The Institutions of the European Union

Bernard Owen
The amount of European Union (EU) laws that are adopted later by the national parliaments is considerable. In France, the far right pretends that 80 % of French laws are a result of European Directives. If we go back to the origin of the European community, Jacques Delors announced in February 1987 that 30 % of Belgian laws came from European directives and that in 10 years time the figure would be 60 %. But using percentages is not a fair way of portraying the reality of EU competence.

The Union has enlarged its competences. The European Union has 28 members. As far as France is concerned, the Web Site of that country’s Ministry of Justice shows us that 50 % of the new laws come from the Union.

We have to keep in mind that laws cover quite a number of different areas. The text that forbids the death penalty holds in one line, whereas the law dealing with the construction of elevators has 10 pages. Our information comes from Jean Quatremer, who is a journalist at “Libération”. In one year, of the about 100 laws adopted in France, 25 % have European basis.

In the beginning of 2007, 711 directives and 5 293 rules were applied. These figures deal with the fixing of technical norms. For example, the size of the cages in which chickens are transported…

Another author, Jean Louis Bourlanges, estimates that 90 to 98 % of the financing of projects are national. He also points out to the fact that European laws cover matters that are far from being aon issues of “national sovereignty”. (This author spent 20 years in the European Parliament).

There are summaries of the European Treaty but they do not show the complexity of the document which has 200 pages.

Title I
Art. 1 “The Union coordinates the political issues of the member States so as to attain the aims and to act on the community within the competences which they have been given”.

Art. 3 “The Union aims to promote peace, its values and the happiness of the people”.

Art. 1 – 7 “The Union has legal authority (which the OSCE does not have).

Title I – 20
“The European Parliament has through the council, legal, financial powers. It elects the chairman of the commission.

Art. 1 – 21 The council of Europe. It has no legal competence
– Advises the European Union, decides and organizes the way it evolves

– It defines its general attitudes and the general political priorities.

Art. 2 – The council is made up of
– The heads of State or the prime ministers of the member States.

– Its own chairperson.
– The President of the commission.
– The Minister of Foreign Affairs participates in the work
Art. 3 – The council meets every three months
– The chairperson decides upon the date. Whenever useful the meeting can invite the necessary persons.

– The chairman can make a call for a very special meeting
– The council makes consensual decisions except for cases found in the Constitution.

Art. 1 – 22 – The President of European council
– The council elects its President
– The President deals, at his level, with questions having to do with foreign policy and security without prejudice to the Minister’s competences.

The council of Ministers
– It deals with the European parliament on legal questions and the budget

– It It defines political attitudes and coordinates.

– It is made up of a representative of each member State

– – these members have the authority to engage their own government. He or she has the right to vote.

Art. 1 – 24 – The council of Ministers
– The minister has a seat in different formations

– He or she is a advisor who assures the coherence of the whole union

– Prepares the meetings of the European council

– Does the follow-up of the meetings with the President of the European Council and the Commission.

– The Council of Foreign Affairs defines the foreign policy of the Union decided by the European Council
– The European Council adopts (by a qualified majority) European decisions from different parts of the council

– The qualified majority of the council of Europe is represented by the following :
At least 50 % of the members of the council
The 50 % must include at least 15 members representing 65 % of the population of the Union.

To conclude we must say that if we take into account the United States and the new Russian Federation, Europe is not organized to play an important role in international politics. Europe cannot project its economic power because Europe has in Brussels or elsewhere too many institutions that have to work together, but which get bogged down on details and no clear decision center.

Europe is composed of States that have its own institutions that do not provide for political stability and unity. For example, some States like Belgium, the Netherlands, and Finland have had since 1945 a total of four years without governments that do not have the backing of majority in parliament.

For details …. Please take a look at the book “Proportional Western Europe : the failure of governance” published in English by Palgrave – Mac Millan – November 2013.

