A Colombay-les-Deux Eglises

Monique Cochinal

Nous suivons, aujourd’hui, le Président Macron à Colombay-les-Deux-Eglises pour la commémoration des soixante ans de la Vème République, avec une pensée toute particulière pour ce grand homme que fut Charles de Gaulle. La France lui doit beaucoup. De tous bords, on reconnaît son intégrité, on admire sa dignité, même dans le camp de ses plus vigoureux adversaires. Il fut un précurseur dans bien des domaines, avec un grand sens de sa fonction présidentielle, sans oublier le respect des plus humbles.

Encore aujourd’hui, tous nos grands politiciens, sincères ou pas, vont s’incliner sur sa tombe, se souviennent, et le citent en référence dans leurs discours. Et le petit village s’anime soudain, bourdonne de monde, de journalistes, de caméras, de Chefs d’Etat. C’est l’occasion ou jamais, pour notre président, de prendre un nouveau « bain de foule ». Décidément, cela devient un exercice quotidien. La méthode reste la même : un grand discours, et ensuite, on va à la reconquête de « son » peuple, par des contacts directs avec les gens. Il aime cela, notre Président. Il écoute, il rassure, il apaise, s’insurge en pédagogue, en redresseur de torts, mais … hélas ! Le naturel revenant au galop, les phrases incisives fusent, telles que : « les Français se plaignent …… Les Français ne regardent que ce qu’on leur prend d’argent ». Ah ! Oui, et pour cause, il nous faut bien gérer notre budget et ne pas dépenser plus que ce que nous avons, sinon, c’est la faillite, les procès, la justice. Quand on est Président, on n’a pas de soucis de ce genre.

A une femme, ancienne commerçante, qui se plaint de sa toute petite retraite, il répond : « En effet, c’est bien peu … Mais vous n’avez pas beaucoup cotisé ». La pauvre femme le sait bien et c’est là son malheur. Elle dit tout bas, presque honteuse : « j’espère que vous ferez quelque chose pour nous, Président ». Mais notre premier de cordée est déjà plus loin, il passe à d’autres questions, pour faire d’autres réponses, dans le genre de celles-ci : « …. Si on tient compte de ces petits incidents quotidiens … Les sondages, les rumeurs qui circulent, les plaintes, on n’avance pas, il faut regarder plus haut…. ». Pour conclure que le cap fixé sera maintenu, coûte que coûte, que c’est pour le bien de tous, que tout fonctionne. Il fera ce qu’il a dit, sans défaillir. Donc, pas de plaintes malsaines. Tout le reste n’est que balivernes. Lui, il avance, il fonce même droit devant lui. Les réformes annoncées de notre constitution et stoppées par cette affaire Benalla, doivent être très vite reprises, tout sera réglé en janvier 2019.

La citoyenne que je suis (j’allais dire « la gauloise ») est de plus en plus inquiète pour les années qui viennent. A consulter les derniers sondages, nous sommes de plus en plus nombreux à blâmer l’attitude et la politique de notre Président actuel.

ELABE: Macron et l’opinion : la reconquête est-elle possible ?


• Le président français Emmanuel Macron lors d’un point presse à Paris le 16 juillet 2017 (photo d’illustration).
• afp.com/STEPHANE MAHE

LE CERCLE (tribune publiée par Bernard Sananès dans Les Echos le 26 septembre 2018)

Dix-huit mois après son élection, tous les voyants de l’impopularité sont au rouge pour Emmanuel Macron. Est-il victime de la même malédiction que ses prédécesseurs ? Pas si sûr. Il peut encore inverser le cours des choses.

L’histoire semble écrite. Emmanuel Macron, comme tous ses prédécesseurs depuis plus de vingt ans, va s’enfoncer durablement dans les sables mouvants d’une impopularité chronique.

Dix-huit mois après son élection, tous les voyants sont au rouge :  31 %* des Français seulement, son score le plus bas, continuent de lui faire confiance. Le taux des très hostiles atteint un sommet à 36 %. Les retraités, parmi ses plus forts soutiens, lui font désormais moins confiance que la moyenne des Français.

Chez les cadres, autre groupe favorable, le recul a atteint 16 points en six mois. A droite, après avoir séduit plus d’un électeur filloniste sur deux en mars, la baisse est de 12 points. Enfin, si le socle macroniste du 1er tour exprime toujours un fort soutien, celui-ci s’effrite depuis le printemps. Trois éléments structurants, étroitement liés, peuvent encore inverser cette courbe périlleuse.

Transformation et quête de sens

En premier lieu, la transformation, qui n’est pas seulement le pilier du macronisme, mais aussi la promesse qui, pendant un an, a séduit une partie de l’électorat de droite. Dès que cette promesse semble s’étioler, ce qui a été le cas entre avril et septembre, le socle réformateur (macroniste ou filloniste) s’affaiblit où se détourne.

Même si la séquence de rentrée de l’exécutif a été ratée sous l’effet de  la démission de Nicolas Hulot, des couacs, de  l’affaire Benalla, la reprise du rythme des réformes peut lui redonner un peu d’oxygène. Les grands plans annoncés sur  le front de la pauvreté ou de  la santé permettent d’aborder des sujets qui concernent chacun et envoient des signaux à l’électorat du second tour. La réforme de l’apprentissage peut devenir une vraie réforme consensuelle. Tout comme celle de l’assurance-chômage, qui apparaît moins comme un totem dans l’opinion que  celle du Code du travail *, peut ressouder ce socle réformateur.

Mais, de manière surprenante, la réforme de la SNCF a révélé en creux que la transformation vécue comme un trophée ne pouvait pas suffire à répondre à la question « pour moi, Macron ça change quoi ? ». C’est pour cela que la volonté réformatrice ne peut plus à elle seule servir d’étendard. Car enfermé dans l’image du président des riches, dans l’incapacité de prouver à date que l’objectif du libérer-protéger est atteignable, la question du sens de la transformation restera posée pendant tout le quinquennat.

