La suite de l’affaire du Havre

Nous avons reçu de MEDIAPART le 10 avril 2018 une enquête par Michel Haydenberg et Anton Rouget un texte intitulé « Un trou d’un million d’Euros au Havre rattrape Edouard Philippe. »

Je me suis inquiété alors de ne pas connaître la suite!

Alors la voici!

 Edouard Philippe, mauvais élève de la transparence

15 MAI 2017 PAR MATHILDE MATHIEU -MEDIAPART

Comme député du Havre, Édouard Philippe a écopé d’un blâme sur sa déclaration de patrimoine de 2014 de la part de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique. Il s’en explique.

Parmi les candidats à Matignon, son nom est régulièrement cité. S’il entrait au gouvernement (voir la Boîte noire de cet article), Édouard Philippe devrait alors porter le fer sur la moralisation de la vie publique, priorité d’Emmanuel Macron. Lui-même, cependant, n’a pas toujours cru aux vertus de la transparence. D’après nos informations, ce député juppéiste a écopé d’un blâme de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) pour avoir refusé de fournir certaines informations sur sa déclaration de patrimoine de 2014, pourtant exigées par la loi.

Prié comme n’importe quel élu d’inscrire la valeur de ses biens immobiliers, le parlementaire du Havre a systématiquement éludé : « Aucune idée. » Rédigée en tant que député de Seine-Maritime après l’adoption des nouvelles lois sur la transparence de 2013 (qui ont renforcé les obligations des élus), sa déclaration était à la fois destinée à la HATVP (chargée des vérifications) et aux électeurs, qui ont le droit de la consulter en préfecture – seuls les formulaires des ministres sont publiés sur internet.

La valeur de son appartement à Paris ? « Aucune idée. » Ses parts dans une résidence de Seine-Maritime ? « Aucune idée. » Son bien en Indre-et-Loire ? « Aucune idée. » Le député et maire du Havre a tout de même mentionné les prix d’achat (en francs parfois). Bien aimable. Mais il s’est refusé, relancé par la HATVP, à toute estimation actualisée de ses propriétés.

À l’arrivée, l’ancien porte-parole d’Alain Juppé se retrouve parmi les 23 députés ou sénateurs (sur 1 048) dont la déclaration de patrimoine a été assortie d’une « appréciation » de la HATVP – une sorte d’admonestation. En clair, l’institution a considéré que les « blancs » d’Édouard Philippe portaient atteinte au « caractère exact » de sa déclaration sans estimer pour autant qu’ils justifiaient une quelconque saisine de la justice, arme lourde dégainée uniquement en cas de soupçons d’infractions pénales (soit une dizaine de fois, à l’encontre d’un Patrick Balkany ou de Marine Le Pen). Ici, rien à voir.

Sans conséquence judiciaire ni   financière, « l’appréciation » n’est toutefois pas une procédure anodine, puisqu’elle est réservée aux « manquements d’une certaine gravité ». Jamais une omission vénielle n’est épinglée par ce biais. Depuis 2014, plus de 300 parlementaires ont d’ailleurs modifié leur déclaration initiale sans écoper d’une telle « appréciation ».

Ce genre de pied de nez, il est vrai, n’entrave pas le travail de la HATVP (chargée de repérer des enrichissements inexpliqués entre le début et la fin d’un mandat), puisque l’institution présidée par Jean-Louis Nadal récupère auprès du fisc l’estimation des biens qui lui manque. Mais il l’alourdit. Surtout, cela dénote un drôle de rapport à la transparence et aux impératifs légaux.

En 2013, à l’Assemblée nationale, Édouard Philippe s’est d’ailleurs opposé aux lois sur la transparence « post-Cahuzac », comme la quasi-totalité du groupe UMP. Dans la foulée, il a refusé de dévoiler ses revenus sur sa « déclaration d’intérêts et d’activités » (document publié sur Internet celui-là), alors que les parlementaires ont l’obligation d’indiquer leurs rémunérations sur les cinq années précédant leur élection.

Visiblement, les citoyens n’ont pas le droit de savoir combien cet énarque élu pour la première fois au Palais-Bourbon en 2012 a gagné comme directeur des affaires publiques d’Areva (autrement dit, lobbyiste), jusqu’en 2010. Ni de connaître le montant de ses indemnités d’élu local, fixées « dans le respect et sous le plafond fixé par la loi », selon sa formule un brin provocatrice.

Extrait de la déclaration d’intérêts d’Edouard Philippe remplie en janvier 2014 et accessible sur le site de l’Assemblée nationale © DR

Quant à ses honoraires dans un cabinet d’avocats d’affaires en 2011 et 2012, le lecteur est censé les deviner sans doute. « Je ne suis pas certain de comprendre la question, a-t-il écrit sur son formulaire. Vous voulez connaître mon taux horaire au jour de l’élection ? Ma rémunération mensuelle moyenne ? Annuelle ? ». La deuxième ou troisième option eût fait l’affaire.

Interrogé vendredi midi par Mediapart, Édouard Philippe insiste d’abord sur l’absence de toute infraction. « Comme beaucoup de parlementaires sans doute, j’ai essayé de concilier le respect de la loi et une forme de mauvaise humeur », concède-t-il simplement, soulignant qu’il n’a omis aucun bien et dûment indiqué le prix de ses achats (remontant à 2001 pour les deux plus anciens, à 2010 pour son appartement parisien), ainsi que le coût des travaux entrepris.

Au passage, il juge que les citoyens curieux venant en préfecture ne sont lésés en rien puisque la HATVP a indiqué sur son « appréciation » la valeur des biens, telle qu’estimée par les services fiscaux. « [Moi] je n’avais pas accès aux bases de données qui permettent une [telle] évaluation », se défend Édouard Philippe. Certains de ses collègues, pendant ce temps-là, ont pourtant fait appel à des notaires, experts indépendants, etc. « Je n’avais pas l’intention de vendre », glisse le député. Avant de lâcher qu’il a revendu depuis son appartement d’Indre-et-Loire.