Euro : les institutions sont toujours la cinquième roue du carrosse

Maria Rodriguez-McKey

Les institutions politiques et économiques efficaces sont essentielles pour le bon fonctionnement d’un pays et encore plus d’un continent si divisé en tellement de nations culturellement différentes. Il faut que les institutions politiques créent des systèmes de partis forts et que les institutions économiques, et les règles du jeu, soient flexibles.
L’un des critères de Copenhague (qui servent à l’accession à l’UE) demande que le pays ait « une économie de marché viable ainsi que la capacité de faire face à la pression concurrentielle et aux forces du marché à l’intérieur de l’Union. » Maastricht indique quatre seuils de convergence économique : l’inflation ne peut dépasser de plus de 1,5% le taux d’inflation moyen des trois Etats membres les plus performants ; les taux de change doivent être relativement stables avant l’adhésion à l’euro ; le taux d’intérêt nominal doit converger vers celui des trois pays où l’inflation est à son plus bas (il ne doit pas dépasser de plus de 2 points le taux des Etats membres les plus performants) ; et le déficit national doit représenter moins de 3% du PIB et la dette publique, 60% du PIB (Marion Grobel, « Règles financières pour le contrôle du gouvernement (BP358f) » novembre 1993.http://publications.gc.ca/Collection-R/LoPBdP/BP/bp358-f.htm) Ne semblerait-il pas que cela mène à une concurrence entre les pays faibles et les pays forts sans l’effet stabilisateur d’institutions fédérales ?
Le dernier traité européen fut celui de 2005. Il a donné plus de pouvoirs au Parlement européen et créé le poste de Ministre européen des Affaires Etrangères. Avant le référendum malheureux pour l’adoption de ce traité, le Président Chirac a participé à un entretien avec des jeunes ayant pour but de les convaincre de voter « oui » au traité. Parmi les questions posées par les jeunes se trouvait « s’il y avait eu un ministre des affaires étrangères européen à l’époque où la France s’est opposée à la guerre d’Irak aurait-elle pu le faire ? », ce à quoi Chirac a répondu « oui » la France aurait pu s’y opposer. Le Président Sarkozy et le Premier Ministre Cameron ont fait la guerre de Libye sans même l’opinion du Ministre des Affaires Etrangères Européen. Est-elle vraiment utile ? Il n’est pas inutile de se poser la question car n’aurait-t-il pas été plus utile de créer des institutions pour l’Euro ? N’oublions pas que la guerre de Libye a coûté cher (plus de 300 millions d’Euros), encore plus cher en temps de crise.
Une crise financière et économique venue des Etats-Unis est arrivée en Europe mais sous une autre forme : une crise de la gouvernance. Déjà en 1929 la crise de Wall Street avait eu un effet économique dévastateur dans l’Allemagne de Weimar mais qui s’est transformée entre 1930 et 1932 en une crise des institutions. Le gouvernement était très minoritaire et le Président de la République entérinait ses décisions par décrets présidentiels. Les institutions étaient déficientes et pour les élections de 1930 et 1932 les seules structures d’accueil pour le vote contre cette république incapable de s’assumer étaient les communistes et les nazis. L’on connait la suite : 50 millions de morts. Face à la crise, les Etats-Unis étaient à l’abri des catastrophes. Le parti dans l’opposition était suffisamment fort et organisé pour porter au pouvoir Franklin Roosevelt et son parti.
Mais revenons au présent. Il s’agit naturellement de l’Euro mais envisageons les institutions, ces institutions qu’on essaye de créer aujourd’hui en plein drame. Dans ce contexte on parle de nouvelles institutions, on a même parlé des Etats-Unis d’Europe. Sans oser penser que le fédéralisme américain soit un modèle, l’on pourrait peut-être s’attarder un moment pour dégager quelques éléments qui sont essentiels à la gouvernance d’une zone aussi complexe de tout point de vue que l’Europe.
Voyons le problème de la dette aux Etats-Unis. Les Etats-Unis empruntent à un faible taux en dépit de la taille de sa dette (100% du PIB). Le fait que le dollar est toujours la monnaie de réserve aide. 75% de la dette américaine est détenue par des américains, tels que le Social Security Trust Fund (19%), la Reserve Fédérale (11.3%), des Money Market Funds (2.4%) et des étrangers (la Chine a 8%, mais il y d’autres pays tels que le Japon, la Grande Bretagne ou l’Allemagne) etc. (http://wealthson.com) La différence essentielle entre la zone Euro et les Etats-Unis est qu’il y a une gouvernance économique et financière chez le deuxième et pas chez la première.
En ce qui concerne la France, la dette, par exemple, représente 86% du PIB. Puisqu’elle n’a pas eu un budget en l’équilibre depuis 1974, elle n’a pas pu dégager des marges pour rembourser cette dette. Plus d’un tiers de la dette est détenue par l’épargnant français et 66% par des étrangers, soit des banques centrales, des assureurs, des fonds de pension et même des « hedge funds » ou fonds spéculatifs, des grands investisseurs venus de d’Asie, des Etats-Unis ou du Nord de l’Europe.
A défaut d’institutions pour gérer la crise de l’Euro il y a bien sûr le « moteur franco-allemand ». En aurait-on besoin s’il existait des institutions peu nombreuses mais efficaces ? Car en période de crise, et pire dans l’absence de pouvoir, le rôle des marchés et des agences de notation devient plus visible et la pression est accentuée. Les marchés réagissent d’abord et les agences prennent note et se prononcent. Et selon le Wall Street Journal du 28 novembre 2011, “ En décidant la dégradation de la note d’un pays les agences de notation prennent de plus en plus en considération la gouvernance. » (WSJ, 28 novembre 2011) Un exemple de ceci est la dernière note de Fitch, qui tout en s’engageant dans une perspective négative pour la France, l’agence de notation estime que le triple A est basé, entre autres, sur «…des institutions politiques, civiles et sociales efficaces… » (). Le 26 novembre 2011 Standard & Poor dégrade la note belge en citant « une économie au ralentit et une instabilité politique prolongée. » (WSJ, http://online.wsj.com) Le lendemain de cette dégradation, les partis politiques belges qui essayaient de former un gouvernement depuis leurs dernières élections en juin 2010, y sont arrivés. La deuxième dégradation, le 17 décembre, c’était le tour de Moody, qui reconnaît que « les discussions récentes des 8 partis politiques ont finalement réussi à trouver une solution après une longue impasse politique. Avec le nouveau gouvernement, le pays sera en meilleure position pour avoir une politique fiscale durable et faire des réformes structurelles. » (http://www.zeroedge.com/news/moodys-takes-sps-place-downgrades-belgium-two-notches-aa3)
Le Wall Street Journal (WSJ) a parfois été critiqué en France à cause de sa position pessimiste concernant l’Euro. En fait, le WSJ estime que la crise de l’Euro « n’a jamais été que partiellement une crise de la durabilité de la dette souveraine de la Grèce, Irlande, Portugal, Italie et Espagne. Il est bien plus important de noter que cela a toujours été une crise politique, une crise institutionnelle, une crise de gouvernance” (“Debt Crisis is Symptom of Wider Failings”, Simon Nixon, WSJ…). De surcroît, à travers plusieurs articles comme celui de Matthew Dalton, « Italy’s Debt Woes, 30 Years in Making », du 18 novembre 2011 et celui de Thomas Catan, « Myth and Reality about the Euro Crisis », du 8 décembre, 2011 le WSJ estime que l’Euro a poussé certains pays à des politiques qu’ils n’auraient pas faites dans d’autres circonstances (surtout à cause du taux unique). Il ne faut pas oublier qu’en 2007 l’Espagne avait une dette de 36% du PIB, en 2010 de 61% du PIB et en 2011 69% du PIB. A travers ces articles, et d’autres, le WSJ semble dire qu’il y a des faiblesses dans la conception même de la monnaie unique.
Mais il n’y pas que le Wall Street Journal. Dans Les Echos Olivier Blanchard, économiste en chef du Fonds monétaire international, parle d’investisseurs « schizophrènes » et « demi-solutions » et il pense que la raison pour cela se trouve dans « …ces réunions et ces plans » qui « ont révélé les limites de la politique, généralement à cause des désaccords entre pays.. » (http://www.lesechos.fr, 21 décembre 2011, « Zone euro : investisseurs « schizophrènes et demi-solutions Blanchard, FMI. ») Une semaine avant cet entretien Moritz Krämer responsable des notes souveraines pour l’Europe de Standard & Poor disait à Catherine Chatignoux des Echos que « la crise qui affectait quelques Etats périphériques est devenue une crise de gestion » de la zone euro. Mme Chatignoux termine son article par un paragraphe qui commence par une phrase qui confirme ce que dit le Wall Street Journal « (http://www.lesechos.fr) « Si les responsables de l’agence se défendent de donner plus d’importance que par le passé aux facteurs politiques… »
Des idées ne manquent pas sur ce que l’Europe, ou plutôt la France et l’Allemagne, devraient faire pour l’euro. Par exemple, dans un entretien du journal Le Figaro du 21 novembre 2011, l’ancien premier ministre Edouard Balladur répond à la question portant sur la bonne stratégie européenne « pour conjurer durablement ces attaques sur l’euro » par « …j’ai proposé que les budgets de ses Etats membres ne puissent être soumis aux Parlements nationaux qu’après avoir reçu le feu vert de 17 statuant à la majorité. » La solution qu’il prône n’ouvrirait-elle pas la porte aux petites ententes politiciennes ? Quels seraient les moyens qui empêcheraient deux pays de faire ce que l’Allemagne et la France ont déjà fait pour éviter les pénalités ? Après avoir dépassé le 3% de déficit les deux pays se sont entendus dans le but d’éviter que Bruxelles leur impose ces pénalités. Encore plus important, qui analyserait les budgets ? sans oublier que la Grèce a berné les institutions existantes. Quant on crée des institutions il faut rester pratique, garder les pieds sur terre et oublier l’idéalisme.
