Grave crise des gilets jaunes et grand débat national

Monique Cochinal

Hier, quatorzième samedi de manifestations du mouvement des gilets jaunes, et malheureusement, quatorzième samedi sanglant. Comme chaque semaine, le bilan de cette journée est désastreux. Dans la capitale, dans certaines villes de province, c’est un défilé de scènes de violence, de personnes mutilées, traînées à terre, d’arrestations musclées, de jets de gaz lacrymogène, de nombreux et puissants canons à eau, et…… toujours de lancements de grenades (il faut bien épuiser le stock !) et de flash balls, ces terribles armes interdites chez nos voisins européens et dans tout Etat démocrate. Que de commentaires ! Que d’analyses ! Que d’évaluations ! Qui est responsable ? Jusqu’à quand ? On est tous d’accord pour que ces violences cessent au plus vite, avant le chaos final, mais comment ? Et chacun y va de son idée magique : journalistes, éditorialistes, politologues, économistes, opposants de tous bords, et notre Président, en personne qui lance le grand débat national. Grande opération unique en France, nous dit-on, la seule façon de mettre fin à cette grave crise, qui n’a que trop duré. Tout citoyen peut y participer, ce qui occupe beaucoup le gouvernement et les médias, au point de laisser de côté tout autre grave problème.

Notre Président ne sait plus où donner de la tête, car il sort de son palais pour aller à droite et à gauche débattre avec les maires, avec les cultivateurs, avec les jeunes des banlieues. On le voit au nord, au sud, à l’ouest, à l’est, sortir de son hélicoptère, entouré d’une bonne douzaine de collaborateurs, pour se rendre, en grande pompe, dans la salle d’une ville choisie, devant un public choisi d’avance (en banlieue, des jeunes « bon chic, bon genre »), et débattre avec ardeur et parler abondamment. La séance commence par un bref discours toujours parfaitement approprié (il est doué), puis on débat, pendant des heures. Les interlocuteurs et leurs questions sont choisis d’avance. Au bout d’un moment, et à force de parler, notre Président est en sueur, et tombe la veste, retrousse les manches de sa chemise blanche, et boit quelques gorgées d’eau. C’est la vedette, il sourit, fronce le front, réfléchit, prend des notes, écoute, avant de répondre à chacun et à chaque question, souvent les mêmes. Car, finalement, ce grand débat n’est qu’une série de questions posées sur quatre grands thèmes imposés : nos impôts, nos dépenses et l’action publique, organisation de l’Etat et des collectivités publiques, la transition écologique, et enfin la démocratie et la citoyenneté. Vaste programme …. Les séances retransmises en direct sur plusieurs chaînes de la télévision, se terminent avec un autre superbe discours du Président. On se congratule, on se prend en photo, on se remercie, et tout le monde est content. Bravo Monsieur le Président ! La séance est terminée, le rideau est baissé, jusqu’à la prochaine séance. Pendant tout ce temps, à l’extérieur de la salle, nous voyons quelques gilets jaunes, tenus à l’écart par un service d’ordre, battant le pavé, qui brandissent quelques banderoles faites « maison ». Il faut dire qu’il y a des artistes chez nos gilets jaunes, et ils ne manquent pas d’humour. Chaque samedi, on invente de nouveaux slogans, on danse parfois autour de gilets jaunes musiciens, on compose des chansons, on poursuit un dragon chinois (nouvel an chinois oblige). Un des derniers samedis, nous avons pu voir un gigantesque portrait de Monsieur Castaner (très ressemblant) fait de petits portraits de manifestants blessés, une façon de répondre à notre Ministre de l’Intérieur, niant les blessés et les estropiés du côté des manifestants.

Il est grand temps que cette malheureuse situation cesse au plus vite, car nous avons de plus en plus l’impression que, depuis l’affaire Benalla, puis la crise des gilets jaunes, rien ne va plus dans notre pays. Tout s’écroule, et qui nous sortira de ce cauchemar ?

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