L’importance de l’équilibre des pouvoirs

Bernard Owen Maria Rodriguez McKey

Etant donné que la France contemporaine nous intéresse en ses journées tourmentées revenons donc à notre ami Tocqueville. 

Depuis l’arrivée de la Vème République, la France avait retrouvée une certaine quiétude politique. Certes, les chercheurs ne pouvaient pas rester au coin-du-feu. Il fallait réfléchir et trouver de quoi dire devant les collègues. Et pourquoi pas « des primaires »?  Pourquoi ne pas choisir un homme en tant que citoyen au lieu que cela ne revienne au parti. L’on se retrouve à deux niveaux. Le « peuple » choisissait le parti mais il désignait de surcroît l’homme de ce parti qui serait le Président. C’était beau et naturellement démocratique.

Il existe des Etats où il y a des règles parfois non écrites où toute intervention juridique ne peut se faire que soixante jours avant une élection sinon cela serait perçu comme une intervention dans le vote du citoyen de la part d’une branche autre que la politique. Il s’agit là d’un cas récent qui a eu lieu aux Etats-Unis d’Amérique (voir article sur ce même site ). Dans ce pays on ne veux pas qu’il y ait même un soupçon d’influence du vote par la branche juridique et potentiellement un conflit d’intérêt. Il ne faut pas que la justice se substitue à l’électeur. La France n’en est pas là.

Mais pour revenir aux primaires: elles ont démontré qu’un candidat de l’opposition se devait de remporter l’élection présidentielle car lui seul, face à l’extrême droite , il ne  pouvait pas perdre.

Le Président du Sénat a récemment indiqué, lors d’un entretien sur LCP, que pour lui, l’importance se situait au niveau des institutions. Il parlait de la France mais son avis s’adressait aussi à l’ensemble des Etats. Les discussions sur la façon de se considérer les uns par rapport aux autres ont fait couler beaucoup d’encre et de beaux discours. Pour la démocratie on parle des trois pouvoirs, l’exécutif, le législatif et le judiciaire, les trois devant être en équilibre (Montesquieu).

Le pouvoir judiciaire doit bien savoir tenir sa place car dans de nombreux cas l’on peut avoir recours à lui et c’est là que se situe le danger. Car on démocratie la parole est au peuple. L’on s’efforce de bien de façons à ce que les règles qui se trouvent dans les constitutions rendent les procédures claires et simples de façon à ce que tous soient à même de comprendre. Certains voyageurs nous ont rapporté leurs constations.

De retour des Etats-Unis d’Amérique, Tocqueville, remarque que le fait d’avoir multiplié les petites réunions, des référendum, citoyens, pouvaient accentuer les tensions politiques. Alors gardons en tête la remarque.

Certes, en France en 2017, il existait bien un candidat peu connu qui disposait de certains appuis et des sommes déguisées de façon intéressante  en plusieurs millions d’Euros (voir l’article de Mediapart sur notre site intitulé « Une enquête préliminaire ouverte sur l’origine des dons à la République en marche »). Celui-ci était considéré comme étant le successeur du pouvoir en place. Quant à l’autre candidat qui était considéré comme gagnant il se trouva mis en accusation par un juge d’instruction. Celui-ci doit mener l’instruction à charge et à décharge.  Ceux-ci représentent deux pouvoirs qui devraient être séparées: c’est le travaille de l’avocat de la défense et du procureur en un seul homme. Il a été déjà éliminé ailleurs en Europe.

Robert Badinter est du même avis car il disait que le juge d’instruction était « schizophrène ». Voici des extraits de l’entretien d’Hervé Lehman publié par Le Figaro;

Hervé Lehman est ancien juge d’instruction et avocat au barreau de Paris. Il vient de publier Le Procès Fillon (éd. du Cerf, 2018).  «La rapidité avec laquelle l’affaire Fillon a été traitée au début est stupéfiante» Par  Alexandre Devecchio

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Dans un livre qui vise à faire toute la lumière sur «l’affaire Fillon», des révélations du Canard enchaîné à l’élimination de l’ex-candidat, Hervé Lehman dénonce la connivence entre le pouvoir judiciaire et l’exécutif.

