AFFAIRE BENALLA SUITE Enquête parlementaire

Monique Cochinal

Première journée : Un peu décevante, à mon avis. Gérard Collomb se justifie (c’est normal), ne répond pas directement aux questions posées et renvoie toute la responsabilité sur le Préfet de Police, Monsieur Delpuech. Le Préfet de Police, interrogé à son tour, affirme ne pas avoir donné et ne pas savoir qui a autorisé Monsieur Benalla, en tant qu’observateur parmi les forces de l’ordre, en spécifiant tout de même que tout observateur n’a aucun droit d’interpeler et encore moins de tabasser des manifestants (encore heureux !). Il subsiste, néanmoins beaucoup de zones d’ombre, et on a le sentiment d’entendre, dans la cour de récréation, de jeunes enfants pris en faute : «  ce n’est pas moi, c’est lui » réponse : « non pas moi, c’est l’autre ». Pourquoi celui-ci a fait cela, alors que celui qui devait faire ceci s’interroge entre ceci et cela. Un véritable imbroglio. Décevant, vraiment décevant quand il s’agit de nos représentants nationaux chargés des plus hautes fonctions des institutions de notre pays et surtout de sa bonne gouvernance.

Deuxième journée : rétropédalage du Directeur de l’ordre public : Monsieur Gibelin, interrogé la veille au soir, assez tard. Dans un courrier adressé à la Présidente de la commission, il dit s’être trompé de date et affirme finalement ne pas avoir vu à aucune réunion Monsieur Benalla durant la période de sa suspension. Donc, sanction bien appliquée, Monsieur Benalla … éloigné, Benalla … rétrogradé. Tout a bien fonctionné. « circulez, il n’y a rien à voir » ….

Choses plus sérieuses au Sénat. On n’en conte pas aux sénateurs, ils ont une certaine expérience, une connaissance parfaite des lois, des règles établies, de la Constitution. Ambiance bien différente de celle de l’Assemblée Nationale composée de jeunes recrus, novices en politique, soudés à leur seul Chef et liés à lui, depuis qu’il est devenu Président de la République (élu « par défaut », on ne le répète pas assez). On se soutient, on se serre les coudes, tous unis derrière le chef, en ordre de marche …. On se défile, parfois, mais devant les affaires internes de l’Elysée, devant des remarques faites au Président, silence absolu, Il est « inattaquable ». Depuis le début de ce quinquennat, je me suis souvent demandée pourquoi il en est ainsi. En suivant de plus près ces auditions, le comportement de ces hauts fonctionnaires entourant le Président est toujours le même : on est très correct, on répond le plus sincèrement possible aux questions posées, en gros, sans aller dans les détails, mais à un certain moment d’investigations plus profondes, touchant de plus près le Président lui-même, la réponse est la même : « je ne sais pas, demandez à un tel, et finalement barrage : « je ne peux pas vous dire, je ne dois pas vous dire ». Je crois avoir compris pourquoi ce singulier comportement, en lisant dans ce site un article du journal « Marianne » relatant un fait important signalé dans le journal « Le Parisien » du 5 novembre 2017 : « Macron demande à plusieurs de ses collaborateurs de parapher une clause de confidentialité, cristallisant encore un peu plus l’image d’un chef d’Etat obsédé par le contrôle, conviction chez lui que « la fabrique du pouvoir ne peut pas et ne doit pas se montrer ». Macron semble décidé à envelopper sa pratique du pouvoir d’une « aura de secret »………. ».

Audition, en fin d’après midi au Sénat du Chef de Cabinet du Président. Là, c’est du sérieux. Changement de tactique, il faut désigner un responsable, alors, le Chef de Cabinet est tout indiqué. Il assume toutes les décisions prises pour cette malheureuse affaire Benalla, il est le seul responsable etc….etc … Tout ce qu’on entend dire est faux, vient de l’opposition et est destiné à faire tomber le gouvernement, donc très mauvais. Le Président et son gouvernement ont un engagement envers les Français : poursuivre au plus vite les réformes engagées, rentrer dans ce « monde nouveau », forts, puissants, le Chef en tête, tirant le monde vers le haut « premiers de cordée, je compte sur vous, j’ai besoin de vous etc ….

Seulement, voilà ….. Encore une fois les électeurs ne sont pas dupes : où sont les résultats tant attendus de cette politique ? Quelles sont les méthodes employées ? Est ce qu’on nous dira un jour la vérité ? Pourquoi subitement le Président si bavard se tait ? Qu’a-t-il à nous cacher ? (dernier sondage pour le mois de juillet moins 4 points pour le Président).

On attend la suite avec impatience, mais aussi avec inquiétude. Jusqu’où allons-nous aller ?

 

 

Emmanuel Macron musèle ses collaborateurs avec une clause de confidentialité

D’après « Le Parisien » de ce 5 novembre, Emmanuel Macron demande à plusieurs de ses collaborateurs de parapher une clause de confidentialité. Cristallisant encore un peu plus l’image d’un chef de l’Etat obsédé par le contrôle.

Il y eut, à l’ère Hollande, des livres, des fuites, des révélations qui ont jeté une lumière crue sur les coulisses de l’Elysée, plongeant son locataire dans l’embarras. Mais pour Emmanuel Macron, hors de question de répéter les erreurs de son prédécesseur. Quitte à bâillonner jusqu’à ses plus proches collaborateurs… D’après un indiscret du Parisien, le chef de l’Etat s’affaire en effet à les empêcher de l’ouvrir sur quoi que ce soit. Visiblement très inspiré par ce qui se pratique en entreprise, le Président ferait signer à certains une clause de confidentialité.

Le quotidien cite le cas de l’une des quatre photographes officiels d’Emmanuel Macron, Soazig de la Moissonnière, qui aurait ainsi dû céder les droits sur ses images.

« La fabrique du pouvoir ne peut pas se montrer »

« Chez Macron, il y a la conviction que la fabrique du pouvoir ne peut pas se montrer » témoigne auprès du Parisien un membre de la Macronie. C’est que le chef de l’Etat avait qualifié le quinquennat de Hollande de « présidence bavarde » après la sortie du livre de deux journalistes du MondeUn président ne devrait pas dire ça, dont beaucoup affirment qu’il a été le caillou dans la chaussure de Hollande qui l’a empêché de se représenter en 2017. Macron, lui, semble désormais chercher à envelopper sa pratique du pouvoir d’une aura de secret.

Alors que deux conseillers de l’ancien Premier secrétaire du PS, Gaspard Gantzer (communication) et Vincent Feltesse (politique), publient cette semaine des chroniques de leurs années à l’Elysée -montrant toute sa cécité à l’égard des velléités présidentielles d’Emmanuel Macron-, l’interventionnisme de l’actuel chef de l’Etat pourrait bien prévenir, du moins limiter, les parutions de ce genre.

Question contrôle des faits et gestes de son entourage de travail, Macron n’en est pas à son coup d’essai. Marianne vous expliquait en juin que le chef « jupitérien » de l’Etat surveillait de près ses ministres issus « de la société civile », en leur collant à chacun de proches collaborateurs qui seraient auprès d’eux ses yeux et ses oreilles. A la ministre de la Culture Françoise Nyssen, experte en édition mais novice en politique, Emmanuel Macron a imposé son proche Marc Schwarts comme directeur de cabinet. A Muriel Pénicaud, le chef de l’Etat a dicté le choix de Marc Ferracci, un professeur d’économie qui n’était autre que son témoin de mariage. Des conseillers, autant que des espions fidèles. Cette volonté de contrôle obsessionnel de son entourage brosse peu à peu le portrait d’un Président frileux à l’idée du moindre écart et soucieux de prévenir toute moindre fuite.

… on aimerait vous dire un dernier mot. Vous êtes de plus en plus nombreux à lire Marianne sur le web, et nous nous en réjouissons. Nous souhaitons qu’une grande partie des articles de notre site soit accessible à tous, gratuitement, mais l’information de qualité a un coût. En n’étant rattaché à aucun groupe industriel, aucun lobby, aucun politique, Marianne prouve chaque jour son indépendance éditoriale. Pour nous aider à garder notre liberté de ton et notre exigence journalistique, votre soutien est précieux.

 

Affaire « Benalla » Commentaires d’une simple citoyenne

Monique Cochinal

Monsieur Alexandre Benalla, 26 ans, « gorille préféré et chouchouté du Président Macron » violent, bagarreur, casque de policier sur la tête, muni d’un brassard de policier, usurpe ses droits et sa fonction et va tabasser deux manifestants, lors de la manifestation du premier mai 2018.