Surtout, quand on est multipropriétaire, ne faut-il pas se livrer à quelque évaluation personnelle pour savoir si l’on doit déclarer l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune dont le seuil est fixé à 1,3 million d’euros de patrimoine net taxable) ? « J’avais la conviction que l’ensemble de mes biens me plaçait en dessous du seuil, balaie Édouard Philippe[De fait en 2014] la HATVP a eu des discussions avec les services fiscaux qui m’ont demandé de venir les voir, et ils ont constaté que je ne suis pas redevable à l’ISF. »

En fait, sa « mauvaise humeur » en la matière a l’air de remonter loin en arrière. Car sur de précédentes déclarations fournies en tant qu’élu local, le juppéiste raconte avoir déjà rempli les mêmes cases avec des points d’interrogations.

À l’évidence, Édouard Philippe considère la déclaration de patrimoine comme un instrument de contrôle indispensable à la HATVP pour déceler des enrichissements suspects, moins comme un outil nécessaire de transparence et d’information des citoyens. « J’étais un peu plus réservé en 2013 sur cette publication systématique d’informations privées », lance-t-il (bien que les déclarations de patrimoine soient uniquement accessibles en préfecture et interdites de reproduction sous peine d’amende).

Questionné enfin sur son refus de dévoiler ses revenus d’avocat, Édouard Philippe redit que « la question était mal posée ». Et tient à préciser : « J’ai fait le choix de m’omettre du barreau après mon élection », au nom de la prévention des conflits d’intérêts. « C’est beaucoup plus vertueux de faire ça que de mentionner ses indemnités de maire ! » Il y a toutefois la possibilité de faire les deux. Quant au silence sur ses salaires d’Areva, Édouard Philippe évacue : « On ne m’a pas interrogé. » Sous-entendu : la HATVP ne l’aurait pas relancé. « J’ai là aussi concilié le respect de la loi et une certaine mauvaise humeur », conclut-il.

Aujourd’hui, sa nouvelle déclaration de patrimoine, incontournable en fin de mandat, se retrouve entre les mains de la haute autorité. Selon lui, la valeur actualisée de ses propriétés apparaît bien cette fois. Entre temps, la transparence s’est imposée. Et ses ambitions ont changé.

n trou d’un million d’euros au Havre rattrape Edouard Philippe

10 AVRIL 2018 PAR MICHAËL HAJDENBERG ET ANTTON ROUGET  – MEDIAPART

L’organisation des « 500 ans du Havre », l’une des manifestations culturelles les plus importantes de l’année 2017, rattrape le Premier ministre Édouard Philippe, ancien maire de la ville et grand architecte de l’événement. Selon nos informations, des prestataires font face à plus d’un million d’euros d’impayés. La faute aux difficultés financières rencontrées par le producteur de l’événement, sélectionné dans des conditions suspectes.

Des visiteurs par milliers, un budget de 20 millions d’euros et des têtes d’affiche internationales… Officiellement, « les 500 ans du Havre » furent, en 2017, la vitrine éclatante du succès d’Édouard Philippe comme maire de sa ville. Mais, en coulisse, c’est une tout autre réalité qu’a découverte Mediapart en enquêtant sur les événements culturels organisés en Normandie par l’actuel Premier ministre, et dont il s’est servi comme tremplin politique. Marché public dévoyé, prestataires non payés, liens d’affaires avec Jacques Attali privilégiés : la mairie du Havre a beau répondre que « l’organisation a été menée strictement dans le cadre des règles de passation des marchés publics », l’examen précis des pièces du dossier fait apparaître des éléments pour le moins suspects.

Dans sa ville, l’ambition d’Édouard Philippe a en effet laissé des traces douloureuses. Selon nos informations, plusieurs prestataires du Havre n’ont toujours pas été rémunérés pour leur participation aux « 500 ans », à l’été 2017. Cette ardoise dépasse le million d’euros et donne des sueurs froides au successeur du Premier ministre à la tête de la mairie, Luc Lemonnier.

Un trou d’un million dans une opération financée par le public : la situation n’est pas banale. Mais le groupement d’intérêt public bâti pour l’occasion n’a pas respecté les garde-fous qu’il avait lui-même imposés pour éviter ce genre d’accident.

Pour mettre sur pied la manifestation, le GIP « Le Havre 2017 », financé par l’argent public, a été créé en avril 2014. Il était présidé par Édouard Philippe en personne jusqu’à sa nomination à Matignon, en mai 2017. Doté d’un budget de 20 millions d’euros (ce qui en fait une des plus grandes manifestations culturelles des dernières années), le GIP a fait le choix d’externaliser la quasi-totalité de sa production, en sélectionnant un prestataire chargé d’organiser l’événement.

Le 20 février 2015, l’entreprise d’ingénierie culturelle Artevia est sélectionnée au terme d’un appel d’offres de plusieurs mois. C’est elle, dès lors, qui contrôle toute la chaîne de production de l’événement, qui gère la programmation, le calendrier et touche une grosse enveloppe du GIP — 15,8 millions d’euros — avant de réorienter l’argent vers les différents prestataires. Du moins en théorie.

Car la société connaît depuis de graves difficultés financières : elle est en redressement judiciaire depuis janvier 2018 et dans l’incapacité de payer les entreprises. La faute à une activité chaotique — l’exposition Osiris qu’elle a organisée à l’Institut du monde arabe à Paris a été impactée par les attentats — mais aussi un carnet de commandes vide depuis plusieurs mois.