FIGAROVOX.- Un an après l’élimination de François Fillon au second tour de la présidentielle, l’affaire semble au point mort. Comment expliquez-vous cette lenteur après la rapidité de sa mise en examen?

Hervé LEHMAN.- Le rythme actuel de la procédure visant François Fillon est normal, c’est-à-dire conforme à la durée habituelle des procédures d’instruction. Ce qui est stupéfiant, c’est la rapidité avec laquelle l’affaire a été traitée au début, comme si on avait voulu éliminer le principal candidat de l’opposition. Comme il était procéduralement impossible de faire comparaître François Fillon devant un tribunal dans les quelques mois de l’élection présidentielle, on a choisi d’ouvrir une instruction qui permettait sa mise en examen, cette pré-condamnation des présumés innocents.

… Le Parquet national financier était-il légitime dans cette affaire?

Le parquet national financier a été créé pour lutter contre «la grande délinquance financière». La loi lui donne compétence pour les affaires de détournement de fonds publics «d’une grande complexité». L’affaire de l’emploi de Penelope Fillon est d’une grande simplicité. On n’a pas créé un parquet national financier pour vérifier l’emploi du temps d’une assistante parlementaire de la Sarthe. Si le parquet national financier s’est saisi, précipitamment (le jour même de la sortie de l’article du Canard enchaîné), en raison de la dimension politique de l’affaire, alors ce n’est plus un parquet national financier, mais un parquet national politique.

Ce n’est plus un parquet national financier, mais un parquet national politique.

Il n’y a pas d’explication officielle satisfaisante à ce mystère. Interrogé par La Voix du Nord, le procureur de la République financier a répondu: «je n’ai pas de sens politique».

Mais la confusion des pouvoirs va au delà du juge d’instruction. Le pouvoir de l’exécutif de dissoudre l’Assemblée Nationale, qui représente une autre élection et un autre pouvoir a heureusement mis quelque peu à mal par le fait que les deux mandats législatif et exécutif ont sont maintenant de cinq ans.

Le candidat mis en accusation était le candidat d’un parti politique. Ce qui compte c’est les partis. Non pas les hommes, encore moins l’homme providentiel qui est rare. Pour la survie de la démocratie le système équilibré gauche droite des partis est essentiel. Il faut une possibilité d’alternance.

Il ne s’agit pas nécessairement de partis entrant dans cette appellation. La gauche comprend les individus souhaitant le mouvement, l’action, le progrès alors que la droite se trouve bien au coin du feu, s’occupe de son jardin. Pourquoi changer?  car qui sait ce qu’un changement peut nous apporter? Ces deux tendances se complètent.

Tant va la cruche à l’eau qu’elle se brise. Ou la fin du macronisme

Monique Cochinal

Malgré les blindés dans Paris, malgré un service d’ordre renforcé au maximum, malgré de très nombreuses arrestations musclées, en amont du point de rencontre de la manifestation (certaines fortement contestées), au point de poser un nouveau problème à notre Ministre de la justice : Madame Belloubet, car où mettre tous ces « monstres gilets jaunes », les prisons sont déjà surpeuplées, et les plans des nouvelles à peine élaborés, malgré tout cela, nous avons assisté avec grande tristesse à un quatrième samedi bien sombre de violence et de haine dans la capitale et aussi dans plusieurs grandes villes de province : Marseille, Bordeaux, St-Etienne, Lyon avec, comme maire, notre ancien Ministre de l’Intérieur : Gérard Collomb qui a réussi à calmer les gilets jaunes, nous dit-il, et a pu inaugurer sans dommage (paraît-il) la grande fête des lumières, mondialement connue. Vient le temps du bilan : une catastrophe. Des dégâts matériels très importants partout, des commerçants ruinés, des licenciements en perspective, ce qui pose un nouveau grave problème au Ministre de l’Economie. Sans compter les nombreux blessés (côté policiers et côté manifestants) et même des morts. Là encore, nous devrions être satisfaits et remercier Monsieur Castaner et ses nouvelles dispositions de guerre mises en œuvre pour nous protéger. Il a fait face, cette fois-ci, à cette horde de monstres-casseurs-extrémistes de tous bords……… Et la République est sauvée !