Seulement, presque trois mois après, et à cause d’une vidéo surveillance, largement diffusée par les médias, nous apprenons le soi-disant incident, et les questions fusent de toute part (pas seulement dans l’opposition). Qui est cet individu ? Comment et par qui a-t-il été recruté pour une fonction aussi importante de « garde du corps de notre Président ». Qui lui a donné l’autorisation de se trouver parmi les policiers chargés du maintien de l’ordre dans cette manifestation ? Puis, lors de la rentrée des bleus vainqueurs, et de leur accueil plus que bruyant et tapageur, bien programmé cependant, sur les marches de l’Elysée, qui voit-on derrière le Président : son garde du corps, Monsieur Benalla, alors qu’on nous avait affirmé qu’il avait été mis à pied sans solde pour quinze jours, éloigné et relogé dans un luxueux « logement de fonction » appartenant à l’Etat, qui avait déjà servi pour loger la fille illégitime et sa mère, lors des amours cachées du Président Mitterrand. On sait maintenant, que seulement après tous ces pesants silences, Monsieur Benalla est enfin remis à la justice pour examen. A suivre…. En espérant que la justice fera bien et vite son travail, sans aucune pression  politique.

A la vue de ces nouveaux évènements graves, nous, citoyens, avons le sentiment de plus en plus profond d’un Président « caméléon » élu par défaut (ne l’oublions pas), beau parleur, usant et abusant de son charme, sûr de lui, sûr de sa toute puissance, auréolé de nombreuses qualités : jeune, beau, intelligent, souriant, compatissant, et vanté à longueur de journées pour son amabilité, au cours de nombreuses manifestations publiques, commémorations bien programmées, avec, à chaque fois, de grands discours vibrants, accolades, embrassades, poignées de mains chaleureuses, mais, en réalité, qui est-il ?

Notre beau Président, tout en paroles, nous cacherait-il certains manquements essentiels, certains échecs nationaux et internationaux ? et surtout serait incapable de reconnaître ses échecs, ses difficultés et ses fautes, se jugeant « le chef suprême » inattaquable.

Mais, nous, citoyens ne sommes pas dupes, les sondages en témoignent. Quant à cette triste affaire « Benalla » notre cher Président nous doit de nombreuses explications très claires sur le dysfonctionnement de nos institutions vitales : politiques, juridiques (armée, police, justice, protection des citoyens, politique sociale, politique économique, politique internationale), avant de vouloir tout changer dans notre constitution, qui, jusqu’à maintenant, nous a fait tenir debout, contre tempêtes et marées. S’il vous plaît, Monsieur le Président, plus de faux-fuyants.

De l’importance des modes de scrutin.

L’importance des effets des systèmes électoraux sur le fonctionnement politique d’un Etat. Des notions de la plus grande importance sont inconnus non seulement du grand public mais par ceux que l’on rencontre sur la scène internationale en tant que donneurs de leçon.

Quelles sont ces mystérieuses notions?  En premier lieu les structures d’influence du vote puis les structures d’accueil pour le vote contre. Cela parait simple mais en s’aventurant au delà  cette énonciation. Il apparaît que ces « structures » ont un effet, qui est variable selon le système, par exemple, le choix du système  électoral est de la plus grande importance.

Nous avons déjà évoqué les effets du système électoral de l’Allemagne. Je ne m’attarderai sur les difficultés rencontres par les chanceliers Khol et Schroder  pour dissoudre l’assemblée qui a mené l’application d’une procédure dans le sens contraire de ce qu’avait souhaité les constituants.

Nous évoquerons pour la troisième fois l’essentiel du système électoral  allemand. Vous comprenez que ma position est très différente de celle de mon ami Dieter Nohlen. Je suis tout à fait d’accord avec Ferdinand Hermens qui souhaitait, quand il était à la tête de la Science Politique de l’Université de Cologne, modifier le mode de scrutin. Hélas, ses efforts ne furent pas suivi d’effets et la Grande Bretagne  s’est inspiré du système allemand, tel qu’il est, pour les élections régionales d’Ecosse et du Pays de Galles.

L’on n’est pas toujours vainqueur. Bernard Owen

 Allemagne: Que doit-on retenir en 2013 à partir des élections de 2009 et autres.

Bernard Owen

L’appréciation habituelle du système électoral allemand ne comprend que l’effet arithmétique, à savoir que le résultat en pourcentage des suffrages est sensiblement égal au pourcentage des sièges de chaque parti.

Ce point de vue ne considère nullement qu’un mode de scrutin joue sur la façon dont l’électeur et les candidats perçoivent l’enjeu électoral. Cela remet en cause ce qui est couramment écrit sur la partie majoritaire et proportionnelle de cette élection : à savoir que la partie majoritaire servirait à désigner des personnalités, alors que la partie proportionnelle serait l’élément déterminant. En réalité, il n’en est rien.

Nous constatons que les élus des 299 circonscriptions uninominales sont définitivement élus. Nous constatons que le nombre d’élus sur les listes proportionnelles n’est pas fonction des suffrages obtenus par les partis sur la partie à la proportionnelle (deuxième voix), mais est inversement proportionnel au nombre de sièges obtenus au scrutin majoritaire uninominal (1re voix). Plus un parti obtiendra de sièges majoritaires, moins il aura de sièges proportionnels.

Résultat : le scrutin proportionnel ne sert qu’à réduire ou éliminer l’accentuation en sièges du parti, ou des partis qui obtiennent le plus grand nombre de sièges majoritaires.

L’électorat et les hommes politiques ont bien compris l’importance de ces deux suffrages, et leur attitude diffère quand ils considèrent la première voix uninominale par rapport à la deuxième voix proportionnelle.

Les possibilités offertes par le système électoral allemand ont été comprises par le F.D.P. (libéral), et qui les utilise au maximum. En effet, le F.D.P. est un petit parti qui remonte à l’origine de la R.F.A. et qui n’obtient pas de sièges dans les circonscriptions uninominales majoritaires. Le F.D.P. joue donc sur l’obtention du plus grand nombre de suffrages au niveau proportionnel, ce qui, en raison de la compensation, lui apportera un nombre de sièges beaucoup plus important que les deux grands partis C.D.U. – C.S.U. et S.P.D. Ceux-ci, en raison de leur grand nombre de sièges majoritaires, n’auront droit qu’à un très faible nombre de sièges proportionnels.

Par exemple, cette année 2009, le C.D.U. n’obtient que 21 sièges à la proportionnelle, alors que le F.D.P., lui, en a 93 – ceci alors que le C.D.U. obtient 27,3 % des suffrages à la proportionnelle et le F.D.P., malgré sa technique bien au point, n’en a que 14,6. Ainsi, les 11 824 794 de suffrages des listes proportionnelles de la C.D.U. – C.S.U. au niveau national représentent 21 sièges, alors que les 6 313 023 suffrages proportionnels du F.D.P. (libéral) leur accordent 93 sièges.

Pour le F.D.P. il ne s’agit donc nullement, comme il est souvent dit, que la première voix corresponde au choix de la personne, en quelque sorte, un suffrage personnalisé. Pour ce parti, la personnalité de son candidat majoritaire pourra, certes, jouer sur l’attrait pour le parti dans la région considérée, mais ira surtout se placer sur la deuxième voix, qui, elle, comptera pour le décompte final au niveau national.

Répétons donc que moins un parti gagnera des suffrages lors des premières voix (circonscriptions uninominales), plus il obtiendra de suffrages et sièges à la proportionnelle. Le principe de la compensation est donc bien compris. 

L’effet des grandes coalitions gouvernementales : l’élection législative de 2009.

Les grandes coalitions gouvernementales présentent la caractéristique d’accaparer la structure d’accueil pour le vote « contre » par des formations plus petites, moins connues, et parfois extrémistes.

Les élections législatives allemandes de 2009 faisaient suite à un gouvernement de grande coalition, depuis 2005, comprenant la droite : C.D.U. – C.S.U. (qui ne s’opposent pas dans les circonscriptions majoritaires uninominales et se comportent comme un seul parti) et le S.P.D. Le Chancelier (premier Ministre) était Angela Merkel avec des ministres C.D.U. – C.S.U. et S.P.D.  

Comment un opposant au gouvernement pouvait-il voter ? Naturellement pas pour le parti d’Angela Merkel. Quant au S.P.D., parti traditionnel de gauche, une partie de ses dirigeants et de son électorat n’appréciait guère cette entente depuis 1995 avec la droite. L’on a assisté, alors, à une diminution des affiliations politiques. Lors de différentes élections régionales, l’on avait constaté la présence de candidats N.P.D. (néonazi), or, pour l’Allemagne, c’était gênant, et à l’occasion de procès, il est apparu que ce parti avait été infiltré par les renseignements généraux. En revanche, un nouveau parti « Die Linke » était un parti de la gauche tout trouvé.

C’était à l’origine le parti de la ex R.D.A. (le P.D.S.), donc communiste, qui avait déjà obtenu 3 sièges au scrutin majoritaire. La présence du S.P.D. au gouvernement et la politique réaliste, mais pas très à gauche du Chancelier Schröder avaient poussé certains dirigeants de la gauche du S.P.D., ainsi que certains syndicalistes à rejoindre le P.D.S. (communiste) pour former « Die Linke ». Ce parti a représenté une structure d’accueil pour le vote contre le gouvernement, obtenant 16 sièges directs et 60 sièges à la proportionnelle. Les autres partis, en dehors de la grande coalition, ont tous gagné en sièges. Le Parti libéral (FDP), dont il a été question, n’obtient aucun siège majoritaire, mais, grâce à une stratégie indiquant la compréhension du système électoral allemand, obtient 93 sièges à la proportionnelle (+32 par rapport aux élections précédentes).

