Les élections législatives en Arménie

BERNARD OWEN | LE 11/05/2012, Le Cercle des Echos

Si l’on compare le rôle des uns et des autres et les procédures le jour de vote en Arménie il est clair qu’en compliquant les règles du jeu l’on créé de la méfiance. En faisant cela on déforme l’image de l’élection. Saint Bernard de Clairvaux ne pensait-il pas que la route de l’enfer était pavée de bonnes intentions ?

Sans évoquer l’histoire où L’Arménie s’est longtemps trouvée entre deux empires nous allons parler des arméniens. Qui sont-ils ? Des mathématiciens, joueurs d’échec, les meilleurs orfèvres de l’empire  Russe devenus informaticiens. Ils disposent d’une diaspora à travers le monde qui n’a jamais perdu ses racines arméniennes. Cela forme un tout du plus grand intérêt et d’une grande puissance.

Venue à la démocratie occidentale, comme bien d’autres au début de l’année 1990- l’Arménie a été attentive aux autres. Comment fonctionnait donc cette nouvelle forme de gouvernance ? Ils ont accepté les courants qui venaient de ce nouveau monde qu’ils découvraient. Les internationaux ont parlé d’élections, de fraude. Bien sûr, il y aurait de la fraude leur a-t-on dit puisqu’il s’agissait d’un nouveau système qu’ils découvraient. Nos amis arméniens ont tout compris. Pas de fraude. L’on va construire des barrières de procédure, des complications mathématiques que personne ne pourra franchir …et c’est parti ! Nos amis arméniens ont été de bons élèves, de très bons élèves, car ils ont créé une loi électorale toute théorique dont les procédures de vote et surtout  les décomptes de suffrages étaient tellement compliqués que personne, aucune administration au monde aurait pu en venir au bout. Tout cela découlait de la bonne foi, mais devant les difficultés de la mise œuvre les internationaux ont crié à la fraude ou le défaut de formation des assesseurs.

Plusieurs solutions ont été abordées. L’une vaut la peine d’être racontée. Le bulletin de vote est lié à un coupon que l’on détache au moment de la remise du bulletin à l’électeur. Ce coupon était déposé dans une boite  que l’on fermait à la fin du vote. Le décompte des suffrages avait lieu dans le bureau de vote et la boite renfermant des coupons partait au niveau du district où il fallait alors les compter. Un district pouvait recevoir une dizaine de ces boites vers les minuits. Or, un coupon, quoi qu’on en dise n’a pas aux yeux de ceux qui doivent les compter, la valeur d’un bulletin de vote alors soit on les compte sans trop y faire attention , soit même  en comptant combien faisaient les coupons entassés les uns sur les autres sur une hauteur de 10 centimètres, certes s’était approximatif et les résultats du décompte des coupons réalisés au district ne pouvaient même pas se rapprocher des bulletins de vote correspondant  dont le décompte avait lieu au bureau de vote.

Pour les observateurs il s’agissait de fraudes ou d’incompétence. Alors, on s’est dit, pourquoi ne pas utiliser un système de comptage irréprochable, les coupons ont donc été réalisés de la même taille que les billets de banque. Malheureusement les machines à compter les billets se refusaient à compter les coupons. Le patron des banques arméniennes a dit « que cela ne tienne, nous avons des femmes capables de compter les billets plus rapidement que ces machines. Si vous vous voulez nous vous prêterons tout ce personnel gratuitement le jour de l’élection ». Le président de la commission électorale était d’accord, mais impossible de convaincre une majorité de la commission qui voulait que l’opération soit conforme à la loi électorale, il a donc fallu trouver une autre chose. De nos jours l’informatique se charge des calculs, mais il faut admettre que les procédures de vote et le décompte de suffrages qui sont encore très complexes, mais on y arrivera.

Les élections de 2008 s’étaient pourtant bien déroulées, sauf pour le décompte des suffrages.12000 observateurs nationaux sur le terrain et la participation de 70 % des inscrits. Nos gentils observateurs de l’OSCE ne pouvait pas incriminer après Copenhague 1990 la société civile dite non violente, alors il aura fallu trouver une autre raison à  la violence « L’on ne s’attendait pas à une telle violence, mais cela doit être le signe que la démocratie en Arménie n’était encore bien enracinée ». L’on a beaucoup critiqué le couvre feu, mais il nous faut faire référence à l’article 11 de la Convention Européenne des droits de l’homme qui annonce que la liberté des droits de réunion peut-être restreinte quand « la loi est contrecarrée . . . dans l’intérêt de la sécurité nationale et la sauvegarde de la population » ce qui était le cas.

En fait il s’agissait d’une révolution dite de couleur qui a presque réussie en Arménie, après les élections présidentielles de 2008, mais elle a tenu bon. On lui  a reproché la mort de 10 personnes. C’était le cas d’une manifestation « non violente » qui a refusé tous les ordres de la police, qui n’a pas cédé. Cela a mené aux commentaires de la presse internationale, celles –ci ne connaissaient aucunement les méthodes d’actions non violentes où l’on nargue des autorités et l’on refuse d’obéir à toute ordre, seulement nulle en fait  mention, la faute en revient entièrement à la police…la chaîne de commandement. Concernant les élections à venir « il serait utile à faire appel à des observateurs nationaux et internationaux…»

Les élections législatives de 2012 ont observé ces recommandations 700 observateurs internationaux et 31451 nationaux. Non ce n’est pas une erreur. 31451observateurs cela faisait 15 observateurs par bureau de vote sans compter ce qui est énorme, les représentants des partis et candidats.

Suite aux élections aucun trouble, mais un rapport de l’OSCE /ODIHR qui, laisse à désirer. Le questionnaire remis aux observateurs est non seulement trop détaillé, mais mal organisé. Dans le rapport chaque point positif est suivi du contraire. Le mot « but » (en anglais) se trouve partout à travers le rapport.

L’on peut dire que les détailles noient l’essentiel. Quant aux points positifs ils sont remplacées par le coté négatif. Dans le rapport de l’OSCE qui a précédé l’élection de 2012 l’on trouve des remarques encourageantes « la campagne électorale est animée et les partis et les candidats sont à même de procéder selon leur volonté… » Les raisons pour ceci sont indiquées « Toutes les dates sont maintenues et les commissions continuent leur travail de façon transparente. La règlementation a été publiée dans son ensemble bien à l’avance » Tout cela est très bien, mais la commission centrale a reçu 494 requêtes avant même l’élection. Or, il se trouve que 464 provenaient du même personnage. En fait il est bien connu des tribunaux arméniens. Mais sa réputation remonte à l’époque soviétique. Il était le camarade qui envoyait le plus de requêtes au Mausolée   de Lénine à Moscou. En droit américain l’on appelle cela « frivolous litigation » et l’affaire est classée.

Mais me diriez-vous, nos amis arméniens suivent pourtant les recommandations qui lui sont soumises, alors pourquoi encore quelques défauts dans la règlementation? Examinons ces recommandations. Elles portent sur le sujet à la mode – les droits de l’homme naturellement, mais ceux-ci peuvent se décliner de bien des façons, le contentieux, l’équilibre des sexes à tous niveaux comme si la femme était un être inférieur qu’il fallait prendre par la main et la mener à la politique, les handicapés. Certains de ses sujets sont dignes d’intérêt, mais l’essentiel n’est pas pris en considération, car les procédures de vote, le décompte des suffrages qui ont été un handicap certain pour nos amis arméniens et un point capital le choix du système électoral qui peut mener à la bonne gouvernance ou à un Etat déliquescent.

Prenons le décompte des suffrages. En Arménie celui-ci a toujours été difficile à assurer par les assesseurs, incompris par les organisateurs d’observation ce qui a pu mener à de mauvaises appréciations finales. Ils peuvent être classés parmi l’école de poseurs de barrières pour éviter la fraude : on pose des signatures, l’on tamponne…l’on a déjà évoqué la complication du décompte des suffrages ou l’on procède quand même (maintenant par les moyens électroniques) a établir un coefficient  fictif d’erreurs. En fait, il existe une autre école, celle de la simplicité et de la visibilité. Il se trouve que dans ce domaine la France peut-être prise comme modèle  ce qui n’est pas le cas de toute organisation  électorale qui provient de ce pays.

Les internationaux ont décidé, que le choix des systèmes électoraux  a été laissés à la libre appréciation des pays concernés : certes comment faire autrement quand toutes les démocraties agissent à leur façon. L’Europe est championne dans ce domaine. Déjà à la fin du XVIII siècle Jean-Charles BORDA inventait un système proportionnel qui a inspiré le STV (single transferable vote) que nos amis britanniques tentent d’imposer, mais avec peu de succès. Citons Victor d’Hondt, André Saint Lague et même Condorcet (marquis de son Etat) avait inclus dans son projet de Constitution son propre système électoral, mais Robespierre préférât sa Constitution qui comprenait le droit à l’insurrection.

Toutes ces règles réunies ont un  rôle primordial dans le fonctionnement d’une démocratie. Un système majoritaire a tendance à intégrer alors que les systèmes proportionnels créent la ségrégation, font intervenir dans la politique des éléments sociaux les plus divers et sont très sensibles aux évènements qui peuvent intervenir à tout moment dans une démocratie.


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Élections et territorialité

Jean Baechler, Membre de l’Institut

Il faut se méfier des fausses évidences, car elles peuvent masquer des problèmes réels et insinuer des solutions pernicieuses. Un exemple topique serait la liaison entre élections et territorialité. Elle impose comme allant de soi, que les circonscriptions électorales sont des territoires, c’est-à-dire des segments de l’espace habité, d’une part, et que, d’autre part, les élections doivent produire des résultats représentatifs des habitants. Or, tout est faux et corrupteur dans ces deux affirmations liées, comme il apparaît, dès que l’on précise la finalité des élections en démocratie. Elle révèle que la territorialité est une nuisance, qu’elle résulte d’une contrainte et que celle-ci dépend d’un état de la technique aujourd’hui dépassé. Le dévoilement de la nuisance pourrait conduire à des applications utiles voire indispensables dans le cadre français et surtout européen.

La finalité des élections en démocratie

Comme pour toute finalité dans tous les domaines, celle des élections ne peut être saisie qu’à partir de la nature de l’ensemble qu’elle sert. Une démocratie est un régime politique, c’est-à-dire une certaine manière de régler les relations de pouvoir entre individus et groupes. La manière démocratique repose sur le principe exclusif que toute position de pouvoir, quelle qu’elle soit et à quelque niveau de regroupement qu’elle s’impose, doit être justifiée par un objectif commun à tous ceux qui obéissent, et pourvue en respectant trois conditions impératives. La première stipule qu’une position de pouvoir ne peut être occupée légitimement que par des acteurs délégués par les obéissants et qu’une délégation de pouvoir n’a de raison d’être que par la considération qu’elle est indispensable au succès d’une entreprise commune. C’est pourquoi, au demeurant, la « souveraineté » politique ne saurait être attribuée à un ensemble quelconque, ni abstrait comme le « peuple » ni concret comme la « nation ». Elle n’est et ne peut être qu’enracinée dans chaque individu appelé à obéir à un délégué de son consentement. Or, aucun individu ne consentirait à déléguer son pouvoir à un autre, si des considérations d’utilité et de nécessité ne s’imposaient à lui. D’où la deuxième condition : toute délégation de pouvoir doit reposer sur la compétence supposée du délégué à contribuer au succès de l’entreprise commune. Mais il est dangereux de se départir de sa souveraineté et de déléguer du pouvoir à quelqu’un, car tout pouvoir tend spontanément à l’absolu. C’est pourquoi une troisième condition est impérative. Le pouvoir ne peut être délégué par les obéissants à des compétents putatifs qu’à titre : circonscrit, pour atteindre un objectif défini ; temporaire, pour le temps indispensable à l’effectuation de l’entreprise ; et réversible, soit en réservant une clause de repentir soit, plus raisonnablement, en s’interdisant toute reconduction automatique.

Ce dispositif démocratique, saisi dans son principe fondateur, n’a de sens et de justification qu’approprié à un objectif commun. De quel objectif est-il question ici ? La réponse univoque et infrangible est donnée par la fin du politique. Les obéissants et délégants sont les citoyens d’une politie, c’est-à-dire des êtres humains réunis par l’histoire, par le sort, par le hasard de la naissance et/ou par un consentement délibéré, et décidés à rechercher ensemble les conditions communes du bonheur de chacun. Ces conditions communes peuvent être appelées le « bien commun ». En quoi consiste-t-il ? La réponse désigne la fin du politique. Elle se résume à la paix, tant à l’intérieur de la politie et entre citoyens qu’à l’extérieur et entre polities rassemblées sur une transpolitie. La paix n’est pas la dissipation des conflits, car ce serait un objectif irréalisable pour une espèce naturellement conflictuelle, en raison des intérêts qui en partagent les représentants et des passions qui les animent. La paix est, bien plutôt, la résolution non violente des conflits.

Envers l’extérieur et sur la scène transpolitique, tout conflit peut toujours dégénérer en violence appelée guerre, ce qui fait de la sécurité extérieure un premier bien commun. Un deuxième est défini, vers l’intérieur, par le fait que la violence peut être évitée entre citoyens, si des règles du jeu sont définies, qui soient justes et respectées, et si chacun, individus et groupes, reçoit ce qui lui revient, en termes d’échanges, de partages et de punitions. Ainsi, la paix est assurée par la justice et ses deux branches que sont, selon Aristote, la loi et le droit. En raison de l’importance et de l’urgence, pour le vivant en général et l’espèce humaine en particulier, de réunir les ressources consommées pour vivre et vivre bien, le bien commun reçoit une troisième définition, qui consiste dans la réunion des conditions communes de la prospérité de chacun. Cette dernière dimension est introduite par la considération que, sans elle, les conflits courent le risque d’être exacerbés au-delà de toute pacification possible et que le pacte unissant les citoyens ou concorde pourrait être rompu. Aussi bien, la justice ne repose pas seulement sur la loi et le droit, mais encore sur l’équité, qui doit contribuer à la paix, en tempérant les rigueurs de la loi et du droit, pour tenir compte des circonstances et des conséquences.

Il ressort de l’analyse que les positions de pouvoir à pourvoir dans le cadre d’une politie sont celles indispensables à la réalisation du bien commun, défini comme sécurité extérieure, comme paix intérieure par la loi, le droit et l’équité, et comme conditions communes de la prospérité. Par implication, tout ce qui n’est pas commun, n’intéresse pas ni ne concerne le politique et ne saurait donc justifier aucune position de pouvoir ni aucune délégation de nature politique. Il importe de souligner que « commun » ne veut pas dire « général ». Est commun un bien qui importe à chaque individu ou groupe composant la politie, et qui lui importe assez, pour qu’il consente à se départir du pouvoir dont sa liberté native le rend titulaire. Au contraire, par une ruse idéologique mortifère, car elle justifie toutes les usurpations et tous les débordements de pouvoir, « général » suggère la notion qu’il pourrait exister un bien de la collectivité politique en tant que telle et que ce bien pourrait de quelque manière mystérieuse se distinguer du bien de chacun et même entrer en contradiction avec lui. Au contraire, le bien de chacun inclut le bien commun, puisque celui-ci est la condition de possibilité de celui-là. En effet, sans sécurité extérieure ni paix intérieure ni prospérité, aucun bien particulier n’est possible. En termes aristotéliciens, le « bien vivre » commun, qui est la fin du politique, est la condition de possibilité du bien vivre de chacun, c’est-à-dire de l’interprétation que chacun donne du bonheur, à ses risques et périls.

