Euro : les institutions sont toujours la cinquième roue du carrosse

Maria Rodriguez-McKey

Les institutions politiques et économiques efficaces sont essentielles pour le bon fonctionnement d’un pays et encore plus d’un continent si divisé en tellement de nations culturellement différentes. Il faut que les institutions politiques créent des systèmes de partis forts et que les institutions économiques, et les règles du jeu, soient flexibles.
L’un des critères de Copenhague (qui servent à l’accession à l’UE) demande que le pays ait « une économie de marché viable ainsi que la capacité de faire face à la pression concurrentielle et aux forces du marché à l’intérieur de l’Union. » Maastricht indique quatre seuils de convergence économique : l’inflation ne peut dépasser de plus de 1,5% le taux d’inflation moyen des trois Etats membres les plus performants ; les taux de change doivent être relativement stables avant l’adhésion à l’euro ; le taux d’intérêt nominal doit converger vers celui des trois pays où l’inflation est à son plus bas (il ne doit pas dépasser de plus de 2 points le taux des Etats membres les plus performants) ; et le déficit national doit représenter moins de 3% du PIB et la dette publique, 60% du PIB (Marion Grobel, « Règles financières pour le contrôle du gouvernement (BP358f) » novembre 1993.http://publications.gc.ca/Collection-R/LoPBdP/BP/bp358-f.htm) Ne semblerait-il pas que cela mène à une concurrence entre les pays faibles et les pays forts sans l’effet stabilisateur d’institutions fédérales ?
Le dernier traité européen fut celui de 2005. Il a donné plus de pouvoirs au Parlement européen et créé le poste de Ministre européen des Affaires Etrangères. Avant le référendum malheureux pour l’adoption de ce traité, le Président Chirac a participé à un entretien avec des jeunes ayant pour but de les convaincre de voter « oui » au traité. Parmi les questions posées par les jeunes se trouvait « s’il y avait eu un ministre des affaires étrangères européen à l’époque où la France s’est opposée à la guerre d’Irak aurait-elle pu le faire ? », ce à quoi Chirac a répondu « oui » la France aurait pu s’y opposer. Le Président Sarkozy et le Premier Ministre Cameron ont fait la guerre de Libye sans même l’opinion du Ministre des Affaires Etrangères Européen. Est-elle vraiment utile ? Il n’est pas inutile de se poser la question car n’aurait-t-il pas été plus utile de créer des institutions pour l’Euro ? N’oublions pas que la guerre de Libye a coûté cher (plus de 300 millions d’Euros), encore plus cher en temps de crise.
Une crise financière et économique venue des Etats-Unis est arrivée en Europe mais sous une autre forme : une crise de la gouvernance. Déjà en 1929 la crise de Wall Street avait eu un effet économique dévastateur dans l’Allemagne de Weimar mais qui s’est transformée entre 1930 et 1932 en une crise des institutions. Le gouvernement était très minoritaire et le Président de la République entérinait ses décisions par décrets présidentiels. Les institutions étaient déficientes et pour les élections de 1930 et 1932 les seules structures d’accueil pour le vote contre cette république incapable de s’assumer étaient les communistes et les nazis. L’on connait la suite : 50 millions de morts. Face à la crise, les Etats-Unis étaient à l’abri des catastrophes. Le parti dans l’opposition était suffisamment fort et organisé pour porter au pouvoir Franklin Roosevelt et son parti.
Mais revenons au présent. Il s’agit naturellement de l’Euro mais envisageons les institutions, ces institutions qu’on essaye de créer aujourd’hui en plein drame. Dans ce contexte on parle de nouvelles institutions, on a même parlé des Etats-Unis d’Europe. Sans oser penser que le fédéralisme américain soit un modèle, l’on pourrait peut-être s’attarder un moment pour dégager quelques éléments qui sont essentiels à la gouvernance d’une zone aussi complexe de tout point de vue que l’Europe.