Les Verts ont eux aussi gagné 1 siège majoritaire et 68 sièges proportionnels (+17 par rapport à l’élection précédente).

Macron – Benalla vue par les medias étrangers.

Les médias étrangers s’emparent de l’affaire Benalla

  • Par  Le figaro.fr
  • Mis à jour le 22/07/2018 à 11:51
  • Pblié le 21/07/2018 à 17:35

REVUE DE PRESSE – Plusieurs titres de presse à travers le monde soulignent le potentiel danger que ce scandale constitue pour le président français.

Les images montrant Alexandre Benalla, collaborateur d’Emmanuel Macron, aux prises avec un manifestant lors de la dernière fête du travail ont fait le tour du monde. «La séquence est choquante», reconnaît depuis les États-Unis le Washington Post . «Les images ne laissent aucun doute, estime de l’autre côté des Alpes le quotidien La Repubblica . Nous voyons un collaborateur de confiance d’Emmanuel Macron, qui a assuré sa sécurité pendant la campagne électorale et qui a aujourd’hui un bureau à l’Élysée, donnant un coup de pied à un garçon lors d’une manifestation.»

» LIRE AUSSI – Affaire Benalla: «Le risque d’une présidence abîmée et entravée»

Depuis l’étranger, tous les médias s’accordent sur le potentiel danger que constitue cette affaire pour le président de la République français. D’autant que, rappelle le New York Times , «c’est la dernière d’une série de controverses venues alimenter les accusations selon lesquelles Emmanuel Macron est un monarchique “président des riches”, déconnecté du peuple français.» Et, en Allemagne, le Frankfurter Allgemeine Zeitung rappelle: «Macron lui-même avait annoncé après les violentes émeutes en marge de la manifestation que tous les délinquants violents seraient identifiés et tenus responsables.» «Le scandale Benalla est potentiellement dommageable car il remet en cause le fonctionnement de l’État et la promesse de Macron d’une république “exemplaire”», analyse aussi le Guardian . «Macron a jusqu’ici évité d’aborder le problème, mais pourrait devoir changer de stratégie. Parce qu’il n’y a aucun signe que la tempête va se calmer dans les prochains jours», estime El Pais .

«Pourquoi n’a-t-elle acquis une importance médiatique, puis politique, qu’après la découverte du fait que l’auteur des coups est un proche du président Macron ?»

Le quotidien belge «Le Soir»

Depuis la Belgique, Le Soir s’interroge de son côté sur le délai entre la publication des images et l’identification d’Alexandre Benalla: «Étrangement, la vidéo d’Alexandre Benalla avait été diffusée le 1er mai et largement partagée. Il aura fallu deux mois pour qu’elle prenne de l’ampleur. Pourquoi n’a-t-elle acquis une importance médiatique, puis politique, qu’après la découverte du fait que l’auteur des coups est un proche du président Macron? Hypothèse peu réjouissante: la France s’est habituée à la violence de la part des forces de l’ordre.

L’affaire Benalla vue par la presse étrangère

Par LIBERATION — 20 juillet 2018 à 16:47La vidéo montrant le conseiller de Macron frappant un manifestant le 1er Mai a été largement relayée par la presse européenne et anglo-saxonne.

  • L’affaire Benalla vue par la presse étrangère

«Dans un pays empli d’optimisme après avoir remporté sa deuxième Coupe du monde, ce n’est pas le genre d’actualité qu’Emmanuel Macron recherchait.» C’est ainsi que le site d’information européen Politico relaie l’affaire Benalla, emboîtant le pas à d’autres publications étrangères s’étant fait écho du scandale depuis la publication de l’article du Mondemercredi soir.

Le New York Times replace ainsi l’affaire dans la liste des controverses ayant touché le président de la République ces dernières semaines : l’affaire Alexis Kohler, le prix des assiettes de l’Elysée ou encore l’altercation avec le lycéen qui l’avait appelé «Manu». «Cela a nourri les accusations qui dépeignent Mr Macron comme un « président des riches » monarchique ayant perdu le contact avec le peuple français». Le Washington Post décrit les images de la vidéo montrant Alexandre Benalla frappant un manifestant comme «choquantes».

À LIRE AUSSI :Alexandre Benalla, tête à casque

Pour le Guardian en Grande-Bretagne, il s’agit «de la pire crise de la présidence de Macron jusque-là. Elle endommage le jeune président centriste car elle remet en question sa promesse de mener une république « exemplaire ».» Le quotidien allemand Bild titre «Macron ennuyé après un passage à tabac». En Espagne, El Pais relaie «l’agression d’un manifestant par un collaborateur de Macron» qui «déchaîne une tempête politique en France», tout en soulignant «la condamnation unanime de l’opposition».

Le Corriere della Serra en Italie évoque aussi une «tempête»tandis que la Republicca parle du «cogneur de Macron» qui envoie «l’Elysée, qui avait caché le scandale, au tapis».

 

Deux articles de Medipart sur le cas Macron – Benalla.

          Nous ne sommes pas journalistes et nous nous contentons de généralement mettre des extraits d’articles rencontrés sur Mediapart. Cette fois  nous placerons l’ensemble des articles des événements qui ont eu lieu Place de la Contrescarpe. C’est là que vivait mon ancien professeur Maurice Duverger.

          Votre sujet nous est proche, Maria Rodriguez-McKey vient de mettre en ligne (avant ces tristes événements) un texte critiquant la verticalité du pouvoir. Nous avons d’autre part remis en ligne un autre texte de Maître Lehman  de Figaro Vox qui présente dans un langage très bien écrit avec une subtilité remarquable sur le cas Fillon où apparaît de façon évidente la collusion « procureurs et politique »?  Continuez l’excellent travail. Bernard Owen

 Nouvelle vidéo: Benalla a fait interpeller sa victime

20 JUILLET 2018 PAR CHRISTOPHE GUEUGNEAU ET ANTTON ROUGET

Une nouvelle vidéo que révèle Mediapart montre que le conseiller élyséen a donné un violent coup de pied dans le ventre à la victime de la place de la Contrescarpe, le 1er mai. Il a ensuite fait procéder à l’interpellation du manifestant qu’il avait frappé.

Place de la Contrescarpe, le conseiller d’Emmanuel Macron n’a pas seulement frappé un manifestant, il a aussi provoqué son interpellation après les faits. Depuis les révélations du Monde sur les violences commises par le conseiller d’Emmanuel Macron au cours de la manifestation parisienne du 1er mai, la défense de l’Élysée est restée invariable : M. Benalla n’était qu’un simple observateur du dispositif policier, « en congé », qui aurait outrepassé ses autorisations.

Une nouvelle vidéo que révèle Mediapart anéantit cette défense. Le 1er mai, à Paris, Alexandre Benalla n’était pas un simple observateur mais s’est retrouvé en relation constante avec les forces de l’ordre, conduisant les CRS jusqu’à l’homme qu’il avait frappé pour le faire interpeller.

Ces nouvelles images ont été captées par Renaud Delacroix. Il s’agit d’un délégué syndical Sud Santé Sociaux qui travaille au sein de l’association Aides. Il est par ailleurs militant de La France insoumise. Après la manifestation parisienne du 1er mai, Renaud Delacroix et quelques amis en ont rejoint d’autres place de la Contrescarpe. Ils sont arrivés sur les lieux une demi-heure avant la scène filmée.

« Nous étions d’abord sur la place elle-même, puis nous avons décidé de boire un verre au bar Le Contrescarpe. L’ambiance était vraiment détendue au départ. Il y avait certes quelques CRS dans les rues adjacentes mais les gens pouvaient passer. » L’ambiance se tend quand un groupe de manifestants de la journée arrive en même temps.

« Une vingtaine de CRS ont immédiatement bougé sur la place. Ils arrivent et gazent les gens présents, y compris sur les terrasses. Les serveurs nous font alors rentrer dans le bar. » C’est quelques minutes plus tard que Renaud Delacroix commence à filmer « une scène de violence policière hélas habituelle depuis trois ans ».

Depuis l’intérieur du bar, il observe alors avec stupéfaction l’interpellation de deux jeunes manifestants. La première partie de la scène est déjà connue : on y voit Alexandre Benalla, casqué et visiblement désinhibé, frapper sans raison apparente un homme d’une vingtaine d’années. Élément nouveau : la vidéo montre ici que le conseiller élyséen lui assène un violent coup de pied dans le ventre (00 min 30 s de la vidéo).

Le jeune homme se relève péniblement puis rejoint sa compagne, elle-même précédemment prise à partie par Alexandre Benalla. Le couple, qui semble sous le choc, se serre fort, dans les bras l’un de l’autre, avant que Benalla ne revienne lui-même avec deux CRS qu’il est allé chercher. Benalla est accompagné de Vincent Crase, un autre collaborateur de l’Élysée mis en cause (chauve et lunettes de soleil sur le front sur la vidéo), et une troisième personne (lunettes, cheveux châtains), depuis présentée par la préfecture de police de Paris comme un « policier » et qui a été identifiée comme étant Philippe Mizerski, membre de l’état-major de la direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC). (Lire nos enquêtes ici ou ).

