Alexandre Benalla au Sénat

Deux articles, le premier de Monique Cochinal et le deuxième de Bernard Owen ,suivent.

Monique Cochinal

Après quelques éclats de voix et protestations véhémentes, soutenu dans ce sens par quelques ministres de La République en Marche, Alexandre Benalla se présente au Sénat, devant la commission d’enquêtes. Il est calme, poli, détendu, en possession de tous ses moyens. Tout d’abord, politesse oblige, il présente ses excuses au sénateur Bas pour les propos qu’il a pu tenir à son égard, ainsi qu’à tous les sénateurs. Il a un grand respect de toutes les institutions de la République, mais il a le sentiment d’un acharnement politique plutôt que la recherche de la vérité. Il dira tout ce qu’il sait, il expliquera, il le jure, mais sera muet concernant son enquête judiciaire. Message reçu cinq sur cinq par tous les sénateurs, qui ont mené leur enquête de façon remarquable, irréprochable. J’admire leur calme, leur détermination et la finesse de leurs questions.

Donc, toutes les questions posées ont porté sur Benalla lui-même, sans jamais évoquer les évènements du premier mai, et les conséquences, appartenant à l’enquête judiciaire. Comment avait-il été recruté et par qui, pendant la campagne du candidat Macron ? Puis, lors de l’élection du Président, combien d’entretiens avait-il eu, avec qui ? Acceptation du poste, par écrit ? Par téléphone ? Quelles fonctions précises exerçait-il auprès du Président Macron ? Une déclaration de patrimoine a-t-elle été faite ? Quand ? Son salaire mensuel de 6000 Euros net tenait-il compte des avantages en espèces ou en nature ? …… A chaque question, il répond, se justifie avec précision, se noie cependant dans les détails et s’éloigne de la réponse, ou, parfois se contredit. En résumé, on a l’impression d’une leçon bien apprise, qu’il débite avec beaucoup de conviction, sans compromettre personne. Il a été recruté pour ses qualités d’organisateur, de coordinateur. Il peut montrer ses certificats acquis grâce à son bon travail. Pas de passe droit. Il est apprécié de ses supérieurs. Il n’a jamais donné d’ordres aux policiers, juste des conseils. Il ne voit pas pourquoi certains policiers le craignaient. Il a de très bons rapports avec les forces de l’ordre et travaille beaucoup avec elles. Il justifie l’attribution d’un logement de fonction, sa mission exigeant une présence presque constante auprès du président et de ses collaborateurs. Il affirme, par deux ou trois fois, n’avoir jamais été policier et encore moins garde du corps du président. Tout ce qu’on a pu dire est faux et relève de commentaires politiques dirigés contre le gouvernement actuel.

De cette séance de plus de deux heures, il reste, cependant, des zones d’ombre importantes : s’il n’a pas le statut de policier, pourquoi a-t-il eu l’autorisation de port d’armes ? S’il n’est pas et n’a jamais été garde du corps, pourquoi porte-t-il une arme dans les déplacements et manifestations publiques, ou dans les déplacements privés du président ? A ce moment, ses explications ne sont pas claires. Il semble embarrassé. Il se contredit.

Je pense que nos sages sénateurs auront écrit leurs remarques, et signalé leurs doutes, qui apparaîtront dans leur rapport final, et qu’il y aura de graves dysfonctionnements mis en lumière dans nos institutions : dans le Ministère de l’intérieur : rôles et fonctions des gendarmes, des policiers. Qui fait quoi ? Notre Ministre de l’Intérieur a affirmé qu’il pensait que Monsieur Benalla était un policier, qu’il en avait donc le statut. Qui est responsable ? Et de quoi ?

Quant au Ministère de la justice, qu’on affirme indépendant, d’après notre constitution, il serait grand temps de définir les rôles et fonctions des policiers ainsi que les rôles et fonctions des magistrats. Il s’est, en effet, avéré que, selon les ordres de l’exécutif en place, le juge d’instruction se comportait comme un policier et condamnait avant la procédure normale, parfois très longue, et parfois très courte (en exemple : l’affaire Fillon). De plus, certains magistrats sont nommés d’office par le pouvoir exécutif (à nouveau, en exemple l’affaire Fillon). Contrairement à ce qu’on nous affirme, la justice n’est pas indépendante. Elle dépend, en partie, du pouvoir.

Toute personne mise en examen, avant toute forme de procès, est considérée, aux yeux des personnes, comme coupable, surtout lorsqu’il s’agit d’un concurrent politique à éliminer.

Que de drames évités, quand nos députés du nouveau monde auront reconnu ce grave dysfonctionnement de l’ancien monde et auront fait le nécessaire. Ils ont été élus pour cela.

Et la Magistrature?

Bernard Owen  Maria Rodriguez McKey

Qu’il soit possible d’avoir des doutes sur l’impartialité de la magistrature dans les procès politiques parait inacceptables. Que faire?  Les deux commissions sénatoriales ont indiquées le sérieux de cette Deuxième Chambre. La deuxième commission du Sénat interrogeait Benalla qui s’est fort bien comporté, à la surprise de certains. Certes, ses réponses, qui venaient sans difficulté, ont certainement mené de nombreux spectateurs a douter de l’action désordonnée qui entourait l’interrogé et soulignait le besoin d’une réflexion et d’un certain courage.

Une possibilité: Ne serait-il pas souhaitable que notre Chambre Haute (Sénatorial)  ait le droit de porter un avis sur les affaires juridique – politiques de haut rang?