Voyons le problème de la dette aux Etats-Unis. Les Etats-Unis empruntent à un faible taux en dépit de la taille de sa dette (100% du PIB). Le fait que le dollar est toujours la monnaie de réserve aide. 75% de la dette américaine est détenue par des américains, tels que le Social Security Trust Fund (19%), la Reserve Fédérale (11.3%), des Money Market Funds (2.4%) et des étrangers (la Chine a 8%, mais il y d’autres pays tels que le Japon, la Grande Bretagne ou l’Allemagne) etc. (http://wealthson.com) La différence essentielle entre la zone Euro et les Etats-Unis est qu’il y a une gouvernance économique et financière chez le deuxième et pas chez la première.
En ce qui concerne la France, la dette, par exemple, représente 86% du PIB. Puisqu’elle n’a pas eu un budget en l’équilibre depuis 1974, elle n’a pas pu dégager des marges pour rembourser cette dette. Plus d’un tiers de la dette est détenue par l’épargnant français et 66% par des étrangers, soit des banques centrales, des assureurs, des fonds de pension et même des « hedge funds » ou fonds spéculatifs, des grands investisseurs venus de d’Asie, des Etats-Unis ou du Nord de l’Europe.
A défaut d’institutions pour gérer la crise de l’Euro il y a bien sûr le « moteur franco-allemand ». En aurait-on besoin s’il existait des institutions peu nombreuses mais efficaces ? Car en période de crise, et pire dans l’absence de pouvoir, le rôle des marchés et des agences de notation devient plus visible et la pression est accentuée. Les marchés réagissent d’abord et les agences prennent note et se prononcent. Et selon le Wall Street Journal du 28 novembre 2011, “ En décidant la dégradation de la note d’un pays les agences de notation prennent de plus en plus en considération la gouvernance. » (WSJ, 28 novembre 2011) Un exemple de ceci est la dernière note de Fitch, qui tout en s’engageant dans une perspective négative pour la France, l’agence de notation estime que le triple A est basé, entre autres, sur «…des institutions politiques, civiles et sociales efficaces… » (). Le 26 novembre 2011 Standard & Poor dégrade la note belge en citant « une économie au ralentit et une instabilité politique prolongée. » (WSJ, http://online.wsj.com) Le lendemain de cette dégradation, les partis politiques belges qui essayaient de former un gouvernement depuis leurs dernières élections en juin 2010, y sont arrivés. La deuxième dégradation, le 17 décembre, c’était le tour de Moody, qui reconnaît que « les discussions récentes des 8 partis politiques ont finalement réussi à trouver une solution après une longue impasse politique. Avec le nouveau gouvernement, le pays sera en meilleure position pour avoir une politique fiscale durable et faire des réformes structurelles. » (http://www.zeroedge.com/news/moodys-takes-sps-place-downgrades-belgium-two-notches-aa3)
Le Wall Street Journal (WSJ) a parfois été critiqué en France à cause de sa position pessimiste concernant l’Euro. En fait, le WSJ estime que la crise de l’Euro « n’a jamais été que partiellement une crise de la durabilité de la dette souveraine de la Grèce, Irlande, Portugal, Italie et Espagne. Il est bien plus important de noter que cela a toujours été une crise politique, une crise institutionnelle, une crise de gouvernance” (“Debt Crisis is Symptom of Wider Failings”, Simon Nixon, WSJ…). De surcroît, à travers plusieurs articles comme celui de Matthew Dalton, « Italy’s Debt Woes, 30 Years in Making », du 18 novembre 2011 et celui de Thomas Catan, « Myth and Reality about the Euro Crisis », du 8 décembre, 2011 le WSJ estime que l’Euro a poussé certains pays à des politiques qu’ils n’auraient pas faites dans d’autres circonstances (surtout à cause du taux unique). Il ne faut pas oublier qu’en 2007 l’Espagne avait une dette de 36% du PIB, en 2010 de 61% du PIB et en 2011 69% du PIB. A travers ces articles, et d’autres, le WSJ semble dire qu’il y a des faiblesses dans la conception même de la monnaie unique.