Mais en tout état de cause, à défaut d’institutions, il faut les créer. En mettant en place ces nouvelles institutions allons-nous vers une Europe fédérale ? Qu’en est-il du fédéralisme aux EUA ?
Il existe certaines similitudes qu’il serait utile de ne pas négliger. Commençons donc par ne pas oublier qu’aux Etats-Unis les Etats ont précédé la Constitution fédérale. Le pouvoir fédéral s’est formé au fur et à mesure du temps et des événements historiques. En plus de la constitution fédérale, chaque Etat possède sa propre constitution qui doit contenir au minimum les droits civiques des dix premiers amendements, quitte à en donner plus. Une condition pour devenir un Etat est d’être une république, même si la forme n’est pas prescrite, les Etats ont copié le modèle fédéral d’un exécutif (gouverneur), d’une législature et d’un système de tribunaux.
Quelques éléments de la Constitution fédérale : « Supremacy clause » : article VI, paragraphe 2 de la Constitution. « Etablit que la constitution fédérale, et en général les lois fédérales, sont supérieures aux lois des Etats et même des constitutions des Etats. (http://law.cornell.edu, Legal Information Institute) Puis nous trouvons les pouvoirs délégués aux Etats par le dixième amendement de la Constitution : “Les pouvoirs que la Constitution ne délègue pas aux Etats-Unis, ou ne sont pas prohibés par elle aux Etats, sont réservés aux Etats ou au peuple respectivement. » Le respect des jugements entre tribunaux des différents Etats est garanti par l’article « Pleine foi et crédit » de la Constitution fédérale.(http://www.law.cornell.edu/wex/full_faith_and_credit)
Finalement, c’est l’interprétation élargie de la Clause du « Commerce » qui fait que les pouvoirs du gouvernement fédéral ont été élargis considérablement. La “Commerce Clause” c’est article 1, section 8, clause 3 de la Constitution fédérale qui donne le pouvoir au Congrès de « régler le commerce avec les pays étrangers, et entre les Etats, et avec les tribus indiennes. » La Clause du Commerce a été perçue historiquement comme un octroi d’autorité au Congrès en même temps qu’une restriction des pouvoirs des Etats pour réguler ce qui a mené à des controverses significatives continuelles concernant l’équilibre du pouvoir entre le gouvernement fédéral et les Etats. Le mot clé du texte est l’interprétation donnée à “commerce”, interprétation qui a varié au fil du temps et c’est avec le « New Deal » que ce mot a été interprété de façon très libérale et les pouvoirs du gouvernement fédéral ont été élargis dans des domaines qui n’auraient pas été considérés comme « commerce » dans la définition classique du terme. (Cornell University Law School, ).
On parle commerce donc on pense dollar mais depuis qu’en est-il une monnaie nationale ? Pas dès le début car la première colonie à battre la monnaie a été Massachusetts Bay en 1690. D’autres ont suivi. Mais la première fois qu’on a essayé d’imprimer de l’argent national a été pendant la guerre d’indépendance, lorsque le Congrès Continental a émis de la monnaie (appelée « continentals »). Ils étaient garantis par les futurs impôts et ont financé la guerre contre la Grand Bretagne.
Un petit article dans Alternatives Economiques (« Hamilton contre Jefferson, ou combien il est difficile de créer une union économique et monétaire », Alternatives Economiques n° 293 – juillet 2010) nous donne la réponse sur la question du dollar : il n’est devenu la monnaie officielle des Etats-Unis qu’en 1863 et « la seule en circulation sur tout le territoire… » Et ce fut seulement en 1913 que les Etats-Unis se dotèrent d’une banque centrale.
Mais avant la création de la Réserve Fédérale, il y avait déjà eu des ébauches de banque centrale. La première a été fondée en 1791 et bien qu’elle ait eu un statut privé elle était chargée d’émettre la nouvelle monnaie et de la régulation du crédit. Elle a été remplacée par la Seconde Banque des Etats-Unis en 1816 après la deuxième guerre avec la Grande Bretagne et son rôle a surtout été de mettre fin à l’inflation galopante d’après guerre. Elle est dissoute en 1830 par le président Andrew Jackson qui est hostile aux banquiers car il estime qu’ils ne sont pas responsables devant le peuple.
L’article raconte un moment de l’histoire entre ces deux hommes qui fait penser que le monde ne change pas : Alexander Hamilton, qui était secrétaire au trésor (ministre des finances), voulait consolider au niveau fédéral la dette contractée par les Etats au cours de la guerre d’indépendance, afin de pouvoir plus facilement négocier des crédits auprès des financiers internationaux. Jefferson est réticent, mais finit par céder. Et l’histoire se répète, car Jefferson écrit en 1819, concernant la Première Banque (celle de 1791), que les banques transformèrent «nos citoyens, leurs propriétés et leur travail, en victimes passives des tours de passe-passe frauduleux des banquiers et des charlatans. »
Et le rôle de la Réserve Fédérale ? (http://www.federalreserve.gov/) Elle est indépendante du point de vue financier car elle ne reçoit pas d’argent ni du gouvernement ni du congrès. Elle se finance par des « intérêts des emprunts publics auxquels elle souscrit sur les marchés, les commissions perçues pour les prestations aux banques de dépôts et les intérêts sur les changes de monnaies étrangères. » Le bureau des gouverneurs est l’organe dirigeant de la Réserve Fédérale et il compte sept membres nommés par le président des Etats-Unis et confirmés par le Sénat. La Réserve Fédérale est détenue par douze banques fédérales régionales et les parts détenues par ces 12 banques ne sont ni échangeables ni vendables, et ne peuvent être mises en gage pour dégager des fonds. Ces parts rapportent un coupon fixe de 6% annuel. L’excédent de capital généré par les activités de la Fed peut être cédé au budget fédéral, mais en aucun cas aux banques régionales actionnaires.
Et la Banque Centrale Européenne ? Elle a son propre budget, indépendant de celui de l’Union Européenne. Son capital est souscrit et libéré par la BCN (banque centrale nationale) de la zone euro. Les 17 pays possèdent des parts de la banque, à commencer par l’Allemagne, suivie par la France, l’Italie, l’Espagne, les Pays Bas et la Belgique. Il est interdit à l’Euro système d’accorder des prêts aux organes de l’UE ou à toute entité nationale du secteur public…Les missions fondamentales de la banque concernent surtout la politique monétaire, les opérations de change, et la détention des réserves officielles de change des pays de la zone euro. Mais son objectif principal est « de maintenir la stabilité des prix. » (http://www.ecb.int/ecb/orga/independence/html/index.fr.html)
Tyler Cowen, professeur d’économie de la George Mason University, écrit un article dans le New York Times intitulé « La Fed peut-elle servir de bouclier contre l’Europe ? » qui n’est pas sans intérêt. Il n’est pas optimiste mais son argumentation paraît bien fondée. « Ne pensons pas que la fin de la crise économique se termine après que la première vague soit passée. C’est ainsi qu’on a réagi en 1931. L’on croyait que l’on était à la phase de récupération. C’est alors qu’une deuxième vague de crise s’est emparée de l’Europe pour s’étendre ensuite aux Etats-Unis. Deuxièmement : Quelques soient les lois qui sont décidées, rien ne remplace l’efficacité de bonnes banques centrales pour la régulation financière. Or, la zone euro comporte trop de responsabilités sur les gouvernements nationaux et trop peu sur sa banque centrale. Troisièmement : Ne faudrait-il pas tenir compte de ce que nous ne savons pas, en cela soulignons l’importance de posséder une réserve disponible de liquidités sûres plutôt que de nous obséder par la micro régulation de telles ou telles banques. Nous n’avons toujours pas appris cette dernière leçon. Mais, qui sait, nous arriverons peut-être à nous en sortir de justesse grâce à la prudence de notre banque centrale. »
La Constitution fédérale a évolué (« a living Constitution ») grâce à l’interprétation des tribunaux et de la cour suprême. Mais cela n’aurait pas garanti la stabilité politique des Etats-Unis. La cohérence institutionnelle des Etats-Unis à tous les niveaux : au congrès, législatures des états, et en dessous ; l’existence à tous les niveaux administratifs d’un système de partis stable depuis très longtemps grâce au scrutin majoritaire à un tour. Ils n’ont pas peur de voir apparaître un troisième parti populiste, extrémiste comme en Europe continentale. On a beaucoup parlé des Tea Party l’année dernière. Néanmoins, ils ne sont pas un troisième parti mais les associations partout en Amérique qui ont soutenu les candidats les plus conservateurs pendant les primaires Républicaines de 2010. Du côté gauche si par malheur ces libéraux (l’extrême gauche américaine) qui ne sont pas contents d’Obama se séparent du Parti Démocrate, ils perdraient dans une élection tenue au scrutin majoritaire à un tour. Contrairement à un scrutin proportionnel, toutes les nuances de la droite (Républicains) et de la gauche (Démocrates) se tiennent les coudes et arrivent à un compromis.