Voici quelques extraits de l’entretien de maître Hervé Lehman par Alexandre Devecchio apparu dans le Figaro (Le procès Fillon).

«La rapidité avec laquelle l’affaire Fillon a été traitée au début est stupéfiante»

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Dans un livre qui vise à faire toute la lumière sur «l’affaire Fillon», des révélations du Canard enchaîné à l’élimination de l’ex-candidat, Hervé Lehman dénonce la connivence entre le pouvoir judiciaire et l’exécutif.

…  Comment expliquez-vous cette lenteur après la rapidité de sa mise en examen?

Hervé LEHMAN.- Le rythme actuel de la procédure visant François Fillon est normal, c’est-à-dire conforme à la durée habituelle des procédures d’instruction. Ce qui est stupéfiant, c’est la rapidité avec laquelle l’affaire a été traitée au début, comme si on avait voulu éliminer le principal candidat de l’opposition. Comme il était procéduralement impossible de faire comparaitre François Fillon devant un tribunal dans les quelques mois de l’élection présidentielle, on a choisi d’ouvrir une instruction qui permettait sa mise en examen, cette pré-condamnation des présumés innocents.

À peine l’instruction ouverte, les juges d’instruction ont été désignés; à peine désignés ils ont convoqué, après avoir étudié le dossier pendant le week-end, François et Penelope Fillon pour les mettre en examen. Où était l’urgence? L’affaire remontait à plusieurs années… Certains disent: oui, mais si François Fillon avait été élu, il aurait bénéficié de l’immunité présidentielle pendant son quinquennat et l’affaire aurait été bloquée. Si c’est bien le raisonnement suivi par les juges, cela signifierait qu’ils avaient conscience que la mise en examen allait empêcher François Fillon d’être élu. C’est cette interférence du judiciaire dans le processus électoral qui pose un problème.

… Le Parquet national financier était-il légitime dans cette affaire?

Le parquet national financier a été créé pour lutter contre «la grande délinquance financière». La loi lui donne compétence pour les affaires de détournement de fonds publics «d’une grande complexité». L’affaire de l’emploi de Penelope Fillon est d’une grande simplicité. On n’a pas créé un parquet national financier pour vérifier l’emploi du temps d’une assistante parlementaire de la Sarthe. Si le parquet national financier s’est saisi, précipitamment (le jour même de la sortie de l’article du Canard enchaîné), en raison de la dimension politique de l’affaire, alors ce n’est plus un parquet national financier, mais un parquet national politique.

Cette saisine est d’autant moins compréhensible que, pour les affaires apparues à la même époque, la soirée à Las Vegas d’Emmanuel Macron organisée par Business France qui était dirigée par Muriel Penicaud, l’affaire des assistants parlementaires du Modem de François Bayrou, l’affaire mettant en cause Richard Ferrand, le parquet national financier ne s’est pas saisi, alors même que les deux premières sont plus complexes que le cas de Penelope Fillon.

Ce n’est plus un parquet national financier, mais un parquet national politique.

Il n’y a pas d’explication officielle satisfaisante à ce mystère. Interrogé par La Voix du Nord, le procureur de la République financier a répondu: «je n’ai pas de sens politique».

François Fillon n’a-t-il pas lui-même commis un certain nombre d’erreurs? À commencer par se mettre entre les mains des juges…

Il est évidemment plus facile de commenter après coup, que d’agir dans la tourmente. Mais il est certain que François Fillon a sous-estimé la virulence de l’offensive judiciaire dont il faisait l’objet. Pour qui avait analysé les conditions de la création du parquet national financier et la fermeté de son action dans les affaires mettant en cause la droite, en particulier Nicolas Sarkozy et son entourage.

Il en a été de même lorsqu’il a déclaré qu’il se retirerait de l’élection présidentielle s’il était mis en examen, parce qu’il était convaincu, à tort, que ce n’était techniquement pas possible. On pourrait dire qu’il a alors donné le mode d’emploi à ses adversaires judiciaires.

Après avoir sous-estimé l’offensive judiciaire, François Fillon a surjoué, tardivement, l’indignation en criant au complot et au cabinet noir. Ce n’était plus audible, après ce qu’il avait précédemment dit.

L’ancien Premier ministre a évoqué un cabinet noir. Croyez-vous à cette théorie du complot?

Il n’y a pas de cabinet noir, et pas de complot. Les choses sont plus subtiles que cela. Il y a une chaîne de magistrats, dont la plupart ont été nommés par François Hollande et Christiane Taubira, …

Comment le juge d’instruction est-il nommé?

Lorsque le juge Tournaire a été désigné comme juge d’instruction principal, la presse a dit: c’est «le juge de fer, François Fillon va passer un sale moment». Mais personne ne s’est interrogé sur la raison pour laquelle c’est ce juge qui s’est trouvé en charge de l’affaire Fillon. Le juge d’instruction n’est pas tiré au sort, il est désigné par le président du tribunal de grande instance. Évidemment, la désignation ne se fait pas au hasard ; elle ne se fait pas non plus sur des critères objectifs et pré-établis. Elle résulte d’un choix non justifié et non motivé.

Il doit donc être constaté qu’a été choisi pour l’affaire mettant en cause le candidat de l’opposition à l’élection présidentielle un juge qui est réputé pour traiter les politiques comme les délinquants de droit ..

 

 

 

 

 

 

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