11 March 2011 was done “in order to help protect civilians” (operative paragraph 6). The Security Council had called on “States that have notified the Secretary-General and the Secretary General of the League of Arab States, acting nationally or through regional organizations or arrangements to take all necessary means to enforce compliance with the ban on flights imposed by paragraph 6…” (operative para. 8). (Emphasis added).

The impetus for creating the NFZ had originally emanated not from the Council, but from the League of Arab States (LAS), which had, in the words of the Security Council itself, decided:

“to call for the imposition of a no-fly zone on Libyan military aviation and to establish safe areas in places exposed to shelling as a precautionary measure that allows the protection of the Libyan people and foreign nationals residing in the Libyan Arab Jamahiriya” (preambular paragraph 12, Res. 1973).

It was entirely legitimate, and legal, for LAS to call on the Security Council to establish a no-fly zone in Libya. LAS is a Chapter VIII organization and one which, aside from being able to invite the Security Council to take enforcement measures against its member States, could actually undertake enforcement action on its own — subject, of course, to the Security Council authorization. The Security Council, therefore, had no problem with making explicit references to the organization in the resolution, as it did with the African Union (AU), underscoring the cardinal importance of LAS in any eventual intervention in Libya.

However, it seems unlikely that the lack of reference to NATO, anywhere in Resolution 1973, was an accident of drafting. It was a rather clear indication that NATO was not intended as a beneficiary of a Resolution 1973 mandate. Differently put: NATO is not a Chapter VIII organization. The Alliance was established in 1949 as an Article 51 organization — that is, a mutual defence pact — and was so clearly described by its treaty. The critical (even if historical) rationale for NATO’s preference for being a collective self-defence organization was simply that it wanted to free its actions from Security Council prior authorization, to which Chapter VIII binds all regional organizations.

To legally respond to a Security Council’s resolution calling on States acting “nationally or through regional organizations or arrangements”, as resolution 1973 did, an organization must be such that it is contemplated as a “regional organization” by Chapter VIII of the UN Charter. While there are no clear criteria about what these are, two fundamental factors are crucial: First, such an organization must regard itself as a Chapter VIII organization (as, indeed, the OAS, AU, Organization for Security and Co-operation in Europe, and so on, have manifested severally). Second, and by far most important, such organizations must be ready to fulfil the obligation under Article 54 of the Charter: keeping the Security Council “fully informed of activities undertaken or in contemplation under regional arrangements or by regional agencies for the maintenance of international peace and security”.

This requirement is needed so that organizations intending to assist in the implementation of a Security Council resolution do not present the Security Council with a fait accompli. But much more important is that if an organization does not meet these criteria, but nonetheless responds to the Security Council’s clarion call for assistance through such particular resolutions as 1973, then, potentially, the organization’s involvement risks illegality.

The Security Council recognizes how important it is for all organizations that would be involved in the enforcement of the Libyan resolution to comply with Article 54. Hence, the Council insisted in Resolution 1973 that such organizations must “inform the [UN] Secretary-General and the Secretary General of the League of Arab States immediately of measures taken in exercise of the authority conferred by paragraph 8…”.

NATO has not traditionally complied with Article 54 of the UN Charter for the simple fact that it is not governed by Chapter VIII; hence, it does not need to comply with such a directive. It is also not implausible to contemplate NATO’s blatant disregard of the additional obligation, in paragraph 8, to inform the Secretary General of LAS — that is, aside from informing the UN Secretary-General.

Thus far, NATO could not have legally responded to the Security Council’s mandate issued to “regional organizations and arrangements” in Resolution 1973 because, by virtue of its own treaty, the alliance is neither such an organization, nor one that could be held bound by either Article 53 or Article 54 of the Charter (much less the obligation to report to LAS). And since NATO is acting in Libya collectively, in contradistinction from acting nationally (see para. 8, resolution 1973), the latter caveat in the mandate does not save NATO from being in violation. (That provision would have saved France, the UK or the US when they acted individually and nationally at the outbreak of the crisis before NATO took over the mission.)

Yet, the absence of a solid legal basis has not prevented NATO from responding to such Security Council resolutions as 1973. During the Bosnia/Herzegovina crisis in 1992, NATO had responded to Security Council Resolution 781. While paragraph 1 of that resolution stated that the objective of the flight ban on the country was to ensure safe passage for humanitarian assistance, paragraph 6 had called on States to take “nationally or through regional arrangements or agencies” all measures necessary to provide assistance to the United Nations protection force in that country.

Quite clearly, the above reveals a gap between the law — Chapter VIII provisions — and NATO’s increasing policy of responding to Security Council resolutions and the Security Council’s silent reception of NATO’s generosity. It would be disingenuous, to say the least, to argue that NATO should not assist in implementing Security Council resolutions just because the alliance is not one of the organizations that could adhere themselves to the enabling mandates with any legal exactitude.

This prompts the question of how the Security Council should superintend the activities of NATO in such moments, given that NATO cannot be expected to be governed by the rules in Chapter VIII. Put differently, there is a great need for a system to be established whereby, until NATO decides to accept the regulation of Chapter VIII (if that day is to come), its activities regarding implementing Security Council resolutions could be regulated by the Council. As things stand, NATO has developed the ability to step into the UN Charter (to assist the Security Council implementing its resolutions) and step out of it (to avoid the Security Council’s regulation of regional organizations engaged in implementing of such resolutions).

Policy possibilities

One way of dealing with this anomalous situation between NATO and the Security Council is for the UN to devise a means of regulating NATO’s involvement in implementing Security Council resolutions since, unlike typical regional organizations, NATO cannot be regulated by Chapter VIII of the UN Charter.

The Security Council set an interesting precedent in 1994 when it invited regional organizations to its High-Level meeting in New York. Although the original invitation letter was addressed to regional organizations per se, an amended version was sent out that included other organizations, which enabled non-Chapter VIII organizations such as NATO to attend. In light of this precedent, a few recommendations can be made.

The UN can develop a set of policy guidelines to enhance its collaboration in UN missions with such non-Chapter VIII organizations as NATO. Such policy guidelines would spell out, in clear terms, the conditions governing UN collaboration with such organizations, so that a situation of cherry-picking that characterizes the current UN/NATO interaction can be avoided.

The Security Council can easily prevent NATO’s “cherry-picking” approach to its relationship with the Council be using more specific drafting formulae in its resolutions. For instance, had paragraph 8 of Resolution 1973 read as follows —

Authorizes Member States that have notified the Secretary-General and the Secretary-General of the League of Arab States, acting nationally or through regional organizations or arrangements, or other international organizations or alliances to take all necessary measures to enforce compliance with the ban on flights imposed by paragraph 6 above… (new addition in italics)

— the added/suggested phrase (“or any other international organizations or alliances”) would have performed two important functions. First, it would have broadened the category of entities that could enforce the Libyan NFZ resolution beyond regional organizations, so that, in principle, an organization that is not usually concerned with collective security might be able to respond to the mandate if it so desires. Second, it would have meant that organizations such as NATO — which, although concerned with security issues, do not fall under Chapter VIII — could legally respond to such a resolution since they fall under “other international organizations or alliances”.

It is evident that the Security Council intended to strongly underscore the importance of LAS in the Libyan crisis. Also, not many people would have doubted, at least at the initial stages, the legitimating role that LAS’s approval of the Libya NFZ was believed to play. But that is as far as it goes.

A request that regional organizations enforcing the NFZ in Libya should report to the Secretary General of LAS is grossly unconstitutional under the UN Charter. Article 54 obligates regional organizations to report to the Security Council, not to Secretaries General of other organizations. LAS represents a section of the international community, not the entirety of the international community. And if it was thought that LAS consent was necessary before enforcing a UN resolution adopted under Chapter VII — a situation that, in itself, was comprehensively befuddling — it certainly cannot be the case that by the fact of being an Arab organization which has consented to an NFZ over an Arab natio,n LAS has suddenly become primus inter pares (the first among equals) among regional organizations. It will surely bode well for the practice of the Security Council, the sanity of international legal orders and the compressibility of the Charter rules if the Security Council would desist from such practices as the one under discussion.

Understanding the dynamics of the issues

The interaction between NATO and the UN in Libya highlights, once again, the need to sanctify relations between the UN and regional organizations. However, rather than approaching this problem generically, what needs to be done is to understand the specific dynamics of the issues involved in order to devise the most effective approach towards tackling them. In all probability, NATO will likely continue to respond to Security Council resolutions that call on regional organizations to assist in implementing such resolutions as Resolution 1973. It is highly unlikely that there will be an amendment of Chapter VIII of the UN Charter anytime soon, so that if NATO cannot go to the mountain, the mountain can go to NATO.

Filling the gap between the law and practice, therefore, may come down to a creative adaption of the Security Council process, especially as regards the crafting of such resolutions as 1973. The great thing about policy frameworks is that they are far more malleable — and, arguably, more congenial — than legal instruments. Howsoever the UN might want to address the relationship between the Security Council and NATO, what is of utmost necessity is to ensure that NATO does not end up ridiculing the legal framework of Chapter VIII.

The majority of regional organizations strive hard to continue to search for a stronger cohesiveness in the Charter order, and none should be permitted to cherry pick from the instrument. The era of “hop-in, hop-out of the Charter” should be ended.

If NATO greatly desires to take the benefit of the collective security system of Chapter VIII as its involvement in the Bosnia/Herzegovina and Libya crises demonstrate, then it must be ready to bear the burden of the adjunct legal obligations as well. After all, as the aphorism goes, the burden and benefit of a thing go together.

Despite Sanctions, Russia Finds Buyers for $11 Billion Stake in Rosneft

By ANDREW E. KRAMERDEC. 7, 2016
New York Times

europeans

MOSCOW — The Russian government announced Wednesday that it will sell nearly 20 percent of its state oil company, Rosneft, to the Swiss commodity trading firm Glencore and the sovereign wealth fund of Qatar.
The deal defies expectations that no investor would dare buy a share in the Russian asset, given Western sanctions against the government of President Vladimir V. Putin.
But the emergence of foreign money suggests that investors are reassessing the sanctions after the election of Donald J. Trump, who has advocated warming ties with authorities in Moscow and is considering the chairman of Exxon Mobil, Rex W. Tillerson, as a candidate for secretary of state.
Mr. Tillerson criticized the sanctions as harmful for business after they halted an Exxon joint venture with Rosneft to drill for oil in the Kara Sea, in Russia’s sector of the Arctic Ocean.
The deal will bring Moscow $11.3 billion to help plug a widening budget deficit as Russia fights two wars, in Syria and Ukraine, and has struggled to meet pension payments and public-sector payrolls.
The agreement came as a surprise twist in the privatization of Rosneft. With an end-of-the-year deadline looming, no buyers had come forward for the 19.5 percent share in the world’s largest publicly traded oil company, as measured by production and reserves. The apparent lack of bidders was a pessimistic sign for investor interest in Russia.
The Russian government had for most of the year planned to sell shares back to the majority state-owned company itself, which would hardly have qualified as a genuine privatization.
The United States decided in 2014 to impose sanctions on Rosneft and other Russian companies in response to Russia’s intervention in the war in eastern Ukraine..
The sanctions limit long-term lending and transfer of American technology for drilling offshore and shale oil deposits.
The deal carries other risks as well. Both Glencore and the Qatari fund, the Qatar Investment Authority, have extensive investments in emerging markets. The Qatar fund is also an investor in Glencore.
The announced price valued Rosneft at $58 billion, slightly less than the company’s stock market value at the close of trading in Moscow on Wednesday, of just under $59 billion.
Both the market price of shares and the sale price for the 19.5 percent stake announced Wednesday are a relative bargain, indicating the Russian government’s eagerness to cut a deal to shore up its finances.
Rosneft pumps 4.7 million barrels of oil and the energy equivalent in natural gas a day, compared with 4.3 million by Exxon. For comparison, Exxon’s market value was $364 billion during trading Wednesday — six times Rosneft’s value.
The two buyers will take equal parts of the stake, the company’s chief executive, Igor I. Sechin, told Mr. Putin in a televised meeting Wednesday.
Mr. Putin termed it “the largest privatization deal, the largest sale and acquisition in the global oil and gas sector in 2016.”
In a statement, Glencore said it was in “final stage negotiations” over the deal. The company said it would contribute 300 million euros, or $323 million, of its stock to the purchase, with the remainder of the funding coming from the Qatari fund and bank financing. Under the terms, Glencore would gain access to an additional 220,000 barrels a day of Rosneft’s oil to trade.
Mr. Sechin credited Mr. Putin for the agreement. “Given the very difficult economic circumstances and the extremely tight deadlines for this kind of project,” Mr. Sechin said, “I can report to you that we were able to land this deal thanks to your personal contribution.”
The sale completes a long arc for the Russian energy assets, traced from privatization to nationalization to privatization again, with the timing unfavorable for the Russian citizens who are the company’s majority owner.
Under Mr. Putin, the Russian government took oil and gas fields that had been privatized in the early post-Soviet period by companies including Yukos and TNK, and reassembled them under a behemoth state-owned company, arguing that the government should steer policy for these strategic assets.
The government effectively nationalized Yukos in lawsuits over unpaid taxes after its founder, the oil tycoon Mikhail B. Khodorkovsky, was jailed on fraud charges brought with political overtones.
Rosneft bought the assets of TNK and its foreign partner, BP, for about $60 billion in 2013, when oil prices were still buoyant. Now the government is selling shares into the depressed global oil market for a fraction of what it paid three years ago.
A state holding company, Rosneftegaz, is the largest shareholder, with 69.5 percent, which will drop to 50 percent after the sale to Glencore and the Qatari fund. A state property agency holds a voting share to retain majority state control.
BP, the British oil giant, owns a 19.75 percent, and the remainder is traded on the London Stock Exchange and in Moscow.