En 2016, l’Iran a suivi un long parcours

Bernard Owen, Maria Rodriguez-McKey
Il s’agit de la trente cinquième élection à l’Assemblée Consultative, et de la dixième élection, depuis la révolution constitutionnelle de la Perse.

L’Iran a souffert de sa richesse pétrolière et d’une démarche régulière vers la démocratie.
Sans se perdre dans l’histoire, considérons les années 1950. Le Premier Ministre issu d’un gouvernement « nationaliste » : Mossadegh, s’engage dans une opération de nationalisations des sociétés pétrolières. Jusque là, le pétrole, son exploitation et ses débouchés étaient assurés par les Anglo Iraniens. Les demandes du gouvernement iranien sont présentées sans négociation, d’une façon autoritaire. En juillet 1952, les Anglais sont prêts à organiser une opération militaire à partir de Chypre. Mossadegh se tourne vers l’Union Soviétique. Truman calme le jeu et accorde un prêt à Mossadegh en lui suggérant d’indemniser la société « Anglo iraniennne oil Compagny ». Ce que Mossadegh refuse.
A partir de ce moment, la C.I.A. met en place une opération pour déconsidérer le Parti Nationaliste et le « Tudeh » (parti communiste), en provoquant des désordres dans les villes, afin d’encourager l’armée et les partis du Shah à réagir et mettre de l’ordre. Le plan de la C.I.A. fonctionne à merveille, et le Shah reprend les rênes du pouvoir, et tout redevient comme avant. Massadegh est placé en résidence surveillée et mourut en 1967.
Le système électoral :
Il existe certaines limites pour être candidat :
– Ne pas avoir été membre des gouvernements d’avant 1979
– Ne pas être Ministre, membre du conseil des gardiens, membres importants de l’église et membres de l’armée.
L’on votera aussi pour l’Assemblée des Experts. Jusqu’à ce jour, cette dernière assemblée était élue séparément pour un terme de huit ans. Elle était composée de religieux, et se devait de suivre le travail du guide de la révolution, mais les membres de cette assemblée sont peu sollicités, car le guide dispose d’un pouvoir à vie.
L’Assemblée Islamique Consultative comprend 290 sièges, dont cinq sont réservés aux Zoroastrians (Zoroastre était un réformateur de la religion iranienne VIII ou VII ème siècle avant J.C.), juifs, Assyriens, Chaldéens chrétiens, et un arménien du Nord et un du Sud.
Les 285 autres candidats sont élus de deux façons :
– Une partie en circonscriptions binominales à deux tours. Il faut obtenir un tiers des suffrages exprimés. Dans le cas où aucun candidat n’obtient ce niveau, les deux candidats ayant obtenu le plus de suffrages se présentent au deuxième tour.
– Les autres candidats sont élus dans des circonscriptions à candidatures multiples, chaque électeur procédant autant de suffrages qu’il y a de postes à pourvoir. Les candidats ayant reçu un tiers des suffrages exprimés sont élus. Dans le cas où tous les sièges ne sont pas pourvus, un deuxième tour a lieu comprenant deux fois plus de candidats qu’il ne reste
– Reste de sièges à pourvoir. Dans le cas où il reste moins du double des sièges à pourvoir, seuls les candidats du premier tour se présenteront.
Il existe, en Iran, une volonté de décentralisation qui se présente de la façon suivante : un Conseil de département, Conseil de province, Conseil des Nomades.
Une certaine organisation décentralisée à trois niveaux est mise en place :
– Les Conseils de village et les Conseils des nomades. Les Conseils de village, créés en 1979, n’ont jamais vraiment fonctionné. La loi du 6 juillet 1983 accorde le statut du « village, l’unité de base dans la division du pays ». Un village est composé d’au moins 20 foyers ou 100 personnes, qui habitent de façon habituelle. Il peut y avoir des hameaux rattachés au village. Le nombre total de villages est de 63 898. Le nombre de villages de plus de 20 foyers est estimé à 35 800.
Formation islamique du pays :
Sur le village, pour une population recensée de plus de 1500 – cinq membres seront élus, moins de 1500 – 3 membres élus. Les membres élus le sont pour une durée de 4 ans ( loi de 1996).
Il a été plus difficile de régler la question des nomades, mais, lors des élections de 2006, 522 Conseils des nomades ont été formés. Ils ont compétence dans le domaine des pâturages, de l’élevage et du nomadisme.
Le Conseil de Téhéran, formé en 1999, a été transformé en 400 conseils de quartier. Cela a évolué en 1996 de la façon suivante :
– Les villes de moins de 50 000 habitants élisent 5 membres
– Les villes de 250 000 habitants élisent 7 membres
– Pour les villes de 250 000 à un million d’habitants, 9 membres sont élus. La ville de Téhéran a 15 membres élus. La durée du mandat est de 4 ans (27 avril).
Les membres des Conseils supérieurs sont élus par le Conseil de base.
Consultons l’opinion du Qatar et celle des Etats Unis, concernant les élections de 2016.
Avant même que les résultats de ces élections soient connus, il est intéressant de comparer les opinions divergentes venant d’autres pays : le Qatar, pessimiste et contre les « élus modérés » d’après le journal « al jesirah », et les Etats Unis avec Thomas Erdbinkfeb, qui a une approche universitaire (journal « New York Times). Pour le Qatar, Hamid Dubashi répond à la question : « qui a remporté l’élection ? » « pas seulement les conservateurs « hard liners » mais aussi les réformateurs, seulement ils ne le savent pas encore ». A la réflexion, il ajoute que le nouveau Président Rouani pourra, étant donné que les modérés remporteront les élections, poursuivre ses réformes avec l’Occident. Notre très conservateur Dubashi ajoute que le grand problème à résoudre pour les Iraniens était de savoir s’ils devaient voter dans cette élection frauduleuse. Cet auteur prévoit une faible participation.
Concernant l’arrivée au pouvoir des Verts, il cite l’Ayatollah Khomeni qui les nommait « la graine du malheur plantée par les étrangers ». Notre auteur termine par : « les seuls vainqueurs sont ceux qui ont décidé de voter et ceux qui ont refusé avec une forte volonté de rejoindre cette charade. ». L’auteur enseigne à l’Université de Columbia, mais le journal Al Jazeera, qui le met en ligne, utilise la formule habituelle qu’il ne partage pas nécessairement ses avis.
L’autre auteur : Thomas Erdbinkfeb est du journal « New York Times » (2016) s’exprime ainsi : « les Réactionnaires perdent des voix devant le succès des « réformistes » encouragés par le Président modéré. Les anciens contrôlent encore certaines institutions de la nation, mais l’environnement national va se déplacer vers une réforme. Cette élection peut être considérée comme un référendum avec la question « continuons-nous vers la réforme ou pas ? ». La réponse a été claire. Le résultat final de l’élection n’a pas été rapide, car les partis n’existent pas en Iran, et le système est tel que pour certaines circonscriptions (celles qui ne sont pas uninominales) l’électeur vote pour plusieurs candidats. Pour l’instant, nombreux sont les réformateurs en prison ou qui n’ont plus le droit de voter. La guerre n’est pas encore gagnée, mais c’est en bonne voie.
Il est important de noter qu’un pays de l’Islam se situe sur la voie royale de la démocratie.

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