ELABE: L’image d’Emmanuel Macron se détériore dans l’opinion

Réforme des retraites : 61% pensent qu’Emmanuel Macron devrait prendre en compte les contestations et la retirer.

A 48 heures de la présentation du projet de loi en conseil des ministres, 61% pensent qu’Emmanuel Macron devrait prendre en compte les contestations et retirer la réforme. A l’inverse, 39% estiment qu’il a raison de faire cette réforme et qu’elle était dans son programme. C’est notamment le cas des retraités (50%) et des cadres (59%).

D’un point de vue politique, 74% de ses électeurs de 1er tour et 62% de ceux de François Fillon le soutiennent concernant la réforme des retraites. A l’inverse, respectivement 26% et 38% estiment qu’il devrait prendre en compte les contestations et la retirer.

Chez les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, de Benoît Hamon …

Plus de 6 Français sur 10 sont déçus de l’action du Président de la République

62% des Français déclarent que l’action d’Emmanuel Macron en tant que Président de la République est décevante. Seuls 14% la jugent satisfaisante et 24% estiment qu’il est encore trop tôt pour se prononcer.

En 3 mois, le jugement des Français s’est durci à l’égard de l’action d’Emmanuel Macron (+7 points par rapport à fin octobre 2019) et retrouve un niveau de déception proche de celui atteint pendant le mouvement des « gilets jaunes » (entre 62% et 69%).

La proportion de personnes se déclarant satisfaites de son action est relativement stable (+2 par rapport à octobre 2019), alors que celle des Français faisant appel à la patience est en baisse de 8 points.

Sur le long terme (depuis juillet 2017), les dynamiques d’opinions montrent que les principales évolutions se sont faites entre les « déçus » et les « patients ». En effet, le taux de « satisfaits » a toujours oscillé dans une fourchette relativement restreinte, entre 7% et 20%.

A l’inverse, le taux de « patients » est passé de 64% en juillet 2017 à 24% aujourd’hui, alors que celui des « déçus » est passé de 21% à 62%. Entre ces deux jugements à l’égard de l’action du Président de la République, les courbes se sont croisées dès le mois de janvier 2018, la proportion de déçus restant alors jusqu’ici toujours plus importante que celles des « patients ».

Si la période entre avril 2019 et octobre 2019 avait fait preuve d’exception avec un léger recul des déceptions à la faveur d’un regain de la patience, la dynamique de durcissement des opinions est de nouveau d’actualité.

Cette hausse de la part des « déçus » s’observe auprès de l’ensemble des catégories de populations, hormis chez les cadres et les retraités.

A noter que la proportion de déçus est largement plus importante chez les répondants ayant une situation financière difficile* : si elle n’est « que » de 54% pour ceux bouclant facilement leurs fins de mois, elle atteint 72% chez ceux pour qui les fins de mois sont difficiles.

le taux de déçus Chez les électeurs de François Fillon, la déception augmente de 12 points (54%) au détriment de la patience (28%, -12). Chez les électeurs d’Emmanuel Macron, la proportion estimant qu’il est trop tôt pour se prononcer baisse de 14 points, à 33%, celle des « déçus » progresse de 4 points, à 26%, et celle des « satisfaits » progresse de 10 points à 41%.

*58% déclarent finir leurs fins de mois plutôt facilement, 42% plutôt difficilement.

Pour plus de 3 Français sur 4, l’action du Président de la République n’a pas amélioré leur situation personnelle ni celle du pays

82% des Français jugent que depuis le début du quinquennat l’action d’Emmanuel Macron n’a pas amélioré leur situation personnelle (+2 par rapport à octobre 2019) et 75% celle du pays (+4). Le jugement sur la situation du pays se dégrade particulièrement : si la hausse au global est de 4 points, on remarque un net durcissement avec une hausse de 8 points des opinions les plus négatives (« non, pas du tout »).

L’ensemble des catégories de population portent un regard négatif sur l’amélioration de la situation personnelle et la situation du pays. Une nouvelle fois, les opinions négatives sont nettement plus nombreuses auprès des personnes ayant une situation financière difficile. A titre d’exemple, 89% des personnes ayant des fins de mois difficiles estiment que l’action d’Emmanuel Macron n‘a pas permis d’améliorer leur situation personnelle.

. La dégradation concernant le regard sur l’état du pays s’observe avant tout chez les électeurs de François Fillon (65% « non », +9) et ceux d’Emmanuel Macron (41% « non », +5).

