Existe t-il une opposition modérée en Syrie?

Bernard Owen

Source « The National » – le 16 mars 2016

L’armée syrienne (dite libre A.S.L.) a perdu l’un de ses points forts à Homs, en mars 2016. L’on invoque le manque d’armes sophistiquées ainsi que certaines mésententes. Le bastion était encerclé depuis un mois, mais une attaque de la quatrième division de blindés, commandée par le jeune frère du président, fit tomber le bastion en moins de 36 heures. On parle d’une retraite tactique. Un colonel : Ryad Al Assad, a formé une autre armée libre de 40 000 hommes, le 29 juillet 2015 sur la frontière turque, mais ces troupes s’entendent mal avec le gouvernement en exil en Turquie : le Conseil national syrien, formé en août 2015. L’un des membres du Conseil a déclaré la formation d’un conseil militaire (en Turquie) pour éviter ces mésententes, sans prévenir les combattants sur le terrain, qui ont crié à la trahison.

Les Frères Musulmans essayent de s’emparer de groupements de soldats syriens libres, mais sans succès, jusqu’à maintenant. Deux régiments de militaires libres ont été unifiés par le Colonel Ryad Al Assad. Celui-ci, leur porte parole, a été fait prisonnier.

Pour revenir à l’histoire, l’on rencontre une suite de formations, à partir du 29 juillet 2011, date de la formation de l’armée syrienne libre (ASL). Les dates se suivent :
• Décembre 2011 – un camp de l’ASL est installé en Turquie, mais il est strictement sous contrôle.
• Février 2012 – formation d’un corps militaire unitaire, mais l’ASL n’avait pas été prévenue
• Printemps 2012 – établissement d’un commandement conjoint.

L’Occident se trompe. Nos belles démocraties, notre longue expérience ….. Nos erreurs se retrouvent ici ou là. Les erreurs concernant l’Irak se retrouvent en Lybie. La Syrie était mal partie, mais, qui sait, la sagesse viendra d’ailleurs. Pourquoi pas de la Russie ? Les manœuvres de l’armée russe contre Napoléon sont encore étudiées dans nos écoles militaires ….

Nous apprenons de Liz Sly que l’armée des Etats Unis a entraîné et a fourni des armes aux « rebelles modérés » pour se battre contre les extrémistes, ou contre les forces loyalistes, or, les militaires soi-disant bien entraînés se sont rendus tout en remettant leurs armes aux assaillants, lors des premiers assauts. Le Pentagone n’a pas voulu faire de commentaires. Il va vérifier l’exactitude des informations venant du terrain.