Les difficultés ne sont cependant pas soudaines : « La situation de trésorerie de l’entreprise est tendue à la fin de l’exercice 2011 », prévenaient dès 2012 les commissaires aux comptes d’Artevia. Début 2016, ceux-ci émettent une nouvelle alerte : la trésorerie reste « tendue ». Rebelote un an plus tard : « Il existe des incertitudes multiples sur [la continuité d’exploitation de l’entreprise] », « la société n’a plus de projet de développement à l’issue de l’opération “Un été au Havre” qui se terminera à la fin de l’année 2017 ».

Aujourd’hui, Artevia traîne plus de 5 millions d’euros de dettes, et se trouve dans l’incapacité de payer les prestations fournies pour les 500 ans. La PME subit la pression de plusieurs créanciers qui réclament leur argent. La situation est pour l’instant insoluble : le GIP n’a certes pas fini de verser l’intégralité des quelque 15 millions d’euros à Artevia. Mais si elle le faisait, l’argent atterrirait dans la poche d’autres créanciers, plus anciens, et ne réglerait en rien la situation des prestataires havrais.

Sollicitée par Mediapart, la mairie du Havre déclare être à la recherche d’une autre solution de paiement pour régler au plus vite les prestataires : « Le GIP se mobilise en transparence avec ces entreprises pour faire de leur paiement sa priorité. »

Mais elle occulte le fait que ce problème n’aurait jamais dû survenir. En effet, pour s’assurer de la solvabilité de l’entreprise sur laquelle reposaient intégralement la réussite de l’événement et le paiement des prestataires, le GIP Le Havre 2017 avait opportunément introduit une clause dans l’appel d’offres débouchant sur le choix de son « producteur délégué ». Toute entreprise souhaitant postuler au marché devait déclarer un chiffre d’affaires de 5 millions d’euros par an, en moyenne, sur les trois derniers exercices précédant l’appel d’offres.

« Le seuil des 5 M€ de chiffre d’affaires sur les trois années précédentes a été demandé pour éviter de voir concourir des entreprises qui n’auraient pas la capacité de gérer un événement de cette envergure », confirme d’ailleurs la mairie du Havre. Sauf que, curieusement, ce plancher n’était pas respecté par Artevia, dont le chiffre d’affaires était largement inférieur à 5 millions d’euros de moyenne. Or personne ne s’est visiblement soucié du fait que cette entreprise n’avait pas les réserves suffisantes pour porter l’opération.

Sollicité par Mediapart, Alain Thuleau, le DG et actionnaire majoritaire de l’entreprise, a d’abord contesté cet état de fait : « Nous étions au-dessus des 5 millions d’euros avec le marché des Berges sur Seine à Paris ». Relancé par écrit, il a changé de version : « Dans le cadre de l’appel d’offres pour le Havre 2017 il convient de prendre en compte le chiffre d’affaires de l’ensemble du groupement qui a répondu à cet appel d’offres. »

Dans son offre, Artevia s’est en effet associée à plusieurs sociétés, dont la plateforme KisskissBankBank (pour la partie levée de fonds) ou Claudine Colin Communication (médias&com). Pour que son attribution de marché ne soit pas considérée comme viciée, la mairie du Havre fait elle aussi comme si la clause des 5 millions de chiffre d’affaires concernait l’ensemble de ces entreprises : « Le groupement présenté par Artevia a fourni cette garantie [des 5 millions d’euros – ndlr]. L’appréciation des capacités d’un groupement d’opérateurs économiques étant globale, il n’était pas nécessaire qu’Artevia dépasse ce seuil seule, mais simplement que son groupement y était tenu, ce qui était le cas pour les trois années antérieures. »

Un argument qui risque de bien faire rire (jaune) les malheureux prestataires havrais, qui sont pour certains en grande difficulté de trésorerie : aujourd’hui, ils ne peuvent pas se retourner vers les autres membres du groupement (comme KissKissBankBank) pour réclamer leur dû. Il était prévu que seule Artevia assume les risques de l’opération. Et c’était bien pour cette raison que la clause de 5 millions n’avait d’intérêt que si elle concernait cette entreprise et non pas le groupement.

L’avis de marché, daté du 20 mars 2015, que Mediapart a consulté est très clair à ce sujet : « Le marché a été attribué à la société Artevia. » Et non à un groupement.

Thomas Malgras, le directeur du GIP, n’avait d’ailleurs aucune difficulté à le reconnaître dans un entretien accordé le 10 juillet 2016 dans le cadre d’un mémoire universitaire, à une époque où les difficultés financières d’Artevia n’avaient pas encore sauté à la figure de la ville du Havre : « Le GIP avait imposé un chiffre d’affaires conséquent sur les dernières années pour montrer que l’entreprise avait l’expérience pour monter un projet de cette taille-là. »

La position du directeur artistique de l’événement en question

Le choix de confier autant de responsabilités à une seule société, sans découper le marché et répartir le risque en plusieurs lots, peut sembler surprenant. Mais cette solution originale avait été avancée par une mission de préfiguration conduite, de mars 2013 à mars 2014, par… Artevia elle-même.

« Le choix de faire une étude de préfiguration (en assistance à maîtrise d’ouvrage) avant de lancer un marché de production plus complexe visait à éviter de lancer une procédure aussi lourde avant les élections municipales. (…) L’étude avait pour but de permettre au pouvoir adjudicateur de délimiter le périmètre de son action à l’occasion des 500 ans », explique la mairie du Havre.