Résultats et gouvernance

Deuxième élément de reconquête possible : les résultats. Octobre s’annonce comme un premier rendez-vous essentiel de ce point de vue. Si l’impact de  la suppression de la taxe d’habitation et de  la baisse des cotisations sociales sur le salaire net est perçu comme réel, l’exécutif pourrait revendiquer à la fois un engagement tenu et aussi un premier effet sur le quotidien des gens.

Enfin, troisième élément, la gouvernance. Aujourd’hui l’impatience de l’opinion est exacerbée par un sentiment d’arrogance. Parce que la séquence « je traverse la rue, je vous trouve un emploi » ne traduit pas seulement un manque d’empathie caractérisé, mais se heurte au ressenti d’une vie quotidienne perçue comme de plus en plus difficile. On s’étonne parfois de la rapidité et de la force du retournement de l’opinion autour d’Emmanuel Macron. C’est d’abord oublier la configuration électorale du premier et du second tour de 2017, l’absence d’élan du premier tour, et l’introuvable état de grâce. Mais c’est surtout sous-estimer la dimension personnelle de ce retournement.

Les Français observent un président qui leur avait promis l’efficacité et n’a pas encore « délivré ». Ils continuent d’apprécier son dynamisme et sa détermination mais le rappellent à un devoir d’écoute et de modestie. Ils sont surpris de voir que, après avoir incarné le « en même temps », le chef de l’Etat semble désormais porter en lui le clivage entre deux France. Surtout, ils ne sont pas mécontents de mettre à l’épreuve un président qui n’en a pas connu. Et nombreux sont ceux qui se posent une question : « il nous demande de changer, mais lui peut-il changer ? »

* Observatoire politique Elabe pour « Les Echos » et Radio Classique

Charivari à l’Elysée

Monique Cochinal

Que de bruits ! Que de tapage ! Autour de notre Président Macron, ses plus fidèles compagnons du début, complètement acquis à sa politique, désertent les uns après les autres, avec pertes et fracas.

En l’espace de quelques mois, nos ministres démissionnent. Certaines, en douceur (la Ministre des Sports, la Ministre de la culture), mais d’autres, et pas les moindres, avec beaucoup de bruit et en tapant même du poing sur la table, allant jusqu’à attaquer la politique suivie par leur grand chef préféré. Exemple notre sympathique Nicolas Hulot, un des grands amis du Président, annonçant sa démission devant les médias, subitement, avant même d’en avoir averti son ministère et surtout son ami et grand chef Macron.

Et, pour clore le tout, voilà que notre ministre de l’intérieur : Gérard Colomb, tellement pressé de rejoindre sa belle ville de Lyon, prend précipitamment la fuite, en laissant dans l’embarras le Premier Ministre et surtout notre président, qui avait pourtant bien essayé de le rattraper, mais sans succès, hélas. Décidément, rien ne va plus pour notre tout puissant Président. Ses plus fidèles amis, ceux qui l’ont porté au pouvoir, ceux qui semblaient le suivre dans sa politique au doigt et à l’œil, désertent les uns après les autres. Ils prennent leur distance, émettent des doutes, osent critiquer, Gérard Colomb étant le septième, pour le moment. C’est un vrai charivari dans cette tour d’ivoire, depuis l’affaire de son ami Benalla, pendant l’été, pourtant sans importance, juste une grosse bêtise de gamin !!

Comment redresser la barre ? Le bateau chavire, bien secoué par une forte tempête. Où va-t-on ?

De l’importance des juges instructeurs

Bernard Owen

Docteur en Sciences Politiques, Panthéon Sorbonne Université Paris 1

 Personne ne peut se réjouir de l’effondrement d’un gouvernement, dont la chute était prévisible.

En premier : la création des primaires, qui affaiblissent les pouvoirs des partis en encourageant l’arrivée au pouvoir de beaux parleurs incompétents et inconsistants. 

Deuxièmement : l’existence de juges d’instruction et de ceux qui les nomment, dont les connaissances juridiques sont discutables, et qui appliquent les lois de 2013 et 2018 d’une telle façon que la séparation des pouvoirs préconisée par Montesquieu et Tocqueville disparaît, et le juridique accède au législatif et à l’exécutif.

L’élimination du candidat Fillon, lors des élections présidentielles de 2017, a montré la justesse des remarques de Badinter.

S’il vous plaît, lisez le texte de Maître Lehman intitulé : « Le procès Fillon ». A noter que même les avocats de Fillon n’auraient jamais cru à un tel acharnement de la justice. Ne s’agissait-il pas du grand Napoléon, pour qui le juge d’instruction était l’être le plus puissant de France ?

Un an après Irma, à Saint Martin

Monique Cochinal

Comme il l’avait promis, notre Président revient à Saint Martin, ville particulièrement touchée par le passage dévastateur du dernier ouragan Irma, en 2017.

