La grande réforme des retraites ? Un ballon qui se dégonfle

Monique Cochinal

Voilà bien longtemps qu’en France on nous parle de la nécessité de faire une réforme de notre système de retraite, les caisses de l’Etat étant, d’année en année, de plus en plus vides, nos seniors vivant de plus en plus longtemps, et nos jeunes travaillant de plus en plus tard, après de longues études supérieures. J’entends encore mon défunt mari dire en toute connaissance de cause : « la retraite à 60 ans  et les semaines de 35 heures, quelle folie ….L’Etat va à la faillite … Moi je prendrai ma retraite à 65 ans ». Il est décédé à 64 ans, après avoir cotisé toute sa vie. C’était en 1987 ….

Chaque nouveau gouvernement (de droite ou de gauche) a bien essayé. Quelques « réformettes » ont été entreprises, sans grand succès dans notre beau pays, alors qu’en Europe et dans plusieurs autres pays du monde, l’âge autorisé de la retraite était reculé (exemple : 67 ans en Allemagne). Chaque programme d’une nouvelle campagne présidentielle comprenait ce grave problème des retraites et nous faisait miroiter des recettes miracles qui nous permettraient de conserver nos droits acquis : régimes spéciaux (42), retraite à 60 ans, avec un niveau de vie suffisant, donc revalorisation suivant le coût du pouvoir d’achat, sans augmentation des cotisations, malgré une grave crise économique et financière mondiale, surtout depuis 2007.

Mais, ce que personne n’avait réussi à faire auparavant, notre jeune et brillant Président Macron le ferait, il nous l’avait promis, et « il fait toujours ce qu’il a promis de faire ». La tâche sera rude, mais ….. Il réussira …. Il fallait, dans ce nouveau monde, une grande et belle réforme des retraites, universelle, équitable, sûre, bien préparée par d’excellents technocrates, pour qu’enfin toutes les classes de la société puissent avoir une longue vieillesse heureuse et paisible, profitant ainsi des progrès de notre médecine moderne, dans ce monde nouveau. Très convaincus (au départ), nos Ministres, députés, guidés par notre Chef d’Etat, n’ont cessé de nous vanter le bien-fondé de cette nouvelle et unique réforme universelle à points, un système différent, le meilleur, le plus fiable, le seul valable. Il fallait expliquer, débattre, avancer les bons arguments, concerter les différents syndicats, et surtout convaincre tous les citoyens français.

Hélas, plus on expliquait, plus tout s’embrouillait chez ces citoyens français, qui devenaient de plus en plus anxieux pour leurs vieux et longs jours, car ils savaient que la vieillesse n’a rien d’un long fleuve tranquille. Il n’y a pas grand choix : ou bien on est capable de vivre autonome, chez soi, en ayant recours à des aides à domicile, moyennant salaire, ou bien nos chers enfants doivent chercher un établissement spécialisé, moyennant coût de plus en plus important, dépassant largement le montant mensuel de notre retraite.

Plus on essayait d’expliquer, plus on décortiquait ce beau système nouveau, plus on s’apercevait que l’universalité si prometteuse d’équité, devenait une grande source d’inégalités entre les différents régimes (42), chacun revendiquant, syndicats à l’appui, des droits acquis depuis longtemps, et essayant d’obtenir des compensations au manque à gagner que l’on découvrait. Le beau ballon bien gonflé se dégonflait peu à peu …… Pour en arriver aux conflits actuels : grèves, manifestations, grande division, colère, violences : hier, une première fois peut-être dans notre cinquième république, nous avons vu nos pompiers en opposition aux policiers, s’affronter à coups de gaz lacrymogènes, grenades, jets d’eau.

Après un rapport plus que néfaste du Conseil d’Etat, qui a révélé que cette loi sur la réforme des retraites n’était pas subventionnée, et qu’elle ne pouvait pas être présentée à l’Assemblée Nationale ainsi, selon l’article 42 de la Constitution, le gouvernement doit revoir sérieusement sa copie.