Emmanuel Macron ou la verticale du pouvoir

29 AVRIL 2018 PAR ELLEN SALVI 

MEDIAPART

Convaincu depuis longtemps qu’il manque un roi à la France, Emmanuel Macron pousse à son paroxysme la logique de la monarchie républicaine, en tirant tous les leviers que la Ve République lui confère. Sans cacher une certaine autosatisfaction, le chef de l’État dit « assumer totalement la “verticalité” du pouvoir », quitte à renier la culture du débat prônée durant la présidentielle.

Il y en aura eu pour tous les goûts. Après le « 13 heures » de Jean-Pierre Pernaut, suivi de l’entretien mené par Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin, Emmanuel Macron poursuit l’explication de texte de sa première année de présidence dans les colonnes de la prestigieuse Nouvelle revue française (NRF). Trois formats, trois styles, mais une seule conception du pouvoir, déclinée à l’envi et sur tous les tons par un chef de l’État qui en « assume totalement la “verticalité” » et ne cache pas une certaine autosatisfaction.

« En réalité, je ne suis que l’émanation du goût du peuple français pour le romanesque », confie à la revue des éditions Gallimard celui qui, très tôt, s’est senti « porté par l’ambition dévorante des jeunes loups de Balzac ». Un an après son élection, Emmanuel Macron cherche désespérément à écrire son histoire. Désespérément, au sens acharné du terme. Il veut compter, imprimer une marque, être perçu comme un grand président ou à tout le moins, comme celui qui aura réussi à redorer une fonction que ses prédécesseurs ont, chacun à leur façon, contribué à dénaturer.

Sa communication sur papier glacén’est faite que pour cela : montrer au reste du monde la chance qu’ont les Français d’avoir un tel chef de l’État. À l’étranger, les discours de self-made man, prononcés en bras de chemise et micro à la main, comme au temps de sa campagne présidentielle, impressionnent encore certains. « Regardant Emmanuel Macron l’autre jour, parler “on” et sans notes à un groupe de journalistes, concluant trois jours de lune de miel avec le président Trump, la pensée qui venait à l’esprit était : le monde doit à la France un grand moment », s’est par exemple enthousiasmé l’éditorialiste du New York TimesRoger Cohen.

En France, les choses sont bien plus délicates. Et les beaux discours ne suffisent plus à occulter la dureté des politiques mises en place. Face à la contestation, le président de la République ne cesse de répéter qu’il applique le programme pour lequel il a été élu, semblant par moments oublier les circonstances exceptionnelles de son élection face au Front national. « Je fais ce que j’ai dit », argue-t-il souvent, avant d’ajouter, là encore pour mieux se différencier de ses prédécesseurs, que « ça fait peut-être longtemps que ce n’était pas arrivé ». Le problème, c’est qu’Emmanuel Macron n’avait pas dit grand-chose durant sa campagne. Certes, il avait fixé ce qu’il appelle « un cap » et tracé les grandes lignes de son programme. Mais ce dernier ne contenait en vérité que très peu de détails, ce qui offre beaucoup de champ à ceux qui le mettent aujourd’hui en œuvre.

Sur le fond, les « transformations » lancées au cours des premiers mois du quinquennat révèlent une politique classique de réformes néolibérales, laquelle penche invariablement à droite, dans un mouvement qui a remisé aux oubliettes le « en même temps » de la campagne présidentielle. Sur la forme, le chef de l’État pousse à son paroxysme la logique de la monarchie républicaine, en tirant tous les leviers que la Ve République lui confère. Sa méthode, qui se joue des élus, des corps intermédiaires et de tous ceux qui se plairaient selon lui à « bloquer » la France, consiste à n’en faire qu’à sa tête.

Qu’importe si d’aucuns se fâchent et s’échinent à comprendre le pourquoi du comment. C’est lui le chef, c’est lui qui a été démocratiquement élu, c’est donc lui et lui seul qui décide. « J’assume les choix qui sont faits, et je hais l’exercice consistant à expliquer les leviers d’une décision », affirme-t-il dans la NRF. Avant de poursuivre, un peu plus loin : « L’enjeu, c’est de retrouver la possibilité de construire, en assumant la part parfois univoque, unilatérale de toute décision. » Dans son cas précis et au regard de la façon dont les différentes négociations sont engagées depuis plusieurs mois, le « parfois »était peut-être de trop.

Le président de la République en est convaincu depuis longtemps : il manque un roi à la France. « La démocratie comporte toujours une forme d’incomplétude car elle ne se suffit pas à elle-même, confiait-il à Le 1 Hebdo, dès juillet 2015. Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. » C’est donc en toute logique qu’il a décidé d’en revêtir le costume, quitte à éclipser tous ceux qui l’entourent, à commencer par son premier ministre et l’ensemble des membres de son gouvernement.

La verticalité comme exercice du pouvoir. Nous sommes loin, très loin, de ce qu’un ancien inspecteur des finances, devenu banquier d’affaires, théorisait en 2011 dans la revue Esprit« Le théâtre de la décision ne peut être l’énoncé d’un programme électoral qui sera ensuite débattu − de manière accessoire et pré-écrite − pour être appliqué verticalement, estimait-il à l’époque. L’action politique est continue et le débat participe de l’action. C’est la double vertu du parlementarisme et de la démocratie sociale que notre République a encore trop souvent tendance à négliger. »

Sept ans plus tard, Emmanuel Macron a visiblement changé d’avis. Même s’il continue de revendiquer « l’horizontalité de l’action politique », cette dernière se heurte à l’épreuve des faits. La plupart des députés de la majorité, pour beaucoup élus sur le seul nom de leur champion, continuent d’avoir pour lui les yeux de Chimène et votent tous les textes gouvernementaux, sans vraiment parvenir à les faire évoluer. L’équilibre des pouvoirs ne devrait guère s’arranger avec le projet de loi institutionnel, dont certaines dispositions – encadrement du droit d’amendement, maîtrise de l’ordre du jour, raccourcissement des navettes… – accroissent davantage encore la domination de l’exécutif sur le législatif.

Les débats ne se font guère plus avec les acteurs de terrain. Les syndicats et responsables associatifs, appelés à participer aux consultations, sortent généralement des réunions avec la désagréable sensation de ne pas avoir été entendus. Le président de la République, qui se targue d’aller « au contact, les yeux dans les yeux », continue de vouloir éduquer tout le monde à ses schémas de pensée, en faisant de la « pédagogie ». Quand il n’y parvient pas, il finit invariablement par se montrer arrogant« Je vous demande d’accepter le changement, ne prenez pas tout le monde en otage », lançait-il à un cheminot en colère, le 18 avril« Pardon de vous le dire, mais vous dites des bêtises », affirmait-il à une aide-soignante, quelques jours plus tôt.

Emmanuel Macron est persuadé d’avoir raison sur tous les sujets, tout le temps. Et paraît ne jamais douter. Quiconque ose le contredire est immédiatement renvoyé dans les cordes, avant de se voir exclu du cercle fermé des gens raisonnables. Un cercle peuplé de technos, agrégés autour de la figure d’un seul homme, qui accentue comme jamais l’une des faiblesses de la démocratie en général, et de la Ve République en particulier : l’hypercentralisation du pouvoir. Cette dernière est d’autant plus assumée par le chef de l’État que son élection ne procède pas du jeu classique des partis traditionnels et reste vécue par le principal intéressé comme une victoire individuelle. Or, on le sait, le fractionnement du pouvoir est la plus sûre manière d’en empêcher l’abus.

 

 

Que peut-on dire sur les voitures électriques?

Voici un article intéressant sur le site d’Arte concernant les batteries. Bernard Owen

Le lithium, source d’inégalités et de pollution.

Ce qui pollue le plus, ce n’est pas l’utilisation du véhicule mais toutes les étapes avant, au moment de la fabrication et de l’acheminement des batteries” note Claude Delmas. Pour les fabriquer, les industriels utilisent en effet des composants comme le lithium, également présent dans les téléphones portables. Il faut environ cinq kilos de lithium pour fabriquer une batterie. L’extraction de l’or blanc, présent en grande quantité en Bolivie, au Chili, en Argentine ou en Chine, a des conséquences néfastes sur l’écosystème de ces régions. Autre composant problématique : le cobalt, actuellement extrait dans les mines de République démocratique du Congo, le plus souvent par des enfants. “Ces composants sont ensuite assemblés en Chine ou en Corée du Sud avant d’être acheminés jusqu’en Europe”, explique Claude Delmas. Un tour du monde qui coûte cher à l’environnement.