En 2010, le président Obama a mis en place une commission intitulée pour « la Responsabilité Fiscale et la Réforme ». Au mois de décembre 2010, les deux présidents de la commission présentent un plan mais qui n’est accepté que par 11 des 18 membres, cela n’étant pas suffisant car il fallait une majorité qualifiée de 14. Plus d’une année après ils n’ont pu se mettre d’accord pour réduire la dette. Néanmoins, ce qui était prévu en cas d’échec, des coupes automatiques auront lieu dès 2013. Et s’il y a opposition aux coupes, le veto présidentiel pourra l’installer.
Une différence de poids entre l’Union Européenne et les Etats-Unis découle de ce que ceux-ci lèvent des impôts au niveau fédéral, des Etats et des communes. La TVA, qui n’existe pas au niveau fédéral, varie beaucoup, de 0% à 16% (peut aussi varier dans une même juridiction). Le pouvoir d’imposition des gouvernements des Etats américains est beaucoup plus restreint que celui du gouvernement fédéral (Marion Grobel, « Règles financières pour le contrôle du gouvernement (BP358f) » novembre 1993.http://publications.gc.ca/Collection-R/LoPBdP/BP/bp358-f.htm).Et le travail ? Traditionnellement, et jusqu’à nos jours dans la plupart des Etats, le « at-will-employment » gouverne les rapports entre employeur et employé. “At-will-employment” veut dire qu’un contrat de travail peut être terminé par l’employeur ou l’employé à n’importe quel moment pour n’importe quelle raison. La seule raison pour ne pas licencier quelqu’un c’est pour des raisons illégales (discrimination, appartenance à un syndicat).
Au niveau fédéral le salaire minimum est régi par le Fair Labor Standards Act (FLSA) et plus tard il y a eu le Fair Minimum Wage Act de 2007, qui inclut des augmentations par étapes au salaire minimum fédéral. Bien des Etats ont aussi des lois de salaire minimum ; quand un salarié a le droit à un salaire minimum fédéral ou à un salaire minimum de l’Etat où il travaille, le salarié a droit à celui qui est le plus élevé. Le salaire minimum fédéral est le minimum requis, les Etats peuvent choisir d’en donner plus que le minimum fédéral, par exemple, l’Alaska donne $7.75, la Californie $8.00, le Massachussetts $8.00 et le Nevada $8.25. (Department of Labor, http://www.dol.gov/elaws/faq/esa/flsa/001.htm)
Lors d’une réunion de l’Allemagne et de la France à Bruxelles, ils se sont mis d’accord pour inclure dans la Constitution une « règle d’or ». Qu’en est-il de ce genre de dispositif constitutionnel ou législatif aux Etats-Unis ?
Justement, l’analyse par Marion Groble est intéressante parce qu’elle compare le fonctionnement des Etats fédéraux américains (sans ou avec « règle d’or ») et les provinces canadiennes du point de vue des budgets et des questions financières et il y a aussi un bref chapitre sur la zone euro. Concernant les règles d’équilibre budgétaire il y a de la variété entre les 50 Etats parce que « Presque chaque Etat américain est assujetti à une disposition l’obligeant à équilibrer son budget…Dans certains cas, le gouverneur doit présenter un budget équilibré ; dans d’autres, c’est l’assemblée législative qui doit adopter un budget équilibré, et dans d’autres encore, le budget doit en fait être en équilibre à la fin de l’exercice. » Selon le General Accounting Ofice (Bureau de comptabilité générale) des Etats-Unis le Vermont et le Wyoming où le gouvernement de l’Etat n’est pas tenu d’équilibrer son budget « en raison d’une exigence législative ou constitutionnelle. » Après avoir parlé de New York et du Connecticut, les deux en déficit, Marion Grobel conclut par « Tout ces Etats avaient adopté des règles d’équilibre budgétaire. » Plus loin elle mentionne que certains gouvernements d’Etat en « transformant certaines dépenses courantes en dépenses d’immobilisation, afin de les financer au moyen d’un déficit » mais « Les marchés financiers se sont vite rendu compte de l’astuce, ce qui a provoqué des crises financières. » Encore un détail important, cette fois-ci quand elle parle du pouvoir de veto des gouverneurs des Etats « c’est généralement grâce à ces pouvoirs du gouverneur, plutôt qu’à des compressions fondées sur des formules, que des règles d’équilibre budgétaire sont appliquées. »
Traversons l’Atlantique (ou « the big pond » comme l’appellent les Britanniques), et l’on constate que parmi les critères de Copenhague il y en a deux qui valent la peine d’être retenus : la mise en place d’« institutions stables garantissant…la démocratie… » Limitons nous aux institutions de certains des pays de la zone euro. Commençons par la République Tchèque où le gouvernement s’écroule au moment de la crise des « subprimes » qui vient des Etats-Unis en 2008 et, au moment même où le pays présidait l’Union Européenne. En deuxième lieu, la Belgique qui a formé un gouvernement le lendemain d’avoir eu sa note dégradé. ( « Standard & Poor’s : chronique d’une dégradation annoncée », « …une absence de gouvernement, pas de gestion budgétaire et financière à court comme à long terme. »). Le problème belge n’est pas seulement le fait d’une dette conséquente mais, comme l’a noté S&P, elle est politique.
Notons que la Slovaquie, membre depuis 2009, est le dernier des pays de la zone Euro à voter la tranche de juillet aux grecs. Le SaS (Liberté et solidarité) est contre le fond européen EFSF, la gauche slovaque est pour mais en échange de son accord veut de nouvelles élections ; Richard Sulik qui est à la tête du party SaS dit que les projets de l’Europe pour sauver les pays endettés sont « des politiques socialistes qui s’insèrent subrepticement et une escroquerie aux contribuables européens. » Des vues similaires à celles de Ron Paul, républicain qui voulait, entre autres, abolir la Réserve Fédérale, et est auteur d’une proposition de loi abolissant l’impôt (fédéral) sur le revenu. La différence entre Sulik et Paul est que tout en étant de la même tendance l’un est à la tête d’un parti indépendant, et la tendance de l’autre est noyée dans le Parti Républicain. Notons encore, la différence entre le système proportionnel et majoritaire à un tour.
Le système proportionnel facilité l’élection d’extrémistes. Aux Pays Bas, le berceau de l’Euro, le parti d’extrême droite (le Parti de la Liberté) a changé de thème, celui des immigrants pour placer en avant la sortie de l’euro. Sa cote a monté. Malheureusement, il sert d’appui au gouvernement de centre-droit qui n’a pas de majorité. Un professeur néerlandais écrivait déjà en 1991 son opposition à l’Euro donnant les raisons suivantes « Une union monétaire sans une union politique est impossible à maintenir ». Deux économistes américains de Harvard et Berkeley disent que l’Europe n’a pas ce dont elle a besoin pour faire face à des chocs régionaux et pour que la zone à monnaie unique fonctionne : la mobilité du travail, la flexibilité des salaires et un budget fédéral commun comme il en existe aux Etats-Unis. (WSJ, « Doubts Arise in Euro’s Birthplace)
Pour conclure
Les crises économiques, financières, politiques ne restent pas cantonnées dans un pays elles se promènent à travers le monde. Se renseigner chez les autres paraît une nécessité au moins pendant les crises mais n’est-il pas préférable de parcourir le monde et l’histoire afin d’être en mesure de prévoir et ne pas se lancer tête baissée dans les catastrophes qu’ont connu les autres.Avant de se réunir pour écrire la Constitution Fédérale certains des Pères Fondateurs ont voyagé en Europe pour observer ce qui se passait dans l’ancien monde. Nos amis américains ont agit de la même avant de mettre en place la Réserve Fédérale.
Mettre en place une zone monétaire n’est pas une mince affaire. Nous nous trouvons face à des institutions politiques, économiques nationales, internationales dont l’organisation, la stabilité politique et économique sont essentiels. Le mot clé reste « prévoir ».
Nous avons par moment quitté l’Euro pour parler du Dollar US. Deux éléments importants s’en dégagent : dans le domaine économique c’est la flexibilité et dans le domaine politique la stabilité. La flexibilité fait qu’un pays s’adapte aux circonstances économiques. Lors d’une crise économique, il ne suffit pas de penser qu’à l’austérité mais à créer de la croissance, la flexibilité aide à la création d’emploi. La stabilité politique est aussi essentielle à l’économie, comme en témoigne les exemples européens déjà abordés alors que l’Amérique est le résultat d’un système de partis puissants.
Les institutions qui gèrent la zone euro doivent être fortes. Il ne faut pas qu’elles comprennent que des interdits. A travers les années et les crises le Congrès a octroyé à la Réserve Fédérale des pouvoirs dans le domaine de la politique monétaire, de l’inflation, de la croissance etc.
Les institutions ne sont elles pas importantes pour palier aux faiblesses des hommes et des femmes, y inclus nos élus. Avant de « moraliser le capitalisme » ou remplacer le dollar comme monnaie de réserve, comme l’un de nos président le souhaitait, il aurait fallu créer des institutions au niveau de la zone euro. N’est-ce pas invraisemblable que la Grèce ait pu berner les autorités de Bruxelles avec l’aide de l’américain Goldman Sachs. L’idée émise par Balladur lors d’un entretien avec le Figaro est inquiétante. Et je viens de lire dans un article des Echos que le code du travail en France comprend 1.500 pages ! Au niveau national il aurait peut être fallu commencer par là. Et bien sûr n’y a pas que le « modèle » Américain, qui est issu d’un système juridique différent de celui de l’Europe continentale ; il y, par exemple, la « flexi-sécurité » des Pays Bas ou même le contrat que nous avait promit notre président, un contrat qui existe en Autriche (et qui a été défendu par le président d’Axa dans une lettre publié par Le Monde, et avec lequel on acquière les droits au fur et à mesure qu’on travaille dans l’entreprise.