En compagnie des deux CRS, Benalla écarte alors le couple des autres manifestants vers un autre angle de la place de la Contrescarpe (2 min 08 s). Après de longs échanges, le jeune homme est mis au sol par les CRS. Benalla est toujours sur place, avec Vincent Crase et le troisième « policier » (3 min 58 s). « On prenait ces gens-là pour des baqueux [des policiers de la BAC – ndlr], explique Renaud Delacroix, qui a filmé la scène. Ils en avaient le comportement, de fait assez classique en fin de manifestation. »

À terre, le manifestant est menotté par les CRS, tandis que sa compagne a déjà été emmenée ailleurs. La vidéo se termine à ce moment. Renaud Delacroix, qui est resté encore une vingtaine de minutes dans le bar, a bien vu les policiers emmener le jeune homme un peu plus loin mais n’a pas vu s’il était relâché ou arrêté. A-t-il été procédé à un contrôle d’identité ? Le jeune homme a-t-il été conduit vers un commissariat ? A-t-il été poursuivi ? A-t-il dénoncé les violences qu’il a subies ? On ne le sait pas. Une chose est sûre : la préfecture de police de Paris a très probablement l’identité de la victime du conseiller d’Emmanuel M

La présidence Macron face à sa part d’ombre

20 JUILLET 2018 PAR EDWY PLENEL

L’affaire Benalla évoque un climat nauséabond de basse police et de cabinet privé au cœur de l’Élysée. Cette privatisation de la sécurité présidentielle, avec ses dérives barbouzardes, dévoile la part d’ombre du monarchisme macronien.

Voici donc deux collaborateurs de la présidence de la République, Alexandre Benalla et son acolyte Vincent Crase, surpris dans leurs méfaits : faux policiers mais vrais cogneurs de manifestants. Il n’est pas exclu que ces irréguliers abrités par l’Élysée soient plus nombreux, comme le suggère l’énigme d’un troisième homme, Philippe Mizerski, également présent le 1er mai. Il n’est pas exclu non plus que leurs méfaits soient eux aussi plus nombreux, comme le montrent leur aisance à s’imposer aux forces de police sur le terrain, leur capacité de faire interpeller les manifestants victimes de leurs coups (lire là nos révélationset leurs relais au sein de la préfecture de police pour obtenir des informations.

La présidence Macron aura donc aussi privatisé le maintien de l’ordre. Premier défilé syndical de la Fête des travailleurs à avoir été démembré et empêché, au prétexte des casseurs près du pont d’Austerlitz, ce 1er mai aura aussi connu cette innovation : des personnels de l’Élysée, infiltrés sur ordre au cœur du dispositif policier, qui n’ont pas hésité à jouer les agents provocateurs. Et qui, malgré la connaissance presque immédiate de leur comportement en haut lieu, étaient protégés depuis plus de deux mois et demi par tout l’appareil d’État, depuis son sommet, la présidence, jusqu’à ses ministères, celui de l’intérieur, et ses administrations, la préfecture de police. Difficile de trouver un précédent, sinon le climat barbouzard de l’après-68, quand l’État lui-même organisait parfois la violence qu’il prétendait combattre.

Les images filmées le 1er mai place de la Contrescarpe, dans le Vearrondissement de Paris, montrent en action des nervis et non pas des serviteurs de la République. Un nervi, du pluriel de l’italien nervo, qui signifie « vigueur », c’est un homme de main. De ceux qui font facilement le coup de poing et qui sont utiles aux coups de force politiques. Fascinés par la sécurité, ces amateurs sortis du rang singent les professionnels, sans en accepter les contraintes. Pour eux, l’ordre se passe aisément de la loi et le désordre leur sert souvent de marchepied. Fiers-à-bras se moquant des règles et des conventions, ambitieux passés sans transition des services d’ordre militants au palais présidentiel, bénéficiant dès lors de passe-droits, la protection élyséenne générant le raccourci administratif, ils illustrent cette voyoucratie nichée dans la part d’ombre d’une politique saisie par l’obsession du pouvoir.

Ce n’est pas la première fois, et ce ne sera pas la dernière, que la chronique fait-diversière met en évidence combien le pouvoir personnel qui caractérise l’absolutisme présidentiel français entraîne dans son sillage un monde interlope et improbable d’habiles et de parvenus, offrant au pouvoir leurs talents transgressifs et leurs audaces illégales. Mais il est plus inhabituel de découvrir ses protagonistes au cœur du dispositif et non plus à sa marge. Soudain mis en lumière, Alexandre Benalla se révèle en effet un personnage central de l’aventure présidentielle d’Emmanuel Macron. De la campagne électorale au palais élyséen, d’autres images le montrent omniprésent et indispensable, au plus près du candidat hier, du chef de l’État aujourd’hui. La raison en est simple : ce n’est pas n’importe quel collaborateur d’Emmanuel Macron.

Sous le titre anodin d’adjoint au chef de cabinet, Alexandre Benalla était le « Monsieur sécurité » du chef de l’État. Responsable de sa sécurité personnelle et privée, il avait la charge de protéger ses secrets et son intimité. Homme de confiance, il était logé quai Branly dans des dépendances de l’Élysée qui, sous la présidence de François Mitterrand, ont hébergé la vie privée qu’il dissimula si longtemps – sa fille Mazarine Pingeot et sa mère – et le fidèle qui en fut le gardien jusqu’à son suicide en 1994 – le fantasque François de Grossouvre.

Loin d’être relégué au second plan, Alexandre Benalla manifestait volontiers son importance dans le dispositif présidentiel, comme Mediapart put le constater au Palais de Chaillot, lors du repérage des lieux préalable à l’entretien avec Emmanuel Macron du 15 avril. Au prétexte de la sécurité, il entendait dicter la mise en scène, sans que quiconque de l’Élysée ne le remette à sa place.

La panique qui, aujourd’hui, s’empare de la cour macronienne et des députés LREM ne pourra aisément effacer cette vérité de fait : par choix et volonté du président de la République lui-même, Alexandre Benalla avait une place aussi démesurée qu’incompréhensible au vu d’une part de son parcours personnel et d’autre part du dispositif sécuritaire. Comment expliquer qu’un jeune homme n’ayant d’autres états de service que le S.O. du Parti socialiste puis de En Marche! puisse occuper avec une telle liberté doublée d’irresponsabilité un rôle si important ? Comment justifier sa fonction sécuritaire, bizarrement occultée dans l’organigramme officiel, alors qu’il existe une unité spécialisée, fortement dotée, le Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR), composée de gendarmes et de policiers, tous professionnels expérimentés ?

Avant même que ses méfaits soient révélés, Alexandre Benalla était déjà hors de la loi commune, hors usage règlementaire, hors cadre administratif. C’est pourquoi ses actes personnels engagent la responsabilité politique de celui qui l’a choisi et nommé : Emmanuel Macron, et nul autre. Seul ce choix présidentiel, entre caprice monarchique et bon plaisir, peut expliquer la mansuétude et la protection dont a bénéficié son « Monsieur Sécurité » après sa virée du 1er mai. Alors même que plusieurs délits lui sont potentiellement imputables – coups et blessures volontaires (article 222-13 du code pénal), immixtion dans une fonction publique (article 433-12), exercice créant la confusion avec une fonction publique (article 433-13), etc. –, il a été couvert par l’appareil d’État.

Connu pour sa rigueur dans ses précédentes fonctions préfectorales, le directeur de cabinet Patrick Strzoda a pourtant dû se contenter d’une sanction bénigne, deux petites semaines de mise à pied. Le récit qui, aujourd’hui, par la voix du porte-parole de la présidence, tente de la justifier ne s’embarrasse guère de vraisemblance, affirmant qu’Alexandre Benalla était en congé le 1ermai, comme si un salarié posait des congés un jour férié… Non seulement il n’a pas été automatiquement licencié pour faute grave – il a été au contraire maintenu parmi le personnel élyséen –, mais de plus la justice n’a pas été saisie, alors que l’article 40 du code pénal obligeait à le faire : « Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l’exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit est tenu d’en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs. »

Tandis que le ministère de l’intérieur ne bronchait pas, alors même que l’intégrité de la police est atteinte, le cabinet de l’Élysée faisait l’autruche, jouant la montre et l’oubli, en espérant, jusqu’aux révélations du Monde le 18 juillet au soir, que rien ne se sache pour que tout puisse continuer comme avant. Dans un système où les imprudences, les fautes et les erreurs du prince ligotent tous ceux qui le servent, la République a été de bout en bout bafouée. Seul le soutien aveugle du président lui-même peut expliquer que l’auteur de délits si manifestes ait été à ce point protégé.

