François Hollande, le récit d’une trahison

L’article du journal Le Monde ci-dessous traite de la mise en vente du livre de notre ancien Président François Hollande sous le signe de la trahison. qui évoque Emmanuel Macron. Mais il s’agit là de l’attitude d’un individu. Néanmoins, l’importance se situe non pas au niveau des individus mais des institutions et, notamment, de la justice.

Le journaliste du FIGAROVOX Alexandre Delvecchio

Bastien Bonnefous

 

 

 

 

 

s’entretient  avec l’auteur du livre intitulé « Le procès Fillon », l’avocat Hervé Lehman, à savoir si la procédure était légitime:

« Le Parquet national financier était-il légitime dans cette affaire?

Le parquet national financier a été créé pour lutter contre «la grande délinquance financière». La loi lui donne compétence pour les affaires de détournement de fonds publics «d’une grande complexité». L’affaire de l’emploi de Pénélope Fillon est d’une grande simplicité. 

On n’a pas créé un parquet national financier pour vérifier l’emploi du temps d’une assistante parlementaire de la Sarthe. Si le parquet national financier s’est saisi, précipitamment (le jour même de la sortie de l’article du Canard enchaîné), en raison de la dimension politique de l’affaire, alors ce n’est plus un parquet national financier, mais un parquet national politique.  

Hervé Lehman

(«La rapidité avec laquelle l’affaire Fillon a été traitée au début est stupéfiante», Par  Alexandre Delvecchio, Publié le 04/05/2018 à 20:26, FIGAROVOX) » 

Bastien Bonnefous

Bernard Owen

François Hollande, le récit d’une trahison

L’ex-chef de l’Etat consacre à Emmanuel Macron, dont il juge déloyale l’attitude, une large part de son ouvrage paru le 11 avril. 

LE MONDE | 13.04.2018 à 11h19 |Par Bastien Bonnefous

Les mots ont un sens et Les Leçons du pouvoir (Stock, 22 euros, 400 pages), le livre de François Hollande, paru mercredi 11 avril, ne sont pas les mémoires d’un ancien président de la République décidé à laisser une trace dans l’Histoire en revenant après coup et en détail sur un parcours politique définitivement clos. Comme son titre l’indique, le but de cet ouvrage est avant tout de « tirer les leçons du pouvoir », après cinq années passées à l’Elysée, cette « maison du silence », par un homme qui a « voulu être un président normal pour mieux assumer une tâche anormale ».

Un retour en arrière et à chaud sur un quinquennat hors norme, durant lequel la gauche est revenue au plus haut du pouvoir pour la seconde fois sous la Ve République, et qui s’est terminé pour elle au plus bas, avec un président qui décide de ne pas se représenter et qui voit élu pour lui succéder un de ses anciens jeunes conseillers. A la lecture du livre, on mesure souvent le vertige et le baroque de ces cinq années écoulées, en passant au fil des 400 pages des attentats de 2015 ou de la guerre française au Mali en 2013, à l’affaire du « Closergate » et aux révélations sur la vie privée de François Hollande. De la tragédie la plus grave à la farce la plus grotesque.

Pas la moindre autocritique

Si l’ancien chef de l’Etat y fait l’analyse de son mandat, nulle trace en revanche de la moindre autocritique. Au contraire, François Hollande vante son bilan « qui avec le temps se défendra tout seul », défend ses choix économiques de « la politique de l’offre » et du « sérieux budgétaire », et juge, au final, rempli son contrat passé avec les Français en 2012. « La courbe du chômage finalement s’est inversée. La reprise est venue. Mais tard pour le pays et, subsidiairement, pour moi », écrit-il. Seules concessions de sa part aux critiques qui l’ont frappé durant cinq ans, notamment…

François Hollande, la « mouche du coche » d’Emmanuel Macron

L’ex-chef de l’Etat, qui pourrait se rendre à La Rochelle le 25 août pour l’université d’été des élus PS, envisage d’y prononcer un discours sur l’Europe.

La tournée des librairies de François Hollande pour dédicacer son ouvrage Les Leçons du pouvoir (Stock, 288 p., 22 euros) devait s’arrêter avant l’été. Puis, elle a été prolongée au mois de juillet. Il ne devait rien se passer en août, un mois de « repos » et de « vacances », comme le précisait son entourage avant la pause estivale. Mais l’ancien chef de l’Etat n’a pas pu résister…

En vacances dans les Bouches-du-Rhône avec sa compagne Julie Gayet, François Hollande a finalement décidé de se rendre dans le département voisin du Var pour une nouvelle séance de signatures, assortie d’un bain de foule. Le 5 août, l’ex-président a ainsi dédicacé son ouvrage dans une librairie de Saint-Cyr-sur-Mer (Var), à une soixantaine de kilomètres du fort de Brégançon, où le couple Macron se repose depuis le début du mois.

Difficile de ne pas y voir un fait exprès. « Il a peut-être eu un petit rire dans le cœur », en pensant à son successeur, si près, concède Michel Sapin en souriant. « Mais il ne faut pas surinterpréter. Il n’y avait rien d’organisé ni de médité », promet l’ancien ministre des finances, qui a rejoint l’équipe de l’ex-président dans ses bureaux de la rue de Rivoli. « François Hollande pouvait choisir de parler de l’affaire Benalla, mais il ne l’a pas fait. En revanche, au moment où Emmanuel Macron hésite à faire des bains de foule, lui ne résiste pas. Il y va, et souligne ainsi la différence », analyse de son côté l’ancien premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis.

En marge de sa séance de dédicaces, c’est donc un François Hollande souriant et bronzé qui a fendu la foule, serré des mains et mis en scène sa proximité avec les Français. Alors que, de son côté, son successeur n’était toujours pas sorti de la résidence d’été réservée aux présidents en exercice. Du pain bénit pour l’ancien président qui, selon l’un de ses proches amis, n’a « toujours pas digéré » la victoire… Bastien Bonnefous

Viaduc effondré de Gênes : les responsabilités


Viaduc effondré de Gênes : le Pont Morandi, un ouvrage des années 1960 truffé de problèmes
A LA UNESUD OUEST ÉCOTRANSPORTS

Il se trouve qu’après ma première année de droit ma curiosité s’est éveillé  sur l’époque romaine. Avoir l’étudié le droit romain m’a surtout fait découvrir  l’intérêt de pénétrer plus à fond dans la vie des anciens peuples. Pendant l’année suivante j’ai plongé dans les adductions d’eau de nos ancêtres romains. J’ai acquis, avec difficulté, « les rudiments d’archéologie de l’ère gallo romaine », auteur M. A. de Caumont – écrit en 1870.

