Trump v. Macron: les rrapports de force que l’Américain impose

New York Times: Le langage du corps des deux présidents, c’était du jamais vu. Le journal se pose la question suivante « M. Trump voulait-il simplement faire plaisir ou dominer son invitée » ‘Le Bromance: Trump and Macron, Together Again – By Julie Hirschfeld Davis and Katie Rogers, April 24, 2018)

Maria Rodriguez McKey et Bernard Owen

Le Président Trump est un homme primaire mais la quête du pouvoir est essentiellement primaire, elle existe depuis que l’être humain est sur terre. Comme a dit  l’ex directeur du l’FBI James Comey, Trump ment et il est ‘morally unfit to be president’.  Mais il nest pas un idéologue et, dans le passé, il s’est opposé à la guerre d’Irak mené par -le Parti Républicain. Il n’avait pas tort car, surtout après le 11 septembre, il ne fallait surtout pas créer des vides de pouvoir dans les Etats musulmans en faisant la guerre pour installer des démocraties qui ne fonctionnent pas.

Néanmoins, revenons au Président Trump. Il s’intéresse à lui-même et à son pouvoir mais ceci n’est guère différent de ce que l’on trouve chez les autres présidents. Certes; le Président Trump se considère, avec raison, comme étant à la tête de la première puissance mondiale: lourde tâche car  la vie d’un Président élu le rend conscient de l’avenir de son pouvoir réel étant donnée qu’il dépend des élections intermédiaires au Congrès qui sont en Novembre. A travers les tweets et les réunions locales avec ses électeurs, il est en campagne permanente. Sa tâche en tant que Président des Etats-Unis est complexe et cela ne le gène nullement de l’accomplir.

Le Président Trump pense que quand on établit un rapport avec  un pays, il faut être en position la plus forte: monter au créneau, taper du poing sur la table, menacer et, s’il s’agit de plusieurs Etats, essayer de « diviser pour mieux régner ». Tout cela est une stratégie vieille comme le monde.

Le Président Trump essaye aussi de ‘déstabiliser « l’ennemi ». Et quoi de plus facile que de diviser l’Europe!  Les Etats Européens sont divisés par leurs élections internes grâce à la proportionnelle (que tous les Etats ont appart la France jusqu’aux prochaines législatives car le Président Macron nous a promis au moins 15%de ce mode de scrutin). La division commence donc au niveau de chaque Etat, y inclus l’Allemagne, l’Italie, la Belgique (qui en plein crise de l’Euro a été sans gouvernement pendant 18 mois, un peu plus long qu’il a fallu à l’Irak pour former un gouvernement), .  Et le Président Trump adore cela mais, encore plus important, il ne peut pas prendre au sérieux les Européens. En Amérique on dirait « Who’s the boss? ». Déjà à l’époque du Président Nixon on se posait la question « si on veut appeler l’Europe, à qui doit on téléphoner?

Aux yeux du Président Trump la réunion du G7 n’était pas importante par rapport à son meeting historique avec le dictateur Nord Coréen. Si le Premier Ministre Justin Trudeau n’avait pas dit que les Canadiens ne se laisseraient pas faire concernant les tarifs douaniers imposés par les Etats-Unis au Canada, le Président Trump n’aurait pas réagit en refusant de signer l’accord final lu G-7?

Et l’Union Européenne?  Le Président Macron essaye d’en être le boss (voir articles dans les médias étrangers) mais ses rêves sont souvent bloqués par la chancelière Merkel.  Pendant la longue négociation en vue de former une grande coalition entre la CDU-CSU et le Parti Socialiste, le candidat malheureux de ce dernier  parti, Martin Schulz, à dit que l’Europe avait besoin d’une « Allemagne forte, économiquement, et politiquement » C’est la leçon que l’Allemagne a retenu de la crise de l’Euro. On disait d’elle, dans le passé, que l’Allemagne était un géant économique mais un nain politique.

En ce qui concerne la France, la stratégie de la séduction du Président Macron en visite à la capitale des Etats Unis était inutile. Le Président Trump ne s’intéresse qu’à lui même et donc à maintenir son pouvoir. En outre, il ne s’intéresse qu’aux Chefs d’Etat qui peuvent lui donner que du concret. Le Président Macron a pensé que le Président Trump se sentirait isolé parce qu’il n’était pas le bienvenu en Europe,  Mais le Président Trump s’en moque. Ce qui compte pour lui c’est son électorat et les chefs d’Etat avec un pouvoir véritable.

Le Président Trump, à l’image des autres Chefs d’Etat, ne peut s’empêcher d’être lui même. En campagne, ou en exercice, s’est le même homme. Nous savons que le Parti Républicain, fondé en 1854, survivra à Trump, et c’est cela qui compte, pour qu’une démocratie soit éternelle. Et pour cela il faut que toute notre attention et notre travail se portent sur les institutions politiques.

En ce qui concerne notre Président Macron, il est évident qu’il voudrait jouer dans la cour des grands mais son assurance folle et son ego démesuré ne suffisent pas.

Trump, Macron Cool Down the Buddy Act at Canada’s G7

By Reuters

  • June 8, 2018
  • LA MALBAIE, Quebec — It was only six weeks ago when U.S. President Donald Trump and French President Emmanuel Macron grinned, laughed, and hugged their way through a state visit in Washington, showing all the signs of two leaders with a genuine friendship.

But at the G7 summit in Canada, the physical bonhomie between the two leaders was pared back, signaling tensions that boiled over publicly just before the meeting.

Unable to persuade Trump to consider ways to stay in the Iran nuclear deal, and stung by U.S. tariffs on European steel and aluminum, Macron appeared to be recalibrating his approach to Trump.

« I think Macron has had some very hard lessons in terms of how far flattery can get you, » said Julie Smith, a former national security aide in the Obama administration.

Trump’s escalation of tensions with allies was « beyond shortsighted, » said Heather Conley, a former U.S. State Department official in the George W. Bush administration.

« When we’re at war with our allies, if we need something, we don’t have them to turn to, » said Conley, now with the Center for Strategic and International Studies in Washington. « I think this is the part that the White House is underappreciating. »

Leading up to the G7 summit, Macron tweeted his displeasure with Trump over the tariffs, and Trump tweeted back, complaining about European trade measures.

But as cameras rolled, they downplayed the divisions. « We have little tests every once in a while when it comes to trade, » Trump said, expressing optimism without details that « something is going to happen » on that front.

TIGHT GRIP, TIGHT GRIN

The leaders were supposed to meet in the morning. But Trump was more than an hour delayed in leaving Washington, which meant the meeting had to be pushed back for the end of the day.

Trump pulled Macron aside for a quick chat on their way into the summit and Macron posted the pleasantries on Twitter.

When the two leaders finally met late in the day, Macron was first to reach out to shake Trump’s hand and the last to let go, gripping it so tight his fingers left white marks – a reprise of the long, exaggerated handshake that marked the first meeting between the two leaders last year.