Des dizaines d’autres solutions à l’étude

Pour pallier les lacunes de la voiture 100% électrique, les chercheurs explorent d’autres pistes. Pour Claude Delmas, le compromis idéal serait la voiture hybride rechargeable, équipée d’une batterie pour les trajets en ville et d’un moteur essence qui prend le relais sur les longues distances. Pour Pascal Brault, directeur de recherche CNRS à l’Université d’Orléans, l’hydrogène est le carburant de l’avenir. Dans ce système, la production d’électricité est assurée par la conversion d’hydrogène en électricité à travers une pile à combustible. “L’avantage, c’est qu’on enlève les problèmes liés à la batterie, explique le chercheur. On peut augmenter l’autonomie du véhicule en augmentant la quantité d’hydrogène stocké”. Peu développée en France, la filière est soutenue par la Commission européenne, qui finance notamment des projets de transports en commun…. Tout comme elle critiqué les Belges dans leur façon de faire leur fameuses frites car cela serait carcinogène. Les Belges ont dit n’ont pas accepté.

L’urgence : changer nos modes de déplacement

Si la voiture électrique est encore loin d’être parfaite, elle pourrait bousculer nos modes de vie et les rendre plus propres. “Le véhicule électrique peut encourager de nouveaux modes de déplacement, explique Maxime Pasquier. On sortirait alors de la logique prédominante de possession du véhicule« . …

 

Macron Leaks»: les secrets d’une levée de fonds hors norme

21 MAI 2017 PAR ANTTON ROUGETMATHILDE MATHIEUMATHIEU MAGNAUDEIX ET MARTINE ORANGE

Pour financer sa campagne, Emmanuel Macron a réussi à mobiliser près de 13 millions d’euros de dons en un temps record. Loin de l’image cultivée par En Marche! d’une campagne aussi spontanée que populaire, un puissant réseau de banquiers d’affaires a discrètement ouvert ses carnets d’adresses au nouveau président. Révélations.

Mail du 13 février 2017 : « Comme vous l’observez, notre start-up continue de tracer son sillon ! Alors que nous allons entrer dans le “dur” dans les prochains jours, nous avons plus que jamais besoin de soutien. » La start-up en question n’est pas une entreprise comme les autres. Et l’homme derrière son clavier n’a rien d’un banal VRP. Christian Dargnat n’est autre que l’ancien directeur général de BNP-Paribas Asset Management, branche du groupe bancaire chargée de la gestion d’actifs. « Marcheur » de la première heure, il a tout lâché en avril 2016 pour organiser « à titre bénévole »le financement de la campagne de son ami Emmanuel Macron. Dargnat, c’est l’homme du coffre-fort. Pendant des mois, il a multiplié les rendez-vous discrets, les dîners confidentiels et les mails de relance pour les riches donateurs, en plein accord avec l’actuel locataire de l’Élysée.

Ce courriel du 13 février est adressé au collectionneur américano-allemand Olivier Berggruen, une figure incontournable du marché mondial de l’art. Dès le lendemain, le riche New-Yorkais répond favorablement à la demande de Dargnat en promettant « de contribuer à 4 000 euros au mouvement et 4 000 euros au candidat ». Un virement est effectué deux jours plus tard : 8 000 euros en un message, voilà qui témoigne d’une redoutable efficacité.

À l’image de cet échange, l’exploitation des milliers de mails et documents issus des Macron Leaks (voir Boîte noire) – ainsi que d’autres documents récupérés au fil de la campagne par Mediapart – permet de comprendre comment la garde rapprochée d’Emmanuel Macron a explosé les compteurs de dons entre avril 2016 et avril 2017 pour permettre à l’ancien ministre de François Hollande d’accéder au pouvoir, un an à peine après la création de son propre mouvement. À l’extérieur, Dargnat et les membres de l’équipe Macron ont tout fait pour démentir l’image du candidat des affaires, préférant insister sur l’afflux de petits dons. En réalité, c’est bien une camarilla de banquiers d’affaires qui a pris en main cette levée de fonds hors norme, mobilisant tous azimuts ses réseaux et carnets d’adresses au service du combat de l’ovni politique Macron.

Cette stratégie s’est appuyée sur un raisonnement simple, résumé dans un court message de M. Dargnat en septembre 2016, alors que Macron vient juste de quitter le gouvernement : « Quand on sait que les dépenses de campagne présidentielle sont limitées à 22 millions d’euros et que nous pourrions contracter un prêt bancaire (à hauteur de 9 millions) remboursé si le candidat dépasse le seuil des 5 % aux élections, il nous reste donc à “trouver” 13 millions », expose l’ancien banquier. En clair, calcule-t-il, « si l’on arrondit à 10 millions le budget à trouver, il faut donc obtenir des dons de 1 333 personnes à 7500 € chacune [le plafond autorisé pour le financement d’une campagne – ndlr] ».

En réalité, c’est dès le printemps 2016 que les plus fidèles soutiens d’Emmanuel Macron se sont discrètement activés pour organiser de façon méthodique la mobilisation de riches contributeurs. Emmanuel Macron est encore à Bercy, mais il veut déjà tout faire pour se présenter à la présidentielle. Une véritable « task force » s’organise alors autour de Christian Dargnat, le président de l’association de financement d’En Marche! (AFCPEM). Dans cette petite équipe soudée, on trouve Emmanuel Miquel, capital-risqueur chez Ardia et trésorier de la même association, mais aussi deux de ses anciens camarades de HEC : Stanislas Guerini, directeur de l’expérience client chez Elis, délégué du mouvement à Paris et aujourd’hui candidat aux législatives dans la capitale ; et Cédric O, un jeune directeur d’usine du groupe Safran, ancien du cabinet de Moscovici à Bercy. Cédric O, garçon discret qui fuit les médias, a endossé le costume de mandataire financier de la campagne, dont il est un des couteaux suisses les plus efficaces.

Pendant des mois, ce petit groupe a manœuvré avec une seule idée en tête, quasi obsessionnelle : faire fructifier en un an des carnets d’adresses bien fournis, afin de fonder un club de « grands donateurs » aux profils globalement homogènes (urbains, CSP+, issus de grandes écoles). Nous sommes là loin, bien loin, d’un mouvement soutenu par une vague aussi populaire que spontanée, image que les communicants d’En Marche! ont savamment cultivée et propagée. Et pas très loin du « Premier Cercle » de riches donateurs ayant financé une partie de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, même si l’entourage de Macron s’en est toujours défendu au motif qu’En Marche! n’a jamais organisé de grand raout mélangeant tous les grands donateurs. Effectivement : les proches d’Emmanuel Macron ont été bien plus discrets.

Dans les mails de l’équipe d’Emmanuel Macron, on retrouve un document de travail, diffusé et amendé en comité restreint en avril 2016 : la notice pour la chasse méthodique aux millions de la campagne. En Marche! est alors un mouvement balbutiant, à peine créé. Le tout nouveau parti n’a enregistré qu’environ 400 000 euros de dons et promesses – à 95 % des grands donateurs à 7 500 euros. L’équipe veut passer à la vitesse supérieure en activant un impressionnant maillage des réseaux d’entrepreneurs, banquiers, avocats, lobbyistes et autres « influencers » susceptibles de dégainer un jour ou l’autre l’équivalent de 6,5 Smic pour aider le candidat Macron.

Ces généreux bienfaiteurs seront approchés les mois suivants à travers des dizaines de dîners organisés en France et à l’étranger, le plus souvent en présence du « chef », le surnom d’Emmanuel Macron. Ces sauteries, symboles du confinement et de l’endogamie d’une certaine élite, sont « très mal vu[e]s par certaines catégories de la population », convient En Marche! dans une note interne. Mais elles sont aussi tellement rentables, surtout quand le candidat se déplace. Mi-avril 2016, un seul déjeuner à Londres au domicile privé de la directrice financière d’un site de vente en ligne permet de réunir 281 250 euros, selon un document d’En Marche!. Deux semaines plus tard, à Paris, un cocktail dînatoire génère 78 000 euros en à peine une heure et demie. La cash machine est lancée.

Pour multiplier les rencontres, l’équipe « fundraising » (« collecte de fonds ») d’En Marche! a élargi son maillage par l’intermédiaire de rabatteurs, des sympathisants du mouvement – très bien intégrés dans les hautes sphères économiques – qui ouvrent leurs carnets d’adresses, accueillent des déjeuners, voire, parfois, organisent des événements « clés en main ». Ne reste alors au mouvement qu’à valider les listes d’invités et à organiser la venue du candidat. Détail financier non négligeable : les frais liés aux dîners effectués aux domiciles des donateurs sont des « dépenses privées non intégrées » aux comptes de campagne.