Les adductions d’eau qu’elles soit au niveau du sol, souterraines ou sous forme de ponts m’ont  émerveillés mais, hélas, cet auteur se plaignait des destructions prévues par les municipalités au nom de l’urbanisme. De merveilleuses structures ont été ainsi massacrées.

Le viaduc de Gênes m’a fait penser à de Caumont. Erreur après erreur, d’élaboration des èrements puis  catastrophe et une trentaine de décès. Dans tous les domaines le monde nous est ouvert mais la sagesse et la responsabilité sont-elles présentes?  Bernard Owen

 Viaduc effondré de Gênes : le Pont Morandi, un ouvrage des années 1960 truffé de problèmes

A LA UNESUD OUEST ÉCOTRANSPORTS

Publié le 15/08/2018 à 10h03. Mis à jour à 10h40 par SudOuest.fr avec AFP.

Compte tenu des problèmes qu’il pose depuis sa construction et de l’importance du trafic routier qui passe dessus, une démolition avait été envisagée en 2009.

Le pont autoroutier de Gênes, dont une portion s’est écroulée mardi faisant une trentaine de morts, est un ouvrage en béton des années 1960, truffé de problèmes structurels depuis sa construction. Un objet d’un coûteux entretien selon des experts.

« Pont Morandi à Gênes, une tragédie annoncée », titrait mardi le site spécialisé « ingegneri.info », en soulignant que l’ouvrage avait toujours fait l’objet de « doutes structurels ». À l’appui, l’analyse très technique d’Antonio Brencichun ingénieur et professeur à l’Université de Gênes, spécialiste du béton.

Photo by PIERO CRUCIATTI / AFP)

Les aspects problématiques dès le départ

« Le viaduc Morandi a présenté dès le départ des aspects problématiques », commente-t-il, en évoquant une augmentation imprévue des coûts de construction, ainsi qu’une « évaluation erronée des effets différés (viscosité) du béton qui a produit un tablier non horizontal ». Une anomalie de la voie rendue plus acceptable après des corrections répétées, note-t-il.

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Le Pont Morandi a été construit entre 1963 et 1967. Ses mensurations sont impressionnantes : travée principale de 219 mètres, longueur totale de 1,18 km, piles de 90 mètres. La technologie du béton armé précontraint était la marque de fabrique de son concepteur, l’ingénieur italien Riccardo Morandi, célébré en son temps et aujourd’hui décédé. Fort du brevet « Morandi M5 », il avait utilisé cette technologie pour d’autres ouvrages, comme une aile d’un stade de Vérone en 1953.

Cette technique caractérise aussi un autre pont problématique de Morandi, complété en 1962 : le pont General Rafael Urdaneta qui enjambe la baie de Maracaibo, au Venezuela, d’une longueur de 8,7 km et doté de 135 travées. En 1964, un pétrolier avait heurté ce pont, dont deux piles s’étaient écroulées

Démolition envisagée en 2009

« L’Italie construite dans les années 1950 et 1960 a un besoin urgent de restructurations. Le risque d’écroulement est sous-estimé. Les ouvrages construits à cette époque sont en train d’arriver à un âge où ils deviennent à risque », prévient l’architecte.

La société autoroutière avait récemment lancé un appel d’offres de 20 millions d’euros pour des interventions sur le viaduc, rapporte l’agence de presse économique Radiocor. Cet appel d’offres prévoyait précisément un renforcement des câbles de certaines piles (structures verticales qui soutiennent les arches d’un pont), dont la pile numéro 9, celle qui s’est écroulée mardi.

Compte tenu de l’importance de cet axe routier qui voit passer chaque année 25 millions de véhicules, l’hypothèse d’une démolition de l’ouvrage avait même été étudiée en 2009. Au moment de l’accident, des travaux de maintenance étaient en cours.

(Photo by Valery HACHE / AFP)

 

MSC: les preuves du mensonge d’Alexis Kohler, numéro 2 de l’Elysée

6 AOÛT 2018 PAR LAURENT MAUDUIT ET MARTINE ORANGE   MEDIAPART

Contrairement à ce qu’il affirme, Alexis Kohler n’a pas toujours révélé ses liens familiaux avec MSC et ne s’est pas toujours déporté sur tous les dossiers concernant l’armateur italo-suisse. Des documents officiels du port du Havre, auxquels Mediapart a eu accès, montrent que le plus proche collaborateur d’Emmanuel Macron, quand il siégeait de 2010 à 2012 au conseil de surveillance du Port, a pris part aux discussions et aux votes en faveur de MSC.

Le sujet a manifestement intrigué un membre de la commission de déontologie de la fonction publique en 2014. Sur la déclaration d’Alexis Kohler, transmise en juin de cette année-là, alors qu’il demandait à être mis à disposition de l’administration pour rejoindre l’armateur Mediterranean Shipping Company (MSC), une main anonyme a souligné « Grand Port maritime du Havre » (GPMH), comme pour mieux attirer l’attention sur le silence autour de ce dossier.

Car Alexis Kohler semble ne pas s’être étendu – pas plus d’ailleurs que son supérieur hiérarchique, Rémy Rioux, qui se porte garant pour lui – sur sa présence entre 2010 et 2012 comme administrateur, représentant l’État, au conseil de surveillance du port du Havre. La commission de déontologie a rendu en 2014 un avis défavorable à son pantouflage chez MSC en invoquant uniquement son rôle au conseil d’administration de STX France (les chantiers de Saint-Nazaire), mais n’a jamais évoqué le conseil du Havre. Un port où MSC, deuxième transporteur maritime mondial de marchandises (lire notre enquête), joue un rôle considérable en tant que client, mais aussi en tant qu’opérateur important, puisqu’il contrôle deux terminaux.

Alexis Kohler et Édouard Philippe, tous deux membres du conseil de surveillance de GPMH entre 2010 et mi-2012. © LCI

Quelle est la raison de ce silence ou de cet oubli ? La réponse est sans doute dans les documents obtenus par Mediapart. Nous avons en effet fait la demande, puis obtenu les procès-verbaux du conseil de surveillance du GPMH durant la période où Alexis Kohler y siégeait comme administrateur, dépêché par l’Agence des participations de l’État (APE) (voir notre Boîte noire). Or ces documents posent question sur l’attitude qu’a pu avoir le secrétaire général de l’Élysée, visé par une enquête préliminaire que le parquet national financier a ouverte. Ils révèlent que, lorsqu’il siégeait comme administrateur au conseil de surveillance du port du Havre, Alexis Kohler n’a jamais informé les autres membres du conseil de ses liens familiaux avec MSC : sa mère est la cousine germaine de Rafaela Aponte, cofondatrice et principale actionnaire, avec son mari Gianluigi Aponte, du groupe de transport maritime, comme l’a révélé notre enquête (voir Alexis Kohler, un mensonge d’État à l’Élysée).