Les positions à pourvoir étant telles, les délégants sont les citoyens en tant qu’intéressés au bien commun et non pas les acteurs humains en tant qu’occupés par la quête de leur bonheur particulier, dont rien n’interdit ni n’impose qu’il se confonde avec la béatitude, conçue comme la participation à l’Absolu ou sa résorption en Lui. En d’autres termes, un être humain devient un citoyen non par le seul fait de vivre et d’être actif dans une politie, mais par sa participation au bien commun tel que défini. Dont il découle comme une conséquence logique que les délégués des citoyens aux positions de pouvoir doivent être les plus compétents, aux yeux des délégants, pour réaliser le bien commun, et que la compétence au regard du bien commun et de sa réalisation est leur justification et mission exclusives. Toute déviation par rapport à ce devoir d’état ne saurait être qu’une corruption, si les délégués s’appliquent à la réalisation de biens particuliers, ou une perversion, s’ils se consacrent à un « intérêt général » qui, n’ayant aucune réalité en dehors du bien commun, ne saurait être qu’un produit idéologique.

Mais deux contraintes imparables viennent contrarier la définition de la compétence. D’un côté, le bien commun n’est susceptible de recevoir une définition univoque qu’en termes abstraits et généraux. Ici et maintenant, il est inévitablement l’objet d’interprétations variées dans sa définition et dans la manière de s’y prendre pour le réaliser. Aucune interprétation ne s’imposant apodictiquement, le bien commun est frappé d’incertitude et, avec lui, les compétences appropriées. De l’autre, l’agir en général et l’agir politique de manière suprême s’effectuent dans l’incertitude des circonstances et des conséquences, si bien que la compétence et l’incompétence des candidats à la délégation ne peuvent pas être appréciées par les délégants de manière contrôlée et assurée.

Finalement, les citoyens sont condamnés à choisir entre plusieurs interprétations du bien commun et à parier sur la compétence de ceux qui les défendent, c’est-à-dire à leur faire confiance le temps de voir. Ils y sont condamnés, car le bien commun ne peut pas être éludé et ses trois composantes de la sécurité, de la justice comme loi, droit et équité, et de la prospérité doivent être prises en charge par des acteurs mis en état de décider et d’agir efficacement. L’analyse souligne à quel point la philosophie politique classique, celle illustrée par Aristote, Cicéron et Thomas d’Aquin, avait raison de tenir que le régime politique naturel, au sens où il est approprié à la fin et à la nature du politique, est de fondation un « régime mixte ». En effet, il inclut dans son concept une composante « démocratique », en assignant le siège du pouvoir et de ses délégations bénéfiques aux citoyens saisis dans leur individualité concrète. Une composante « aristocratique » lui vient de ce que les délégations sont censées aller aux meilleurs, jugés selon le critère de la compétence à réaliser le bien commun. Quant à la composante « monarchique », elle est introduite par les contraintes de la décision et de l’action, qui exigent qu’un seul soit en charge ultime de chaque tâche contribuant au bien commun.

À la fin des fins, l’élection est une technique permettant aux citoyens de choisir une interprétation du bien commun et de parier sur la compétence putative de ceux qui la défendent. Elle a été retenue exclusivement par les démocraties contemporaines. C’est une technique parmi d’autres concevables et pratiquées en d’autres contextes politiques, la cooptation, l’ancienneté ou le tirage au sort. La fin de la technique est l’efficacité, si bien qu’une technique, qu’elle soit économique, culinaire, médicale ou politique doit être jugée selon ce critère exclusif. Tenons que l’élection des délégués aux positions de pouvoir politiques est la technique la plus efficace dans les conditions de la modernité. On montre que la combinaison de l’élection et de la territorialité est une nuisance grave, imposée par une contrainte que le progrès technique permet de lever.

La territorialité comme nuisance et contrainte

Un territoire peut être défini comme un segment d’espace habité. Sur les aires culturelles séculaires et millénaires, c’est aussi un segment aménagé par des générations successives. Du point de vue culturel propre à l’espèce humaine, l’occupation et l’aménagement d’un segment des terres émergées signifient sa particularisation par la géographie, par l’histoire et par les façons de gérer les problèmes qui s’y posent. Or, il suffit du moindre degré de particularisation affectant des segments distincts d’une politie, pour que la fin du politique et le bien commun soient menacés. Pour en prendre la mesure, il faut s’imprégner d’une conception juste de la politie et, pour y atteindre, s’attacher au concept de « politie ». Celle-ci est un « groupe » humain, au sens technique imprimé au mot par la sociologie. Un groupe est un acteur collectif, défini comme la réunion d’au moins deux acteurs individuels, ainsi disposés qu’ils se donnent les moyens de viser efficacement un objectif commun. Les moyens reposent sur la conversion, consentie et réussie par chacun des participants à l’entreprise, des sensibilités, des intelligences et des volontés individuelles en une volonté, une intelligence et une sensibilité collectives. Pour se rendre effective, la conversion se développe en organisations et en institutions, dont le degré d’explicitation et de structuration peut varier du plus spontané au plus délibéré. Le couple est un groupe ainsi défini, mais aussi le ménage, le lignage, l’armée, l’église, la secte, l’entreprise, l’équipe… Et la politie. Celle-ci est fondée par et sur l’aspiration d’un groupe organisé et institué d’acteurs individuels et collectifs à réunir par un effort commun les conditions communes de la bonne vie de chacun, des conditions qui se résument à la sécurité extérieure, à la paix intérieure par la justice et à la prospérité. Dans cette situation, rien de ce qui particularise ne peut être admis ni toléré, car le particulier compromet le commun. C’est pourquoi les citoyens d’une politie ne peuvent être déclarés « égaux » que par un abus de langage et une inattention de la pensée. Ils doivent être tenus pour « identiques », au sens du principe d’identité que « A = A ». L’identité citoyenne a évidemment pour contenu le fait que chaque citoyen est identiquement source de toute délégation de pouvoir le concernant en tant que membre d’une politie.

Il résulte de ces précisions conceptuelles que la politie correspond à un espace politique ordonné au bien commun, mais que cet espace ne se superpose à un espace habité et aménagé que par pure rencontre. La rencontre vient de ce que, par ailleurs et pour une multitude de bonnes raisons, les représentants d’une espèce vivante et ceux de l’espèce humaine en particulier habitent et aménagent des terres émergées pour survivre et prospérer, et de ce que notre espèce a, jusqu’ici, exprimé une très forte propension à s’approprier les territoires occupés et à leur conférer un statut spécial voire sacré, du moins à partir de la néolithisation. Le seul moyen de réconcilier l’espace politique et l’espace habité est de rendre le premier abstrait, en faisant abstraction de toutes les particularités du second. Cette clause s’applique, en fait, à toutes les particularités, car l’identité des citoyens l’exige. On ne peut être citoyen « français » que si on est saisi dans son essence de « acteur individuel du groupe de coopération politique appelé ‘France’ », ce qui implique logiquement que soient mises entre parenthèses les appartenances régionales, religieuses, économiques, sexuelles, professionnelles, culturelles, bref tout ce qui fait que deux êtres humains ne sont jamais identiques.

On saisit à la racine les dommages que peut infliger au bien commun l’usage politique du territoire et sa conversion en circonscription électorale. Celle-ci, en effet, donne aux particularités une consistance ennemie de l’identité exigée par la rationalité politique du régime mixte saisi dans sa dimension démocratique, car les dimensions aristocratique et monarchique sollicitent, bien au contraire, les particularités et les singularités congruentes aux compétences politiques recherchées. Les dommages résultent de trois corruptions enchaînées. La territorialité commence par encourager à substituer au bien commun de la politie le bien particulier du territoire et de ses habitants. Cette substitution est la négation même de la finalité politique. On peut demeurer insensible à ce scandale conceptuel et à ses conséquences délétères, en faisant valoir que les habitants d’une circonscription correspondant à un territoire aménagé ont, eux aussi et aussi bien, des intérêts communs à réaliser. L’argument est valide et à retenir, mais, comme nous le verrons à l’instant, il doit conduire à des conclusions très différentes. Pour le moment, il est hors sujet, car le sujet porte sur le bien commun de la politie et de ses citoyens identiques. Tout autre bien commun d’un groupe distinct est automatiquement particularisé, quel qu’il soit et quelles que soient les dimensions du groupe. Une église incluant l’humanité entière aurait à poursuivre, malgré tout, un bien particulier au regard du bien commun de la portion de ses fidèles réunis en une politie distincte. Ce n’est pas une affaire de nombre mais de concept, à la manière dont Aristote tenait que l’oligarchie enracine la souveraineté dans les riches, qui ne sont en petit nombre — oligoi — que par pure rencontre du point de vue politique.

Il suffit de cette première faute, pour que la tentation devienne irrésistible de mettre la brigue politique au service non plus du bien commun, mais des intérêts particuliers. Ils sont innombrables et toujours susceptibles de se coaliser pour s’imposer, pour la bonne raison que les êtres humains ne sont pas identiques et poursuivent une multitude d’intérêts différents. Les intérêts particuliers sont tous légitimes qui concourent aux fins de l’homme, et tous légaux qui ne contreviennent ni à la loi ni au droit. Ils peuvent être individuels ou collectifs, mais ne sauraient être politiques, car les seuls intérêts collectifs politiques sont le bien commun de la politie et de ses citoyens identiques. La tentation de se soustraire à cette rigueur est grande et permanente, car tant les délégants que les délégués y ont intérêt. Les délégants aux positions de pouvoir, ou électeurs, ont intérêt à opérer des calculs sur les bénéfices particuliers qu’ils pourraient tirer de leur vote, sous la forme de subventions, d’exemptions, de protections, de faveurs diverses dispensées par le pouvoir politique, au lieu de s’attacher exclusivement à l’objet du scrutin, à savoir le choix d’une interprétation de l’intérêt commun et le pari sur une équipe de compétents putatifs. De leur côté, les candidats à la délégation et les délégués à la réélection ont intérêt à échanger les faveurs dont ils détiennent la clé contre des appuis directs et indirects. La conséquence est une subversion de la finalité, par la substitution à la recherche du bien commun d’un marché politique, sur lequel sont échangés des appuis aux politiciens contre des faveurs aux citoyens. Il en résulte mécaniquement la précédence accordée aux intérêts particuliers sur le bien commun. La territorialité des circonscriptions électorales n’en est pas la responsable exclusive, mais elle y contribue de manière puissante, en conférant un semblant de légitimité politique et démocratique à l’intérêt commun des citoyens d’une circonscription, alors que cet intérêt est particulier au regard de la politie et que, s’il veut demeurer commun, il doit être poursuivi et réalisé dans le cadre de la circonscription et du territoire concernés.

La nuisance est réelle et largement vérifiée depuis l’émergence et l’imposition de la démocratie dite « représentative », qui serait mieux nommée « délégante ». Le choix de la territorialité pour découper des circonscriptions résulte, de son côté, de deux contraintes plausibles. L’une est principielle et s’impose dans tous les cas de figure imaginables. Pour abolir la nuisance, il suffit, semble-t-il, de recourir à une solution simple : transformer la politie en une circonscription unique ! La solution est illusoire, car elle induit des conséquences pires que le mal à soigner. En effet, une circonscription unique impose un scrutin proportionnel, car un scrutin majoritaire éliminerait toute opposition, pourtant indispensable à l’équilibre des pouvoirs et au contrôle de l’équipe au pouvoir. Mais un scrutin proportionnel ne saurait échapper à l’une ou l’autre de trois conséquences pernicieuses pour le bien commun. Ou bien il induit la prolifération des partis et fait reposer les dimensions aristocratique et monarchique sur des tractations en coulisses et des coalitions fragiles et douteuses. Ou bien il pousse au partage du pouvoir entre partis ou coalitions dominants et favorise la sclérose et la corruption. Ou bien il confère aux extrêmes et aux minorités une capacité de négociation et de nuisance excessive, qui peut se transformer, en cas de crise grave, en une polarisation autour des extrêmes et menacer la démocratie elle-même.

L’autre contrainte est matérielle, qui renforce et tend à se substituer à la contrainte de principe. La territorialité rapproche les délégants et les délégués, ce qui favorise leur connaissance réciproque, facilite le choix et raccourci le pari. Elle est une application locale de la problématique des coûts de transaction. Elle permet de les diminuer et de les limiter à ce qu’impose un état donné des techniques de communication et d’information. Or, il se trouve que le progrès technique permet de lever la contrainte matérielle, tout en respectant la contrainte principielle. Il rend possible la déconnexion complète entre circonscription électorale et territoire et pourrait favoriser un respect plus scrupuleux de la logique politique du bien commun.

Des circonscriptions électroniques

De fait, le progrès technique qui s’exprime dans l’électronique et l’informatique, change du tout au tout les données du problème. La contrainte de principe demeure, qui déconseille de transformer la politie en circonscription unique, car le mouvement a pour corollaire obligé le scrutin proportionnel, alors que le bon régime exige le scrutin majoritaire à un tour. Seul demeure libre et dans la dépendance des circonstances le choix entre scrutin majoritaire uninominal ou plurinominal. L’exigence est technique et imposée par un souci d’efficacité : donner à une équipe exécutive l’appui d’une majorité législative claire et stable et lui permettre de montrer aux électeurs ce dont elle est capable au service du bien commun. La solution a aussi une vertu pédagogique : persuader les citoyens que les élections n’ont pas pour objet de produire un substitut représentatif du corps des citoyens, mais de choisir et de parier sur un projet et une équipe. Or, le progrès technique permet d’assurer cette fonction, en combinant la pluralité des circonscriptions et l’exclusion de toute référence à un territoire. Il faut et il suffit de définir des « pools d’électeurs » et de les peupler sans référence aucune à leurs lieux de résidence. Des circonscriptions identifiées à des pools d’électeurs sont rigoureusement conformes à l’esprit du régime démocratique, puisqu’ils reposent entièrement sur le rassemblement d’acteurs libres et décidés à user de leur liberté au service de leur bien commun. La disparition de la territorialité rend, quant à elle, explicite cette vérité première. La solution déterritorialisée ne soulève aucune question, qui ne reçoive une réponse simple et satisfaisante.