Le 1er juin 2016, le conseiller de dirigeants d’entreprise Édouard Tétreau, un temps protégé par l’ancien PDG d’Axa Claude Bébéar, accueille l’un des tout premiers grands cocktails parisiens. « Durée : 1 h 30, dont passage Emmanuel d’1 h 00 », note minutieusement l’équipe d’En Marche!. Tout est millimétré :« Salutations 15 min/speech 20 min/Q&A  [questions/réponses – ndlr] 20 min/sortie 5 min. » Les invités sont triés sur le volet : une trentaine de « quadra, hors CEO [PDG – ndlr] CAC40 ». Une semaine plus tard, Édouard Tétreau renouvelle l’expérience pour une nouvelle cible. Cette fois, 32 personnalités issues de « différents cercles (avocats, conseil, lobbying, édition, etc.) » sont concernées. Ne reste qu’à valider la liste d’invités. Mais « attention ! », alerte En Marche !, « un partner d’Image 7 », la boîte de la communicante Anne Méaux, qui conseille François Fillon, fait partie des convives potentiels.

Un autre « PP » (pour « poisson-pilote ») du mouvement, Hélène Chardoillet, directrice du développement d’une PME dans le domaine bancaire et « amie »d’Astrid Panosyan, une ancienne conseillère du cabinet Macron, s’active aussi en coulisses. Au mois de mai, elle alerte Emmanuel Miquel sur le positionnement politique du candidat. « Les personnes que je connais et que j’ai commencé à approcher (5 sur cette dernière semaine) sont de sensibilité politique centre droit et leur retour en substance est le suivant », écrit-elle au trésorier du mouvement : flou sur le programme de Macron, danger de voir sa candidature « phagocytée » par François Hollande, faiblesse de son bilan à Bercy…

« Mon sentiment, développe Chardoillet, si nous restons sur l’objectif précis du fundraising, est que cette cible centre droit n’est pas, pas du tout mûre pour la donation. Positionnement, programme et démarcation de Hollande seront des éléments clés pour que cette cible évolue. » 
« Top de voir ces manifestations », se réjouit dans la foulée Emmanuel Miquel, dans un message en copie au reste de la direction d’En Marche!. Seul bémol : pour « aller dans le sens » de ce que « Christian [Dargnat – ndlr] évoquait de constituer une petite base de gens disponibles pour appeler des contacts », Miquel « pense qu’il faut être vigilant à ne pas trop diluer l’exercice de Fundraising. Il faut certes se démultiplier, mais le sujet FR [fundraising – ndlr] reste sensible ».

Des demandes d’audience auprès du ministre

Trois semaines plus tard, Christian Dargnat, encore lui, est à la manœuvre pour motiver ses troupes : « Si vous connaissez des gens désireux d’aider la cause [sic], n’hésitez pas à les orienter vers moi », encourage-t-il par mail. Un appel reçu cinq sur cinq. « Hello, une de mes amies me dit que son patron [d’une mutuelle – ndlr] souhaiterait participer à un de nos dîners. J’ai bien précisé que c’était réservé aux grands donateurs 🙂 », écrit Cédric O. Retour de Dargnat, un mois plus tard : « J’ai déjeuné avec le DG et [la responsable des affaires publiques du groupe – ndlr] : excellents contacts et gros potentiels de networking. Merci encore. » 

Très investi, Cédric O préconise aussi de convier à un dîner du mois de juillet un patron qu’il connaît personnellement : « Je ne suis pas certain qu’il donnera, mais c’est un très gros driver pour d’autres (sur la thune et en termes de réseau). » Bonne pioche : ce quadra donnera plus tard 2 500 euros à la candidature. « Pas mal », note, impassible, le mandataire. 
« Nous organisons le 1er juillet un déjeuner autour d’E. Macron : si vous avez des gens prêts à contribuer à hauteur de 7,5 K€, envoyez à Emmanuel Miquel et moi-même les coordonnées de ces personnes », relance encore Dargnat à une dizaine de ses contacts.

Dans la liste : Frédéric Surry, directeur des investissements actions et obligations convertibles à la BNP, Denis Panel, DG d’une des filiales du groupe bancaire, et un ancien de la maison, David Pillet, ex-business manager ayant fondé en 2016 sa propre société de conseil. Deux mois plus tard, une nouvelle soirée fait saliver l’équipe : 23 chefs d’entreprise « qui peuvent bcp aider » ont déjà promis d’être là. L’un d’entre eux, patron d’une jeune société d’investissement, semble « très helpful ». Un autre – dans le classement Challenges des plus grandes fortunes de France en 2016 – est carrément « au taquet ». La récolte promet d’être grandiose.

L’équipe tient des tableaux précis de chacun des événements. Et Dargnat veille au grain : « Peux-tu m’envoyer la liste des invités (noms + adresses mails) de ton dîner afin que nous puissions suivre l’évolution des contributions et t’en rendre compte également ? », demande l’ancien banquier à l’organisateur d’un dîner. Les retours sont bons, mais il faut à tout prix garder le rythme. « Les amis, les deux prochaines semaines, nous n’avons pas de dîner FR, souffle Emmanuel Miquel le 20 juin. Nous nous proposons avec Christian de (re)mettre la pression sur ceux qui auraient déjà dû donner, afin de les relancer pour qu’ils donnent d’ici la fin de semaine. »

Le trésorier soumet alors à son équipe une liste de sept noms, « soit un potentiel de 53K€ pour cette semaine ». Ismaël Emelien, le plus proche conseiller d’Emmanuel Macron – il est aujourd’hui son conseiller spécial à l’Élysée –, se propose d’en appeler quelques-uns. Mais pas l’avant-dernier nom de la liste, celui du directeur général d’une grande entreprise française de sites internet : « J’avais en revanche senti […] [qu’il n’était] pas très chaud pour payer, il aide beaucoup en termes de conseil. »

À l’autre bout de la chaîne, le « chef » supervise les opérations par l’entremise de son cabinet. « Sophie [pour Sophie Ferracci, cheffe de cabinet de Macron à Bercy – ndlr], peux-tu nous faire un point avec les prochaines dates ? Merci bcp », demande le 2 mai 2016 Julien Denormandie, un autre membre de la garde rapprochée d’Emmanuel Macron, son ancien dircab à Bercy.

À la même période, Dargnat sollicite Emmanuel Miquel et Cédric O pour qu’ils trouvent « des gens qui pourraient organiser des dîners » à l’occasion des déplacements à venir du ministre à « Orléans le 8 mai, La Rochelle le 9 mai, Toulouse le 19 mai, La Grande-Motte le 26 mai, Chalon-sur-Saône le 30 mai, Rennes le 20 juin, Annecy le 23 juin ». Très efficace à Paris, En Marche! veut désormais braconner en région.
 Le mouvement assure que ces dîners provinciaux ont été des fiascos.

Pas question, en revanche, qu’Emmanuel Macron s’investisse publiquement dans la collecte alors qu’il est encore à Bercy. « Tant qu’Emmanuel est ministre, je ne crois pas en sa volonté de vouloir signer les courriers [de remerciement aux donateurs de plus de 500 euros – ndlr] », prévient Julien Denormandie. Le « chef » se contente alors de textos. 
C’est que la frontière entre les fonctions est parfois ténue. Comme pour ce fondateur d’un fonds d’investissement, qui sollicite une audience auprès de Macron-ministre après avoir fait un don à Macron-candidat. Son message est directement transmis par Denormandie à Ferracci, sans que l’on sache si ce donateur a obtenu gain de cause : « Sophie, pour ta pochette “demande d’audience”. Merci beaucoup. »

Le 15 septembre, Emmanuel Miquel, prudent, rappelle aussi la nécessité de vérifier « l’absence éventuelle de conflits d’intérêts (incompatibles avec les fonctions passées d’EM) » et le « caractère recommandable [sic] du donateur ». Il transmet une liste comportant les noms et coordonnées de 62 contributeurs – principalement domiciliés à Paris et Londres – représentant 276 000 euros de dons. Cette fois, c’est Alexis Kohler qui se charge de répondre. L’ancien directeur de cabinet de Macron à Bercy a alors officiellement quitté la campagne pour travailler dans le privé, mais il reste très impliqué dans l’organisation : « Je regarde de plus près demain mais je n’en vois aucun susceptible de poser problème à première vue », répond-il. Depuis le 14 mai, Alexis Kohler est le nouveau secrétaire général de l’Élysée. C’est lui, l’homme sérieux à lunettes qui a annoncé mercredi 17 mai la liste du gouvernement d’Édouard Philippe.