On observe un double mouvement :

un basculement du positif vers le négatif d’une petite partie des électorats d’Emmanuel Macron et de François Fillon

-et en parallèle, un durcissement des opinions négatives (« non, plutôt pas » vers « non, pas du tout

») auprès de nombreuses catégories de population, et notamment des classes moyennes et des classes populaires.

L’image d’Emmanuel Macron se détériore par rapport à octobre 2019.

Par rapport à fin octobre 2019, Emmanuel Macron est notamment jugé plus inquiétant (+7), obtenant moins de résultats (-5), moins sympathique (-4), moins dynamique (-3) et plus arrogant (+3).

Au-delà de ces évolutions, l’image d’Emmanuel Macron reste structurée autour des dimensions suivantes autoritaire (72%, +1), arrogant (70%, +3), inquiétant (64%, +7) et dynamique (61%, -3).

Il clive davantage sur les dimensions de courage (51%, -2) et de représentations de la France à l’étranger (52%, -1).

Environ 4 Français sur 10 lui reconnaissent sa capacité à réformer le pays (42%, +2), à respecter ses engagements (41%, +2), ces traits d’image lui sont reconnus par une partie de l’opinion publique, notamment son cœur électoral et environ la moitié des électeurs de François Fillon.

Sa sympathie (35%, -4), sa capacité à obtenir des résultats (31%, -5) et sa sincérité (31%, -2) lui sont attribués par environ un Français sur trois, et notamment par une partie de son électorat (environ deux tiers).

Il continue d’enregistrer un déficit d’image sur la proximité (22%, -1) et la capacité à rassembler les Français (19%, -3).

L’image d’Emmanuel Macron subit une double dégradation par rapport à octobre 2019 :

une bascule d’une partie de ses électeurs et des électeurs de François Fillon d’une image positive vers une image négative. A titre d’exemple, auprès de ses électeurs, on observe une hausse de 13 points sur le qualificatif « vous inquiète », une baisse de 11 points concernant sa capacité à rassembler les Français et de 9 points sur sa sympathie. Seule amélioration au tableau, sa capacité à respecter ses engagements (+9). Auprès des électeurs de François Fillon, la bascule est d’une ampleur plus importante : sympathie (-21), obtient des résultats (-20), sincère (-14), dynamique (-9), proximité (-9), capable de rassembler les Français (-9), courage (-8), capacité à réformer (-7), etc.

un durcissement des opinions négatives : la proportion de l’item le plus négatif (« s’applique très mal ») progresse de 7 points sur la capacité à rassembler les Français, de 7 points sur les résultats et de 5 points sur le courage.

Deux ans et trois mois avant l’élection de 2022, 7 Français sur 10 pensent qu’Emmanuel Macron ne serait pas réélu.

31% des Français estiment que si Emmanuel Macron se représentait à l’élection présidentielle de 2022 (-8 points par rapport à octobre 2019), il serait réélu (7% certainement, 24% probablement) et 69% (+10) qu’il ne serait pas réélu (37% probablement pas, 32% certainement pas).

A noter que la proportion de « certainement pas » progresse de 13 points.

Politiquement, 62% de ses électeurs de 1er tour pensent qu’il serait réélu (-12), mais 37% pensent l’inverse. Chez les électeurs de François Fillon, 46% pensent qu’il serait réélu (-10)…

Russie : Vladimir Poutine annonce une réforme de la Constitution

BERLIN, GERMANY – OCTOBER 19: Russian President Vladimir Putin attends a meeting to discuss the Ukrainian peace process at the German federal Chancellery on October 19, 2016 in Berlin, Germany. The leaders of Russia, Ukraine, France and Germany, known as the Normandy Four, met in Berlin to discuss implementation of the peace plan known as the Minsk Protocol, a roadmap for resolving the conflict in Ukraine after Russian forces invaded in 2014 and annexed the peninsula of Crimea. The United States has threatened renewed sanctions on Russia if the country did not either implement the plan in the coming months or arrive at a plan on how to do so. (Photo by Adam Berry/Getty Images)

Cette déclaration a aussitôt été suivie de la démission surprise du gouvernement russe conduit par Dmitri Medvedev, mercredi 15 janvier.

Modifié le 15/01/2020 à 17:54 – Publié le 15/01/2020 à 15:51 | Le Point.fr

Vladimir Poutine a proposé mercredi une série de réformes de la Constitution russe devant renforcer les pouvoirs du Parlement, tout en préservant le caractère présidentiel du système politique qu’il pilote depuis vingt ans.