Mais il n’y pas que le Wall Street Journal. Dans Les Echos Olivier Blanchard, économiste en chef du Fonds monétaire international, parle d’investisseurs « schizophrènes » et « demi-solutions » et il pense que la raison pour cela se trouve dans « …ces réunions et ces plans » qui « ont révélé les limites de la politique, généralement à cause des désaccords entre pays.. » (http://www.lesechos.fr, 21 décembre 2011, « Zone euro : investisseurs « schizophrènes et demi-solutions Blanchard, FMI. ») Une semaine avant cet entretien Moritz Krämer responsable des notes souveraines pour l’Europe de Standard & Poor disait à Catherine Chatignoux des Echos que « la crise qui affectait quelques Etats périphériques est devenue une crise de gestion » de la zone euro. Mme Chatignoux termine son article par un paragraphe qui commence par une phrase qui confirme ce que dit le Wall Street Journal « (http://www.lesechos.fr) « Si les responsables de l’agence se défendent de donner plus d’importance que par le passé aux facteurs politiques… »
Des idées ne manquent pas sur ce que l’Europe, ou plutôt la France et l’Allemagne, devraient faire pour l’euro. Par exemple, dans un entretien du journal Le Figaro du 21 novembre 2011, l’ancien premier ministre Edouard Balladur répond à la question portant sur la bonne stratégie européenne « pour conjurer durablement ces attaques sur l’euro » par « …j’ai proposé que les budgets de ses Etats membres ne puissent être soumis aux Parlements nationaux qu’après avoir reçu le feu vert de 17 statuant à la majorité. » La solution qu’il prône n’ouvrirait-elle pas la porte aux petites ententes politiciennes ? Quels seraient les moyens qui empêcheraient deux pays de faire ce que l’Allemagne et la France ont déjà fait pour éviter les pénalités ? Après avoir dépassé le 3% de déficit les deux pays se sont entendus dans le but d’éviter que Bruxelles leur impose ces pénalités. Encore plus important, qui analyserait les budgets ? sans oublier que la Grèce a berné les institutions existantes. Quant on crée des institutions il faut rester pratique, garder les pieds sur terre et oublier l’idéalisme.
Mais en tout état de cause, à défaut d’institutions, il faut les créer. En mettant en place ces nouvelles institutions allons-nous vers une Europe fédérale ? Qu’en est-il du fédéralisme aux EUA ?
Il existe certaines similitudes qu’il serait utile de ne pas négliger. Commençons donc par ne pas oublier qu’aux Etats-Unis les Etats ont précédé la Constitution fédérale. Le pouvoir fédéral s’est formé au fur et à mesure du temps et des événements historiques. En plus de la constitution fédérale, chaque Etat possède sa propre constitution qui doit contenir au minimum les droits civiques des dix premiers amendements, quitte à en donner plus. Une condition pour devenir un Etat est d’être une république, même si la forme n’est pas prescrite, les Etats ont copié le modèle fédéral d’un exécutif (gouverneur), d’une législature et d’un système de tribunaux.
Quelques éléments de la Constitution fédérale : « Supremacy clause » : article VI, paragraphe 2 de la Constitution. « Etablit que la constitution fédérale, et en général les lois fédérales, sont supérieures aux lois des Etats et même des constitutions des Etats. (http://law.cornell.edu, Legal Information Institute) Puis nous trouvons les pouvoirs délégués aux Etats par le dixième amendement de la Constitution : “Les pouvoirs que la Constitution ne délègue pas aux Etats-Unis, ou ne sont pas prohibés par elle aux Etats, sont réservés aux Etats ou au peuple respectivement. » Le respect des jugements entre tribunaux des différents Etats est garanti par l’article « Pleine foi et crédit » de la Constitution fédérale.(http://www.law.cornell.edu/wex/full_faith_and_credit)
Finalement, c’est l’interprétation élargie de la Clause du « Commerce » qui fait que les pouvoirs du gouvernement fédéral ont été élargis considérablement. La “Commerce Clause” c’est article 1, section 8, clause 3 de la Constitution fédérale qui donne le pouvoir au Congrès de « régler le commerce avec les pays étrangers, et entre les Etats, et avec les tribus indiennes. » La Clause du Commerce a été perçue historiquement comme un octroi d’autorité au Congrès en même temps qu’une restriction des pouvoirs des Etats pour réguler ce qui a mené à des controverses significatives continuelles concernant l’équilibre du pouvoir entre le gouvernement fédéral et les Etats. Le mot clé du texte est l’interprétation donnée à “commerce”, interprétation qui a varié au fil du temps et c’est avec le « New Deal » que ce mot a été interprété de façon très libérale et les pouvoirs du gouvernement fédéral ont été élargis dans des domaines qui n’auraient pas été considérés comme « commerce » dans la définition classique du terme. (Cornell University Law School, ).