Pour les donateurs étrangers, la prudence est de mise. « Vous êtes à l’aise avec les virements reçus ? », s’inquiète par exemple, le 2 février 2017, le mandataire Cédric O en découvrant les noms de plusieurs de ces donateurs étrangers sur un relevé de comptes. « Oui je les connais tous », répond Dargnat dans la minute.

La banque saisit aussi à plusieurs reprises l’équipe du candidat. « Je suis à même de vous les réclamer [des justificatifs pour des virements en provenance de l’étranger – ndlr] en fonction des demandes de notre service des affaires internationales », prévient la directrice adjointe de l’agence du Crédit agricole où est logé le compte de campagne. Mediapart a ainsi identifié plusieurs situations litigieuses – toutes résolues a posteriori, selon les documents consultés –, dues notamment à l’incompréhension par certains donateurs de la réglementation française (interdiction de contribuer pour une personne morale ou dépassement des seuils).

Le 21 mars, par exemple, le compte de l’AFCPEM reçoit un virement de 12 000 euros de la part d’un richissime donateur installé à Madagascar, Amin Hiridjee, très présent dans les secteurs de la finance, des télécoms, de l’immobilier et de l’énergie. « Nous sommes contraints de rembourser intégralement les dons qui dépassent les plafonds. Sur le compte de l’AFCPEM (financement candidat) le maximum autorisé est 4 600 € ; sur celui de l’AFEMA (financement mouvement), le max est 7 500 € », alerte Dargnat, avant de demander au frère du donateur – Hassanein Hiridjee, qu’il tutoie – s’il peut lui demander, « si cela n’est pas trop gênant », de faire « deux virements : un de 4 600 à l’ordre de l’AFCPEM et l’autre de 7 500 à l’ordre de l’AFEMA ». Pas de problème : « Je m’en occupe et te reviens », répond H. Hiridjee.

Plus problématique est le sujet traité, début janvier, lors d’une réunion réduite à cinq participants. Les fidèles d’Emmanuel Macron ouvrent la discussion sur un point « spécifique » : le cas du « financement d’une vingtaine de donateurs libanais »« Problème traité (identifié) », notent les participants dans leur compte-rendu. Sollicité par Mediapart pour en savoir plus quant à la nature du problème et sa résolution, En Marche!, rebaptisé depuis peu La République en marche, n’a pas retourné nos questions (voir la Boîte noire).

Dès sa création, le mouvement a su générer une « forte demande pour organiser des événements » à l’étranger, ainsi que le mouvement le notait en avril 2016. De fait, les expatriés dans les pôles urbains de Londres, Genève, San Francisco ou New York ont été très actifs dans la collecte de dons. Parfois, les investisseurs étrangers ont aussi directement pris attache avec l’équipe.

Tandis qu’Emmanuel Macron s’installait en tête des sondages, le dirigeant d’un important hedge fund à New York a par exemple sollicité fin mars 2017 Cédric O, par l’entremise d’une connaissance commune, pour qu’il organise une rencontre avec un membre du mouvement à Paris. O l’oriente alors vers Dargnat, qui accepte la mission : « Oui j’en fais 2 à 3 par jour [sic] des présentations de ce type… Cela me détend des négociations sur le prêt [En Marche! est alors en pleine négociation – tardive – d’un emprunt de 8 millions – ndlr]. » Rien ne prouve dans la comptabilité analysée par Mediapart que cet investisseur ait financé la candidature, mais l’épisode témoigne de l’attrait du mouvement à l’international.

Au terme de plus de deux heures d’entretien filmées, Emmanuel Macron quittait les locaux de Mediapart, vendredi 5 mai vers 23 heures, quand les réseaux sociaux se sont mis à bruire : les Macron Leaks, soit le hacking et la diffusion de milliers de mails de l’équipe de campagne d’En Marche!, étaient publiés sur un site de partage, avant d’être abondamment relayés par l’extrême droite américaine, les réseaux trumpistes puis, en France, par le Front national. Le tout en un temps record.

Mediapart a, dès le début, pris le parti de tenir tous les bouts de cette histoire. C’est-à-dire d’une part dénoncer, comme l’a fait notre journaliste Yann Philippin dans Libération et sur le plateau de MediapartLive, une pure opération de déstabilisation électorale. En publiant dans la nature à deux jours du second tour de l’élection présidentielle un très gros volume de données brutes, non vérifiées et dont la source est totalement inconnue, la méthode employée par les initiateurs des Macron Leaks était en effet déloyale, pour ne pas dire sale. Le but était de créer le chaos.

Mediapart a d’abord enquêté sur les origines de cette boule puante et, notamment, sur l’émergence d’une piste russe – voir nos articles iciiciet .

Pour autant, les Macron Leaks sont susceptibles de contenir des informations d’intérêt public, devenant ainsi un matériau journalistique à part entière, à la condition impérieuse que les documents soient authentifiés de manière indépendante et que les faits découverts soient confrontés loyalement avec les personnes concernées. Dès le lendemain de la « révélation » des Macron Leaks, une équipe de journalistes et techniciens de Mediapart a par conséquent engagé des recherches dans cette immense base de données, en utilisant notamment les outils techniques du consortium European Investigative Collaborations (EIC), à l’origine des Football Leaks ou des Malta Files.

Après deux semaines d’enquête, de vérifications et de respect du débat contradictoire, nous avons décidé de rendre publiques certaines informations qui sont, pour tout ou partie, issues des Macron Leaks. Ces éléments ont été complétés par des témoignages et documents récupérés au fil de la campagne.

Pour cet article sur les dessous de la levée de fonds de la campagne d’Emmanuel Macron, nous avons contacté lundi 15 mai plusieurs dizaines de donateurs, “poissons-pilotes” et membres de l’équipe d’En Marche!. Beaucoup ne nous ont pas répondu. Ils ont été relancés mercredi 17 mai, jour où nous avons adressé une série de questions à la communication d’En Marche! pour que le mouvement s’exprime indépendamment des cas individuels. Nos interrogations sont là aussi restées sans réponse.

Fabrice Arfi

Campagne de Macron: les cadeaux du «roi de l’événementiel»

27 AVRIL 2018 PAR ANTTON ROUGET – MEDIAPART

Selon les comptes de campagne consultés par Mediapart, la société d’événementiel GL Events a effectué d’importantes ristournes en faveur de la campagne d’Emmanuel Macron. L’entreprise dirigée par Olivier Ginon, proche de Gérard Collomb et aujourd’hui très en cour à l’Élyséeargue d’un geste commercial habituel. Mais selon d’autres factures consultées par Mediapart, François Fillon n’a pas bénéficié de tels rabais.

De la mairie de Lyon au palais de l’Élysée, le patron Olivier Ginon, proche de Gérard Collomb, grimpe à toute vitesse dans l’entourage d’Emmanuel Macron. La relation du président de la République avec le PDG de GL Events, leader français de l’événementiel cité dans les « Panama Papers », qui ambitionne d’atteindre le milliard d’euros de chiffre d’affaires cette année, n’en finit pas d’intriguer.

Elle a aussi fait tiquer la Commission nationale des comptes de campagnes et des financements politiques (CNCCFP). Selon nos informations issues de la consultation des comptes de campagne du vainqueur de l’élection présidentielle (voir boîte noire), la CNCCFP a relevé les promotions exceptionnelles, parfois « d’un pourcentage anormalement élevé », du champion de l’événementiel, qui a loué au candidat Macron plusieurs de ses salles dont il détient les concessions dans des grandes villes (Paris, Lyon ou encore Clermont-Ferrand).

La note de la CNCCFP vise une facture en particulier, ayant pour objet la location de matériel à l’occasion du meeting du 10 décembre 2016 à la porte de Versailles, qui a subitement été rabotée de plus de 9 000 euros pour passer de 39 490 euros à 29 663 euros. D’autres prestations ont aussi été sabrées à coup de –30 %, –50 %. Parfois même intégralement. C’est cadeau !

Les soldes ont débuté dès le lancement de la campagne, à l’été 2016, alors que Macron n’avait pas encore mis la main sur ces centaines de grands donateurs. La veille du meeting de la Mutualité du 12 juillet 2016, trois mois à peine après le lancement d’En marche!, la location de la salle principale pour les préparatifs devait coûter 14 129 euros à l’équipe de campagne. C’était sans compter sur une promotion exceptionnelle « Remise –100 % » (sic) qui a annulé cette ligne de dépenses. Rebelote le lendemain, le jour du meeting : une nouvelle réduction a fait baisser les coûts de près de 15 000 euros (25 710 euros contre 40 554 euros). Appréciable, avant que les dons affluent dans les caisses du parti.