Nous n’avons pas la prétention d’écrire un livre. Nous faisons de l’information et avons cru intéressant de noter une suite de références fournies par Wikipedia :
Mediapart souligne, en mars 2016, que « l’absence de coordination et de hiérarchie entre les multiples groupes, qui constituent aujourd’hui l’ASL, rend très difficile le suivi du financement fourni par la coalition.
Les groupes djihadistes front al-Nostra et Ahrar al-Sham prêtent main forte aux rebelles de l’ASL contre les troupes du régime syrien, et se sont avérés d’une grande utilité pour ces derniers, lors de la bataille d’Alep.*
Bien qu’alliés à l’ASL dans le but de faire tomber Al Assad, les membres de l’ASL ont condamné à de nombreuses reprises les attentats- suicides perpétrés par Al-Nostra, et certains indiquent que l’éventualité d’un après Assad serait marqué par une guerre entre l’ASL et les islamistes jihadistes, prônant une société basée sur les lois de la charia.
En juin 2012, Human Rights Watch (HRW) accuse l’Armée syrienne libre de recruter des enfants soldats. La commission d’enquête sur la Syrie des Nations Unies alerte à son tour sur ce sujet en août, en assurant avoir rassemblé des preuves du non-respect de l’engagement pris par Riyad al Assaad, chef de l’ASL, de ne pas utiliser des enfants, ce qui constitue un crime de guerre.
Le 20 juillet 2012, Adnan al-Assadi, Ministre irakien de l’Intérieur, accuse des membres de l’Armée syrienne libre d’avoir coupé les jambes et les bras d’un lieutenant colonel de l’armée syrienne, et exécuté 22 soldats.
En septembre 2012, l’Observatoire syrien des droits de l’homme accuse des membres de l’ASL d’avoir exécuté sommairement une vingtaine de soldats de l’armée syrienne, ce dont l’ASL se défend. Jean Marie Fardeau, directeur de Human Rights Watch, affirme alors disposer d’ « une dizaine de cas d’exécutions documentés de l’ASL ».
Références :
Benjamin Barthe, Jamal Maarouf :
« L’Armée syrienne libre est sous la coupe d’Al-Nosra » – archive – « Le Monde, 15 mars 2016
Syrie : les rebelles affirment avoir tué un général russe (archive) – Ria Novosti, 8 août 2012.
Général russe tué en Syrie « provocation » (Moscou) (archive), Ria Novosti, 8 août 2012
Moscou affirme que les Etats Unis coordonnent la livraison d’armes aux rebelles syriens (archive). « Le Monde », 25 octobre 2012
Washington dément avoir livré des lance-missiles aux rebelles syriens (archive), RIA Novosti, 25 octobre 2012
Syrie : Moscou rejette les ultimatums de l’opposition (archive), RIA Novosti, 12 novembre 2012
(en) The free Syrian Army Doesn’t Exist Analysis, texte original
L’Armée syrienne libre existe-t-elle ? (archive), « Le Soir, 27 mars 2013
En Syrie, « il est possible de jouer sur les équilibres au sein de la rébellion » (archive), Regards, 12 septembre 2013
Frédéric Pichon, Syrie : « Pourquoi l’Occident s’es trompé », Editions du Rocher, 2014- page 78
a, b, c, d, e, f, g, h, i, et j – René Backmann, « Syrie marginalisée, l’Armée syrienne libre accumule les défaites » (archive), sur Mediapart, 14 mars 2016 (consulté le 15 mars 2016)
a, b, et c, « L’Armée syrienne libre n’est plus qu’un nom » (archive),Le Temps, 12 août 2013
a et b Syrie : à Alep, les jihadistes montent en puissance face à des rebelles décriés (archive), Le Point, 5 décembre 2012
Démission du président de la Coalition nationale syrienne (archive), Le Monde, 24 mars 2013
Syrie, des rebelles modérés rejoignent le camp des islamistes radicaux (archive), Le Figaro, 26 septembre 2013
Armin Arefi, En Syrie, la déroute des modérés (archive), Le Point, 3 novembre 2014
a et b Georges Malbrunot, Syrie : le Qatar accusé par ses alliés de jouer un double jeu (archive), 16 décembre 2013
a, b, c, d, et e, Les actions du Front Islamique affaiblissent l’Armée syrienne Libre (archive), Le Monde, 27 juin 2014
Syrie : l’opposition modérée dissout son conseil militaire pour corruption (archive), Le Monde, 27 juin 2014
a, et b, Benjamin Barthe, « Washington entraîne a minima des rebelles syriens contre l’Etat islamique » (archive), sur lemonde.fr – 12 mai 2015 (consulté le 12 mai 2015)
Un des chefs de l’Armée syrienne libre tué dans un attentat en Turquie (archive), Le Monde avec AFP, AP et Reuters, 26 août 2015.
Malik al-Kurdi, le second du général Riad el-Assaad déclare, en août 2013 : « L’ASL n’est plus qu’un nom. Certaines katibas (unités de combattants) s’en revendiquent, mais cela ne veut pas dire qu’elles suivent l’état major…. Les groupes, même sous la bannière de l’ASL, font ce que bon leur chante. En outre, beaucoup d’entre eux quittent publiquement ou non l’ASL, pour rallier les groupes dits islamistes ».
En décembre 2013, l’universitaire Fabrice Balanche indique : « L’ASL n’a jamais vraiment existé. Il y a eu un état-major composé d’une cinquantaine de généraux déserteurs, majoritairement réfugiés en Turquie. On parlait d’armée organisée, ce n’était rien de tout cela, c’était du vent ».
En février 2014, Le Monde affirme : « Plusieurs brigades, islamistes et non islamistes, continuent… de se réclamer de l’ASL, qui désigne désormais plus la rébellion qu’une coalition bien structurée ».
Pour Frédéric Pichon, chercheur et spécialiste de la Syrie, l’ASL n’existe pas et a toujours entretenu des liens étroits avec salafistes et djihadistes. Il précise qu’elle collabore également avec Al Qaïda.
En mars 2016, l’universitaire Zlad Majed dément la disparition de l’ASL, et considère plutôt qu’elle « est entrée depuis plusieurs années dans une phase de fragmentation dont elle n’est jamais sortie. La structure de coordination a disparu et l’armée s’est transformée en une multitude de brigades régionales ou locales, souvent commandées par des chefs autoproclamés réticents à toute ingérence extérieure. Et pas toujours compétents et rigoureux en matière de gestion des ressources ».

Références :
a et b « L’ASL est loin de contrôler ses troupes sur le terrain » (archive), France 24, 11 septembre 2012
Syrie : le torchon brûle entre rebelles et jihadistes (archive), Libération, 12 juillet 2013
Comment la CIA contrôle la livraison d’armes aux rebelles (archive) Le Figaro, 27 juin 2012
Premières armes américaines aux rebelles syriens (archive), Le Monde, 12 septembre 2013
Congress secretly approves U.S. weapons flow to moderate Syrian rebels (archive), Reuters, 27 janvier 2014
Cannibalisme en Syrie : l’ASL promet de punir le coupable (archive), Le Monde, 15 mai 2013
Syrie : une vidéo d’exécutions sommaires par des rebelles fait surface (archive), Le Monde, 6 septembre 2012
Inside Jabhal al Nusra – the most extreme wing of Syria’s struggle (archive), The Telegraph, 2 décembre 2012
Les rebelles syriens condamnent l’exécution sommaire de partisans du régime (archive), Le Monde, 2 août 2012
« L’ASL est loin de contrôler ses troupes sur le terrain » (archive) France 24
Des enfants seraient enrôlés par les rebelles syriens (archive), Le Figaro, 30 novembre 2012
Syrie : les enfants-soldats de l’armée rebelle (archive), Le Point, 30 novembre 2012.

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