L’affaire Benalla est bien plus que la sortie de route d’un collaborateur élyséen. Elle est une alerte sur la dérive de cette présidence vers un pouvoir encore plus sans partage du chef de l’État, dans une marche consulaire, avec coup de force permanent, en direction d’une présidentialisation accrue de la Ve République, ignorant les contre-pouvoirs, effaçant le premier ministre et soumettant le Parlement, humiliant les opposants et méprisant la société.

Car, dès que le pouvoir se veut personnel, la basse police est à son affaire. Protégeant ses secrets, où souvent se mélangent intérêt public et vie privée, elle impose sa propre loi qui, au prétexte de la raison d’État, échappe à la loi. On ne saura jamais ce qu’aurait été la suite de l’aventure élyséenne d’Alexandre Benalla et de la petite bande qui l’entoure, même si l’on devine qu’aucune règle éthique ou principe moral ne l’aurait entravé pour parvenir à ses fins, discréditer les oppositions politiques ou empêcher les curiosités journalistiques. Mais le peu que l’on en sait rappelle déjà un précédent, autrement professionnel dans son apparence, qui, faute d’avoir été débusqué à temps, eut le temps de faire bien des dégâts : la cellule de l’Élysée au tout début du premier septennat de François Mitterrand, véritable service privé de sécurité et de renseignement.

Rapidement converti au pouvoir personnel qu’il dénonçait dans l’opposition, le premier président élu à gauche de la Ve République prit prétexte d’arguments sécuritaires – le terrorisme déjà – pour créer sa propre garde rapprochée, un service spécial dévoué à la protection de ce qu’il voulait absolument cacher et, aussi, de ce qu’il voulait absolument savoir. Atteint d’un cancer peu de temps après son élection de 1981, François Mitterrand réussit ainsi à cacher sa maladie jusqu’aux toutes dernières années de sa longue présidence, qui dura 14 ans. De même, il réussit à protéger sa double vie, affichant publiquement sa famille officielle et dissimulant sa famille officieuse dans les palais de la République, jusqu’au jour, tardif, où il décida de mettre en scène lui-même la révélation de son existence.

Dans cette privatisation du pouvoir, la vie privée est toujours un bon prétexte. Sous couvert de la protéger, l’absolu du secret autorise l’abus de pouvoir. C’est ainsi que, détentrice des secrets intimes du Président, la cellule de l’Élysée mitterrandienne se rendit célèbre pour ses écoutes illégales d’opposants, de proches, d’avocats, de journalistes, etc., sans compter bien d’autres transgressions autorisées par son sauf-conduit présidentiel. Elle aussi mélangeait les genres, fréquentait les arrière-cours policières, jouait de son aura présidentielle pour s’imposer aux services, fédérait une bande de pieds-nickelés aussi néfastes que maladroits…

Dévoilant la tentation macronienne d’un service de sécurité privé à l’Élysée, l’affaire Benalla arrive heureusement à temps pour empêcher que cet abus de pouvoir prolifère. Mais elle révèle que ce président élu sur la promesse d’une « révolution démocratique profonde » en est la négation incarnée. Près de deux ans après que ces mots ont été imprimés dans un livre dont le titre, Révolution (XO Éditions), semble aujourd’hui sorti d’une nouvelle d’Orwell où le mensonge serait proclamé vérité, on peine à croire qu’y était écrit aussi que « la responsabilité est précisément ce qui peut contribuer à restaurer un peu de cette morale collective dont nous avons tant besoin ». Emmanuel Macron y affirmait que « l’ultime responsabilité est politique » et que, dans ce registre, « certaines fautes vous disqualifient radicalement ».

Parmi celles-ci, outre le financement politique,qui concerne tout particulièrement le prévenu et mis en examen Nicolas Sarkozy récemment invité dans son avion privé de retour de Moscou, l’actuel président de la République mentionnait les « atteintes à l’administration publique » et les « atteintes à l’autorité de l’État », fautes emblématiques de l’affaire Benalla. « Dans de tels cas, il faut avoir la décence de s’effacer », concluait l’homme qui refusa que son « Monsieur Sécurité » soit effacé de l’Élysée au lendemain de son escapade barbouzarde. Le florilège est inépuisable puisque, dans ce livre d’un autre temps, celui des promesses qui n’engagent à rien, on lit aussi que « la haute fonction publique ne doit pas être exempte d’une plus grande exigence ». Omnipotent secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler médite à loisir cette prudente recommandation, alors que son conflit d’intérêts avec la puissante et mystérieuse compagnie maritime MSC ne lui vaut aucun embarras.

Éphémères, les lumières électorales sont toujours utiles pour souligner les ombres qui gagnent, une fois au pouvoir. « Certaines fautes vous disqualifient radicalement », écrivait donc le candidat Macron. Il n’est pas exclu que les fautes de son protégé disqualifient radicalement sa présidence.

La verticalité

Maria Rodriguez McKey, Bernard Owen

Les institutions politiques françaises laissent apparaître des traces de l’Ancien régime parmi des ensembles idéologiques de ses nombreuses évolutions.  La verticalité est toujours présente.

De toute façon grâce à l’introduction des primaires et la disparition du principal opposant de droite en raison d’un conflit où le droit est intervenu dans la politique. Ceci a mené directement à l’effondrement des partis qui se sont rattachés à des personnes et des systèmes de pensée, ce qui à mené à la présence de 5 partis à l’Assemblée National.

Ainsi divisée l’Assemblée Nationale en tant que telle est à genou et la Présidence Macroniste est toute puissante.

Néanmoins, avec l’élection d’Emmanuel Macron, cette verticalité est devenue plus accentué par le fait que l’effondrement du système des partis politiques en a été la résultante.  Les élections législatives de 2017 ont crée une opposition de cinq partis allant de l’extrême droite au communistes, en passant par LR, le PS et le parti de Mélénchon. Il est évident qu’une opposition composée ainsi ne peut pas jouer son rôle car elle est divisée par des raisons soi-disant idéologiques mais, surtout, et c’est cela qui compte, l’électorat. Il ne faut jamais l’oublier car l’ensemble de l’électorat s’interroge. L’électorat est toujours majoritairement de gauche ou de droite dont l’importance des extrêmes varie selon les circonstances.

Le projet du Président Macron d’ajouter une dose de proportionnelle va, de surcroît, diviser l’électorat et les extrêmes vont s’en réjouir.

Dans ces conditions, quelles pourraient être les conséquences pour la V République ?  Quel parti politique pourra gagner la présidentielle et les législatives   et faire l’alternance?

La France se trouvera alors sur le terrain de l’Europe mais la verticalité du pouvoir sera accentuée et si dans le présent  la nature de notre Président ne présente guère de danger l’avenir nous est inconnu.

Voici deux articles sur la question électorale.

2012 : allons à l’essentiel

BERNARD OWEN | LE 11/03/2011

Nous sommes à un an des élections présidentielles, mais la France est en émoi. Chacun y va de son affirmation pour expliquer le phénomène Le Pen.

Dans les débats, l’on enregistre ça et là  « absence de confiance dans la classe politique », « la désaffection qui entraîne l’écroulement de la participation ». Or, la participation a ses règles, et se divise elle-même en participation structurelle et conjoncturelle. La première veut que l’on vote plus pour une présidentielle que pour une élection européenne. L’être humain connaît la valeur des choses. Pour se déplacer, il faut qu’il en comprenne la raison. Il n’y a pas un gouvernement européen, pas d’opposition… cela n’est pas dans nos habitudes… et à partir de là, il va voter ou il part à la pêche.

Pour les élections présidentielles, l’on se déplace à plus de 80 %. Ce pourcentage baisse à 77,6 % en 1969. L’on votait alors pour Alain Poher ou Georges Pompidou. L’on venait de perdre le Général de Gaulle. Il s’agissait dans ce cas d’une baisse conjoncturelle.

Dans les élections législatives, on trouve un vote structurel autour de 80 % des suffrages, mais elles sont très sensibles à la conjoncture, surtout quand elles suivent de près une élection présidentielle. L’élection de François Mitterrand, en 1981 (81,1 %), a été suivie d’une législative avec 70,9 % de participation. Pourquoi se déplacer si l’on avait voté pour le Président sortant : Giscard d’Estaing ? le socialiste avait gagné. On parlait de la gauche depuis les législatives de 1978, et c’était là que, pour la première fois, le Parti Socialiste avait dépassé le Parti Communiste (de peu, mais c’était symbolique). Autre effet conjoncturel sur les législatives de 1958 et 1962 (participation 77 % et 68,8 %). L’on ne voulait plus de la IVème République, mais les électeurs communistes ne pouvaient pas voter pour les gaullistes, alors on s’est abstenu.

Au mois de mars 2011, l’on parle (peu mais quand même) des cantonales. Eh bien ! en 1833, par exemple, la participation aux cantonales était de 67 %, et en 1993, de 70,7 %, tout en remarquant que les élections cantonales ont un niveau structurel inférieur à celui des élections municipales.