Extrait de la facture de la Mutualité. © Document Mediapart

Sollicité par la CNCCFP en septembre 2017, la société de M. Ginon a attesté le 17 octobre que « les remises (…) correspondent à une négociation commerciale habituelle avec un organisateur d’événements ». Le 20 octobre, l’expert-comptable de la campagne d’Emmanuel Macron a appuyé son fournisseur en expliquant que les promotions, comme celles d’autres entreprises, « sont normales et régulières dans une optique de fidélisation de la clientèle ». La commission s’est satisfaite de ces explications.

De telles ristournes sont-elles pour autant si « habituelles »« normales » et « régulières » ? Un autre candidat n’a visiblement pas eu cette chance. Des factures de GL Events identifiées par Mediapart dans le compte de François Fillon montrent que le candidat de la droite n’a, lui, pas eu le droit à de telles remises quand il a loué des salles à Nice (Nice Acropolis) ou à Lyon (Eurexpo). Sollicité par Mediapart, l’Élysée n’a pas retourné nos demandes d’entretien sur la relation d’Emmanuel Macron avec celui qu’il a considéré comme son « ami » le 27 septembre dernier (le président a pourtant déclaré le 15 avril, au détour d’une question sur Bernard Arnault : « Je n’ai pas d’amis… je suis le président. »). Après la publication de notre article, le service presse de l’Elysée nous a fait savoir que les deux hommes n’ont « jamais partagé aucun moment privé ensemble ». Il ajoute aussi que les tarifs de la campagne ont été négociés au niveau « du pôle événementiel d’En Marche! » : « Au cours de la campagne présidentielle, le mouvement est parvenu à tenir les coûts des différents événements grâce à une approche agressive des négociations commerciales. »

Le ministre Gérard Collomb a déclaré ne pas être intervenu dans les négociations tarifaires avec l’entreprise. Olivier Ginon nous a assuré par écrit que les prestations de la campagne Macron « ont fait l’objet de facturations selon des critères communs à tous ». Relancé sur l’absence de telles « remises » dans le compte Fillon, il ne nous a plus répondu.

En décembre 2016, dans un mail issu des « Macron Leaks », c’est un autre aspect de la société d’Olivier Ginon qui a fait surface : le recours à des travailleurs étrangers détachés. En 2015, à l’occasion des Universités d’été du Parti socialiste, GL Events a mis le PS dans l’embarras en sous-traitant une Les comptes de campagne d’Emmanuel Macron en quelques chiffres. © Mediapart partie de ses missions à une entreprise roumaine. Dans un message transmis à trois responsables de la campagne, la directrice des affaires juridiques Marine Mathé alerte, le 16 décembre : « Pour des questions d’image, il s’agit également d’être vigilant sur l’hypothèse de prestataires français recourant à des travailleurs étrangers détachés (souvent dans le cadre d’une sous-traitance. Ce n’est nullement illégal mais souvent mal perçu dans les médias (cf. UEPS 2015 du PS et les 10 salariés roumains, régulièrement détachés, de GL EVENTS). Dans ce cas, la transmission par le prestataire d’une attestation sur l’honneur de l’absence de travailleurs détachés (même en sous-traitance) pourrait être envisagée. »

L’implication du champion de l’événementiel dans la campagne de Macron fait aussi beaucoup parler à Lyon, où Olivier Ginon a mis la main sur de juteux marchés de l’administration Collomb. Les élus d’opposition Les Républicains viennent d’y solliciter la chambre régionale des comptes pour en savoir plus sur les moyens publics de la Métropole de Lyon qui auraient été utilisés au profit du candidat Macron. En cause : l’organisation, par Gérard Collomb, alors maire de la ville, d’une réception d’Emmanuel Macron (encore ministre mais déjà tourné vers la présidentielle) à l’hôtel de ville en juin 2016. L’opération a été prise en charge par la métropole, avec du matériel Sono/éclairage loué à GL Events.

Début avril, Le Canard enchaîné a aussi révélé que c’est l’entreprise d’Olivier Ginon qui a accueilli, le 18 novembre, le congrès de La République en marche, à l’Eurexpo de Lyon, dont elle détient la concession. Le PDG a légitimé auprès du Palmipède ses liens avec le président de la République : « Vu la taille de notre groupe, c’est normal que les responsables politiques me reçoivent. »

L’idylle entre Emmanuel Macron et le chef d’entreprise date de plusieurs années. Le 24 avril 2015, le futur président de la République, alors ministre de l’économie, lance en compagnie de ses collègues Patrick Kanner (Ville), Thierry Braillard (Sports) et Matthias Fekl (Commerce extérieur) un « comité stratégique de filière » dont l’animation est confiée à Olivier Ginon.

L’initiative avait pour objectif de proposer un contrat stratégique de filière, à la veille de l’organisation de l’Euro 2016 de football et du dépôt de la candidature à l’organisation des JO 2024. Les ministres fanfaronnent alors sur ce marché qui « représente un chiffre d’affaires de 35 milliards d’euros par an ». En 2016, la société d’Olivier Ginon a dégagé 130 millions d’euros sur les seuls Jeux olympiques de Rio, et l’entreprise s’active déjà pour ne pas perdre une miette de Paris 2024.

En attendant, GL Events entretient son réseau. Du 27 au 30 mars, le ban et l’arrière-ban de la Macronie ont défilé au « Global Industrie », salon professionnel que l’entreprise organise à Paris. Le président de la République a aussi mouillé sa chemise en recevant 200 industriels à l’Élysée. « C’est la première fois en France depuis plusieurs années que nous avons autant de personnalités politiques sur un salon industriel », s’est à cette occasion félicité le directeur de l’événement.

Décision du 21 décembre 2017 relative au compte de campagne de M. François FILLON, candidat à l’élection du Président de la République des 23 avril et 7 mai 2017

 

Extraits de la décision de la Commission  des Comptes de campagne relative au comptes de campagne du candidat François Fillon. Pour plus d’information http://www.cnccfp.fr/

JORF n°0036 du 13 février 2018
texte n° 45

Décision du 21 décembre 2017 relative au compte de campagne de M. François FILLON, candidat à l’élection du Président de la République des 23 avril et 7 mai 2017

La Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques,
Au vu des textes et documents suivants :

– la loi n° 62-1292 du 6 novembre 1962 relative à l’élection du Président de la République au suffrage universel, notamment son article 3 ;
– le code électoral en ses dispositions rendues applicables par la loi susvisée ;
– la loi n° 2011-1977 du 28 décembre 2011 de finances pour 2012, notamment son article 112, et le décret n° 2009-1730 du 30 décembre 2009, d’où il résulte que le plafond des dépenses électorales applicables aux candidats présents au premier tour de l’élection présidentielle est fixé à 16 851 000 euros ;
– le décret n° 2001-213 du 8 mars 2001 portant application de la loi du 6 novembre 1962 susvisée ;
– la déclaration des résultats du premier tour de scrutin en date du 26 avril 2017 et la proclamation des résultats de l’élection du Président de la République en date du 10 mai 2017 ;
– le compte de campagne du candidat déposé le 6 juillet 2017 et publié au Journal officiel du 3 août 2017, ainsi que les pièces jointes à ce compte ;
– le questionnaire adressé le 29 septembre 2017 par les rapporteurs à M. François FILLON, au président de l’association de financement électorale, M. Vincent Chriqui, et à l’expert-comptable et la réponse à ce questionnaire en date du 20 octobre 2017 ;
– la lettre d’observations adressée le 24 novembre 2017 par les rapporteurs aux mêmes destinataires et la réponse à cette lettre en date du 8 décembre ;
– les autres pièces jointes au dossier ;

Après avoir entendu les rapporteurs,
A constaté que le compte de campagne de M. François FILLON a été déposé conformément aux dispositions législatives applicables et qu’il fait apparaître un montant de recettes déclarées de 13 784 073 euros et un montant de dépenses déclarées de 13 784 073 euros.