Lancé en novembre 2012, ce marché public de 80 000 euros a été remporté par Artevia, alors associée avec le directeur artistique Jean Blaise. Mais l’attribution de ce premier marché pose question. Sollicité par Mediapart, Jean Blaise ne se souvient même pas qu’il faisait face à un concurrent, Jean-François Chougnet. Et pour cause. Jean Blaise, qui avait rencontré un immense succès d’estime par son travail mené à Nantes, a été invité en 2011, aux Assises de la Culture du Havre. « On a eu un très bon contact avec Édouard Philippe. On a dîné ensemble. Et peu de temps après, il m’a appelé pour me proposer d’organiser les 500 ans du Havre. C’est moi qui ai demandé une mission de préfiguration pour que la ville sache où elle mettait les pieds. »Voilà qui laissait peu d’espoirs à ses concurrents.

En 2015, Jean Blaise est directement nommé par le GIP comme  “directeur artistique” de l’événement. Ce choix était-il indépendant de la désignation d’Artevia au terme d’un appel d’offres ? « Oui, répond la mairie. L’assemblée générale du GIP de février 2015 a successivement délibéré sur la nomination de Jean Blaise comme directeur artistique, puis sur l’attribution de l’accord-cadre au groupement Artevia. Parce que cette fois, la présence de Jean Blaise sur ce projet était indifférente aux candidatures proposées. La présence de Jean Blaise était parfaitement renseignée. »

« Parfaitement » ? Vraiment ? Même Alain Thuleau, le PDG d’Artevia, a confirmé que Jean Blaise faisait partie de son équipe. Et la société finaliste qui lui faisait face, Agence publics, avait bel et bien choisi un autre directeur artistique, comme nous l’a confirmé son ancien président. Ce directeur artistique, Georges François Hirsch, ancien directeur général de l’Opéra de Paris, donne également une version qui diffère de celle du Havre et de Matignon. « Oui, on faisait face à Jean Blaise, que je connais bien, que j’apprécie, et qui a remporté le marché. »

La ville explique, documents à l’appui, que Georges-François Hirsch était proposé comme “commissaire général”, et pas comme directeur artistique. Mais elle se retrouve aujourd’hui bien seule à défendre cette interprétation.

Mais comment Alain Thuleau s’est-il retrouvé au cœur de l’organisation des « 500 ans du Havre » ? Le directeur d’Artevia, bien que basé à Paris, connaît parfaitement la ville portuaire, et son maire devenu Premier ministre, depuis qu’il a été introduit auprès d’Édouard Philippe par Jacques Attali.

Les trois hommes ont travaillé ensemble, main dans la main, à l’occasion des « LH Forum » (Le Havre Forum), ou « Forum de l’économie positive », ce grand raout réunissant, tous les ans, au Havre, intellectuels et décideurs du monde entier autour de la figure tutélaire de Jacques Attali. Dès 2012, Édouard Philippe décide d’accueillir cette manifestation, à grand renfort de subventions.

L’idée est déjà de mieux faire connaître sa ville, son maire, et d’élargir son carnet d’adresses. « Créer un tramway ça prend dix ans. Tous les projets d’aménagement sont extrêmement longs, extrêmement lourds, extrêmement difficiles à mener tandis qu’avec l’art et la culture on peut aller très vite, montrer sa volonté », avait théorisé Jean Blaise lors des Assises de la culture organisées au Havre en 2011.

Une première convention triennale signée pour les éditions 2012 à 2014 a acté le versement, chaque année, de 350 000 euros d’argent public dans le cadre du forum (à parité entre la ville et la communauté d’agglomérations), soit près d’un quart des recettes de cet événement privé. La convention a été renouvelée en 2015 et un nouveau texte est en cours de discussion pour les éditions 2018-2020.

Afin de sécuriser et clarifier les flux financiers relatifs à l’organisation de ce forum, dixit la mairie du Havre, la manifestation est portée par une association, Positive Economy Advocacy (ex-PlaNet Finance services), une des structures de l’empire Attali dont Thuleau a été le directeur, en CDI, jusqu’à la fin 2015.

Attali et Thuleau étaient à cette époque deux partenaires indissociables. Artevia est domiciliée à la même adresse que le siège de PlaNet Finance. Et les deux hommes sont associés depuis 2010 dans la SARL « Une brève histoire de l’avenir » ayant pour objet de mettre sur pied une exposition autour du livre éponyme de Jacques Attali. Un contrat de collaboration prévoit alors qu’Artevia mobilise trois salariés (dont Alain Thuleau) et « ses réseaux et contacts auprès d’acteurs publics et privés » pour monter cet événement.

À la même période, Alain Thuleau préconise aussi la création d’une télé de l’économie positive. Son vœu sera exaucé en 2013 par le fils de Jacques Attali, Jérémie, lequel présente plusieurs casquettes professionnelles : il est à la fois capital-risqueur dans l’entreprise de son père «A&A», jardinier mais aussi producteur de films à ses heures perdues.

Le 3 mai 2013, Jérémie Attali devient le gérant d’« Eco Plus TV », une Scop dont le capital est en partie détenu par « PlaNet Finance services » et la société « Keskya », elle-même détenue par les Attali père & fils. Pendant plusieurs années, « Eco Plus TV » a ainsi vendu des vidéos sur l’économie positive aux organisateurs du forum du Havre (autour de 40 000 euros de prestations annuelles). Tout cela avec de l’argent provenant, en partie, des collectivités havraises.

L’activité d’Eco Plus est aujourd’hui en sommeil. « Le modèle économique n’était pas viable », justifie à Mediapart Jérémie Attali. Quant à l’entreprise « Keskya », elle a, elle, continué à vendre quelques prestations pour le forum, « moins chères » que les prix du marché selon M. Attali.

En 2015, la lune de miel entre Thuleau et Attali prend brutalement fin. Les comptes de « PlaNet Finance services » sont dans le rouge. « Après le troisième forum, nous avons eu des doutes sur la qualité des informations qu’on nous rapportait et nous avons fait mener des investigations approfondies, internes et externes, qui nous ont conduits à licencier Monsieur Thuleau », confirme à Mediapart Jacques Attali.