L’on entend aussi « la droite revient, ou le populisme revient », cela n’est pas nouveau. Cela s’est manifesté dès 1919. En France, Poujade (avec Le Pen en 1956), en Finlande avec Vennamo en 1968,  au Danemark Glistrup en 1973. En Norvège, Lange en 1973, les Pays Bas avec Pim Fortuyn en 2002. En Autriche Haider qui s’empare du petit parti libéral en septembre 1986 pour en faire un parti néo nazi qui se présentera comme structure d’accueil pour le votre contre un gouvernement de grande coalition pour atteindre en 1999 26.9% des suffrages. Il formera un gouvernement avec le Parti Démocrate Chrétien. Qu’un parti néo fasciste participe à un gouvernement a été très mal vu par les autorités européennes. Ceci bien à tort car aux élections suivantes (2002), il avait perdu sa place de structure d’accueil contre le gouvernement et chutait à 10.1% des suffrages. Maintenant, la Suède avec les forces populistes qui, jusque là, se manifestaient au sein des partis traditionalistes les uns après les autres. Tous ces dérapages ne découlent pas de failles chez l’être humain en tant qu’électeur, mais d’institutions vicieuses, et de systèmes électoraux (en particulier proportionnels) apportant une vision qui l’éloigne peu à peu de la réalité politique et de la bonne gouvernance. Vive l’Europe !

Mais revenons en France. L’équipe de France de football, il y a quelques années, a remporté la coupe du Monde. On nomme ensuite un nouveau sélectionneur : Domenech, et là défaite sur défaite, grève des joueurs, refus de serrer la main du sélectionneur Sud Africain … « Les guignols de l’info » s’en sont donnés à cœur joie. C’est bien le chef qui compte. Napoléon Ier remportait les batailles, mais quand il était absent, les troupes françaises étaient loin d’avoir autant de succès. En Russie, au moment où il subissait la débâcle, les Anglais avaient libéré l’Espagne et pénétraient en France.

Le chef est important. Le candidat Sarkozy était un très bon candidat, mais…trop de discours. Un sociologue a dit, en parlant de notre Président, qu’il racontait l’action gouvernementale comme une bande dessinée. Les « guignols de l’info » (encore eux) ont parlé d’une idée par jour. Trop de réformes lassent, car elles évoquent l’image d’un certain désordre. Cette impression de vouloir s’occuper de tout ne va-t-elle pas à l’encontre de l’esprit populaire qui considère cela comme une absence de recul mais cela va plus loin car à force d’être partout, d’agir sur les uns, sur les autres, cela suscite les oppositions qui s’ajoutent les unes aux autres. Cette opposition cumulée ne sera pas toute de gauche alors pourquoi pas Marine Le Pen ?

Ce premier sondage a immédiatement été suivi de deux autres plus rassurants pour l’UMP mais le Parti Socialiste a sans attendre pris conscience du danger.

Les conséquences de la commission Jospin

BERNARD OWEN | LE 10/11/2012

La politique, les modes de scrutin : quel est le lien ? Une dose par ci, une dose par là, et les conséquences ?

La Commission Jospin, décret n° 2012 -875 du 16 juillet 2012 devait mener à la rénovation de la vie politique, mais on n’a pas souhaité nous interroger. Serions-nous à ce point prétentieux pour nous en offusquer ? Nous sommes convaincus que la Commission est composée de personnes de savoir, alors que pouvions-nous apporter ? …. Or, il se trouve que nous sommes l’une des rares équipes de par le monde, qui travaille sur les effets des systèmes électoraux. Nous avons même le seul diplôme d’université portant uniquement sur les élections, et nos étudiants viennent de tous les pays. L’enseignement comprend douze intervenants, chacun maître dans sa spécialité.

De toute façon, nous sommes marginalisés par le gouvernement, alors que le même gouvernement a pourtant fait appel à Louis Gallois pour effectuer un rapport « Pacte pour la compétitivité de l’industrie française ». A la lecture de ce pacte, le « Wall Street Journal » s’est montré favorable, c’était bien la première fois qu’il n’a pas critiqué la politique française. A entendre les uns et les autres, c’est même la première fois que le gouvernement, en dehors de son Ministre de l’Intérieur, s’est montré convainquant.

Mais, de la proportionnelle pour les élections législatives représente le mal incarné. Depuis son invention, en 1787, la proportionnelle a mené à l’instabilité gouvernementale, aux gouvernements chargés des affaires courantes, et a accordé une énorme importance aux structures d’influence électorale, sans mentionner les coups d’état résultant d’un pays incapable de se gouverner. Weimar avait un Reichstag élu selon un système des plus proportionnels. Le vote nazi est passé de 2,6 % des suffrages en 1928, à 18 % des suffrages en 1930. La proportionnelle (même sous la quantité d'une « dose ») ne devrait être adoptée que dans un but et des circonstances bien étudiés, ce qui ne peut pas être le cas en France.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’on ne vote pas de la même façon face à un scrutin majoritaire que face à un scrutin proportionnel. Le scrutin majoritaire intègre et effectue une synthèse des diverses opinions, la proportionnelle pousse à la ségrégation. Le danger s’accentue dans certaines circonstances, par exemple, en cas de régime présidentiel ou quasi présidentiel, car la présidence a vite fait de prendre l’ascendant sur un parlement affaibli, et certes, cela ne favorise pas la démocratie.

Veut-on revenir à la gauche plurielle ?  Pas plus tard que mercredi, je parlais à un étudiant de l’échec du Premier Ministre Jospin, en 2002. Nous développions les raisons de cet échec, il a mentionné la gauche plurielle, qui a pu favoriser cet échec, mais un autre élément de poids est également intervenu : la cohabitation, longue de cinq ans. En effet, la majorité des citoyens du monde s’intéressent à la politique, mais sans approfondir le fonctionnement des institutions. De 1997 à 2002, beaucoup de citoyens Français ont vu un Président de droite, un Premier Ministre et un gouvernement de gauche. Une certaine confusion est apparue entre « cohabitation » et « collaboration », ce qui naturellement a mené à un affaiblissement de la filiation politique de certains. Depuis, l’on s’est débarrassé en partie du danger de la cohabitation, mais, s’il vous plaît, ne touchez surtout pas au mode de scrutin des législatives.

Ceci n’a pas pour but de convaincre mais d’intervenir dans ce que nous considérons comme une grave erreur, et de vous conseiller de consulter nos textes sur le site des « Echos », où vous trouverez une quarantaine d’articles portant sur les élections, non seulement en France, mais dans de nombreux pays où nous intervenons.

La « dose de proportionnelle » sera  accueillie avec enthousiasme par tous les extrémistes, de gauche ou de droite, qui obtiendront ainsi une indépendance au sein de l’Assemblée, quitte à ce qu’une aggravation de la crise financière leur permette d’empiéter sur les sièges majoritaires, et pourquoi pas, encore une fois, d’accéder au deuxième tour des présidentielles ?

En savoir plus sur http://archives.lesechos.fr/archives/cercle/2011/03/11/cercle_33901.htm#pfx5GStOiy0x45Dy.99

Sondage : 53% des Français réclament une politique « plus sociale »

Seuls 26% des sondés souhaitent que le gouvernement ne change pas sa ligne économique, selon une enquête OpinionWay réalisée pour Public Sénat, Les Échos et Radio Classique.

P ar Thomas Leroy  – https://www.publicsenat.fr/

Emmanuel Macron va-t-il opérer un virage desa politique économique ? C’est en tout cas le souhait d’une majorité de Français. Selon un sondage OpinionWay réalisé pour Public Sénat, Les Échos et Radio Classique, 53% des Français réclament une politique « plus sociale » dans les mois qui viennent. Ils sont 26% à souhaiter une politique « identique » à celle que mène le gouvernement actuellement. Enfin, 19% des sondés sont favorables à une ligne « plus libérale. » 2% ne se prononcent pas.

Cette volonté se retrouve d’ailleurs dans toutes les tranches d’âges et dans tous les partis. 73% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon, 87% des électeurs de Benoît Hamon et même 49% des électeurs d’Emmanuel Macron aspirent à une politique plus sociale. Seuls les électeurs de François Fillon préfèrent une économie plus libérale (35% contre 34% pour une politique plus sociale).

Concernant le parti socialiste, sa proximité supposée avec Emmanuel Macron semble désormais être du passé. 55% des Français estiment que le PS est « plutôt opposé » à la politique du président de la République et 22% le jugent même « tout à fait opposés ». Seuls 21% des sondés estiment que le parti dirigé par Olivier Faure est « favorable » au chef d’Etat (17% plutôt favorable et 4% tout à fait favorable).

Le sondage a été réalisé du 11 au 12 mars 2018, par questionnaire auto-administré en ligne, auprès d’un échantillon de 1013 personnes représentatif de la population français âgée de 18 ans et plus. L’échantillon a été constitué selon la méthode des quotas, au regard des critères de sexe, d’âge, de catégorie socioprofessionnelle, de catégorie d’agglomération et de région de résidence. Pour un échantillon de 1.000 personnes, la marge d’erreur est comprise entre 1,5 et 3 points.