La question la plus simple à régler porte sur le nombre des circonscriptions. La réponse dépend des valeurs de deux paramètres. L’un définit le nombre des élus prévus par la constitution. Mettons qu’il soit de cinq cents. L’autre est le mode de scrutin. Uninominal, il exigerait cinq cents circonscriptions. Plurinominal avec des listes de cinq, il en faudrait cent, et cinquante, si les bulletins soumis au vote majoritaire à un tour portent dix noms. Le choix du chiffre est contingent et arbitraire, au sens où il ne peut pas être déduit d’un principe, mais se trouve dans la dépendance de considérations particulières. Bien entendu, les listes continuent à être dressées par les partis et appuyées sur des arguments d’opportunité. La contrainte du scrutin majoritaire à un tour a toutes chances de favoriser un bipartisme et des positions centristes de chaque parti, ce qui a l’avantage insigne de marginaliser les extrémistes ou de les inciter à devenir les ferments de la contestation et de l’innovation à l’intérieur de chaque parti

Pour peupler les circonscriptions d’électeurs, deux solutions sont disponibles, qui peuvent et doivent être combinées. L’une consiste à exploiter à fond le principe de la représentativité et à faire en sorte que chaque circonscription soit le reflet exact de la population de la politie saisie comme ensemble social — et non d’un segment territorial quelconque –, en termes d’âge, de sexe, d’instruction, de catégories socioprofessionnelles… On sait d’une science assurée que toute classification est toujours plus ou moins arbitraire et pose toujours des problèmes de frontières. La prudence conseille de ne pas entrer dans trop de détails, de ne pas retenir des points de discrimination trop précis et trop fins, et de procéder à des révisions périodiques, pour tenir compte des contestations légitimes et des évolutions inévitables. Ce travail de classification peut et doit être confié à un organisme technique indépendant, sur le modèle de l’INSEE en France. L’autre solution est le tirage au sort. S’il y a dix millions d’électeurs au total et cent circonscriptions, il suffit de tirer au sort cent mille noms par circonscription. Il faudrait interroger les mathématiciens, pour décider dans quelle mesure le tirage au sort ferait courir le risque de circonscriptions trop différentes les unes des autres dans leur composition. Une solution mixte abolit tout risque, si le tirage au sort est ainsi organisé qu’il peuple chaque circonscription de la même composition en population que celle de la politie. Chacune des cent circonscriptions aurait la même proportion d’hommes et de femmes, de jeunes et de vieux, de diplômés et d’illettrés, et ainsi de suite, et chaque électeur aurait été tiré au sort quant à sa circonscription de rattachement.

Pour ce qui est des campagnes électorales et du scrutin, ils ne soulèvent aucune difficulté particulière. Les partis et les candidats peuvent recourir à tous les moyens déjà à leur disposition, pour faire passer leur message et se faire connaître. Quant au scrutin, rien n’interdit d’explorer les possibilités ouvertes par le vote électronique. L’humanité est entrée, depuis une génération ou deux, dans une ère électronique, où l’espace-temps change de nature, où la cérébralisation est croissante, où tout repose sur des réseaux et des relais, et dont il est le plus improbable qu’elle en ressorte jamais par un retour en arrière.

Avant d’envisager des applications possibles, il faut écarter une objection qui paraît devoir ruiner l’argument. On pourrait, en effet, opposer que les territoires sont des réalités et que leurs habitants ont des intérêts communs à réaliser, eux aussi. Rien n’est plus vrai, mais en tirer une objection est pur sophisme. En effet, le même raisonnement en termes de finalité et de nuisance s’applique à tous les niveaux de distribution des acteurs humains. Chaque niveau définit un bien commun, dont l’effectuation est compromise par les intérêts particuliers, les coalitions et le marché politique. Même au niveau communal, la menace guette que tel quartier ou telle corporation fasse pression sur la municipalité, pour obtenir des avantages particuliers aux dépens du bien de tous. La réalité d’un intérêt commun à tous les niveaux doit persuader non du sophisme, mais de ce qu’elle révèle le fondement du « principe de subsidiarité ». Il découle de ce que tout groupe humain définit des intérêts communs, distincts des intérêts particuliers de ses membres, et de ce que les sociétés humaines naissent de l’intégration de groupes aux dimensions et aux finalités variées, dont il résulte que tout groupe de dimensions supérieures rend particuliers les intérêts communs des groupes qu’il intègre. Ce fondement conceptuel explique pourquoi le principe de subsidiarité ne va pas sans son complément du « principe d’immédiateté ». Celui-ci stipule que tout acteur, dans une société libre, doit recevoir la responsabilité directe du bien commun à chaque niveau de regroupement qui le concerne, et non pas s’en voir dépossédé par une procédure de médiation et de représentation. Dans une démocratie, les citoyens choisissent leurs délégués à tous les niveaux de la structure politique par un choix immédiat, et refusent tout net que des délégués à un niveau délèguent à un niveau supérieur, car ce serait leur abandonner la souveraineté et renoncer à la liberté.

Applications

La solution électronique est simple à saisir et facile à appliquer. Il est, pourtant, assuré qu’elle n’a aucune chance d’être retenue dans un avenir prévisible, tant les habitudes sont ancrées et les intérêts particuliers attachés à la territorialité. La seule ouverture plausible serait une situation entièrement inédite, c’est-à-dire un problème électoral entièrement nouveau, auquel aucune habitude ni aucun intérêt ne sont déjà liés. L’occasion la plus manifeste est l’Union Européenne, si elle devait se transformer en États-Unis d’Europe, c’est-à-dire sauter du statut d’alliance étroite entre polities à celui de politie. On sait depuis Aristote que ce saut conceptuel est aussi décisif dans les faits. Les élections européennes, dans leur état actuel, sont une caricature, qui souligne de manière crue les nuisances de la territorialité.

Plus précisément, les scrutins européens organisés sur des bases nationales sont une conséquence inévitable du fait que l’union est une alliance – une symmachia — et non une politie – une polis — définissant un intérieur et un extérieur, mais ils deviendraient un obstacle majeur pour la gestion efficace du bien commun d’une politie européenne et de ses citoyens. En effet, comment des citoyens, absorbés par leurs soucis immédiats et bornés par des horizons fixés par des histoires passées, pourraient-il se hisser à la perception d’un bien commun à l’ensemble des Européens, à la manière dont tous les Américains peuvent saisir ce qui les intéressent tous dans le cadre des États-Unis, tous les Brésiliens dans celui du Brésil, tous les Indiens dans celui de l’Inde, les Chinois dans celui de la Chine… ? Dans les cas de l’Inde, des États-Unis et encore plus du Brésil, les méfaits de la territorialité en démocratie sont patents et criants, car ils sont rendus publics sur un marché politique ouvert et dépouillé de toute décence.

L’Europe pourrait reconquérir son rôle de phare de l’humanité et de guide en innovations fécondes, en démontrant qu’il est très possible de réduire cette malfaisance et de dégager le bien commun de ses scories d’intérêts particuliers, en adoptant une solution adaptée à un problème qu’une fédération européenne ne pourrait pas ignorer : définir des circonscriptions en termes de populations représentatives des réalités humaines européennes et les peupler par tirage au sort. Rien n’est plus facile que de poser cinquante ou cent circonscriptions, chacune élisant un « ticket » de dix ou cinq candidats, soit cinq cents parlementaires. Chacune serait composée d’électeurs tirés au sort dans la population des citoyens européens, de telle manière que fussent strictement respectées les proportions en termes de nation, de région, d’occupation, d’âge, de sexe… Pour ce faire, il suffirait d’en confier le soin à un organisme européen de statistiques, qui existe déjà.

Une autre application serait envisageable en France, si celle-ci était susceptible de se réformer. En regardant bien, on constate que la conformation de la politie française résulte de l’intégration d’une dizaine de niveaux superposés. C’est manifestement trop, en termes de coûts et d’efficacité. Supposons que l’on décide de fondre les départements en un nombre réduit de provinces. Comment faire en sorte que chaque unité nouvelle s’applique à gérer les intérêts communs de tous les anciens départements et puisse échapper aux pressions de tel ou tel, plus peuplé, plus riche et plus décidé ? La seule solution est toujours la même, celle découverte par Clisthène et imposée aux Athéniens en -507 : mélanger, de manière à dépasser tous les partages ennemis de la concorde et du bien commun ! En l’occurrence, il suffirait de définir des circonscriptions électroniques et de les peupler de citoyens provinciaux en proportions fidèles à la distribution des citoyens départementaux. Avec un scrutin plurinominal, chaque parti aurait intérêt à présenter des listes conformes à la distribution et aux proportions, ce qui contraindrait très vite électeurs, candidats et élus à penser en termes non plus départementaux mais provinciaux.

Conclusion

Je ne connais pas plus l’avenir que quiconque. J’ignore donc, si la suggestion de renoncer à la territorialité pour gérer les délégations de pouvoir en démocratie trouvera jamais une application. L’examen de la question favorise, du moins, une clarification des idées, qui a son mérite propre. Il se peut, par ailleurs, que l’analyse soit passée à côté de difficultés dirimantes. Une certitude demeure. L’humanité est désormais engagée dans une phase irréversible et inédite de son aventure. Elle promet de remettre en question toutes les évidences héritées d’une phase dépassée et exige qu’il soit recouru à l’imagination, pour trouver et introduire de nouvelles solutions à des problèmes anciens et nouveaux.

Et l’actualité française!

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Bernard Owen

Le système électoral d’une nation va jouer un rôle des plus importants dans le nombre et la stabilité des partis. Cela découle de l’influence de la structure d’influence qui est variable selon le système utilisé qu’il soit majoritaire ou proportionnel. Les différences constatés entre la proportionnelle de la IVème République et le scrutin majoritaire de la Vème constituent un exemple révélateur.
La France en est venue aux primaires, non pas à l’Américaine mais à la Française. Ces techniques électorales ne sont pas les seules à jouer un rôle en démocratie. L’être est bien là.
Nos jugements décident d’en faire l’amalgame. François Fillon à le regarder parler à la télévision transmettant une touche d’humanité. L’opposition de Juppé se faisait différemment il présentait une sécheresse, bien personnelle et qui n’a rien de Bordeaux, ville que j’admire;
Les primaires ne sont pas favorables à l’ancien président Sarkozy. Il faut dire qu’en dehors de son investiture il s’est montré peu convainquant et les « guignols de l’info » nous ont bien fait rire.
Naturellement il ne faut pas s’entêter. Notre opinion sur le Président Sarkozy ne doit pas se limiter à son attitude. Il ne faut pas oublier la Libye où il a rejoint le premier-ministre Cameron qui n’a pas cessé de forcer dans les bêtises de même que l’OTAN qui à finalement pris les commandes. La Chancelière Merkel a été la seule à faire preuve de prévoyance en retirant sa flotte de l’OTAN.
Même en démocratie il faut avoir de l’autorité si l’on veut être chef. Le débat télévisé entre le président sortant Sarkozy et François Hollande a montré la nette supériorité du dernier (je l’ai ecouté par hasard quand j’étais à Erevan)
Il serait peut être bon de se regarder en face. Actuellement nous avons un technicien qui s’appelle Macron. Il doit rêver de façon extravagante se prenant pour Jeanne d’Arc que tout le monde ne peut qu’admirer.

Internet et démocratie

Jean BAECHLER, Membre de l’Institut

Convenons d’entendre par ‘démocratie’ un régime politique ou mode des relations de pouvoir entre acteurs individuels et collectifs composant une politie. Le principe fondateur du régime est l’enracinement du pouvoir dans ceux qui obéissent, et qui le font, parce qu’ils estiment maximiser ainsi les chances de réussite de leur entreprise commune. Il en résulte que, en démocratie, tout pouvoir est délégué par les obéissants à des compétents présumés tels par eux, à titre circonscrit, provisoire, réversible, et au service d’entreprises collectives. Ce principe et ses corollaires valent aussi bien dans les groupes privés, poursuivant collectivement des intérêts particuliers, que pour la politie, entendue comme un groupe de pacification tendancielle vers l’intérieur et de guerre virtuelle vers l’extérieur. Dans ce cadre, la démocratie est un régime du pouvoir au service du bien commun, de la paix, de la justice, de la prospérité, de la sécurité, un régime caractérisé par le principe infrangible que toute position publique de pouvoir ne peut être occupée que par des délégués directs ou indirects des citoyens.

initiatives-citoyennes

De son côté, Internet est une mise au point technique, se présentant comme un réseau de communication à coûts sinon nuls du moins négligeables à l’occasion de chacune de ses mises en oeuvre par un usager individuel ou collectif. Chaque acteur du réseau peut être à la fois et alternativement émetteur, transmetteur et récepteur d’informations presque gratuites. Le réseau ignore les partages politiques, ce qui le rend de nature et de lui-même planétaire. Il est, enfin, susceptible de se résoudre en une quasi infinité de sous-réseaux indéfiniment modulables en extension.

La mise en correspondance de ces deux produits de l’ingéniosité humaine, l’un politique et l’autre technique, excite l’imagination et suscite des projets de perfectionnement de la démocratie. En concentrant l’attention sur une technique de choix des délégués politiques appelée ‘élection’, on met en évidence une banalité, une illusion et une innovation plausible ayant rapport à la territorialité politique.

Une banalité

Dans une démocratie fidèle à son concept, une élection reçoit une définition précise en trois points. Elle est d’abord une compétition entre au moins deux projets de réalisation du bien commun. Celui-ci échappe à la compétition, car c’est la fin que se proposent tous les acteurs du jeu. Aussi bien, une condition première du jeu démocratique exige que la plupart des acteurs tombent d’accord sur la définition du bien commun. La conséquence décisive en est que, quel que soit le vainqueur de la compétition électorale, aucune subversion n’est à craindre. C’est pourquoi l’on peut plaider que, pour juger de l’état d’une démocratie, du moins à l’âge moderne, il faut s’attacher à l’opposition. Celle-ci doit être partie prenante au même jeu et se trouver dans un état de consistance suffisante pour pouvoir l’emporter. La compétition ne porte ni sur le régime politique ni sur la fin du politique, mais sur les moyens à mettre en oeuvre pour porter tant le régime que la fin à un degré supérieur de perfection. Elle porte sur les stratégies. D’où le deuxième point de la définition. Les promoteurs des projets, confiants en la valeur de ceux-ci et en leurs compétences pour les réaliser, se portent candidats aux positions de pouvoir exigées pour la mise en oeuvre du programme. Ils doivent réussir à persuader les électeurs sur les deux prétentions avancées, tant la valeur des projets que leurs compétences. D’où le troisième point.

Les candidatures sont portées devant les citoyens. Sur quoi précisément les citoyens-électeurs ont-ils à se prononcer ? On serait tenté d’avancer qu’ils ont à juger de la validité des projets et de la réalité des compétences. Sans doute, mais leur jugement ne peut être que très incertain. En effet, quant aux projets, de deux choses l’une. Ou bien tous les projets se ressemblent et le choix devient une fiction. Ou bien ils diffèrent grandement et doivent résulter en choix opérés par des segments différents de l’électorat, de telle sorte que le choix de chacun est décidé pour l’essentiel par le segment d’appartenance. Quant aux compétences, elles sont à peu près indécidables à l’avance, car la réalisation des projets concerne des avenirs incertains. Le seul élément plausible d’appréciation serait l’expérience vérifiée, mais il a l’inconvénient majeur de favoriser la reconduction des candidats et de prévenir le renouvellement du personnel politique. En fait, l’électeur doit se résoudre à se prononcer sur un seul point : « à qui déléguer le pouvoir dont je suis le détenteur naturel ? ». Comme la réponse ne peut pas être fondée en raison, le citoyen ne peut se confier qu’à des impressions et à des calculs, dont les plus solides portent sur les conséquences plausibles de son choix sur sa condition personnelle. Autrement dit, les contraintes de l’incertitude poussent les électeurs à substituer au bien commun leur intérêt particulier, qu’ils connaissent bien mieux. C’est une des raisons pour lesquelles le marché politique est inévitable même dans la démocratie la mieux conformée, un marché sur lequel sont échangés des appuis aux hommes politiques contre des faveurs aux intérêts particuliers. C’est une corruption du politique et de la démocratie, mais elle est inévitable et témoigne de l’imperfection des affaires humaines.