On parle commerce donc on pense dollar mais depuis qu’en est-il une monnaie nationale ? Pas dès le début car la première colonie à battre la monnaie a été Massachusetts Bay en 1690. D’autres ont suivi. Mais la première fois qu’on a essayé d’imprimer de l’argent national a été pendant la guerre d’indépendance, lorsque le Congrès Continental a émis de la monnaie (appelée « continentals »). Ils étaient garantis par les futurs impôts et ont financé la guerre contre la Grand Bretagne.
Un petit article dans Alternatives Economiques (« Hamilton contre Jefferson, ou combien il est difficile de créer une union économique et monétaire », Alternatives Economiques n° 293 – juillet 2010) nous donne la réponse sur la question du dollar : il n’est devenu la monnaie officielle des Etats-Unis qu’en 1863 et « la seule en circulation sur tout le territoire… » Et ce fut seulement en 1913 que les Etats-Unis se dotèrent d’une banque centrale.
Mais avant la création de la Réserve Fédérale, il y avait déjà eu des ébauches de banque centrale. La première a été fondée en 1791 et bien qu’elle ait eu un statut privé elle était chargée d’émettre la nouvelle monnaie et de la régulation du crédit. Elle a été remplacée par la Seconde Banque des Etats-Unis en 1816 après la deuxième guerre avec la Grande Bretagne et son rôle a surtout été de mettre fin à l’inflation galopante d’après guerre. Elle est dissoute en 1830 par le président Andrew Jackson qui est hostile aux banquiers car il estime qu’ils ne sont pas responsables devant le peuple.
L’article raconte un moment de l’histoire entre ces deux hommes qui fait penser que le monde ne change pas : Alexander Hamilton, qui était secrétaire au trésor (ministre des finances), voulait consolider au niveau fédéral la dette contractée par les Etats au cours de la guerre d’indépendance, afin de pouvoir plus facilement négocier des crédits auprès des financiers internationaux. Jefferson est réticent, mais finit par céder. Et l’histoire se répète, car Jefferson écrit en 1819, concernant la Première Banque (celle de 1791), que les banques transformèrent «nos citoyens, leurs propriétés et leur travail, en victimes passives des tours de passe-passe frauduleux des banquiers et des charlatans. »
Et le rôle de la Réserve Fédérale ? (http://www.federalreserve.gov/) Elle est indépendante du point de vue financier car elle ne reçoit pas d’argent ni du gouvernement ni du congrès. Elle se finance par des « intérêts des emprunts publics auxquels elle souscrit sur les marchés, les commissions perçues pour les prestations aux banques de dépôts et les intérêts sur les changes de monnaies étrangères. » Le bureau des gouverneurs est l’organe dirigeant de la Réserve Fédérale et il compte sept membres nommés par le président des Etats-Unis et confirmés par le Sénat. La Réserve Fédérale est détenue par douze banques fédérales régionales et les parts détenues par ces 12 banques ne sont ni échangeables ni vendables, et ne peuvent être mises en gage pour dégager des fonds. Ces parts rapportent un coupon fixe de 6% annuel. L’excédent de capital généré par les activités de la Fed peut être cédé au budget fédéral, mais en aucun cas aux banques régionales actionnaires.
