Le gouvernement se réveille…

Voici les extraits d’un article sérieux mais avec des pointes d’humour de Ellen Salvi qui écrit pour Mediapart. Bernard Owen

Macron sonne le réveil du gouvernement

29 AOÛT 2017 PAR ELLEN SALVI

Après les polémiques estivales, le président a réuni les ministres, lundi, lors d’un séminaire qui s’est transformé en cours de communication politique. Le chef de l’État entend les sortir de l’anonymat. Et se créer des pare-feux avant les mobilisations de septembre.

« J’espère que vous êtes reposés pour les uns, que les esprits se sont clarifiés quand ils devaient se clarifier, que le recul a été pris, que les forces ont été reconstituées pour attaquer cette rentrée dans des termes indispensables, ceux du volontarisme, de l’ambition et de l’exigence. » C’est par ces mots qu’Emmanuel Macron a accueilli ses ministres à l’Élysée, lundi 28 août au matin, sous l’œil des caméras de télévision, à l’occasion du séminaire gouvernemental de rentrée, deuxième exercice de « team building » après celui qui s’était tenu début juillet à Nancy, sans lui.

Une fois les journalistes reconduits vers la sortie, le message asséné par le président de la République s’est voulu encore plus clair : fini les errements, les bafouillages, les pudeurs de novices et les annonces mal maîtrisées.

Séminaire gouvernemental, le 28 août, à l’Élysée

Pendant plus de deux heures, il a donc insisté sur la nécessité de faire preuve de pédagogie, tandis que son premier ministre s’employait à détailler le planning et la communication gouvernementale des six prochaines semaines. À l’issue de ce séminaire, dont les conversations se poursuivront mercredi lors du conseil des ministres, Édouard Philippe a développé cet agenda devant la presse, évoquant notamment la création d’un « grand plan étudiants », mais aussi des mesures sur le logement pour « construire plus et plus vite » afin de « mieux loger les plus fragiles ». Deux points sensibles depuis l’annonce de la diminution des aides personnalisées au logement (APL).

Après un été marqué par les polémiques et la fin de l’état de grâce, il y avait visiblement urgence à recadrer les troupes. En choisissant de donner la priorité à la consolidation budgétaire et en optant pour des choix qui soignent les fortunés au détriment des plus faibles et des classes moyennes, le gouvernement s’est empêtré dans une politique du chiffre qui a oublié que dans l’expression « et droite et gauche » figurait le mot « gauche ».

Pour pallier les critiques et devancer les mobilisations, Emmanuel Macron a donc demandé à son gouvernement de marteler son diptyque « libérer et protéger », l’invitant également à faire preuve de cohérence, de solidarité, de collégialité… Et de solidité. « Certains prédisent le pire. Il ne faut jamais céder aux Cassandre », a-t-il affirmé en préambule. Il a aussi été demandé à chacun de définir le défi qu’il se fixait pour l’année et pour le quinquennat. « C’est une technique managériale. Il continue de gérer son équipe gouvernementale à la façon d’une entreprise », glisse un conseiller ministériel.

Sur le fond, rien de bien nouveau. Sur la forme, non plus. Le duo de l’exécutif s’est surtout employé à livrer un cours de communication politique aux ministres, leur répétant ce qui semble pourtant relever de l’évidence : parler de grandes politiques publiques plutôt que de « mesurettes », placer les annonces dans leur contexte, anticiper le temps des travaux parlementaires, mais aussi la réaction de l’opinion publique. « Les oreilles de Gérald Darmanin ont dû pas mal siffler », plaisante un autre conseiller. La baisse de 5 euros des APL, qualifiée en off par Emmanuel Macron de « connerie » et en on par Édouard Philippe de mesure « pas intelligente », mais défendue jusqu’à l’absurde par le ministre de la fonction et de l’action publiques, n’a toujours pas été digérée. Elle est devenue le contre-exemple type.

Pour l’heure, à une ou deux exceptions près, la totalité du gouvernement reste inaudible, pour ne pas dire transparente. La ministre du travail Muriel Pénicaud, pourtant au centre de l’une des premières grandes réformes d’Emmanuel Macron, a été l’objet de longs articles sur l’affaire Business France et sur la plus-value boursière qu’elle a réalisée du temps où elle travaillait chez Danone, mais elle ne s’est jamais vraiment exprimée sur le contenu des ordonnances de sa loi. Idem pour la ministre des armées Florence Parly, qui n’a pas dit un mot sur la coupe dans le budget de la défense ou sur le limogeage du chef d’état-major des armées. Quant au premier ministre, il a accordé plusieurs interviews, certes, mais aucune n’a marqué les esprits.

« Aujourd’hui, tout le monde est plutôt discipliné. Surtout, personne n’a envie d’être responsable du premier couac… », confiait le proche d’un ministre à Mediapart, au début de l’été. Les effets secondaires de cette prudence ne se sont pas fait attendre : en l’absence de pare-feux, Emmanuel Macron s’est retrouvé en première ligne du front de l’impopularité. Il s’exprimera ce mardi matin face aux ambassadeurs réunis à l’Élysée, tandis que douze de ses ministres défileront à l’université d’été du Medef, qui se tient pendant deux jours à Jouy-en-Josas (Yvelines). Le temps des bons élèves aussi disciplinés que timides semble désormais révolu. Le président de la République a promis de revoir sa communication. Il en sera de même pour celle de son gouvernement.

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