De l’ordinateur à la compréhension de la gouvernance

Bernard Owen
Bernard Owen
Réfléchissons un instant sur l’être humain, certes pas en tant qu’individu, car on y rencontre une telle complexité que chacune de ses composantes demande une étude en soi. Abordons plutôt sa façon de vivre en communauté, son besoin de se joindre à autrui, le pourquoi de la politique qui existe aux époques que nous croyons connaître. L’histoire nous indique les difficultés de vivre ensemble au sein d’une même nation.
Au cours des siècles, on constate le don de création de l’être humain dans d’innombrables domaines. Il existe des périodes dans lesquelles notre univers marque le pas dans un certain domaine, mais pas dans l’ensemble de l’humanité.
Au début du vingtième siècle, l’on pouvait lire dans un livre que le pont métallique destiné au Chemin de Fer : « the firth of forth bridge » qui enjambe un vaste fleuve à neuf kilomètres d’Edinbourg, construit de 1882 à 1890, était le plus vaste monument réalisé depuis l’Empire Romain. Un livre intitulé : le mécanicien de chemin de fer – auteur Emile With – 1885 souligne le parcours accompli en un siècle. Le lecteur de notre époque ne peut que s’émerveiller des progrès
De nos jours, la technologie va de soi. Rien ne nous étonne. Les livres ne sont plus les seuls moyens d’informations, nous avons les ordinateurs qui fourmillent d’informations avec probablement moins d’erreurs que les anciennes encyclopédies. Nous voyageons à travers le monde grâce à l’informatique. Au début de la dernière guerre mondiale, un jeune Anglais a compris la façon de déchiffrer le code secret des Nazis. Le Spoutnik a été le fruit d’une longue coopération. On a peine à croire qu’avant la dernière guerre, aucune ligne régulière aérienne ne traversait l’Atlantique.
Les découvertes en astronomie étaient dans l’ère de différentes époques, et pas dues seulement à un seul homme. Certes, on n’admet pas facilement le changement. Il existe des doutes. Le pouvoir, quel qu’en soit l’origine, peut être réticent. Mais, notre valeur de vie, cumul de nos connaissances et de leurs mises en pratique, est merveilleuse dans certaines parties de notre planète.
L’être humain possède des capacités de réflexion, de création et de fabrication, mais en va-t-il de même dans sa façon de vivre ensemble ? En politique, l’alternance du pouvoir est une notion bien récente. Le pouvoir de la démocratie peut reposer sur une élection, dans laquelle l’ensemble d’une population va exprimer son choix. La science politique existe, mais … les effets des systèmes électoraux sont ignorés.
Cette dernière phrase va faire réagir certaines personnes, cela demande donc à être développé. Les auteurs, qui se sont aventurés dans l’étude des systèmes électoraux et leurs effets, ont une approche essentiellement mathématique. Nous prendrons un exemple de l’extrême : André Sainte Lagüe, qui enseignait les mathématiques, et se plaisait à créer des jeux basés sur des chiffres, s’aperçut que la méthode proportionnelle de Victor d’Hondt ne donnait pas un résultat exact quant au rapport du pourcentage des suffrages à celui du pourcentage des sièges. Il s’amusa donc à créer une méthode se rapprochant du système proportionnel des plus forts restes, plus exacte La quête d’un système électoral satisfaisant resta au niveau mathématique.
L’argumentation mathématique devait avoir une base sociologique : les minorités devaient être représentées au parlement. Naturellement, le résultat, selon le nombre de minorités, pouvait mener au morcellement de l’assemblée, puis à des gouvernements de coalition, ce qui peut donner satisfaction pendant un certain temps, mais l’arrivée d’une crise bouleversera la situation. On observera immédiatement une mésentente parmi les partenaires du gouvernement, quant aux solutions à prendre. Le résultat ne tardera pas à se présenter, et la population assistera à la chute du gouvernement au moment où le pays a le plus besoin d’une autorité politico administrative efficace.
Une solution peut alors se présenter sous la forme d’un nouveau parti inconnu ou quasiment inconnu, qui va trouver sa légitimité dans des positions nouvelles pouvant être extrémistes ou pas.
Ce type de situation n’est pas rare dans notre Europe « proportionnaliste ». Nous allons développer, rapidement certes, les mécanismes méconnus qui agissent au sein des démocraties. C’est dans ce contexte que les systèmes électoraux doivent être conçus agissant parmi des êtres humains pensant et réagissant, et non en tant que simples chiffres.
Le premier terme qu’il faut retenir est : « la structure d’influence électorale ». Cette « structure » est de nature différente selon le système électoral utilisé, car son importance apparaît clairement dans un système électoral proportionnel.
Prenons le cas des Pays scandinaves : Suède, Norvège et Danemark
Ces 3 pays ont un Parti Socialiste très impliqué dans le syndicalisme ouvrier. Victor Alexis Pestoff a été le premier à effectuer le lien. Sa recherche montre que ce lien allait assez loin auprès de l’électeur. Les pamphlets du Parti Socialiste défilaient sans difficulté dans les ateliers, alors que les distributeurs des autres partis restaient à la porte de l’usine. Le parti lié au syndicalisme bénéficiait d’un esprit de camaraderie, qui n’avait rien de coercitif, étant donné que le vote est libre. Mais, ce lien entre travailleurs de tâches comparables était déterminant. Tous les membres d’un atelier n’allaient pas voter d’une façon semblable, mais ceux qui voteraient différemment n’en parleraient guère.
Le vote pour le Parti Socialiste, dans le temps, au niveau national est bien supérieur à celui des autres partis de petite taille, ce qui leur permet, à certains moments, de former un gouvernement de coalition, ou même un gouvernement minoritaire. Les détails de ces fonctionnements se trouvent dans deux livres.
Les références :
« Les système électoral et son effet sur la représentation parlementaire: Le cas Européen. » Bernard Owen, LGDJ 2002.

« Proportional Western Europe: The Failure of Governance. », Bernard Owen, Maria Rodriguez-McKey, Palgrave MacMillan, 2013.

Après la guerre, le phénomène de l’influence électorale est inconnu, et de ce fait, a faussé l’appréciation des diplomates des Etats Unis. Cela apparaît dans leur correspondance avec le State Department. Il s’agit de la signification qu’avait le vote pour les partis communistes français et italien. A partir de 1945, le vote pour le Parti Communiste a rapidement baissé en dehors des 2 pays (France et Italie) où ce parti s’était emparé de la principale confédération syndicale : la C.G.T. et la C.G.I.L.
Les diplomates des Etats-Unis ignoraient l’effet des structures d’influence électorale. Il faut noter que cette question n’avait guère été étudiée.
De nos jours, les mêmes erreurs d’appréciation sont toujours présentes. L’Egypte est un cas particulièrement tragique de cette méconnaissance de l’effet de structure d’influence électorale. Il s’agit de l’influence des Frères Musulmans, qui avaient été réduits à œuvrer dans le domaine social, et dont la gestion financière était remarquable. Cette position, à l’écart de la politique, mais connue de toute la population, leur apportait une place prépondérante en politique. Les Frères Musulmans remportent toutes les élections : législatives, parlementaires, constitutionnelles. Ils ont naturellement remporté l’élection présidentielle, mais de peu, car elles se tenaient avec un système majoritaire moins sensible aux structures d’influence.
L’Egypte est un exemple malheureux, car cela ne fait aucun doute que les internationaux n’étaient pas à la hauteur.
Il existe une autre structure : la structure d’accueil pour le vote contre.
Prenons l’exemple de la République de Weimar où le Parti Nazi recueillait 2,6 % des suffrages aux élections législatives de 1928, avec une montée spectaculaire à 18 %, en 1930, après la grande crise économique de 1929 et la chute du gouvernement de coalition comprenant 5 partis.
Cette structure d’accueil pour le vote contre s’est retrouvée en Autriche à l’occasion de l’impossibilité pour l’un des deux partis traditionnels de former un gouvernement. Cela a mené à l’ascension rapide du Parti Libéral devenu d’extrême droite sous l’impulsion de George Haider, ce qui a eu pour résultat d’atteindre, pour ce nouveau parti, le même niveau que le Parti Catholique de droite modérée. Ce dernier parti n’accepta pas de former une coalition avec le parti socialiste. Une entente fut trouvée entre le Parti de droite modéré et celui d’extrême droite. L’Autriche se trouva avec une coalition de deux partis de droite. L’Europe entière se retourna contre l’Autriche. Certains membres de la Commission Européenne refusèrent de serrer la main des représentants de l’Autriche. Ils ont eu tord, car étant au gouvernement, le Parti d’extrême droite perdait sa position de structure d’accueil pour le vote contre, et retrouva son niveau de 10 %, lors des prochaines élections.
Il apparaît que des notions techniques sont de la première importance dans le système des partis d’un pays, ce qui modifie l’approche que devraient avoir les chercheurs en science politique. L’idéologie est de moindre importance, et doit se situer parmi un ensemble de données sur lesquelles nous travaillons.

ESPAGNE : L’IMPORTANCE DES INSTITUTIONS

Bernard Owen, Docteur en Science Politique
Voir d’autres articles sur le site des Echos: http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/auteurs/index.php?id=50173

Avant Franco, l’Espagne a connu la démocratie, sous la royauté ou sous la République. La deuxième république a été proclamée à partir des élections du 12 avril 1931.

Après la disparition du Général Franco, il a fallu revenir à la démocratie, mettre au point des lois électorales et des systèmes électoraux. La Science Politique s’est tournée vers l’Europe. Les exemples ne manquaient pas et l’on choisit, sans trop regarder autour de soi, un système proportionnel, celui inventé au siècle dernier par Victor D’Hondt. Hélas, on a oublié que la proportionnelle ouvre la porte aux coalitions, et que celles-ci, en temps de prospérité agissent, sans trop de difficultés, mais lors d’une crise, peuvent mener à des mécontentements que le système électoral est incapable de gérer. Vous connaissez un dénommé Hitler, qui, en 1930, lors de la chute du gouvernement composé de cinq partis, put se réjouir d’obtenir un vote de 18 % des suffrages, alors qu’en 1928, il obtenait péniblement 2,6 % des suffrages. Notons bien que le système proportionnel de la République de Weimar était un modèle du genre. Certes, l’Allemagne et son histoire sont dramatiques, mais, en ce qui concerne la notion de bonne gouvernance, d’autres pays européens présentent des exemples qui rappellent la montée des partis « podemos » et « ciudadanos ». Ces derniers partis ont mis fin au bipartisme satisfaisant de l’Espagne, lors des intentions de vote de novembre 2014. Jusqu’en janvier 2015, certains partis qui apparaissent peuvent représenter 40 % des intentions de vote.

