Les embarras de Nicole Belloubet. face aux questions des journalistes du Grand Jury

French Justice Minister Nicole Belloubet speaks during a session of questions to the Government at the French National Assembly in Paris, on October 24, 2018. (Photo by Bertrand GUAY / AFP)

Monique Cochinal, chercheur associé

Notre Ministre de la justice : Nicole Belloubet, en pleine forme, malgré quelques étranglements de voix, par moments, et quelques signes d’embarras, répond aux questions des journalistes sur les événements politiques de la semaine. Elle s’exprime souvent avec simplicité, mais avec beaucoup de pudeur et aussi de raideur. Le droit est le droit ! Pas de sentiments ! La justice est la justice ! Pas de sentiments …..

En premier, elle condamne fermement les propos de Jean Luc Mélanchon, ce rustre, qui a osé lui reprocher les méthodes justiciables injustes, et les peines appliquées bien légères pour certains grands fraudeurs (exemple : Kahuzac) par rapport à d’autres (exemple : Jean Luc Mélanchon et son parti). Ce sont des mensonges de sa part dans le seul but de faire sauter le gouvernement, y compris elle-même. Ce sont des actes contre la démocratie qu’elle se doit de combattre. Elle est très contrariée que ce rustre révèle qu’elle avait oublié, tout à fait inconsciemment, de déclarer au fisc la valeur de deux appartements et d’une maison lui appartenant.

Madame la Ministre estime que l’incarcération de Patrick Balkani, sans mandat de dépôt, n’avait rien d’exceptionnel. Les magistrats sont libres des choix qu’ils font et le mandat de dépôt n’est pas une exception. Par contre, ce qui est choquant, dit-elle, est que son épouse, Isabelle, jugée également coupable de fraude fiscale, lui ait succédé à la mairie de Levallois Perret. Mais impossible de faire autrement, puisque son épouse a été élue « démocratiquement » adjointe. La justice est indépendante, nous réaffirme-t-elle, et les procureurs, qu’elle réunit souvent, ne sont nullement influencés par le gouvernement. Cependant, la fraude fiscale fait partie des priorités de ce gouvernement, et son rôle est de faire appliquer ces consignes, c’est tout. Aucune influence ……. Si par hasard vous en doutiez….. Vous auriez tort et mauvais esprit.

Quant à la mise en examen de Richard Ferrand et le soutien général des députés et des ministres du gouvernement, il est en droit de rester à son poste, et ainsi de ne pas démissionner, car sous le couvert de la présomption d’innocence, on ne doit pas et on ne peut pas l’obliger. Il n’est pas Ministre ni député. C’est la loi. Ses explications et ses arguments maladroits ne m’ont guère convaincue. Les mensonges d’un Procureur pour couvrir le Président et les bavures policières, dans la triste mort de notre jeune Steve à Nantes sont vite passés sous silence. Le Ministre de l’Intérieur a pris les sanctions adéquates.

Les nouvelles lois de bioéthique et la PMA pour toutes sont un grand progrès pour toutes les femmes, et nous devrions nous en féliciter. Elles seront présentées à l’Assemblée Nationale le 24 septembre, sans encombre, car les citoyens français sont prêts. Cependant, il y a bien certains opposants réactionnaires, genre Bellamy, un philosophe, qui dénoncent au JDD les « apprentis sorciers de la condition humaine qui défendent l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA) aux femmes lesbiennes et aux femmes célibataires ». Cependant, Madame Belloubet se voit dans l’obligation de préparer une nouvelle législation pour désigner la mère n° 1, celle qui portera l’enfant, et la mère (remplaçant le père) n° 2, l’une et l’autre ayant les mêmes droits sur l’enfant. Tout sera établi en une signature devant notaire. On imagine le casse-tête chinois devant un héritage…. Ou pour établir, ne serait-ce que l’acte de naissance : « Quel est le nom du père ? ….. C’est le nom de la mère n° 2. C’est encore plus compliqué que dans les familles recomposées où les enfants ont deux pères, deux mères, des quantités de demi frères et demi sœurs, deux grands parents, des demi oncles, des demi tantes, etc… Etc …. On appelle cela le monde nouveau.

Madame la Ministre n’est pas inquiète pour les autres réformes non plus. Elles sont nécessaires et demandent simplement du temps. Un mandat ne suffira pas. On prévoit donc un second quinquennat pour Emmanuel Macron et Madame Belloubet.

L’affaire Ferrand illustre l’absence d’indépendance du parquet

12 SEPTEMBRE 2019 PAR MICHEL DELÉAN

Relancée par Anticor, l’affaire Richard Ferrand avait été classée sans suite par le procureur de Brest en 2017. Menacées de toutes parts, les associations anticorruption pourront-elles pallier encore longtemps l’inertie de certains parquets ?

Rucgard Ferrabd – Reuters

La mise en examen de Richard Ferrand par trois juges d’instruction indépendants révèle, en filigrane, les tares du parquet à la française. C’est qu’avant d’être relancée par une plainte d’Anticor, l’affaire avait été classée ssoupçonans suite par le procureur de Brest, après une analyse du dossier effectuée en étroite collaboration avec sa hiérarchie et la Place Vendôme.

Autorité de poursuite, les procureurs sont incités à réprimer sans trembler les faits de délinquance et de criminalité, mais en vérité, ils sont presque tous tétanisés dès que survient une affaire politique, économique ou financière à fort retentissement. « Une affaire signalée, ce n’est que des emmerdements, confiait récemment à Mediapart un procureur capé. Le procureur général se met à demander des rapports, que lui demande la direction des affaires criminelles et des grâces (DACG) pour informer le cabinet du ministre. Les médias appellent tous. On ne peut plus bouger une oreille. C’est le bazar. »

Sans vouloir être cruel, on rappellera aussi que les procureurs sont nommés, promus ou mutés par le pouvoir exécutif, et qu’ils sont placés sous l’autorité du garde des Sceaux. Toute leur carrière se déroule sous l’œil d’une haute hiérarchie qui les évalue, les note et les met en concurrence pour obtenir de l’avancement (sans même parler des décorations dont le corps est friand). Autant dire qu’il n’y a pas de prime à l’indépendance et au courage.