Quoi qu’il en soit, il importe de souligner que l’élection porte avant tout sur la délégation de pouvoir. Celle-ci ne saurait être décidée une fois pour toutes et devenir définitive, car ce serait contrevenir au principe fondateur de la démocratie. La délégation ne saurait être qu’à titre réversible, provisoire et circonscrit. C’est pourquoi les citoyens sont, en tant que sièges du pouvoir et sources de ses délégations, identiques et non pas égaux, comme le veut une tradition trompeuse. A = A signifie l’identité et se traduit par le principe du poids égal de chaque bulletin. Le principe est respecté et la démocratie effective, si tout citoyen peut user sans restriction ni tricherie de sa liberté de déléguer son pouvoir et si ses délégations ont des conséquences effectives sur la désignation des délégués. Mais les délégations ont pour objectif exclusif de rendre possible l’effectuation du bien commun, c’est-à-dire de permettre aux délégués d’y travailler efficacement. Aussi bien, un régime électoral ne doit pas être choisi selon le critère de la représentativité des délégués, mais sur celui de leur capacité à gérer effectivement la politie.

Sur quoi la toile pourrait-elle avoir quelque influence, positive ou négative ? On peut plaider qu’elle propose deux avantages majeurs avec ses deux premiers caractères. D’abord, chaque acteur du réseau est indifféremment émetteur, transmetteur et récepteur d’informations. Elles portent, en l’occurrence, sur les projets et les prétentions des candidats à la délégation et sur les hésitations des délégants à déléguer. Avec Internet, les informations ne circulent plus à sens unique, des candidats aux citoyens, mais dans tous les sens. Les électeurs peuvent poser des questions, faire des suggestions, énoncer des opinions, dont les candidats sont contraints de tenir compte, car celui qui négligerait de le faire se mettrait en position d’infériorité. Les candidats à la délégation sont obligés d’écouter, quoi qu’ils en aient, et les électeurs mis dans le cas d’être entendus. Il peut et doit en résulter une cacophonie assourdissante, mais de ce bruit doit et peut finalement résulter une appréciation plus solide de la qualité des projets et de la fiabilité des candidats. Objecter qu’il doit aussi en résulter une médiatisation accrue et un poids plus grand des capacités de séduction des candidats, ne vaut pas. En effet, la séduction est indispensable à l’homme politique, qui ne peut réussir dans ses entreprises au service du bien commun que s’il est suivi par le public, sans pouvoir produire des arguments incontestables, puisque ses actions n’ont de fruits éventuels que dans l’avenir. Il s’agit, en fait, de trouver des appuis qui ne peuvent s’appuyer eux-mêmes que sur des paris risqués.

Le deuxième caractère de la toile est son ignorance des frontières politiques. L’avantage potentiel est de soustraire les citoyens à l’enfermement dans leur politie d’appartenance. Comme, par ailleurs et pour des raisons plus profondes encore, l’humanité semble effectivement parvenue à l’unification de toutes ses histoires en une histoire désormais unique et commune, la nature ubiquitaire de l’information peut être tenue non seulement pour un bénéfice, mais pour une condition de l’efficacité politique. Il serait bon que les citoyens, en choisissant leurs délégués et, par leur truchement, des projets, soient au fait de ce qui se passe ailleurs et des conséquences réciproques pouvant résulter de ce qui se fait chez eux et chez les autres. La croissance et la consolidation d’une conscience transpolitique sont, sans aucun doute, soumis à une infinité d’obstacles, qui font qu’elle ne s’aurait progresser que très lentement et en se frayant une voie à travers les préjugés et les effets de mode. Mais, à l’échelle des décennies et dans le cadre européen, la transformation des perceptions est certaine sur une cinquantaine d’années. De ce point de vue, l’usage politique de la toile à des fins d’information du citoyen devrait accélérer les évolutions, même si, bien entendu, elle n’en a pas l’exclusivité.

Le troisième caractère d’Internet vient tempérer l’optimisme. En effet, des coûts de coalition à peu près nuls font courir un risque sinon nouveau du moins plus pressant. La toile facilite à l’extrême la coagulation d’opinions et d’intérêts en coalitions assez fortes pour peser sur les programmes et sur les délégations. On peut craindre des développements qui conduiraient les candidats à cesser de proposer quoi que ce soit, pour se transformer en scrutateurs de l’état des opinions et du poids des coalitions d’opinions. Les décideurs politiques ne décideraient plus rien, pour s’aligner sur le cocktail d’opinions et de coalitions qui leur paraîtrait représenter une majorité. Déjà les sondages d’opinion ont un rôle délétère sur les gens au pouvoir, car, pour la raison déjà indiquée, ils peuvent difficilement les ignorer, sous peine de compromettre leur capacité à agir efficacement. Avec Internet et la facilité qu’il offre à l’ouverture de forums et à l’organisation de plébiscites officieux, le risque grandit démesurément de pressions irrésistibles non seulement sur les candidats, mais encore sur l’exercice même du pouvoir. Le risque est double. D’une part, les coalitions spontanées et instantanées sont condamnées à perdre de vue le bien commun et à se mettre au service d’intérêts particuliers et de divagations idéologiques. De l’autre, elles peuvent paralyser l’exercice du pouvoir ou le rendre erratique. Le risque est assuré, mais il se pourrait aussi que le salut surgisse du danger, non pas dans le sens d’un contrôle, mais par une autocorrection. Les problèmes que le politique traite et doit résoudre sont réels et exigent des solutions efficaces. Cette contrainte introduit de l’objectivité dans la vie politique. Elle a pour conséquence qu’il est impossible de persévérer dans le n’importe quoi, sous peine de sanctions sévères par les réalités. C’était déjà la situation avant Internet. Une démocratie bien conformée marche toujours normalement mal, mais elle bénéficie de garde-fous et de correctifs, qui lui évitent de marcher anormalement mal trop longtemps. Aucun argument probant ne prouve qu’Internet pourrait renverser cette proposition.

Une illusion

Déléguer son pouvoir fait courir aux délégants le risque qu’il soit confisqué par les délégués. Ce détournement est une subversion du régime démocratique, dont les conséquences ne peuvent être que corruptrices. En effet, la délégation cesse d’être circonscrite à des tâches spécifiées relevant du politique, comme la confection des lois, l’effectuation du droit, la défense et la levée des ressources pour couvrir toutes ces dépenses. Les politiciens sont incités à suivre leur pente naturelle, qui est de s’occuper de ce qui ne les regarde pas, à savoir la sphère privée et les activités qui s’y déploient, et de se laisser happer par le marché politique et les séductions des intérêts particuliers à la recherche de protections, de subventions, d’exemptions. Ils peuvent s’y livrer avec d’autant plus d’abandon, que, la délégation n’étant plus temporaire, ils peuvent se perpétuer au pouvoir, sauf à en être chassés par un coup, ni réversible, l’opposition se retrouve délégitimée et privée de sa fonction essentielle, qui est d’incarner l’accord sur l’essentiel et la légitimité des divergences d’opinion. Les dangers sont si patents et réels que les partisans lucides du régime démocratique y ont toujours vu le point faible du dispositif.

Comment se prémunir contre la main basse sur le pouvoir des gens par des individus et des minorités bien ou mal intentionnés ? Les réalistes se rallient à la seule solution technique disponible, qui consiste à opposer des contre-pouvoirs au pouvoir. Pour que la solution soit efficace, il faut prendre garde au lieu où doivent se tenir les contre-pouvoirs, de manière à tenir contre les assauts du pouvoir. Ce lieu ne peut pas être la sphère publique. Sans doute, il est possible et recommandé de distribuer l’exercice du pouvoir délégué en plusieurs dispositifs, chacun spécialisé dans une fonction, exécutive, législative, judiciaire, et de réserver une place institutionnelle à l’opposition. Mais il est tout aussi possible de tourner ces pare-feu en paravents et en trompe-l’oeil, pour installer une autocratie sous les apparences d’une démocratie formelle. L’agence législative y devient une chambre d’enregistrement des décisions du pouvoir et cesse d’être le lieu, où, par l’entremise de débats contradictoires, des législateurs anxieux du bien commun s’efforcent d’âge en âge de transcrire la loi non-écrite de la démocratie en lois positives. Quant à l’appareil judiciaire, il devient une arme de répression et de vengeance. L’opposition disparaît en prison, dans la clandestinité ou dans la fiction. Aussi bien, les seuls contre-pouvoirs efficaces sont proposés par la sphère privée. Elle doit être structurée par des centres autonomes de pouvoir, assez consistants, vigilants et coalisés pour se dresser victorieusement contre toute usurpation. Selon les contextes, ces centres peuvent être des lignages, des corporations, des entreprises, des associations de toutes natures, tous noyaux d’accrétion des citoyens en corps capables d’agir. Les centres autonomes de la société civile sont si décisifs, qu’ils constituent une des conditions de possibilité de la démocratie. Elle ne peut pas être remplie délibérément et encore moins décrétée par en haut, elle ne peut que naître organiquement de développements historiques favorables.

En face des réalistes, on trouve les utopistes et les idéologues. Ils font fi de l’unique solution technique, qui, à ce titre, échappe à toute qualification idéologique. Ils rêvent d’une démocratie sans délégations de pouvoir ou, pire encore, sans pouvoir. La première issue est rendue illusoire par la rareté des compétences, de l’énergie et du temps. Elle fait que tous les citoyens ne peuvent pas s’occuper de tout en même temps et en permanence. Que ce soit dans le privé ou dans le public, des délégations spontanées ou instituées sont inévitables, dès que le nombre d’acteurs dépasse un seuil très bas, de l’ordre de cinq. Quant à vouloir faire disparaître le pouvoir des relations entre humains, c’est vouloir l’impossible, d’un côté, et, de l’autre, condamner toute entreprise collective à l’échec.

Derechef, en quoi Internet peut-il peser sur les contraintes du pouvoir et des contre-pouvoirs ? Pour les réalistes, la réponse est contenue dans le premier point. La toile favorise le contrôle du pouvoir par les contre-pouvoirs, mais, si ses faveurs sont sollicitées avec excès, elle peut aussi bien devenir néfaste. Du côté positif, il est certain que des informations améliorées ne peuvent que favoriser la prise de conscience des risques par les citoyens et aiguiser leur vigilance, de même que l’effondrement des coûts de coalition permet plus facilement d’ameuter l’opinion publique et de rallier des appuis en défense des libertés menacées par des usurpations de pouvoir. En sens contraire, un excès de vigilance et un abus de mobilisation civique peut paralyser l’exercice du pouvoir et induire les délégués à se laisser guider moins par le soin et le souci du bien commun que par les réactions actuelles ou anticipées à leur moindre mouvement. D’autre part, on ne peut pas exclure que la facilité même des mobilisations et des coalitions fassent baisser la garde des citoyens, qui peuvent se laisser aller à la facilité qu’il sera toujours temps de s’inquiéter d’usurpations trop criantes. Un sentiment excessif de sécurité favorise l’insécurité. Les avantages et les inconvénients sont réels, mais ils ne pèsent pas d’un même poids, si bien que les réalistes inclinent à penser qu’Internet est plutôt une bonne chose pour la démocratie et les libertés des citoyens.

Les utopistes, non contents de ne pas voir les inconvénients, imaginent un avantage, qui, à l’examen, s’avère illusoire et dangereux. Depuis près de deux siècles, les utopistes rêvent d’une machine, qui substituerait aux relations de pouvoir entre humains des mécanismes bien réglés. Pendant longtemps les capacités techniques maintenaient le rêve à l’état de rêverie. Avec l’ordinateur et les progrès foudroyants de ses performances, le rêve peut revêtir les apparences d’un projet réalisable. D’un côté, il permet de concevoir une planification centrale, armée cette fois-ci de l’outil capable de résoudre les myriades d’équations résultant de la diversité et de la divergence des intérêts, des goûts et des inclinations. Au lieu d’en confier la résolution au marché, elle sera effectuée par un superordinateur, dont la facticité infiniment efficace n’a nul besoin de pouvoir. De l’autre, Internet ou toute autre technique annulant le coût des communications doit permettre l’accès à la démocratie directe et au dépassement des contraintes qui imposent des délégations de pouvoir. La première voie est censée conduire à l’élimination pure et simple du pouvoir. La seconde promet sa distribution en parts égales à tous, si bien que personne ne pourra plus imposer sa volonté aux autres : tous les pouvoirs étant égaux, ils s’annuleront ou se contrôleront parfaitement.

Les deux versions de l’utopie informatique sont à la fois puériles et dangereuses. Elles sont puériles, car elles reculent devant la réalité de contraintes infrangibles et se réfugient dans un monde imaginaire, où elles auraient disparu comme par enchantement. Le pouvoir n’est pas le produit de l’ambition de certains, mais une réalité indépendante, dont, il est vrai, les séductions sont telles qu’elles nourrissent une des passions les plus puissantes du psychisme humain. Le pouvoir naît de la grégarité humaine, de ce que rien d’humain ne peut s’accomplir dans l’isolement individuel, de ce que toute coopération exige la coordination des efforts et de ce que la coordination repose sur l’énonciation et la réception de mots d’ordre. Le fait est qu’aucun problème humain ne peut être réglé sans recours à du pouvoir. La situation s’éclaircit, si l’on s’avise que le pouvoir connaît trois modes, du fait que l’obéissance répond à trois ressorts, la peur, l’admiration ou le calcul. Le pouvoir résultant de calculs prudents et informés des obéissants est rendu à la fois inoffensif et fécond en réussites collectives. Mais il peut toujours se corrompre dans l’un ou l’autre de ses deux autres modes, où l’on obéit, parce que l’on a peur de mourir en se battant pour sa liberté ou que l’on s’abandonne au charisme de personnages révérés. Le problème n’est pas d’éliminer le pouvoir, car il serait sans solution, mais de le faire servir au bien commun, tout en en garantissant l’innocuité. Seule la démocratie apporte cette garantie. Quant aux délégations de pouvoir, elles sont imposées par la distribution inégale des compétences et la rareté du temps et de l’énergie. C’est pourquoi la démocratie repose sur des délégations de pouvoir, à titre circonscrit, temporaire et réversible.

Quant aux dangers de l’utopie, ils sont doubles. L’un est de détourner les citoyens de leur bon sens et de les faire consentir à des mesures qui, du fait de leur irrationalité, ne peuvent aboutir qu’à des catastrophes et à des crimes, comme l’attestent jusqu’à la nausée toutes les aventures idéocratiques du XXe siècle. C’est le danger adressé par l’illusion d’un pouvoir distribué également sans recours à des délégations. L’ordinateur et Internet ne le rendent pas davantage possible que n’importe quelle invention et mise au point à venir. L’autre, plus immédiat, est de soumettre sans recours les citoyens non pas tant à une machine qu’à ceux qui la contrôleraient, sans y avoir été délégués avec les restrictions démocratiques d’usage. Le premier danger guette surtout les sots, alors que le second est une tentation pour les criminels.

