Campagne de Macron: les cadeaux du «roi de l’événementiel»

27 AVRIL 2018 PAR ANTTON ROUGET – MEDIAPART

Selon les comptes de campagne consultés par Mediapart, la société d’événementiel GL Events a effectué d’importantes ristournes en faveur de la campagne d’Emmanuel Macron. L’entreprise dirigée par Olivier Ginon, proche de Gérard Collomb et aujourd’hui très en cour à l’Élyséeargue d’un geste commercial habituel. Mais selon d’autres factures consultées par Mediapart, François Fillon n’a pas bénéficié de tels rabais.

De la mairie de Lyon au palais de l’Élysée, le patron Olivier Ginon, proche de Gérard Collomb, grimpe à toute vitesse dans l’entourage d’Emmanuel Macron. La relation du président de la République avec le PDG de GL Events, leader français de l’événementiel cité dans les « Panama Papers », qui ambitionne d’atteindre le milliard d’euros de chiffre d’affaires cette année, n’en finit pas d’intriguer.

Elle a aussi fait tiquer la Commission nationale des comptes de campagnes et des financements politiques (CNCCFP). Selon nos informations issues de la consultation des comptes de campagne du vainqueur de l’élection présidentielle (voir boîte noire), la CNCCFP a relevé les promotions exceptionnelles, parfois « d’un pourcentage anormalement élevé », du champion de l’événementiel, qui a loué au candidat Macron plusieurs de ses salles dont il détient les concessions dans des grandes villes (Paris, Lyon ou encore Clermont-Ferrand).

La note de la CNCCFP vise une facture en particulier, ayant pour objet la location de matériel à l’occasion du meeting du 10 décembre 2016 à la porte de Versailles, qui a subitement été rabotée de plus de 9 000 euros pour passer de 39 490 euros à 29 663 euros. D’autres prestations ont aussi été sabrées à coup de –30 %, –50 %. Parfois même intégralement. C’est cadeau !

Les soldes ont débuté dès le lancement de la campagne, à l’été 2016, alors que Macron n’avait pas encore mis la main sur ces centaines de grands donateurs. La veille du meeting de la Mutualité du 12 juillet 2016, trois mois à peine après le lancement d’En marche!, la location de la salle principale pour les préparatifs devait coûter 14 129 euros à l’équipe de campagne. C’était sans compter sur une promotion exceptionnelle « Remise –100 % » (sic) qui a annulé cette ligne de dépenses. Rebelote le lendemain, le jour du meeting : une nouvelle réduction a fait baisser les coûts de près de 15 000 euros (25 710 euros contre 40 554 euros). Appréciable, avant que les dons affluent dans les caisses du parti.

Extrait de la facture de la Mutualité. © Document Mediapart

Sollicité par la CNCCFP en septembre 2017, la société de M. Ginon a attesté le 17 octobre que « les remises (…) correspondent à une négociation commerciale habituelle avec un organisateur d’événements ». Le 20 octobre, l’expert-comptable de la campagne d’Emmanuel Macron a appuyé son fournisseur en expliquant que les promotions, comme celles d’autres entreprises, « sont normales et régulières dans une optique de fidélisation de la clientèle ». La commission s’est satisfaite de ces explications.

De telles ristournes sont-elles pour autant si « habituelles »« normales » et « régulières » ? Un autre candidat n’a visiblement pas eu cette chance. Des factures de GL Events identifiées par Mediapart dans le compte de François Fillon montrent que le candidat de la droite n’a, lui, pas eu le droit à de telles remises quand il a loué des salles à Nice (Nice Acropolis) ou à Lyon (Eurexpo). Sollicité par Mediapart, l’Élysée n’a pas retourné nos demandes d’entretien sur la relation d’Emmanuel Macron avec celui qu’il a considéré comme son « ami » le 27 septembre dernier (le président a pourtant déclaré le 15 avril, au détour d’une question sur Bernard Arnault : « Je n’ai pas d’amis… je suis le président. »). Après la publication de notre article, le service presse de l’Elysée nous a fait savoir que les deux hommes n’ont « jamais partagé aucun moment privé ensemble ». Il ajoute aussi que les tarifs de la campagne ont été négociés au niveau « du pôle événementiel d’En Marche! » : « Au cours de la campagne présidentielle, le mouvement est parvenu à tenir les coûts des différents événements grâce à une approche agressive des négociations commerciales. »

Le ministre Gérard Collomb a déclaré ne pas être intervenu dans les négociations tarifaires avec l’entreprise. Olivier Ginon nous a assuré par écrit que les prestations de la campagne Macron « ont fait l’objet de facturations selon des critères communs à tous ». Relancé sur l’absence de telles « remises » dans le compte Fillon, il ne nous a plus répondu.