La commission décide :

Article 1Le compte de campagne de M. François FILLON est approuvé après réformation et s’établit en recettes à 13 794 601 euros et en dépenses à 13 794 601 euros ; il est arrêté comme suit :


RECETTES (en euros)

DÉPENSES (en euros)
Montants
déclarés
par le candidat
Montants
retenus
par la CNCCFP
Montants
déclarés
par le candidat
Montants
retenus
par la CNCCFP
I. Recettes perçues par le mandataire dont : 12 248 535 12 124 225 I. Dépenses payées par le mandataire dont : 12 248 535 12 124 225
– apport personnel (y compris l’avance de 153 000 €) 2 241 935 2 117 625 – dépenses payées directement 6 886 539 6 871 345
– versements définitifs des partis politiques 10 000 000 10 000 000 – dépenses facturées par les partis politiques 5 361 996 5 252 880
– dons des personnes physiques 6 600 6 600
– autres recettes
II. Contributions des partis politiques : II. Contributions des partis politiques :
– paiements directs 85 156 85 156 – dépenses payées directement 85 156 85 156
– concours en nature 1 265 203 1 395 351 – concours en nature 1 265 203 1 395 351
III. Autres concours en nature 185 178 189 869 III. Autres concours en nature 185 178 189 869
Total des recettes du compte,
y compris l’avance forfaitaire
13 784 072 13 794 601 Total des dépenses électorales soumises au plafond 13 784 072 13 794 601
Solde du compte 0 0

Article 2

Le montant dû par l’Etat est arrêté à la somme de 2 067 625 euros, dont 153 000 euros ont déjà été versés.

Article 3

Il n’y a pas lieu, pour le candidat, de procéder à une dévolution.

Article 4

La présente décision sera notifiée à M. François FILLON et au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur.

Délibéré par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques dans sa séance du 21 décembre 2017, où siégeaient MM. François LOGEROT, président, François DELAFOSSE, vice-président, Mmes Martine BETCH, Maud COLOME, Martine DENIS-LINTON, Francine LEVON-GUERIN, MM. Philippe GRÉGOIRE, Jean-Dominique SARCELET.

Pour la commission :

Le président,

F. Logerot

Le New York Times et Madiapart: Leurs visions de la relation Macron – Trump

Le titre de l’article de Mediapart et direct: Macron aux Etats-Unis, une visite pour l’image. Celui du New York Times Macron Takes a Risk in Courting Trump, but Has Little to Show for It  est plus nuancé mais a défaut du pouvoir, on multiplie le tentatives.

Macron aux Etats-Unis, une visite pour l’image

22 AVRIL 2018 PAR MATHIEU MAGNAUDEIX

New York (États-Unis), de notre correspondant. En bras de chemise, attentif, le corps penché en arrière : il y a un air de famille avec certains clichés de Barack Obama à la Maison Blanche, modèle assumé de celui qui est devenu l’an dernier, à 39 ans, le plus jeune « dirigeant français depuis Napoléon », comme le rappellent volontiers les médias anglo-saxons.

Un an après son élection, Emmanuel Macron pose ces jours-ci dans le Vanity Fair américain : dans le salon vert de l’Élysée, à son bureau la main sur la tête de Nemo, labrador présidentiel, le tout sous l’objectif de la photographe star Annie Leibovitz. « Une artiste reconnue pour son regard photographique », a justifié l’Élysée, qui ferme le reste du temps le palais présidentiel à la presse.

« Emmanuel Macron se livre sur l’Iran et son nouveau copain (sic) à la Maison Blanche », titre l’article. Après des mois de silence « jupitérien », les interviews en grand dans des médias français (dont Mediapart) pour répondre aux colères qui montent en France, le président français contesté à domicile pour des réformes jugées trop dures, puisées dans le catéchisme néolibéral ou bien juste vieillottes, repart à la conquête de l’opinion internationale.

Devant les eurodéputés à Strasbourg il y a quelques jours, il a alerté contre la progression des « démocraties illibérales ». En visite d’État, ce lundi, et pour trois jours, aux États-Unis, Macron entend peaufiner l’image de lui qu’il préfère : le jeune président qui a dynamité le système politique de son pays, a freiné une vague populiste après le Brexit et la victoire de Trump, a lancé les réformes structurelles réclamées par les institutions internationales et se pose en rempart contre les dérives antidémocratiques en Europe et dans le monde.

Le voyage de Macron aux États-Unis, qui durera jusqu’à mercredi, est la première visite d’État de son mandat – un type de déplacement plus protocolaire que les voyages officiels. C’est aussi la première organisée par le président Trump depuis son entrée en fonction en janvier 2017.

Pour l’Élysée, cette invitation inédite est le signe de l’« histoire extraordinaire d’amitié et d’alliance depuis deux cent cinquante ans » entre les deux pays – la coopération militaire et antiterroriste est toujours qualifiée d’excellente de part et d’autre de l’Atlantique. Les honneurs faits à Macron sont aussi la preuve, souligne la présidence de la République, d’une « relation proche et de confiance entre les deux hommes ».

Dans Vanity Fair, Emmanuel Macron parle à l’envi de sa « relation très personnelle » avec l’actuel locataire de la Maison Blanche avec qui il n’a pourtant rien en commun. « Nous avons développé un bon niveau de confiance et de respect », dit Macron, qui parle « régulièrement » au téléphone à Trump et apprécie leurs « conversations directes ».

Avec le président américain, Macron a mis en scène dès le début une relation amicale « et en même temps » basée sur le rapport de force. Leur première poignée de main avait été très commentée. Lorsque Trump a annoncé sa sortie de l’accord de Paris, Macron a joué les trolls avec une vidéo en anglais où il proclamait « Make the planet great again », un détournement du slogan de campagne du président américain. Puis il l’a flatté en l’invitant à la parade militaire du 14-Juillet sur les Champs-Élysées. Il y a quelques jours, Macron s’est vanté d’avoir convaincu les Américains de « rester dans la durée en Syrie »Il exagérait et a nuancé ses propos, mais sa sortie prouve qu’il cherche toutes les occasions de pousser son avantage face à un Donald Trump hors de contrôle et son administration à vau-l’eau.

Dimanche, sur la chaîne ultraconservatrice Fox News, Macron a souligné la « relation très spéciale » qui l’unit au président américain – « Nous sommes tous les deux non conformistes, nous ne sommes pas issus du système politique classique » – se gardant bien de commenter les multiples déboires judiciaires et politiques de Trump. De quoi flatter les oreilles du président milliardaire, un spectateur assidu de Fox News, « Trump TV » où il compte de nombreux amis et relais.

Lundi soir, un dîner des couples Macron et Trump est prévu à Mount Vernon, en Virginie, la résidence d’un des pères de l’indépendance américaine, le premier président George Washington (1732-1799). Mardi, une photo et plusieurs entretiens sont organisés à la Maison Blanche, avant un déjeuner au département d’État, une visite au cimetière militaire d’Arlington et le fastueux dîner d’État truffé de leaders du Parti républicain : pour son premier organisé à la Maison Blanche, Trump a rompu avec la tradition qui consiste à inviter des personnalités de l’opposition et des journalistes connus.

Mercredi, avant de deviser avec des étudiants à l’Université George-Washington, Emmanuel Macron prononcera un discours, en anglais, devant le Congrès. « Un événement extrêmement rare », se plaît à souligner l’Élysée. En réalité, hormis François Hollande, tous les présidents récents de la Cinquième République y ont eu droit. Seul Valéry Giscard d’Estaing s’est exprimé en anglais. « Une société libérale est en même temps la meilleure société de progrès », avait dit VGE le centriste devant les parlementaires américains le 18 mai 1976, à l’occasion du bicentenaire de l’indépendance américaine.

Selon l’Élysée, le discours d’une demi-heure sera l’occasion d’adresser un « message d’amitié, de respect, d’affection du peuple de France à la nation américaine »« On est confrontés à des défis qui sont d’une complexité inégalée. La question qui se posera lors de ce discours devant le Congrès, finalement, ça sera : est-ce que vous voulez qu’on continue à écrire l’histoire ensemble ? » ajoute l’Élysée, qui prévoit dans ce discours un passage sur « la démocratie et les valeurs ».

Emmanuel Macron devrait éviter toute critique frontale. La politique intérieure américaine ? Pas le but de la visite, dit l’Élysée. L’accord sur le nucléaire iranien, dont Donald Trump pourrait décider de sortir en mai ? La France, qui cherche à l’en dissuader, prévient que « ce n’est pas à cette occasion qu’on espère engranger un accord ». Le président français entend aussi « remettre l’action climatique au centre du dialogue ». Mais « on n’est plus dans une situation où on cherche à faire revenir les États-Unis dans l’accord de Paris », concède l’Élysée, même si Trump souffle parfois le chaud et

C’est surtout du côté de l’image que Macron compte engranger des points. Sa victoire en mai 2017 face à Marine Le Pen a soulagé tout ce que les États-Unis comptent d’opposants à Trump, néoconservateurs bushiens, républicains modérés, libéraux ou progressistes. Après le vote du Brexit (juin 2016) puis l’élection de Trump (novembre 2016), celle de Macron a été reçue de l’autre côté de l’Atlantique comme un coup d’arrêt, au moins temporaire, à la montée du nationalisme et des « populismes ».