Une innovation

L’élection est une technique de délégation. Les démocraties modernes l’ont privilégiée au point de faire tenir par certains que c’est la technique démocratique exclusive, voire, pire encore, que démocratie et organisation périodique d’élections sont des synonymes. Cette identification est abusive, car il apparaît à l’entendement et à l’expérience qu’un pouvoir total peut s’accommoder d’élections sans porter atteinte à son monopole et se donner une légitimité usurpée, qui ne trompe personne. Quant à l’exclusivité concédée à l’élection, elle est démentie par les techniques de l’ancienneté dans les démocraties tribales, du tirage au sort dans les cités antiques et médiévales ou de la cooptation dans les sociétés savantes. Retenons la technique électorale. Elle est définie par quatre dimensions : des électeurs, des candidats, un régime électoral et des circonscriptions. Attachons-nous à cette dernière dimension. Il arrive, comme en Israël, que la politie s’identifie à une circonscription unique, une disposition qui exige un scrutin de liste pour dégager une majorité et une opposition. La politie est plus couramment distribuée en une pluralité de circonscriptions. Elle permet l’adoption de régimes électoraux favorisant le contact direct entre candidats et électeurs. C’est un avantage, du point de vue démocratique, car on peut plaider que tout scrutin de liste tend à confier le choix des candidats à des partis, dont la logique propre ne favorise guère la démocratie. Mais ces questions et d’autres encore n’intéressent Internet que par l’entremise des deux premiers points. Pour faire émerger de l’inédit, concentrons l’analyse sur la circonscription en tant que telle.

Une circonscription est un ensemble d’électeurs. Cette définition, abrupte mais juste, soulève deux questions distinctes : de quel ensemble s’agit-il et quels en sont les éléments ? Les deux questions reçoivent partout une réponse unique : une circonscription rassemble les citoyens qui habitent « ensemble ». L’attribution du statut de citoyens ne va pas de soi et pose même un problème aigu, mais, quand on en vient à la définition d’une circonscription, le problème a déjà été résolu d’une manière ou d’une autre. Le point à retenir et à souligner est que l’on a toujours affaire aux citoyens habitant une circonscription définie en termes spatiaux de résidence. La circonscription est toujours identifiée à la territorialité, même si le découpage du territoire peut donner lieu à tous les aménagements et à toutes les distorsions du gerrymandering. L’identification ne soulève aucune interrogation, car elle paraît aller de soi. En effet, l’explication en est procurée par les coûts de transaction, de communication, de transmission, en un mot par le fait que c’est le moyen le plus efficace de minimiser les coûts imposés par l’organisation des délégations politiques par voie électorale. Le sens commun admet sans examen et comme évident de soi qu’il serait impossible de réunir autour d’urnes des électeurs dispersés à travers l’espace.

Or la territorialité fait courir à la démocratie les plus grands risques de corruption de ce qu’elle a de plus essentiel. En son principe, elle est un ensemble cohérent de dispositifs et de procédures censés maximiser les chances de réalisation du bien commun. Tout repose sur l’exigence que les électeurs délèguent des compétents à la gestion de ce bien commun, à prendre au sens propre d’un bien commun à chacun des acteurs individuels et collectifs composant la politie. La condition première de possibilité du succès est que les délégants soient animés du souci exclusif de ce bien commun à chacun et à tous, et que, en conséquence, ils ne fassent entrer en ligne de compte aucune considération particulière à un segment quelconque de l’ensemble. La territorialité fait naître d’elle-même la tentation, difficilement résistible, de substituer au bien commun des intérêts particuliers. La tentation vient de ce qu’elle favorise l’échange des votes contre des faveurs. En termes explicites, la territorialité encourage la tricherie légale. Elle le fait, en facilitant les coalitions d’intérêt, car les intérêts individuels dispersés ne pèsent pas assez pour s’imposer, sauf exceptions. Or les coalitions bénéficient, elles aussi, de la minimisation des coûts, car des citoyens qui vivent ensemble se trouvent plus facilement des intérêts communs et peuvent les défendre plus efficacement. À quoi il faut ajouter l’avantage supplémentaire que les coûts de transaction de la corruption sont, eux aussi, abaissés par la complicité entre électeurs, candidats et élus.

Le propre d’Internet est d’annuler pratiquement les coûts. Plus précisément, ce bénéfice est procuré par les progrès des techniques de l’information, dont Internet est une expression remarquable. L’annulation permet une réforme électorale aussi radicale que celle imposée par Clisthène à la démocratie athénienne naissante, en 508/7 avant notre ère. Pour surmonter les partages lignagers et toute segmentation du corps politique susceptible de menacer la concentration de tous sur le bien commun de tous, Clisthène adopta une solution radicale, qui consistait à mélanger les citoyens, de manière à prévenir toute coalition plausible au service d’un intérêt particulier. De même, Internet permet de s’abstraire entièrement de la territorialité et de créer des circonscriptions abstraites de tout, c’est-à-dire peuplées de citoyens coupés de tous liens de parenté, de voisinage, de profession, d’ethnicité, d’héritage culturel… Ce dépouillement ascétique de toute particularité aurait pour raison d’être et pour objectif d’avoir affaire à des citoyens identifiés à leur concept : des individus identiquement libres, décidés à réunir par leurs efforts conjugués les conditions communes du bonheur de chacun.

Prenons un exemple fictif et poussons-le jusqu’à la caricature, pour mieux faire ressortir une innovation radicale. Soit cinq cents circonscriptions sans rapport aucun avec une territorialité quelconque. Chacune réunit cent mille électeurs. Les chiffres sont arbitraires, et tous autres feraient aussi bien l’affaire. L’innovation consisterait à choisir les électeurs de chaque circonscription, de telle manière que chacune ait exactement la même composition, en termes d’âge, de sexe, de revenu, de niveau d’études, de lieu de résidence…, que les autres et que la population en général de la politie. La représentativité de chaque ensemble serait parfaite, sans jamais correspondre à un territoire quelconque. Les candidats s’adresseraient à chaque électeur par des moyens électroniques, en lui expliquant leur conception du bien commun, les moyens de le réaliser et leur capacité à les mettre en oeuvre. Le vote lui-même se ferait, lui aussi, par voie électronique. Un tel dispositif rendrait impossible ou inefficace toute coalition d’intérêts particuliers. Les délégants, les candidats et les délégués seraient contraints de se préoccuper exclusivement de leurs intérêts communs, tout en se réservant toute latitude pour s’en faire les idées les plus différentes.

Clisthène n’a pas travaillé dans l’abstrait, pour se livrer à un jeu de l’esprit, mais pour résoudre un problème urgent adressé à la politie athénienne par la chute des Pisistratides et par la volonté de doter la cité d’institutions démocratiques stables. La suppression définitive de la territorialité électorale est très peu plausible dans les vieilles polities démocratiques, car trop d’habitudes sont trop bien ancrées. Par contre, les perspectives sont plus ouvertes et plus prometteuses dans des démocraties nouvelles et bien plus encore dans des polities nouvelles. L’Union Européenne est, précisément, une politie virtuelle qui, en cas d’actualisation, aurait à affronter un problème « clisthénien » aigu. Comment prévenir que les délégués à la gestion du bien commun européen — c’est-à-dire des Européens entre eux et comme acteur collectif sur la scène planétaire — soient réduits au rôle de lobbyistes de leur pays ou de leur région d’origine et/ou d’appartenance ? L’enjeu serait, ni plus ni moins, l’existence même d’une politie européenne par-delà la coalition de polities encore capables de faire valoir leur souveraineté. La solution serait manquée, si on se résolvait à définir des circonscriptions recoupant des partages politiques antérieurs à l’unification en une fédération. Les élections européennes actuelles au Parlement condamnent ouvertement la solution, en révélant crûment que, organisées politie par politie, les préoccupations des électeurs et les thèmes des campagnes demeurent strictement nationaux. La solution devrait être recherchée dans la définition de circonscriptions déterritorialisées et composées de citoyens européens, assignés à leur circonscription de manière que chacune ait la même composition et qu’aucune ne puisse correspondre à une politie ou à une fraction de politie antérieure. Les candidats seraient contraints de s’adapter à la situation, en débattant en Européens du bien commun des Européens, et les électeurs de penser et d’agir politiquement en Européens au niveau européen et planétaire. On se doute qu’une multitude de problèmes serait soulevée par la mise en oeuvre effective d’un tel projet, mais on peut postuler que tous ont leurs solutions potentielles, car l’électronique informationnelle abolit dans les faits la territorialité en tout ce qui concerne la circulation des informations.

Conclusion

L’histoire politique de l’humanité révèle que ses plus grandes réussites sont presque toujours issues d’improvisations successives et d’une élaboration longue. Les cas de Rome, de Venise, de la Suisse sont les illustrations les plus éclatantes de cette vérité, où les développements politiques les plus exquis se repèrent à l’échelle des siècles. Mais il arrive de temps en temps que des créations politiques imprévues trouvent et imposent une innovation décisive, en mettant à profit la limpidité d’un problème à résoudre et l’évidence d’une solution. La réforme de Clisthène en est un exemple lointain, qui ne nous parle plus guère. Par contre, l’émergence historique des États-Unis et l’adoption d’une structure fédérale pour organiser la politie a pesé sur les destinées du monde, en rendant effective cette évidence rétrospective, passée inaperçue jusque-là, que la démocratie comme régime politique est indifférente aux dimensions de la politie et au nombre des citoyens. Rien n’interdit aux Européens de faire preuve de la même créativité politique, en démontrant aux yeux de tous cette autre évidence, rendue accessible par la toile, que la démocratie électorale peut se rendre indifférente à la territorialité.

A new 50-state poll shows exactly why Clinton holds the advantage over Trump

The full article may be found at https://www.washingtonpost.com/

It’s a long road to the White House, so The Washington Post polled all 50 states to find out what each candidate needs to do to get there. (Peter Stevenson, Julio Negron, Zoeann Murphy/The Washington Post)
By Dan Balz and Scott Clement September 6
With nine weeks until Election Day, Donald Trump is within striking distance in the Upper Midwest, but Hillary Clinton’s strength in many battlegrounds and some traditional Republican strongholds gives her a big electoral college advantage, according to a 50-state Washington Post-SurveyMonkey poll.
The survey of all 50 states is the largest sample ever undertaken by The Post, which joined with SurveyMonkey and its online polling resources to produce the results. The state-by-state numbers are based on responses from more than 74,000 registered voters during the period of Aug. 9 to Sept. 1. The individual state samples vary in size from about 550 to more than 5,000, allowing greater opportunities than typical surveys to look at different groups within the population and compare them from state to state.
New poll shows how Trump-Clinton matchup is redrawing the ectoral map VIEW GRAPHIC
New poll shows how Trump-Clinton matchup is redrawing the
The massive survey highlights a critical weakness in Trump’s candidacy — an unprecedented deficit for a Republican among college-educated white voters, especially women. White college graduates have been loyal Republican voters in recent elections, but Trump is behind Clinton with this group across much of the country, including in some solidly red states.
The 50-state findings come at a time when the average national margin between Clinton and Trump has narrowed. What once was a Clinton lead nationally of eight to 10 points shortly after the party conventions ended a month ago is now about four points, according to the RealClearPolitics polling average. A number of battleground states also have tightened, according to surveys released from other organizations in recent days.
The Post-SurveyMonkey results are consistent with many of those findings, but not in all cases. Trump’s support in the Midwest, where the electorates are generally older and whiter, appears stronger and offers the possibility of gains in places Democrats carried recently. He has small edges in two expected battlegrounds — Ohio and Iowa — and is close in Wisconsin, Pennsylvania andMichigan, each of which Democrats have won in six consecutive elections.
At the same time, however, Trump is struggling in places Republicans have won consistently and that he must hold to have any hope of winning. These states include Arizona and Georgia, as well as Texas — the biggest surprise in the 50-state results. The Texas results, which are based on a sample of more than 5,000 people, show a dead heat, with Clinton ahead by one percentage point.
Clinton also leads by fewer than four points in Colorado and Florida and is tied with Trump in North Carolina. In Colorado, other polls have shown a larger Clinton lead. In Mississippi, Trump’s lead is just two points, though it’s doubtful that the GOP nominee is in much danger there.
Electoral college advantage for Clinton
In a two-way competition between the major-party candidates, Clinton leads by four points or more in 20 states plus the District of Columbia. Together they add up to 244 electoral votes, 26 shy of the 270 needed to win.
Trump leads by at least four points in 20 states as well, but those add up to just 126 electoral votes. In the 10 remaining states, which hold 168 electoral votes, neither candidate has a lead of four percentage points or better.
How our new poll compares with past presidential election results in every state
A series of four-way ballot tests that include Libertarian Party nominee Gary Johnson and Green Party nominee Jill Stein project a somewhat narrower Clinton advantage, with more states showing margins of fewer than four points between the two major-party candidates. But even here, at the Labor Day weekend turn toward the Nov. 8 balloting, the pressure is on Trump to make up even more ground than he has in recent weeks if he hopes to win the White House.
The poll finds Johnson is poised to garner significant support. He is currently receiving at least 15 percent support in 15 states. The libertarian’s support peaks at 25 percent in New Mexico, where he served two terms as governor. He is only four points shy of Trump’s 29 percent standing there. His support in Utah is 23 percent, and in Colorado and Iowa it is 16 percent. Stein has less support in the poll, peaking at 10 percent in Vermont and receiving at least 7 percent support in 10 states.