© ALEXANDER NEMENOV / AFP

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Dmitri Medvedev laisse le champ libre à Vladimir Poutine. Le Premier ministre russe a présenté mercredi au président la démission de son gouvernement, une annonce surprise après un discours du chef de l’État annonçant une réforme de la Constitution. « Nous, en tant que gouvernement de la Fédération de Russie, devons donner au président de notre pays les moyens de prendre toutes les mesures qui s’imposent. C’est pour cela […] que le gouvernement dans sa composition actuelle donne sa démission », a déclaré Dmitri Medvedev dans des propos retransmis à la télévision.

Le président a remercié son Premier ministre sortant et ses ministres, leur demandant d’expédier les affaires courantes jusqu’à la nomination d’une nouvelle équipe. « Je veux vous remercier pour tout ce qui a été fait, exprimer ma satisfaction pour les résultats obtenus […], même si tout n’a pas réussi », a-t-il affirmé. Dmitri Medvedev, proche parmi les proches de Vladimir Poutine, a expliqué démissionner à la suite de la décision du président d’apporter des « changements fondamentaux à la Constitution » russe, des réformes qui modifient, selon lui, « l’équilibre des pouvoirs » exécutif, législatif et judiciaire.Vladimir Poutine a désigné en fin d’après-midi comme nouveau Premier ministre le patron du fisc russe, Mikhaïl Michoustine, inconnu du grand public, selon le Kremlin. En poste à la tête du Service fédéral des impôts depuis 2010, M. Michoustine, homme chauve au visage épais, est une nomination inattendue. Il a néanmoins la réputation d’être un haut fonctionnaire efficace.

Renforcer le rôle du Parlement

Vladimir Poutine a proposé mercredi une série de réformes de la Constitution russe devant renforcer les pouvoirs du Parlement, tout en préservant le caractère présidentiel du système politique qu’il pilote depuis vingt ans. La principale mesure annoncée vise à renforcer le rôle du Parlement dans la formation du gouvernement, lui donnant la prérogative d’élire le Premier ministre que le président sera alors « obligé de nommer ». Actuellement, la Douma confirme le choix du chef de l’État. Selon Vladimir Poutine, il s’agit d’un changement « significatif » pour lequel il a jugé la Russie assez « mûre ». Les deux chambres du Parlement sont aujourd’hui dominées par des forces pro-Poutine et ne s’opposent jamais aux volontés du Kremlin.

Ces annonces pendant le discours annuel du président russe devant le Parlement et les élites politiques ont nourri les interrogations quant à son avenir après 2024, à l’issue de son mandat, alors qu’il n’a jamais mis en avant de successeur ni exprimé ses intentions. Dmitri Medvedev a occupé de 2008 à 2012 les fonctions de président russe, Vladimir Poutine ayant dû céder le Kremlin pour un mandat en raison de restrictions constitutionnelles, prenant à la place la tête du gouvernement. En 2012, les deux hommes ont échangé leur rôle. Vladimir Poutine a indiqué mercredi proposer à son fidèle collaborateur le poste de vice-président du Conseil de sécurité russe, un organe que le chef de l’État préside.

Vladimir Poutine change la Constitution et son gouvernement. Pourquoi ?

Analyse 

Le président russe a pris tout le monde de cours, mercredi 15 janvier, lors de son discours à la nation, en annonçant une vaste réforme constitutionnelle, avant de recevoir la démission de son premier ministre. Les spéculations sur sa volonté de prolonger sa main mise sur le pays repartent de plus belle.

  • Benjamin Quénelle à Moscou,  le 15/01/2020 à 17:37
  • Modifié le 15/01/2020 à 20:44

Annonce de réformes constitutionnelles, démission inattendue du gouvernement… La politique russe a connu, mercredi 15 janvier, un séisme. Tout a commencé par le discours à la nation du président, à la mi-journée.

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 Face aux membres du parlement et de l’élite politique, ce grand rendez-vous du chef du Kremlin, habituellement en mars, avait étonnamment été avancé. Après avoir parlé de la crise démographique du pays, Vladimir Poutine a pris l’assistance de cours, proposant une vaste réforme de la constitution afin d’accroître les pouvoirs du parlement et du premier ministre.

« La Russie est mûre »

La réforme prévoit de confier au parlement la prérogative d’élire le chef du gouvernement alors qu’actuellement, la Douma (chambre basse) ratifie le choix du président. Pour Vladimir Poutine, c’est « un changement significatif ». « La Russie est mûre », dit-il, pour passer à un régime plus parlementaire. Vladimir Poutine a insisté pour que cette réforme, incluant d’autres mesures soit soumise à un vote, possiblement un référendum.