Le pouvoir macronien se pique même de choisir lui-même les titulaires des postes les plus stratégiques : procureur de la République de Paris, procureur national antiterroriste, procureur national financier, notamment. Des hauts magistrats soigneusement sélectionnés par l’exécutif, et dont les décisions risquent forcément de faire naître le soupçon.

Il n’est pas toujours nécessaire de donner des instructions à un procureur dans une affaire sensible. L’appui technique du parquet général et de la DACG, quelques conseils bienveillants et allusifs, tout cela lui permet de trouver la solution la plus appropriée pour ne pas faire de vagues.

Avec un peu de sens politique, c’est en choisissant patiemment de quel côté la tartine va tomber, et en enrobant sa décision de savantes considérations juridiques, qu’un procureur construit une belle carrière à la Jean-Claude Marin ou Jean-Louis Nadal. Pour d’autres, moins portés sur les dossiers médiatiques et les usages de la politique, frilosité, pusillanimité ou obséquiosité sont de mise.

L’affaire Richard Ferrand est un cas d’école. Après les révélations du Canard enchaîné sur la bonne affaire immobilière dont le directeur des Mutuelles de Bretagne a fait profiter sa compagne grâce à ses fonctions, le procureur de Brest ouvre une enquête préliminaire le 1er juin 2017. Le grand intérêt de l’enquête préliminaire, c’est qu’elle est ouverte et dirigée par le procureur sans aucun regard extérieur, et qu’il peut décider lui-même des suites à lui donner : classement sans suite, ouverture d’information judiciaire, rappel à la loi, renvoi devant le tribunal correctionnel en citation directe, etc.

Prudent, le procureur de Brest Éric Mathais, qui va changer de poste pendant l’été 2017, se garde bien de prendre une décision sur le cas Ferrand avant de quitter son bureau. Officiellement, l’enquête confiée aux policiers de la DIPJ de Rennes n’est bouclée que début octobre. Nommé un mois plus tôt, le nouveau procureur, Jean-Philippe Récappé, évoque le dossier avec son prédécesseur, et échange avec le parquet général de Rennes et la DACG.

Le 13 octobre 2017, le nouveau “proc” diffuse un communiqué détaillé d’où il ressort que l’affaire Richard Ferrand est classée sans suite. La question d’un éventuel délit de prise illégale d’intérêts est évacuée, au motif que l’examen du dossier n’a pas permis d’affirmer que les Mutuelles de Bretagne effectuaient une mission de service public au sens pénal du terme, et qu’une éventuelle ouverture d’information judiciaire sur ce délit serait impossible pour cause de prescription des faits depuis le 19 juin 2015.

Le droit étant une matière complexe, une autre analyse du dossier était possible. De fait, une plainte de l’association Anticor au parquet national financier (PNF), alors dirigé par Éliane Houlette, a relancé l’affaire Ferrand, et le dossier a été dépaysé à Lille. C’est cette analyse-là de l’affaire Ferrand, moins compréhensive, celle d’Anticor et du PNF, qui a été partagée par les trois juges d’instruction indépendants qui ont longuement interrogé le président de l’Assemblée nationale mercredi 11septembre, et l’ont finalement mis en examen dans la nuit pour prise illégale d’intérêts.

Au passage, cette mise en examen implique que les juges lillois ont retenu l’existence d’indices graves ou concordants, contrairement aux éléments de langage des élus LREM qui évoquent à tort une mise en examen automatique. Dans le cas contraire, les juges auraient placé Richard Ferrand sous le statut de témoin assisté.

Comme dans les affaires de biens mal acquis, dans celle des sondages de l’Élysée ou encore dans l’affaire Kohler, c’est donc une association anticorruption qui a relancé une affaire d’importance et a pallié l’inertie ou les insuffisances du parquet. Ce qui inspire ce commentaire hallucinant à Gilles Le Gendre, président du groupe LREM à l’Assemblée, sur LCI, évoquant le sort de son collègue Richard Ferrand : « Ce qui lui vaut aujourd’hui cette mise en examen, c’est la plainte d’une association. Est-ce qu’une association peut peser sur le fonctionnement normal des institutions ? La réponse est non ! » Comme si le fait de ne pas exercer l’action publique et de protéger les puissants n’était pas dévastateur pour la confiance des citoyens dans leurs élus et leurs institutions.

« Tant que l’on n’aura pas un parquet indépendant, les décisions de classement sans suite prises en faveur des personnalités politiques seront suspectes », réagit l’avocat d’Anticor, Jérôme Karsenti, sollicité par Mediapart. « Il faut changer de système. On pourrait imaginer un parquet indépendant, obligé de poursuivre les infractions, et un juge du siège qui rendrait une décision rapide. Au lieu de cela, on a un parquet tenu par l’exécutif, et des dossiers politico-financiers qui sont ralentis par tous les moyens et mettent dix ans à être jugés. »

À défaut d’avoir une justice indépendante et efficace, constate Jérôme Karsenti, les contre-pouvoirs citoyens qui restent sont la presse et les associations anticorruption. Mais Sherpa a perdu récemment l’agrément du ministère de la justice, qui lui permettait de se constituer partie civile dans les dossiers sensibles, et Anticor craint de subir le même sort un jour prochain. L’enterrement des affaires est en marche.

Affaire Legay : le procureur de Nice a menti pour protéger …
liberation.fr

La série des affaires politico judiciaires. Grand embarras pour LREM et les « macronistes »

Monique Cochinal Chercheur associé

Et la valse des « affaires politico judiciaires » continue ! Tournez … Tournez valseurs. Après l’affaire récente des « homards de François de Ruggy » voici, de nouveau, « l’affaire des mutuelles de Bretagne ».