The two leaders bonded after Macron invited Trump to Paris for the Bastille Day military parade. Trump returned the honor, inviting Macron for a state visit in April.

« It looked like he had cracked the code, » said Smith, now with the Center for a New American Security in Washington.

But the friendship failed to keep Trump from leaving the Iran nuclear deal, a decision that will have major implications for French businesses wary of triggering U.S. sanctions on business with Tehran.

Nor did it keep Trump from slapping stiff tariffs on imports on European steel and aluminum, a decision taken last week.

Macron occasionally flashed a tight grin as Trump spoke, and winked once, describing their talks as « very direct and open. »

« I want to say sometimes we disagree, but we share I’d say common concerns and common values and we share the willingness to deliver results together, » Macron said.

(Reporting by Roberta Rampton, Jean-Baptiste Vey, Andreas Rinke; editing by Grant McCool)

France’s Macron Seeks to Forge European Front Against Trump

... and he didn’t make it

  • June 8, 2018

PARIS — French President Emmanuel Macron is seeking to take the lead of the European brigade against U.S. President Donald Trump at the summit of the Group of Seven wealthy countries in Canada.

Macron called a meeting Friday with German Chancellor Angela Merkel, British Prime Minister Theresa May, new Italian Premier Giuseppe Conte and top EU officials just before the G-7 opening.

He told reporters the United States’ attitude must lead other nations to « reforge the European front. »

European leaders criticize the U.S. decision to impose protectionist tariffs on steel and aluminum and to exit the Iran nuclear deal and the Paris climate agreement.

Tweeting in English, Macron stressed: « No leader is eternal. We inherit commitments which are beyond us. We take them on. That is the life of nations. »

Macron launched the offensive on Thursday at a joint news conference with Canadian Prime Minister Justin Trudeau.

Adopting an unusually sharp tone about one of France’s closest allies, Macron rejected the idea of an American « hegemony ».

« The other countries of the G-6 are a larger market than the American market, » Macron said. « Maybe it doesn’t bother the American president to be isolated, but it doesn’t bother us to be six if need be. »

European Council President Donald Tusk, who will attend the meeting of EU leaders, said in the New York Times this week « Europe must now do everything in its power to protect the trans-Atlantic bond, in spite of today’s mood. But at the same time we must be prepared for scenarios in which we will have to act on our own. »

Macron’s initiative comes six weeks after Macron and Trump exhibited their friendship at a state visit in Washington — with exaggerated handshakes and a pair of kisses.

The two leaders talked on the phone last week after Trump announced U.S. tariffs on European goods. Macron declined to disclose details of the discussion after an unnamed source told CNN television it went badly.

He instead repeated the famous line attributed to 19th-century German statesman Otto von Bismarck about laws and sausages: « It’s best not to see them being made. »

And he promised a « frank and direct discussion » with Trump in Canada.

AP Writer Elaine Ganley in Paris contributed to this report.

Le droit, la politique et les entreprises

Ce que le « Procès Fillon » apprend à l’entreprise ! Avec Hervé Lehman, Avocat.

« L’affaire Fillon » ne livre pas seulement des informations sur les rapports entre la justice et la politique. Elle a éclaté à un moment où arrivaient à maturité des phénomènes juridiques nouveaux qui concernent au premier chef l’entreprise.


C’est l’analyse d’Hervé Lehman qui dans son nouvel essai « Le Procès Fillon », décrypte en détail ces phénomènes. Une première approche de la réforme de la prescription en quatre points.

Pour quelles raisons l’entreprise se retrouve-t-elle de plus en plus fréquemment confrontée au risque pénal ?

Hervé Lehman : Nombreux sont les facteurs aggravant le risque pénal : une multiplication des textes d’incrimination (plus de 17.000 infractions), l’explosion du nombre d’autorités administratives habilitées à prononcer des sanctions, l’abandon progressif de l’interprétation stricte du droit pénal et le développement d’infractions fourre-tout comme le blanchiment ou le recel.

Nombreux sont les facteurs aggravant le risque pénal pour une entreprise.

Mais la fin d’année 2016 a vu consacrées deux nouvelles dispositions : l’allongement de la prescription et le statut des lanceurs d’alerte.

Intéressons-nous à l’allongement de la prescription : n’est-ce pas justement un facteur d’amélioration de la justice rendue ?

« Le procès Fillon » ne concerne pas seulement les rapports entre la justice et la politique, mais concerne aussi l’entreprise.

Le parquet national financier a ouvert une information dans « l’affaire Fillon » le 24 février 2017. Une des raisons était que quelques jours plus tard, ce sera le 27 février, entrait en vigueur la loi réformant la prescription.
Avant cette loi, les articles 7 et 8 du code de procédure pénale disposaient que l’action publique se prescrivait à compter du jour où l’infraction avait été commise.
Les choses sont restées claires pendant longtemps, avec une exception en matière d’abus de confiance, pour lequel la prescription courait seulement à partir du moment où la somme confiée devait être restituée.

Et puis tout change ?

En 1967, la Cour de cassation a ouvert une brèche en décidant que la prescription de l’abus de biens sociaux ne pouvait courir qu’à compter du moment où les faits ont pu être constatés.
Puis les juges ont utilisé d’autres armes juridiques pour contourner la prescription pour les délits financiers : d’abord le recel, qui est devenu le fait de profiter d’une manière quelconque du produit d’une infraction et qui est un délit continu, c’est-à-dire que la prescription ne commence que lorsque le recel cesse.
Ensuite, les juges vont faire fructifier le délit de blanchiment, qui est aussi un délit continu.

Parallèlement va se développer une mode, celle-ci plus sociale que judiciaire, que l’on pourrait appeler « cold case » du nom de la série américaine : se répand l’idée que la technique moderne va permettre d’élucider toutes les veilles affaires.

Amplification du courant de penser qu’il ne doit pas y avoir de pardon ou d’oubli.

En même temps, prend de l’ampleur un courant qui pense qu’il ne doit pas y avoir de pardon ou d’oubli.

Un glissement progressif donc, mais à un moment une estocade ?

Oui, c’est dans ce contexte que deux députés proposent une réforme de la prescription, dans l’indifférence générale. La proposition de loi est votée à l’unanimité, presque sans débats. Il n’y a pas plus de débat dans la presse et l’opinion publique. Il semble que le doublement des délais de prescription (six ans pour les délits et vingt ans pour les crimes) soit une évidence.
Pour les infractions occultes ou dissimulées, la prescription ne court qu’à compter du jour où l’infraction est apparue et a pu être constatée dans des conditions permettant la mise en mouvement de l’action publique, avec une limite de douze ans pour les délits et de trente ans pour les crimes.

