Brigitte Macron

Voici quelques extraits de ce qu’on pense à Mediaart sur le sujet.

Croquis. Transparence et eaux troubles à propos de Brigitte Macron

7 AOÛT 2017 PAR HUBERT HUERTAS

C’est la pétition du mois. Avec 200 000 signatures, la pétition « contre le statut de Première dame pour Brigitte Macron » atteint un niveau notable. Elle met le doigt sur un vrai problème, et sur beaucoup d’hypocrisie.

En réclamant que ne soit pas créé un statut de « Première dame », ce citoyen qui se présente comme « artiste peintre et auteur engagé, fondateur du “mouvement de l’égalité nationale » pour lutter contre la corruption et les discriminations » a soulevé un problème qui hante la Cinquième République depuis longtemps.

Un fantôme familier, dont l’aspect dérisoire et déphasé est mis en valeur par le vocabulaire lui-même : on parle de « première dame » comme si l’on revenait au temps de Guenièvre et Lancelot, ou de la comtesse de Ségur… Et pourquoi pas « preux chevalier » pour qualifier son fier mari ?

C’est le principe de ce statut qui est aujourd’hui contesté, avec des arguments qui ne manquent pas de force. Au nom de quoi cette personne rigoureusement privée, qui n’a pas été élue, disposerait-elle d’une existence publique dans l’organigramme de la République ? Et au moment où l’Assemblée interdit les emplois familiaux aux parlementaires, au nom de quoi le lien d’époux ou de compagnon ouvrirait-il ce droit au président de la République ? « Avec un tel statut la première dame usera de son rôle comme bon lui semble et ce sera lui reconnaître une existence juridique qui permettrait de bénéficier d’un budget, d’un rôle important, de nombreux collaborateurs, chauffeurs, protection renforcée et autres avantages… À l’heure où l’État souhaite faire des économies dans le budget de l’armée et souhaite moraliser la vie politique, se pose un problème de conscience nationale », proclame notamment la pétition de Thierry Paul Valette.

La difficulté, c’est que jusqu’à présent toutes les « premières dames » ont disposé d’un budget, attribué selon les volontés d’un seul, leur président de mari, qu’elles ont eu des collaborateurs, un bureau, absolument tout ce que redoutent les pétitionnaires. La crainte de ce mouvement, c’est que ce qui se passe déjà puisse un jour se passer…

L’autre réserve, c’est que Brigitte Macron bénéficie de trois collaborateurs, quand Valérie Trierweiler en avait cinq, et Carla Bruni huit – sans compter la gestion de son site qui, selon l’ancien député René Dosières, avait coûté 410 000 euros pour sa création et son entretien. Quant à Cécilia Sarkozy, lors de son bref passage avant son divorce, elle disposait carrément d’une carte de crédit payée par la présidence.

La question de la « première dame » est donc soulignée, et dénoncée avec virulence sur les réseaux sociaux au moment où l’intéressée a plutôt tendance à réduire son train de vie, ainsi que son influence. Si Cécilia Sarkozy exerçait par exemple un poids considérable sur les choix de son mari, si Carla Sarkozy avait transformé les conseils des ministres en agent promotionnel pour son dernier CD, si Valérie Trierweiler était directement intervenue dans la campagne des législatives de 2012 en soutenant Olivier Falorni contre Ségolène Royal, on ne peut pas faire grief à Brigitte Macron de s’immiscer dans les affaires politiques.

L’impopularité dans laquelle paraît s’enfoncer Emmanuel Macron n’est pas étrangère à la concentration de critiques sur le rôle potentiel de son épouse, et la pétition en porte d’ailleurs la trace quand elle évoque « les statuts prioritaires, à savoir celui des travailleurs, celui des petits retraités délaissés, les étudiants défavorisés par la baisse de l’APL, la crise des migrants… ».

Pourtant, aussi injuste que puisse paraître ce collimateur estival pour la personne de Mme Macron, la question du statut de la femme du président, ou de son mari si c’est une présidente, est une affaire symboliquement sensible. Or, avec son projet de « statut », le président Macron l’aborde en mélangeant les genres. Au nom de quelle légitimité une personne faisant partie de sa sphère familiale devrait-elle bénéficier d’une référence publique ?

La solution pour en finir avec cette ambiguïté impose d’en revenir à la logique. La « fonction » de « première dame » n’existe pas, et c’est cette inexistence qui doit être consacrée et reconnue dans un texte. Les appartements de fonction de l’Élysée sont assez vastes pour que cette épouse, ou ce mari, y installe son bureau, et les services de communication sont assez experts pour traiter le courrier à son adresse et les réponses à apporter. Zéro statut, zéro bureau administratif, zéro euro de fonctionnement, voilà la solution. Avec ce dispositif, Brigitte Macron serait à l’abri d’attaques qui, parfois, n’atteignent pas le degré zéro, mais montent plutôt des égouts.

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