Dans un pays où se définir de gauche ou socialiste reste un ticket pour une forme de marginalité politique – même si c’est en train de changer, notamment grâce à la campagne de Bernie Sanders en 2016 –, le mot « populiste » inclut souvent la gauche de la gauche. Jeune maître de conférences à Harvard et animateur du podcast The Good Fight où défilent les voix mainstream de l’antitrumpisme, l’universitaire Yascha Mounk vient ainsi de publier un livre sur le populisme où il décrit Podemos, Jean-Luc Mélenchon ou l’extrême droite européenne comme les deux faces d’une même monnaie (The People vs Democracy, Harvard University Press, non traduit en France). Il sait gré à Macron d’avoir été le « deus ex machina » qui a évité une victoire de Marine Le Pen, mais aussi une confrontation entre Le Pen et Mélenchon au second tour. « Cela aurait été un cauchemar », dit-il.

Dans la presse américaine, notamment économique, Macron, libéral dont le positionnement politique est, à gros traits, au diapason de l’establishment du parti démocrate, est très souvent vu comme le président qui va enfin mener des réformes structurelles jugées nécessaires. Le Financial Times estime que la réforme de la SNCF est son premier « grand test ». Alors que Donald Trump, élu sur un programme protectionniste, décrète des « guerres commerciales », le Wall Street Journal, quotidien conservateur des affaires, salue l’ouverture de Macron au libre-échange.

Dans le chaos international actuel – crises, démocraties occidentales malades, autocrates plus ou moins dangereux –, l’action Macron est donc plutôt bien cotée, en tout cas à la bourse des commentateurs. En un an, « Macron est devenu le leader central du monde occidental »s’enthousiasme William Drozdiak, ancien correspondant en Europe du Washington Post, qui constate le « crépuscule » d’Angela Merkel et l’absence relative de la Grande-Bretagne accaparée par le Brexit. « Nouveau leader du monde libre », s’enthousiasme Politico, un média très lu à Washington.

« Macron s’est engouffré dans le vide politique laissé par le retrait des États-Unis après soixante-dix ans de domination mondiale. Le sort de l’alliance occidentale est entre ses mains », écrit Drozdiak, qui le félicite d’avoir « coordonné les expulsions de diplomates russes des pays occidentaux » après l’empoisonnement d’un espion russe à Londres, de renouer le dialogue avec la Chine ou l’Inde, ou encore de « redynamiser l’Union européenne comme puissance globale ».

En réalité, pendant toute sa visite, Macron jouera sur du velours : à côté de Trump, il n’a pas grand-chose à faire pour apparaître comme le plus fréquentable. Chaque jour, Trump nomme des affairistes ou des ultra droitiers à divers échelons du pouvoir, conteste l’enquête tentaculaire du FBI sur sa campagne, purge les administrations rétives, menace de virer son ministre de la justice et son adjoint, attaque sur Twitter des Noirs, des femmes, des juges, estime que certains de ses opposants devraient être enfermés, ment éhontémentattaque la presse.

Il fait déporter les immigrés sans papiers à un rythme soutenu, dirige la première puissance mondiale en affairiste ploutocrate, défend des décisions transphobes, bataille contre l’avortement. Son avocat personnel, dépositaire de tous ses secrets, est dans le viseur de la justice et certains membres de son administration se permettent des dépenses somptuaires aux frais de l’État. Des juges fédéraux l’accusent de « tyrannie ».

James Comey, l’ancien patron du FBI qu’il a limogé, vient d’expliquer dans un livre que la présidence de Trump est un « feu de forêt qui menace chaque jour ce qui est bon dans notre pays ». Plusieurs best-sellers publiés récemment s’interrogent sur l’avenir de la démocratie américaine. L’historien Timothy Snyder (dans son livre On Tyranny) dépeint Trump en « nationaliste qui nous encourage au pire ».

« Les États-Unis ne sont plus un modèle démocratique. (…) Nos garde-fous constitutionnels sont-ils suffisants en eux-mêmes pour garantir la démocratie ? Nous pensons que la réponse est non », écrivent les politologues de Harvard Steven Levitsky et Daniel Ziblatt dans How Democracies Die, une étude comparative fouillée qui rappelle aux Américains que la démocratie est mortelle.

Can it Happen Here ?, un ouvrage collectif sur la poussée autoritaire aux États-Unis, commence lui par une dystopie où Trump, après un attentat massif à Chicago, impose la loi martiale et la dictature, étend la surveillance, crée un crime de « sédition », fiche les musulmans, impose sa loi au Congrès, censure les médias, déclenche une guerre sans fin. Dans son avant-dernière livraison, le magazine Harper’s s’est inquiété : et si, malgré le chaos de sa présidence, Trump était réélu en 2020 ? « Ça peut arriver parce que cela s’est déjà produit »prévient le mensuel.

Dans cette drôle d’atmosphère américaine, il suffira donc à Macron de sourire, de charmer et de se montrer un peu spirituel pour se faire valoir. Son rôle préféré, loin de la France et des contestations.

Macron Takes a Risk in Courting Trump, but Has Little to Show for It

By ALISSA J. RUBIN and ADAM NOSSITERAPRIL 22, 2018

PARIS — President Emmanuel Macron was put on the spot this year in front of a room full of journalists when one asked, provocatively: Which man is more dangerous, North Korea’s leader, Kim Jong-un; or Donald J. Trump?

“You know, I have always refrained from making sweeping judgments,” Mr. Macron answered slowly, weighing his words.

“The American people have chosen their president,” he said. “Our relationship with the United States is absolutely critical, in fact. Fundamental. We need it.”

With that careful answer, the leader of France sought to reassure a French public hostile to the American president that pure pragmatism governed his relations, while hinting that by giving Mr. Trump the benefit of the doubt, he could get something in return.

But has he? Mr. Macron departs on Monday for his first official visit to Washington at a particularly difficult moment in his young presidency. His popularity is challenged on many fronts. His ambitious domestic reform program has been barraged by strikes. His big plans to overhaul the European Union are in tatters.

And the verdict on the French president’s subtle calculus toward Mr. Trump is distinctly mixed. Almost alone among Europe’s leaders, Mr. Macron has struck an apparent rapport with the mercurial American president, who has taken pride in testing, even alienating, some of the United States’ oldest and truest allies.

Mr. Macron has made a gamble, given Mr. Trump’s unpopularity, that he can court him but not be tarnished by him — or even that he can burnish his own reputation as a leader who is so psychologically astute that he can gain the ear of an American president who is in many respects his polar opposite.

A year into a sustained charm offensive, Mr. Macron has won a trip to Washington, occasioned by an invitation from Mr. Trump for a formal state visit, the first the American leader has extended during his presidency.

But other than that, he has little to show for his courtship of Mr. Trump. Mr. Macron has gotten “nothing” was the unsparing judgment of Denis Lacorne, who teaches at Sciences-Po in Paris and is among the most seasoned observers of Franco-American relations.

Mr. Macron pitched hard to bring Mr. Trump around on climate change, the antinuclear proliferation deal with Iran and trade tariffs on steel and aluminum, Mr. Lacorne noted.

But the American president withdrew from the Paris climate accord; is on the verge of abandoning the Iran deal and potentially could force the Europeans to leave it, as well; and is moving ahead with tariffs on aluminum and steel that will hurt some European allies.

“You don’t see concrete results,” said Laurence Nardon, the director of the North America program at the French Institute of International Relations.

But Mr. Macron, in her view, may get something intangible. “What Macron gets is that he is seen as being close to the U.S. and even to Trump, and that gives his presidency and France bigger clout,” Ms. Nardon said.

Mr. Macron has built a career out of offering respectful, flattering attention to older power figures. Mr. Trump is only the latest in a succession of such men — François Hollande, the former French president; Jacques Attali, a former presidential counselor — Mr. Macron has cleverly used and then leapfrogged over.

The French leader had the insight that Mr. Trump would be thrilled by the military might, pomp and circumstance of France’s annual Bastille Day Parade, with its show of military hardware, and invited him to share a front-row seat last July.

Mr. Trump was so taken with it, he ordered up one of his own for this year, now tentatively scheduled for Nov. 11, Veterans Day, but with details still in flux.

The French president also took Mr. Trump and his wife to dinner in a formal restaurant in the Eiffel Tower, a canny recognition of Mr. Trump’s attract

ion to glitz.