Ce texte, qui veut assurer une clarification et une sécurité juridique, inscrit dans le marbre de la loi l’incertitude.
L’infraction occulte est celle qui ne peut être connue ni de la victime ni de l’autorité judiciaire tandis que l’infraction dissimulée est celle dont l’auteur accomplit délibérément toute manœuvre caractérisée tendant à en empêcher la découverte.
La jurisprudence a de beaux jours devant elle pour définir ce que la victime peut ou ne peut pas connaitre, et les cas dans lesquels il peut être considéré que l’auteur a accompli ou non une manœuvre.

Hervé Lehman est avocat au barreau de Paris, ancien magistrat.
Il est également l’auteur de l’essai « Le procès Fillon » aux Editions du Cerf.

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« Le procès Fillon » ne concerne pas seulement les rapports entre la justice et la politique, mais concerne aussi l’entreprise.

Le parquet national financier a ouvert une information dans « l’affaire Fillon » le 24 février 2017. Une des raisons était que quelques jours plus tard, ce sera le 27 février, entrait en vigueur la loi réformant la prescription.
Avant cette loi, les articles 7 et 8 du code de procédure pénale disposaient que l’action publique se prescrivait à compter du jour où l’infraction avait été commise.
Les choses sont restées claires pendant longtemps, avec une exception en matière d’abus de confiance, pour lequel la prescription courait seulement à partir du moment où la somme confiée devait être restituée.

Et puis tout change ?

En 1967, la Cour de cassation a ouvert une brèche en décidant que la prescription de l’abus de biens sociaux ne pouvait courir qu’à compter du moment où les faits ont pu être constatés.
Puis les juges ont utilisé d’autres armes juridiques pour contourner la prescription pour les délits financiers : d’abord le recel, qui est devenu le fait de profiter d’une manière quelconque du produit d’une infraction et qui est un délit continu, c’est-à-dire que la prescription ne commence que lorsque le recel cesse.
Ensuite, les juges vont faire fructifier le délit de blanchiment, qui est aussi un délit continu.

Parallèlement va se développer une mode, celle-ci plus sociale que judiciaire, que l’on pourrait appeler « cold case » du nom de la série américaine : se répand l’idée que la technique moderne va permettre d’élucider toutes les veilles affaires.

Amplification du courant de penser qu’il ne doit pas y avoir de pardon ou d’oubli.

En même temps, prend de l’ampleur un courant qui pense qu’il ne doit pas y avoir de pardon ou d’oubli.

Un glissement progressif donc, mais à un moment une estocade ?

Oui, c’est dans ce contexte que deux députés proposent une réforme de la prescription, dans l’indifférence générale. La proposition de loi est votée à l’unanimité, presque sans débats. Il n’y a pas plus de débat dans la presse et l’opinion publique. Il semble que le doublement des délais de prescription (six ans pour les délits et vingt ans pour les crimes) soit une évidence.
Pour les infractions occultes ou dissimulées, la prescription ne court qu’à compter du jour où l’infraction est apparue et a pu être constatée dans des conditions permettant la mise en mouvement de l’action publique, avec une limite de douze ans pour les délits et de trente ans pour les crimes.

Ce texte, qui veut assurer une clarification et une sécurité juridique, inscrit dans le marbre de la loi l’incertitude.
L’infraction occulte est celle qui ne peut être connue ni de la victime ni de l’autorité judiciaire tandis que l’infraction dissimulée est celle dont l’auteur accomplit délibérément toute manœuvre caractérisée tendant à en empêcher la découverte.
La jurisprudence a de beaux jours devant elle pour définir ce que la victime peut ou ne peut pas connaitre, et les cas dans lesquels il peut être considéré que l’auteur a accompli ou non une manœuvre.

Hervé Lehman est avocat au barreau de Paris, ancien magistrat.
Il est également l’auteur de l’essai « Le procès Fillon » aux Editions du Cerf.

 

Exemples de votes de protestation en Europe Voici deux exemples passées du vote de protestations

 Bernard Owen

L’on vous soumet deux extraits de la thèse de doctorat (2002) de Bernard Owen qui illustre certaines situations que l’on observe dans les pays qui pratiquent les scrutins de liste proportionnels.

Les anglophones ont depuis pris l’essentiel des points soulevés dans cette thèse en publiant par le même auteur et de Maria Rodriguez-McKey  « Proportional Western Europe: The Failiure of Governance. » (Palgrave MacMillan 2013) 

Belgique: La rupture de l’élection de 1965

L’élection fait suite à 4 ans de gouvernement de grande coalition : PSC – PSB. Gouvernement LEFEVRE du 25 avril 1961 au 24 mai 1965. Les Autrichiens appellent ce genre de gouvernement un « gouvernement d’éléphants ».

Avant 1961 et depuis l’époque qui a suivi la guerre, le PSC représentait essentiellement le courant de droite avec une forte influence catholique, bien qu’officiellement un parti non confessionnel. (La création d’un parti catholique « progressiste » avait été tenté, en 1945, mais n’avait obtenu aucun député aux législatives de 1946).

De son côté, le PSB représentait le courant de gauche plus fortement implanté en pays Wallon au contraire du PSC bien installé en pays Flamand.

De 1949 à 1961, l’électorat propre à ces deux tendances politiques : droite – gauche se trouvait rejoint ou abandonné par les électeurs qui jugeaient positivement ou non l’action du gouvernement, que l’un de ces deux partis représentait.

Schématiquement, la situation se présente de la façon suivante :

1949 – 1961

Parti au gouvernement (avec le Parti Libéral ou homogène)

Parti dans l’opposition (avec le Parti Libéral ou sans lui)

Parti A – noyau représentant l’électorat constant du parti au gouvernement … X

  • électorat satisfait de l’action gouvernementale ……………………………… Y
  • électorat mécontent de l’action gouvernementale ………………………… Z

Parti B – noyau représentant l’électorat constant du parti dans l’opposition … L

  • électorat satisfait de l’action gouvernementale ……………………………. M
  • électorat mécontent de l’action gouvernementale ………………………. N

L’électorat satisfait M quittera le parti B et ira voter pour le parti A.

L’électorat mécontent  Z quittera le parti A et ira voter pour le parti B.

La différence entre : M + Y et Z + N déterminant si l’on est devant un exemple d’usure du pouvoir ou non. Or, la règle en Belgique paraît être celle de l’usure du pouvoir et nous trouvons généralement : Z + N > M + Y.

Or, à partir de 1961, la situation est différente. Les gouvernements de grande coalition nous obligent à poser la question suivante : Comment peuvent voter les électeurs mécontents de l’action du gouvernement sortant ?

Le gouvernement de grande coalition de 1961 à 1965 est à direction PSC et a tenté d’apporter une solution au problème linguistique. Cette période a été politiquement mouvementée.

Résumé des événements survenus pendant la période 1961 – 1965

Le gouvernement Thé LEFEVRE décide de soumettre au parlement des projets apportant des précisions à la législation de 1932.