Richard Ferrand, quatrième personnage de l’Etat, Président de l’Assemblée Nationale, a été mis en examen et interrogé, dans la nuit de mercredi à jeudi (ce jour), à Lille pour « prise illégale d’intérêts dans l’affaire des Mutuelles de Bretagne ». Cette affaire date de presque deux ans, et il est souhaitable de la rappeler, les citoyens français ayant la mémoire si courte….

Octobre 2017 : une première plainte est déposée à Brest. L’affaire est classée sans suite par le « complaisant Procureur de Brest ». Richard Ferrand, un des plus fidèles compagnons de notre Président Macron, peut poursuivre, radieux, sa carrière politique. Pas de soucis, tout est clair et net. C’est un homme intègre, très compétent, dont la République a grand besoin ….. Et en septembre 2018, notre ami Richard Ferrand, nommé par son Président et ami, prend la succession de François de Ruggy au perchoir de notre très respectable Assemblée Nationale. Il faut se souvenir du départ tout à fait imprévu et larmoyant du Ministre de l’écologie et de l’environnement : Nicolas Hulot, qu’il fallait bien vite remplacer et faire un léger remaniement gouvernemental ; ainsi, pour remplacer Nicolas Hulot, on nomma François de Ruggy, un autre grand ami du président, et pour remplacer François de Ruggy, qui était au perchoir, on nomma Richard Ferrand, cet homme aux grandes qualités : intégrité reconnue, compétence, fidélité, un vrai convaincu « macroniste ».

Tout fonctionnait bien …. Oubliées les casseroles de Richard Ferrand. Pour gagner du temps, on fait transférer son dossier de Brest à Lille, bien qu’à cette époque, l’association anticorruption « Anticor » ait déposé une seconde plainte avec constitution de partie civile.

Septembre 2019 : patatras ! A Lille, le dossier est rouvert et …. Pour la seconde fois, Richard Ferrand est mis en examen par la justice. Doit-il démissionner ? Oui ? Non ? Comme François de Ruggy, dans l’affaire des homards, en son âme et conscience, il se pose la question. Il sait qu’il est innocent, il ne renoncera pas à son perchoir, il se justifie comme il peut, lui aussi, en invoquant la présomption d’innocence. Il doit continuer « sa » mission dans « son gouvernement », et il ajoute : « Je ne suis pas le seul dans ce cas ». En effet, il y en a d’autres qui traînent des affaires politico judiciaires derrière eux, non élucidées : la justice est si lente dans certaines circonstances …..

Il restera à son poste honorifique de Président de notre belle et transparente Assemblée Nationale. La Plupart de nos jeunes élus le soutiennent avec fermeté. Monsieur Le Gendre, chef de file des députés de LREM, estime qu’il doit rester à ses fonctions, où il jouit de la confiance et de l’estime d’une grande majorité de députés. Sibeth Ndiaye minimise la portée d’une éventuelle mise en examen. Sébastien Lecornu, ancien Filloniste qui a vite tourné sa veste pour se diriger vers le candidat Macron, lors des dernières malheureuses élections présidentielles, affirme même, devant les médias, qu’il est dans son droit le plus absolu de rester au gouvernement, présomption d’innocence oblige, car la justice est indépendante (qui l’aurait cru ?) et donc les affaires judiciaires sont indépendantes des affaires de l’Etat (on en doute souvent, surtout depuis ce quinquennat). Cependant, il ajoute que c’est une très mauvaise nouvelle pour tous nos politiciens, à la veille de nouvelles élections.

Trois propositions pour améliorer les institutions françaises

Bernard Owen, Monique Cochinal, Maria Rodriguez-McKey

Bernard OWEN, Secrétaire général du Centre d’Etudes – Sénat

 

www.senat.fr › Europe et International › International

 

  1. En cache

Propositions pour que  la démocratie se déroule dans des conditions ayant pris en compte certains dangers apparus à travers le monde. (Version plus élaborée d’un texte précédent) 

LE SYSTEME DES PRIMAIRES

Historique

Juin 1991 : c’est à cette date que Pierre Monzani, Directeur général chez « Assemblée des départements de France », situe « la naissance officielle des primaires » « une charte a été signée. Le RPR et l’UDF s’engageaient à faire des primaires en 1995 » explique le préfet proche de l’ancien ministre de l’intérieur : Charles Pasqua.

A quatre ans de l’élection présidentielle, la droite est alors persuadée de pouvoir battre la gauche, mais redoute une multiplication des candidatures qui éparpillerait les voix. En passant par une primaire, celui que Pierre Monzani appelle le « Monsieur organisation », espère éviter « l’affrontement fratricide entre Messieurs Giscard et Chirac, et sélectionner le meilleur des deux » pour être le candidat de la droite.

  1. Les primaires ont été lancées officiellement pour la première fois, en 2011, chez les socialistes et les radicaux de gauche. Des primaires ouvertes à tout le monde, mais les socialistes avaient déjà organisé par le passé ce qu’on appelait une élection interne pour désigner leur candidat à la présidentielle.

Rappelez-vous, en 1995, Jospin contre Emmanuelli …. C’est Jospin qui gagne. Et, en 2007, on l’oublie parfois, ils étaient trois en lice : il y avait Ségolène Royal, Dominique Strauss Kahn et Laurent Fabius. Et c’était Ségolène Royal qui avait gagné, mais là – on le rappelle – ce n’était que des élections internes réservées aux affiliés du Parti.

Stéphane De Sakutin publié le jeudi 01 septembre 2016) nous dit : « Depuis plusieurs semaines, on nous rabâche les oreilles avec les primaires françaises…

Approche théorique 

Marie France Diop a rédigé un mémoire sur la question des primaires en France. Quels seraient les apports pour la démocratie ? Pourquoi ce choix ?

Je pense qu’à la lecture de son texte, elle représente le sérieux de la jeunesse, qui est à la recherche d’une nouveauté menant à l’amélioration de nos démocraties. Il s’agissait d’un rapprochement du simple citoyen à celui qu’il va élire. En quelque sorte, il y aurait un parcours en continu. La politique se rapprocherait de la vie de tous les jours. La recherche de la perfection dans les tâches qu’il faut accomplir dans une démocratie est certes louable,  mais gare à l’imprévu.