« Un petit pas » vers plus de démocratie représentative, a commenté Alexeï Koudrine, son ancien ministre des finances. Cet économiste se fait l’avocat depuis longtemps de profondes réformes. Régulièrement, il est cité comme un possible successeur au premier ministre Dmitri Medvedev.

Précisément, peu après la fin de son discours, Vladimir Poutine a reçu dans son bureau son chef du gouvernement. Une réunion bien mise en scène pour une autre décision surprenante : la démission de Medvedev. « Nous devons donner au président les moyens de prendre toutes les mesures qui s’imposent », a expliqué ce dernier, ajoutant que la décision d’apporter des « changements fondamentaux à la constitution » signifie des réformes devant modifier « l’équilibre des pouvoirs » exécutif, législatif et judiciaire.

« Désormais, tout pourrait aller vite »

Vladimir Poutine n’a toutefois pas donné de calendrier pour ces réformes. Mais avec la démission du gouvernement, tout s’est accéléré. « Et, désormais, tout pourrait aller vite, prévient le politologue Fyodor KrasheninnikovCar derrière la façade démocratique, il s’agit d’abord d’organiser le maintien de Poutine au pouvoir pour longtemps. »

Réélu en 2018, le président russe de 67 ans doit quitter le Kremlin en 2024, au terme de son mandat actuel. « Si, après la réforme proposée, le rôle du premier ministre est renforcé, rien ne l’empêche d’occuper alors ce poste. Avec, en plus, le soutien populaire du vote du parlement », envisage le politologue Dmitri Orechkine.

Parmi les autres changements annoncés figure le renforcement du Conseil d’État. « Dans la nouvelle construction, la tête de ce Conseil d’État renforcé pourrait se retrouver, dans les faits, au-dessus de tout, du premier ministre et du président. Un poste taillé sur mesure pour… Poutine ? », s’interroge Andreï Kolesnikov, politologue du centre Carnegie.

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« Poutine, c’est une vraie boîte noire… », ironise ce haut diplomate européen à Moscou face aux multiples pistes lancées ces dernières semaines par Vladimir Poutine sur ses projets. Alors que des rumeurs courent sur la présumée lassitude du président et sur de possibles problèmes de santé, cette réforme annoncée pourrait n’être qu’une des pièces d’un puzzle orchestrant la suite de ce qui, au terme de son mandat présidentiel en 2024, marquera déjà un quart de siècle au pouvoir.

Vol 655 Iran Air

Carte avec le lieu approximatif, la flèche montre la direction et la destination du vol.

Le 3 juillet 1988, le vol 655 d’Iran Air, un Airbus de la compagnie aérienne Iran Air est abattu par erreur au-dessus du golfe Persique par des missiles tirés par le croiseur américain USS Vincennes. La catastrophe fait 290 victimes civiles, dont 66 enfants. L’avion assurait la liaison entre Téhéran, la capitale de l’Iran, et Dubaï aux Émirats arabes unis, via Bandar Abbas. Le signal radar de l’Airbus a été confondu avec celui d’un avion de combat iranien F-14 ayant décollé de Bandar Abbas juste après lui, conduisant le commandant du croiseur à ordonner d’abattre la cible.

Les États-Unis ont d’abord nié leur responsabilité, Le président Reagan a exprimé ses « regrets » pour cette « terrible tragédie humaine », tout en justifiant une « action défensive appropriée »1.

C’est la huitième catastrophe aérienne la plus meurtrière de l’histoire de l’aviation (la sixième si l’on compte uniquement celles impliquant un seul appareil), la plus grave de l’histoire de l’Iran2 ainsi que la pire impliquant un Airbus A3003.

Contexte régional

La situation est très instable dans le golfe Persique, la guerre Iran-Irak s’éternise depuis 1980. Divers affrontements armés ont lieu opposant les forces armées des États-Unis aux forces iraniennes, allant de simples escarmouches à des batailles en règle concernant essentiellement la liberté de navigation des pétroliers dans le Golfe. C’est d’ailleurs l’une des principales tâches des navires américains : assurer la protection des pétroliers et autres navires de commerce face aux attaques notamment dans le détroit d’Ormuz.

Circonstances du tir

Le vol 655 Iran Air décolle le 3 juillet 1988 de Bandar Abbas avec plus de vingt-sept minutes de retard par rapport à l’horaire prévu, mais il faut moins de trente minutes pour rejoindre sa destination : Dubaï. En raison de la brièveté du trajet, l’avion ne monte qu’à 4 300 mètres (14 000 pieds), ce qui est relativement bas pour un vol commercial. Il est piloté par Mohsen Rezaian.