No one should confuse Mr. Macron’s attention to Mr. Trump’s likes and dislikes with a genuine bromance, however, and Mr. Macron’s staff bristles at the suggestion that the two are friends.

Asked at a media luncheon about purported closeness between the two leaders, Benjamin Griveaux, the government’s spokesman, responded: “I don’t think they are buddies. The goal is not to have affectionate relations, but to establish some sort of personal connection.”

Mr. Macron himself makes selective criticisms of Mr. Trump as if to send a clear signal to the French that he is not naïve. He said publicly that Mr. Trump had made a mistake to deride Haiti and African nations as “shithole countries.”

His tone in talking about the Iran nuclear nonproliferation pact and the Paris climate accord brushes aside Mr. Trump’s positions. “There is no Plan B,” his aides say of the Iran deal, echoing Mr. Macron’s frequent comment about the climate pact, “There is no Planet B.”

The Janus-faced approach — at once warm and friendly to Mr. Trump but at the same time keeping his options open — in some ways reflects the French love-hate relationship with the United States.

France disdains America’s brashness and unilateralism but also admires its popular culture and the fluidity of a society where it is easier to rise to wealth and power than in France.

In foreign policy, France’s independent line, forged by the former president and general Charles de Gaulle, was clearest in France’s refusal to go along with the American invasion of Iraq.

More recently, however, France and the United States have found themselves on the same page when it comes to terrorism and working closely together on the problems in North Africa, as well as in the Middle East.

So as genuine allies on the defense front, Mr. Macron “has to try” to bring Mr. Trump along, Ms. Nardon said.

If he can move Mr. Trump a little on policy, so much the better, but as Mr. Macron has said himself, Mr. Trump is not easy to persuade.

“Sometimes I manage to convince him, sometimes I fail,” he told a BBC interviewer in January.

The accommodating dynamic between the two men, and perhaps the limits of the relationship, were evident during their joint appearance at the Élysée Palace in July before the Bastille Day celebration.

Mr. Macron took Mr. Trump and his wife to dinner in July at a formal restaurant in the Eiffel Tower, a canny recognition of Mr. Trump’s attraction to glitz. CreditStephen Crowley/The New York Times

As they stood side by side, there was a lot of shoulder-patting back and forth. But Mr. Trump’s breezy suggestions of acquiescence to the French point of view — on climate change, for instance — turned out to be no more substantive than the off-the-cuff way in which they were delivered.

“Something could happen with respect to the Paris accord,” Mr. Trump said. “We’ll see what happens.” Nothing ever did.

The risk, said Thomas Guénolé, a political scientist who follows geopolitics closely and teaches at the University of Paris-East at Créteil, is that Mr. Macron gives too much to Mr. Trump and gets little in return.

“Emmanuel Macron doesn’t risk being unpopular for trying to get things from Donald Trump and trying to negotiate with him,” said Mr. Guénolé.

“The problem would come if, like Tony Blair, he tried to get things by developing a strong relationship with the U.S. president, but afterward got too little,” said Mr. Guénolé, referring to the former British prime minister who allied himself with President George W. Bush’s decision to remove Saddam Hussein and found himself and his country mired in a yearslong war in Iraq.

Mr. Guénolé, Ms. Nardon and other analysts say that Mr. Macron is taking advantage of the vacuum left in Europe by Prime Minister Theresa May’s preoccupation with how to get Britain out of the European Union and Chancellor Angela Merkel’s focus on maintaining an unwieldy coalition in Germany.

In a way, that fits well with the Trump White House.

“France’s cooperation with the United States has always been pragmatic,” said Alexandra de Hoop Scheffer, a senior trans-Atlantic fellow and director of the Paris office of the German Marshall Fund.

“So in a certain way, the French pragmatic way mirrors Trump’s transactional approach,” she added. “It’s why they can succeed in getting along while they have very deep policy disagreements.”

If the rhetoric is stripped away, Mr. Macron in fact has set rather modest goals, although the show of friendship with Mr. Trump can be distracting, she said.

“It’s to keep the U.S. engaged in the international system, the multilateral system, and not give the U.S. the sense that the Europeans are trying to isolate Washington,” she said.

Mr. Macron will be in Washington for three days, with a State Dinner planned for Tuesday and a speech to a joint session of Congress on Wednesday. Still, a senior aide at the Élysée tried to lower expectations.

It would be a mistake to judge the success of the trip by what the French president could get from Mr. Trump, the aide said. Instead, the visit will allow time for the two leaders to luxuriate in the pomp and circumstance that they both enjoy and for them to talk in a more personal way with their wives present.

In a January television interview, Mr. Macron waxed about how the two men talked often and how he felt “attached” to Mr. Trump. But when the interviewer questioned how he could be friendly with the American president, Mr. Macron laid out his colder, strategic assessment.

“The United States is the premier power; it is our most important partner in multilateral endeavors; it’s our first partner in the fight against terrorism; it is important for collective security,” he said.

“We can be angry with the United States, we may disagree about the methods as we do on Iran, but at the end, we are in agreement,” he said.

On lui a nié la nationalité à cause d’un détail

Maria Rodriguez McKey

L’article du New York Times ci-dessous nous raconte l’histoire d’une femme algérienne qui épouse un français et qui cinq ans après décide de demander la nationalité française. Après la cérémonie de naturalisation, elle n’a pas serré la main, aux deux officiers mâles, par conviction religieuse sur quoi la nationalité lui a été refusée. Le couple fait appel et le Conseil d’Etat décide que la décision est légale et que « le refus a été fait à un endroit et à un moment qui sont symboliques et révèlent une manque d’assimilation. »

En matière de religion, la France légifère et donc l’Etat intervient.  lEt les citoyennes françaises qui portent le voile, quelles sont les lois qui les régissent? ces polémiques ont donné lieu à deux lois : la loi sur les signes religieux dans les écoles publiques françaises (2004) et la loi interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public (2010).

No Handshake, No Citizenship, French Court Tells Algerian Woman

By AURELIEN BREEDENAPRIL 21, 2018

PARIS — An Algerian woman’s refusal to shake hands with male officials at a French naturalization ceremony is sufficient grounds for denying her citizenship, France’s top administrative court has ruled.

In its decision — issued on April 11 but reported only this week — the court, known as the Council of State, said that the woman’s refusal “in a place and at a moment that are symbolic, reveals a lack of assimilation.”

The woman, who has not been identified, married a French citizen in Algeria in 2010 and filed for French citizenship five years later. At her naturalization ceremony in 2016 in Grenoble, in southeastern France, the woman refused to shake the hands of a local state official and of a local elected official, both male, citing her religious convictions.

The ruling did not specify the woman’s religion, and it did not identify her as Muslim. Some practicing Muslims believe Islam does not permit physical contact with a person of the opposite sex, with the exception of immediate family members.

After the woman refused to shake hands with the officials, she was denied citizenship.

The woman appealed, but the court ruled this past week that the decree was legal. The ruling was based on a law that gives the government two years after a foreign spouse files for naturalization to oppose the request, on grounds of “lack of assimilation, other than linguistic.” The court also ruled that the decision was not detrimental to her freedom of religion.

The court’s ruling has not garnered widespread attention within the country, but many recent debates in France on the place of Muslims in French society have focused on issues of gender relations and attitudes toward women.

Similar debates have played out elsewhere in Europe. In 2016, local authorities in Switzerland said two Muslim boys, both immigrants from Syria, could not refuse to shake their female teacher’s hand on religious grounds.

In the summer of 2016, France was roiled by debates over the burkini — full-body swimsuits that comply with Islamic modesty standards — after several Mediterranean coastal towns banned them on their beaches.

 

The veil worn by some Muslim women also has become a flash point in France, which passed a law in 2010 banning face-covering garments like the burqa or niqab in public, although the law did not explicitly mention Islam.

Wearing a veil that doesn’t cover the face is not banned in public, except in the case of students in public schools and civil servants, who are not allowed to wear visibly religious symbols or clothing on the job.

President Emmanuel Macron, speaking on French television last week, said “the issue of the veil is very important today” but said he was not in favor of any new laws restricting those who choose to wear the garment.

“Why does this veil make us feel insecure?” Mr. Macron asked. “Because it is not in keeping with the civility in our country, that is to say with the relations between men and women in our country.”

“We are attached to this equality between man and woman, and so we do not understand this difference, this distance, this separation,” Mr. Macron said of the veil.

But he said he respected a woman’s choice to wear it.

“I am not personally happy that it is that way, but I do not want to make a law that bans it in the street, because it would be counterproductive,” Mr. Macron said.