Pourtant, de semaine en semaine, la sourde colère d’une majeure partie du peuple français s’est transformée en violence, et en une haine envers celui que l’on considère comme le seul responsable de cette situation catastrophique, au point de vouloir le renverser, lui et ses fidèles compagnons. C’est la rupture. On entend de plus en plus fort, et de tous côtés, des injures, des menaces telles que « Macron, menteur ! », « Macron, démission ! », « Macron voleur !». Ce matin, j’ai entendu un représentant des gilets jaunes expliquer, calmement, le désamour de ce président, en évoquant sa campagne présidentielle, et les soupçons de l’honnêteté des fonds réunis si rapidement pour la financer, en parlant de la catastrophe des primaires, et de ce dysfonctionnement réel de nos institutions : exécutif et justice, dont les procureurs sont nommés sur ordre du président, et selon son bon plaisir. Ce qui nous a valu une rapide mise en examen du seul opposant valable, vainqueur des primaires, son élimination et le vote, par défaut, de notre Président. Il a évoqué aussi l’honnêteté douteuse de plusieurs de ses fidèles compagnons, qui sont « protégés » par leur chef tout puissant. Ajouter à cela, la suffisance du Président, l’arrogance, les leçons de morale, données à nos voisins européens. Notre très sensé gilet jaune de conclure : « après tout ce temps, comment voulez-vous avoir confiance, comment voulez-vous suivre ces dirigeants qui vous dédaignent, vous culpabilisent, et vous négligent. Comment croire à la concertation, au dialogue, aux belles paroles ? On en a par-dessus la tête ! ». J’ai pensé, avec tristesse, que ce qu’exprimait ce gilet jaune, rejoignait ce que la plupart des Français pensaient tout bas, sans oser l’exprimer. C’est pour cela, probablement, que ce mouvement perdure, et qu’il y a rupture. Tant va la cruche à l’eau, qu’elle se brise.

ELABE: Baromètre politique (déc. 2018) : la confiance pour l’exécutif est au plus bas

Quelques extraits du dernier Baromètre ELABE…

  • ÉTUDES & SONDAGES 6 DÉCEMBRE 2018
  • En baisse ce mois-ci, les cotes de confiance d’Emmanuel Macron (23%, -4) et d’Edouard Philippe (23%, -4) atteignent leur niveau le plus bas.

23% (-4 points) des Français interrogés par Elabe pour Les Echos et Radio Classique accordent leur confiance à Emmanuel Macron pour affronter efficacement les problèmes qui se posent au pays.

La cote de confiance d’Emmanuel Macron est en baisse pour le troisième mois consécutif (-13 en 4 mois). Il est à son niveau le plus bas depuis le début du quinquennat, et 1 point en-dessous de François Hollande à la même époque.

74% (+5) déclarent ne pas lui faire confiance, dont 51% (+7) « pas du tout confiance ». Ce taux est en très forte hausse depuis deux mois (+16 points) et est le signe d’une forte défiance. 3% (-1) ne se prononcent pas.

D’un point de vue politique, sa cote de confiance baisse de 9 points auprès de ses électeurs de 1er tour (59%). Auprès de son socle électoral, il est en baisse tendancielle depuis le mois de mai (-28 points) et plus particulièrement ces trois derniers mois (-17).

Il est également en baisse auprès des électeurs de Marine Le Pen (5%, -7), de Jean-Luc Mélenchon (10%, -5) et des abstentionnistes (9%, -5). Il est stable auprès des électeurs de François Fillon (29%, -1).