Au même moment, la frégate USS Elmer Montgomery (en) se trouve face à des embarcations puis à treize vedettes iraniennes, le commandant demande à sa hiérarchie ce qu’il doit faire, on lui répond qu’il doit seulement envoyer son hélicoptère Sikorsky SH-60 Seahawk. Le commandant de l’USS Vincennes désobéit à cet ordre direct et déplace son navire vers l’USS Elmer Montgomery en plus d’envoyer son hélicoptère. Cela met son équipage sous tension, ce qui aura de graves conséquences.

Ce dernier essuie quelques coups de feu de la part des Iraniens. La situation vue du Vincennes est délicate, un engagement en surface étant possible, avec un P-3F Orion de l’armée de l’air iranienne qui patrouille au nord de sa position. Le Vincennes reçoit l’autorisation de tirer sur deux embarcations qui viennent sur lui lorsqu’il détecte un vecteur aérien en rapprochement à 80 km qui ne correspond à aucun plan de vol connu à bord et qui ne répond pas aux appels.

Quelques minutes plus tard, le navire ouvre le feu sur les embarcations iraniennes à l’origine de l’attaque de l’hélicoptère américain. Le radar identifie l’avion en approche comme potentiellement ennemi à son code de reconnaissance. Les marins pensent avoir affaire à un avion de combat F-14. En fait, un F-14 a bien décollé de Bandar Abbas, juste derrière l’Airbus civil, et c’est l’identification du F-14 qui mènera à la confusion, de plus l’opérateur radar déclare que l’avion est en descente alors que les instruments du croiseur indique qu’il est en montée. Dans les esprits américains, l’incident de l’USS Stark est encore très présent : le 17 mai 1987, deux missiles air-mer Exocet tirés par un avion irakien avaient failli couler une frégate américaine. L’attaque avait fait 37 morts et 21 blessés. Pourtant, les F-14 n’étaient pas équipés de missiles air-mer4.

Personne ne vérifie l’information indiquant que l’avion hostile serait en descente, et le commandant de l’USS Vincennes, le captain Will Rogers, décide de lancer deux missiles surface-air RIM-66 Standard pour abattre l’appareil situé à onze nautiques (20 km) de leur position. À moins de dix nautiques de distance, il aurait été impossible d’atteindre la cible. L’équipage de l’USS Vincennes se rend compte de la terrible méprise quelques minutes plus tard5.

Selon le gouvernement iranien il y avait 66 enfants parmi les passagers, soit 22 % du total des victimes.

En 1996, le gouvernement américain verse 100 millions de dollars de dédommagements au gouvernement iranien, soit 345 000 dollars par victime.

Enquête et causes du drame

Le premier rapport de la marine américaine est incomplet, il n’y fait figure d’aucune carte donnant la position du croiseur au moment du tir, la marine américaine souligne le fait que l’USS Vincennes a essayé de contacter sans succès l’Airbus, sept fois sur la fréquence d’urgence militaire et trois fois sur la fréquence d’urgence civile, mais jamais sur les fréquences du contrôle du trafic aérien. Le vol d’Iran Air est civil et par conséquent n’a pas accès aux fréquences militaires. Cependant les pilotes iraniens ont capté les trois appels sur la fréquence d’urgence civile. L’équipage n’a sans doute pas compris que le message leur était destiné. Les marins décrivent l’appareil en approche par son cap et sa vitesse au sol. Même si le cap est correct, l’indication de vitesse ne correspond pas à la vitesse air fournie par l’Airbus, la différence est notable (environ 50 nœuds de différence). Le Vincennes ne mentionne ni le couloir aérien ni le code transpondeur qui auraient permis une identification.

L’utilisation du radar de l’USS Vincennes est mise en cause également, le personnel était encore peu familiarisé avec cette technologie. Effectivement, de mauvaises manipulations ont sans doute mené à l’identification erronée de l’Airbus. L’aéroport international de Bandar Abbas servait pour les vols civils mais aussi militaires. Plusieurs F-14 étaient stationnés à Bandar Abbas, lors du scan d’identification des appareils, il est possible que le radar ait attribué un code de reconnaissance d’un F-14 à l’Airbus.

La Navy avait la liste des vols civils prévus pour la journée du 3 juillet, toutefois les différents fuseaux horaires ont compliqué l’identification du vol 655 qui avait déjà pris du retard sur l’horaire prévu. Enfin, un opérateur du navire de guerre croit voir (à tort) l’appareil perdre de l’altitude, une manœuvre d’attaque typique. Cet avertissement influence le capitaine de l’USS Vincennes qui donne l’ordre de tirer, après avoir hésité longuement[réf. nécessaire].