C’est l’occasion d’un nouveau grand bain de foule, qui se transforme, malheureusement en « bain de boue », la météo étant très mauvaise souvent à cette époque, particulièrement dans cette région lointaine de notre République. Qu’à cela ne tienne ! Le Chef de l’Etat, chemise blanche mouillée, manches retroussées, tête nue, entouré, comme toujours, de ses nombreux reporters, ruisselants eux aussi, déambule dans le quartier le plus populaire de Saint Martin, parmi les décombres encore nombreux. Il va vers les gens, gracieux, parlant à l’un, se faisant photographier avec l’autre, embrassant des enfants, réconfortant d’autres personnes, les écoutant les uns et les autres. Dans toute cette foule, certaines personnes le remercient de revenir, comme il leur avait promis. D’autres, plus nombreux, sont en colère : «  rien ne va …. Rien n’a changé …. Les écoles ? Installées, pour certaines, dans des locaux de fortune, insalubres …. Voyez encore toutes ces ruines …. Où sont passés les capitaux promis (500 millions d’Euros, quand même) …. ». Tous ces pauvres gens ont l’impression que, malgré toutes ces promesses, rien ou presque rien n’a été fait, alors, ils demandent à leur Président pourquoi ? C’est bien lui qui avait promis, un an plus tôt….. Notre cher Président constate, en effet, la lenteur des travaux, il comprend leur colère, et répond : « c’est inadmissible …. Inacceptable …. Les collectivités territoriales n’ont pas fait leur travail….. Il faut y remédier ». Mais il ajoute, une façon habile de se justifier, lui, et de dire qu’il n’est en rien responsable, il dit donc : « ce sont les collectivités qui sont responsables ….. Mais, je ne peux pas fouler aux pieds le choix institutionnel de cette ville d’une collectivité, qui a beaucoup d’autonomie….. Je vais faire pression sur la collectivité, pour que ça cesse ».

On parle aussi beaucoup de corruption, cela aussi doit cesser, car c’est intolérable. Nous voyons, alors, le Président confronté à un jeune délinquant, sorti de prison, sans travail, bien sûr. Notre Président aime cela, lui sait leur parler…. On approche les micros, pour que tout le monde suive la conversation.

Monsieur le Président : « …  Il ne faut pas rester comme ça, faire des bêtises … Les braquages c’est fini ….. Ta mère mérite mieux que ça … ». Souhaitons que cette leçon de morale porte ses fruits ….

Nous assistons, depuis peu de temps, à une attitude bien différente de notre Chef d’Etat. Il va vers les plus pauvres, il écoute, il comprend, il fait son mea culpa, même devant l’ONU (Exemple : le dernier discours prononcé devant les représentants des pays membres). Quel nouveau visage veut-il montrer ? Celui d’un bon Président, près du peuple, en symbiose avec lui, peut-être. Le moment est opportun, car tous ces « gaulois » sont en colère. Ils n’ont plus confiance. Les résultats tant attendus ne viennent pas. Les institutions vont mal, les affaires politico judiciaires, mises sous le tapis, réapparaissent : Affaire Benalla, affaire plus ancienne Bayrou, affaire Pénicaud, affaire Nyssen, etc…. Et bientôt les élections européennes qui arrivent. Les sanctions pourraient être terribles pour ce gouvernement du « nouveau monde ».

 

MEDIAPART: Un an et demi à l’Elysée, et déjà une ambiance de fin de règne

27 SEPTEMBRE 2018 PAR ELLEN SALVI

Affaires Benalla et Kohler, démissions « surprises » ou annoncées de poids lourds du gouvernement, critiques publiques et dysfonctionnements à tous les étages… Emmanuel Macron est plus affaibli que jamais. L’inquiétude gagne son entourage, où rares sont ceux à nier les évidences : il y a un problème et il concerne le président de la République lui-même.

Il y a dans un quinquennat, comme en photographie, des moments de révélation. Un mélange de marqueurs politiques qui laissent apparaître doucement une image, laquelle finit invariablement par se fixer. C’est dans ces moments-là que surgissent les doutes, les hypothèses et les questionnements. Pendant un an, Emmanuel Macron a été préservé de ce phénomène. Plus jeune président de la République jamais élu, objet de curiosité sur la scène diplomatique, chamboule-tout de la politique française, il déroulait jusqu’alors ses réformes avec une facilité déconcertante.

Mais en l’espace de quelques mois, tout a basculé. Au printemps dernier, les sourcils de ses proches ont commencé à se froncer et les enthousiasmes juvéniles de ses soutiens ont laissé place à des critiques souvent féroces. Dans les cabinets ministériels, au sein de la majorité parlementaire, mais aussi dans l’entourage immédiat du chef de l’État, rares sont encore ceux à nier les évidences : il y a un problème et ce problème est de taille puisqu’il concerne directement la personne du président de la République, premier rouage des institutions de la Ve République.

« Emmanuel Macron a une image dynamique qui peut encore faire illusion, mais quand on regarde la situation dans le détail, on s’aperçoit qu’il est beaucoup plus affaibli que François Hollande à la même époque, résume un conseiller du gouvernement. Il n’a personne autour de lui. Il est seul, il est très seul. » Preuve en est, même ses plus fidèles lieutenants prennent aujourd’hui leurs distances, à l’instar de Gérard Collomb, qui non content de critiquer publiquement le chef de l’État, s’offre aussi le luxe de l’affaiblir politiquement, en annonçant lui-même son départ du gouvernement, huit mois avant l’échéance.

Le ministre de l’intérieur, qui souhaite se présenter aux municipales de 2020 dans sa ville de Lyon (Rhône), n’a aucune intention de sombrer avec le reste de l’équipage. « Ça n’est pas parce que je reçois aujourd’hui le futur empereur du Japon que j’ai une vocation de kamikaze, le sabre dans le ventre, très peu pour moi », a-t-il confié mi-septembre à une poignée de journalistes, selon des propos rapportés par La Dépêche du Midi. En rogne depuis plusieurs mois contre un certain nombre de décisions de l’exécutif – les 80 km à l’heure en tête –, le numéro trois du gouvernement a définitivement acté la rupture au moment de l’affaire Benalla.

Cet épisode a laissé des traces bien au-delà de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, qui sépare l’Élysée de la place Beauvau. La gestion calamiteuse de cette affaire a révélé en filigrane la faiblesse d’un pouvoir, qui n’a semble-t-il pas compris que les plus hautes fonctions de l’État ne s’exercent pas comme l’on mène une campagne présidentielle. Le sujet est limpide dans la tête de chacun, y compris parmi les partisans d’Emmanuel Macron : Alexandre Benalla aurait dû être écarté sitôt les faits de la place de la Contrescarpe connus.