L’histoire de l’Allemagne est terrible, mais quand on se penche sur d’autres erreurs moins dramatiques, les exemples sont nombreux. Le Danemark, en 1973, a vu apparaître un nouveau parti (Parti du Progrès), qui existe toujours et qui est devenu le deuxième parti danois. Il avait à sa tête un parfait inconnu « Glistrup », qui s’est vanté à la télévision de ne pas payer d’impôts.

Mais revenons à cette deuxième République espagnole, nous trouvons trois élections. La première en 1931 donne la victoire à la gauche. Elle crée l’Institut de la réforme agraire, qui s’enfonce dans des complexités juridiques.

Un autre point de la plus grande importance est le fait des erreurs que peuvent commettre les stratèges politiques. La gauche au pouvoir pense être en mesure de remporter les prochaines élections et décide de modifier la loi électorale pour amplifier la victoire en sièges de la tendance qui vient en tête des suffrages obtenus. Le gouvernement se base sur la loi Acerbo de Mussolini, qui, conçue 8 ans plus tôt, convient parfaitement à cette volonté.

La prévision du gouvernement, à savoir qu’il remporterait les prochaines élections, s’avère être fausse, et la droite remporte largement les législatives de 1933, grâce à cette nouvelle loi électorale. La droite au pouvoir ne donna pas l’image d’une entente exemplaire. Le parti de droite (CEDA) qui avait obtenu le plus de députés (115) aux Cortes, ne fait pas partie du gouvernement, ceci fit mauvaise impression. Les conflits sociaux, dès 1934, se multiplièrent, alors que l’Espagne connaissait une production en hausse avec, de surcroit, d’ excellentes récoltes céréalières et un recul du chômage.

Fin 1934, des insurrections socialistes et anarchistes ont lieu dans plus de vingt provinces. En parallèle, la phalange espagnole se développe. Le gouvernement pense qu’une élection anticipée peut entraîner une majorité de centre droit.

Les élections du 6 février 1936 sont un autre exemple des erreurs d’appréciation des hommes politiques. La gauche remporte les élections avec une très faible marge au niveau des suffrages, mais très importante au niveau des sièges.

Grâce à leur implantation syndicale, dans le pays, les anarchistes représentaient une force égale aux socialistes et aux communistes. A droite, la phalange n’obtient aucun siège. Après la victoire de la gauche, celle-ci fait la même erreur que la droite en 1933. Le Parti Socialiste, le plus important de la gauche à l’assemblée (99 sièges) n’est pas au gouvernement.

L’insurrection d’une partie de l’armée, finalement prise en main par Franco, fait penser à la première République, qui ne dura que de 1873 à 1875, mise à mal par la notion d’indépendance, ou simplement d’autonomie, qui pénétra jusqu’à de simples villages et aboutit à la révolution cantonale !

Revenons à 1936 – 1937 :

Il existe une région très mouvementée qui mérite quelque attention. Il s’agit de la Catalogne. Les principaux évènements sont relatés ici :

Dès juillet 1936, la Catalogne et Barcelone se trouvent sous le contrôle des milices ouvrières.
Les syndicats anarchistes CNT se joignent au président de la généralité : Luis Companys. Ils forment le CCMA (Comité Central des Milices Antifascistes de Catalogne ), qui exerce les fonctions d’un gouvernement de Catalogne.
Collectivisation des industries. La tendance s’étend à l’Aragon.
Le gouvernement républicain de Madrid est impuissant.
Climat de méfiance entre les institutions républicaines et les organisations ouvrières.
Le gouvernement de Madrid se retire à Valence, qui devient la capitale de l’Espagne.
Le bras droit de Companys tente de mettre de l’ordre dans les actes des patrouilles armées.

De violents affrontements entre le corps des douaniers et les patrouilles, qui se terminent à l’avantage des premiers. L’on craignait alors qu’une guerre ouverte éclate dans les villes du Nord de la Catalogne entre les anarchistes, le gouvernement, et les communistes.

Chaque camp constitue des dépôts d’armes et fortifie en secret ses édifices. A Barcelone c’est le chaos.
La Centrale téléphonique était occupée légalement par la CNT depuis le début de la guerre.

Le 2 mai, le ministre de la marine et de l’air du gouvernement de Valence voulut téléphoner à la généralité de Catalogne. Cette conversation et d’autres furent interrompues par la standardiste qui leur dit que les lignes devaient être utilisées à des fins plus importantes.

Un corps de 200 policiers commandés par le conseiller de l’ordre public de la généralité se rendit au central téléphonique. La CNT ouvrit le feu. La place de Catalogne se couvre de monde, l’on sort les armes et l’on érige des barricades.

Le 4 mai, le calme revient, mais les milices anarchiques attaquent les édifices gouvernementaux de la Catalogne. Les dirigeants des diverses factions lancent des appels au calme.

Le 5 mai, le Président Companys nomme des membres du gouvernement catalan pour négocier le cessé le feu, mais des tirs incontrôlés abattent les passants.
Le 6 mai, l’on tire au mortier.

A ce moment, 5000 hommes commandés par un colonel anarchiste sur ordre du gouvernement républicain quittent Madrid et Valence pour Barcelone afin de rétablir l’ordre. Dans la nuit, trois vaisseaux de guerre républicains transportant des troupes atteignent Barcelone.

Le 7 mai, ces troupes arrivent à Barcelone et occupent plusieurs points stratégiques et désarment les miliciens.
Le 8 mai 1937, les rues sont tranquilles et les barricades démontées.

Les Républiques espagnoles nous présentent la guerre des mots. Les anarchistes voulaient faire la révolution pour gagner la guerre, alors que les communistes voulaient gagner la guerre pour faire la révolution. 4 ministres anarchiques étaient au gouvernement en novembre 1936. Nos amis anarchistes en discutent encore.

Revenons au présent. Après le début prometteur, la nouvelle démocratie espagnole rejoint les ennuis communs à l’Europe proportionnelle.

A quoi sert l’Union européenne au niveau législatif ?

Sur le terrain national, le nombre de lois d’origine communautaire donne lieu à d’énormes variations. Prenons l’exemple français. L’extrême droite annonce que 80 % des lois votées en France sont issues de directives européennes.

Pour remonter aux origines de la construction européenne, Jacques Delors annonçait en février 1987 que 30 % de la législature belge provenait de directives européennes, et il prévoyait que le chiffre atteindrait 60 % dans les dix années à venir. Ce calcul à partir de pourcentages paraît discutable. Certes, la communauté économique européenne a évolué vers une union dotée de compétences nouvelles. L’Euro a été adopté par 16 états, et le site Web du Ministère de la Justice indique que le droit communautaire dépasse les 50 % des nouveaux textes de droit français. Il nous faut garder en tête que les textes de lois sont loin d’ avoir la même importance. Le texte interdisant la peine de mort tient en une seule ligne, alors que la loi européenne traitant des normes techniques à respecter lors de la fabrication des ascenseurs comprend une dizaine de pages. L’auteur que nous avons consulté sur ce sujet : Jean Quatremer, journaliste du journal « Libération » (la source exacte sera fournie en fin de section) indique la différence entre le stock et le flux. Le stock représente l’ensemble des lois d’un Etat, alors que le flux ne concerne que les textes adoptés en un an. En France, en une année, près d’une centaine de lois sont adoptées 25 % ont une origine communautaire. L’on ne peut contester que les textes européens sont abondants. Début 2007, 711 directives et 5 293 règlements étaient en vigueur. Ces chiffres comprennent l’harmonisation des normes techniques (la taille des cages à poules…).

L’essentiel de l’activité du Parlement Européen et du Conseil des Ministres relèveraient en France du pouvoir règlementaire. Jean-Louis Bourlanges, après avoir passé vingt ans au Parlement Européen, estime que 90 % et 98 % des financements restent nationaux. L’auteur termine par : « le droit européen reste largement cantonné à la périphérie des souverainetés nationales.

(Jean Quatremer, journaliste du journal « Libération » a contribué à l’ouvrage « Notre Europe » dirigé par Michel Roccard, Nicole Gresello, édité par Michel Laffont en 2008).

L’Europe politique

Le titre de la revue « Fondation Schumann » du 14 avril 2014 résume une position largement partagée : « Elections Européennes 2014 : vers une extrême droite européenne ? ».