Parmi les membres du conseil siégeait également le maire du Havre, Édouard Philippe, comme en témoigne la liste intégrale du conseil de surveillance publiée dans le rapport annuel du Port pour l’année 2011. Interrogé sur le fait de savoir si Alexis Kohler avait fait part au conseil de sa situation familiale compliquée, le premier ministre nous a fait répondre qu’« il connaît Alexis Kohler depuis longtemps et a toujours admiré sa très grande intégrité, son sens de l’État et sa force de travail au service de l’intérêt général ». Il avait déjà tenu les mêmes propos lors de l’annonce de l’ouverture d’une enquête préliminaire visant le secrétaire général de l’Élysée par le parquet national financier en juin. Quant aux fonctions exercées par Alexis Kohler au port du Havre, Édouard Philippe nous a fait préciser qu’« il n’a[vait] pas de commentaires à donner spécifiquement sur sa situation au conseil d’administration du port maritime du Havre » (voir nos questions dans l’onglet Prolonger). 

 Les procès-verbaux du conseil de GPMH ne laissent cependant aucun doute : Alexis Kohler ne s’est jamais déporté quand MSC était concerné. Il a participé à toutes les délibérations, y compris celles concernant l’armateur italo-suisse. Une fois au moins, il a même voté une disposition, mettant en jeu de l’argent public, favorable à MSC.

Alexis Kohler et l’Élysée soutenaient pourtant le contraire. « Dans toutes ses fonctions successives au sein de l’État, M. Kohler a toujours informé sa hiérarchie de ses liens familiaux, ainsi que ses collègues de travail qui avaient à connaître cette circonstance ; – que ces liens personnels étaient connus de la Commission de déontologie de la Fonction publique ; – que M. Kohler ne s’est jamais trouvé ou placé en position décisionnaire ou en situation de faire valoir une opinion personnelle dans les travaux internes et délibérations concernant MSC. Ceci reste effectif pour le présent comme pour l’avenir ; – que M. Kohler s’est toujours conformé aux termes des décisions de la Commission de déontologie », nous avait répondu l’Élysée début mai, quelques heures après la parution de notre première enquête qui mettait en lumière les liens familiaux étroits et cachés existant entre le secrétaire général de l’Élysée et MSC. Interrogé sur ces nouveaux éléments concernant le port du Havre, l’Élysée n’a pas donné suite à nos questions (voir notre onglet Prolonger).

Aujourd’hui, toute cette première ligne de défense se trouve minée. Après l’affaire Benalla, les nouveaux faits mis au jour illustrent combien la vigilance contre les conflits d’intérêts, le respect des règles et des lois ne semblent pas relever de l’impératif catégorique pour une partie de la haute fonction publique, comme pour le premier cercle autour d’Emmanuel Macron.

STX France, port du Havre : des postes problématiques

Lorsqu’il est promu comme sous-directeur de l’APE en 2010 et prend la succession de Rémy Rioux comme responsable de la direction des transports et de l’audiovisuel, Alexis Kohler ne peut pas ignorer qu’il est en situation de conflit d’intérêts potentiel au moins sur deux dossier, STX France et le grand port maritime du Havre. Ces deux dossiers, où l’État est en première ligne parce que, dans un cas, il agit en tant qu’actionnaire et, dans l’autre, il s’agit d’un établissement public, sont importants : ils mobilisent l’un comme l’autre beaucoup d’argent public. Mais ce sont aussi deux dossiers essentiels pour MSC – le groupe de son cousin, Gianluigi Aponte –, en quête d’importants soutiens financiers de l’État français.

Pourquoi, si jamais sa hiérarchie a été informée, a-t-elle accepté malgré tout de nommer ce haut fonctionnaire à de tels postes, l’exposant à de tels conflits d’intérêts ? Cette hiérarchie a-t-elle considéré que ces risques étaient mineurs et qu’ils ne justifiaient pas en tout cas de bouleverser l’organisation interne de l’APE ? On n’en saura rien.

Par deux fois, en 2014 puis en 2016, Rémy Rioux, son supérieur hiérarchique d’abord à l’APE puis comme directeur de cabinet du ministre des finances, Pierre Moscovici, s’est porté garant – en lieu et place du ministre, d’ailleurs – d’Alexis Kohler auprès de la commission de déontologie lorsque ce dernier a demandé à rejoindre MSC. « J’atteste que dans le cadre de ses fonctions, Monsieur Alexis Kohler n’a pas été amené à exercer un contrôle ou une surveillance, ni à conclure des contrats, ni encore à proposer des décisions relatives à des opérations réalisées par la société MSC (…) qu’il souhaite rejoindre, ni par ses filiales », écrit-il alors sans hésitation à la commission de déontologie (voir notre enquête). Dans son attestation, Rémy Rioux prend garde de ne se référer qu’à la période où son collaborateur était son adjoint au cabinet de Pierre Moscovici, mais ne parle pas de la période antérieure : celle où ils étaient tous les deux à l’APE.

La question vaut encore plus pour Alexis Kohler. Car même s’il avait le feu vert de sa hiérarchie, il en allait aussi de sa responsabilité personnelle de refuser. Pourquoi a-t-il accepté de siéger au conseil de STX France, devenu un sujet politiquement très sensible, en sachant que MSC était alors quasiment le seul client des chantiers de Saint-Nazaire et qu’à un moment ou un autre, ne manquerait pas de se poser la question du soutien de l’État pour l’aider à passer ce mauvais cap ? La suite a prouvé combien ces aides ont été favorables à MSC : l’État joue le rôle de banquier pour l’armateur. Ce dernier bénéficie aujourd’hui de plus de 1,5 milliard d’euros de garanties financières signées par la puissance publique. Combien de groupes industriels ont obtenu de telles faveurs ?

Dans le cadre de la loi n° 78-753 du 17 juillet 1978, à ce jour abrogée, mais dont les dispositions ont été reprises au sein du Code des relations entre le public et l’administration (CRPA), permettant communication des documents administratifs, nous avons adressé deux courriels, l’un le 29 juin, l’autre le 4 juillet, pour demander au grand port maritime du Havre (GPMH) communication des procès-verbaux du conseil de surveillance entre 2010 et mi-2012, période pendant laquelle Alexis Kohler était administrateur représentant l’État au port du Havre, ainsi que sa déclaration d’intérêts.