… D’un point de vue politique, elle est en baisse de 7 points auprès des abstentionnistes (10%), de 6 points auprès des électeurs de François Fillon (31%), de 5 points auprès de ceux de Marine Le Pen (6%) et de 3 points auprès de ceux d’Emmanuel Macron (60%).

Ultime coup de force avant le chaos

Monique Cochinal

Après avoir méprisé, pendant plus de trois semaines, les gilets jaunes, ces citoyens qui avaient l’audace de se plaindre. Après toute une campagne du gouvernement pour les dénigrer, pour les enfermer dans des mouvements divers : extrêmes droite, extrêmes gauche, révolutionnaires, ils sont devenus des voyous, des casseurs, des radicalisés, et, ce jour, des monstres. Ils sont dangereux (certains même parlent d’aller chercher le Président à l’Elysée pour lui parler). On a bien essayé de dialoguer avec eux, on leur a tendu la main. On leur a même fait quelques concessions, et promis, juste pour un an, la suppression de certaines taxes, après …. On verra. Tout cela, en vain. Ils reviennent tous les jours et tiennent, avant ou après leur travail, des points stratégiques de grande circulation, pour parler aux automobilistes qui les soutiennent, encore à plus de 70 %. Ils se sont organisés pour lutter contre le froid, la grisaille et la pluie. On leur apporte du café, des gâteaux, du pain, de quoi faire des grillades, des cageots de légumes. Ils tiennent bon, en attendant d’obtenir satisfaction. Certains ont même préparé le sapin de Noël qu’ils ont décoré avec les boules qu’on leur a données. Il y a parfois quelques bagarres, mais rien de bien grave, car ils sont non violents, et regrettent toute cette violence à Paris et dans certaines grandes villes de province, et les nombreux dégâts qu’il faudra payer en fin de compte, en ajoutant encore quelques taxes et impôts supplémentaires. Voilà qui agace fortement le gouvernement. Comment supprimer ce mouvement de monstres révolutionnaires, casseurs ?

Notre nouveau Ministre de l’Intérieur : Monsieur Castaner va s’en charger. Pour garder sa place de privilégié au sein du gouvernement Macron, il doit faire ses preuves, car on a dit qu’il avait mal géré les débordements de samedi dernier et mis en danger des policiers. Plus jamais les scènes de saccage et de violence diffusées en direct dans le monde entier, qui voit la France plongée dans une guerre civile. Alors, cette fois-ci, c’est la mobilisation totale. Les consignes sont très sévères. On va faire la chasse aux gilets jaunes. 8900 policiers, gendarmes, CRS seront déployés sur le territoire, dont 8000 hommes à Paris et en banlieue. Quant au matériel utilisé : presque un arsenal de guerre : des véhicules blindés réquisitionnés, très mobiles, capables de broyer toutes sortes de barricades et qui serviront de refuge aux policiers en cas de jets de pierres, pavés, ustensiles de chantier, et autres objets, sans oublier un nombre plus important de canons à eau, de grenades, de gaz lacrymogène. Après le passage en revue de ses hommes et de ce nouveau matériel, Monsieur Castaner, fier de lui, ordonne : « Ne venez pas manifester, restez chez vous. Tous ceux qui n’obéiront pas seront considérés comme des casseurs à abattre ». A bon entendeur, salut ! Et voilà, Monsieur Castaner va-t-en guerre !

Après ce dernier coup de force, notre Président daignera peut-être sortir de son palais, et adresser la parole à son peuple, mais il sera trop tard. Il restera quelques gilets jaunes et à leurs côtés tout le peuple de France, ces « fainéants », ces « gaulois qui se plaignent tout le temps », ces « gaulois récalcitrants », « ces monstres », qui veulent tout renverser. Ce sera la fin du « nouveau monde, et la fin du macronisme ».

Derniers soubresauts d’un pouvoir absolu ?