En fait, ils étendront sa rigueur :

Lois du 8 novembre 1962 – fixant la frontière linguistique.

Du 27 juillet 1963 – Enseignement des langues dans les écoles.

Du 2 août 1963  –     Régime linguistique de l’agglomération bruxelloise et  de l’administration de l’Etat. (le vote « pour » est de 157 voix contre 33 (Volksunie, Parti Libéral, Parti Communiste et 3 PSC flamands).

CHIROUX, page 175 – le vote a lieu «  ….. à la suite de longs et pénibles débats et des difficultés politiques que le gouvernement ne peut écarter par une conférence formée des 2 partis alliés au sein de la majorité. Le gouvernement cède aux exigences des extrémistes flamands en supprimant le volet linguistique du recensement. La frontière est donc fixée une fois pour toute.

Le parlement (contre le gouvernement) se prononce pour le transfert de 6 communes de la Voer, les Fourons à la zone flamande. Les 4 200 habitants réagissent avec énergie et un referendum (67,6 % de participation) donne 93 % des électeurs se prononçant pour l’usage principal du français et leur maintien dans la province de Liège. Le Parlement, sous la pression flamande, maintient sa décision du rattachement des Fourons au Limbourg ».

CHIROUX, page 180 – « Alors que le problème linguistique semblait avoir trouvé, sur le plan législatif, une solution définitive, il est incontestable que se développe en Belgique un malaise dans les rapports entre les communautés. Selon le procureur du Roi auprès du tribunal correctionnel de Bruxelles, 24 attentats par explosifs auraient eu lieu entre 1964 et 1966 (Le Monde du 15 octobre 1966) ».

CHIROUX, page 204 : « les véritables impulsions ne viennent pas des gouvernements  ou même de l’appareil des partis mais de la société civile- du corps politique en tant que celui-ci est distinct …. De la machine des partis. Les partis seraient ainsi facilement soumis à l’influence des groupes de pression, et s’efforceraient seulement de contrôler les poussées wallonnes et flamandes nées hors d’eux ».

CHIROUX, page 205 : Il souligne l’effet déstabilisant d’extrémistes minoritaires quand ceux-ci accèdent au parlement, où leurs propos prennent alors une stature officielle.

« De nombreux groupes, dont l’influence ne cesse d’augmenter, se sont implantés dans une des trois régions belges, affirmant leur volonté de défendre exclusivement les intérêts de cette région. N’ayant pas de vocation gouvernementale, ne nourrissant pas l’ambition d’attirer les suffrages des habitants des 2 autres communautés, ces partis ont établi des programmes extrémistes, souvent même démagogiques et déterminent des mouvements d’opinion incontrôlables ».

« Ils participent  aux consultations électorales et possèdent ainsi des représentants au parlement capables d’exposer leurs objectifs, mais ils veulent surtout faire pression sur les grands partis … dès lors, ces 3 grands partis vont se livrer à une surenchère sur les positions de ces mouvements ».

Or, une période aussi animée (1961 – 1965) ne peut que susciter le mécontentement de certains électeurs. Nous allons maintenant tenter de répondre à la question posée précédemment : Pour qui vont voter, en 1965, les mécontents de l’action gouvernementale de la grande coalition ?

Les chiffres obtenus à partir des analyses du vote réalisées par Nicole DELRUELLE, René EVALENKO et William FRAEYS – Le Comportement Politique des Electeurs Belges, édition de l’Institut de Sociologie, 1970 – permettent de distinguer 2 types de mécontents.

1 – Les mécontents du résultat obtenu sur le plan linguistique – Ces mécontents ont transféré leur voix sur un parti linguistique :

Cantons Wallons – Listes Wallonnes: 0 % en 1961 et 3,5 % en 1965.
Cantons flamands – Listes Flamandes: 6 % en 1961 et 1,9 % en 1965. 

Les mécontents de la trop grande place occupée par les langues 

Le Parti Libéral, qui avait, dans l’opposition, adopté une position de détachement à l’égard de ce problème « un parti fidèle à la Belgique unitaire » recueille les voix de ceux qui réagissent contre l’invasion de la scène politique par la question des langues.Sur le plan national, les listes wallonnes ont, pour la première fois, 3 sièges (FDF, IFW, FWT), alors que les listes Volksunie gagnent 7 sièges pour obtenir un total de 12.

Cantons Wallons -Parti Libéral: 11,7 % en 1961 et 25,5 % en 1965.

Cantons Flamands -Parti Libéral:   11,6 % en 1961 et 16,6 % en 1965.

Les deux partis principaux, qui dominaient de loin la scène politique, se sont effondrés :

PSC (catholique) – 41,5 %  en 1961 et 34,4 %

(- 19 sièges) en 1965.

PSB (socialiste) – 36,7 % en 1961 et 28,2 %

(- 20 sièges) en 1965.

Le Parti Libéral recueillait, sur le plan national :

Parti Libéral  – 12,3 %en 1961 et    21,6 (+ 28 sièges) en 1965.

Le Parti Communiste, qui « était descendu à 3,1 % en 1961, est remonté à 4,6%.

Autriche:  Comportement électoral face à un gouvernement de grande coalition

L’électorat mécontent du gouvernement sortant se tourne vers une structure d’accueil, quelle qu’en soit la nature, quand les principales formations sont associées à la coalition gouvernementale.

Nous avons  rencontré une situation comparable en Autriche, lors des élections législatives de 1990, où l’électorat, mécontent de l’action gouvernementale, s’est tourné vers la formation qui était dans l’opposition. Contrairement à la Belgique, une seule possibilité se présentait à l’électeur autrichien mécontent du gouvernement : le Parti Libéral qui, aux élections précédentes, avait déjà franchi un pas en raison de son changement d’orientation idéologique.

L’élection de 1968

L’élection de 1968 surviendra au moment où se développe l’affaire de Louvain (qui est linguistique) et qui provoque la démission du gouvernement et la dissolution de l’Assemblée.

Les acteurs politiques ne sont plus les mêmes, mais l’électorat réagit de la même façon. Les 2 partis au gouvernement sont le PSC et le Parti Libéral (du 19 mars au 7 février 1968). Ces 2 partis perdent des voix. Le PSC continue sa descente :

PSC – 34,4 % en 1965 et 31,8 % en 1968.

Parti Libéral –  21,6 % en 1965 et 20,9 % n 1968.

Le Parti Libéral perd peu par rapport à sa forte augmentation de 1965 qui était de + 12,3 %. Le PSB, qui est dans l’opposition, reste au même niveau : 1965- 28,2 %, 1968 – 28 %.