Mais au fil des semaines, le président de la République a continué à s’embourber, allant même jusqu’à appeler directement le président LR du Sénat, Gérard Larcher, pour se plaindre des travaux de la commission d’enquête de la Haute Assemblée sur son ancien chargé de mission. « C’est de la pure folie… souffle un député La République en marche (LREM). Ils font n’importe quoi. » « Ils », ce sont les « gens de l’Élysée » : le chef de l’État, bien sûr, les membres de son cabinet – en cours de réorganisation –, et a fortiori le plus proche d’entre eux, le secrétaire général Alexis Kohler, lui aussi empêtré dans une affaire de conflit d’intérêts.

Dans le tout premier cercle d’Emmanuel Macron, personne ne cache la gravité de la situation : les ennuis du numéro deux de l’Élysée l’affectent au plus haut point et contaminent directement le président de la République. « Les deux têtes de l’Élysée vont mal », tranche un proche du chef de l’État. Difficile, dans une telle situation, d’avoir les idées claires. Elles sont pourtant nécessaires au moment où l’incompréhension est telle, qu’elle gagne l’esprit des Français. Et rend inaudible toute forme d’action politique.

Le mois de septembre a révélé au grand jour les fragilités du pouvoir. Outre les affaires Benalla et Kohler, la confusion a gagné tous les étages de la Macronie. La démission « surprise » de Nicolas Hulot a donné le ton de la rentrée politique de l’exécutif. S’ensuivirent les déclarations de Gérard Collomb et toute une série de dysfonctionnements qui, chacun à leur façon, ont démontré qu’Emmanuel Macron n’avait plus prise sur les événements. Résultat : ses deux grands plans, pauvreté et santé, censés mettre la lumière sur les politiques sociales de l’exécutif, sont passés complètement inaperçus. « Tout le monde s’en fout… », regrette un ministre.

En l’espace de quelques jours, pas moins de trois membres du gouvernement ont été désavoués par l’Élysée ou Matignon. Le ministre de l’action et des comptes publics Gérald Darmanin, d’abord, qui pendant une semaine a défendu mordicus la mise en place du prélèvement à la source en janvier 2019, alors même qu’Emmanuel Macron faisait publiquement part de ses atermoiements sur le sujet. La ministre de la culture François Nyssen, ensuite, elle-même affaiblie par une affaire, qui a annoncé vouloir réformer la contribution à l’audiovisuel public, avant d’être démentie par Matignon.

Sans parler du secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement, Christophe Castaner, qui a indiqué, sous sa casquette de patron du parti LREM, vouloir engager une « réflexion » sur la fiscalité des successions, obligeant le président de la République à faire savoir qu’il était farouchement opposé à cette idée. À ces cafouillages gouvernementaux, s’est ajouté le bruit de fond de la future bataille des municipales de Paris, pour laquelle plusieurs ministres jouent déjà des coudes dans l’espoir d’imposer leur candidature. Comme si la priorité de cette rentrée était de trouver rapidement une porte de sortie. 

« On est déjà dans une atmosphère de fin de quinquennat »

Si l’Élysée et Matignon continuent d’assurer que la relation entre Emmanuel Macron et Édouard Philippe est « fluide », les visiteurs et conseillers de l’ombre ont déjà lancé la planche à scénarios. Certains font monter l’idée d’une candidature du premier ministre à la mairie de Paris ; d’autres s’en inquiètent, craignant un « agenda caché » et un « manque de loyauté » vis-à-vis du président de la République ; les mêmes s’agacent des rendez-vous réguliers du chef du gouvernement avec ses anciens collègues, élus LR. Bref, tout le monde médit ouvertement sur tout le monde, comme on l’observe souvent en fin de règne.   cece-owen.net

Dans la majorité comme au gouvernement, derrière les éléments de langage débités sans grand enthousiasme, chacun semble mener sa barque de son côté. « Le problème, c’est que le président ne fait plus peur, on ne le redoute plus », glisse un conseiller. La concentration des pouvoirs à l’Élysée a logiquement conduit à l’isolement du chef de l’État, qui se retrouve aujourd’hui seul face aux difficultés. L’image de verticalité, théorisée par Emmanuel Macron en personne, s’est retournée contre lui. La figure du monarque républicain coupé des réalités et sourd aux critiques, y compris les plus « bienveillantes », est désormais installée.

L’entourage du chef de l’État reconnaît sans ambages ces difficultés, mais cherche toutefois à minimiser leur nature. Le système médiatique, les réseaux sociaux, les ambitions de chacun, l’incompréhension de la méthode, la complexité de la place symbolique de tout président français (Nicolas Sarkozy, « hyper-président » ; François Hollande, « président normal » ; Emmanuel Macron, « monarque présidentiel »), la grille de lecture plus exigeante appliquée à un monde qui se présentait comme « nouveau »… sont autant d’arguments opposés aux critiques.

Plusieurs de ses proches jurent toutefois que le président de la République a pris la mesure de ses failles et qu’il va désormais s’efforcer d’y remédier pour éviter l’effet « bunkérisation » de l’Élysée et répondre à l’attente d’une société qui veut contribuer à l’action politique. Ils parlent de la nécessité de poursuivre la « pédagogie » et plaident pour un retour aux fondements du macronisme. Mais cette volonté, promise depuis quelques mois déjà, est régulièrement mise à terre par les « petites phrases » du président et son incapacité à ne pas se mêler de tous les sujets. « Il ne peut pas s’en empêcher…se désespère l’un de ses soutiens de la première heure. Il veut s’occuper de tout. »

L’affaire Benalla ? C’est lui. « S’ils cherchent un responsable, le seul responsable c’est moi, et moi seul. Qu’ils viennent me chercher », avait d’ailleurs lancé Emmanuel Macron en juillet face à ses troupes, faisant mine d’oublier que la Constitution est ainsi faite que personne ne peut « venir chercher » un chef de l’État. Le choix des directeurs d’administration et des procureurs de la République ? C’est aussi lui. Et qu’importe si cela affaiblit considérablement ses ministres. Le dialogue avec les parlementaires ? C’est encore lui. Tant pis pour le rôle du premier ministre et les déséquilibres institutionnels. Le détail de telle ou telle réforme ? C’est toujours lui.