Une des causes techniques est décrite dans un des chapitres consacrés à la Liaison 16.

En 1990, Roger Charles (ancien lieutenant-Colonel) réussit à récupérer auprès de l’organisation internationale de l’aviation civile, une copie intégrale du rapport d’enquête qui indique qu’au moment du tir le croiseur américain était à plus de quatre kilomètres à l’intérieur des eaux territoriales iraniennes. En poursuivant les vedettes le commandant Rogers a violé l’espace Iranien et placé son navire juste sur la trajectoire du vol 655. Si le commandant Rogers n’avait pas désobéi a un ordre direct il n’aurait pas mis son équipage sous tension et il n’aurait pas été dans la trajectoire de l’Airbus…

Conséquences

Les États-Unis n’ont jamais admis leurs erreurs ni accepté la responsabilité de ce drame6. Le président Reagan a exprimé ses « regrets » pour cette « terrible tragédie humaine », tout en justifiant une « action défensive appropriée »1. Son vice-président George Bush a déclaré le 2 août 1988 dans le cadre de la campagne présidentielle : « Je ne présenterai jamais d’excuses au nom des États-Unis — Que m’importe les faits… Je ne suis pas de ces gens qui présentent des excuses au nom des États-Unis. (I will never apologize for the United States — I don’t care what the facts are… I’m not an apologize-for-America kind of guy). »7,8. Enfin, en 1996, les autorités américaines acceptent de payer 131,8 millions de dollars après que l’Iran eut porté le cas devant la Cour internationale de justice. Environ 61,8 millions ont servi d’indemnisation aux 248 victimes iraniennes (soit environ 300 000 dollars par victime). Les autorités n’ont pas révélé à quoi serait attribué le reste de la somme. Cet accident va compliquer les relations déjà tendues entre les deux pays.

Médaille du devoir

En dépit de la destruction du vol IR655, les hommes de l’USS Vincennes ont été décorés du Combat Action Ribbon pour l’accomplissement de leur mission en zone de combat. Lustig, le coordinateur de guerre aérienne, a reçu la Commendation Medal9 pour « sa capacité à conserver sous le feu ennemi son sang froid » (c’est lui qui est responsable de l’information selon laquelle l’avion piquait sur le croiseur alors que l’avion était en montée).

En 1990, le commandant William C. Rogers III a été récompensé de la Legion of Merit pour son service en tant que commandant de l’USS Vincennes d’avril 1987 à mai 1989. L’éloge ne fait aucune mention de la destruction du Vol 655 Iran Air10. En mars 1989, la voiture conduite par son épouse Sharon a été détruite par une bombe placée dans le tuyau d’échappement. En 1992, William et Sharon Rogers ont écrit un livre11, qui reproduit la lettre poignante adressée au commandant Rogers par le frère du commandant de bord, Mohsen Rezaian12.

CRIMEE: MUCH ADO AOUT NOING ou BIEN DES EFFORTS POUR RIEN

Le début des problèmes en Crimée… 

BERNARD OWEN

Bernard OWEN, Secrétaire général du Centre d’Etudes – Sénat

Bernard Owen – Sénat

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En 1855 le camp d’infanterie britannique à Baklava(Il y a 160 ans, la guerre de Crimée
Paris Match | Publié le 06/03/2014 à 12h16|Mis à jour le 06/03/2014 à 12h27 )

L’Europe, à travers l’histoire, nous apporte une image de frontières qui se forment et se décomposent à partir de guerres, de révolutions internes dont les raisons reposent sur des stratégies valables ou non sans compter la vanité de certains. L’ensemble pourrait porter à sourire si ce n’était pour les morts, les déplacements de population, les destructions.

Prenons un exemple qui se situe de par son nom dans l’actualité. La guerre de Crimée qui a eu lieu de 1853 à 1856. Illustrons cette complexité. L’Union Soviétique a renversé les statues de ses tsars et pourtant deux existent encore. L’une se trouve au centre de Sofia. Alexandre II est à cheval entouré de ses troupes sur la Grande Place.

Il était le vainqueur des Ottomans qui occupaient la Bulgarie. Un soir à Helsinki nous nous sommes trouvés sur une petite place qui s’appelle « Tzarina » au milieu de laquelle se trouve la statue d’Alexandre II par qui la Finlande était devenue un duché possédant certaines prérogatives qui menèrent à l’indépendance en 1905.