Après avoir conduit une analyse juridique, la direction du GPMH a estimé que les procès-verbaux de son conseil de surveillance étaient des documents communicables, aux termes du CRPA. Manifestant un respect rigoureux de la loi, la direction du GPMH nous a donc transmis les procès-verbaux.

La direction du GPMH nous a toutefois fait savoir qu’elle ne détenait pas les déclarations d’intérêts souscrites, aux termes de la loi, par tous les nouveaux membres du conseil de surveillance, mais qu’elles étaient entre les mains du commissaire du gouvernement auprès du port, actuellement Alexis Vuillemin, par ailleurs directeur des services de transport à la direction générale des infrastructures, des transports et de la mer du ministère de la transition écologique et solidaire. Ce dernier nous a fait savoir par courrier (lire ici) que notre demande de communication de la déclaration d’intérêts d’Alexis Kohler ne serait pas satisfaite. Motif invoqué du refus de communication : « Les déclarations d’intérêt (…) sont susceptibles de comporter des informations relatives (…) aux fonctions exercées par le déclarant et sa famille dans les ”sociétés ou organismes” qui sont susceptibles de conclure des conventions avec le grand port maritime. »

Mediapart a décidé de saisir la Commission d’accès aux documents administratifs, pour obtenir communication de la déclaration d’intérêts d’Alexis Kohler.

 

Le procès Fillon

Hervé Lehman est ancien juge d’instruction et avocat au barreau de Paris. Il vient de publier Le Procès Fillon(éd. du Cerf, 2018).

Voici un article du Figaro qui parle d’un livre qui explique le rôle des magistrats dans l’affaire Fillon.

«La rapidité avec laquelle l’affaire Fillon a été traitée au début est stupéfiante»

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Dans un livre qui vise à faire toute la lumière sur «l’affaire Fillon», des révélations du Canard enchaîné à l’élimination de l’ex-candidat, Hervé Lehman dénonce la connivence entre le pouvoir judiciaire et l’exécutif.

FIGAROVOX.- Un an après l’élimination de François Fillon au second tour de la présidentielle, l’affaire semble au point mort. Comment expliquez-vous cette lenteur après la rapidité de sa mise en examen?

Hervé LEHMAN.- Le rythme actuel de la procédure visant François Fillon est normal, c’est-à-dire conforme à la durée habituelle des procédures d’instruction. Ce qui est stupéfiant, c’est la rapidité avec laquelle l’affaire a été traitée au début, comme si on avait voulu éliminer le principal candidat de l’opposition. Comme il était procéduralement impossible de faire comparaitre François Fillon devant un tribunal dans les quelques mois de l’élection présidentielle, on a choisi d’ouvrir une instruction qui permettait sa mise en examen, cette pré-condamnation des présumés innocents.

À peine l’instruction ouverte, les juges d’instruction ont été désignés; à peine désignés ils ont convoqué, après avoir étudié le dossier pendant le week-end, François et Penelope Fillon pour les mettre en examen. Où était l’urgence? L’affaire remontait à plusieurs années… Certains disent: oui, mais si François Fillon avait été élu, il aurait bénéficié de l’immunité présidentielle pendant son quinquennat et l’affaire aurait été bloquée. Si c’est bien le raisonnement suivi par les juges, cela signifierait qu’ils avaient conscience que la mise en examen allait empêcher François Fillon d’être élu. C’est cette interférence du judiciaire dans le processus électoral qui pose un problème.

L’ancien directeur du FBI, James Comey, vient d’écrire dans son livre qu’il avait eu conscience de nuire à la campagne d’Hillary Clinton en relançant publiquement son enquête quelques jours avant l’élection. Les magistrats en charge de l’affaire Fillon ont-ils pu ne pas avoir conscience qu’ils interféraient dans le rendez-vous démocratique majeur qu’est l’élection présidentielle?

Le Parquet national financier était-il légitime dans cette affaire?

Le parquet national financier a été créé pour lutter contre «la grande délinquance financière». La loi lui donne compétence pour les affaires de détournement de fonds publics «d’une grande complexité». L’affaire de l’emploi de Penelope Fillon est d’une grande simplicité. On n’a pas créé un parquet national financier pour vérifier l’emploi du temps d’une assistante parlementaire de la Sarthe. Si le parquet national financier s’est saisi, précipitamment (le jour même de la sortie de l’article du Canard enchaîné), en raison de la dimension politique de l’affaire, alors ce n’est plus un parquet national financier, mais un parquet national politique.

Cette saisine est d’autant moins compréhensible que, pour les affaires apparues à la même époque, la soirée à Las Vegas d’Emmanuel Macron organisée par Business France qui était dirigée par Muriel Penicaud, l’affaire des assistants parlementaires du Modem de François Bayrou, l’affaire mettant en cause Richard Ferrand, le parquet national financier ne s’est pas saisi, alors même que les deux premières sont plus complexes que le cas de Penelope Fillon.

Ce n’est plus un parquet national financier, mais un parquet national politique.

Il n’y a pas d’explication officielle satisfaisante à ce mystère. Interrogé par La Voix du Nord, le procureur de la République financier a répondu: «je n’ai pas de sens politique».

François Fillon n’a-t-il pas lui-même commis un certain nombre d’erreurs? À commencer par se mettre entre les mains des juges…

Il est évidemment plus facile de commenter après coup, que d’agir dans la tourmente. Mais il est certain que François Fillon a sous-estimé la virulence de l’offensive judiciaire dont il faisait l’objet. Pour qui avait analysé les conditions de la création du parquet national financier et la fermeté de son action dans les affaires mettant en cause la droite, en particulier Nicolas Sarkozy et son entourage, il était évident que ce parquet créé par François Hollande ne se saisissait pas de cette affaire avec une extrême rapidité dans le but de blanchir François Fillon avant l’élection présidentielle. En proclamant dans un premier temps qu’il lui faisait confiance, François Fillon a fait preuve de naïveté.

Il en a été de même lorsqu’il a déclaré qu’il se retirerait de l’élection présidentielle s’il était mis en examen, parce qu’il était convaincu, à tort, que ce n’était techniquement pas possible. On pourrait dire qu’il a alors donné le mode d’emploi à ses adversaires judiciaires.

Après avoir sous-estimé l’offensive judiciaire, François Fillon a surjoué, tardivement, l’indignation en criant au complot et au cabinet noir. Ce n’était plus audible, après ce qu’il avait précédemment dit.