Nous aurons une approche à la fois comparable mais fondamentalement différente. Nous ferons, certes, un lien entre les situations politiques des Etats qui forment l’Europe, mais en soulignant l’effet des systèmes électoraux utilisés. Nous nous pencherons sur l’évolution des programmes à travers le temps. Nous serons plus enclins à tenir compte de la situation des partis dans un moment donné qu’à l’idéologie. Prenons quelques exemples : En 1973, la science politique scandinave a été bouleversée par l’apparition de deux partis « du progrès ». Celui de la Norvège avait à sa tête un homme politique d’un certain âge : Langer, et au Danemark est apparu la même année un inconnu nommé Glistrup, grâce à un entretien télévisé, et dont le parti devint le second parti danois. les anciens partis qui formaient l’opposition étaient impuissants pour répondre aux désirs des citoyens, écrasés par les impôts (à la télévision, Glistrup s’était vanté de ne pas payer d’impôts). De cette période de l’histoire de ces deux pays, l’on peut retenir deux leçons :
1. le système électoral à la proportionnelle, grâce au poids de la principale confédération syndicale favorisait le Parti Socialiste, tout en le plaçant face à des partis de faible importance incapables de représenter une force coordonnée contre les désirs et les attentes de l’électorat.
2. Glistrup sans aucune autorité électorale se trouvait à la tête du second parti danois (ce parti existe toujours).
Il faut aussi souligner qu’avec le temps l’idéologie s’est adaptée aux nouvelles idées qui convenaient aux partis marginalisés. La proportionnelle agit partout de façon à s’éloigner de ce que l’on appelle la « bonne gouvernance ».

Dans les années 1960, les Pays Bas ont vu l’Eglise Catholique composée de nombreuses activités sociales et un syndicat, réagir avec véhémence en faveur de Vatican II poussant très loin l’esprit de réforme, et allant à l’encontre de l’esprit beaucoup plus tranquille et conservateur de l’électorat catholique, au point de faire perdre en trois élections la moitié des suffrages de ce parti, ceci allant beaucoup plus loin, bouleversant l’ensemble du monde politique néerlandais, et menant au parlement 14 partis au lieu de 10 précédemment.

Prenons les nouvelles démocraties, par exemple : la Hongrie. Dès 1990, elle prenait un très bon départ vers la démocratie, grâce au référendum concernant la façon dont le président serait élu et la position modérée du Parti Communiste. Malheureusement, la loi électorale adoptée, mixte à trois niveaux avec des seuils de participation très élevés (comme en Bielo Russie), est une caricature de ce que l’on attend de règles électorales. Ceci est bien dommage, car le citoyen est considéré comme un numéro et non comme un être humain.

Naturellement, la Hongrie a été la grande victime du découpage des frontières de l’Empire Austro-Hongrois (en 1918). Des Hongrois se trouvent en Roumanie, en Slovaquie, dans la Veivodine, ce qui entraîne une volonté de servir d’exemple aux autres pays concernant le droit aux minorités. Vu de loin, il s’agit d’une erreur en ce qui concerne la démocratie où l’on s’attend à trouver deux grands partis capables d’intégrer et de faire la synthèse des nombreuses tendances de ce que l’on nomme la gauche et la droite.

D’autres ennuis, mais moins dramatiques peuvent découler de la nature de certaines personnes. L’on parle des sondages français, qui précèdent les prochaines élections européennes de 2014. La France a tenté de se débarrasser de diverses façons des dangers de la proportionnelle : les régionales, le découpage en 8 circonscriptions pour les élections européennes, la réduction du mandat présidentiel à 5 ans, réduisant ou même éliminant les risques de cohabitation, qui jettent le trouble dans une partie non négligeable de l’électorat (10 %). Alors, pourquoi les trois principaux partis français se présentent de la façon suivante: l’U.M.P. (droite dite modérée), le Front National (extrême droite mais allant actuellement vers la modération), le Parti Socialiste au pouvoir. Le scrutin majoritaire assainit la situation politique, mais l’électeur s’attend à ce que les leaders de partis du pouvoir ou de l’opposition aient une apparence d’autorité. Or, depuis sa défaite de 2012, l’UMP était sans direction affirmée, le Parti Socialiste avait un Président de la République intelligent mais attentiste, et qui n’était pas un homme de pouvoir, avec un Premier Ministre ne représentant pas l’autorité d’un coordinateur. Au contraire, le Front National, avec à sa tête, Marine Le Pen qui avait l’allure d’un meneur énergique. En avril 2014, après l’échec du Parti Socialiste aux élections municipales, le changement du Premier Ministre, un homme énergique, avec une cote personnelle élevée dans les sondages, pourrait peut-être modifier les intentions de vote pour le Front National.

Nous avons évoqué certains pays européens liés au système proportionnel ou à des systèmes des plus fantaisistes. Puis, nous nous sommes aventurés dans la France de la cinquième République (1958), qui en dehors des élections européennes a des systèmes électoraux à effet majoritaire (par exemple la loi ACERBO, qui présente des avantages même si elle fut mise au point à l’époque de Mussolini).

En fait, le Parlement Européen est à l’image des démocraties déficientes des Etats membres. Ce raisonnement est intéressant, mais voyons la Grande Bretagne. Elle pratique un système électoral majoritaire, uninominal à un tour (plurality), sauf pour les deux élections régionales, Ecosse et Pays de Galles où l’on a introduit un système mixte à compensation, ce qui n’est pas sans danger.

L’UKIP créé en 1993, est à l’origine eurosceptique, mais avec le temps ce parti s’efforce de se diversifier : les impôts, la santé, se retirer du Conseil de l’Europe, l’immigration, l’environnement, la défense. Certains de ses dirigeants hésitent à se reconnaître d’extrême droite, et le peu de résultats en dehors des élections municipales provoquent un va et vient des chefs d’une formation à une autre. Le parti annonce 37 000 adhérents, en mai 2014. Il n’obtient aucun succès au niveau des élections législatives de Grande Bretagne (House of Commons). En 1997, pour l’élection parlementaire de 2001, il réussit à présenter des candidats dans 420 circonscriptions. Aucun n’est élu, et le résultat général est de 1,5 % des suffrages.. Il ne réussit pas mieux pour les élections régionales d’Ecosse ou du Pays de Galles. Pour les élections parlementaires de 2005, il présente 495 candidats, obtient 3,3 % des suffrages et pas un seul élu. Lors des parlementaires de 2010, l’ UKIP présente 572 candidats toujours sans obtenir de sièges avec 3,1 % des suffrages.

La situation est très différente au niveau du Parlement Européen. Aux élections européennes de 1999, l’UKIP emporte 3 sièges et 7 % des suffrages. En 2004, il obtient 12 sièges européens. En 2009, il fait une percée considérable avec 13 élus et 16,5 % des suffrages.

Les partis, populistes, eurosceptiques, d’extrême droite ne peuvent que se réjouir de la proportionnelle pratiquée aux élections du Parlement Européen. Comparons les chiffres :

Elections parlementaires de Grande Bretagne

UKIP 1997 2001 2005 2010

0,3 % 1,5 % 2,2 % 3,1 %
Jamais un seul élu

Elections au Parlement Européen

UKIP 1994 1999 2004 2009
1,0 % 6,7 % 16,1 % 16,6 %

élus 0 3 12 13

Répartition des partis « populistes » par groupes au sein du Parlement Européen.

L’ennui, pour les partis populistes est leur mésentente quant à un accord qui leur permettrait de former un groupe au Parlement Européen. Pour connaître leur attitude, il faut attendre.

Il existe bien des résumés du traité européen, mais ils sont loin de donner l’impression de la complexité qui existe entre le droit et la pratique qui s’en suit. Voici donc quelques très brefs extraits d’un document de 200 pages.

TITRE I
art. 1 – l’Union coordonne les politiques des Etats membres visant à atteindre ces objectifs et à exercer sur le mode communautaire les compétences qu’ils lui attribuent.

Art. 3 – L’Union a pour but de promouvoir la paix, ses valeurs et le bien-être des peuples.

Art. 1 – 7 – L’Union a la valeur juridique (ce que n’a pas l’OSCE)
TITRE IV

art. 1 – 20 – Le Parlement Européen exerce conjointement avec le Conseil les fonctions législatives, budgétaires. Il élit le Président de la Commission.

Art. 1 – 21 – Le Conseil Européen

 pas de fonctions législatives
 donne à l’Union Européenne : les impulsions nécessaires à son développement.
 Il définit les orientations et les priorités politiques générales.

Art. 2 – se compose :
 des chefs d’Etat ou de gouvernements des Etats membres
 de son Président
 du Président de la Commission
 le Ministre des Affaires Etrangères participe à ses travaux.