Monique Cochinal

C’est bien mal connaître le peuple de France que d’ignorer sa fierté, que de mépriser son désir de justice et de liberté. Il est capable du meilleur, mais aussi, hélas, du pire, quand il se sent délaissé, incompris, et même bafoué par ses dirigeants. Ce mouvement spontané, tout nouveau, né sur internet, non structuré, incarne tous ces citoyens silencieux et calmes, d’ordinaire, honnêtes et fiers, qui travaillent, vivant en partie à la campagne ou dans des villes de province, et qui ont, d’année en année, le sentiment qu’ils sont les oubliés de leur pays. Ils payent leurs impôts, comme des citoyens responsables, mais ils aimeraient bien profiter, en toute équité, des services et infrastructures proposés en échange. Ils veulent vivre de leur travail, pouvoir élever dignement leurs enfants, ils refusent les aumônes, car ils sont fiers. Du reste, les aides largement distribuées à droite et à gauche, ne sont pas pour eux, car ils travaillent et sont considérés comme des privilégiés, par rapport aux plus pauvres. Ils participent volontiers aux grandes causes, car ils sont généreux, mais ils ont en horreur l’injustice sociale, les leçons de morale, le mensonge et l’hypocrisie. Depuis le début de ce quinquennat, ils assistent à une forte augmentation du coût de la vie, ils voient voter de nombreuses lois pour réformer toutes les structures de la société et rentrer dans ce monde nouveau qu’on veut leur imposer : rendement, performances, monde numérique, robots, au détriment souvent de contacts humains. Etre, coûte que coûte, des premiers de cordée. Tant pis pour ceux qui ne prennent pas la corde ou qui l’ont lâchée. Toute cette partie de notre société qui n’en peut plus, de taxes et impôts prélevés de leur poche, s’est levée et a enfilé un gilet jaune fluorescent pour crier son angoisse, son désespoir, sa déception, et montrer à leur gouvernement qu’ils existent aussi. Devant tant de mépris, d’arrogance, et d’incompréhension de la part du Président et son groupe de nantis, la colère est montée rapidement pour se transformer en révolte avec des actes de violence et de haine, une situation qui met en péril la France. Comment en sortir ? Est-il trop tard ?

Ce ne sont pas les mesures proposées, aujourd’hui, par le Premier Ministre, prises en hâte, car « la maison brûle » qui sont faites pour apaiser ces « gilets jaunes casseurs », « radicalisés », qui veulent renverser le pouvoir et demandent même la démission du Président, qui se cache et reste subitement muet. « Et en même temps », le mouvement des gilets jaunes n’est pas dupe, et durcit sa position. Ils continueront leurs manifestations. Certains veulent même venir manifester à Paris, pour la troisième fois, s’approcher du Président caché dans son palais. « Ils viennent le chercher » et lui crier au visage leur colère, qui s’est transformée en haine.

En face d’eux, ils auront un service d’ordre renforcé, bien préparé, avec des consignes sévères, pour éviter tout débordement. Pas question de revoir les scènes de guerre civile des autres samedis, Monsieur Castaner, notre nouveau Ministre de l’Intérieur nous l’a affirmé. S’il veut garder sa place de Ministre, il a tout intérêt à ce que ces manifestations soient bien encadrées, cette fois-ci, car on doute fort de ses capacités de Ministre de l’Intérieur, dépassé par les événements précédents. Rien de bien rassurant pour notre sécurité, quand on est à deux doigts du chaos.

Mais, qu’à cela ne tienne, car le porte parole du gouvernement : Benjamin Griveaux, la bouche en cœur, devant des journalistes, nous dit : « pas de problème, nos services d’ordre sont prêts à affronter les « gilets jaunes radicalisés », les « modérés » ont l’ordre de rester chez eux ». Et d’ajouter, avec suffisance : « avec les nouvelles mesures décrétées, je suis optimiste, tout va rentrer dans l’ordre. Du reste, ma femme le dit souvent, je suis un grand optimiste ».

