Justice française indépendante ?

Monique Cochinal

On nous a toujours affirmé que, sous la Vème République, notre constitution prévoit une séparation entre pouvoir exécutif et pouvoir judiciaire. Benjamin Griveaux vient de l’affirmer encore ce matin. Est-ce bien le cas ?

Du temps de l’ancien quinquennat, « l’ancien monde », nous avions déjà assisté à des affaires politico judiciaires, visant à chaque fois, un membre gênant du gouvernement. Souvenons-nous également du « mur des cons » sur lequel étaient affichés les noms des personnes à abattre, bien en évidence dans le bureau du syndicat de la justice, la garde des sceaux, à l’époque, étant Madame Taubira, socialiste. On évoquait déjà certains membres du gouvernement mêlés à des affaires troubles (prises illégales d’intérêts, corruption passive, affaires illégales au regard du code pénal) mais sans enquête judiciaire, car les personnes visées étaient protégées par le pouvoir exécutif.

Voyons, maintenant, ce qu’il en est dans ce « nouveau monde ». Dès la formation de son gouvernement, le Président Macron nomme de jeunes inconnus en politique, mais aussi d’autres amis, issus du gouvernement précédent, traînant derrière eux d’anciennes affaires dignes d’enquêtes judiciaires sérieuses (affaires connues du Président lui-même, lors de son ministère, sous le règne Hollande). Pour n’en citer que deux :

Alexis Kohler, soupçonné de conflit d’intérêts, trafic d’influence, corruption passive en faveur de l’armateur de la Compagnie maritime bien connue, quand il était le Directeur de cabinet du ministre Macron. Aucune enquête judiciaire à ce jour, aucune mise en examen. Et pourtant ….

Richard Ferrand, ancien socialiste, ancien député de François Hollande, empêtré depuis plusieurs années dans l’affaire des mutuelles de Bretagne, et dans ce montage financier extravagant, qui pose des questions au regard du code pénal. Il emploie son fils comme assistant parlementaire, à l’époque. Le Député Ferrand, cosignataire d’une proposition de loi du groupe socialiste visant à permettre aux mutuelles de mettre en place des réseaux de soins aux tarifs avantageux pour les adhérents. Ce qui fait dire à Bernard Acoyer : « Il y a là conflits d’intérêts ».

Richard Ferrand, à la tête du conseil général du Finistère, accorde une subvention de 1,66 millions d’Euros pour l’aménagement d’une Ehpad, sa compagne en étant l’architecte d’intérieur.

Le 3 mars 2017, lors de la malheureuse affaire Fillon – Pénélope, il ose dire devant les médias : « cette affaire souille tous les élus de France ». Il échappe à la justice, soutenu par le pouvoir exécutif, et élevé, même, au titre honorifique de Président de l’Assemblée Nationale, depuis quelques jours.

En relisant les détails de ces deux affaires troubles : Alexandre Kohler et Richard Ferrand, et en comparant avec l’affaire Fillon –  Pénélope, j’ai de plus en plus le sentiment que la balance de Dame Justice penche en faveur du pouvoir exécutif. L’institution Justice n’est pas du tout indépendante, comme on veut nous en convaincre.

A quand les réformes tant attendues par beaucoup de citoyens français pour remédier à ce grave dysfonctionnement qui dure et perdure ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *