Ordonnances: l’impossible équation de Muriel Pénicaud

30 AOÛT 2017 PAR FRANÇOIS BONNET

Alors que le premier ministre présente le détail des ordonnances, l’avenir de sa ministre du travail semble des plus incertains. Venue du monde patronal, dont elle apparaît comme un relais actif, refusant la confrontation politique, elle se trouve durablement affaiblie par l’affaire Business France et par les montants extravagants de ses rémunérations chez Danone.

C’est donc le jour J. Ce jeudi 31 août, le premier ministre Édouard Philippe rend enfin publique la totalité des textes des ordonnances réformant le droit du travail, après quelques jours d’obscurs débats parlementaires et plusieurs semaines de vraie-fausse concertation avec les organisations syndicales (lire ici notre dossier complet). Cette réforme expresse par ordonnances a été présentée par le candidat Emmanuel Macron comme la clé de voûte d’une refonte en profondeur du marché du travail et d’une relance de l’économie française. Et elle concernera directement le statut, les conditions d’embauche et de licenciement des plus de 25 millions de salariés en France.

C’est l’importance de cette réforme qui justifierait sa présentation par le premier ministre. À ses côtés, précisait mercredi Matignon, sera bel et bien présente Muriel Pénicaud, ministre du travail. Parlera-t-elle ? C’est une autre question. Car l’avenir de Muriel Pénicaud au sein du gouvernement paraît des plus incertains. Et ce pour plusieurs raisons.

La première est le piètre exercice parlementaire réalisé par la ministre lors de la session parlementaire et des débats sur la loi d’habilitation autorisant le gouvernement à recourir aux ordonnances. Cramponnée à une novlangue managériale, important à l’Assemblée les arguments classiques du monde de l’entreprise, la ministre s’est montrée incapable de tenir une confrontation politique avec des députés de gauche et de droite trouvant pour le moins légères les formules jargonnantes du genre « libérer les énergies »« responsabiliser les individus »« sécuriser les trajectoires professionnelles » ou « redonner confiance aux entrepreneurs ». L’Assemblée nationale ne parle pas le langage de l’université d’été du Medef et autres conclaves patronaux.

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À vrai dire, bien peu sont ceux qui mettent en cause la technicité de la ministre sur un dossier à la fois complexe et stratégique. La difficulté majeure est directement politique et relance cette bien vieille question : « D’où parles-tu ? »Muriel Pénicaud, sans itinéraire politique identifié (hormis un court passage comme conseillère technique-formation au cabinet de Martine Aubry il y a plus d’un quart de siècle), porte pourtant des intérêts et des engagements très identifiés : ceux des grandes entreprises.

Inutile de lui faire le procès d’être la voix du patronat et du Medef, ce que ne font d’ailleurs pas les syndicats FO ou CFDT. Mais ses plus de 20 années passées dans les grandes entreprises la rattachent à cette caste particulière et fort homogène des hauts dirigeants. Un monde où les impératifs économiques enrobés de novlangue managériale (lire à ce sujet notre entretien avec Agnès Vandevelde-Rougale) interdit toute dissonance. Elle a ainsi pu sans difficulté travailler pour deux grands groupes aussi différents que Dassault-Systèmes et Danone, avant de prendre la direction de l’organisme public Business France, chargé de vendre à l’étranger les entreprises et le dynamisme entrepreneurial (pas celui des salariés) français.

Avec Muriel Pénicaud, voici donc les dirigeants d’entreprise – leur culture, leurs dogmes, leur vision de l’économie – aux commandes du puissant ministère du travail. Une ministre issue du patronat pour gérer la condition salariale : c’est du jamais vu dans l’histoire politique récente, tant cela marque et proclame d’emblée combien le rapport des forces sera défavorable aux salariés. L’« ouverture à la société civile » tant pratiquée depuis 40 ans s’est faite, pour beaucoup de ministères, en direction de spécialistes des secteurs concernés : la santé (Emmanuel Schwartzenberg ou Bernard Kouchner), les sciences et la recherche (Hubert Curien), les sports (Alain Calmat, Bernard Laporte…), l’économie (Francis Mer, un patron), etc. Mais cela ne s’est jamais fait concernant le ministère du travail.

Parce que ce ministère est un marqueur éminemment politique. Et parce qu’une grande part de sa mission – organiser concertations et négociations – interdit au titulaire de ce portefeuille d’apparaître comme pouvant être le relais direct d’une des parties, patronat ou salariés. C’est ainsi que la plupart des ministres du travail ont toujours été des poids lourds politiques : Jean Auroux puis Pierre Bérégovoy sous Mitterrand ; Philippe Séguin sous Chirac en 1986 ; le centriste Jean-Pierre Soisson sous Mitterrand/Rocard ; Martine Aubry sous Jospin ; Gérard Larcher sous Chirac ; Xavier Bertrand et Éric Woerth sous Nicolas Sarkozy ; Michel Sapin et François Rebsamen sous François Hollande (voir ici la liste complète des ministres du travail).

Le gouvernement se réveille…

Voici les extraits d’un article sérieux mais avec des pointes d’humour de Ellen Salvi qui écrit pour Mediapart. Bernard Owen

Macron sonne le réveil du gouvernement

29 AOÛT 2017 PAR ELLEN SALVI

Après les polémiques estivales, le président a réuni les ministres, lundi, lors d’un séminaire qui s’est transformé en cours de communication politique. Le chef de l’État entend les sortir de l’anonymat. Et se créer des pare-feux avant les mobilisations de septembre.

« J’espère que vous êtes reposés pour les uns, que les esprits se sont clarifiés quand ils devaient se clarifier, que le recul a été pris, que les forces ont été reconstituées pour attaquer cette rentrée dans des termes indispensables, ceux du volontarisme, de l’ambition et de l’exigence. » C’est par ces mots qu’Emmanuel Macron a accueilli ses ministres à l’Élysée, lundi 28 août au matin, sous l’œil des caméras de télévision, à l’occasion du séminaire gouvernemental de rentrée, deuxième exercice de « team building » après celui qui s’était tenu début juillet à Nancy, sans lui.

Une fois les journalistes reconduits vers la sortie, le message asséné par le président de la République s’est voulu encore plus clair : fini les errements, les bafouillages, les pudeurs de novices et les annonces mal maîtrisées.

Séminaire gouvernemental, le 28 août, à l’Élysée

Pendant plus de deux heures, il a donc insisté sur la nécessité de faire preuve de pédagogie, tandis que son premier ministre s’employait à détailler le planning et la communication gouvernementale des six prochaines semaines. À l’issue de ce séminaire, dont les conversations se poursuivront mercredi lors du conseil des ministres, Édouard Philippe a développé cet agenda devant la presse, évoquant notamment la création d’un « grand plan étudiants », mais aussi des mesures sur le logement pour « construire plus et plus vite » afin de « mieux loger les plus fragiles ». Deux points sensibles depuis l’annonce de la diminution des aides personnalisées au logement (APL).

Après un été marqué par les polémiques et la fin de l’état de grâce, il y avait visiblement urgence à recadrer les troupes. En choisissant de donner la priorité à la consolidation budgétaire et en optant pour des choix qui soignent les fortunés au détriment des plus faibles et des classes moyennes, le gouvernement s’est empêtré dans une politique du chiffre qui a oublié que dans l’expression « et droite et gauche » figurait le mot « gauche ».

Pour pallier les critiques et devancer les mobilisations, Emmanuel Macron a donc demandé à son gouvernement de marteler son diptyque « libérer et protéger », l’invitant également à faire preuve de cohérence, de solidarité, de collégialité… Et de solidité. « Certains prédisent le pire. Il ne faut jamais céder aux Cassandre », a-t-il affirmé en préambule. Il a aussi été demandé à chacun de définir le défi qu’il se fixait pour l’année et pour le quinquennat. « C’est une technique managériale. Il continue de gérer son équipe gouvernementale à la façon d’une entreprise », glisse un conseiller ministériel.

Sur le fond, rien de bien nouveau. Sur la forme, non plus. Le duo de l’exécutif s’est surtout employé à livrer un cours de communication politique aux ministres, leur répétant ce qui semble pourtant relever de l’évidence : parler de grandes politiques publiques plutôt que de « mesurettes », placer les annonces dans leur contexte, anticiper le temps des travaux parlementaires, mais aussi la réaction de l’opinion publique. « Les oreilles de Gérald Darmanin ont dû pas mal siffler », plaisante un autre conseiller. La baisse de 5 euros des APL, qualifiée en off par Emmanuel Macron de « connerie » et en on par Édouard Philippe de mesure « pas intelligente », mais défendue jusqu’à l’absurde par le ministre de la fonction et de l’action publiques, n’a toujours pas été digérée. Elle est devenue le contre-exemple type.

Pour l’heure, à une ou deux exceptions près, la totalité du gouvernement reste inaudible, pour ne pas dire transparente. La ministre du travail Muriel Pénicaud, pourtant au centre de l’une des premières grandes réformes d’Emmanuel Macron, a été l’objet de longs articles sur l’affaire Business France et sur la plus-value boursière qu’elle a réalisée du temps où elle travaillait chez Danone, mais elle ne s’est jamais vraiment exprimée sur le contenu des ordonnances de sa loi. Idem pour la ministre des armées Florence Parly, qui n’a pas dit un mot sur la coupe dans le budget de la défense ou sur le limogeage du chef d’état-major des armées. Quant au premier ministre, il a accordé plusieurs interviews, certes, mais aucune n’a marqué les esprits.

« Aujourd’hui, tout le monde est plutôt discipliné. Surtout, personne n’a envie d’être responsable du premier couac… », confiait le proche d’un ministre à Mediapart, au début de l’été. Les effets secondaires de cette prudence ne se sont pas fait attendre : en l’absence de pare-feux, Emmanuel Macron s’est retrouvé en première ligne du front de l’impopularité. Il s’exprimera ce mardi matin face aux ambassadeurs réunis à l’Élysée, tandis que douze de ses ministres défileront à l’université d’été du Medef, qui se tient pendant deux jours à Jouy-en-Josas (Yvelines). Le temps des bons élèves aussi disciplinés que timides semble désormais révolu. Le président de la République a promis de revoir sa communication. Il en sera de même pour celle de son gouvernement.

Pt’it Loup: Nos amis les chats

Bernard Owen, Maria Rodriguez-McKey

Nous aimons les chats. Nous parlons en tant que compagnon et non en chercheurs de laboratoire qui peuvent peuvent trouver ce petit texte ridicule. Et pourtant, il restera en place. Le regard du chat, ses diverses positions quant au confort de son corps, tantôt ici, tantôt là. Il permet de mieux se recueillir, le transmet et nous permet de mieux vivre.

Quelques éléments sur l’économie française.

Maria Rodriguez McKey

La dette de la France est de  97 % par rapport au PIB pour le moment, la France paye un taux d’intérêt faible pur s’endetter mais cela peut changer.

La France ne dépend de la politique  monétaire de la Banque européenne

L’Euro est fort par rapport au dollar. Ceci est mauvais pour la France (sauf pour payer le pétrole et le gaz qui se vendent en dollars).

Le code du travail a quelques 3000 pages. Les contrats de travail (exemple, le contrat a durée indéterminé)  est loi de assemblée et doit être assoupli par le gouvernement . Ceci est un système rigide car on doit attendre que le gouvernement agisse. Les entreprises sont peu d’indépendantes.

Le taux de chômage structurel, celui que ne vient pas des crises comme celle de 2007 (chômage conjoncturel), est là depuis au moins vingt ans…

Rentrée: le déclin de la fiction présidentielle

MEDIAPART

29 AOÛT 2017 PAR HUBERT HUERTAS

Une crise peut en cacher une autre. Le macronisme entame cette rentrée dans un état proche de l’urgence. Mais au-delà de la conjoncture d’automne, les déboires du président français s’inscrivent d’abord dans une succession d’échecs qui remontent, au minimum, à l’élection de Jacques Chirac.

 « Fonction présidentielle »… Voilà plus d’un demi-siècle qu’on se gargarise en France avec cette forme de majesté républicaine. Soixante ans que les présidents et leurs alliés se parent de ce symbole suprême pour exiger une forme de silence à leurs oppositions. Et soixante ans que les oppositions dénoncent un usage abusif de la Constitution, avant de s’en servir elles-mêmes, en accédant à l’Élysée.

Dans les faits, au fil de cette longue  histoire,  la « fonction présidentielle » s’est pourtant érodée. L’homme qui l’exerce a fait face à des critiques de plus en plus ouvertes et à un affaiblissement de plus en plus spectaculaire de son pouvoir réel. Du respect de « la fonction » nous sommes passés au procès en dissimulation. Le candidat élu est accusé d’avoir brandi des « fictions » pour endormir le peuple. Il promettait le renouveau, jusqu’à changer le fond de l’air, et il impose des sacrifices au nom de la nécessité. Tout-puissant le jour de son élection, le président paraît tout faiblard aux premières décisions. Il se désagrège en quelques semaines, et de plus en plus vite, au fil des quinquennats. L’état de grâce est éphémère, létat de méfiance soudain, l’état de rejet irrattrapable.

Nous en sommes là, dès les derniers jours du mois d’août. Pendant toute sa campagne, Emmanuel Macron a parlé de « réhabiliter la fonction présidentielle »en se réinscrivant dans le très fameux « récit national », pour mieux rompre avec « le président normal » « Parler de fonction, c’est poser qu’une personne, quelle qu’elle soit, peut représenter plus qu’elle-même. C’est une donnée qui est indispensable au fonctionnement social », approuvait sur France Info, le 19 mai dernier, la psychanalyste Claude Halmos.

Cent jours plus tard, tous les médias évoquent une dégringolade. Patatras du haut des cieux. Les ailes du président Icare se sont décollées en s’approchant du soleil. L’altitude de la fonction a chuté dans la soute à charbon, et elle passe comme d’habitude pour un attrape-nigauds : « Une chute quasiment inédite », selon Le Figaro ; « Qui pour tenir la maison Macron ? » s’interroge la une du Parisien le 27 août ; « Chute lourde pour Emmanuel Macron », dans le journal L’Humanité du même jour.

On trouvera naturellement des causes conjoncturelles à ce rejet précoce. Elles sont profondes et concrètes. L’abus de position jupitérienne, la loi sur le code du travail, contre laquelle Jean-Luc Mélenchon promet « un déferlement » le 23 septembre, la baisse de cinq euros sur les aides au logement, la hausse de la CSG, la baisse de pouvoir d’achat pour les retraités de la classe moyenne, l’amateurisme de la nouvelle majorité, l’évanescence du premier ministre Édouard Philippe, et surtout, surtout, ce que le journal Libération met sur sa couverture : « Macron président des riches ». Un retour aux critiques des années Sarkozy, quand le bouclier fiscal amenait le fisc à rembourser des millions d’euros à la famille Bettencourt…

Mais les quinquennats sont désormais trop courts pour oublier que l’histoire se répète, et que cette rentrée 2017 a un air de déjà vu. Certes, selon les statistiques, le président de 2017 connaît une chute encore plus rapide que ses prédécesseurs, mais comment oublier le destin collectif de ceux qui l’ont précédé ? Une espèce de karma présidentiel.

Ils sont tombés les uns après les autres, à cadence accélérée. Chirac a tenu un été avant de se heurter à la rue, puis 18 mois avant de buter sur la cohabitation. En janvier 2008, l’affaire était compromise pour Sarkozy, qui visitait Pétra avec sa nouvelle femme. En septembre 2012, les dés avaient roulé pour François Hollande, qui cédait à tous les diktats de la droite, et d’abord à la campagne sur « le ras-le-bol fiscal »

Chaque fois la même histoire. Une campagne sur le mode lyrique et des lendemains qui déchantent. Les belles histoires du candidat suivies de l’exaspération contre un « super menteur ». Chirac et sa « fracture sociale »conclue par un tour de vis, Sarkozy et son ouverture débouchant sur une fermeture et un violent coup de rabot social, Hollande et sa normalité combattante rencontrant une reddition économique.

Chaque fois le même discours face aux difficultés. La faute à la pédagogie insuffisante, à l’absence d’explication, à la communication et à l’opposition. Rien ne manque donc au rituel en cette rentrée 2017. Le président a sermonné ses ministres dans un séminaire gouvernemental et les a envoyés dans les médias pour redonner du sens à ce qui ressemble à l’éternelle répétition des plans d’austérité.

Cette « reprise en main », qualifiée de « contre attaque » par BFMTV, a-t-elle plus de chances de réussir que celles des prédécesseurs ? De faire mieux que Chirac et sa relance par la dissolution, mieux que Sarkozy et sa reconquête par le discours de Grenoble, mieux que Hollande et son retour en grâce par l’inversion de la courbe ? Nous verrons bien. Il faudrait qu’avec Macron l’intervention d’un chien noir sur le perron de l’Élysée symbolise l’adoption du président par les Français…

Les chances sont minces parce qu’à trop se répéter, et à trop s’accélérer, les problèmes du président paraissent dépasser les hommes et frapper les institutions. Tant de déboires depuis tant et tant d’années ne tiennent-ils qu’à des maladresses ou touchent-ils à une faiblesse plus structurelle ? Comment ne pas voir que la France éprouve une allergie grandissante pour cette « fonction présidentielle » qu’elle révère officiellement ? Comment ne pas constater que les pouvoirs théoriques attribués à un président drapé de dorures et de solennités, sans contre-pouvoirs législatifs réels, aboutissent à une jacquerie permanente, sur tous les sujets qui viennent, surtout les plus petits ?

N’est-ce pas François Ruffin, député de La France insoumise et surtout grand iconoclaste, qui définit le mieux la fragilité tragique du pouvoir présidentiel, quand il présente sa stratégie de la meilleure opposition : « Attaquer Emmanuel Macron sur des trucs à la con », plutôt que sur le code du travail, jugé « trop technique »« À la con », explique-t-il, c’est, par exemple, l’affaire de la maquilleuse, le statut de la femme du président, les vaccins, tout ce qui fera « que la cocotte va bouillonner ».

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On ne peut pas mieux révéler le statut réel du président de la République française. Il n’est surtout pas le Jupiter auquel les politiques et la presse ont fait référence obsessionnellement depuis le printemps, mais plutôt un Achille. Achille avec des talons partout. Achille Talon, voilà qui vous ramène sur terre. Un héros intouchable, fonction oblige, qui se transforme en balourd. Comme le décrivait René Goscinny, « un homme sûr de lui, qui n’hésite jamais à se jeter à corps perdu dans les situations les plus difficiles, avec une remarquable inefficacité ».

En surface, la rentrée 2017 interroge donc la personne et les choix d’Emmanuel Macron. Elle sous-entend déjà qu’il faut changer de président de la République, mais en profondeur. Au vu de 25 ans d’affaiblissement présidentiel, la question est sans doute plus radicale : n’est-il pas temps de changer de République ?

Macron, Macron, Macron…

Bernard Owen

L’unanimité contre notre président Macron. En ce qui concerne le personnage, on n’y peut rien. Ceci, naturellement, est la suite d’une méconnaissance des institutions  qui remonte très loin.

Il n’y a aucun doute que François Fillon « tait bien soutenu par son parti et quelques personnes de qualité politique.

Lisez l’article du journal Le Figaro écrit par Hubert Huertas.

Rentrée: le déclin de la fiction présidentielle

29 AOÛT 2017 PAR HUBERT HUERTAS

Une crise peut en cacher une autre. Le macronisme entame cette rentrée dans un état proche de l’urgence. Mais au-delà de la conjoncture d’automne, les déboires du président français s’inscrivent d’abord dans une succession d’échecs qui remontent, au minimum, à l’élection de Jacques Chirac.

 « Fonction présidentielle »… Voilà plus d’un demi-siècle qu’on se gargarise en France avec cette forme de majesté républicaine. Soixante ans que les présidents et leurs alliés se parent de ce symbole suprême pour exiger une forme de silence à leurs oppositions. Et soixante ans que les oppositions dénoncent un usage abusif de la Constitution, avant de s’en servir elles-mêmes, en accédant à l’Élysée.

Dans les faits, au fil de cette longue  histoire,  la « fonction présidentielle » s’est pourtant érodée. L’homme qui l’exerce a fait face à des critiques de plus en plus ouvertes et à un affaiblissement de plus en plus spectaculaire de son pouvoir réel. Du respect de « la fonction » nous sommes passés au procès en dissimulation. Le candidat élu est accusé d’avoir brandi des « fictions » pour endormir le peuple. Il promettait le renouveau, jusqu’à changer le fond de l’air, et il impose des sacrifices au nom de la nécessité. Tout-puissant le jour de son élection, le président paraît tout faiblard aux premières décisions. Il se désagrège en quelques semaines, et de plus en plus vite, au fil des quinquennats. L’état de grâce est éphémère, l’état de méfiance soudain, l’état de rejet irrattrapable.

Nous en sommes là, dès les derniers jours du mois d’août. Pendant toute sa campagne, Emmanuel Macron a parlé de « réhabiliter la fonction présidentielle »en se réinscrivant dans le très fameux « récit national », pour mieux rompre avec « le président normal » « Parler de fonction, c’est poser qu’une personne, quelle qu’elle soit, peut représenter plus qu’elle-même. C’est une donnée qui est indispensable au fonctionnement social », approuvait sur France Info, le 19 mai dernier, la psychanalyste Claude Halmos.

Cent jours plus tard, tous les médias évoquent une dégringolade. Patatras du haut des cieux. Les ailes du président Icare se sont décollées en s’approchant du soleil. L’altitude de la fonction a chuté dans la soute à charbon, et elle passe comme d’habitude pour un attrape-nigauds : « Une chute quasiment inédite », selon Le Figaro ; « Qui pour tenir la maison Macron ? » s’interroge la une du Parisien le 27 août ; « Chute lourde pour Emmanuel Macron », dans le journal L’Humanité du même jour.

On trouvera naturellement des causes conjoncturelles à ce rejet précoce. Elles sont profondes et concrètes. L’abus de position jupitérienne, la loi sur le code du travail, contre laquelle Jean-Luc Mélenchon promet « un déferlement » le 23 septembre, la baisse de cinq euros sur les aides au logement, la hausse de la CSG, la baisse de pouvoir d’achat pour les retraités de la classe moyenne, l’amateurisme de la nouvelle majorité, l’évanescence du premier ministre Édouard Philippe, et surtout, surtout, ce que le journal Libération met sur sa couverture : « Macron président des riches ». Un retour aux critiques des années Sarkozy, quand le bouclier fiscal amenait le fisc à rembourser des millions d’euros à la famille Bettencourt…

Mais les quinquennats sont désormais trop courts pour oublier que l’histoire se répète, et que cette rentrée 2017 a un air de déjà vu. Certes, selon les statistiques, le président de 2017 connaît une chute encore plus rapide que ses prédécesseurs, mais comment oublier le destin collectif de ceux qui l’ont précédé ? Une espèce de karma présidentiel.

Ils sont tombés les uns après les autres, à cadence accélérée. Chirac a tenu un été avant de se heurter à la rue, puis 18 mois avant de buter sur la cohabitation. En janvier 2008, l’affaire était compromise pour Sarkozy, qui visitait Pétra avec sa nouvelle femme. En septembre 2012, les dés avaient roulé pour François Hollande, qui cédait à tous les diktats de la droite, et d’abord à la campagne sur « le ras-le-bol fiscal »

Chaque fois la même histoire. Une campagne sur le mode lyrique et des lendemains qui déchantent. Les belles histoires du candidat suivies de l’exaspération contre un « super menteur ». Chirac et sa « fracture sociale »conclue par un tour de vis, Sarkozy et son ouverture débouchant sur une fermeture et un violent coup de rabot social, Hollande et sa normalité combattante rencontrant une reddition économique.

Chaque fois le même discours face aux difficultés. La faute à la pédagogie insuffisante, à l’absence d’explication, à la communication et à l’opposition. Rien ne manque donc au rituel en cette rentrée 2017. Le président a sermonné ses ministres dans un séminaire gouvernemental et les a envoyés dans les médias pour redonner du sens à ce qui ressemble à l’éternelle répétition des plans d’austérité.

Cette « reprise en main », qualifiée de « contre attaque » par BFMTV, a-t-elle plus de chances de réussir que celles des prédécesseurs ? De faire mieux que Chirac et sa relance par la dissolution, mieux que Sarkozy et sa reconquête par le discours de Grenoble, mieux que Hollande et son retour en grâce par l’inversion de la courbe ? Nous verrons bien. Il faudrait qu’avec Macron l’intervention d’un chien noir sur le perron de l’Élysée symbolise l’adoption du président par les Français…

Les chances sont minces parce qu’à trop se répéter, et à trop s’accélérer, les problèmes du président paraissent dépasser les hommes et frapper les institutions. Tant de déboires depuis tant et tant d’années ne tiennent-ils qu’à des maladresses ou touchent-ils à une faiblesse plus structurelle ? Comment ne pas voir que la France éprouve une allergie grandissante pour cette « fonction présidentielle » qu’elle révère officiellement ? Comment ne pas constater que les pouvoirs théoriques attribués à un président drapé de dorures et de solennités, sans contre-pouvoirs législatifs réels, aboutissent à une jacquerie permanente, sur tous les sujets qui viennent, surtout les plus petits ?

N’est-ce pas François Ruffin, député de La France insoumise et surtout grand iconoclaste, qui définit le mieux la fragilité tragique du pouvoir présidentiel, quand il présente sa stratégie de la meilleure opposition : « Attaquer Emmanuel Macron sur des trucs à la con », plutôt que sur le code du travail, jugé « trop technique »« À la con », explique-t-il, c’est, par exemple, l’affaire de la maquilleuse, le statut de la femme du président, les vaccins, tout ce qui fera « que la cocotte va bouillonner ».

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On ne peut pas mieux révéler le statut réel du président de la République française. Il n’est surtout pas le Jupiter auquel les politiques et la presse ont fait référence obsessionnellement depuis le printemps, mais plutôt un Achille. Achille avec des talons partout. Achille Talon, voilà qui vous ramène sur terre. Un héros intouchable, fonction oblige, qui se transforme en balourd. Comme le décrivait René Goscinny, « un homme sûr de lui, qui n’hésite jamais à se jeter à corps perdu dans les situations les plus difficiles, avec une remarquable inefficacité ».

En surface, la rentrée 2017 interroge donc la personne et les choix d’Emmanuel Macron. Elle sous-entend déjà qu’il faut changer de président de la République, mais en profondeur. Au vu de 25 ans d’affaiblissement présidentiel, la question est sans doute plus radicale : n’est-il pas temps de changer de République ?

Macron: la dégringolade

Europe 1

EXCLUSIF. La popularité de Macron s’effondre encore : – 14 points

 23h38 , le 26 août 2017

SONDAGE -57% des Français se déclarent désormais mécontents de l’action d’Emmanuel Macron, selon le baromètre Ifop pour le JDD.

Emmanuel Macron est en forte baisse dans notre sondage.

Quatre mois après son élection triomphale, Emmanuel Macron est désormais un président minoritaire. Selon notre baromètre Ifop-JDD, le chef de l’Etat perd 14 points en un mois :  seuls 40% des Français se déclarent satisfaits de son action,  et 57% se déclarent mécontents (dont 20% « très mécontents »). Cette chute très abrupte prolonge celle du mois dernier (-10 points en juillet) pour aboutir à un effondrement de 24 points sans précédent : Jacques Chirac avait cédé 20 points entre mai et août 1995.

54% des Français étaient satisfaits de François Hollande en août 2012

La comparaison avec ses deux devanciers à l’Elysée est nettement en défaveur de Macron : à la même distance de son élection, Nicolas Sarkozy recueillait 69% d’appréciations favorables en 2007 ; et François Hollande, avec 54% de jugements positifs en août 2012, pouvait encore compter sur un soutien majoritaire dans l’opinion. De son côté, le Premier ministre chute également. Il perd 9 points de popularité : 47% des Français sont satisfaits de son action et 45% sont mécontents.

L’enquête a été menée par l’Ifop pour le JDD auprès d’un échantillon de 1 023 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto-administré en ligne et par téléphone du 25 au 26 août 2017.

Certains sont condamnés à trainer derrière eux une impression qui déplaît aux autres. Pourquoi? C’est difficile à savoir. Ces situations paraissent indépendantes du succès qu’il pourrait atteindre. Il faut dire que son caractère et ses maladrèsses ne mènent pas à sa réussite.

Qui est dominant dans le couple Macron? Certainement pas lui. Comparé à François Fillon, il n’existe pas.

Disons que le système juridictionnelle doit immédiatement revu. Bernard Owen