L’approche de Marie France Diop est humaine et logique. En revanche, il suffit de parcourir le monde où des générations se sont épuisées à construire des démocraties exemplaires pour que cette constatation modifie notre approche. Car, il semblerait important de réfléchir, en premier lieu, à la mise en place d’une démocratie qui puisse satisfaire à certaines volontés de la recherche des êtres humains, et qui peuvent assumer les complexités d’un Etat souverain et démocratique, mais, malheureusement, certaines personnes peuvent partir dans des extrêmes.

L’on peut se poser la question, à savoir si l’introduction de primaires permettrait aux citoyens de distinguer la personne candidate comme à l’abri de tout soupçon. Notre discernement est-il valable ? Le sentiment pour le présent est-il aussi celui de l’avenir ?

Envisageons l’élection présidentielle. Prenons l’instant où cette élection se prépare à l’avance auprès de l’équipe qui présente le candidat. Il peut s’agir d’une primaire fermée, destinée aux seuls adhérents du parti. Dans ce cas, il faut prévoir une intervention de la magistrature et le contrôle de la Commission Nationale des comptes de campagne.

Le principe des primaires est intéressant sur le terrain des individus, mais l’observation des démocraties nous a démontré que l’être humain est un ensemble qui porte en lui des facultés pouvant partir dans des extrêmes. Notre discernement est-il à ce point fiable de façon que l’erreur ne soit pas envisageable ? Pourtant, dans l’histoire, nous trouvons sans difficulté des exemples de personnes qui, en tant qu’individus, paraissaient irréprochables, mais qui, dans de graves circonstances, sont devenues des tyrans au-delà de notre imagination. Réfléchissons à ceci, car cette question est complexe.

La science politique, le droit constitutionnel doivent en tenir compte, car il semblerait que l’homme politique accepte difficilement l’instabilité gouvernementale, et un gouvernement composé de cinq partis, en pleine crise économique, va vite réagir à la façon d’un individu complètement perdu, fou. En politique, les remèdes seront les élections, le référendum, ou le coup d’Etat.

Or, il est parfois intéressant de lire certains auteurs, qui ont relaté leurs réflexions à partir de leurs voyages. Notre ami Tocqueville

La remarqué que, lors de son voyage aux Etats Unis, il avait compris qu’il n’était pas souhaitable de tenir trop souvent des élections, car c’était le moment où l’on portait en avant une tendance, un parti, une religion, qui prenaient une importance exagérée qu’elle n’aurait pas eu en situation détendue, normale.

Fonctionnement des primaires

Eric Dupin – 07 02 2001 – state.fr

Les primaires à la française se multiplient, mais n’ont pas grand-chose à voir avec celles des Etats Unis. Elles ne permettent pas de simplifier l’offre électorale et ont l’inconvénient d’accentuer la personnalisation de la vie politique, tout en recréant un suffrage objectivement censitaire.

Les journalistes politiques ont d’excellentes raisons d’être, en général, très favorables au système des primaires présidentielles. Ces premières manches du tournoi élyséen leur offrent des compétitions supplémentaires, une matière pour nourrir leurs chroniques. Plus on vote, plus on sonde, plus on commente….

L’incapacité du système des primaires à simplifier vraiment l’offre électorale se lit encore dans sa faible légitimité à l’intérieur même de la famille socialiste. Arnaud Montebourg, pourtant l’un des principaux artisans de l’instauration des primaires socialistes, laisse aujourd’hui planer le doute sur sa participation à cet exercice en 2017.

A droite, Alain Juppé s’est également réservé le droit de présenter sa propre candidature si la primaire de la droite et du centre ne devait pas se dérouler loyalement. En toutes hypothèses, la multiplication des primaires (de la droite, de la gauche, des écologistes) se conjuguera avec la multiplicité des candidatures.

Une plus grande personnalisation

Le plus grand inconvénient des primaires est d’accentuer encore la personnalisation de la vie politique française, déjà très forte depuis l’élection du président de la république au suffrage universel direct. Ces compétitions internes à une famille politique opposent, d’abord, des personnalités différentes. On choisit parmi des hommes ou des femmes bien plus qu’on arbitre entre des idées ou des projets.

Les primaires attirent de nombreux dirigeants en quête de notoriété. Elles sont l’occasion de se faire découvrir du grand public. Manuel Valls a profité à plein, en 2011, de ce phénomène. Malgré la modestie de son résultat, il y a gagné une enviable identification politique qui l’a conduit place Beauvau, avant de l’amener à l’hôtel Matignon. Arnaud Montebourg fut l’autre grand gagnant de la première primaire socialiste, le capital politique alors accumulé lui permettant, par la suite, de décrocher un beau portefeuille ministériel avant de poursuivre son aventure politique.

Ces exemples n’ont pas échappé aux jeunes ambitieux de la droite, comme Geoffroy Didier. La tribune médiatique qu’offrent les primaires et les dividendes politiques qui en résultent ultérieurement, expliquent le nombre ahurissant de candidats à la candidature à ce type d’élections.

Pas moins de treize personnalités ont fait connaître leur désir de participer à la primaire de la droite et du centre. Comme les conditions de participations sont assez draconiennes (2500 adhérents et 250 élus dont 20 parlementaires), le nombre de candidats effectifs sera bien moindre. Aux quatre candidats principaux (Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, Bruno Lemaire et François Fillon) s’ajouteront peut-être Jean François Copé, Nathalie Kosciusco-Morizet, Hervé Mariton ou encore Geoffroy.

On se bouscule également au portillon socialiste. En attendant la candidature de François Hollande, on compte déjà sept candidatures déclarées, même si toutes n’arriveront pas à terme : Jean Luc Benhamias (écologiste centriste, Gérard Filoche (extrême gauche socialiste), Sidi Hama-Mamidou (parti radical de gauche), Benoît Hamon (gauche socialiste).