Et la Banque Centrale Européenne ? Elle a son propre budget, indépendant de celui de l’Union Européenne. Son capital est souscrit et libéré par la BCN (banque centrale nationale) de la zone euro. Les 17 pays possèdent des parts de la banque, à commencer par l’Allemagne, suivie par la France, l’Italie, l’Espagne, les Pays Bas et la Belgique. Il est interdit à l’Euro système d’accorder des prêts aux organes de l’UE ou à toute entité nationale du secteur public…Les missions fondamentales de la banque concernent surtout la politique monétaire, les opérations de change, et la détention des réserves officielles de change des pays de la zone euro. Mais son objectif principal est « de maintenir la stabilité des prix. » (http://www.ecb.int/ecb/orga/independence/html/index.fr.html)
Tyler Cowen, professeur d’économie de la George Mason University, écrit un article dans le New York Times intitulé « La Fed peut-elle servir de bouclier contre l’Europe ? » qui n’est pas sans intérêt. Il n’est pas optimiste mais son argumentation paraît bien fondée. « Ne pensons pas que la fin de la crise économique se termine après que la première vague soit passée. C’est ainsi qu’on a réagi en 1931. L’on croyait que l’on était à la phase de récupération. C’est alors qu’une deuxième vague de crise s’est emparée de l’Europe pour s’étendre ensuite aux Etats-Unis. Deuxièmement : Quelques soient les lois qui sont décidées, rien ne remplace l’efficacité de bonnes banques centrales pour la régulation financière. Or, la zone euro comporte trop de responsabilités sur les gouvernements nationaux et trop peu sur sa banque centrale. Troisièmement : Ne faudrait-il pas tenir compte de ce que nous ne savons pas, en cela soulignons l’importance de posséder une réserve disponible de liquidités sûres plutôt que de nous obséder par la micro régulation de telles ou telles banques. Nous n’avons toujours pas appris cette dernière leçon. Mais, qui sait, nous arriverons peut-être à nous en sortir de justesse grâce à la prudence de notre banque centrale. »
La Constitution fédérale a évolué (« a living Constitution ») grâce à l’interprétation des tribunaux et de la cour suprême. Mais cela n’aurait pas garanti la stabilité politique des Etats-Unis. La cohérence institutionnelle des Etats-Unis à tous les niveaux : au congrès, législatures des états, et en dessous ; l’existence à tous les niveaux administratifs d’un système de partis stable depuis très longtemps grâce au scrutin majoritaire à un tour. Ils n’ont pas peur de voir apparaître un troisième parti populiste, extrémiste comme en Europe continentale. On a beaucoup parlé des Tea Party l’année dernière. Néanmoins, ils ne sont pas un troisième parti mais les associations partout en Amérique qui ont soutenu les candidats les plus conservateurs pendant les primaires Républicaines de 2010. Du côté gauche si par malheur ces libéraux (l’extrême gauche américaine) qui ne sont pas contents d’Obama se séparent du Parti Démocrate, ils perdraient dans une élection tenue au scrutin majoritaire à un tour. Contrairement à un scrutin proportionnel, toutes les nuances de la droite (Républicains) et de la gauche (Démocrates) se tiennent les coudes et arrivent à un compromis.
En 2010, le président Obama a mis en place une commission intitulée pour « la Responsabilité Fiscale et la Réforme ». Au mois de décembre 2010, les deux présidents de la commission présentent un plan mais qui n’est accepté que par 11 des 18 membres, cela n’étant pas suffisant car il fallait une majorité qualifiée de 14. Plus d’une année après ils n’ont pu se mettre d’accord pour réduire la dette. Néanmoins, ce qui était prévu en cas d’échec, des coupes automatiques auront lieu dès 2013. Et s’il y a opposition aux coupes, le veto présidentiel pourra l’installer.
Une différence de poids entre l’Union Européenne et les Etats-Unis découle de ce que ceux-ci lèvent des impôts au niveau fédéral, des Etats et des communes. La TVA, qui n’existe pas au niveau fédéral, varie beaucoup, de 0% à 16% (peut aussi varier dans une même juridiction). Le pouvoir d’imposition des gouvernements des Etats américains est beaucoup plus restreint que celui du gouvernement fédéral (Marion Grobel, « Règles financières pour le contrôle du gouvernement (BP358f) » novembre 1993.http://publications.gc.ca/Collection-R/LoPBdP/BP/bp358-f.htm).Et le travail ? Traditionnellement, et jusqu’à nos jours dans la plupart des Etats, le « at-will-employment » gouverne les rapports entre employeur et employé. “At-will-employment” veut dire qu’un contrat de travail peut être terminé par l’employeur ou l’employé à n’importe quel moment pour n’importe quelle raison. La seule raison pour ne pas licencier quelqu’un c’est pour des raisons illégales (discrimination, appartenance à un syndicat).