L’ancien Premier ministre a évoqué un cabinet noir. Croyez-vous à cette théorie du complot?

Il n’y a pas de cabinet noir, et pas de complot. Les choses sont plus subtiles que cela. Il y a une chaîne de magistrats, dont la plupart ont été nommés par François Hollande et Christiane Taubira, dont plusieurs ont été aux cabinets de Lionel Jospin ou de Ségolène Royal, dont certains ont été militants ou sont proches du Syndicat de la magistrature. Évidemment, ces magistrats n’ont pas une sensibilité proche de François Fillon ou de Sens commun. Ils ont agi selon leur conscience et leurs convictions.

Comment le juge d’instruction est-il nommé?

Lorsque le juge Tournaire a été désigné comme juge d’instruction principal, la presse a dit: c’est «le juge de fer, François Fillon va passer un sale moment». Mais personne ne s’est interrogé sur la raison pour laquelle c’est ce juge qui s’est trouvé en charge de l’affaire Fillon. Le juge d’instruction n’est pas tiré au sort, il est désigné par le président du tribunal de grande instance. Évidemment, la désignation ne se fait pas au hasard ; elle ne se fait pas non plus sur des critères objectifs et pré-établis. Elle résulte d’un choix non justifié et non motivé.

Il doit donc être constaté qu’a été choisi pour l’affaire mettant en cause le candidat de l’opposition à l’élection présidentielle un juge qui est réputé pour traiter les politiques comme les délinquants de droit commun, qui était déjà en charge d’affaires mettant en cause Nicolas Sarkozy, qu’il a mis sur écoutes téléphoniques pendant huit mois et qu’il vient alors de renvoyer devant le tribunal correctionnel pour l’affaire Bygmalion contre l’avis de son collègue co-saisi. Le même juge qui mettra en garde à vue Nicolas Sarkozy, ancien président de la République, en mars dernier, puis Vincent Bolloré en avril. Ici encore, faut-il croire que le choix a été fait en l’absence de tout «sens politique»?

Diriez-vous comme Napoléon Ier que «le juge d’instruction est l’homme le plus puissant de France»?

La procédure d’instruction est archaïque. Elle est très lourde, très lente, et dépend entièrement de la qualité du juge d’instruction saisi.

Le mis en examen est juridiquement présumé innocent, il est médiatiquement et socialement présumé coupable.

Nos grands voisins, l’Allemagne et l’Italie, y ont renoncé ; la plupart des pays démocratiques n’ont pas de juge d’instruction et ont un système clair dans lequel, entre le procureur qui enquête et accuse et la défense, il y a un juge qui ne fait que juger. Comme le dit Robert Badinter, le juge d’instruction est mi-Maigret mi-Salomon, mi-policier mi-juge. C’est une fonction schizophrénique.

La commission Delmas-Marty, mise en place par François Mitterrand et la commission Léger, désignée par Nicolas Sarkozy, de sensibilités différentes et à vingt ans d’écart, sont arrivées à la même conclusion: il faut abandonner la procédure d’instruction. Mais c’est un tabou: dès qu’un projet voit le jour, les conservatismes, notamment syndicaux, crient à la mort de la démocratie et le projet est enterré pour vingt ans. Le prétexte est que le parquet n’est pas indépendant et qu’il pourrait manipuler les affaires politiques. Pour 1 % des affaires, dites politiquement sensibles, on maintient un système qui marche mal pour les autres 99 %. Surtout, il est possible de mettre en place des garde-fous pour les affaires politiques. Et on voit avec l’affaire Fillon que l’existence du juge d’instruction n’est pas une garantie contre des dérives dans les affaires politiques.

Si l’on maintient la procédure d’instruction, il faut à tout le moins supprimer la mise en examen qui est un fléau judiciaire. Le mis en examen est juridiquement présumé innocent, il est médiatiquement et socialement présumé coupable. Chaque année, environ dix mille personnes mises en examen sont finalement déclarées innocentes, mais restent aux yeux de tous suspectes parce que le sceau d’infamie de la mise en examen est indélébile. Techniquement, la mise en examen n’est pas nécessaire ; pour les mis en examen qui seront reconnus innocents des années plus tard, elle produit des effets catastrophiques.

Dans votre livre, vous rappelez que le syndicat de magistrature, à l’origine du mur des cons, est né en 1968 et que son texte fondateur est la harangue de Baudot: que cela signifie-t-il?

Oui, c’est cette harangue en effet, qui proclame: «Soyez partiaux… Ayez un préjugé favorable pour la femme contre le mari, pour l’enfant contre le père, pour le débiteur contre le créancier, pour l’ouvrier contre le patron, pour l’écrasé contre la compagnie d’assurances de l’écraseur, pour le malade contre la sécurité sociale, pour le voleur contre la police, pour le plaideur contre la justice».

«Soyez partiaux», c’est une injonction terrible parce que c’est l’opposé même de la notion de justice, le contraire du droit à un tribunal impartial affirmé par la Convention européenne des droits de l’homme. Lorsque l’on entend dire que la harangue de Baudot est un texte ancien, qui remonte à plus de quarante ans et serait «prescrit», on doit bien constater qu’il a gardé un écho chez certains magistrats, heureusement fort minoritaires. Qui trouvait-on sur le mur des cons affiché crânement au siège du Syndicat de la magistrature et «enrichi» au fur et à mesure par les magistrats qui s’y rendaient? Des politiciens de droite, bien sûr, mais aussi deux pères de jeunes filles violées et assassinées. Les cons, ce sont les victimes!

L’immense majorité des magistrats sont impartiaux et insensibles aux influences politiques. Une minorité reste dans l’esprit de la harangue de Baudot. Il vaut mieux ne pas passer devant eux quand on est un politicien de droite ou un chef d’entreprise.

 

 

 

Droit Constitutionnel Hellénique

Nous venons de recevoir le dernier texte de notre ami Antoine PANTELIS intitulé

Droit Constitutionnel Hellénique

Notions de base. Histoire

Constitutionnelle Hellénique

Organisation de l’Etat

Droits de l’Homme

La préface est de Bernard Pacteau, éditeur L’Harmattan, Collection Logiques Juridiques.

L’ensemble est un dictionnaire historique, international sans prendre position pour tel point de vue ou tel autre, laissant au lecteur sa liberté de choix. Facile à lire et qui devrait  plaire aux étudiants et leurs professeurs tout en donnant lieu à discussions et saines confrontations. Bernard Owen

Alexandre Benalla se justifie-t-il?