Les primaires contribuent fortement à dévitaliser les partis politiques, privés de leur fonction de sélection des candidats à la principale élection. Ces partis deviennent de moins en moins le lieu de définition d’une orientation politique, dès lors que l’essentiel se joue désormais sur l’identité de la personnalité qui remporte la primaire. C’est ainsi que la vie politique tourne toujours plus autour de la « course de chevaux », dénoncée, en son temps, par Michel Rocard.

Alexis Corbière, l’un des dirigeants du parti de gauche considère que « la primaire a recréé une forme de suffrage censitaire ». Ce sont effectivement les électeurs les plus intégrés au système politique, les mieux informés, qui sont les plus susceptibles de participer à cet exercice démocratique.

C’est ainsi qu’à droite comme à gauche, ce sont des électeurs nettement plus âgés et socialement intégrés que la moyenne des Français qui auront le privilège de choisir le représentant des deux plus grands partis à l’élection présidentielle. Ce filtre ne contribuera pas à ramener vers l’acte électoral toute la partie de la jeunesse et des classes populaires qui s’en sont éloignés.

A quoi servent ces primaires en France ?

C’est sans doute un bon moyen pour dynamiser une campagne, pour impliquer les affiliés, les militants traditionnels, mais aussi pour aller chercher des gens plutôt proches, peut-être en terme d’idées, d’un parti ou d’un candidat, mais qui étaient jusque là moins impliqués. Les partis ratissent beaucoup plus large. Ca dynamise, ça permet aussi de créer des réseaux.

Vous allez voter, vous signez, on connaît votre nom, donc le parti peut vous récupérer après en demandant : « Est-ce que vous ne voulez pas vous impliquer dans la campagne ? ». C’est un bon moyen de créer un véritable réseau pour les élections. Pour rappel, en 2011, pour les primaires des socialistes et des radicaux de gauche, près de trois millions de personnes étaient allées voter.

On dit souvent de la présidentielle française que c’est le rendez-vous entre un homme et la France. Est-ce qu’on ne dénature pas l’esprit de la présidentielle avec ces primaires ?

« Oui et non, mais ne tournons pas autour du pot, si on recourt aux primaires en France, c’est parce que chaque camp n’a plus aujourd’hui un leader naturel qui se dégage pour son camp. Est-ce qu’on pourrait imaginer que De Gaulle ou Mitterrand aient dû passer par une primaire pour être candidat, le candidat de leur camp ? Non. Donc, derrière ces élections, avant l’Election, il y a une recherche de savoir qui est le leader naturel, à gauche comme à droite.

Le risque, bien sûr, c’est qu’il y ait de belles tensions durant ces primaires qu’il est difficile après pour un parti de vraiment se réunir, de se retrouver. C’est un peu le risque que des gens évoquent avec les primaires de la droite où on sent bien qu’entre le camp de Sarkozy, Juppé, Fillon, Lemaire et tout ça, il y a déjà de fortes tensions ».

Est-on obligé de passer par les primaires pour se présenter à la présidentielle ?

« Non. Pour Marine Le Pen, il n’y a pas de doute, on sait que c’est le leader du Front National. Par contre, Mélanchon ne passe pas par une primaire, il s’est directement déclaré candidat. Il ne sait pas vraiment de quoi parce que le Parti Communiste ne le soutient plus vraiment.

On a évoqué le cas d’Emmanuel Macron, qui pourrait être candidat, mais sous quelle étiquette et sans passer par une primaire. Arnaud Montebourg, on ne sait toujours pas s’il va être candidat en passant par les primaires de la gauche ou si ce sera un candidat qui va se lancer au-delà des partis.

LE SCRUTIN ELECTORAL (LE MODE DE SCRUTIN)

Il s’agit du transfert des suffrages en sièges des parlementaires, des conseillers municipaux etc, ou au premier tour des élections présidentielles.

L’on a tendance à parler de systèmes majoritaires ou proportionnels. Ces comparaisons ne sont pas conformes à la réalité car les systèmes majoritaires ont un effet sur le vote d’un nombre d’électeurs. Ce vote a tendance a réunir un certain nombre d’électeurs qui se trouvent proches de certains autres dont le candidat est considéré comme un vainqueur possible de la circonscription uninominale.

Les mathématiciens se sont intéressés aux élections au point où il est possible d’affirmer qu’il existe différents types d’approches mathématiques. Qu’en est-il de ces approches mathématiques? Certaines considèrent l’électeur en tant que pion parmi l’ensemble des pions qui composent l’électorat d’une nation, d’une région ou de toute unité où se pratique le scrutin. Il s’agirait, alors, de permuter l’électeur l’un pour l’autre, de l’isoler, de supposer qu’il dispose de son libre arbitre et va effectuer son choix en pleine connaissance de cause, insensible à ce qui l’entoure.[1] André Saint-Lagüe était un enseignant qui s’intéressait aux jeux mathématiques,  et a présenté en 1910 « La représentation proportionnelle  et la méthode des moindres carrés » qui consiste à appliquer la règle de Gauss pour obtenir une certaine exactitude dans le rapport suffrages-sièges; cette proposition se comprend quand on met en jeu un électeur en faisant abstraction de toute influence, calcul, volonté, obligation, morale ou non, de la volonté de s’intégrer à l’ensemble. Une autre question qui paraît essentielle est de savoir si le système électoral va agir ou non sur la façon dont le citoyen perçoit l’enjeu électoral; dans ce cas, la proportionnalité d’un système électoral prend une importance relative, et les études sur cette question supposent alors une approche beaucoup plus complexe.

André Saint-Lagüe « La représentation proportionnelle et la méthode des moindres carrés » présentée le 1er août par Emile Picard à l’Académie des Sciences.

Dans ces conditions, il s’agirait de mettre en place une collaboration qu’un  mathématicien des années 1970 a considéré comme nécessaire. Kenneth J. Arrow[1]préconisait une entente nécessaire entre les études mathématiques, les sociologues, les politologues et, j’ajouterai, les juristes. Pour Kenneth J. Arrow, cette collaboration est obligatoire pour déterminer si un individu n’a qu’un ou plusieurs seuils de discrimination. Comment peut-on considérer la conjonction de l’état social et du vote? Comment procéder pour déterminer les courbes d’indifférences des individus? Quels sont les rapports entre l’interdépendance des choix à l’égard des situations extérieures au champ du choix?