La puissance militaire de la Russie et la stratégie de la première armée russe qui détruisit la Grande Armée de Napoléon I, avant même que le froid n’intervienne, inquiétaient les grandes puissances européennes.

L’Empire Ottoman qui s’étendait en Europe du Sud jusqu’à Vienne était en décomposition. Pas loin de Budapest l’on peut encore gravir les marches d’un minaret. La capitale de la Hongrie a été transférée à Bratislava pendant un siècle et demi. Mais comment s’y retrouver, car la réforme du catholicisme est suivie de la contre-réforme ?

L’Empire Ottoman tentera de se réformer, mais l’opposition traditionnelle étant forte et les puissances européennes sont intervenues ici et là pour protéger les minorités chrétiennes. Les interventions russes reposaient sur l’importance des minorités orthodoxes 30 % de la population (dix millions de personnes).

De 1821 à 1853, divers mouvements ou révoltes de chrétiens contre les Ottomans et les massacres qui suivirent menèrent à l’écrasement de l’armée ottomane par l’armée russe en 1829. Le Tzar Nicolas I arrêta ses troupes aux portes de Constantinople, car il redoutait le chaos. La Russie déploya 90 000 hommes en 1833 quand le vice-roi d’Égypte se révolta contre le Sultan simplement pour sauver Constantinople.

En 1840, le traité de Londres trouve un accord entre l’Égypte et le Sultan s’engagea à modifier le statut des minorités. La Russie accepta la partie du traité qui interdisait le passage des détroits de la Mer Noire à tout navire de guerre appartenant à des pays non alliés à l’Empire Ottoman. Cette clause présentait des dangers pour la Russie et sa flotte de Sébastopol, mais la Russie accepta, car elle cherchait à conclure un accord avec la Grande-Bretagne qui n’eut pas lieu.

La France était devenue à nouveau un empire, le second, avec à sa tête Napoléon III qui voulait que la France retrouve sa place sur la scène internationale. Il était conscient de la crainte qu’inspirait la puissante Russie ainsi que son rôle de protecteur des chrétiens orthodoxes.

L’empereur français trouva un argument fantaisiste à savoir que la France avait été à l’origine des croisades et que cela lui imposait le devoir d’assurer la sécurité des lieux saints de Jérusalem.

Il se trouve que les lieux saints étaient administrés par diverses congrégations religieuses ce qui pouvait mener à des affrontements et qui fut le cas le jour de Pacques 1846 où 40 personnes furent tuées. Napoléon III, par l’intermédiaire de son ambassadeur, demanda aux Ottomans de remettre les clés de la Basilique de la Nativité à la France en 1853 ce qui indisposa la Russie engagée depuis longtemps à soulager les chrétiens traités d’inférieurs. Cette opposition de la Russie à la France sur cette question marginale a été un merveilleux prétexte pour le Sultan qui n’arrivait pas à réformer son empire et à mettre fin aux incursions pour sauver diverses nationalités encore dans l’empire.

Napoléon III, en défenseur de la chrétienté n’eut guère de difficulté à convaincre les Britanniques de présenter une sourde oreille à ce qui se passait entre Ottomans et la Russie.

Le Sultan déclare la guerre à la Russie le 4 octobre 1853. La Russie rompt ses relations diplomatiques avec les Britanniques et la France le 16 février 1854. La guerre de Crimée fut très dure. La France avait ses zouaves aguerris en Algérie et un meilleur fusil que tous les autres. D’énormes progrès du côté humanitaire furent accomplis par les Anglais et les Russes. Un chirurgien russe mit au point de nouvelles règles pour les amputations et exigea que celles de l’anesthésie furent appliquées.

La guerre pris fin quand les Russes se retirèrent ayant incendié Sébastopol et Tolstoi, officier de l’armée russe, nous fait part de sa tristesse devant la défaite et le drapeau français qui flottait sur les ruines. Le congrès de Paris en février-mars 1856 mit fin à la guerre de Crimée. Le congrès restaura le statu quo sur la gestion des lieux saints qui avait mené à l’inconcevable guerre de Crimée.

Napoléon III et d’autres auraient dû tenir compte de ce qu’armée française avait rencontré en Russie. La Grande Armée était vaincue avant l’hiver et pour les grands conflits les Russes avaient des stratégies qui sont encore étudiées avec attention.

En revanche, quand le fin stratège qu’était Bismark fit de sorte que ce soit la France qui déclara la guerre à la Prusse en 1870 il savait que la Russie n’interviendrait en aucune façon pour sauver la France. Le résultat fut tragique pour la France, car les différents États allemands se sont réunis à Versailles pour acclamer le roi de Prusse devenu empereur d’Allemagne selon les frontières d’avant Louis XIV.