Le « Tiers Parti » : la Protestation et l’Alternance

Les quatre pays étudiés précédemment ont fourni des exemples de votes de protestation, quand le désir d’alternance d’une part significative de l’électorat ne pouvait pas se réaliser, ou qu’une alternance se révélait inefficace ou insuffisante. Le quasi bipartisme autrichien laisserait supposer que le désir d’alternance de l’électorat se traduirait par un transfert de voix du parti au pouvoir vers le parti dans l’opposition. Or, deux éléments sont intervenus pour mettre à mal le schéma auquel on aurait pu s’attendre :

  1. L’élection à la présidence de la République de Kurt WALDHEIM et sa conséquence directe : l’élection de Jorg HAIDER à la tête du Parti libéral.
  2. Le gouvernement de grande coalition à partir de 1986, qui réunit 85 % des députés.

Situons ces deux événements dans le contexte gouvernemental

La situation gouvernementale

De 1945 à 1965, l’Autriche a été gouvernée par une coalition comprenant les deux partis principaux, le Chancelier étant Démocrate Chrétien. Ce gouvernement « d’éléphants » (proporz) était justifié par la présence de l’armée rouge, qui a occupé une partie du territoire jusqu’au 27 juillet 1955. Il s’agissait de présenter un front uni d  ans une situation incertaine et dangereuse. En 1955, aucun parti n’ayant la majorité absolue en sièges, la grande coalition fut reconduite jusqu’à ce que le Parti Démocrate Chrétien obtienne cette majorité en 1966. Le Parti Démocrate Chrétien forme alors un gouvernement majoritaire homogène et le Parti Socialiste rejoint le Parti Libéral dans l’opposition.

L’alternance a lieu après les élections de 1970, où le Parti Socialiste dépasse le Parti Démocrate Chrétien, mais en n’obtenant qu’une majorité relative. Le Parti Socialiste forme alors un gouvernement minoritaire homogène avec le soutien parlementaire du Parti Libéral jusqu’aux élections de 1971 où il obtient la majorité absolue en sièges et forme un gouvernement majoritaire homogène.

Le gouvernement majoritaire homogène socialiste dure jusqu’aux élections de 1983, où la perte de la majorité absolue (mais il conserve la majorité relative) lui fait constituer un gouvernement de coalition avec les Libéraux. C’est pendant cette période qu’est intervenue l’élection présidentielle.

L’élection présidentielle et ses conséquences

Kurt WALDHEIM, ancien secrétaire général de l’ONU de 1971 à 1981) était le candidat idéal pour le Parti Démocrate Chrétien. Or, en mars 1986, une campagne de presse lancée à partir des Etats Unis par le Congrès Juif Mondial fait état de l’appartenance, avant la guerre, de K. Waldheim à un club équestre nazi et de sa présence, en Grèce, de 1942 à 1944, dans une unité de l’armée allemande qui aurait participé à des atrocités.

La campagne pour ou contre WALDHEIM prit une vigueur inattendue, et une partie considérable se rangea du côté de Waldheim contre ce qu’elle considérait comme une intervention étrangère. Il est bon de ne pas oublier que l’affaire WALDHEIM avait été précédée, pendant l’été 1984, par une autre attaque venant des Etats Unis. Le « wall street Journal » avait accusé l’Autriche d’effectuer des transferts de haute technicité vers l’Est. La réaction de la presse autrichienne avait été immédiate et unanime. (F. KREISSER, dans les pays d’Europe Occidentale, 1983-84, page 167).

Kurt WALDHEIM fut élu le 8 juin 1986 avec 53,9 % des voix (au premier tour, il avait obtenu 49,6 % des voix, le 4 mai). Devant l’élection d’un Démocrate Chrétien à la présidence de la République, le chancelier socialiste Fred SINOWATZ se crut obligé de démissionner. Il fut remplacé par un autre socialiste Franz VRANITZKI (l’ancien Ministre des Finances), qui forma un gouvernement de coalition comparable au précédent avec les Libéraux.

Le 13 septembre 1986, au congrès du Parti Libéral, l’ancien président STEGER, garant du cap libéral de ce parti est battu par Jong HAIDER, représentant la tendance néo-fasciste, qui était devenue dominante dans la période d’avant guerre. Le Chancelier socialiste VRANITZKI dénonce la coalition gouvernementale avec le Parti Libéral (qui ne l’était plus) deux jours après l’élection de HAIDER et procède à la dissolution de la Chambre.

Aux élections législatives du 23 novembre 1986, il est apparu que la campagne de l’élection WALDHEIM avait permis à l’extrême droite de se retrouver, non pas au sein du Parti Démocrate Chrétien,  mais dans le Parti Libéral, qui venait d’élire à sa tête Jorg HAIDER, préconisant dans sa province (la Carinthie) la ségrégation scolaire de la minorité slovène.

Quelques années plus tard, Félix Kreisler reproduit les propos d’un instituteur d’Oberwart (après un attentat dans lequel les victimes étaient toutes de la communauté des Sinti et Roma), qui donne une définition de l’effet « Haider » : « Haider n’a peut-être pas directement fomenté les attentats racistes, mais il en a préparé le terreau avec des discours nationalistes. Avant, on n’aurait pas osé dire certaines choses, Haider a libéré les pensées les moins avouables … » Ibd. Page 164, citant article dans le journal Libération du 14 février 1995. En général, Haider tient le même langage que celui des initiateurs des partis de protestation populistes « les vieux partis sont fatigués, incapables, corrompus, représentants d’un système qu’il faut abolir » Félix Kreisler « L’Autriche en 1995 » dans la Documentation Française, 1995, page 163. Il souhaite l’arrivée d’une III ème République.

L’élection législative a été la prolongation de l’élection présidentielle. Le Parti ex-libéral passe de 5 % des voix à 9,7 %. D’autre part, les écologistes réunissent 4,8 % des voix (deux listes s’étaient présentées en 1983, obtenant 1,9 % et 1,4 % des voix).

Au lieu d’accorder une majorité absolue en sièges au Parti Socialiste, l’élection lui fait perdre : 47,7 – 43,1 = 4,6 % des voix. Le Parti Démocrate Chrétien, lui aussi, perd : 43,2 – 41,3 = 1,9 % des voix.

L’élection présidentielle avait permis à l’extrême droite antisémite de s’exprimer ouvertement, étant donné qu’il défendait la patrie contre une attaque venant de l’étranger.

La formation d’un gouvernement devenait difficile, car les socialistes, qui n’avaient qu’une majorité relative, ne pouvaient plus faire appel au soutien libéral en cas de constitution d’un gouvernement homogène minoritaire. La seule solution était la reprise de la « proporz », gouvernement de grande coalition entre le Parti Socialiste et les Démocrates Chrétiens. Cette solution fut proposée par le Président WALDHEIM et réalisée par Franz VRANITZKY.

Les gouvernements de 1986 à 1996

Dates Chef du gouvernement Parti politique à la tête Partis de la coalition et nombre de députés

 

16-6-86 au 20-01-87 Vranitzky S.P.O. S.P.O. 90 – F.P.O.