Confusion des pouvoirs; justice et politique

Les vrais héritiers de Montesquieu seraient-ils les américains?

La parution du livre intitulé SERVIR par le général De Villiers qui évoque l’une des maladresses d’Emmanuel Macron, où celui-ci se présente devant le Général De Villiers; chef d’Etat major des armées, « Je suis votre chef ». Cette conversation a eu lieu  devant les généraux d’Etat major. Ceci comprenant un général américain des Etats-Unis.

Une autre maladresse de notre président était l’usage excessif du jeu de mains devant les hommes politiques et les américains aux Etats-Unis qui n’est pas du meilleur gout.

Voici donc deux articles qui fournissent des exemples de confusion des pouvoirs, le premier dans la forme, le second d’une importance politique essentielle.

“Servir”, par le général De Villiers : quand la Grande Muette se met à parler

Louis de Raguenel  La croix

 / Samedi 18 novembre 2017 à 09:020

Le général de Villiers le 14 juillet dernier sur les Champs-Elysées à côté d’Emmanuel Macron. Cinq jours avant sa démission. “Quel gâchis d’en être arrivés là”, dira-t-il. © JP PARIENTE / SIPA

Défense. Trois mois et demi après sa démission, le général de Villiers sort du silence en publiant Servir, préparé dans le plus grand secret. Un livre événement dont l’Élysée tente de minimiser la portée.

Depuis la parution de Servir, livre dans lequel l’ancien chef d’état-major des armées le général Pierre de Villiers revient sur sa démission — le général François Lecointre lui a succédé — et lance un appel d’espérance pour la France, les réactions pleuvent à gauche comme à droite, pour saluer le parcours et l’honneur de l’officier dont le destin a ému les Français l’été dernier. Mais aussi pour rendre hommage au courage du général qui, après quarante-trois années de service irréprochable, a assumé de se retirer après un différend budgétaire avec Emmanuel Macron — le gel de 850 millions d’euros pour l’année 2018 dans le budget des armées qui s’élève à 32,8 milliards d’euros.

 

 

 

 

 

 

 

«La rapidité avec laquelle l’affaire Fillon a été traitée au début est stupéfiante»

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Dans un livre qui vise à faire toute la lumière sur «l’affaire Fillon», des révélations du Canard enchaîné à l’élimination de l’ex-candidat, Hervé Lehman dénonce la connivence entre le pouvoir judiciaire et l’exécutif.

FIGAROVOX.- Un an après l’élimination de François Fillon au second tour de la présidentielle, l’affaire semble au point mort. Comment expliquez-vous cette lenteur après la rapidité de sa mise en examen? Hervé LEHMAN.- Le rythme actuel de la procédure visant François Fillon est normal, c’est-à-dire conforme à la durée habituelle des procédures d’instruction. Ce qui est stupéfiant, c’est la rapidité avec laquelle l’affaire a été traitée au début, comme si on avait voulu éliminer le principal candidat de l’opposition. Comme il était procéduralement impossible de faire comparaitre François Fillon devant un tribunal dans les quelques mois de l’élection présidentielle, on a choisi d’ouvrir une instruction qui permettait sa mise en examen, cette pré-condamnation des présumés innocents.

À peine l’instruction ouverte, les juges d’instruction ont été désignés; à peine désignés ils ont convoqué, après avoir étudié le dossier pendant le week-end, François et Penelope Fillon pour les mettre en examen. Où était l’urgence? L’affaire remontait à plusieurs années… Certains disent: oui, mais si François Fillon avait été élu, il aurait bénéficié de l’immunité présidentielle pendant son quinquennat et l’affaire aurait été bloquée. Si c’est bien le raisonnement suivi par les juges, cela signifierait qu’ils avaient conscience que la mise en examen allait empêcher François Fillon d’être élu. C’est cette interférence du judiciaire dans le processus électoral qui pose un problème.

L’ancien directeur du FBI, James Comey, vient d’écrire dans son livre qu’il avait eu conscience de nuire à la campagne d’Hillary Clinton en relançant publiquement son enquête quelques jours avant l’élection. Les magistrats en charge de l’affaire Fillon ont-ils pu ne pas avoir conscience qu’ils interféraient dans le rendez-vous démocratique majeur qu’est l’élection présidentielle?

Le Parquet national financier était-il légitime dans cette affaire?

Le parquet national financier a été créé pour lutter contre «la grande délinquance financière». La loi lui donne compétence pour les affaires de détournement de fonds publics «d’une grande complexité». L’affaire de l’emploi de Penelope Fillon est d’une grande simplicité. On n’a pas créé un parquet national financier pour vérifier l’emploi du temps d’une assistante parlementaire de la Sarthe. Si le parquet national financier s’est saisi, précipitamment (le jour même de la sortie de l’article du Canard enchaîné), en raison de la dimension politique de l’affaire, alors ce n’est plus un parquet national financier, mais un parquet national politique.

Cette saisine est d’autant moins compréhensible que, pour les affaires apparues à la même époque, la soirée à Las Vegas d’Emmanuel Macron organisée par Business France qui était dirigée par Muriel Penicaud, l’affaire des assistants parlementaires du Modem de François Bayrou, l’affaire mettant en cause Richard Ferrand, le parquet national financier ne s’est pas saisi, alors même que les deux premières sont plus complexes que le cas de Penelope Fillon.

Ce n’est plus un parquet national financier, mais un parquet national politique.

Il n’y a pas d’explication officielle satisfaisante à ce mystère. Interrogé par La Voix du Nord, le procureur de la République financier a répondu: «je n’ai pas de sens politique».

François Fillon n’a-t-il pas lui-même commis un certain nombre d’erreurs? À commencer par se mettre entre les mains des juges…

Il est évidemment plus facile de commenter après coup, que d’agir dans la tourmente. Mais il est certain que François Fillon a sous-estimé la virulence de l’offensive judiciaire dont il faisait l’objet. Pour qui avait analysé les conditions de la création du parquet national financier et la fermeté de son action dans les affaires mettant en cause la droite, en particulier Nicolas Sarkozy et son entourage, il était évident que ce parquet créé par François Hollande ne se saisissait pas de cette affaire avec une extrême rapidité dans le but de blanchir François Fillon avant l’élection présidentielle. En proclamant dans un premier temps qu’il lui faisait confiance, François Fillon a fait preuve de naïveté.

Il en a été de même lorsqu’il a déclaré qu’il se retirerait de l’élection présidentielle s’il était mis en examen, parce qu’il était convaincu, à tort, que ce n’était techniquement pas possible. On pourrait dire qu’il a alors donné le mode d’emploi à ses adversaires judiciaires.

Après avoir sous-estimé l’offensive judiciaire, François Fillon a surjoué, tardivement, l’indignation en criant au complot et au cabinet noir. Ce n’était plus audible, après ce qu’il avait précédemment dit.

L’ancien Premier ministre a évoqué un cabinet noir. Croyez-vous à cette théorie du complot?

Il n’y a pas de cabinet noir, et pas de complot. Les choses sont plus subtiles que cela. Il y a une chaîne de magistrats, dont la plupart ont été nommés par François Hollande et Christiane Taubira, dont plusieurs ont été aux cabinets de Lionel Jospin ou de Ségolène Royal, dont certains ont été militants ou sont proches du Syndicat de la magistrature. Évidemment, ces magistrats n’ont pas une sensibilité proche de François Fillon ou de Sens commun. Ils ont agi selon leur conscience et leurs convictions.

Comment le juge d’instruction est-il nommé?

Lorsque le juge Tournaire a été désigné comme juge d’instruction principal, la presse a dit: c’est «le juge de fer, François Fillon va passer un sale moment». Mais personne ne s’est interrogé sur la raison pour laquelle c’est ce juge qui s’est trouvé en charge de l’affaire Fillon. Le juge d’instruction n’est pas tiré au sort, il est désigné par le président du tribunal de grande instance. Évidemment, la désignation ne se fait pas au hasard ; elle ne se fait pas non plus sur des critères objectifs et pré-établis. Elle résulte d’un choix non justifié et non motivé.

Il doit donc être constaté qu’a été choisi pour l’affaire mettant en cause le candidat de l’opposition à l’élection présidentielle un juge qui est réputé pour traiter les politiques comme les délinquants de droit commun, qui était déjà en charge d’affaires mettant en cause Nicolas Sarkozy, qu’il a mis sur écoutes téléphoniques pendant huit mois et qu’il vient alors de renvoyer devant le tribunal correctionnel pour l’affaire Bygmalion contre l’avis de son collègue co-saisi. Le même juge qui mettra en garde à vue Nicolas Sarkozy, ancien président de la République, en mars dernier, puis Vincent Bolloré en avril. Ici encore, faut-il croire que le choix a été fait en l’absence de tout «sens politique»?

Diriez-vous comme Napoléon Ier que «le juge d’instruction est l’homme le plus puissant de France»?

La procédure d’instruction est archaïque. Elle est très lourde, très lente, et dépend entièrement de la qualité du juge d’instruction saisi.