Comment envisager une telle recherche?

Nous avons jusqu’à ce moment, travaillé sur des données pratiques [2]. Il s’agissait de réunir des informations qui nous permettraient de mieux cerner certains comportements électoraux inexpliqués. Possédant des données provenant de la pratique, il fallait donc explorer les possibilités envisageant, soit de contredire ces résultats, ou, au contraire de lui apporter de la crédibilité. L’on pénétrait alors sur un terrain très délicat, car l’étude pratique avait apporté des résultats allant à l’encontre d’une majorité des publications d’histoire ou de science politique contemporaine qui, soit, ignoraient l’effet des systèmes électoraux sur l’attitude de l’électeur, soit, allaient plus loin en leur refusant tout effet. Pourtant, déjà au 19ème siècle, avant que l’expérimentation soit possible, nombreux était les auteurs qui prévoyaient des différences comportementales, même si cela menait à l’idéalisation de la politique dans le cas de l’introduction de la représentation proportionnelle. Jules Dansette l’a présenté devant la Chambre des Députés le 25 juin 1896 comme « un instrument de participation politique et sociale ». Victor Considérant, dans une lettre au Grand Conseil de Genève le 26 octobre 1846, encore plus lyrique, parle du scrutin proportionnel comme la libre manifestation de la pensée publique… la pensée du pays étant toujours exactement et lumineusement manifestée par la composition de l’Assemblée.

La recherche internationale, pour l’essentiel, depuis la publication de Douglas Rae [3] se base sur l’effet mathématique au sens étroit du mot, c’est-à-dire de tenir compte du rapport entre la proportion des suffrages et celui des sièges, ce qui a un effet immédiat. Pourtant, une tendance qui considère des élections d’une façon plus complexe, déjà rencontrée par le passé, [4] paraît se concrétiser, actuellement, sous le terme de « bonne gouvernance » [5]. Il s’agit de considérer l’ensemble des institutions, les influences, pour constater comment en agissant les unes par rapport aux autres elles mènent à des démocraties dont la durée est garantie dans le temps car, n’est-il pas préférable d’admettre que les différents composants de la nation participent pleinement à son fonctionnement?

La notion de bonne gouvernance peut mener à considérer, par exemple, les conditions d’une stabilité gouvernementale, et, ainsi, à subordonner la proportionnalité à certains éléments, dont l’accentuation en sièges du parti obtenant la plus grande proportion des suffrages. Nous avons trouvé dans l’étude pratique dont il vient d’être question que l’Europe fournit un ensemble de cas du plus grand intérêt pour le politologue, le sociologue et le mathématicien, ce travail a indiqué que, sur le terrain, à long terme, les modes de scrutin agissent différemment selon la composition des nations. Deux notions sont apparues pour expliquer ces différences fondamentales dans le fonctionnement des systèmes comparables, une qui est permanente dans le long terme, alors que l’autre est fonction de la conjoncture publique: le groupe d’influence électorale et la structure d’accueil pour le vote contre le gouvernement ou les institutions elles-mêmes. Cette étude considère différentes versions de scrutins proportionnels, et de scrutin à la majorité relative. Il s’agissait, dans cette étude, de cerner au plus près les effets des modes de scrutin en dehors de l’effet dit « présidentiel ». Les résultats de l’étude montrent de telles différences quand on compare ces deux modes de scrutin « opposés » qu’il semblait indispensable de travailler sur ce qui pouvait, de façon théorique, justifier une telle différence de comportement d’un citoyen, rechercher ce qui pouvait mener à une perception différente de l’enjeu électoral.

[1] Kenneth J. ARROW « Choix collectifs et préférences individuelles », Calman-Lévy, 1974.

Bernard OWEN « Le système électoral et son effet sur la représentation parlementaire des partis: le cas européen. »; L.G.D.J. – 2002.

[3] Douglas W. RAE « He Political Consequences Of Election Laws », Yale University Press, 1967.

[4] Ferdinand HERMENS, Democracy or Anarchy?, University of Notre Dame, Indiana, 1941.

[5] Travaux sur le « Livre blanc de la gouvernance », Commission Européenne, 2002.

LE CONTROL JUDICIAIRE

Le contrôle de la légalité des sommes versées par le candidat, son parti ou son entourage, devrait être entre les mains d’un seul organisme. En France, le judiciaire parait mal à l’aise dans les questions politiques. La Commission des comptes de campagne  apparaît bien organisée dans le domaine. Je connais bien la commission, son organisation et suis prêt à lui faire confiance en étendant sa compétence jusqu’au pénal. La France doit s’inspirer d’autres nations qui prennent grand soin pour qu’un tribunal ne puisse agir en aucune façon à la place de l’électeur.

Selon  Renaud DENOIX DE SAINT MARC (.« Le statut constitutionnel de l’Autorité judiciaire » – Séminaire pédagogique du pôle « Administration de la justice », ENM Bordeaux, 12 et 13 mai 2009) Constitution de 1958 consacre son titre VIII à l’Autorité judiciaire. +C’est la première fois dans nos Constitutions qu’une place est faite au statut judiciaire.

En ce qui concerne le juge d’instruction, Robert Badinter dans une tribune intitulée « La mort programmée du juge d’instruction », (Robert Badinter,  Le , Le Monde, publié le 21 mars 2009) nous donne un aperçu historique …« Alors que des « Etats généraux » sur l’avenir de la justice pénale se tiennent, samedi à Paris, l’ancien garde des sceaux revient sur une réforme qui repose la question de l’indépendance de la justice Lors de la rentrée solennelle de la Cour de cassation, en janvier, l’oukase présidentiel est tombé. C’en est fini du juge d’instruction, ce vétéran de l’époque napoléonienne. Le temps est venu du juge de l’instruction, ce magistrat du XXIe siècle « qui contrôlera le déroulement des enquêtes mais ne les dirigera plus »…

« L’annonce a pris de court tous ceux qui ɶuvrent à la réalisation des « pôles d’instruction », instaurés par la loi de 2007, qui doivent entrer en fonction en 2010. A quoi bon en effet regrouper en collège des juges d’instruction voués à disparaître ? »

Quant aux membres de la commission Léger, créée pour proposer une sixième réforme de la procédure pénale, il ne leur reste plus qu’à mettre en forme la décision présidentielle. Car dans la République impériale, l’axiome de l’Ancien Régime est toujours vivant « Cy veut le Roi, cy fait la loi ».