Overall, the results reflect Trump’s strategy of maximizing support in older, whiter Midwestern states where his anti-free-trade message and appeals to national identity generally find more fertile ground.
But his struggles elsewhere, including places that have long supported Republicans, illustrate the challenges of that strategy in more diverse states where his stances on immigration and some other positions have turned off Democrats, independents and many Republicans.
Demographic divisions shape the competition
To win the election, Trump must quickly consolidate the Republican vote. With prominent Republicans declaring they will not support Trump and some even announcing they will back Clinton, this represents a major challenge for the GOP nominee. In the Post-SurveyMonkey poll, Clinton is winning 90 percent or more of the Democratic vote in 32 states, while Trump is at or above that level in just 13.
As expected, the Clinton-Trump contest has split the electorate along racial lines. Their bases of support are mirror images: On average, Clinton does 31 points better among nonwhite voters than whites, and Trump does 31 points better among white voters than nonwhites.
The electorate is also divided along lines of gender and education, in many cases to a greater extent than in recent elections. Averaging across all 50 states, Clinton does 14 points better among women than men, and Trump does 16 points better among men than women. Clinton is winning among women in 34 states, and she’s close in six others. Trump leads among men in 38 states, is tied in six and trails in the other six.
It is among college-educated voters, however, where Trump faces his biggest hurdle. In 2012, white voters with college degrees supported Republican nominee Mitt Romney over President Obama by 56-42 percent. Romney won with 59 percent among white men with college degrees and with 52 percent among white women with college degrees.
So far in this campaign, Clinton has dramatically changed that equation. Among white college graduates, Clinton leads Trump in 31 of the 50 states, and the two are about even in six others. Trump leads among college-educated whites in just 13 states, all safe Republican states in recent elections.
Across 49 states where the poll interviewed at least 100 white college-educated women, Clinton leads Trump with this group in 38 states and by double-digit margins in 37. Averaging across all states, Clinton leads by 23 points among white women with college degrees.
Trump’s base among white voters without a college degree remains strong and substantial. He leads Clinton in 43 of the 50 states, and the two are roughly even in five others. She leads among white voters without a college degree in just one state: Vermont.
Overall, Clinton does 19 points better among white college graduates than whites without degrees while Trump does 18 points better among whites without degrees than whites with college educations, on average.
Trump’s challenge in the states that remain close will be to produce significant turnout among white, non-college voters to offset those Clinton margins, but it’s far from clear that there are enough of them to be decisive. Absent that, the GOP nominee must find a way to appeal to these college-educated voters during the final weeks of the campaign.
States and regions shaping the race
Trump’s strength across some of the states in the Midwest is one potential bright spot for the Republican nominee. Clinton’s biggest lead among the contested states in that region is in Pennsylvania, where her margin is just four points. InWisconsin and Michigan, she leads by a nominal two points, while Trump leads by four points in Iowa and three points in Ohio.
Recent polls by other organizations have indicated that Wisconsin has tightened over the past month. A recent Suffolk University poll in Michigan shows Clinton leading by seven points, and the RealClearPolitics average in Ohio shows Clinton ahead by three points. Overall, among the quintet of Ohio, Michigan, Wisconsin, Iowa and Pennsylvania, Michigan has been the Democrats’ most reliable of the group, always one of the 15 best-performing Democratic states over the past five elections.
The Rocky Mountain West is another area of fierce competition. The Post-SurveyMonkey poll shows Colorado closer than other polls there, with Clinton leading by just two points and the race tied when Johnson and Stein are included. Meanwhile, Clinton and Trump are roughly even in Arizona. In Nevada, Clinton enjoys a lead of five points in head-to-head competition with Trump but by just three points in a four-way test.
Local Politics Alerts
Of all the states, Texas provided the most unexpected result. The Lone Star State has been a conservative Republican bastion for the past four decades. In 2012, President Obama lost the state by 16 points. For Democrats, it has been among the 10 to 15 worst-performing states in the past four elections.
The Post-SurveyMonkey poll of Texas shows a dead heat with Clinton at 46 percent and Trump at 45 percent. Democrats have long claimed that changing demographics would make the state competitive in national elections, but probably not for several more cycles.
A comparison of the current survey with the 2008 Texas exit poll (there was no exit poll there in 2012) points to reasons the race appears close right now. Trump is performing worse than 2008 GOP nominee John McCain among both whites and Hispanics, while Clinton is doing slightly better than Obama.
Among men, Trump is doing slightly worse than McCain did eight years ago. The bigger difference is among women. McCain won a narrow majority of women in Texas while Trump is currently below 40 percent. That’s not to say Texas is turning blue in 2016. Given its history, it probably will back Trump in November and possibly by a comfortable margin. But at this stage, the fact that it is close at all is one more surprise in a surprising year.
Emily Guskin contributed to this report.

Réflexions sur l’être humain et son vivre ensemble

Bernard Owen, Maria Rodriguez-McKey
L’on va réfléchir un instant sur l’époque présente, dont les traces occupent toutes les rangés de nos bibliothèques. L’objet est complexe, car la longue histoire de l’être humain se prolonge jusqu’à nous. Alors, peut-on mettre de côté un élément, le plus étroit soit-il, dont nous avons décidé de nous occuper.
Ce qui est extraordinaire chez l’être humain réside dans sa façon de nous rejoindre à travers le temps, sans le savoir, sans le vouloir. Serais-je vieux jeu car j’écris tout en écoutant de la musique du 17ème siècle ? Je suis dans mon bureau, certes isolé, mais émerveillé par ce que j’écoute. Première leçon, le passé peut nous apporter du bonheur. Cette musique n’est certes pas la mode de l’instant présent, mais c’est mon choix, et cela n’est-il pas formidable ?
On peut penser : « la musique c’est facile, car de nos jours, Haendel joue pour nous ». Et pourtant, cela ne va pas de soi. Il a fallu le génie du compositeur, le travail assidu du fabriquant d’instruments, le pratique quotidienne du vocaliste, le travail d’ensemble d’un duo ou d’une chorale, l’harmonie des sons de la soprano à la basse. En musique, pour moi, le temps n’existe pas, ou si peu, car Haendel m’aide dans mon travail. Quand on y pense, que de temps passé pour reproduire cette musique, que de travail supplémentaire fourni par d’autres êtres humains : Les ingénieurs, pour associer la vitesse de défilement des bandes magnétiques par rapport à l’électronique qui allait transformer des signaux en une merveilleuse musique.
Voilà déjà une similitude entre les anciens et nous : mettre en avant toutes nos énormes facultés pour rendre possible l’impossible.
Un autre merveilleux avantage dont nous disposons : la communication. Tout ce qui est en nous peut s’exprimer. Nous pouvons nous comprendre, nous disputer ou influencer l’autre ou les autres à différents degrés ; d’ailleurs, à travers le temps, l’on voit certaines idées se répandre en Europe : Notre monde tourne-t-il autour du soleil ? Peut-on remettre en cause ce qui est connu depuis si longtemps ? Et pourtant, à une certaine époque, à force de calculs, de réflexions, d’écrits, de réunions à travers le monde, car les universitaires voyageaient déjà, ils étaient curieux et voulaient savoir si dans d’autres lieux un obscure personnage n’avait pas écrit un texte se rapprochant du sien, à la lumière de tout cela, le monde a pu progresser.
L’invention de l’imprimerie avait permis la diffusion des raisonnements de la pensée, et si l’autorité d’un pays avait interdit la publication d’un ouvrage, l’on allait aux Pays Bas, où la tolérance était plus grande que chez soi.
L’astronomie est un merveilleux exemple d’une interrogation internationale et dans le temps. L’être humain, à certains moments, avait trop chaud, à d’autres très froid. Ce soleil, qui restait plus ou moins longtemps avec nous, intriguait quand même certains. Pendant longtemps, il a semblé évident que le soleil se levait et se couchait autour de la terre. Pourquoi penser autrement, toutes nos croyances allaient dans ce sens. L’intérêt de l’être humain ne repose-t-il pas sur la curiosité ? le pourquoi des choses ?
La notion que c’était la terre qui tournait autour du soleil « l’héliocentrisme » a mis très longtemps pour traverser les mers. Cette notion apparaît dans des textes indiens plusieurs siècles avant notre ère. C’est seulement au 5ème siècle avant notre ère que Philolaos de Crotone, penseur grec, avança que la terre n’était pas le centre de l’univers.
Au VIIème siècle, les penseurs arabes connaissaient la notion traduite en latin, et probablement connue de Copernic. Déjà 500 ans avant lui, Al-Qanûn al Mas’ûdi admet, en suivant les travaux des grecs, le principe de la rotation de la terre autour du soleil. Dans son « Codex Leicester », en 1510, Léonard de Vinci démontre que la lumière de la lune provient de la réverbération de la terre.
Déjà au XIVème siècle, le Cardinal Nicolas de Cunes, en tenant compte des travaux déjà accomplis, annonce que la terre est en mouvement, et que la taille de l’univers n’est pas terminée. Copernic crée la base de l’astronomie moderne, sur laquelle on travaille encore. En son temps, la modernité des idées de Copernic n’a pas été acceptée, et à partir de 1616, Luther et le catholicisme le mit à l’index. Cependant, l’esprit de l’être humain ne peut laisser un problème en partie élucidé. Isaac Newton, James Bradley, Frederich Wilhem Bessel, Foucault y travailleront ensuite. La question du fonctionnement de l’univers n’est toujours pas terminée, et les travaux continuent.
L’être humain ne cesse de s’interroger et de surprendre dans tous les domaines. Dans son don de l’art, citons deux noms de lieux fabuleux : Lascaux et Altamira. A quand remontent ces gravures, ces sculptures dans des abris, ces lieux cachés. Les gravures peuvent être belles. J’ai encore en mémoire un taureau, qui est là, non pas l’œuvre d’un graveur de notre temps, mais d’un être humain qui vivait il y a quinze mille ans. Pourquoi cette gravure entrelacée avec d’autres? 0n peut envisager plusieurs hypothèses : un besoin matériel de reproduire ces animaux, qui les entouraient, et nécessaires à leur vie. Ou bien, tout simplement, le désir et la joie de graver, de fixer à jamais dans la pierre tout ce qui faisait leur vie.
L’on a trouvé, ici ou là, quelques sculptures sur galets, que l’on a nommées Venus, mais, tout en étant loin de l’excellent dessin des animaux, il est certain que ces galets représentent une femme.
Etant donné ces formes très différentes, on peut dire que l’être humain dessine sculpte, grave, quelques soient les raisons. Il lui faut trouver un abri pour se protéger du froid, pour loger sa famille, mais, cet abri servira de support pour un sculpteur ou de toile pour un peintre. On perçoit, cependant, une règle. Il ne suffit pas de faire comme le précédent, il faut aller au-delà. L’observateur pacifiste sera ravi, indifférent ou mécontent. Pourquoi ne pas faire comme le précédent, c’était très bien ? Je pense que l’être humain aura tendance à toujours aller de l’avant, même parfois de façon irrégulière. Il semblerait qu’un avancement continu soit le signe d’un besoin souhaité de tous.
Avant la dernière guerre, aucune ligne aérienne régulière ne traversait l’Atlantique. Que de changements ! Certes, tout n’a pas été facile : les premiers avions de passagers d’après guerre, les comètes à réaction, s’écrasèrent au sol. Les Allemands, pendant la guerre, avaient réussi la réaction guidée à l’avance : les VI et VII, mais une fusée apporte la destruction au sol et personne n’est à bord.
Contrairement au règne animal limité à des réflexes innés : se nourrir, dormir, se défendre en cas d’attaque, se relaxer, dans l’évolution de la pensée humaine, un certain laps de temps intervient. Ne dit-on pas « Rome ne s’est pas fait en un jour ». Pour vivre en famille, en groupe, dans un lieu, nous avons besoin de règles bien déterminées. Notre intelligence nous permet de chercher, d’inventer, d’avancer dans tous les domaines. Cependant, certaines failles apparaissent, nos chercheurs s’en inquiètent, ils écrivent de longs traités, réfléchissent, avancent des chiffres mathématiques, sans tenir compte de la réaction imprévisible de chaque être humain.
Voyons, dans nos recherches, ce que nous estimons être une faille dans le fonctionnement de ce mot clé « démocratie ». Tous les grands ensembles veulent « la démocratie ». Les Etats démocratiques sont riches, alors pourquoi ne pas en faire partie ?
Qui dit démocratie, sous-entend élections. Alors comment voter ? Une première difficulté apparaît : les différents modes de scrutin, majoritaires, mixtes ou autres ? Nos amis « proportionnalistes » considèrent l’électeur comme un chiffre mathématique. Par de savants calculs, l’on s’arrange pour que le pourcentage de suffrages exprimés soit approximativement égal au pourcentage de sièges. C’est à ce moment qu’un danger apparaît, car, encore une fois, l’être humain n’est pas un chiffre, et deux autres éléments surgissent : la structure d’influence. Quel que soit le mode de scrutin adopté, il va jouer un rôle. Ce premier élément est l’influence d’une assemblée de personnes sans appellation politique, mais dont le but est de réunir une partie de la population pour la conseiller, l’aider. Les membres de cette assemblée doivent être disponibles, se rendre dans les familles, organiser des réunions régulières, avoir des activités à des endroits différents. Prenons un exemple : En Grande Bretagne, au départ, il existait deux religions, l’Eglise officielle de l’Etat, la Reine d’Angleterre et l’Archevêque de Canterbury, et d’autres Eglises protestantes officiant dans des lieux de culte différents. Ces Eglises protestantes informelles ont eu une importance capitale dans la création du Parti Libéral et la mise en place du syndicalisme ouvrier. Les spécialistes des systèmes électoraux ne connaissent pas la notion de structure d’influence électorale, que l’on voit pourtant à l’œuvre dans les démocraties du 19ème siècle, et encore en Europe et au Moyen Orient. Le deuxième élément d’une grande importance est la structure d’accueil pour le vote contre le gouvernement (vote protestataire).
En se penchant plus profondément sur ces deux éléments fondamentaux souvent passés inaperçus, voyons quelques cas très précis.
1. Les groupes d’influence électorale
La dominance électorale du Parti Socialiste de 1919 à 1930 et la régularité du parti du Centre (catholiques) nous mettent en présence de deux catégories de partis que nous trouvons dans d’autres pays en position de dominance : le Parti Socialiste en Suède, en Norvège, au Danemark et en Autriche. Le Parti Démocrate Chrétien en Italie et en Autriche, ainsi qu’à un moindre degré en Hollande, en Belgique et en France lors de la IVème République.
2. La structure d’accueil pour le vote protestataire
Le Parti Nazi (N.S.D.A.P.) passe brusquement de 2,6 % des suffrages en 1928 à 18,3 % en 1930 et se présente, à la surprise générale, comme la deuxième force électorale après le Parti Socialiste. Ce type de phénomène électoral ne nous est pas inconnu. Nous avons déjà rencontré des partis, qui deviennent une nouvelle structure d’accueil pour le vote anti gouvernemental, ou du système politique, des partis, en quelque sorte, « champignons », dans l’Europe proportionnaliste. Quels sont les rapprochements à faire entre ces nouvelles structures d’accueil pour le vote « contre », qui apparaissent dans des pays très différents et à des époques éloignées les unes des autres ? existe-t-il un lien entre les évènements, qui placent sur le devant de la scène électorale des personnalités très différentes que sont celles d’Hitler en 1930, Poujade en 1956 et Glustrop en 1973 (pour ne citer que les plus connus).
Pour ce qui est du vote Nazi, il faut distinguer celui de mai 1924 de celui de 1930, car en 1924, le vote se porte sur un parti très peu connu, mais qui a fait l’actualité un instant grâce à Hitler, qui vient d’être condamné pour son coup d’Etat manqué en Bavière. En 1930, le Parti Nazi possède des adhérents, quelques députés et une organisation paramilitaire, mais les milieux autorisés considèrent Hitler comme un agitateur de province.
Apparition électorale du nazisme, mai 1924
L’année 1923 sera mauvaise pour l’Allemagne. Deux éléments clés sont à retenir : sur le plan international, les Français et les Belges occupent La Ruhr, en raison du retard dans les livraisons que doit l’Allemagne au titre des réparations de guerre. L’opinion publique allemande réagit très fortement et une campagne d’opposition s’organise sur place. Sur le plan financier, 1923 représente l’aboutissement d’une dévaluation commencée en 1921. Il fallait 75 marks en 1921 pour 1 dollar, 400 en 1922, 7000 en janvier et 4 milliards en novembre 1923.
Hitler choisit cette époque pour son coup d’Etat manqué, le 8 novembre 1923. Le danger de la situation intérieure est évident pour tous, et le gouvernement procède à la dissolution du Parti Communiste, le 23 novembre 1923, le souvenir est encore présent lors des législatives de 1924. Nombreux sont ceux qui ont perdu leurs économies.
Trois formations nationalistes et racistes, qui lancent des slogans « anti système »se présentent aux élections du mois de mai. Le Parti Social Allemand de Richard Kunze, qui obtient 1,1 % des suffrages et quatre sièges, et le Parti Racial Allemand (Deutsche Volkische Partei), qui est formé par trois anciens députés du Parti Nationaliste Allemand (Grafe, Walle, Henning). Ce dernier présente des listes communes avec le N.S.D.A.P. pour obtenir ensemble 6,5 % des suffrages et 22 sièges.
Succès économiques : 1924 – 1929
De nouvelles élections législatives ont lieu en décembre 1924, et le vote nazi descend à 3 % des suffrages, 2,8 % des sièges (14 députés). Le calme financier est confirmé grâce à « …. Un véritable sorcier des finances, Hilmer Greely » pour citer William Shirer. Certains expliquent aussi la baisse du vote nazi en invoquant le fait qu’Hitler ait disparu de l’actualité et que la publicité autour de son procès à Munich, en février 1924, était oubliée. Cette dernière raison ne paraît pas aussi déterminante que la précédente, car les raisons qui poussaient les Allemands, encore désespérés par la débâcle financière, à voter pour l’extrémisme politique en mai 1924, avaient disparu en décembre de la même année. En sept mois, Hitler perd plus de la moitié de ses suffrages, soit 1.010.400 électeurs, et les 970 900, qui lui restent, paraissent un chiffre raisonnable et peu significatif pour un électorat de 39.000.000, dans le cadre d’un scrutin proportionnel destiné à encourager toute les tendances de l’opinion politique.
Quant aux finances, les investissements étrangers en Allemagne, au 31 juin 1931, sont estimés à :
Etats Unis – 5 milliards de Marks – 55 %
Grande Bretagne – 1. 100 millions de Marks – 11,5 %
Hollande – 1. 174 millions de Marks – 13,5 %
Suède – 797 millions de Marks
Suisse – 512 millions de Marks
France – 475 millions de Marks
La Société General Motors possède 80 % d’Opel, qui représente, en 1928, 60 % de la production automobile allemande.
L’Amérique est très présente dans l’industrie textile, l’hôtellerie, le cinéma.
Il est certain que le succès économique de l’Allemagne, de 1924 à 1929, calme les esprits et retire des suffrages au Parti Nazi, mais l’instabilité politique et les difficultés rencontrées par les partis pour former des coalitions gouvernementales sont longuement commentées par la presse et sont sujettes à des plaisanteries, dont les parlementaires font les frais. Vingt cabinets se succèdent de février 1919 à janvier 1933. Ceci représente une durée de 8 mois, ce qui est proche de celle de la IVème République française (7 mois). Auguste Soulier décrit la manière dont les cabinets sont formés : « un grand nombre de combinaisons ont été essayées, tour à tour, les partis « constitutionnels » entraient dans une coalition, s’abstenaient de participer à la suivante, faisaient une opposition constante ou soutenaient par intermittence le cabinet ». Aucune des législatures de Weimar n’a terminé son terme naturel, toutes ont été dissoutes.
Les gouvernements majoritaires ne représentent que 4 ans et demi de la République. Le restant du temps, l’Allemagne, pays ayant un électorat de 40 millions, possède un gouvernement minoritaire, parfois de coalition, dont le scrutin parlementaire n’est pas assuré et dépend des circonstances. Faire voter un projet de loi est un exercice acrobatique, ou parfois impossible, d’où le recours aux décrets présidentiels. La nécessité de légiférer entraîne une interprétation très extensive de l’article 48 de la Constitution, qui interdit la dissolution du Reichstag pour la même raison.
La conséquence de l’instabilité : les élections législatives de 1930
Le niveau industriel de l’Allemagne et la quantité de capitaux étranger investis dans ses industries (dont la moitié provenait des Etats Unis), ainsi que les réparations que l’Allemagne devait verser aux alliés, ont rendu l’Allemagne particulièrement vulnérable à la crise boursière de septembre 1929 aux Etats Unis et à ses conséquences économiques. En 1930, l’Allemagne compte 2.800.000 chômeurs.
La crise frappe l’Allemagne alors qu’elle est gouvernée, depuis juin 1928, par une coalition de cinq partis (Chancelier Muller). Or, un gouvernement de large coalition, réunissant cinq partis représentant presque toutes les tendances de l’idéologie démocrate peut paraître séduisant. N’est-il pas souhaitable que l’ensemble des partis démocrates participe à l’expérience qu’ils veulent réussir ? Que le travail de reconstruction s’accomplisse au-delà des politiques partisanes, chacun y mettant du sien ?
Il est certain que, tant qu’il s’agissait d’assurer la gestion du pays en temps d’expansion économique, la coalition dirigée par le Chancelier Muller a résisté à l’éclatement, mais le déclanchement de la crise de septembre 1929 a provoqué un tel bouleversement économique et social, faillites, chômage, que les mesures énergiques et parfois impopulaires, qu’il fallait prendre, ne pouvaient pas faire l’unanimité au sein d’un ensemble de cinq partis, tous sensibles à l’opinion publique (donc de leurs électeurs). Pouvait-on risquer de perdre ses électeurs en restant dans un gouvernement dont la popularité s’effondrait ?

