Coup d’État de mai (Pologne)

Jōzef Pilsudski et d’autres responsables du coup d’Etat sur le pont Poniatowski à Varsovie.

Wikipedia

Le coup d’État de mai (en polonais : Przewrót majowy ou zamach majowy) est un coup d’État réalisé en Pologne par le maréchal Józef Piłsudski entre le 12 et le 14 mai 1926. Le coup d’État renversa le président Stanisław Wojciechowski et le gouvernement du premier ministre Wincenty Witos. Un nouveau gouvernement fut installé, dirigé par le professeur de l’université nationale polytechnique de LwówKazimierz Bartel.

Initialement Piłsudski devait être président, mais il se désista en faveur de Ignacy Mościcki. Piłsudski, cependant, resta le politicien le plus influent de Pologne, et devint l’inspirateur de la politique gouvernementale jusqu’à sa mort en 1935.

Genèse

En novembre 1925, le gouvernement de Władysław Grabski fut remplacé par celui de Aleksander Skrzyński, qui reçut le soutien de différentes formations opposées : la Narodowa Demokracja (démocratie nationale), le parti Piast et le parti socialiste polonais (PPS). Cependant, après que le PPS eut retiré son soutien, le gouvernement tomba et fut remplacé par celui du premier ministre Wincenty Witos, constitué du parti populaire polonais « Piast » et de l’Union chrétienne d’unité nationale(Chrześcijański Związek Jednosci Narodowej) formant la coalition Chjeno-Piast. Cependant, le nouveau gouvernement détenait encore moins de soutien populaire que les précédents.

Les gouvernements, qui se succédaient, cristallisaient sur eux tous les ressentiments nés d’une politique étrangère impuissante et d’une situation interne dégradée1. À l’extérieur, la signature du traité de Locarno ne résolvait en rien les problèmes territoriaux avec l’Allemagne. Les puissances alliées occidentales avaient sacrifié la garantie des frontières occidentales de la Pologne à l’établissement de bonnes relations avec la jeune république allemande. En outre, le chômage ne cessait de monter, et les restrictions des budgets militaires engagées par Sikorski, ministre du gouvernement Grabski, mécontentaient une part de l’armée et les nationalistes.

Des déclarations de Józef Piłsudski, héros de la Première Guerre mondiale et père de la Seconde République de Pologne, qui considérait les changements de majorité incessants à la Diète (parlement polonais) comme chaotiques et nuisibles, préparèrent le terrain pour le coup d’État.

Coup d’État

Le 10 mai 1926, une coalition gouvernementale réunissant des chrétiens-démocrates et des agrariens fut formée par Witos, ce qui déclencha la colère des partis de gauche2, dont Piłsudski était l’un des dirigeants. Le lendemain, celui-ci, dans une interview publié dans le Kurier Poranny (Le Courrier du matin), déclara qu’il était « prêt à combattre le mal » de la Sejmokracja3 et promit un « assainissement» (en polonais « sanacja ») de la vie politique. L’édition du journal fut censurée par les autorités.

La nuit du 11 mai au 12 mai, l’état d’alerte fut déclaré dans la garnison militaire de Varsovie, et certaines unités marchèrent sur Rembertów, où Piłsudski. détenait un commandement, et elles s’engagèrent à le soutenir. Le 12 mai, le maréchal et ses partisans marchèrent sur Varsovie et capturèrent les ponts sur la Vistule. Pendant ce temps, le gouvernement de Wincenty Witos déclara l’état d’urgence.

Vers 17h, le maréchal Pilsudski rencontra le président Stanisław Wojciechowski sur le pont Poniatowski. Piłsudski exigea la démission du cabinet Witos, alors que le président exigeait la capitulation de Piłsudski. Faute de résultat dans ces négociations, des combats éclatèrent vers 19h.

Le lendemain, les négociations reprirent, sous la médiation de MgrAleksander Kakowski et du maréchal de la Diète Maciej Rataj. Ces négociations, cependant, n’apportèrent aucune solution à l’impasse. Le 14 mai, le parti socialiste polonais déclara son soutien aux rebelles et appela à une grève générale, soutenue par l’Union des cheminots (Związek Zawodowy Kolejarzy). La grève des cheminots socialistes paralysa les communications et empêcha des renforts militaires pro-gouvernementaux d’atteindre Varsovie4.

Finalement, pour éviter que les combats dans Varsovie ne se transformassent en une guerre civile à l’échelle nationale, Wojciechowski et Witos se démirent de leurs fonctions.

Lors de ces évènements, les partisans de Piłsudski. rencontrèrent la résistance de troupes loyalistes. Les combats de rue dans Varsovie virent 215 soldats et 164 civils tués, et plus de 900 personnes blessées.

Un nouveau gouvernement fut formé par le premier ministre Kazimierz Bartel, avec Piłsudski comme ministre des Affaires militaires. Le 31 mai, l’Assemblée nationale (Zgromadzenie Narodowe) nomma Piłsudski président, mais il refusa la charge. Finalement, Ignacy Mościcki devint le nouveau président. Piłsudski, cependant, exerça, de facto, beaucoup plus de pouvoir que son ministère militaire ne lui en avait donné.

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