Au niveau fédéral le salaire minimum est régi par le Fair Labor Standards Act (FLSA) et plus tard il y a eu le Fair Minimum Wage Act de 2007, qui inclut des augmentations par étapes au salaire minimum fédéral. Bien des Etats ont aussi des lois de salaire minimum ; quand un salarié a le droit à un salaire minimum fédéral ou à un salaire minimum de l’Etat où il travaille, le salarié a droit à celui qui est le plus élevé. Le salaire minimum fédéral est le minimum requis, les Etats peuvent choisir d’en donner plus que le minimum fédéral, par exemple, l’Alaska donne $7.75, la Californie $8.00, le Massachussetts $8.00 et le Nevada $8.25. (Department of Labor, http://www.dol.gov/elaws/faq/esa/flsa/001.htm)
Lors d’une réunion de l’Allemagne et de la France à Bruxelles, ils se sont mis d’accord pour inclure dans la Constitution une « règle d’or ». Qu’en est-il de ce genre de dispositif constitutionnel ou législatif aux Etats-Unis ?
Justement, l’analyse par Marion Groble est intéressante parce qu’elle compare le fonctionnement des Etats fédéraux américains (sans ou avec « règle d’or ») et les provinces canadiennes du point de vue des budgets et des questions financières et il y a aussi un bref chapitre sur la zone euro. Concernant les règles d’équilibre budgétaire il y a de la variété entre les 50 Etats parce que « Presque chaque Etat américain est assujetti à une disposition l’obligeant à équilibrer son budget…Dans certains cas, le gouverneur doit présenter un budget équilibré ; dans d’autres, c’est l’assemblée législative qui doit adopter un budget équilibré, et dans d’autres encore, le budget doit en fait être en équilibre à la fin de l’exercice. » Selon le General Accounting Ofice (Bureau de comptabilité générale) des Etats-Unis le Vermont et le Wyoming où le gouvernement de l’Etat n’est pas tenu d’équilibrer son budget « en raison d’une exigence législative ou constitutionnelle. » Après avoir parlé de New York et du Connecticut, les deux en déficit, Marion Grobel conclut par « Tout ces Etats avaient adopté des règles d’équilibre budgétaire. » Plus loin elle mentionne que certains gouvernements d’Etat en « transformant certaines dépenses courantes en dépenses d’immobilisation, afin de les financer au moyen d’un déficit » mais « Les marchés financiers se sont vite rendu compte de l’astuce, ce qui a provoqué des crises financières. » Encore un détail important, cette fois-ci quand elle parle du pouvoir de veto des gouverneurs des Etats « c’est généralement grâce à ces pouvoirs du gouverneur, plutôt qu’à des compressions fondées sur des formules, que des règles d’équilibre budgétaire sont appliquées. »
Traversons l’Atlantique (ou « the big pond » comme l’appellent les Britanniques), et l’on constate que parmi les critères de Copenhague il y en a deux qui valent la peine d’être retenus : la mise en place d’« institutions stables garantissant…la démocratie… » Limitons nous aux institutions de certains des pays de la zone euro. Commençons par la République Tchèque où le gouvernement s’écroule au moment de la crise des « subprimes » qui vient des Etats-Unis en 2008 et, au moment même où le pays présidait l’Union Européenne. En deuxième lieu, la Belgique qui a formé un gouvernement le lendemain d’avoir eu sa note dégradé. ( « Standard & Poor’s : chronique d’une dégradation annoncée », « …une absence de gouvernement, pas de gestion budgétaire et financière à court comme à long terme. »). Le problème belge n’est pas seulement le fait d’une dette conséquente mais, comme l’a noté S&P, elle est politique.
Notons que la Slovaquie, membre depuis 2009, est le dernier des pays de la zone Euro à voter la tranche de juillet aux grecs. Le SaS (Liberté et solidarité) est contre le fond européen EFSF, la gauche slovaque est pour mais en échange de son accord veut de nouvelles élections ; Richard Sulik qui est à la tête du party SaS dit que les projets de l’Europe pour sauver les pays endettés sont « des politiques socialistes qui s’insèrent subrepticement et une escroquerie aux contribuables européens. » Des vues similaires à celles de Ron Paul, républicain qui voulait, entre autres, abolir la Réserve Fédérale, et est auteur d’une proposition de loi abolissant l’impôt (fédéral) sur le revenu. La différence entre Sulik et Paul est que tout en étant de la même tendance l’un est à la tête d’un parti indépendant, et la tendance de l’autre est noyée dans le Parti Républicain. Notons encore, la différence entre le système proportionnel et majoritaire à un tour.