COMPRENDRE AVANT DE SE PRONONCER

Bernard Owen

Prenons l’Ukraine et la Crimée situées dans des environnements comparables à ceux que nous allons évoquer, et qui devraient modérer le discours des Etats étrangers et les faire agir avec réflexion et beaucoup de doigté.

Imaginons un vaste empire divisé en provinces, ou en « républiques autonomes ». La capitale de cet empire dirige l’ensemble, tout en laissant une certaine autonomie aux provinces qui le composent. En admettant que ce vaste empire s’écroule en tant que structure politique, et que les bouleversements retirent l’autorité à la puissante capitale, il y aura rapidement des répercussions au niveau des régions se retrouvant alors sans institutions. Elles vont se trouver d’autres chefs, qualifiés ou non, mais souvent improvisés. Elles vont alors découvrir des difficultés avec leur propres minorités.

Dirigeons-nous vers le Caucase, et prenons un exemple : l’ancienne province de Géorgie devient un Etat avec trois zones distinctes, dont deux peuplées de non géorgiens : l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud. La troisième zone, peuplée de Géorgiens va aussi déclarer son indépendance. Il s’agit de la République autonome d’Adjarie. Il se trouve que la personne à la tête de cet Etat avait une forte personnalité, se nommait Abashide et avait des liens d’amitié avec le maire de Moscou. Des troupes russes campaient sur son territoire. Les évènements entre l’Adjarie et la Géorgie se sont détériorés et les canons étaient en place …. Or, l’armée russe n’est nullement intervenue, elle s’est retirée, emmenant avec elle le Président Abashide et sa haute administration à Moscou. Petite anecdote : le chien du Président Abashide (un lévrier du Caucase), après le départ de son maître, a cessé de s’alimenter, et les Russes sont venu le chercher par avion pour qu’il retrouve son maître.

Pour l’Ukraine :

Ce n’est qu’en 1954 que la province de Crimée se trouve rattachée à l’Ukraine. Jusque là, cette province était, depuis le XVIII ième siècle, la tête de pont de la Russie sur la mer Noire, permettant la sortie en Méditerranée. Le rattachement à l’Ukraine, en 1954, a été l’objet d’un simple décret de huit lignes. A l’époque, ceci ne représente qu’un simple transfert juridique d’une province au sein d’un vaste empire. A noter que 98 % de la population parle russe.

Le débarquement d’équipement militaire américain en 2006 en préparation de l’opération « Sea Breeze » n’était pas du meilleur goût.
Un autre lien avec la Géorgie se situe dans les passeports russes distribués aux russophones de Crimée. La Géorgie agit de même avec les citoyens d’Abkhazie, bien qu’au début des années 90 elle ait perdu deux guerres contre l’Abkhazie. Un rattachement à la Russie ne peut que favoriser la Crimée en tant que débouché et approvisionnement, ne serait-ce même que pour le tourisme développé déjà du temps des Tzars.

Les mouvements d’une violence considérable à Kiev peuvent avoir des conséquences que les organisateurs autant que l’Occident étaient loin d’envisager. La télévision a transmis de brefs entretiens avec des manifestants parlant de corruption, et l’on fait sortir de prison Timoshenko à l’origine d’une énorme fortune. Lors de notre séjour à Kiev avant les dernières élections, personne dans l’opposition n’a mentionné ou cité le nom de Timoshenko..

Les dernières élections se sont fort bien déroulées. Cinq sociétés ukrainiennes et étrangères ont pratiqué des sondages à la sortie des urnes, et tous ont été positifs. Notons que cette procédure de contrôle paraît supérieure à celle de l’observation qui se doit d’être neutre, mais dont les conférences de presse et les rapports préliminaires sont cependant politiques, tant au niveau national qu’international. Alors, que penser des actions violentes sur la place principale de Kiev menées par un boxeur suivi par des personnes dont le nombre est de loin inférieur au corps électoral, qui a choisi un gouvernement en toute légitimité ? Insistons sur le danger de ces mouvements ayant entraîné la séparation de la Crimée, t mené à d’autres éléments plus dangereux.

En savoir plus sur http://www.les echos.fr/idees-debats/cercle/cercle-92430-ukraine-comprendre-avant-de-se-prononcer-
1000663.php ?3Bxo4uxLzLDhSTT.99 (information à partir du journal « Le Monde » – article de Mathilde Gérard.