Monique Cochinal

Alexandre Benalla livre « ses vérités » sur TF 1.  Il faut reconnaître qu’il est très performant. Sûr de lui, il répond aux questions de la journaliste clairement, simplement. Il apparaît comme un jeune homme, maître de lui, travailleur, sérieux, dévoué. Il ne s’est pas emporté, il a eu des gestes vigoureux, mais n’a pas tapé ce jeune délinquant à terre, il a agi comme un simple citoyen l’aurait fait dans une telle circonstance. Il a vécu cette sanction, qui a été bien appliquée comme une profonde humiliation. Il regrette de s’être trouvé comme observateur ce jour là à cet endroit précis où les violences étaient particulièrement intenses. Il pense, malgré tout avoir gardé la confiance du Président de la République et il regrette surtout que « cette grosse bêtise » ait été autant exploitée. « En m’attaquant, on a voulu attaquer le Président, et je trouve cela profondément injuste, et c’est pourquoi je suis là ». Bravo, Monsieur Benalla, voilà une superbe défense, digne de celle de votre avocat, très naturelle quand on doit se défendre. Mais, en y réfléchissant, à mon avis, le problème est tout autre et dépasse la simple affaire Benalla (affaire d’été, comme vous dites) pour devenir une « affaire d’Etat », d’où les enquêtes en cours : enquêtes parlementaires, entravées par le pouvoir, enquêtes sénatoriales, très sérieuses, et enquête judiciaire (mise en examen, perquisitions au domicile de Monsieur Benalla).

De nombreux points restent encore obscurs, concernant les dysfonctionnements de nos institutions, la question la plus grave étant : Pourquoi notre Président a gardé le silence devant cette affaire grave pendant presque trois mois, lui qui sait très bien s’exprimer devant les citoyens, quand cela l’arrange ?

Nous , citoyens, devons avoir un jour « LA VERITE » sur cette malheureuse affaire Benalla, très vite maintenant, avant de passer à autre chose.

Deux articles de Medipart sur le cas Macron – Benalla.

          Nous ne sommes pas journalistes et nous nous contentons de généralement mettre des extraits d’articles rencontrés sur Mediapart. Cette fois  nous placerons l’ensemble des articles des événements qui ont eu lieu Place de la Contrescarpe. C’est là que vivait mon ancien professeur Maurice Duverger.

          Votre sujet nous est proche, Maria Rodriguez-McKey vient de mettre en ligne (avant ces tristes événements) un texte critiquant la verticalité du pouvoir. Nous avons d’autre part remis en ligne un autre texte de Maître Lehman  de Figaro Vox qui présente dans un langage très bien écrit avec une subtilité remarquable sur le cas Fillon où apparaît de façon évidente la collusion « procureurs et politique »?  Continuez l’excellent travail. Bernard Owen

 Nouvelle vidéo: Benalla a fait interpeller sa victime

20 JUILLET 2018 PAR CHRISTOPHE GUEUGNEAU ET ANTTON ROUGET

Une nouvelle vidéo que révèle Mediapart montre que le conseiller élyséen a donné un violent coup de pied dans le ventre à la victime de la place de la Contrescarpe, le 1er mai. Il a ensuite fait procéder à l’interpellation du manifestant qu’il avait frappé.

Place de la Contrescarpe, le conseiller d’Emmanuel Macron n’a pas seulement frappé un manifestant, il a aussi provoqué son interpellation après les faits. Depuis les révélations du Monde sur les violences commises par le conseiller d’Emmanuel Macron au cours de la manifestation parisienne du 1er mai, la défense de l’Élysée est restée invariable : M. Benalla n’était qu’un simple observateur du dispositif policier, « en congé », qui aurait outrepassé ses autorisations.

Une nouvelle vidéo que révèle Mediapart anéantit cette défense. Le 1er mai, à Paris, Alexandre Benalla n’était pas un simple observateur mais s’est retrouvé en relation constante avec les forces de l’ordre, conduisant les CRS jusqu’à l’homme qu’il avait frappé pour le faire interpeller.

Ces nouvelles images ont été captées par Renaud Delacroix. Il s’agit d’un délégué syndical Sud Santé Sociaux qui travaille au sein de l’association Aides. Il est par ailleurs militant de La France insoumise. Après la manifestation parisienne du 1er mai, Renaud Delacroix et quelques amis en ont rejoint d’autres place de la Contrescarpe. Ils sont arrivés sur les lieux une demi-heure avant la scène filmée.

« Nous étions d’abord sur la place elle-même, puis nous avons décidé de boire un verre au bar Le Contrescarpe. L’ambiance était vraiment détendue au départ. Il y avait certes quelques CRS dans les rues adjacentes mais les gens pouvaient passer. » L’ambiance se tend quand un groupe de manifestants de la journée arrive en même temps.

« Une vingtaine de CRS ont immédiatement bougé sur la place. Ils arrivent et gazent les gens présents, y compris sur les terrasses. Les serveurs nous font alors rentrer dans le bar. » C’est quelques minutes plus tard que Renaud Delacroix commence à filmer « une scène de violence policière hélas habituelle depuis trois ans ».

Depuis l’intérieur du bar, il observe alors avec stupéfaction l’interpellation de deux jeunes manifestants. La première partie de la scène est déjà connue : on y voit Alexandre Benalla, casqué et visiblement désinhibé, frapper sans raison apparente un homme d’une vingtaine d’années. Élément nouveau : la vidéo montre ici que le conseiller élyséen lui assène un violent coup de pied dans le ventre (00 min 30 s de la vidéo).

Le jeune homme se relève péniblement puis rejoint sa compagne, elle-même précédemment prise à partie par Alexandre Benalla. Le couple, qui semble sous le choc, se serre fort, dans les bras l’un de l’autre, avant que Benalla ne revienne lui-même avec deux CRS qu’il est allé chercher. Benalla est accompagné de Vincent Crase, un autre collaborateur de l’Élysée mis en cause (chauve et lunettes de soleil sur le front sur la vidéo), et une troisième personne (lunettes, cheveux châtains), depuis présentée par la préfecture de police de Paris comme un « policier » et qui a été identifiée comme étant Philippe Mizerski, membre de l’état-major de la direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC). (Lire nos enquêtes ici ou ).