Le mis en examen est juridiquement présumé innocent, il est médiatiquement et socialement présumé coupable.

Nos grands voisins, l’Allemagne et l’Italie, y ont renoncé ; la plupart des pays démocratiques n’ont pas de juge d’instruction et ont un système clair dans lequel, entre le procureur qui enquête et accuse et la défense, il y a un juge qui ne fait que juger. Comme le dit Robert Badinter, le juge d’instruction est mi-Maigret mi-Salomon, mi-policier mi-juge. C’est une fonction schizophrénique.

La commission Delmas-Marty, mise en place par François Mitterrand et la commission Léger, désignée par Nicolas Sarkozy, de sensibilités différentes et à vingt ans d’écart, sont arrivées à la même conclusion: il faut abandonner la procédure d’instruction. Mais c’est un tabou: dès qu’un projet voit le jour, les conservatismes, notamment syndicaux, crient à la mort de la démocratie et le projet est enterré pour vingt ans. Le prétexte est que le parquet n’est pas indépendant et qu’il pourrait manipuler les affaires politiques. Pour 1 % des affaires, dites politiquement sensibles, on maintient un système qui marche mal pour les autres 99 %. Surtout, il est possible de mettre en place des garde-fous pour les affaires politiques. Et on voit avec l’affaire Fillon que l’existence du juge d’instruction n’est pas une garantie contre des dérives dans les affaires politiques.

Si l’on maintient la procédure d’instruction, il faut à tout le moins supprimer la mise en examen qui est un fléau judiciaire. Le mis en examen est juridiquement présumé innocent, il est médiatiquement et socialement présumé coupable. Chaque année, environ dix mille personnes mises en examen sont finalement déclarées innocentes, mais restent aux yeux de tous suspectes parce que le sceau d’infamie de la mise en examen est indélébile. Techniquement, la mise en examen n’est pas nécessaire ; pour les mis en examen qui seront reconnus innocents des années plus tard, elle produit des effets catastrophiques.

Dans votre livre, vous rappelez que le syndicat de magistrature, à l’origine du mur des cons, est né en 1968 et que son texte fondateur est la harangue de Baudot: que cela signifie-t-il?

Oui, c’est cette harangue en effet, qui proclame: «Soyez partiaux… Ayez un préjugé favorable pour la femme contre le mari, pour l’enfant contre le père, pour le débiteur contre le créancier, pour l’ouvrier contre le patron, pour l’écrasé contre la compagnie d’assurances de l’écraseur, pour le malade contre la sécurité sociale, pour le voleur contre la police, pour le plaideur contre la justice».

«Soyez partiaux», c’est une injonction terrible parce que c’est l’opposé même de la notion de justice, le contraire du droit à un tribunal impartial affirmé par la Convention européenne des droits de l’homme. Lorsque l’on entend dire que la harangue de Baudot est un texte ancien, qui remonte à plus de quarante ans et serait «prescrit», on doit bien constater qu’il a gardé un écho chez certains magistrats, heureusement fort minoritaires. Qui trouvait-on sur le mur des cons affiché crânement au siège du Syndicat de la magistrature et «enrichi» au fur et à mesure par les magistrats qui s’y rendaient? Des politiciens de droite, bien sûr, mais aussi deux pères de jeunes filles violées et assassinées. Les cons, ce sont les victimes!

L’immense majorité des magistrats sont impartiaux et insensibles aux influences politiques. Une minorité reste dans l’esprit de la harangue de Baudot. Il vaut mieux ne pas passer devant eux quand on est un politicien de droite ou un chef d’entrepris

 

Constitution: Emmanuel Macron veut jouer tous les rôles

Visuel mire commission – Le peristyle, la colonnade et le fronton du Palais Bourbon avec drapeaux – photo retouchée – assemblee-nationale.fr

Voici quelques extraits d’un article très intéressant écrit par Ellen Salvi pour Mediapart.

10 JUILLET 2018 PAR ELLEN SALVI

Le chef de l’État veut dialoguer avec les parlementaires, un droit jusqu’ici dévolu au premier ministre. Alors que l’Assemblée attaque l’examen du projet de loi constitutionnelle, beaucoup s’inquiètent du présidentialisme exacerbé d’Emmanuel Macron.

Un problème ? Quel problème ? Mardi 10 juillet, au lendemain du discours d’Emmanuel Macron face au Congrès de Versailles, le gouvernement, et en particulier son chef Édouard Philippe, a surjoué le détachement pour justifier l’annonce, faite par le président de la République la veille, de modifier la Constitution dans le but de lui permettre d’échanger avec les parlementaires l’an prochain, à l’issue d’une prise de parole désormais ritualisée.

Dans l’émission « Les 4 Vérités » de France 2 le matin, puis en séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale l’après-midi, où les députés s’apprêtaient à examiner en première lecture le projet de loi constitutionnelle, le premier ministre a fait part de son « étonnement » face aux critiques des élus de l’opposition. …

« C’est une proposition parfaitement fantaisiste, tout simplement parce qu’elle touche à l’ADN, au cœur de l’équilibre des institutions de la VeRépublique, a notamment dénoncé le patron des sénateurs Les Républicains (LR) Bruno Retailleau, mardi matin, sur Europe 1Il ne se contente plus d’être un président monarque, il veut cumuler et être un président-premier ministre. »

« Il y a quelque chose d’assez curieux dans cette polémique », a d’abord répondu Édouard Philippe, expliquant trouver « amusant » que l’on critique Emmanuel Macron lorsqu’il « respecte scrupuleusement la Constitution » en quittant le Congrès après son discours et qu’on le critique encore lorsqu’il « propose de la modifier » pour faire en sorte qu’il puisse, à l’avenir, « écouter les parlementaires dans la salle et leur répondre, à la fin, dans une forme de conclusion ».

…  « C’est très bien ! C’est ce qu’est le macronisme, de toujours rendre des comptes. […] C’est tout à fait normal que le président puisse répondre », a ainsi indiqué sur LCI le secrétaire d’État auprès du ministre de la cohésion des territoires, Julien Denormandie.

Tous les soutiens… ou presque. Car il en est un qui ne goûte guère au mélange des genres que cet amendement gouvernemental, s’il était adopté, engendrerait. Il s’agit du président du groupe La République en marche (LREM) à l’Assemblée, Richard Ferrand, un très proche du président, qui s’est montré particulièrement clair sur ce point au micro de France Inter : « Moi je considère que c’est le gouvernement qui est responsable devant le Parlement, ce n’est pas le président de la République », a-t-il tranché mardi matin, avant de préciser qu’il faudrait « sans doute trouver une manière d’organiser la réponse de l’exécutif ». Et de conclure : « Selon quelles modalités ? Nous allons en discuter. »

Une semaine plus tôt, en commission des lois, Richard Ferrand, qui est aussi le rapporteur général de la réforme institutionnelle, avait d’ailleurs rejeté un amendement déposé par les députés du groupe UDI, Agir et Indépendants visant à supprimer les mots « hors de sa présence » au deuxième alinéa de l’article 18 de la Constitution qui stipule que le chef de l’État « peut prendre la parole devant le Parlement réuni à cet effet en Congrès » et que « sa déclaration peut donner lieu, hors sa présence, à un débat qui ne fait l’objet d’aucun vote ».

« Selon l’esprit de l’article 18 de la Constitution, il s’agit cependant de faire en sorte que le président de la République ne puisse être pris à partie ni interpellé directement – ce serait remettre en cause le fait qu’il n’est pas responsable devant le Parlementavait alors justifié le patron des députés LREMLe choix du constituant de 2008 est cohérent et pertinent : le président de la République peut délivrer un message, se faire entendre, et, ensuite, en présence du Gouvernement, responsable devant le Parlement, les groupes parlementaires s’expriment. Ces modalités sont conformes à la logique même de nos institutions. »

De fait, malgré les dénégations d’Édouard Philippe, un amendement qui permettrait au président de la République d’échanger directement avec les parlementaires « empiète considérablement sur la fonction du premier ministre », explique à Mediapart le professeur de droit constitutionnel à l’université Paris I Bertrand Mathieu. « Cela affaiblit le premier ministre et politiquement, à terme, cela peut affaiblir le président car il sera désormais dans l’arène, poursuit-il. Le rôle traditionnel du premier ministre, c’est de protéger le président, c’est lui qui encaisse les coups. Là, on va se retrouver dans une situation où c’est le président qui va directement les encaisser. »

Pour le constitutionnaliste, Emmanuel Macron a profondément modifié « l’équilibre institutionnel » en faisant du Congrès un rendez-vous annuel. « La Ve République est conçue sur une logique : le lien président-peuple et le lien premier ministre-Parlement, explique-t-il. Là, on court-circuite le lien premier ministre-Parlement… » Rendue possible par la réforme constitutionnelle de 2008, engagée par Nicolas Sarkozy, comme aiment à le rappeler les membres de l’actuel gouvernement aux élus LR, la prise de parole du président de la République devant les parlementaires avait jusqu’alors un caractère exceptionnel.

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