Art. 3 – L e Conseil se réunit chaque trimestre sur convocation de son Président. Lorsque l’ordre du jour l’exige, peuvent être assistés.
Le Président peut convoquer une réunion extraordinaire
Le Conseil se prononce par consensus, sauf dans les cas prévus par la constitution.

Art. 1 – 22 – Le Président du Conseil Européen

 Le Conseil élit son président à la majorité qualifiée…..
 Il assure, à son niveau et en sa qualité, la représentation extérieure de l’Union pour les matières relevant de la politique étrangère et de la sécurité commune sans préjudice des attributions du Ministre.

Le Conseil des Ministres :

1. exerce conjointement avec le Parlement Européen les fonctions : législatives et budgétaires.
Il définit la politique et la coordination.
2. Il est composé d’un représentant de chaque Etat membre, niveau ministériel pouvant engager son gouvernement. Il a le droit de vote.

Art. 1 – 24 – Les formations du Conseil des Ministres

 Il siège dans différentes formations
 conseil des affaires générales qui assure la cohérence de l’ensemble
 prépare les réunions du Conseil Européen
 assure le suivi en liaison avec le Président du Conseil Européen et la Commission
 le Conseil des Affaires Etrangères élabore l’action extérieure de l’Union selon les lignes fixées par le Conseil Européen. Il assure la liaison, la cohérence de l’action de l’Union
 le Conseil Européen adopte à la majorité qualifiée une décision européenne émanant des autres formations du Conseil
 un comité des représentants permanents des gouvernements des Etats membres. Il est responsable de la préparation des travaux du Conseil
 chaque session du Conseil est divisée en deux parties : délibérations sur les actes législatifs, sur les autres
 le Conseil Européen statue à la majorité qualifiée.

Art. 1 – 25 – la majorité qualifiée pour le Conseil de l’Europe :

 Au moins 50 % des membres du Conseil
 comprenant au moins 15 membres représentant 65 % de la population de l’Union.

En résumé :

Face aux Etats Unis et la nouvelle Fédération de Russie, l’Europe n’est pas en mesure de jouer un rôle politique international. L’Europe ne peut aller au-delà de sa puissance économique, car l’Union Européenne possède trop d’institutions, de pouvoirs et de contre pouvoirs, et doit se concentrer sur des détails en perdant de vue l’essentiel. De surcroît, la base même de l’Union Européenne se compose d’Etats dont l’organisation démocratique est discutable, et peut mener à des situations délicates, sinon dangereuses.

Cette base démocratique de l’Europe est prise en considération dans le livre (en américain) intitulé : « Proportional Western Europe : the failure of governance ». (Bernard Owen et Maria Rodriguez Mckey – éditeur : Palgrave MacMillan (novembre 2013).

La laïcité dans les pays arabes

BERNARD OWEN, Docteur en Sciences Politiques

Le socialisme était en vogue après la Deuxième Guerre mondiale. Pour être dans le vent et la modernité, il fallait voguer à gauche.
Le kibboutz israélien était le meilleur exemple d’une forme de communisme librement consenti. L’ennui se situait dans le faible nombre de personnes qui voulait s’y engager. Au plus 3 % de la population d’Israël. Les pays arabes n’ont pas échappé à cette tendance « à gauche ». La création du Parti Baas en 1947 à Damas est une tentative intéressante de regrouper les États arabes et les États eux-mêmes sous la forme d’un socialisme laïc où se trouveraient les différentes tendances de l’Islam et du christianisme. On parlait de socialisme, mais il existait certaines tendances marxistes. Le développement du Parti Baas est retardé lors de la création par Nasser de 1958 à 1961 de la « République unie ».
À l’origine le Parti Baas de Syrie souhaitait prendre le pouvoir par des moyens légaux. Or, les militaires se saisissent du parti et prennent le pouvoir politique en 1963 et procèdent à des nationalisations à grande échelle. Le gouvernement rencontre quelques difficultés, car la tendance nationaliste et les membres du groupement marxiste travaillent ensemble jusqu’à 1970 où un coup d’État par le général Assad élimine du gouvernement les marxistes, et sa famille restera au pouvoir jusqu’à nos jours. En résumé, la ligne politique de la Syrie est un pouvoir totalitaire avec une forte présence dans l’économie.
En Irak, le Parti Baas a été, dès le départ, essentiellement sans relation avec les militaires ce qui a mené à plusieurs factions dès 1958. Le parti a pris le pouvoir en 1963 en apparaissant comme un parti puissant bien organisé. Saddam Hussein prend le pouvoir en 1979 et l’armée le rejoint. Le Baassisme à la Saddam Hussein renforce sa structure. La direction nationale se répand à travers la nation au moyen de directions régionales qui, elles-mêmes, se divisent en sections qui comportent de 2 à 5 divisions, qui se répartissent en cellules que ce soit dans l’administration, l’armée, les villes ou les zones rurales. Les informations montaient et descendaient de la direction nationale.
L’attaque sur le World Trade Center en 2001 a traumatisé les États-Unis qui se sont lancés dans une guerre inconsidérée. Mais la suite de la guerre qui a mené aux pires critiques demande quelques éclaircissements. Pour ce faire, partons d’abord au Japon. À la fin de la guerre, le général Douglas MacArthur a été chargé de remettre en place la structure politique de la nation, et il l’a fait de façon remarquable. En Irak, l’on s’est trouvé dans une situation totalement différente.
Les États-Unis ont nommé à la tête du gouvernement reconnu par la « communauté internationale » un personnage incompétent : Paul Brenner. Celui-ci agissait par décret. Le premier a été de dissoudre le Parti Baas sous toutes ses formes. Le second a été de dissoudre l’armée. Brenner n’est resté à ce poste que de mai 2003 jusqu’à juin 2004, mais le mal était fait. Les 250 000 militaires, les enseignants et les membres de l’administration étaient dans la rue.
Le discours d’adieu de Brenner laisse apparaitre son cynisme et son incompétence. Un ancien Président de la Chambre de Représentants, membre influent du Parti Républicain, New Gingrich, parlant de Bremer dit « le plus grand désastre de la politique des États-Unis des temps modernes ». Nous avons nommé les États-Unis, mais toute la communauté internationale doit revoir ses procédures d’analyse et de travail. La France n’a-t-elle pas joué un rôle condamnable en Libye qui était revenue en Occident ?
La « no fly zone » était une terminologie discutable au point où le représentant de la Ligue arabe ignorait ce qu’elle impliquait réellement au moment où il a donné son accord. Or, Kadhafi jouait un rôle essentiel non seulement en Libye, mais dans la région. Par exemple, l’alimentation en eau par une rivière souterraine qui représentait le deuxième plus important investissement mondial. Une photo nous montre les camions transportant d’immenses tuyauteries avec en arrière-plan la silhouette de Kadhafi. Les djihadistes avaient été éliminés et la Libye assurait la sécurité dans le Sahel et participait au développement du Mali. Jean Yves Moiseron parle de mercenaires venus d’Afrique pour soutenir Kadhafi. Or, Kadhafi était considéré comme un frère par les Maliens qui sont partis à son secours. Il ne s’agissait pas de mercenaires, mais de volontaires.
Au début du printemps arabe, nous avons eu à nous entretenir avec vingt jeunes Tunisiens. Nous avons cru utile de leur présenter certains éléments des pays arabes afin de comparer les effets passés, et la façon dont on pouvait envisager l’avenir. Ils étaient attentifs, mais l’un d’eux a fait part de son désaccord quant à cette approche. Nous avons compris que pour eux il n’était nullement besoin de s’attarder sur cette région, car il existait, de par le monde, une démocratie qui avait ses règles et il suffisait de les appliquer. C’était de l’idéalisme qui liait la volonté et le bonheur du peuple aux élections pour aboutir invariablement à la démocratie.
L’avis de ce jeune Tunisien était conforme à l’expression des conseillers internationaux que l’on a vus à l’œuvre en Égypte. Nous avons déjà abordé ce sujet et nous n’irons pas au-delà de deux remarques. Les institutions mises en place ignoraient les notions essentielles pour les questions électorales à savoir : la « structure d’analyse électorale » et la « structure d’accueil pour le vote contre ». À partir de là, les Frères musulmans devaient emporter les élections. La deuxième remarque nécessite une formation des membres des partis, à savoir qu’emporter un poste électif, obtenir le pouvoir en démocratie, permettent d’assurer la gestion du pays, certes à sa façon, mais sans pouvoir transformer radicalement les habitudes de la nation.
Bernard Owen, Maria Rodriguez-McKey

En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-107369-la-laicite-dans-les-pays-arabes-1033146.php?lUJFxsIqfIG6BPcD.99