Campagne Macron: les preuves du mensonge

30 AVRIL 2018 PAR ANTTON ROUGET – MEDIAPART

De nouveaux documents consultés par Mediapart viennent démentir les affirmations de l’Élysée et de GL Events. Deux autres candidats à la présidentielle – François Fillon et Benoît Hamon – n’ont pas bénéficié, pour des prestations équivalentes auprès de la même entreprise, des ristournes accordées au futur président de la République.

Les ristournes de GL Events à l’égard d’Emmanuel Macron étaient-elles « habituelles » ? À la suite des premières révélations de Mediapart sur les cadeaux consentis à la campagne du président de la République par la société d’événementiel, son patron, Olivier Ginon, un proche du ministre de l’intérieur Gérard Collomb, a argué de pratiques commerciales classiques. Or, de nouveaux documents consultés par Mediapart montrent que deux autres gros candidats à l’élection présidentielle, Benoît Hamon (PS) et François Fillon (LR), n’ont pas bénéficié de tels rabais de la part de la même entreprise pour des prestations équivalentes.

L’une des prestations en cause porte sur la location de la Maison de la Mutualité, à Paris, dont GL Events a la concession. Emmanuel Macron a loué cet espace pour son meeting du mardi 12 juillet 2016, alors qu’il venait de lancer son mouvement et n’avait pas encore mis la main sur ces centaines de « grands donateurs » qui ont ensuite financé sa campagne.

Comme Mediapart l’a déjà raconté vendredi, le candidat En Marche! a alors bénéficié d’importants rabais, jusqu’à 100 % pour la location de la salle la veille de l’événement. Selon nos calculs, ces remises ont permis de faire chuter la facture globale de 33 819,87 euros sur un total de 92 000 euros, comprenant locations et prestations (régie, sécurité, accueil…).

Sur le seul volet « location » de la facture, la décote est vertigineuse : – 28 972,75 euros, faisant atterrir les coûts à 25 710,25 euros.

Extrait de la facture de la Mutualité. © Document Mediapart

Ce montant étonne d’autant plus qu’à l’inverse d’Emmanuel Macron, les deux autres candidats à avoir organisé des meetings à la Maison de la Mutualité n’ont pas obtenu de rabais.

Le candidat socialiste Benoît Hamon a pourtant organisé, coup sur coup, deux événements dans cet espace : un premier – de moindre ampleur – le soir de son élection à la primaire de la gauche, le dimanche 29 janvier, et un second à l’occasion de son investiture par le PS, une semaine plus tard, le dimanche 5 février. « Le parti a payé plein pot », confirme Benoît Hamon (voir notre article Des réactions d’indignation dans la classe politique).

Pour le meeting du 5 février, une prestation équivalente à celle d’Emmanuel Macron, le seul volet « location » de la facture du parti socialiste est chiffré à 43 523 euros, soit près de 20 000 euros de plus que le candidat En Marche!, sans aucune promotion. La mention « remise » ne figure même pas sur la facture du PS.

Pour la soirée de campagne du 29 janvier, Benoît Hamon a loué quelques salles de la Mutualité au 3e étage pour un total de 17 871 euros. Là encore, le candidat n’a pas eu droit à la moindre réduction. Par contre, sur cette facture, la colonne « remise » apparaît. Dans le volet « prestations » (total de 33 119,60 euros), le candidat socialiste a en effet bénéficié d’une micro-ristourne sur les « frais de service vin » de… 32,40 euros. Soit moins de 0,001 % du montant global.

Même situation pour François Fillon. Selon une facture dévoilée dimanche 29 avril par Europe 1, le chef de file de la droite n’a pas bénéficié de la moindre réduction pour sa location de la Mutualité à l’occasion de son meeting du 14 janvier 2017. Les frais de location dépassent pour lui les 44 000 euros et aucune colonne « remise » n’est mentionnée sur la facture.

De plus, comme nous l’avons déjà indiqué, le candidat Les Républicains n’a pas non plus eu droit au moindre geste commercial quand il a loué des salles gérées par GL Events à Nice (Nice Acropolis) ou à Lyon (Eurexpo). Sur LCI, la porte-parole des Républicains Lydia Guirous a dénoncé « une concurrence déloyale. Il faut une enquête plus importante et que toute la lumière soit faite sur cette affaire ».

Ces éléments viennent aujourd’hui affaiblir la défense de GL Events et de l’équipe Macron. Devant la Commission nationale des comptes de campagne (CNCCFP) puis dans leurs réponses à Mediapart, la société d’événementiel et l’équipe du candidat ont expliqué que les ristournes effectuées pour l’organisation de meetings de la campagne présidentielle n’étaient rien d’autre qu’une pratique commerciale habituelle de l’entreprise.

Les promotions commerciales « sont normales et régulières dans une optique de fidélisation de la clientèle », avait écrit l’expert-comptable de la campagne, le 20 octobre, pour justifier auprès de la CNCCFP des rabais de GL Events et d’autres sociétés. Vendredi 27 avril, avant la publication de notre première enquête sur le sujet, Olivier Ginon nous a aussi assuré par écrit que les prestations « ont fait l’objet de facturations selon des critères communs à tous ». L’Élysée a aussi expliqué que ces tarifs de la campagne, négociés au niveau « du pôle événementiel d’En Marche! », sont le fruit d’une « approche agressive des négociations commerciales ».

Ce lundi, dans un communiqué de presse, GL Events a subitement avancé une nouvelle explication pour justifier ses ristournes à la Mutualité : « Il s’agit ici d’une remise usuelle en période estivale à Paris par les gestionnaires de sites événementiels, dans un contexte de concurrence très forte et de faible activité pendant la période d’été. » Pourtant, les soldes ont continué bien après la période estivale : plusieurs remises repérées par Mediapart pour de la location de matériel ont été réalisées à l’hiver 2016 et au printemps 2017.

La défense de GL Events interpelle aussi au regard de la législation. Les dons et avantages en nature des entreprises privées étant strictement interdits depuis la loi de 1995 relative au financement de la vie politique, la CNCFFP est formelle : pour éviter tout financement déguisé d’une campagne électorale par une entreprise, « les rabais consentis par les fournisseurs [généralement tolérés sous un seuil de 20 % – ndlr] sont interdits lorsqu’ils n’entrent pas dans le cadre d’une pratique commerciale habituelle ». Les factures de François Fillon et Benoît Hamon viennent démontrer le contraire.

Si vous avez des informations à nous communiquer, vous pouvez nous contacter à l’adresseenquete@mediapart.fr. Si vous souhaitez adresser des documents en passant par une plateforme 

 

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