ESPAGNE : L’IMPORTANCE DES INSTITUTIONS

Bernard Owen, Docteur en Science Politique
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Avant Franco, l’Espagne a connu la démocratie, sous la royauté ou sous la République. La deuxième république a été proclamée à partir des élections du 12 avril 1931.

Après la disparition du Général Franco, il a fallu revenir à la démocratie, mettre au point des lois électorales et des systèmes électoraux. La Science Politique s’est tournée vers l’Europe. Les exemples ne manquaient pas et l’on choisit, sans trop regarder autour de soi, un système proportionnel, celui inventé au siècle dernier par Victor D’Hondt. Hélas, on a oublié que la proportionnelle ouvre la porte aux coalitions, et que celles-ci, en temps de prospérité agissent, sans trop de difficultés, mais lors d’une crise, peuvent mener à des mécontentements que le système électoral est incapable de gérer. Vous connaissez un dénommé Hitler, qui, en 1930, lors de la chute du gouvernement composé de cinq partis, put se réjouir d’obtenir un vote de 18 % des suffrages, alors qu’en 1928, il obtenait péniblement 2,6 % des suffrages. Notons bien que le système proportionnel de la République de Weimar était un modèle du genre. Certes, l’Allemagne et son histoire sont dramatiques, mais, en ce qui concerne la notion de bonne gouvernance, d’autres pays européens présentent des exemples qui rappellent la montée des partis « podemos » et « ciudadanos ». Ces derniers partis ont mis fin au bipartisme satisfaisant de l’Espagne, lors des intentions de vote de novembre 2014. Jusqu’en janvier 2015, certains partis qui apparaissent peuvent représenter 40 % des intentions de vote.

L’histoire de l’Allemagne est terrible, mais quand on se penche sur d’autres erreurs moins dramatiques, les exemples sont nombreux. Le Danemark, en 1973, a vu apparaître un nouveau parti (Parti du Progrès), qui existe toujours et qui est devenu le deuxième parti danois. Il avait à sa tête un parfait inconnu « Glistrup », qui s’est vanté à la télévision de ne pas payer d’impôts.

Mais revenons à cette deuxième République espagnole, nous trouvons trois élections. La première en 1931 donne la victoire à la gauche. Elle crée l’Institut de la réforme agraire, qui s’enfonce dans des complexités juridiques.

Un autre point de la plus grande importance est le fait des erreurs que peuvent commettre les stratèges politiques. La gauche au pouvoir pense être en mesure de remporter les prochaines élections et décide de modifier la loi électorale pour amplifier la victoire en sièges de la tendance qui vient en tête des suffrages obtenus. Le gouvernement se base sur la loi Acerbo de Mussolini, qui, conçue 8 ans plus tôt, convient parfaitement à cette volonté.

La prévision du gouvernement, à savoir qu’il remporterait les prochaines élections, s’avère être fausse, et la droite remporte largement les législatives de 1933, grâce à cette nouvelle loi électorale. La droite au pouvoir ne donna pas l’image d’une entente exemplaire. Le parti de droite (CEDA) qui avait obtenu le plus de députés (115) aux Cortes, ne fait pas partie du gouvernement, ceci fit mauvaise impression. Les conflits sociaux, dès 1934, se multiplièrent, alors que l’Espagne connaissait une production en hausse avec, de surcroit, d’ excellentes récoltes céréalières et un recul du chômage.

Fin 1934, des insurrections socialistes et anarchistes ont lieu dans plus de vingt provinces. En parallèle, la phalange espagnole se développe. Le gouvernement pense qu’une élection anticipée peut entraîner une majorité de centre droit.

Les élections du 6 février 1936 sont un autre exemple des erreurs d’appréciation des hommes politiques. La gauche remporte les élections avec une très faible marge au niveau des suffrages, mais très importante au niveau des sièges.

Grâce à leur implantation syndicale, dans le pays, les anarchistes représentaient une force égale aux socialistes et aux communistes. A droite, la phalange n’obtient aucun siège. Après la victoire de la gauche, celle-ci fait la même erreur que la droite en 1933. Le Parti Socialiste, le plus important de la gauche à l’assemblée (99 sièges) n’est pas au gouvernement.

L’insurrection d’une partie de l’armée, finalement prise en main par Franco, fait penser à la première République, qui ne dura que de 1873 à 1875, mise à mal par la notion d’indépendance, ou simplement d’autonomie, qui pénétra jusqu’à de simples villages et aboutit à la révolution cantonale !

Revenons à 1936 – 1937 :

Il existe une région très mouvementée qui mérite quelque attention. Il s’agit de la Catalogne. Les principaux évènements sont relatés ici :

Dès juillet 1936, la Catalogne et Barcelone se trouvent sous le contrôle des milices ouvrières.
Les syndicats anarchistes CNT se joignent au président de la généralité : Luis Companys. Ils forment le CCMA (Comité Central des Milices Antifascistes de Catalogne ), qui exerce les fonctions d’un gouvernement de Catalogne.
Collectivisation des industries. La tendance s’étend à l’Aragon.
Le gouvernement républicain de Madrid est impuissant.
Climat de méfiance entre les institutions républicaines et les organisations ouvrières.
Le gouvernement de Madrid se retire à Valence, qui devient la capitale de l’Espagne.
Le bras droit de Companys tente de mettre de l’ordre dans les actes des patrouilles armées.

De violents affrontements entre le corps des douaniers et les patrouilles, qui se terminent à l’avantage des premiers. L’on craignait alors qu’une guerre ouverte éclate dans les villes du Nord de la Catalogne entre les anarchistes, le gouvernement, et les communistes.

Chaque camp constitue des dépôts d’armes et fortifie en secret ses édifices. A Barcelone c’est le chaos.
La Centrale téléphonique était occupée légalement par la CNT depuis le début de la guerre.

Le 2 mai, le ministre de la marine et de l’air du gouvernement de Valence voulut téléphoner à la généralité de Catalogne. Cette conversation et d’autres furent interrompues par la standardiste qui leur dit que les lignes devaient être utilisées à des fins plus importantes.

Un corps de 200 policiers commandés par le conseiller de l’ordre public de la généralité se rendit au central téléphonique. La CNT ouvrit le feu. La place de Catalogne se couvre de monde, l’on sort les armes et l’on érige des barricades.

Le 4 mai, le calme revient, mais les milices anarchiques attaquent les édifices gouvernementaux de la Catalogne. Les dirigeants des diverses factions lancent des appels au calme.

Le 5 mai, le Président Companys nomme des membres du gouvernement catalan pour négocier le cessé le feu, mais des tirs incontrôlés abattent les passants.
Le 6 mai, l’on tire au mortier.

A ce moment, 5000 hommes commandés par un colonel anarchiste sur ordre du gouvernement républicain quittent Madrid et Valence pour Barcelone afin de rétablir l’ordre. Dans la nuit, trois vaisseaux de guerre républicains transportant des troupes atteignent Barcelone.

Le 7 mai, ces troupes arrivent à Barcelone et occupent plusieurs points stratégiques et désarment les miliciens.
Le 8 mai 1937, les rues sont tranquilles et les barricades démontées.

Les Républiques espagnoles nous présentent la guerre des mots. Les anarchistes voulaient faire la révolution pour gagner la guerre, alors que les communistes voulaient gagner la guerre pour faire la révolution. 4 ministres anarchiques étaient au gouvernement en novembre 1936. Nos amis anarchistes en discutent encore.

Revenons au présent. Après le début prometteur, la nouvelle démocratie espagnole rejoint les ennuis communs à l’Europe proportionnelle.

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