En décembre 2016, dans un mail issu des « Macron Leaks », c’est un autre aspect de la société d’Olivier Ginon qui a fait surface : le recours à des travailleurs étrangers détachés. En 2015, à l’occasion des Universités d’été du Parti socialiste, GL Events a mis le PS dans l’embarras en sous-traitant une Les comptes de campagne d’Emmanuel Macron en quelques chiffres. © Mediapart partie de ses missions à une entreprise roumaine. Dans un message transmis à trois responsables de la campagne, la directrice des affaires juridiques Marine Mathé alerte, le 16 décembre : « Pour des questions d’image, il s’agit également d’être vigilant sur l’hypothèse de prestataires français recourant à des travailleurs étrangers détachés (souvent dans le cadre d’une sous-traitance. Ce n’est nullement illégal mais souvent mal perçu dans les médias (cf. UEPS 2015 du PS et les 10 salariés roumains, régulièrement détachés, de GL EVENTS). Dans ce cas, la transmission par le prestataire d’une attestation sur l’honneur de l’absence de travailleurs détachés (même en sous-traitance) pourrait être envisagée. »

L’implication du champion de l’événementiel dans la campagne de Macron fait aussi beaucoup parler à Lyon, où Olivier Ginon a mis la main sur de juteux marchés de l’administration Collomb. Les élus d’opposition Les Républicains viennent d’y solliciter la chambre régionale des comptes pour en savoir plus sur les moyens publics de la Métropole de Lyon qui auraient été utilisés au profit du candidat Macron. En cause : l’organisation, par Gérard Collomb, alors maire de la ville, d’une réception d’Emmanuel Macron (encore ministre mais déjà tourné vers la présidentielle) à l’hôtel de ville en juin 2016. L’opération a été prise en charge par la métropole, avec du matériel Sono/éclairage loué à GL Events.

Début avril, Le Canard enchaîné a aussi révélé que c’est l’entreprise d’Olivier Ginon qui a accueilli, le 18 novembre, le congrès de La République en marche, à l’Eurexpo de Lyon, dont elle détient la concession. Le PDG a légitimé auprès du Palmipède ses liens avec le président de la République : « Vu la taille de notre groupe, c’est normal que les responsables politiques me reçoivent. »

L’idylle entre Emmanuel Macron et le chef d’entreprise date de plusieurs années. Le 24 avril 2015, le futur président de la République, alors ministre de l’économie, lance en compagnie de ses collègues Patrick Kanner (Ville), Thierry Braillard (Sports) et Matthias Fekl (Commerce extérieur) un « comité stratégique de filière » dont l’animation est confiée à Olivier Ginon.

L’initiative avait pour objectif de proposer un contrat stratégique de filière, à la veille de l’organisation de l’Euro 2016 de football et du dépôt de la candidature à l’organisation des JO 2024. Les ministres fanfaronnent alors sur ce marché qui « représente un chiffre d’affaires de 35 milliards d’euros par an ». En 2016, la société d’Olivier Ginon a dégagé 130 millions d’euros sur les seuls Jeux olympiques de Rio, et l’entreprise s’active déjà pour ne pas perdre une miette de Paris 2024.

En attendant, GL Events entretient son réseau. Du 27 au 30 mars, le ban et l’arrière-ban de la Macronie ont défilé au « Global Industrie », salon professionnel que l’entreprise organise à Paris. Le président de la République a aussi mouillé sa chemise en recevant 200 industriels à l’Élysée. « C’est la première fois en France depuis plusieurs années que nous avons autant de personnalités politiques sur un salon industriel », s’est à cette occasion félicité le directeur de l’événement.

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