L’exercice du pouvoir ne peut être solitaire. Il se construit notamment par l’écoute et la capacité d’apaisement. Or c’est précisément ce qui pèche aujourd’hui, si l’on en croit plusieurs des interlocuteurs réguliers du président de la République, qui s’inquiètent de la perception qu’ont, depuis quelques mois, ceux qui lui avaient fait confiance dès le premier tour de l’élection présidentielle. Pour eux, la déception est lourde. D’autant plus que les espoirs de résultats auxquels ils se raccrochaient jusqu’à présent ne sont pas au rendez-vous.

En matière d’économie, le ciment du projet présidentiel, ils sont même franchement mauvais. Les chiffres peuvent être tordus dans tous les sens, rien n’y fait : cette année, la croissance est beaucoup plus faible qu’en 2017 ; le pouvoir d’achat est en berne, hormis pour les plus riches ; et le taux de chômage reste stable, en raison du ralentissement des créations d’emploi. « Emmanuel Macron a réussi à faire empirer la situation en moins d’un an, c’est fort quand même… », persifle l’un de ses anciens soutiens, désormais en retrait.

Quelque chose coince depuis le mois de mai. Après une année passée à répéter joyeusement qu’il y avait un cap et qu’il suffisait de le suivre, même les partisans du président de la République ne comprennent plus où il veut en venir. Quand il a enterré le rapport sur les banlieues de Jean-Louis Borloo, en humiliant publiquement ce dernier, ils ont regardé leurs chaussures. Quand il a refusé d’accueillir L’Aquarius dans un port français, bon nombre sont tombés de leur chaise. Quand il a conseillé à un jeune homme de traverser la rue pour trouver du travail, d’autres se sont tapé le front.

En cette rentrée, chacun exprime le malaise à sa manière. Il y a ceux qui critiquent le « manque d’humilité » général de l’exécutif, comme Gérard Collomb. Ceux qui prient Emmanuel Macron de donner « une ligne directrice » à ses réformes et de « renouer le lien avec les Français »comme François Bayrou. Ceux qui, au sein des cabinets ministériels et avec l’anonymat que requiert leur fonction, répètent en boucle que « ça ne va pas, ça ne va pas du tout ». Et ceux qui estiment que l’« on est déjà dans une atmosphère de fin de quinquennat, où chacun cherche à se recaser ».

Dans un tel contexte, les élections européennes de mai 2019, d’abord présentées comme un scrutin taillé sur mesure pour La République en marche, donnent aujourd’hui des sueurs froides à l’exécutif. Pour contrer l’agenda des extrêmes droites de l’UE, ce dernier a choisi une stratégie binaire (Macron vs Orban et Salvini) dans laquelle beaucoup ne peuvent se reconnaître. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles, une partie de la droite LR, dite « modérée », qui s’était laissé séduire par ce président qui leur ressemble, prend à son tour ses distances.

Après une année durant laquelle il a perdu beaucoup côté centre gauche, considéré par plusieurs de ses proches comme « la pierre angulaire » de la Macronie, le chef de l’État est désormais délaissé par le centre droit. En France, où les élus locaux sont vent debout, comme sur la scène internationale, où il compte ses alliés sur les doigts d’une main, son espace politique se réduit comme peau de chagrin. Au bout de seize petits mois de mandature.

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A la recherche d’énergies renouvelables

Monique Cochinal

Comme le progrès est agréable ! Loin de nous les lavoirs et les lavandières, loin de nous les bougies, chandeliers et candélabres, loin de nous le vieux grand-père  qui allumait les réverbères tous les soirs dans Paris. Nous disposons de toutes sortes d’appareils ménagers, appareils de chauffage, télévisions, tablettes, ordinateurs, téléphones portables aux multiples fonctions, toutes sortes de robots qui remplacent nos tâches quotidiennes, à la ville comme à la campagne. Il en est ainsi dans tous les domaines : médecine, chirurgie, transports en commun, avions, autos, bateaux, paquebots. Et vive le progrès ! Il nous faut donc trouver de plus en plus de sources d’énergies proches, dans ou sur notre sol, sans avoir à en importer de trop grandes quantités.

Jusqu’à maintenant, nous disposions avec satisfaction de trois sources d’énergies importantes : énergies thermiques ; bois, charbon, pétrole, gaz, énergies hydrauliques : fournies par nos superbes barrages, énergies nucléaires et nos grandes centrales nucléaires, avec une assurance de contrôles fréquents.

L’un dans l’autre, ces modes de ressources nous convenaient, et surtout nous apportaient prospérité, et bonheur de vivre. Jusqu’au jour où nous avons vu apparaître, dans tous les Etats prospères, des groupes, des associations, des mouvements politiques, nous prônant notre insouciance devant une fin du monde et de l’être humain imminente si nous ne changions pas de mode de vie. C’est « la loi de la peur ». Nos énergies thermiques ? Très nuisibles ; en brûlant elles dégagent trop de CO2. Pollution certaine dans les villes, et réchauffement climatique important de la planète, fonte des glaciers, mers qui envahissent les terres. A cause du réchauffement climatique, toutes les catastrophes naturelles (qui ont toujours existé) vont amplifier, partout. Il faut nous réveiller, sinon, il sera trop tard. Pour nos énergies hydrauliques, elles sont insuffisantes, mais la construction de nouveaux barrages est très contestée. Quant à nos énergies nucléaires, il faut les fermer, car bien trop dangereuses.