Le système proportionnel facilité l’élection d’extrémistes. Aux Pays Bas, le berceau de l’Euro, le parti d’extrême droite (le Parti de la Liberté) a changé de thème, celui des immigrants pour placer en avant la sortie de l’euro. Sa cote a monté. Malheureusement, il sert d’appui au gouvernement de centre-droit qui n’a pas de majorité. Un professeur néerlandais écrivait déjà en 1991 son opposition à l’Euro donnant les raisons suivantes « Une union monétaire sans une union politique est impossible à maintenir ». Deux économistes américains de Harvard et Berkeley disent que l’Europe n’a pas ce dont elle a besoin pour faire face à des chocs régionaux et pour que la zone à monnaie unique fonctionne : la mobilité du travail, la flexibilité des salaires et un budget fédéral commun comme il en existe aux Etats-Unis. (WSJ, « Doubts Arise in Euro’s Birthplace)
Pour conclure
Les crises économiques, financières, politiques ne restent pas cantonnées dans un pays elles se promènent à travers le monde. Se renseigner chez les autres paraît une nécessité au moins pendant les crises mais n’est-il pas préférable de parcourir le monde et l’histoire afin d’être en mesure de prévoir et ne pas se lancer tête baissée dans les catastrophes qu’ont connu les autres.Avant de se réunir pour écrire la Constitution Fédérale certains des Pères Fondateurs ont voyagé en Europe pour observer ce qui se passait dans l’ancien monde. Nos amis américains ont agit de la même avant de mettre en place la Réserve Fédérale.
Mettre en place une zone monétaire n’est pas une mince affaire. Nous nous trouvons face à des institutions politiques, économiques nationales, internationales dont l’organisation, la stabilité politique et économique sont essentiels. Le mot clé reste « prévoir ».
Nous avons par moment quitté l’Euro pour parler du Dollar US. Deux éléments importants s’en dégagent : dans le domaine économique c’est la flexibilité et dans le domaine politique la stabilité. La flexibilité fait qu’un pays s’adapte aux circonstances économiques. Lors d’une crise économique, il ne suffit pas de penser qu’à l’austérité mais à créer de la croissance, la flexibilité aide à la création d’emploi. La stabilité politique est aussi essentielle à l’économie, comme en témoigne les exemples européens déjà abordés alors que l’Amérique est le résultat d’un système de partis puissants.
Les institutions qui gèrent la zone euro doivent être fortes. Il ne faut pas qu’elles comprennent que des interdits. A travers les années et les crises le Congrès a octroyé à la Réserve Fédérale des pouvoirs dans le domaine de la politique monétaire, de l’inflation, de la croissance etc.
Les institutions ne sont elles pas importantes pour palier aux faiblesses des hommes et des femmes, y inclus nos élus. Avant de « moraliser le capitalisme » ou remplacer le dollar comme monnaie de réserve, comme l’un de nos président le souhaitait, il aurait fallu créer des institutions au niveau de la zone euro. N’est-ce pas invraisemblable que la Grèce ait pu berner les autorités de Bruxelles avec l’aide de l’américain Goldman Sachs. L’idée émise par Balladur lors d’un entretien avec le Figaro est inquiétante. Et je viens de lire dans un article des Echos que le code du travail en France comprend 1.500 pages ! Au niveau national il aurait peut être fallu commencer par là. Et bien sûr n’y a pas que le « modèle » Américain, qui est issu d’un système juridique différent de celui de l’Europe continentale ; il y, par exemple, la « flexi-sécurité » des Pays Bas ou même le contrat que nous avait promit notre président, un contrat qui existe en Autriche (et qui a été défendu par le président d’Axa dans une lettre publié par Le Monde, et avec lequel on acquière les droits au fur et à mesure qu’on travaille dans l’entreprise.

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