Pour pallier aux défauts révélés par des affaires retentissantes, nées de la solitude du juge d’instruction, j’avais présenté en 1985, au Parlement, une loi qui prévoyait que dorénavant les juges d’instruction oeuvreraient en commun, au sein de chambres d’instruction réunissant trois juges. La loi fut votée sans aucune opposition. Elle ne fut jamais mise en application, le gouvernement suivant ayant affecté à d’autres fonctions les crédits nécessaires. Vingt ans plus tard, après le désastre de l’affaire d’Outreau, une commission parlementaire proposa de nouveau que l’on instaure la collégialité de l’instruction. La loi de 2007 consacra ce principe. Elle devait entrer en vigueur en 2010. Le choix présidentiel la voue au cimetière sous la lune des projets enterrés.

Si l’on décide d’aller vers la suppression du juge d’instruction, il est indispensable que les magistrats du parquet voient leur condition transformée. Je ne parle pas ici de l’organisation du parquet qui doit rester un corps indivisible et hiérarchisé pour être efficace. Je vise les dispositions indispensables pour assurer aux magistrats du parquet les mêmes garanties statutaires en matière de nomination que les magistrats du siège. Il faut au niveau de l’enquête comme à l’audience où la parole du procureur est libre, qu’en toute conscience les magistrats du parquet puissent accomplir tous les actes qui leur paraîtront nécessaires contre toute personne ou demander aux juges de l’enquête l’autorisation de les accomplir.

Par la nature même de sa fonction, le juge d’instruction pourrait être qualifié de « schizophrène’ dit Robert Badinter.

Un cas récent où l’on voit le judiciaire se mêler de la politique : le procès fillon: dans l’entretien avec Maître Hehman, Alexandre Delvecchio (« La rapidité avec laquelle l au début est stupéfiante» par  Alexandre Devecchio –  Publié le 04/05/2018, Le Figaro) pose la question suivante:

Le Parquet national financier était-il légitime dans cette affaire?

Le parquet national financier a été créé pour lutter contre «la grande délinquance financière». La loi lui donne compétence pour les affaires de détournement de fonds publics «d’une grande complexité». L’affaire de l’emploi de Penelope Fillon est d’une grande simplicité. On n’a pas créé un parquet national financier pour vérifier l’emploi du temps d’une assistante parlementaire de la Sarthe. Si le parquet national financier s’est saisi, précipitamment (le jour même de la sortie de l’article du Canard enchaîné), en raison de la dimension politique de l’affaire, alors ce n’est plus un parquet national financier, mais un parquet national politique.

Pour revenir à Renaud DENOIX DE SAINT « Les trois articles de la Constitution de 1958 consacrés à l’autorité judiciaire constituent donc une innovation. « L’autorité judiciaire » n’est pas le pouvoir judiciaire ; le terme « pouvoir » est réservé au pouvoir législatif et au pouvoir exécutif. Mais l’emploi des termes « Autorité judiciaire » marque la volonté du constituant de 1958 d’ériger le service judiciaire au dessus de la condition de « service public » jusqu’alors en usage. Cette expression ne vise que la Justice judiciaire, à l’exclusion de la Justice administrative car, pour le constituant de 1958, la juridiction administrative n’était rien d’autre que l’administration qui se juge. Les conceptions ont cependant évolué depuis lors et la jurisprudence du Conseil constitutionnel a reconnu à la Justice administrative un certain nombre de garanties.. » 

Il y  a donc dans la Constitution trois dispositions relatives à la juridiction judiciaire, à vrai dire, on en compte quatre aujourd’hui puisque la révision de la Constitution en date du 23 février 2007  a constitutionnalisé l’abolition de la peine de mort et que cette disposition a été introduite dans un article  66 inséré dans le titre VIII, mais cette disposition aurait pu être insérée ailleurs  car elle ne nous intéresse pas directement.

Contrairement aux Etats-Unis, le judiciaire n’est pas un pouvoir et le Président de la République française en est le garant. L’article 64 : son premier alinéa énonce que « le Président de la République est garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire ». Etant donné que le Président de la République est un élu politique, sur quoi repose cette garantie?  Il s’agit là d’une innovation constitutionnelle.  Seuls l’exécutif et le législatif sont des pouvoirs.

En revanche; aux Etats-Unis, les trois pouvoirs selon la Constitution sont: le législatif (article 1), l’exécutif (article 2) et le judiciaire (article 4).  C’est l’équilibre de ces pouvoirs qui garantit leur indépendance. Cette organisation existe au niveau des Etats.

Commission des comptes de campagne. Membres actuels:

Membres du Conseil d’État :

  • Philippe Grégoire, ancien conseiller d’État en service extraordinaire
  • Françoise Ducarouge, conseillère d’État honoraire
  • Martine Denis-Linton, conseillère d’État honoraire

Membres de la Cour de cassation :

  • Martine Betch, conseillère honoraire à la Cour de cassation
  • Francine Levon-Guérin, conseillère honoraire à la Cour de cassation
  • Jean-Dominique Sarcelet, avocat général honoraire à la Cour de cassation

Membres de la Cour des comptes :

  • Maud Colomé, conseillère-maître honoraire à la Cour des comptes
  • François Delafosse, président de chambre honoraire à la Cour des comptes
  • François Logerot, premier président honoraire de la Cour des comptes

ECOSSE UN SYSTEME FAVORABLE AUX NATIONALISTES

Boris Johnson et Nicola Sturgeon, Premier Ministre écossais

L’Introduire des partis politiques  nationalistes peut entraîner des conséquences dramatiques quand l’ensemble de la nation (la Grande Bretagne)  se trouve dans une situation telle le Brexit où une tranche importante de la nation est en désaccord avec le reste de l’Etat.