Le contentieux se poursuit devant les tribunaux. La société Artevia de Thuleau réclame devant le tribunal de grande instance de Paris, en référé, le versement de 255 921 euros pour avoir exécuté, dans le cadre d’une « convention d’assistance »« diverses prestations dans le cadre de sa mission globale pour les éditions 2014 et 2015 » du forum du Havre. La PME sera déboutée, après que « PlaNet Finance services » a expliqué devant le tribunal que la convention d’assistance au profit d’Artevia avait été signée par… Alain Thuleau lui-même, en tant que directeur de PlaNet finances.

Un document interne de PlaNet finance services, issu d’une mission d’audit externe qui a alerté en juin 2016 sur la continuité d’exploitation alors « compromise », confirme la situation alarmante de la structure en 2016 :  « Nous avons pris la mesure, dès l’automne 2015, des conséquences d’une gestion malencontreuse durant les exercices 2013 et 2014 », notent les dirigeants, pointant une « absence de contrôle des dépenses et de mise en concurrence des fournisseurs et prestataires ».

La démocratie à travers les époques

Cicero, the greatest ancient roman orator, marble statue in front of Rome Old Palace of Justice, made in 19th century (isolated on white background)

Bernard Owen

La politique peut mener à la démocratie. Ce dernier mot est à la mode mais cela ne veut pas dire que celui-ci mène à l’entente  entre tous les participants. Disons, plus simplement, que les personnes ou les partis qui paraissent obtenir l’aval d’une majorité du peuple se trouve à la tête de l’Etat.

Cela est très  beau mais il faut comprendre celui qui n’a plus la confiance du peuple, car il va nécessairement le regretter. Dans cette position, peu enviable, l’on tente, sans que cela soit évident, de fausser le jeu. En admettant, que le Président d’un Etat  ait une appréciation régulièrement en baisse et cela pendant  une seule année de pouvoir, par exemple, 64% des interrogés, sera déçu.

Que peut-il faire? Naturellement, cela dépend des reproches qui apparaissent au niveau des sondages. Les interrogés vont comparer le Président à ce qu’ils recherchent habituellement, les personnes qu’ils fréquentent, dans son entourage, ses amis, les personnes dont-ils dépendent. Certes, un Président doit assumer ses responsabilités que tout le monde doit accepter mais c’est un être humain. Or, celui-ci a ses avantages et ses défauts. Le Président peut distribuer des avantages ou réduire ceux que certains citoyens avaient auparavant. La réduction au niveau pécuniaire que le citoyen craint de ressentir. S’agit-il d’une réduction qu’il considère justifiée ou pour une bonne cause? Etant donné les nombreuses situations auxquelles le citoyen doit faire face. Le Président peut moduler son attitude par son amabilité, sa souplesse.

Il est possible que cela soit en dehors de ses capacités. A aucun moment la peur qui est au profond de lui, étant donné les circonstances, c’est à dire que cela apparait clairement dans son désir de s’activer à droite, à gauche, entraîner son Etat sans avoir conscience du futur, s’attachant seulement au passé et au présent. Tout cela se ressentira au pouvoir de son jugement. Cela, relié à la peur va  le porter, lui et ses proches, qui  apprennent à le connaitre, réfléchir et se mettent à l’œuvre. Il est certain qu’à ce niveau apparaît la crainte de la concurrence. La concurrence qui est d’autant plus courageuse que la victoire  de l’actuel Président peut dépendre uniquement du processus électoral.  L’ont peut supposer d’un acharnement de la justice sur un élément en dehors de la course électorale. L’on peut même supposer alors un défaut du niveau de la législation , la loi laissant à désirer.

Dans ce cas le candidat malchanceux peut très bien avoir remonter la pente. Devant l’impuissance de l’actuel Président qui est devenu impopulaire. On ne l’aime pas. Le pouvoir a permis de découvrir un être humain certainement incapable de gouverner. Il devient alors évident  que son entourage est inquiet et pense qu’il serait peut être utile de se débarrasser du candidat qui parait maintenant supérieur à l’actuel président.

Dans ce cas, l’entourage  considère que devant l’opinion publique et une position pécuniaire peu enviable de l’actuel Président, il serait judicieux de placer en avant de l’opposition un candidat, beau parleur , par exemple, d’extrême gauche; n’ayant aucune chance d’être élu.

Vous avez compris que jusqu’à cette ligne il était question d’un raisonnement dans l’abstrait mais si nous parlions de la France, nous pouvions nommer Jean-Luc Mélenchon qui ne peut porter ombrage au Président actuel.

Sondage: près de 2/3 tiers des Français déçus après 1 an de présidence Macron

  • Extraits du dernier sondage publié par   Le Figaro.fr avec AFP  –  Publié le 02/05/2018

Près des deux tiers (64%) des Français se disent « déçus » de l’action d’Emmanuel Macron un après son élection à la présidence de la République, selon un sondage Ipsos/Sopra Steria pour France Télévisions publié aujourd’hui Dans le détail, parmi ces 64%, 36% des personnes interrogées se disent « plutôt déçues » et 28% « très déçues ». Un total de 36% se disent par ailleurs « satisfaites » (32% « plutôt » et 4% « très »).

Les Français sont en outre partagés lorsqu’ils s’agit d’évaluer l’évolution de la France depuis un an. Pour 37% d’entre eux, « la France ne va ni mieux ni plus mal » et « rien ne change » depuis l’élection de M. Macron, tandis que 36% considèrent que « la France va plus mal » (29% pensent que « c’est en partie à cause de la politique d’Emmanuel Macron et du gouvernement » tandis que 7% jugent que « ce n’est pas lié »). A l’inverse, 27% considèrent que « la France va mieux » (17% grâce à la politique menée, 10% sans lien avec cette politique).