Il faut dire que « nos prophètes de malheur » se sont multipliés partout, et leur cause est devenue la grande cause mondiale, la grande peur mondiale. Il fallait donc réagir ? Dès 1997, les principaux Etats prospères créent le protocole de Kyoto, un statut international pour la réduction des émissions de gaz à effets de serre, suite à un rapport (très contesté, à l’époque, pour manque de connaissances scientifiques) des Nations Unies sur le réchauffement climatique. Ce statut est entré en vigueur le 11 février 2005, et a été ratifié par 168 Etats, en 2010. Depuis, on mesure, on contrôle, on légifère, on compare, on arrête certaines recherches jugées trop dangereuses pour la planète (exemple : la recherche dans notre sol de gaz de schiste).

Comme il est impossible de régresser, il nous faut, bien vite maintenant, trouver des énergies renouvelables, en utilisant les éléments naturels dont nous disposons : le vent, le soleil, la mer et ses marées constantes tout au long de l’année. Nos ingénieux chercheurs y travaillent et trouveront de nouvelles ressources exploitables et renouvelables, à condition de changer certaines lois, avec des capitaux pour la réalisation des projets, et admettre nos échecs avec humilité, mais sans jamais nous arrêter. Notre vieille planète terre est en perpétuel mouvement, et les terriens ont toujours su s’adapter. Alors, soyons confiants et sereins.

Nouveau rebondissement dans l’affaire Benalla

Monique Cochinal

Hier, une nouvelle photo publiée par Médiapart nous montre Alexandre Benalla, une arme à la main, en pose « selfie », lors d’un meeting du candidat Macron, cliché pris à la sortie d’un restaurant, le 28 avril 2017. La réaction de la justice a été immédiate, cette fois-ci. En effet, lors de la dernière audition de la commission d’enquête du Sénat, ce Monsieur avait affirmé haut et fort qu’en 2017 l’autorisation du port d’arme lui avait été refusée par le Ministère de l’Intérieur, et qu’il n’a jamais porté d’arme pendant la campagne présidentielle du candidat Macron. Alors ? Parjure ? Ou mensonge généralisé ? Car, au bout de ces nombreuses auditions (plus de 30), certains sénateurs parlent d’un mensonge collectif, et qu’ils ont été baladés par tous les membres de l’Elysée auditionnés (Patrick Strozda, François Xavier Lauch et Alexis Kohler). Un certain sénateur nous dit même : «  on ne sait pas si on peut parler de parjure à partir du moment où il y a mensonge collectif ».

Ce matin, Le Sénateur Philipe Bas, Président de la Commission d’enquête du Sénat, nous annonce que Monsieur Benalla ne sera pas interrogé à nouveau, malgré de nombreuses zones d’ombre, des contradictions notoires concernant ses fonctions exactes auprès du Président et le port d’arme. Il existe certainement un dysfonctionnement grave autour de la protection du Président et du Premier Ministre. Il nous dit : « Ces nouveaux éléments concernant Monsieur Benalla font partie d’une enquête judiciaire, donc, je n’ai pas à l’interroger sur son comportement, parce que je sortirai à ce moment là du mandat qui a été donné à l’assemblée des lois, à l’unanimité, par le Sénat, le 23 juillet dernier. Mais, en fin d’enquête, la vérité sera faite et les dysfonctionnements seront révélés.

On ne peut que louer le rôle important de notre Sénat dans le bon fonctionnement de notre République, et souhaiter que cette noble institution ne soit pas supprimée, dans ce « nouveau monde ».

Alexandre Benalla au Sénat

Deux articles, le premier de Monique Cochinal et le deuxième de Bernard Owen ,suivent.

Monique Cochinal

Après quelques éclats de voix et protestations véhémentes, soutenu dans ce sens par quelques ministres de La République en Marche, Alexandre Benalla se présente au Sénat, devant la commission d’enquêtes. Il est calme, poli, détendu, en possession de tous ses moyens. Tout d’abord, politesse oblige, il présente ses excuses au sénateur Bas pour les propos qu’il a pu tenir à son égard, ainsi qu’à tous les sénateurs. Il a un grand respect de toutes les institutions de la République, mais il a le sentiment d’un acharnement politique plutôt que la recherche de la vérité. Il dira tout ce qu’il sait, il expliquera, il le jure, mais sera muet concernant son enquête judiciaire. Message reçu cinq sur cinq par tous les sénateurs, qui ont mené leur enquête de façon remarquable, irréprochable. J’admire leur calme, leur détermination et la finesse de leurs questions.

Donc, toutes les questions posées ont porté sur Benalla lui-même, sans jamais évoquer les évènements du premier mai, et les conséquences, appartenant à l’enquête judiciaire. Comment avait-il été recruté et par qui, pendant la campagne du candidat Macron ? Puis, lors de l’élection du Président, combien d’entretiens avait-il eu, avec qui ? Acceptation du poste, par écrit ? Par téléphone ? Quelles fonctions précises exerçait-il auprès du Président Macron ? Une déclaration de patrimoine a-t-elle été faite ? Quand ? Son salaire mensuel de 6000 Euros net tenait-il compte des avantages en espèces ou en nature ? …… A chaque question, il répond, se justifie avec précision, se noie cependant dans les détails et s’éloigne de la réponse, ou, parfois se contredit. En résumé, on a l’impression d’une leçon bien apprise, qu’il débite avec beaucoup de conviction, sans compromettre personne. Il a été recruté pour ses qualités d’organisateur, de coordinateur. Il peut montrer ses certificats acquis grâce à son bon travail. Pas de passe droit. Il est apprécié de ses supérieurs. Il n’a jamais donné d’ordres aux policiers, juste des conseils. Il ne voit pas pourquoi certains policiers le craignaient. Il a de très bons rapports avec les forces de l’ordre et travaille beaucoup avec elles. Il justifie l’attribution d’un logement de fonction, sa mission exigeant une présence presque constante auprès du président et de ses collaborateurs. Il affirme, par deux ou trois fois, n’avoir jamais été policier et encore moins garde du corps du président. Tout ce qu’on a pu dire est faux et relève de commentaires politiques dirigés contre le gouvernement actuel.