En temps de crise, la population s’attend à une action énergique et efficace. Tout régime suppose un homme ou une équipe capable de gouverner, et les démocraties édictent des règles selon lesquelles le gouvernement est constitué. Or, en 1930, l’application des règles n’était pas possible. L’Allemagne était gouvernée en ayant recours à des règles d’exception et, de surcroît, pour des raisons qui n’étaient pas celles prévues par la constitution. Les vains efforts des partis démocratiques pour s’entendre sur la politique à suivre étaient présentés par les médias, et le côté dérisoire de la vie parlementaire allemande était évident pour tous.
Il faudra des siècles à l’être humain pour découvrir, transmettre et affiner ses connaissances, dans tous les domaines, grâce à un travail acharné précédent, présent ou suivi des générations successives.
Or, le point faible de nos connaissances n’apparaît que de nos jours. Peut-on parler de l’art de vivre ensemble ? Dès le départ, il semblerait que la force, la puissance fussent les éléments dominants. La puissance avait ses règles : le citoyen, l’affranchi, l’esclave. Puis, le choix des chefs se fit par hérédité de la lignée familiale, par la fonction transmise.
A notre époque, nous en sommes à la « démocratie », mais ce mot n’a pas réglé nos difficultés, loin de là….
La Démocratie politique ? Cela veut dire que chaque personne a son idée politique qu’elle peut présenter individuellement, ou bien au sein d’un groupement de plusieurs personnes, plusieurs opinions différentes. Il sera bien difficile ou même impossible de prendre une quelconque décision. Il faudra donc prévoir, dans nos règles, un consensus de ces différentes opinions. A ce stade, les difficultés apparaissent. Quel mode de scrutin choisir ?
Un scrutin majoritaire uninominal ; dans ce cas, un seul candidat sera choisi par l’électeur (précision donnée d’avance : sur le bulletin de vote, un seul nom retenu). L’on peut utiliser (comme l’a fait longtemps la Grande Bretagne), le scrutin majoritaire binominal. Dans ce cas, l’électeur peut alors choisir deux candidats. La pratique a montré que l’électeur choisit habituellement deux candidats de la même tendance.
Depuis la fin du 19ème siècle, des hommes politiques et des mathématiciens ont mis au point des systèmes proportionnels, où l’effet recherché était non pas de regrouper l’ensemble des opinions d’une nation, mais de privilégier chaque individu, qui devait être essentiellement libre de son choix. On a donc divisé une nation en grandes circonscriptions, ou même on a réuni les suffrages de toutes les circonscriptions au niveau national, pour le transfert en sièges. Ce fut le cas de la République de Weimar, où, lors des deuxièmes élections législatives l’on voit apparaître le Parti de Bavière, qui retira des suffrages au Grand Parti (du centre) Catholique, où, de la même façon, l’apparition du Parti Communiste retira des suffrages au Parti Socialiste.
La grande règle, pour toute démocratie, devrait être la simplicité. Un étudiant Africain, lors d’un de mes cours, a fait le rapprochement entre consensus, dont je venais de parler, concernant la Commission Centrale Electorale, et le palabre africain. J’ai trouvé ce rapprochement intéressant.
Cette notion consensuelle a été pratiquée au Kosovo, contrairement à ce que l’on avait pratiqué en Bosnie Herzégovine.

A new 50-state poll shows exactly why Clinton holds the advantage over Trump

(Article from the Washington Post)

It’s a long road to the White House, so The Washington Post polled all 50 states to find out what each candidate needs to do to get there. (Peter Stevenson, Julio Negron, Zoeann Murphy/The Washington Post)
By Dan Balz and Scott Clement September 6 at 7:00 AM
With nine weeks until Election Day, Donald Trump is within striking distance in the Upper Midwest, but Hillary Clinton’s strength in many battlegrounds and some traditional Republican strongholds gives her a big electoral college advantage, according to a 50-state Washington Post-SurveyMonkey poll.
The survey of all 50 states is the largest sample ever undertaken by The Post, which joined with SurveyMonkey and its online polling resources to produce the results. The state-by-state numbers are based on responses from more than 74,000 registered voters during the period of Aug. 9 to Sept. 1. The individual state samples vary in size from about 550 to more than 5,000, allowing greater opportunities than typical surveys to look at different groups within the population and compare them from state to state.
New poll shows how Trump-Clinton matchup is redrawing the electoral map VIEW GRAPHIC
New poll shows how Trump-Clinton matchup is redrawing the electoral map
The massive survey highlights a critical weakness in Trump’s candidacy — an unprecedented deficit for a Republican among college-educated white voters, especially women. White college graduates have been loyal Republican voters in recent elections, but Trump is behind Clinton with this group across much of the country, including in some solidly red states.
The 50-state findings come at a time when the average national margin between Clinton and Trump has narrowed. What once was a Clinton lead nationally of eight to 10 points shortly after the party conventions ended a month ago is now about four points, according to the RealClearPolitics polling average. A number of battleground states also have tightened, according to surveys released from other organizations in recent days.
The Post-SurveyMonkey results are consistent with many of those findings, but not in all cases. Trump’s support in the Midwest, where the electorates are generally older and whiter, appears stronger and offers the possibility of gains in places Democrats carried recently. He has small edges in two expected battlegrounds — Ohio and Iowa — and is close in Wisconsin, Pennsylvania andMichigan, each of which Democrats have won in six consecutive elections.
At the same time, however, Trump is struggling in places Republicans have won consistently and that he must hold to have any hope of winning. These states include Arizona and Georgia, as well as Texas — the biggest surprise in the 50-state results. The Texas results, which are based on a sample of more than 5,000 people, show a dead heat, with Clinton ahead by one percentage point.
Clinton also leads by fewer than four points in Colorado, Florida and is tied with Trump in North Carolina. In Colorado, other polls have shown a larger Clinton lead. In Mississippi, Trump’s lead is just two points, though it’s doubtful that the GOP nominee is in much danger there.
Electoral college advantage for Clinton
In a two-way competition between the major-party candidates, Clinton leads by four points or more in 20 states plus the District of Columbia. Together they add up to 244 electoral votes, 26 shy of the 270 needed to win.
Trump leads by at least four points in 20 states as well, but those add up to just 126 electoral votes. In the 10 remaining states, which hold 168 electoral votes, neither candidate has a lead of four percentage points or better.
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How our new poll compares with past presidential election results in every state
A series of four-way ballot tests that include Libertarian Party nominee Gary Johnson and Green Party nominee Jill Stein project a somewhat narrower Clinton advantage, with more states showing margins of fewer than four points between the two major-party candidates. But even here, at the Labor Day weekend turn toward the Nov. 8 balloting, the pressure is on Trump to make up even more ground than he has in recent weeks if he hopes to win the White House.
The poll finds Johnson is poised to garner significant support. He is currently receiving at least 15 percent support in 15 states. The libertarian’s support peaks at 25 percent in New Mexico, where he served two terms as governor. He is only four points shy of Trump’s 29 percent standing there. His support in Utah is 23 percent, and in Colorado and Iowa it is 16 percent. Stein has less support in the poll, peaking at 10 percent in Vermont and receiving at least 7 percent support in 10 states.
[Read the full Post-SurveyMonkey results]
Overall, the results reflect Trump’s strategy of maximizing support in older, whiter Midwestern states where his anti-free-trade message and appeals to national identity generally find more fertile ground.
But his struggles elsewhere, including places that have long supported Republicans, illustrate the challenges of that strategy in more diverse states where his stances on immigration and some other positions have turned off Democrats, independents and many Republicans.
Demographic divisions shape the competition
To win the election, Trump must quickly consolidate the Republican vote. With prominent Republicans declaring they will not support Trump and some even announcing they will back Clinton, this represents a major challenge for the GOP nominee. In the Post-SurveyMonkey poll, Clinton is winning 90 percent or more of the Democratic vote in 32 states, while Trump is at or above that level in just 13.
As expected, the Clinton-Trump contest has split the electorate along racial lines. Their bases of support are mirror images: On average, Clinton does 31 points better among nonwhite voters than whites, and Trump does 31 points better among white voters than nonwhites.
The electorate is also divided along lines of gender and education, in many cases to a greater extent than in recent elections. Averaging across all 50 states, Clinton does 14 points better among women than men, and Trump does 16 points better among men than women. Clinton is winning among women in 34 states, and she’s close in six others. Trump leads among men in 38 states, is tied in six and trails in the other six.
It is among college-educated voters, however, where Trump faces his biggest hurdle. In 2012, white voters with college degrees supported Republican nominee Mitt Romney over President Obama by 56-42 percent. Romney won with 59 percent among white men with college degrees and with 52 percent among white women with college degrees.
So far in this campaign, Clinton has dramatically changed that equation. Among white college graduates, Clinton leads Trump in 31 of the 50 states, and the two are about even in six others. Trump leads among college-educated whites in just 13 states, all safe Republican states in recent elections.
Across 49 states where the poll interviewed at least 100 white college-educated women, Clinton leads Trump with this group in 38 states and by double-digit margins in 37. Averaging across all states, Clinton leads by 23 points among white women with college degrees.
Trump’s base among white voters without a college degree remains strong and substantial. He leads Clinton in 43 of the 50 states, and the two are roughly even in five others. She leads among white voters without a college degree in just one state: Vermont.
Overall, Clinton does 19 points better among white college graduates than whites without degrees while Trump does 18 points better among whites without degrees than whites with college educations, on average.
Trump’s challenge in the states that remain close will be to produce significant turnout among white, non-college voters to offset those Clinton margins, but it’s far from clear that there are enough of them to be decisive. Absent that, the GOP nominee must find a way to appeal to these college-educated voters during the final weeks of the campaign.
States and regions shaping the race
Trump’s strength across some of the states in the Midwest is one potential bright spot for the Republican nominee. Clinton’s biggest lead among the contested states in that region is in Pennsylvania, where her margin is just four points. InWisconsin and Michigan, she leads by a nominal two points, while Trump leads by four points in Iowa and three points in Ohio.
Recent polls by other organizations have indicated that Wisconsin has tightened over the past month. A recent Suffolk University poll in Michigan shows Clinton leading by seven points, and the RealClearPolitics average in Ohio shows Clinton ahead by three points. Overall, among the quintet of Ohio, Michigan, Wisconsin, Iowa and Pennsylvania, Michigan has been the Democrats’ most reliable of the group, always one of the 15 best-performing Democratic states over the past five elections.
The Rocky Mountain West is another area of fierce competition. The Post-SurveyMonkey poll shows Colorado closer than other polls there, with Clinton leading by just two points and the race tied when Johnson and Stein are included. Meanwhile, Clinton and Trump are roughly even in Arizona. In Nevada, Clinton enjoys a lead of five points in head-to-head competition with Trump but by just three points in a four-way test.
Local Politics Alerts
Breaking news about local government in D.C., Md., Va.
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Of all the states, Texas provided the most unexpected result. The Lone Star State has been a conservative Republican bastion for the past four decades. In 2012, President Obama lost the state by 16 points. For Democrats, it has been among the 10 to 15 worst-performing states in the past four elections.
The Post-SurveyMonkey poll of Texas shows a dead heat with Clinton at 46 percent and Trump at 45 percent. Democrats have long claimed that changing demographics would make the state competitive in national elections, but probably not for several more cycles.
A comparison of the current survey with the 2008 Texas exit poll (there was no exit poll there in 2012) points to reasons the race appears close right now. Trump is performing worse than 2008 GOP nominee John McCain among both whites and Hispanics, while Clinton is doing slightly better than Obama.
Among men, Trump is doing slightly worse than McCain did eight years ago. The bigger difference is among women. McCain won a narrow majority of women in Texas while Trump is currently below 40 percent. That’s not to say Texas is turning blue in 2016. Given its history, it probably will back Trump in November and possibly by a comfortable margin. But at this stage, the fact that it is close at all is one more surprise in a surprising year.
Emily Guskin contributed to this report.