Invités à se prononcer sur deux mesures « en cours de discussion » (la réforme de la SNCF et la loi asile et immigration), un total de 62% approuvent la première tandis que 52% désapprouvent la seconde. Concernant les mesures déjà adoptées, 68% approuvent la loi sur la moralisation de la vie politique, mais 57% désapprouvent la réforme du travail et 69% « les mesures fiscales dans leur ensemble (hausse de la CSG, suppression de la taxe d’habitation, réforme de l’ISF, suppression des APL et mise en place de la flat tax à 30%) ».

Au final, « en tenant compte de la personnalité et de l’action » d’Emmanuel Macron, 46% des Français considèrent qu’il n’est « ni de gauche, ni de droite, ni du centre », tandis que 35% le placent à « droite » de l’échiquier politique, 15% au « centre » et 4% à « gauche ». Sondage effectué du 20 au 21 avril 2018 selon la méthode des quotas auprès de 1013 personnes âgées d’au moins 18 ans, et interrogées par internet.

 

Campagne Macron: les preuves du mensonge

https://www.abcargent.com

30 AVRIL 2018 PAR ANTTON ROUGET – MEDIAPART

De nouveaux documents consultés par Mediapart viennent démentir les affirmations de l’Élysée et de GL Events. Deux autres candidats à la présidentielle – François Fillon et Benoît Hamon – n’ont pas bénéficié, pour des prestations équivalentes auprès de la même entreprise, des ristournes accordées à Macron.

Les ristournes de GL Events à l’égard d’Emmanuel Macron étaient-elles « habituelles » ? À la suite des premières révélations de Mediapart sur les cadeaux consentis à la campagne du président de la République par la société d’événementiel, son patron, Olivier Ginon, un proche du ministre de l’intérieur Gérard Collomb, a argué de pratiques commerciales classiques. Or, de nouveaux documents consultés par Mediapart montrent que deux autres gros candidats à l’élection présidentielle, Benoît Hamon (PS) et François Fillon (LR), n’ont pas bénéficié de tels rabais de la part de la même entreprise pour des prestations équivalentes.

L’une des prestations en cause porte sur la location de la Maison de la Mutualité, à Paris, dont GL Events a la concession. Emmanuel Macron a loué cet espace pour son meeting du mardi 12 juillet 2016, alors qu’il venait de lancer son mouvement et n’avait pas encore mis la main sur ces centaines de « grands donateurs » qui ont ensuite financé sa campagne.

Comme Mediapart l’a déjà raconté vendredi, le candidat En Marche! a alors bénéficié d’importants rabais, jusqu’à 100 % pour la location de la salle la veille de l’événement. Selon nos calculs, ces remises ont permis de faire chuter la facture globale de 33 819,87 euros sur un total de 92 000 euros, comprenant locations et prestations (régie, sécurité, accueil…).

Sur le seul volet « location » de la facture, la décote est vertigineuse : – 28 972,75 euros, faisant atterrir les coûts à 25 710,25 euros.

Ce montant étonne d’autant plus qu’à l’inverse d’Emmanuel Macron, les deux autres candidats à avoir organisé des meetings à la Maison de la Mutualité n’ont pas obtenu de rabais.

Le candidat socialiste Benoît Hamon a pourtant organisé, coup sur coup, deux événements dans cet espace : un premier – de moindre ampleur – le soir de son élection à la primaire de la gauche, le dimanche 29 janvier, et un second à l’occasion de son investiture par le PS, une semaine plus tard, le dimanche 5 février. « Le parti a payé plein pot », confirme Benoît Hamon (voir notre article Des réactions d’indignation dans la classe politique).

Pour le meeting du 5 février, une prestation équivalente à celle d’Emmanuel Macron, le seul volet « location » de la facture du parti socialiste est chiffré à 43 523 euros, soit près de 20 000 euros de plus que le candidat En Marche!, sans aucune promotion. La mention « remise » ne figure même pas sur la facture du PS.

Pour la soirée de campagne du 29 janvier, Benoît Hamon a loué quelques salles de la Mutualité au 3e étage pour un total de 17 871 euros. Là encore, le candidat n’a pas eu droit à la moindre réduction. Par contre, sur cette facture, la colonne « remise » apparaît. Dans le volet « prestations » (total de 33 119,60 euros), le candidat socialiste a en effet bénéficié d’une micro-ristourne sur les « frais de service vin » de… 32,40 euros. Soit moins de 0,1 % du montant global.

Même situation pour François Fillon. Selon une facture dévoilée dimanche 29 avril par Europe 1, le chef de file de la droite n’a pas bénéficié de la moindre réduction pour sa location de la Mutualité à l’occasion de son meeting du 14 janvier 2017. Les frais de location dépassent pour lui les 44 000 euros et aucune colonne « remise » n’est mentionnée sur la facture.

De plus, comme nous l’avons déjà indiqué, le candidat Les Républicains n’a pas non plus eu droit au moindre geste commercial quand il a loué des salles gérées par GL Events à Nice (Nice Acropolis) ou à Lyon (Eurexpo). Sur LCI, la porte-parole des Républicains Lydia Guirous a dénoncé « une concurrence déloyale. Il faut une enquête plus importante et que toute la lumière soit faite sur cette affaire ».

Ces éléments viennent aujourd’hui affaiblir la défense de GL Events et de l’équipe Macron. Devant la Commission nationale des comptes de campagne (CNCCFP) puis dans leurs réponses à Mediapart, la société d’événementiel et l’équipe du candidat ont expliqué que les ristournes effectuées pour l’organisation de meetings de la campagne présidentielle n’étaient rien d’autre qu’une pratique commerciale habituelle de l’entreprise.

Que vaut le pouvoir vertical?