Bernard OWEN, Secrétaire général du Centre d’Etudes – Sénat

www.senat.fr › Europe et International › International

 

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Le système électoral écossais a favorisé l’accès au Parlement des petites formations comme celle du Parti Nationaliste. Légitimés, ceux qui prônent la séparation de l’Ecosse avec le Royaume-Uni ont pu plus facilement ouvrir le débat de l’indépendance.

Pendant la campagne menant au referendum, on parle d’économie, de la Livre Sterling, du pétrole de l’Europe, mais il existe une voie qui mène à des modifications pouvant être bienfaisantes ou dramatiques. Il s’agit du système électoral choisi, dont les effets sont ignorés ou mal compris.

L’Ecosse, en tant que région bien déterminée, ainsi que le Pays de Galle au Royaume Uni, ont tendance à voter à gauche : il s’agit donc du Parti Travailliste, qui était le parti dominant. Prenons l’évolution en sièges de deux partis qui nous concernent dans ce travail, lors des élections à la Chambre des Communes Britannique pour le vote qui a eu lieu dans les circonscriptions écossaises.

De 1974 à 1997, le vote pour le Parti Travailliste a toujours été supérieur à 40 sièges, atteignant même 56 sièges en 1974. En ce qui concerne le Parti Nationaliste Ecossais, après un bon début de 11 sièges en 1974, il obtenait moins de 5 sièges sauf pour l’élection de 1997 où il a atteint 6 sièges.

Lorsqu’il a été question, dans les années 1990, d’un Parlement à Edimbourg qui s’occuperait de questions de la région, on a pensé que l’Ecosse indépendante serait condamnée à subir invariablement un gouvernement de gauche. Alors on créa un système électoral double : majoritaire et proportionnel à compensation. Ce qui fut appliqué de 1999 à 2011.

Avant de développer le nouveau système intitulé « système de membres additionnels », réfléchissons sur le raisonnement. Les auteurs n’ont pas tenu compte que l’électorat d’une région faisant partie d’une nation n’agit pas de façon identique dans le cas où elle deviendrait indépendante.

Un système électoral complexe

Dans une région, la population a un certain sentiment d’appartenance, ce qui diffère de ceux de la Nation, en certains points. La région acquiert une identité focalisée en Ecosse sur le Parti Travailliste, mais en cas de séparation son isolement modifie entièrement son attitude politique, et il ne fallait surtout pas modifier les institutions électorales et le système électoral lui-même, qui, réunis, vont contribuer au désarroi. Le vote à gauche irait en s’atténuant, alors que le parti séparatiste, qui apparaît progressivement grâce au nouveau système électoral, devra revoir ses positions en cas d’indépendance.

Après cette mauvaise compréhension du vote de l’électorat, nos amis ont conçu un système électoral mixte combinant le scrutin majoritaire à un tour et un système proportionnel avec compensation, qui donne lieu à des résultats fantaisistes et par là même dangereux. 73 députés sont élus au scrutin uninominal à un tour, pendant que 56 députés sont élus au scrutin proportionnel, dans le cadre de 8 régions, nommant 7 députés chacun. Or, ainsi que l’on peut le constater dans d’autres pays, le nombre de sièges obtenus à la proportionnelle ne dépend pas du nombre de suffrages obtenus à ce niveau, mais au nombre de sièges obtenus au scrutin majoritaire. En exemple, l’élection de 1999 (voir le tableau).

On peut constater la curiosité des résultats. Rapidement : plus un parti obtient de sièges majoritaires, moins il en recueille au niveau proportionnel. Ceci avantage les petits partis, par exemple, les Nationalistes qui, au lieu de 7 sièges, en obtiennent 28 + 7 = 35 sièges. La raison pour cela découle de ce que la partie proportionnelle est obtenue non par le nombre de suffrages obtenus par région mais par le nombre de sièges obtenus par son parti au niveau majoritaire + 1 (le + 1 est pour le parti qui n’a obtenu aucun siège au niveau majoritaire). Dans la pratique, le nombre de suffrages obtenus par le parti dans la région est divisé par le nombre de sièges majoritaires qu’il a reçu dans la dite région.

Dans notre exemple de l’élection de 1999 : le Parti Conservateur à partir de 0 députés dans le système majoritaire obtient 18 sièges dans le système proportionnel. Après cette première division, vient la deuxième où le chiffre devient 2 puis 3 et le suivant selon le nombre de députés obtenus ainsi à la proportionnelle et que le nombre de 7 députés pour la région puis le nombre de 56 pour les 8 régions. Il suffit, pour la recherche du prochain élu, du chiffre restant le plus important dans chacune des 7 députés par région.

Pour les élections suivantes de 2003 à 2011, nous assistons à la progression en sièges majoritaires du Parti Nationaliste Ecossais. En 2003, il n’obtient que 9 sièges majoritaires, mais après la division, 18 sièges proportionnels. Aux prochaines élections de 2007, le même parti obtient 21 sièges majoritaires et 26 sièges proportionnels, alors que le Parti Travailliste obtient 37 sièges majoritaires et, après division, seulement 9 sièges proportionnels. En 2011, on trouve une très forte progression du Parti Nationaliste avec 53 sièges majoritaires. En faisant le calcul total des deux partis, le Parti Travailliste obtient 37 sièges contre 69 pour le Parti Nationaliste.

Le choix du candidat qui va représenter l’électeur auprès des autorités qui gouvernent devrait être simple et clair. Le système électoral choisi pour les élections écossaises est loin de tout cela et n’est pas sans danger pour l’avenir, car il accorde, dans la partie proportionnelle, plus de sièges aux nouvelles petites formations (qui peuvent être extrêmes), leur apportant la respectabilité d’un parti siégeant à l’Assemblée.