12

 

21-01-87 au 16-12-90 Vranitzky S.P.O. S.P.O. 80 – O.V.P. 77
17-12-90 au 29-11-94 Vranitzky S.P.O. S.P.O. 80 – O.V.P. 60

43,7 % – 32,8 % suffrages

30-11-94 au 11-3-96 Vranitzky S.P.O. S.P.O. 65 – O.V.P. 52
12-3-96 Vranitzky S.P.O. S.P.O. 71 – O.V.P. 40

L’élection législative suivante, 1990, a permis au Parti Socialiste de conserver sa majorité relative ( il perd 0,1 % des voix, mais le Parti Démocrate Chrétien a perdu 7,2 % des voix au détriment du Parti Libéral qui obtient 16,6 % des voix, les écologistes se maintenant à 4,5 %).

En février 1993, se produit une scission au F.P.O. sur la question de l’immigration et son opposition à l’Union Européenne. Heide Schmidt, vice président du F.P.O., part et crée le Forum Libéral. En janvier 1993, se tient un referendum contre l’immigration organisé par le F.P.O. Les 416 531 signatures ont été considérées comme un échec, étant donné que le F.P.O. espérait 1.000.000 puis 700.000 signatures, ceci représentant 53 % de son vote, en 1990.

En 1992, les modifications de la loi électorales avaient introduit un seuil de 4 % pour obtenir des sièges ( Volfgang C. MULLER « Austria » dans Political Data Yearbook 1994 du European Journal of Political Research. Volume 26, décembre 1994). Lors de l’élection de 1994, les deux partis au gouvernement perdent un soutien significatif de leur électorat : le S.P.O. perd 7,8 % des suffrages, et le parti Démocrate Chrétien 4,4 %, alors que le Parti Libéral atteint le résultat considérable de 22,5 % des suffrages. Mais l’élection de 1994 se distingue aussi par la montée des écologistes qui passent de 4,8 % à 7,3 % des suffrages et par l’arrivée sur la scène électorale des Libéraux, anti-Haider, qui obtiennent 6 % des suffrages.

Comment expliquer l’ampleur de la montée du Parti Libéral (devenu d’extrême droite) ? Il est certain que la campagne contre WALDHEIM venant de l’étranger, et de surcroît, du Congrès Juif Mondial a permis à tous ceux ayant quelques traces d’antisémitisme de se manifester au grand jour, en ayant la bonne conscience de celui qui défend sa patrie. L’élection d’un quasi fasciste (HAIDER) à la tête du Parti Libéral a donc indiqué ce parti comme le porte parole naturel de ce courant d’extrême droite.

Comment voter contre un gouvernement de grande coalition ?

Un autre facteur est venu encourager cette tendance extrémiste. Le gouvernement est composé, depuis 1986, des deux partis qui occupent 85 % des sièges au parlement (comme l’indique avec fierté le Chancelier VRANITZKY dans son discours du 28 janvier 1987). Cela peut paraître un avantage en ce qu’il représente un cas de consensus au niveau des deux plus grands partis, mais il présente aussi une autre caractéristique sur le terrain électoral : Pour qui va voter l’électeur qui est mécontent du gouvernement ?

Le Parti Libéral apparaît maintenant non seulement comme un parti d’extrême droite mais aussi comme le seul parti réellement politique en opposition au gouvernement (les écologistes étant considérés comme représentant une opposition moins politisée). Le noyau d’extrême droite du Parti Libéral, très actif sous la direction de son chef HAIDER, sert alors d’accueil pour tous les mécontents, ceux qui en veulent au gouvernement mais n’ont pas d’idées précises sur le terrain idéologique.

Cette disparition des deux grands partis modérés de l’opposition ne peut que favoriser le Parti Libéral (maintenant d’extrême droite) et a vu le jour avant même l’élection de 1986 (élection législative), où le Parti Socialiste, pendant la campagne électorale, par la bouche du chancelier sortant, annonçait la possibilité d’une grande coalition, si le parti n’obtenait pas la majorité absolue des sièges.

Cette montée électorale du Parti Libéral ne se limite pas aux élections législatives, elle imprègne la vie politique autrichienne et remet en cause la stabilité électorale que connaissait l’Autriche d’après guerre. Le résultat des élections non essentielles récentes en sont la démonstration.

(Kreissler- l’Europe Occidentale, Documentation Française, 1990, pages 156 et 161).

Vote pour le Parti Libéral Elections non-essentielles

Elections à la diète

 

% des voix

1984

% des voix

mars 1989

Carinthie 15,9 %  

29 %

 

Tyrol 6 % 15,5 %
Salzbourg 8,7 % 16,3 %
Elections municipales 1983 sept. 1989
Innsbruck 2,5 % 13,1 %
Elections à la diète 1984 sept. 1989
Voralberg

 

10,5 % 16,1 %

Conclusion concernant l’ascension électorale du Parti Libéral

La modification dans la nature même du Parti Libéral et dans son ascension électorale reposent sur les facteurs suivants :

  • La campagne menée à partir de l’étranger contre la candidature de Kurt WALDHEIM à la présidence de la République a permis à l’antisémitisme de réapparaître sous un jour qui donnait bonne conscience : celui du soutien donné à la patrie.
  • La minorité d’extrême droite au sein du Parti Libéral a rallié les incertains et a obtenu l’élection d’un président de cette tendance, modifiant ainsi l’orientation idéologique de ce parti.
  • Le gouvernement de grande coalition (d’éléphants) qui rassemble 85 % des députés ne peut être contesté par l’électorat qu’en votant pour le Parti Libéral. Il faut noter que, dans une démocratie, en situation normale de fonctionnement (ce qui n’était pas le cas pour la première période de gouvernement de grande coalition), un équilibre tend à se dessiner entre le pouvoir gouvernemental et son opposition. Ceci ne peut que favoriser l’essor du Parti (anciennement Libéral).

 

 

 

 

Emmanuel Macron’s Chief of Staff Is Accused of Influence Peddling

Alexis Kohler, 45, chief of staff to President Emmanuel Macron of France, had previously worked for him at the Economy Ministry.CreditPhilippe Wojazer/Reuters

By Elian Peltier

  • June 4, 2018

PARIS — France’s top financial prosecutor opened a preliminary investigation on Monday into whether President Emmanuel Macron’s chief of staff had breached conflict-of-interest rules in previous positions, the first accusation of corruption against the president’s inner circle since he took office a year ago.

The chief of staff, Alexis Kohler, 45, has been described by the newspaper Le Monde as a member of the “trio that rules France,” alongside Mr. Macron and his special adviser, Ismaël Emelien. The inquiry follows a complaint filed by the anticorruption group Anticor, which accused Mr. Kohler of influence peddling and of breaking conflict-of-interest rules.

The prosecutor’s office said it had opened an inquiry after news reports detailed the “conditions and circumstances” under which Mr. Kohler dealt with cases involving an Italian-Swiss shipping and cruise firm, the Mediterranean Shipping Company, while he was at the agency that handles state holdings and at the Economy Ministry. He went on to join the Mediterranean Shipping Company, or M.S.C., as financial director in 2016.