Bernard Owen Maria Rodriguez-McKey

Tout récemment, nous avons vu un film allemand sur l’après-guerre, la dernière .Mon père s’y trouvait mais il avait une idée très stricte du secret militaire et je n’ai pas osé l’interroger. Ce film m’a ému, ce qui pour moi est exceptionnel. Après quelques jours j’ai senti le besoin d’écrire ces quelques lignes.

Comment se fait -il que l’Allemagne, la patrie de tant d’hommes remarquables  qui ont travaillé pour bâtir notre monde, se soit effondrée en raison d’institutions défaillantes?  Comment se fait-il que l’être humain,qui maîtrise tout ce qui est la technique, la mécanique, l’électronique. Après quelques essais et tentatives infructueuses,l’être humain s’est mis à voler. En revanche, à travers le monde et à toutes les époques, la façon de gouverner, la notion du vivre ensemble lui a échappé. La politique, la sociologie sont toujours à la recherche de solutions. Le vivre ensemble est proche de nous mais toujours hors de  portée de l’ensemble. Peut-être faudrait-il, en admettant que l’être humain composéde personnes réunissant des pensées et des réactions. Il existe une notion, certes primitive, celle du pouvoir vertical. Le roi en son conseil décide et le chancelier exécute.

Des chercheurs ont réfléchi à diverses solutions. Ils ont mis au point diverses systèmes mathématiques à effets proportionnels. L’inconvénient est que les êtres humains  n’étaient pas que des chiffres  mais des hommes dont les choix et les décisions pouvaient, dans le temps, s’éloigner de la gouvernance à la fois ayant l’autorité nécessaire mais sans excès.

La question n’est pas simple. Nos amis d’outre Rhin  en 1918 ont conçu pour la République de Weimar un système des plus proportionnels.Aussi surprenant que cela puisse paraître à deux reprises, surtout après la crise de 1929 venue des Etats-Unis, nos amis d’outre Rhin se sont trouvé grâce à la proportionnelle, avec un gouvernement composé de cinq partis incapables de se mettre d’accord sur la démarche à suivre. A partir  de cette date nos amis allemands jusqu’en 1932  se sont trouvés avec un gouvernement minoritaire dirigé par un membre du Parti du Centre (Catholique, le Chancelier Einrich Brunig)  soutenu par le Président Hindenburg qui validait les lois  qui lui présentait le chancelier Brunig. La Constitution allemande permettait cette procédure, Celle-ci n’était  en rien démocratique disait le Parti Nazi. A noter que les députés nazi se rendaient à la Chambre en uniforme, ce qui n’était pas permit par la loi.  Le Parti Nazi devenait incontournable.

Nos amis allemands avaient travaillé de façon méthodique sans tenir compte  de l’effet des institutions et du système électoral. Hitler a pris la succession du Président Hindenurg (décédé) et séduit l’armée en la faisant jurer obéissance à sa personne. L’on connait la suite.

Et Mussolini?  L’Italie à ses débuts avait été bien gouverné en utilisant un scrutin majoritaire. Après la guerre de 1914 – 1918 l’on introduit le scrutin proportionnel. Le pouvoir  de la Chambre est morcelé. Mussolini se met au service du gouvernement car les syndicats de la vallée du Pô  avaient pris le pouvoir envahissant communes et hissant les drapeaux rouges sur les villages. Le gouvernement était devenu impuissant. Mussolini, ancien socialiste, proposa de réunir d’ancien militaires (en demie solde ) pour aller de village en village pour rétablir l’ordre et remettre en place le drapeau tricolore. Mussolini, devenu un héros, qui fut salué par la presse internationale, « ce ne sera qu’un feux de paille ». Là   aussi on connait la suite.

Le pouvoir vertical d’un seul homme est dangereux surtout lorsqu’il s’agit d’une personne arrivée récemment en politique. Naturellement, le pouvoir vertical est tout aussi dangereux pour celui qui l’exerce et pour ceux qui doivent l’obéir. Il existe alors peu de contrôle ou quasiment aucun car les dictatures font ressortir ce qui fera appel à toutes sortes de tendances qui se trouvent en nous à des degrés très différents et qui peuvent même donner une impression de danger imminent. Il donne l’occasion au pouvoir vertical de laisser échapper le diable qui se trouve, peut être, dans beaucoup d’entre nous. La politique, la sociologie sont plus complexes qu’elles n’apparaissent.

La notion de structure d’influence électorale et la structure d’accueil pour le vote contre sont méconnus et n’agissent pas de façon uniforme et varient de façon prévisible mais mal connu . Ces notions se situent partout à travers le monde et dans cela est la raison pour laquelle notre enseignement attire nos étudiants qui se déplacent pour apprécier  les institutions politiques qui se devraient d’être exemplaires.

Le système électoral et son effet sur la représentation parlementaire des partis : le cas européen, Bernard Owen, LGDJ.

Proportional Western Europe: The Failure of Governance, Bernard Owen, B., Rodriguez-McKey, Palgrave MacMillan.

 

Campagne Macron: les preuves du mensonge

30 AVRIL 2018 PAR ANTTON ROUGET – MEDIAPART

De nouveaux documents consultés par Mediapart viennent démentir les affirmations de l’Élysée et de GL Events. Deux autres candidats à la présidentielle – François Fillon et Benoît Hamon – n’ont pas bénéficié, pour des prestations équivalentes auprès de la même entreprise, des ristournes accordées au futur président de la République.

Les ristournes de GL Events à l’égard d’Emmanuel Macron étaient-elles « habituelles » ? À la suite des premières révélations de Mediapart sur les cadeaux consentis à la campagne du président de la République par la société d’événementiel, son patron, Olivier Ginon, un proche du ministre de l’intérieur Gérard Collomb, a argué de pratiques commerciales classiques. Or, de nouveaux documents consultés par Mediapart montrent que deux autres gros candidats à l’élection présidentielle, Benoît Hamon (PS) et François Fillon (LR), n’ont pas bénéficié de tels rabais de la part de la même entreprise pour des prestations équivalentes.