PROCESSUS ELECTORAL : LA PRESELECTION DES CANDIDATS

Jeudi 16 février 2012
Salle CLEMENCEAU
(From Wikipedia, the free encyclopedia)

Présentation de la journée
Jean-Claude MASCLET
Professeur émérite de l’Université Paris 1
J’ai l’immense plaisir d’ouvrir ce colloque. Depuis longtemps passionné par le droit électoral, je puis vous affirmer qu’il a connu d’importantes évolutions. Voici dix ans, de mon point de vue, un tel colloque aurait été impossible. En effet, la place accordée naguère au droit électoral était mineure, reléguée à la dimension d’un cours de droit constitutionnel ou administratif et ignorée des privatistes. Or, l’unité du droit électoral a été restaurée progressivement, au fur et à mesure que nous avons pris conscience des problèmes suscités par la démocratie. Aujourd’hui, il est fort, cohérent, unifié et transdisciplinaire. C’est dans ce contexte que l’initiative de Bernard Owen est intervenue voici quelques années, et que le diplôme d’administrateur d’élections a été créé, avec le concours des Universités Paris I et Paris II.
Ce programme est plus proche de l’actualité qu’à l’accoutumée. Des élections se tiendront bientôt dans ce pays, posant la question des candidatures, des primaires et des parrainages. Période électorale oblige, je surveillerai l’horloge pour permettre à chacun de s’exprimer équitablement. (sourires dans la salle).

Bernard OWEN
Secrétaire général du Centre d’Etudes Comparatives des Elections (CECE)
Le Sénateur Jean-Pierre SUEUR, Président de la Commission des Lois, nous a fait l’honneur d’accepter de parrainer ce colloque, comme l’a fait son prédécesseur, M. Jean-Jacques HYEST, depuis notre première rencontre en 2005. J’adresse à tous les deux mes plus sincères remerciements.
Une importante manifestation s’est tenue à Budapest en 1991, à la veille d’élections. Une jeune Américaine, montée sur une estrade pour crier : « Des élections libres et équitables ! », fut acclamée par une salle de 100 à 200 personnes. En 1995, la Commission Electorale d’Afrique du Sud a prononcé une formule moins ouverte, invitant à des élections « quasiment justes et libres ». La Communauté Internationale ne cesse de s’interroger sur cette notion d’élections « libres et transparentes ».
A cet égard, Michel Rocard a prononcé une phrase primordiale : « La démocratie se décline de bien des façons ». L’Occident ne doit pas exporter ses propres erreurs. Nos amis Belges viennent de traverser de longs mois sans gouvernement, problème qu’ont également connu les Pays Bas ou la Finlande. Il n’existe pas de technique électorale unique, d’où notre enseignement, favorisé par les différents universitaires de Paris I et de Paris II. En ce moment, la démocratie mène aux élections, lesquelles peuvent générer l’alternance. Gardons en mémoire que l’Occident n’a admis ce cas de figure qu’après des siècles, où le pouvoir n’était jamais transmis aux adversaires. Au-delà des idéologies, le point clé est la bonne gouvernance. D’un côté, l’Etat doit être fort, de l’autre, la démocratie doit être exercée continûment. Or, certains évènements ont mené à la dictature. C’est pourquoi nous devons rester humbles. N’exportons pas nos erreurs.

Democracy: What About International NGO’s?

Bernard Owen

Throughout history political power has been obtained in different ways depending on the century and the part of the world you are looking at. Nowadays democracy is « in ». It appears to be a universal concept which is attained through elections. Democracy is not just a question of holding elections. In order to build the political institutions that result from elections there are rules that have to be obeyed. Now, those institutions can fit in some countries and be rejected by others as democracy is not a « one size fits all ». The West has a powerful ideology in its hands and is willing to impose it. We now have new ways to have an impact on people around the world without utilizing the ultimate tool: war.

With this new ideology we possess a new vocabulary. For example : Civil Society – NGOs which are called, for example, “Human Rights Watch”, “Freedom House”, “Open society”. One can see them at work around the world. They bring with them huge sums of money, either private or public. Most of the money of the private NGOs comes from people who obtain tax exemptions in the United States. The money can also come from hedge funds (for example, that of SOROS) which makes it difficult to follow the money trail. One person may own many companies which together make difficult a research into their origin. This clearly illustrates the fact that the fund owners want to hide their money under what is called“flagship philanthropy”.

Now that we understand how these NGOs are funded, the next question is: will these actions « in favor » of democracy play a role in undermining it particularly in the newer ones?

Gene Sharp wrote in 1972 a book on “non violent conflicts”. This book, which is considered the bible among the activists and believers of this type of conflict. It contains a set of 198 articles that teaches crowds how to parade in the streets without obeying police orders, and using a sense of humor. These crowds have chosen a slogan and a color; for example , in Ukraine, the color was orange. One year before NGO’s from other countries were in place preparing the crowds that would parade in groups and impress because of their good organization.

Let us go to other parts of the world. The events in the middle East are they not a different kind of colonialism ? Is it not useful to have some rules. The New York Times February / 2011 gives details of the young Egyptians who were trained in Serbia then paraded in Egypt on February 6 – 2008. “WikiLeaks” publishes a document (10 CAIRO) from the American Embassy in Cairo dated January 2010 which gives details concerning the training of the future paraders. The leader of these activists Israa Abdel Fattah, who was one of the founders of the April 6 movement, was part of the group trained at “Freedom House” in Washington D.C. This program was called “New Generation” and was funded by USAID, which is public money. The idea was to train “reformers of political and social issues”. These youngsters met Condoleeza Rice in May 2008 and Hilary Clinton in May 2009.

Who are these activists who are not spontaneous but well trained by foreign nations? The Libyan revolutionaries in Bengazi killed their general and two colonels who were members of the OBEIDI tribe. This violence can, if it hasn’t already, cause violence among the different tribes that compose Libya. It is certain that different nations in different parts of the world have been damaged and, in some cases irreparably, by the financing of these revolutions.

The press, the television and the Internet write and show pictures of what are called « spontaneous » revolts. We have to keep in mind that this is not the case.

The Electoral System : The Cornerstone Of Electoral Laws

CECE PR  WESTERN EUROPE

Bernard Owen
We have written this in French and in English, and are sorry not to be able to write it in Russian. So this will be another English text, but though the idea is quite similar, it cannot be exactly the same. So here we go.

Human beings are full of bright ideas. It is a strength in itself and it is marvelous the way we have learned to express ourselves by writing and publishing our thoughts, build cars, trains, airplanes or go to the moon. As an example of this, our families have worked on missiles.
Let us rejoice about this type of progress. Nevertheless, human nature being what it is ( just witness all the fighting that has gone on throughout the world for centuries) underlines the fact that one has to find institutional ways of dealing with conflict.

You may ask why should we go this far when we are supposedly working on electoral laws ? We shall start with the most important part of electoral laws : the electoral system. Why is it the most important part of any electoral law ?

A danger becomes evident immediately. All inventors of electoral systems consider voters as abstract numbers. When you read their work, you can see that they have forgotten that they are dealing with human beings. Let us pause a minute. Many human beings like power but, of course, not all. But those who are willing to take power do not always have the ability to lead their citizens on the path of wellbeing or as the Americans say : “ the research of happiness”.

Another element, which has to be taken into account, is the dangers that result from the research of an equality between the percentage of voters and the percentage of seats in proportional representation (P.R.) This appears ideal but not when the subject of the research are human beings. Let us be practical by looking at Europe.

The quest for leadership found in some men and women will have consequences which can be good or even tragic. The happy aspect is that one puts together coalition governments. The flip side can be tragic as when a crisis occurs, whatever may be the reason for it, political, personal, or economic. The danger occurs if the government collapses and the nation is without government at a time when it badly needs one. We have written on this subject as we have had and have many tragic situations in Europe and there could be more.

Russia
The actual electoral system in use in Germany has been put forward by some authors as an alternative to the Russian system. We have worked on the 2009-2013 period in Germany. We note that the mathematical result of the German method is approximately proportional. It is often said that the majority part of the election is considered by the voters as a way of choosing a political figure while the proportional part is essential in the political outlook of the voters. Nevertheless, when one looks a little closer at the mechanism of the electoral system, one sees that it is not the case:
– The candidates elected in the 299 one-member constituencies are elected once and for all.

– The number of candidates elected on the proportional lists are not obtained by the vote but they are inversely linked to the level obtained by their party in the majority part of the election.

– In order to simplify the explanation of a complex system let us say that the larger the number of votes a party obtains in the majority part of the election, the less number of seats it will have in the proportional part.

The result is that the proportional part is only there to reduce or eliminate the bias of the parties that have the larger number of votes in the majority part. It can also work in the opposite way by bringing a larger number of seats to the smaller parties. The parties did not take a long time to understand how to deal with the 2 parts of the electoral system. For example : the F.D.P., the small liberal party, does not win any seats in the majority part of the election. All the majority seats go to the right-wing party C.D.U.-C.S.U. (they act as one party), and the S.P.D. (Socialist Party). The F.D.P. only obtains seats in the proportional part.

Let us look at the 2009 numbers:
– The C.D.U. only obtains 21 seats at the proportional level.
– The F.D.P. obtains 93 seats at the P.R. level.

If we consider the percentage of votes obtained at the PR level, we obtain :
For the C.D.U. 27.3 % at PR level
For the F.D.P. 14.6 % at PR level.

If we go further by looking at the number of votes at PR level :
C.D.U.- C.S.U. 11,824,794 votes which gives hem 21 seats
F.D.P. 6 313 023 votes which gives them 93 seats.

The F.D.P. has found the way to win the largest number of votes. The « compensation part » of the electoral system means that the lesser amount of seats a party obtains in the majority part the more seats it obtains the proportional part. Although the F.D.P. know that they will not get a candidate elected in the majority part they chose a well-known political figure as a boost to the F.D.P. Its candidate will stand in both parts of the election to act as a boost to the F.D.P. in the PR part. The law allows it.

The mathematical result of majority systems is the opposite to that which is looked for by those that support proportional systems. The party that has more votes as a result of the election has a surplus of seats. This would not be acceptable when one goes shopping but one is electing one’s representative things are quite different for the whole voting process works on different attitudes of the voter. First-past-the-post is best when you are voting in a one-member constituency. In this case, one is voting for one person whom one likes or one might even dislike; or vote for the person who represents the party or community in which one lives and in most cases the two go together.

The process for a voter when he or she votes is similar to other aspects of his or her social life. He or she chooses friends not unlike the way he or she chooses for whom he or she will vote. That is something that is deeply ingrained in human nature. This psychological aspect was hidden in the argument used before the 1913 elections by some members of the Italian parliament who did not wish to grant the right to vote to illiterates.

The large coalitions that may result from PR systems are not easy going. They produce side effects that can have unforeseen consequences. Let us go back to the 2009 parliamentary elections. These elections were the follow-up to a large coalition government that had existed since 2005. The two main parties that had formed this government were the C.D.U.-C.S.U.; which behave as one party, the C.D.U. being present in the north of Germany, while the C.S.U. is in the south. They are a moderate Christian right-wing party. The S.P.D. is socialist and works hand-in-hand with the trade unions. During that time the chancellor was Gerhard Schröder who was a socialist while his cabinet was C.D.U.- C.S.U.-S.P.D.

One should never forget that however efficient is a government there will always be a number of voters who are not satisfied. The question is : who will these dissatisfied people vote for ? What will be the welcome structure for the protest vote?

Prior to that election the polls had shown that political affiliation had dropped. This was clearly the case for some leaders of the S.P.D. During the regional elections the N.P.D. (neo- Nazi party) had fielded a number of candidates. For Germany, this was embarrassing. The law courts intervened and it appeared that the police special services had become members. When this was known. Public opinion was relieved. But a new party had already made its way through. It was a far-left party called “Die Linke”. It had been the party of the ex RDA so that it can be considered as communist. It had already obtained 3 seats in the majority part of the election. The presence of the S.P.D. in the government, and the very practical attitude of previous Chancellor Schröder had displeased some members of the S.P.D. and a number of trade union leaders then joined “die Linke”.

This new party became the welcome structure for the vote against the government. It obtained 16 seats in the majority part of the election and 60 seats in the proportional part.

The F.D.P. (Liberal Party) obtained no direct majority seat but 93 seats in the proportional part ( + 32 in comparison to the previous election).

The Green Party won 1 majority seat and 68 on the proportional part (a gain of 17 seats compared to previous elections).

A more logical electoral system that takes into account the continuity of a stable democracy would be to introduce majority single or two-member constituencies. The argument against this proposal is that in Bavaria the C.S.U. would win all seats. This is not true as the doing away with the proportional part of the election would reduce considerably the size of the majority constituencies. There would be twice as many, and we know that small majority constituencies make it much easier for small parties to obtain seats.

Italy and the Weimar Republic.
Predictions are often wrong. After the first World War, Italy changed electoral systems. It put aside the majority system and wanted to go with the tendency of the time and the first two post-war elections were proportional.

As a result, Italy, which had been a constitutional monarchy for years, found itself with weak unstable governments and no police force. Mussolini just walked in and restored order. The Italian people were relieved, and so was the international press that considered that once Mussolini had restored order he would move out.

The Weimar Republic (or the new Germany as it was called at the time) should not be considered only from the point of view of a historian. The institutions and especially the electoral system played the main role in the rise of the Nazi Party. We have written on this point a number of times and the last time in November 2013 (in English although the editor stressed that it had to be in American). Right up to 1928, the Nazis had no electoral success: 2.6% of the vote. Its only successes were in the 1930-1932 elections, when Germany, which had in 1928 a five-party coalition government that collapsed as a consequence the Wall Street crash.

From 1930 to 1932, the Chancellor (prime minister) Brunig had only 10 members of parliament on his side, and had to ask President Hindenburg to write into a decree the proposed law for which the prime minister could not obtain the approval of the Reichstag. Weimar Germany was ruled by presidential decree.

CECE WEIMAR GOOD2

To conclude, we must say that institutions and electoral systems, which are technical in nature but which have an effect on political life, are far more important than ideology and economics. Because these technical aspects of our political life can have a tremendously positive or negative influence on our nation we have chosen to research and write about it.

CECE PALGRAVE WESTERN EUROPE