En compagnie des deux CRS, Benalla écarte alors le couple des autres manifestants vers un autre angle de la place de la Contrescarpe (2 min 08 s). Après de longs échanges, le jeune homme est mis au sol par les CRS. Benalla est toujours sur place, avec Vincent Crase et le troisième « policier » (3 min 58 s). « On prenait ces gens-là pour des baqueux [des policiers de la BAC – ndlr], explique Renaud Delacroix, qui a filmé la scène. Ils en avaient le comportement, de fait assez classique en fin de manifestation. »

À terre, le manifestant est menotté par les CRS, tandis que sa compagne a déjà été emmenée ailleurs. La vidéo se termine à ce moment. Renaud Delacroix, qui est resté encore une vingtaine de minutes dans le bar, a bien vu les policiers emmener le jeune homme un peu plus loin mais n’a pas vu s’il était relâché ou arrêté. A-t-il été procédé à un contrôle d’identité ? Le jeune homme a-t-il été conduit vers un commissariat ? A-t-il été poursuivi ? A-t-il dénoncé les violences qu’il a subies ? On ne le sait pas. Une chose est sûre : la préfecture de police de Paris a très probablement l’identité de la victime du conseiller d’Emmanuel M

La présidence Macron face à sa part d’ombre

20 JUILLET 2018 PAR EDWY PLENEL

L’affaire Benalla évoque un climat nauséabond de basse police et de cabinet privé au cœur de l’Élysée. Cette privatisation de la sécurité présidentielle, avec ses dérives barbouzardes, dévoile la part d’ombre du monarchisme macronien.

Voici donc deux collaborateurs de la présidence de la République, Alexandre Benalla et son acolyte Vincent Crase, surpris dans leurs méfaits : faux policiers mais vrais cogneurs de manifestants. Il n’est pas exclu que ces irréguliers abrités par l’Élysée soient plus nombreux, comme le suggère l’énigme d’un troisième homme, Philippe Mizerski, également présent le 1er mai. Il n’est pas exclu non plus que leurs méfaits soient eux aussi plus nombreux, comme le montrent leur aisance à s’imposer aux forces de police sur le terrain, leur capacité de faire interpeller les manifestants victimes de leurs coups (lire là nos révélationset leurs relais au sein de la préfecture de police pour obtenir des informations.

La présidence Macron aura donc aussi privatisé le maintien de l’ordre. Premier défilé syndical de la Fête des travailleurs à avoir été démembré et empêché, au prétexte des casseurs près du pont d’Austerlitz, ce 1er mai aura aussi connu cette innovation : des personnels de l’Élysée, infiltrés sur ordre au cœur du dispositif policier, qui n’ont pas hésité à jouer les agents provocateurs. Et qui, malgré la connaissance presque immédiate de leur comportement en haut lieu, étaient protégés depuis plus de deux mois et demi par tout l’appareil d’État, depuis son sommet, la présidence, jusqu’à ses ministères, celui de l’intérieur, et ses administrations, la préfecture de police. Difficile de trouver un précédent, sinon le climat barbouzard de l’après-68, quand l’État lui-même organisait parfois la violence qu’il prétendait combattre.

Les images filmées le 1er mai place de la Contrescarpe, dans le Vearrondissement de Paris, montrent en action des nervis et non pas des serviteurs de la République. Un nervi, du pluriel de l’italien nervo, qui signifie « vigueur », c’est un homme de main. De ceux qui font facilement le coup de poing et qui sont utiles aux coups de force politiques. Fascinés par la sécurité, ces amateurs sortis du rang singent les professionnels, sans en accepter les contraintes. Pour eux, l’ordre se passe aisément de la loi et le désordre leur sert souvent de marchepied. Fiers-à-bras se moquant des règles et des conventions, ambitieux passés sans transition des services d’ordre militants au palais présidentiel, bénéficiant dès lors de passe-droits, la protection élyséenne générant le raccourci administratif, ils illustrent cette voyoucratie nichée dans la part d’ombre d’une politique saisie par l’obsession du pouvoir.

Ce n’est pas la première fois, et ce ne sera pas la dernière, que la chronique fait-diversière met en évidence combien le pouvoir personnel qui caractérise l’absolutisme présidentiel français entraîne dans son sillage un monde interlope et improbable d’habiles et de parvenus, offrant au pouvoir leurs talents transgressifs et leurs audaces illégales. Mais il est plus inhabituel de découvrir ses protagonistes au cœur du dispositif et non plus à sa marge. Soudain mis en lumière, Alexandre Benalla se révèle en effet un personnage central de l’aventure présidentielle d’Emmanuel Macron. De la campagne électorale au palais élyséen, d’autres images le montrent omniprésent et indispensable, au plus près du candidat hier, du chef de l’État aujourd’hui. La raison en est simple : ce n’est pas n’importe quel collaborateur d’Emmanuel Macron.

Sous le titre anodin d’adjoint au chef de cabinet, Alexandre Benalla était le « Monsieur sécurité » du chef de l’État. Responsable de sa sécurité personnelle et privée, il avait la charge de protéger ses secrets et son intimité. Homme de confiance, il était logé quai Branly dans des dépendances de l’Élysée qui, sous la présidence de François Mitterrand, ont hébergé la vie privée qu’il dissimula si longtemps – sa fille Mazarine Pingeot et sa mère – et le fidèle qui en fut le gardien jusqu’à son suicide en 1994 – le fantasque François de Grossouvre.

Loin d’être relégué au second plan, Alexandre Benalla manifestait volontiers son importance dans le dispositif présidentiel, comme Mediapart put le constater au Palais de Chaillot, lors du repérage des lieux préalable à l’entretien avec Emmanuel Macron du 15 avril. Au prétexte de la sécurité, il entendait dicter la mise en scène, sans que quiconque de l’Élysée ne le remette à sa place.

La panique qui, aujourd’hui, s’empare de la cour macronienne et des députés LREM ne pourra aisément effacer cette vérité de fait : par choix et volonté du président de la République lui-même, Alexandre Benalla avait une place aussi démesurée qu’incompréhensible au vu d’une part de son parcours personnel et d’autre part du dispositif sécuritaire. Comment expliquer qu’un jeune homme n’ayant d’autres états de service que le S.O. du Parti socialiste puis de En Marche! puisse occuper avec une telle liberté doublée d’irresponsabilité un rôle si important ? Comment justifier sa fonction sécuritaire, bizarrement occultée dans l’organigramme officiel, alors qu’il existe une unité spécialisée, fortement dotée, le Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR), composée de gendarmes et de policiers, tous professionnels expérimentés ?