Bonnes gens dormez bien ! Tout va bien, tout est calme !

Les ravages d’un pouvoir vertical

Monique Cochinal

Nous avons assisté, avec grande tristesse, à un deuxième samedi de révolte dans la capitale et dans quelques grandes villes de province. En écoutant les uns et les autres, on s’aperçoit qu’un énorme fossé s’est creusé entre l’Etat (les élites) et ces 80 % de citoyens (le peuple) qui soutient les gilets jaunes, ce mouvement spontané, inédit, tout nouveau, pas encore structuré, composé de travailleurs de tous bords, qui n’en peuvent plus de cette incertitude permanente de ne pas pouvoir vivre honorablement de leur travail. Depuis presque un mois, ils se sont levés, ils ont crié leur souffrance. Ils ont interpelé le gouvernement. On a vu défiler tous les macronistes au pouvoir, devant les médias, redire le même discours, justifier leur politique, mais, à chaque fois, c’était la même déception : aucun dialogue possible devant ces jeunes élites, nanties, incapables de comprendre les revendications avancées, tellement certains d’avoir mis en place la seule politique valable, qu’ils restent incapables de reconnaître que toutes ces réformes engagées et votées à la va-vite ne sont pas toujours les meilleures. Les « citoyens-gilets jaunes » ont entendu, depuis le début du quinquennat, leur Président prononcer des discours aux grandes envolées, mais farcis de petites phrases insidieuses dans le genre : « ces gens fainéants » ou : « du travail, je t’en trouve, il faut juste traverser la rue … » ou à l’étranger, à l’occasion d’une grande assemblée : « …. Les gaulois récalcitrants », ou, au moment de ses nombreux bains de foule : « vous vous plaignez tout le temps ». Durant l’affaire Benalla (loin d’être terminée du reste), et devant surtout les soupçons d’un pouvoir exécutif influençant le pouvoir judiciaire, d’où une justice à deux vitesses, le Président Macron, comme pris en faute, s’écrie, au milieu de son groupe de fidèles amis : « mais qu’ils viennent donc me chercher ». Ce qui fait dire à une femme en gilet jaune en tête de cortège, bien près de l’Elysée : « Il a dit qu’ils viennent me chercher, alors on vient le chercher, on veut lui parler ». Un autre gilet jaune nous dit calmement : « Je n’ai pas pu faire de longues études supérieures, je ne sors pas d’ENA, je ne suis pas un économiste, mais je sais lire, écrire et compter, quand je vois ma feuille de paye, je constate que, mois après mois, et malgré tout le travail effectué, je m’aperçois que je ne parviendrai pas à « joindre les deux bouts …. Et je suis dans le rouge, alors vos belles démonstrations, elles me passent au dessus de la tête, je n’y crois plus ». On comprend que, de jour en jour, de ce peuple méprisé, ignoré, écrasé, sortent tous ces sentiments de désespérance et de révolte, pour nous mener là où nous en sommes : une grave crise politique. Il reste quelques jours seulement au Chef de l’Etat pour descendre une bonne fois de sa tour d’ivoire, et faire un geste en faveur de « son peuple », sinon …. Qu’il démissionne. Il n’est jamais trop tard pour reconnaître ses erreurs. Ce serait, même, à mon avis, un signe d’intelligence.

Président Macron, la sortie de cette grave crise est entre vos mains, tous les « citoyens-gilets jaunes » vous le demandent ardemment. Ils ne veulent plus assister à un troisième samedi aussi épouvantable. Président, écoutez votre ancien Ministre Gérard Collomb, avant de quitter le gouvernement, nous dire : « Je reconnais que « nous » avons souvent manqué d’humilité … ». Ecoutez le Président du Sénat : G. Larcher qui vous demande de réunir aujourd’hui, à l’Elysée, et en sa présence, tous les représentants des différents partis opposants ainsi que des représentants des gilets jaunes pour trouver, dans le cadre des institutions de la Vème République, une sortie de crise qui n’a que trop duré.