The complaint stemmed from findings of the investigative website Mediapart, which revealed last month that Mr. Kohler was related to the owners of M.S.C.: His mother is a cousin of Rafaela Aponte, who co-founded the company with her husband, Gianluigi, in 1970.

A spokesman for Mr. Macron said on Monday that Mr. Kohler would cooperate with the inquiry, but a statement the president’s office sent to Agence France-Presse said that the Anticor complaint relied on “unfounded suspicions” and “serious factual errors” from news articles.

“Alexis Kohler has always kept his superiors informed of his personal ties with the M.S.C. company,” the statement said.

Mr. Kohler worked from 2008 to 2012 at the agency that manages the state’s holdings in dozens of companies, including Air France-KLM, Renault and Orange. He specialized in the transportation sector and sat on the board of STX, the owner of the shipyard in the western French city of St.-Nazaire where M.S.C. vessels were assembled.

Le Monde reported that the lawsuit filed by Anticor, which the newspaper said it had viewed, stated that “Alexis Kohler couldn’t have ignored that there was a conflict of interest in representing the French state” while on the board of STX, at a time when “his family was the owner of one its main clients.”

The Élysée denied the accusations to The Times on Monday, saying of M.S.C. that Mr. Kohler had “systematically recused himself from all the decisions about this company,” whether at the holdings agency, at the Economy Ministry or in his current role as Mr. Macron’s chief of staff.

Yet Mediapart says that in 2014, a public ethics committee that monitors civil servants blocked Mr. Kohler from joining M.S.C., the world’s second-largest shipping company in terms of container capacity, because he had been involved in negotiations about the purchase of a liner by M.S.C. while he was on the STX board.

Mr. Kohler became Mr. Macron’s chief of staff when Mr. Macron was appointed economy minister in August 2014. When Mr. Macron stepped down from that post two years later, Mr. Kohler asked to leave the ministry, and he joined M.S.C. months later, according to the Mediapart investigation.

French law allows civil servants to work for private companies for a limited number of years before returning to public administration.

While at M.S.C., Mr. Kohler helped Mr. Macron with his 2017 presidential campaign, according to reports published in the French news media. He was appointed chief of staff in May 2017.

Le secrétaire général de l’Élysée visé par une enquête du parquet national financier

Alexis Kohler, bras droit d’Emmanuel Macrona-t-il favorisé l’entreprise de ses cousins? 

C’est l’une des questions que pose l’association Anticor, qui a déposé plainte vendredi dernier auprès du parquet national financier (PNF). Ce dernier a annoncé ce lundi qu’il avait ouvert une enquête préliminaire, indépendamment de la plainte d’Anticor. Fondée en 2002, cette association, notamment spécialisée dans la lutte contre la corruption et la fraude fiscale, s’est fait connaître en déposant des plaintes qui ont eu pour certaines un fort retentissement médiatique. En janvier dernier, elle a obtenu, par exemple, la relance de l’enquête pour «prise illégale d’intérêts» visant le chef de file des députés LREM Richard Ferrand et la condamnation du patron de Radio France Mathieu Gallet pour favoritisme.

Cette fois-ci, s’appuyant sur un long article de Mediapart publié début mai, l’association, parfois contestée, a décidé de poursuivre l’actuel secrétaire général de l’Élysée pour «prise illégale d’intérêts» et «trafic d’influence». Anticor reproche à Alexis Kohler ses liens étroits avec l’armateur italo-suisse MSC (Mediterranean Shipping Company), numéro deux mondial du fret maritime et client important de STX France, les chantiers navals français de Saint-Nazaire, alors qu’il occupait notamment des postes clés au ministère de l’Économie, qui gérait ce dossier.

Un «conflit d’intérêts»,

Dans sa plainte, que Le Figaro a pu consulter, Anticor reproche au haut fonctionnaire, lorsqu’il travaillait au début des années 2010 à l’Agence des participations de l’État (APE), d’avoir accepté de siéger comme représentant de l’État au conseil d’administration de STX France «alors même que sa famille était propriétaire de l’un de ses qjour, Mediapart révélait qu’Alexis Kohler, énarque et diplômé de l’Essec, était cousin du fondateur et principal actionnaire de cette entreprise. De fait, «il ne pouvait ignorer qu’il existait un conflit d’intérêts», écrit l’association.

Une situation qui a perduré, toujours selon Anticor, jusqu’en 2016, puisqu’il a dans un second temps accepté d’être directeur adjoint du cabinet de Pierre Moscovici (2012-2014) puis le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron (2014-2016). L’association est convaincue que cet Alsacien de 45 ans a continué durant cette période à «traiter des dossiers concernant les intérêts croisés des deux sociétés», MSC et STX France. «Un mélange des genres» qu’Anticor dénonce auprès du Figaro par la voix de son avocat. «Rien que cette situation est un élément à charge qui nous plonge dans le doute et le soupçon», commente Me Jean-Baptiste Soufron. «Alexis Kohler a-t-il favorisé l’entreprise de ses cousins? Est-ce qu’elle a obtenu des avantages financiers auprès de son seul fournisseur? On ne devrait pas avoir à se poser ces questions. Maintenant, c’est à Monsieur Kohler de démontrer qu’il n’y a pas eu conflit d’intérêts».

Un temps à Bercy, un temps salarié de MSC

Pour démontrer les liens qui unissent le haut fonctionnaire à la société italo-suisse, l’association Anticor relève par ailleurs qu’Alexis Kohler a souhaité par deux fois rejoindre la société familiale MSC lorsqu’il n’était plus en fonction à Bercy. Une première fois en 2014, sans succès. La commission de déontologie, instance chargée de contrôler le départ des agents publics dans le secteur privé, avait refusé qu’il parte pour l’entreprise italo-suisse. «Pourquoi cette commission a-t-elle émis un avis négatif?, interroge aujourd’hui l’avocat d’Anticor. Elle est pourtant généralement très favorable au passage du public vers le privé».

En 2016, Alexis Kohler tente une seconde fois de rejoindre MSC. Cette fois-ci, la commission accepte, Emmanuel Macron s’étant porté garant de son plus proche collaborateur, affirme Mediapart . Ce dernier devient alors directeur financier de MSC Croisières. Il occupe ce poste d’août 2016 à mai 2017 et suit de près la campagne d’Emmanuel Macron, avant d’être nommé secrétaire général de la Présidence. Problème, selon Anticor, le haut fonctionnaire serait «intervenu» auprès de l’État, mais cette fois-ci, au nom de la société MSC dont il était devenu salarié. Il aurait participé en mars 2017 – en pleine campagne présidentielle – à une réunion sur la reprise de STX France, alors menacé de faillite. Finalement, STX France avait fusionné avec son concurrent italien, Fincantieri, et MSC n’était pas monté au capital du groupe comme il le souhaitait. «De MSC dans le capital, il n’est pas question, assure aujourd’hui Bercy dans les colonnes du Monde . Monsieur Kohler a peut-être soutenu cette solution quand il travaillait chez MSC, mais rien de tout cela n’est advenu alors qu’il est aujourd’hui bras droit de Monsieur Macron.»