De cette séance de plus de deux heures, il reste, cependant, des zones d’ombre importantes : s’il n’a pas le statut de policier, pourquoi a-t-il eu l’autorisation de port d’armes ? S’il n’est pas et n’a jamais été garde du corps, pourquoi porte-t-il une arme dans les déplacements et manifestations publiques, ou dans les déplacements privés du président ? A ce moment, ses explications ne sont pas claires. Il semble embarrassé. Il se contredit.

Je pense que nos sages sénateurs auront écrit leurs remarques, et signalé leurs doutes, qui apparaîtront dans leur rapport final, et qu’il y aura de graves dysfonctionnements mis en lumière dans nos institutions : dans le Ministère de l’intérieur : rôles et fonctions des gendarmes, des policiers. Qui fait quoi ? Notre Ministre de l’Intérieur a affirmé qu’il pensait que Monsieur Benalla était un policier, qu’il en avait donc le statut. Qui est responsable ? Et de quoi ?

Quant au Ministère de la justice, qu’on affirme indépendant, d’après notre constitution, il serait grand temps de définir les rôles et fonctions des policiers ainsi que les rôles et fonctions des magistrats. Il s’est, en effet, avéré que, selon les ordres de l’exécutif en place, le juge d’instruction se comportait comme un policier et condamnait avant la procédure normale, parfois très longue, et parfois très courte (en exemple : l’affaire Fillon). De plus, certains magistrats sont nommés d’office par le pouvoir exécutif (à nouveau, en exemple l’affaire Fillon). Contrairement à ce qu’on nous affirme, la justice n’est pas indépendante. Elle dépend, en partie, du pouvoir.

Toute personne mise en examen, avant toute forme de procès, est considérée, aux yeux des personnes, comme coupable, surtout lorsqu’il s’agit d’un concurrent politique à éliminer.

Que de drames évités, quand nos députés du nouveau monde auront reconnu ce grave dysfonctionnement de l’ancien monde et auront fait le nécessaire. Ils ont été élus pour cela.

Et la Magistrature?

Bernard Owen  Maria Rodriguez McKey

Qu’il soit possible d’avoir des doutes sur l’impartialité de la magistrature dans les procès politiques parait inacceptables. Que faire?  Les deux commissions sénatoriales ont indiquées le sérieux de cette Deuxième Chambre. La deuxième commission du Sénat interrogeait Benalla qui s’est fort bien comporté, à la surprise de certains. Certes, ses réponses, qui venaient sans difficulté, ont certainement mené de nombreux spectateurs a douter de l’action désordonnée qui entourait l’interrogé et soulignait le besoin d’une réflexion et d’un certain courage.

Une possibilité: Ne serait-il pas souhaitable que notre Chambre Haute (Sénatorial)  ait le droit de porter un avis sur les affaires juridique – politiques de haut rang?

Voici quelques extraits de l’entretien de maître Hervé Lehman par Alexandre Devecchio apparu dans le Figaro (Le procès Fillon).

«La rapidité avec laquelle l’affaire Fillon a été traitée au début est stupéfiante»

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Dans un livre qui vise à faire toute la lumière sur «l’affaire Fillon», des révélations du Canard enchaîné à l’élimination de l’ex-candidat, Hervé Lehman dénonce la connivence entre le pouvoir judiciaire et l’exécutif.

…  Comment expliquez-vous cette lenteur après la rapidité de sa mise en examen?

Hervé LEHMAN.- Le rythme actuel de la procédure visant François Fillon est normal, c’est-à-dire conforme à la durée habituelle des procédures d’instruction. Ce qui est stupéfiant, c’est la rapidité avec laquelle l’affaire a été traitée au début, comme si on avait voulu éliminer le principal candidat de l’opposition. Comme il était procéduralement impossible de faire comparaitre François Fillon devant un tribunal dans les quelques mois de l’élection présidentielle, on a choisi d’ouvrir une instruction qui permettait sa mise en examen, cette pré-condamnation des présumés innocents.

À peine l’instruction ouverte, les juges d’instruction ont été désignés; à peine désignés ils ont convoqué, après avoir étudié le dossier pendant le week-end, François et Penelope Fillon pour les mettre en examen. Où était l’urgence? L’affaire remontait à plusieurs années… Certains disent: oui, mais si François Fillon avait été élu, il aurait bénéficié de l’immunité présidentielle pendant son quinquennat et l’affaire aurait été bloquée. Si c’est bien le raisonnement suivi par les juges, cela signifierait qu’ils avaient conscience que la mise en examen allait empêcher François Fillon d’être élu. C’est cette interférence du judiciaire dans le processus électoral qui pose un problème.

… Le Parquet national financier était-il légitime dans cette affaire?

Le parquet national financier a été créé pour lutter contre «la grande délinquance financière». La loi lui donne compétence pour les affaires de détournement de fonds publics «d’une grande complexité». L’affaire de l’emploi de Penelope Fillon est d’une grande simplicité. On n’a pas créé un parquet national financier pour vérifier l’emploi du temps d’une assistante parlementaire de la Sarthe. Si le parquet national financier s’est saisi, précipitamment (le jour même de la sortie de l’article du Canard enchaîné), en raison de la dimension politique de l’affaire, alors ce n’est plus un parquet national financier, mais un parquet national politique.