L’une des prestations en cause porte sur la location de la Maison de la Mutualité, à Paris, dont GL Events a la concession. Emmanuel Macron a loué cet espace pour son meeting du mardi 12 juillet 2016, alors qu’il venait de lancer son mouvement et n’avait pas encore mis la main sur ces centaines de « grands donateurs » qui ont ensuite financé sa campagne.

Comme Mediapart l’a déjà raconté vendredi, le candidat En Marche! a alors bénéficié d’importants rabais, jusqu’à 100 % pour la location de la salle la veille de l’événement. Selon nos calculs, ces remises ont permis de faire chuter la facture globale de 33 819,87 euros sur un total de 92 000 euros, comprenant locations et prestations (régie, sécurité, accueil…).

Sur le seul volet « location » de la facture, la décote est vertigineuse : – 28 972,75 euros, faisant atterrir les coûts à 25 710,25 euros.

Extrait de la facture de la Mutualité. © Document Mediapart

Ce montant étonne d’autant plus qu’à l’inverse d’Emmanuel Macron, les deux autres candidats à avoir organisé des meetings à la Maison de la Mutualité n’ont pas obtenu de rabais.

Le candidat socialiste Benoît Hamon a pourtant organisé, coup sur coup, deux événements dans cet espace : un premier – de moindre ampleur – le soir de son élection à la primaire de la gauche, le dimanche 29 janvier, et un second à l’occasion de son investiture par le PS, une semaine plus tard, le dimanche 5 février. « Le parti a payé plein pot », confirme Benoît Hamon (voir notre article Des réactions d’indignation dans la classe politique).

Pour le meeting du 5 février, une prestation équivalente à celle d’Emmanuel Macron, le seul volet « location » de la facture du parti socialiste est chiffré à 43 523 euros, soit près de 20 000 euros de plus que le candidat En Marche!, sans aucune promotion. La mention « remise » ne figure même pas sur la facture du PS.

Pour la soirée de campagne du 29 janvier, Benoît Hamon a loué quelques salles de la Mutualité au 3e étage pour un total de 17 871 euros. Là encore, le candidat n’a pas eu droit à la moindre réduction. Par contre, sur cette facture, la colonne « remise » apparaît. Dans le volet « prestations » (total de 33 119,60 euros), le candidat socialiste a en effet bénéficié d’une micro-ristourne sur les « frais de service vin » de… 32,40 euros. Soit moins de 0,001 % du montant global.

Même situation pour François Fillon. Selon une facture dévoilée dimanche 29 avril par Europe 1, le chef de file de la droite n’a pas bénéficié de la moindre réduction pour sa location de la Mutualité à l’occasion de son meeting du 14 janvier 2017. Les frais de location dépassent pour lui les 44 000 euros et aucune colonne « remise » n’est mentionnée sur la facture.

De plus, comme nous l’avons déjà indiqué, le candidat Les Républicains n’a pas non plus eu droit au moindre geste commercial quand il a loué des salles gérées par GL Events à Nice (Nice Acropolis) ou à Lyon (Eurexpo). Sur LCI, la porte-parole des Républicains Lydia Guirous a dénoncé « une concurrence déloyale. Il faut une enquête plus importante et que toute la lumière soit faite sur cette affaire ».

Ces éléments viennent aujourd’hui affaiblir la défense de GL Events et de l’équipe Macron. Devant la Commission nationale des comptes de campagne (CNCCFP) puis dans leurs réponses à Mediapart, la société d’événementiel et l’équipe du candidat ont expliqué que les ristournes effectuées pour l’organisation de meetings de la campagne présidentielle n’étaient rien d’autre qu’une pratique commerciale habituelle de l’entreprise.

Les promotions commerciales « sont normales et régulières dans une optique de fidélisation de la clientèle », avait écrit l’expert-comptable de la campagne, le 20 octobre, pour justifier auprès de la CNCCFP des rabais de GL Events et d’autres sociétés. Vendredi 27 avril, avant la publication de notre première enquête sur le sujet, Olivier Ginon nous a aussi assuré par écrit que les prestations « ont fait l’objet de facturations selon des critères communs à tous ». L’Élysée a aussi expliqué que ces tarifs de la campagne, négociés au niveau « du pôle événementiel d’En Marche! », sont le fruit d’une « approche agressive des négociations commerciales ».

Ce lundi, dans un communiqué de presse, GL Events a subitement avancé une nouvelle explication pour justifier ses ristournes à la Mutualité : « Il s’agit ici d’une remise usuelle en période estivale à Paris par les gestionnaires de sites événementiels, dans un contexte de concurrence très forte et de faible activité pendant la période d’été. » Pourtant, les soldes ont continué bien après la période estivale : plusieurs remises repérées par Mediapart pour de la location de matériel ont été réalisées à l’hiver 2016 et au printemps 2017.

La défense de GL Events interpelle aussi au regard de la législation. Les dons et avantages en nature des entreprises privées étant strictement interdits depuis la loi de 1995 relative au financement de la vie politique, la CNCFFP est formelle : pour éviter tout financement déguisé d’une campagne électorale par une entreprise, « les rabais consentis par les fournisseurs [généralement tolérés sous un seuil de 20 % – ndlr] sont interdits lorsqu’ils n’entrent pas dans le cadre d’une pratique commerciale habituelle ». Les factures de François Fillon et Benoît Hamon viennent démontrer le contraire.

Si vous avez des informations à nous communiquer, vous pouvez nous contacter à l’adresseenquete@mediapart.fr. Si vous souhaitez adresser des documents en passant par une plateforme