Une enquête préliminaire pour faire des vérifications

Interrogé début mai par Mediapart, Alexis Kohler avait déclaré qu’il avait «toujours informé sa hiérarchie des situations dans lesquelles il aurait pu se trouver en conflit d’intérêts» et «s’est toujours déporté pour éviter lesdites situations». «C’est Julien Denormandie [l’actuel secrétaire d’État auprès du ministre de la cohésion des territoires, qui fut lui aussi conseiller auprès de Pierre Moscovici puis d’Emmanuel Macron] qui s’occupait de ces sujets», se défend encore l’Élysée auprès du Monde .

Lundi matin, le parquet national financier (PNF) a annoncé qu’il avait ouvert, «à la suite de la publication de plusieurs articles de presse», une enquête préliminaire, sans dire depuis combien de temps. «Il s’agit de vérifier que les règles auxquelles sont soumis les fonctionnaires qui passent du public au privé ont bien été respectées», explique-t-on au PNF, qui dit ne pas avoir reçu la plainte déposée par Anticor. Ces investigations ont été confiées à la brigade de répression de la délinquance économique de la préfecture de police de Paris.

«Des soupçons totalement infondés», selon Alexis Kohler

Dans la foulée, l’Élysée a indiqué que son secrétaire général Alexis Kohler avait «pris note» de cette plainte et qu’il se tenait prêt à communiquer «au parquet l’ensemble des documents prouvant sa conduite respectueuse du droit dans toutes les circonstances de son parcours professionnel et mettra ainsi un terme à bref délai aux soupçons totalement infondés jetés sur lui à l’évidence en raison de ses fonctions de secrétaire général de l’Élysée».

Avant cela, Christophe Castaner avait refusé de parler d’«affaire» Alexis Kohler. «Je ne qualifie pas d’“affaire” le fait qu’une structure, Anticor, qui est habituée à cela, multiplie les initiatives et les perde souvent», a estimé sur Public Sénat le délégué général de la République en Marche. Il a toutefois jugé «normal» que l’association «puisse saisir la justice si elle a un doute».

 

Alexis Kohler, le deuxième cerveau d’Emmanuel Macron

 

  • MisIl y a rarement de notes, de fiche ou de dossier devant lui lorsqu’il reçoit. Alexis Kohler n’en a de toute façon pas besoin, il a tout en tête, jusque dans les moindres détails. En moins d’une minute, le secrétaire général de l’Élysée peut ainsi passer sans ciller de la description minutieuse d’une grenade artisanale retrouvée au fin fond de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes à un exposé technique sur le point d’indice des fonctionnaires. La minute suivante, il peut disserter sans fin de la fiscalité locale, de la mécanique du SMIC, de l’audiovisuel public ou de n’importe quel autre sujet, pourvu qu’il soit dans le radar de l’Élysée.

À lui tout seul, Alexis Kohler, visé aujourd’hui par une enquête du parquet national financier sur des soupçons de conflit d’intérêts, est la tour de contrôle du quinquennat d’Emmanuel Macron. L’homme qui fait décoller les réformes et qui les fait atterrir, c’est lui. En ce moment, il a trois dossiers en approche: la SNCF, Parcoursup et Notre-Dames-des-Landes. «Une fois que ces sujets seront clos de manière apaisée, c’est-à-dire sans que personne n’ait le sentiment d’être un très grand gagnant ou un très grand perdant, nous disposerons alors d’un capital politique fort pour aborder le second semestre», explique-t-on dans l’entourage d’Alexis Kohler. Car oui, Alexis Kohler a lui aussi un entourage. C’est facile, c’est le même que celui d’Emmanuel Macron. Voilà sans doute l’une des clés du fonctionnement de l’Élysée: le président de la République et son secrétaire général sont en symbiose totale. Quand le premier coupe des oignons, c’est le second qui pleure. La légende raconte même qu’Emmanuel Macron aurait un jour assuré qu’Alexis Kohler était la seule personne de sa connaissance à disposer d’un cerveau plus rapide que le sien. Un tandem cérébral qui alimente les procès en concentration du pouvoir à la tête de l’État.

 

le technicien dee l’ombre

«Le premier cercle de Macron c’est Kohler, point. Il n’y a personne d’autre», fulmine une figure de la droite. Une situation que l’on commence même à admettre chez les très rares personnalités de la macronie invitées tous les mois à l’Élysée pour échanger sur la situation politique ou les dossiers en cours. D’ailleurs, lors de ce rendez-vous ultra-confidentiel d’où rien n’est censé sortir, Alexis Kohler est toujours présent, assis à la droite d’Emmanuel Macron à prendre des notes, mais sans jamais prendre la parole. Ce n’est pas son rôle dans ce cénacle. Lui reçoit les données, les trie, les organise, hiérarchise les priorités, analyse les dossiers, cherche les solutions. Un mode de fonctionnement en forme d’aboutissement, un peu comme si Alexis Kohler était ce que le système de formation français peut produire de plus pur. Science Po, Essec, Ena, direction générale du Trésor, Agence des participations de l’État (ce qui lui vaut aujourd’hui d’être mis en cause), directeur de cabinet du ministre de l’économie Pierre Moscovici sous François Hollande puis d’Emmanuel Macron. C’est d’ailleurs là que les deux hommes se sont rencontrés et rapprochés.

Au-delà de sa maîtrise technique des dossiers, Alexis Kohler a aussi une bonne vision des pièces et règles du jeu politique. Mais comme Emmanuel Macron, il ne parle que rarement de tactique ou de stratégie. Tout juste consent-il parfois à livrer un commentaire, avec toutefois l’assurance que la paternité des propos ne lui sera pas attribuée. Haut fonctionnaire il est, haut fonctionnaire il entend rester. Technicien de l’ombre dont la seule apparition publique autorisée consiste à se planter sur le perron de l’Élysée pour annoncer la liste du gouvernement. Il ne s’est livré qu’une fois à l’exercice et ne l’a que modérément apprécié. C’était après la victoire d’Emmanuel Macron en 2017 pour l’annonce de son premier gouvernement. Guindé devant son micro, butant parfois sur les mots et les noms, Alexis Kohler s’est fait ce jour-là une bonne montée de stress. «Et c’est sans doute pour ça qu’il n’y aura pas de remaniement, parce qu’il ne veut pas y retourner», plaisantait-on alors dans son entourage. Avec l’ouverture d’une enquête du parquet national financier, le voici toutefois à nouveau dans la lumière. À son corps défendant.