Cette saisine est d’autant moins compréhensible que, pour les affaires apparues à la même époque, la soirée à Las Vegas d’Emmanuel Macron organisée par Business France qui était dirigée par Muriel Penicaud, l’affaire des assistants parlementaires du Modem de François Bayrou, l’affaire mettant en cause Richard Ferrand, le parquet national financier ne s’est pas saisi, alors même que les deux premières sont plus complexes que le cas de Penelope Fillon.

Ce n’est plus un parquet national financier, mais un parquet national politique.

Il n’y a pas d’explication officielle satisfaisante à ce mystère. Interrogé par La Voix du Nord, le procureur de la République financier a répondu: «je n’ai pas de sens politique».

François Fillon n’a-t-il pas lui-même commis un certain nombre d’erreurs? À commencer par se mettre entre les mains des juges…

Il est évidemment plus facile de commenter après coup, que d’agir dans la tourmente. Mais il est certain que François Fillon a sous-estimé la virulence de l’offensive judiciaire dont il faisait l’objet. Pour qui avait analysé les conditions de la création du parquet national financier et la fermeté de son action dans les affaires mettant en cause la droite, en particulier Nicolas Sarkozy et son entourage.

Il en a été de même lorsqu’il a déclaré qu’il se retirerait de l’élection présidentielle s’il était mis en examen, parce qu’il était convaincu, à tort, que ce n’était techniquement pas possible. On pourrait dire qu’il a alors donné le mode d’emploi à ses adversaires judiciaires.

Après avoir sous-estimé l’offensive judiciaire, François Fillon a surjoué, tardivement, l’indignation en criant au complot et au cabinet noir. Ce n’était plus audible, après ce qu’il avait précédemment dit.

L’ancien Premier ministre a évoqué un cabinet noir. Croyez-vous à cette théorie du complot?

Il n’y a pas de cabinet noir, et pas de complot. Les choses sont plus subtiles que cela. Il y a une chaîne de magistrats, dont la plupart ont été nommés par François Hollande et Christiane Taubira, …

Comment le juge d’instruction est-il nommé?

Lorsque le juge Tournaire a été désigné comme juge d’instruction principal, la presse a dit: c’est «le juge de fer, François Fillon va passer un sale moment». Mais personne ne s’est interrogé sur la raison pour laquelle c’est ce juge qui s’est trouvé en charge de l’affaire Fillon. Le juge d’instruction n’est pas tiré au sort, il est désigné par le président du tribunal de grande instance. Évidemment, la désignation ne se fait pas au hasard ; elle ne se fait pas non plus sur des critères objectifs et pré-établis. Elle résulte d’un choix non justifié et non motivé.

Il doit donc être constaté qu’a été choisi pour l’affaire mettant en cause le candidat de l’opposition à l’élection présidentielle un juge qui est réputé pour traiter les politiques comme les délinquants de droit ..

 

 

 

 

 

 

Aux jardins de l’Elysée

Ghislain Mariette / Présidence de la République – NO PRESS

Monique Cochinal

Dimanche 16 septembre

e : c’est la journée du patrimoine. Les portes de l’Elysée sont grandes ouvertes. Déjà très tôt le matin, de nombreux visiteurs se pressent, font la queue pour découvrir ce superbe palais royal, ces splendides jardins éblouissants de soleil, car il fait encore très beau et chaud. Notre Président prend avec grand plaisir un nouveau bain de foule. Poignées de main à droite, à gauche, sourires détendus, photos, et, bien sûr, entouré de ses journalistes attitrés et leurs micros.

Dans la foule, un jeune homme s’approche et se présente : «  Bonjour, Monsieur le Président, j’ai fait une formation d’horticulteur, j’envoie  mes CV partout, depuis un certain temps, et je suis toujours au chômage, je n’arrive pas à trouver du travail ». La réponse est toute prête, pour notre Président : « du travail, il y en a pourtant. Je traverse la rue et je vous en trouve, moi du travail, il faut juste du courage et vouloir ». Il est vrai qu’il y a une bonne quantité d’offres d’emplois qui ne sont pas honorées, pour certains métiers. Mais, le hic c’est que ce pauvre jeune homme a une formation d’horticulteur. Planter, semer, arroser, tailler, entretenir de beaux parcs comme celui de l’Elysée, c’est son métier. Cette malencontreuse réponse de notre Président a vite été colportée à juste titre et pose question. Comment un président peut être aussi sûr de lui et parler de la sorte ? Il n’est pas sans ignorer que, même dans son nouveau monde, un horticulteur n’a pas du tout la même formation, et donc la même vie, qu’un cuisinier, qu’un carrossier, qu’un plombier, qu’un mécanicien ? Quel changement d’attitude et de ton avec son beau discours de présentation de son nouveau plan pauvreté, prononcé devant tous ces représentants d’associations caritatives, il y a quelques jours. Je repense à son prédécesseur : François Hollande, le champion des aides sociales, se disant très proche des pauvres, et traitant ces mêmes pauvres, en privé, de « sans dents » adjectif fort méprisant. Cela révélé par sa compagne de l’époque, après avoir été répudiée. Décidément, on ne peut guère faire confiance à de tels dirigeants.

Et en même temps, on veut stopper l’affaire Benalla en boycottant l’enquête de mercredi prochain, en invoquant, c’est le plus grave, de la part du Sénat, une violation de la constitution et de la séparation des pouvoirs : exécutif et justice. Comme si nos sénateurs ignoraient les lois de la République.

En y réfléchissant, depuis le début du règne Macron il en est ainsi. Pendant la malheureuse campagne présidentielle, tous les moyens furent bons pour éliminer les autres concurrents. François Fillon en est un exemple flagrant, et cela continue. On a parlé des costumes donnés en cadeau par son faux ami, et rendus, du reste, et maintenant, on parle de chemises de grande marque …. A quand les sous-vêtements et les chaussettes ? Quelle décadence dans ce nouveau monde !!