Avant même que ses méfaits soient révélés, Alexandre Benalla était déjà hors de la loi commune, hors usage règlementaire, hors cadre administratif. C’est pourquoi ses actes personnels engagent la responsabilité politique de celui qui l’a choisi et nommé : Emmanuel Macron, et nul autre. Seul ce choix présidentiel, entre caprice monarchique et bon plaisir, peut expliquer la mansuétude et la protection dont a bénéficié son « Monsieur Sécurité » après sa virée du 1er mai. Alors même que plusieurs délits lui sont potentiellement imputables – coups et blessures volontaires (article 222-13 du code pénal), immixtion dans une fonction publique (article 433-12), exercice créant la confusion avec une fonction publique (article 433-13), etc. –, il a été couvert par l’appareil d’État.

Connu pour sa rigueur dans ses précédentes fonctions préfectorales, le directeur de cabinet Patrick Strzoda a pourtant dû se contenter d’une sanction bénigne, deux petites semaines de mise à pied. Le récit qui, aujourd’hui, par la voix du porte-parole de la présidence, tente de la justifier ne s’embarrasse guère de vraisemblance, affirmant qu’Alexandre Benalla était en congé le 1ermai, comme si un salarié posait des congés un jour férié… Non seulement il n’a pas été automatiquement licencié pour faute grave – il a été au contraire maintenu parmi le personnel élyséen –, mais de plus la justice n’a pas été saisie, alors que l’article 40 du code pénal obligeait à le faire : « Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l’exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit est tenu d’en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs. »

Tandis que le ministère de l’intérieur ne bronchait pas, alors même que l’intégrité de la police est atteinte, le cabinet de l’Élysée faisait l’autruche, jouant la montre et l’oubli, en espérant, jusqu’aux révélations du Monde le 18 juillet au soir, que rien ne se sache pour que tout puisse continuer comme avant. Dans un système où les imprudences, les fautes et les erreurs du prince ligotent tous ceux qui le servent, la République a été de bout en bout bafouée. Seul le soutien aveugle du président lui-même peut expliquer que l’auteur de délits si manifestes ait été à ce point protégé.

L’affaire Benalla est bien plus que la sortie de route d’un collaborateur élyséen. Elle est une alerte sur la dérive de cette présidence vers un pouvoir encore plus sans partage du chef de l’État, dans une marche consulaire, avec coup de force permanent, en direction d’une présidentialisation accrue de la Ve République, ignorant les contre-pouvoirs, effaçant le premier ministre et soumettant le Parlement, humiliant les opposants et méprisant la société.

Car, dès que le pouvoir se veut personnel, la basse police est à son affaire. Protégeant ses secrets, où souvent se mélangent intérêt public et vie privée, elle impose sa propre loi qui, au prétexte de la raison d’État, échappe à la loi. On ne saura jamais ce qu’aurait été la suite de l’aventure élyséenne d’Alexandre Benalla et de la petite bande qui l’entoure, même si l’on devine qu’aucune règle éthique ou principe moral ne l’aurait entravé pour parvenir à ses fins, discréditer les oppositions politiques ou empêcher les curiosités journalistiques. Mais le peu que l’on en sait rappelle déjà un précédent, autrement professionnel dans son apparence, qui, faute d’avoir été débusqué à temps, eut le temps de faire bien des dégâts : la cellule de l’Élysée au tout début du premier septennat de François Mitterrand, véritable service privé de sécurité et de renseignement.

Rapidement converti au pouvoir personnel qu’il dénonçait dans l’opposition, le premier président élu à gauche de la Ve République prit prétexte d’arguments sécuritaires – le terrorisme déjà – pour créer sa propre garde rapprochée, un service spécial dévoué à la protection de ce qu’il voulait absolument cacher et, aussi, de ce qu’il voulait absolument savoir. Atteint d’un cancer peu de temps après son élection de 1981, François Mitterrand réussit ainsi à cacher sa maladie jusqu’aux toutes dernières années de sa longue présidence, qui dura 14 ans. De même, il réussit à protéger sa double vie, affichant publiquement sa famille officielle et dissimulant sa famille officieuse dans les palais de la République, jusqu’au jour, tardif, où il décida de mettre en scène lui-même la révélation de son existence.

Dans cette privatisation du pouvoir, la vie privée est toujours un bon prétexte. Sous couvert de la protéger, l’absolu du secret autorise l’abus de pouvoir. C’est ainsi que, détentrice des secrets intimes du Président, la cellule de l’Élysée mitterrandienne se rendit célèbre pour ses écoutes illégales d’opposants, de proches, d’avocats, de journalistes, etc., sans compter bien d’autres transgressions autorisées par son sauf-conduit présidentiel. Elle aussi mélangeait les genres, fréquentait les arrière-cours policières, jouait de son aura présidentielle pour s’imposer aux services, fédérait une bande de pieds-nickelés aussi néfastes que maladroits…

Dévoilant la tentation macronienne d’un service de sécurité privé à l’Élysée, l’affaire Benalla arrive heureusement à temps pour empêcher que cet abus de pouvoir prolifère. Mais elle révèle que ce président élu sur la promesse d’une « révolution démocratique profonde » en est la négation incarnée. Près de deux ans après que ces mots ont été imprimés dans un livre dont le titre, Révolution (XO Éditions), semble aujourd’hui sorti d’une nouvelle d’Orwell où le mensonge serait proclamé vérité, on peine à croire qu’y était écrit aussi que « la responsabilité est précisément ce qui peut contribuer à restaurer un peu de cette morale collective dont nous avons tant besoin ». Emmanuel Macron y affirmait que « l’ultime responsabilité est politique » et que, dans ce registre, « certaines fautes vous disqualifient radicalement ».

Parmi celles-ci, outre le financement politique,qui concerne tout particulièrement le prévenu et mis en examen Nicolas Sarkozy récemment invité dans son avion privé de retour de Moscou, l’actuel président de la République mentionnait les « atteintes à l’administration publique » et les « atteintes à l’autorité de l’État », fautes emblématiques de l’affaire Benalla. « Dans de tels cas, il faut avoir la décence de s’effacer », concluait l’homme qui refusa que son « Monsieur Sécurité » soit effacé de l’Élysée au lendemain de son escapade barbouzarde. Le florilège est inépuisable puisque, dans ce livre d’un autre temps, celui des promesses qui n’engagent à rien, on lit aussi que « la haute fonction publique ne doit pas être exempte d’une plus grande exigence ». Omnipotent secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler médite à loisir cette prudente recommandation, alors que son conflit d’intérêts avec la puissante et mystérieuse compagnie maritime MSC ne lui vaut aucun embarras.

Éphémères, les lumières électorales sont toujours utiles pour souligner les ombres qui gagnent, une fois au pouvoir. « Certaines fautes vous disqualifient radicalement », écrivait donc le candidat Macron. Il n’est pas exclu que les fautes de son protégé disqualifient radicalement sa présidence.