La Libye: Vive l’Occident et la sagesse des corps constitués

BERNARD OWEN

Les députés français ont voté à 482 voix contre 27 la poursuite des opérations militaires contre la Libye, engagées le 19 mars 2011. La Constitution a été respectée. Après quatre mois de combats et de bombardements, l’Assemblée nationale a finalement donné son aval aux opérations militaires engagées par la France contre la Libye, conformément à l’article 35 du texte fondamental.
La Constitution a été respectée. Après quatre mois de combats et de bombardements, l’Assemblée nationale a finalement donné son aval aux opérations militaires engagées par la France contre la Libye, conformément à l’article 35 du texte fondamental.
Alors qu’aux États-Unis, les représentants des citoyens américains mènent un véritable débat depuis plusieurs semaines sur cette intervention, débat qui vient de se terminer par un vote interdisant à l’administration d’Obama d’aider les rebelles, nos députés de tous bords semblent paisiblement endormis sur leurs certitudes.
L’on trouve tous les messages de la propagande officielle sur le mandat de l’O.N.U. Pour une intervention militaire nécessaire, censée assurer la protection des civils.
Les effets de ces bouleversements créent des situations totalement sous-estimées, sinon ignorées par l’Occident. Il s’agit, d’une part, des Touaregs, nomades dont le rôle économique n’est plus, et de ceux sédentaires, qui occupent et exploitent le terrain. La seule personne, qui avait réglé le problème de cette vaste zone, était le Président Kadhafi, dont les forces avaient déjoué un attentat et expulsé les terroristes, tout en accordant un visa à vie aux Touaregs.
Kadhafi ne s’était pas arrêté là, car il avait financé de vastes projets agricoles et touristiques au Mali, et avait grandement aidé ce pays. Dans son propre pays, il avait également réalisé de très importants travaux, qui par leur coût représentaient la deuxième plus importante dépense mondiale : la canalisation d’eau souterraine pour alimenter toute la partie habitée de la Libye.
Lors de l’attaque occidentale sur la Libye, des centaines de combattants du Niger et du Mali sont partis soutenir Kadhafi, considérant qu’ils avaient une vraie dette de sang envers lui.
Les États-Unis auraient pu utiliser leur droit de veto aux Nations Unies, mais la Libye s’était longtemps placée dans le camp des assassins : UTA, Lockerbie, et le changement de cap étaient récents. Certes, les États-Unis utilisent régulièrement leur droit de veto en faveur d’Israël, alors pouvaient-ils aller plus loin ?
Le retrait des États-Unis de la zone de combat, l’arrivée de l’O.T.A.N. ouvrent une nouvelle perspective. La division entre le politique, réservé au groupe de contact et l’action militaire entre les mains de l’O.T.A.N. a retiré à la France son rôle de meneur, car la Turquie est la deuxième armée de l’O.T.A.N. De surcroît, la Chancelière Merkel a retiré sa flotte du commandement de l’O.T.A.N.
Or, il existe un doute sur le sens exact de la « no fly zone ». La notion « d’exclusion aérienne » ne correspond plus de nos jours à ce qu’elle était au départ, et à ce qu’elle est certainement encore aux yeux de bien des gens. La terminologie « zone d’exclusion » s’est peu à peu transformée, à force de l’appliquer en Irak, puis en Bosnie, pour s’étendre progressivement à des avions à ailes fixes, puis aux hélicoptères, puis aux frappes au sol. De surcroît, les frappes de nuit, quelle que soit la technique employée, tiennent difficilement compte de la sauvegarde de la population civile. L’on apprend de Robert Gates que l’exclusion aérienne « c’est la guerre ».
Quant à sa justification légale, Joshua Keating, sous Directeur de la revue « Foreign Policy » site l’article 42 du chapitre VII de la charte des Nations Unies. En réalité, cette citation est erronée, car dans cet article, on admet l’utilisation de la force « seulement pour maintenir ou conserver la paix et la sécurité internationale », ce qui n’était pas le cas de l’environnement libyen. De toute façon, la SC/10187/rev. du Conseil de Sécurité indique, dans son titre, que l’adoption de la Résolution 1970 fait suite à la répression des manifestations (« crackdown on protesters), puis la résolution 1973 porte sur la zone d’exclusion aérienne.
Ces deux résolutions portent sur la violence contre les civils – « violations conséquentes contre les droits de l’homme, protéger le peuple, condamner la violence et l’utilisation de la force contre les civils », « la répression des défilés non violents », « soutient l’envoi d’une commission internationale indépendante d’enquête sur les violations supposées des droits de l’homme selon le droit international ». Tous les observateurs ont été surpris de l’absence de chiffres indiquant le nombre de tués et de blessés. Les chiffres les plus fantaisistes circulent, il s’agit d’informations non identifiées, et pourtant les deux résolutions mentionnent sans relâche la sauvegarde de la population civile. Tout le monde soutient cette sauvegarde, encore faudrait-il savoir l’ampleur du péril.
Pour continuer la citation évoquée plus haut, le passage : « exige la fin immédiate de la violence et demande que soient admises des mesures pour satisfaire les demandes légitimes de la population », l’on s’interroge sur la nature de la population, car la foule, en admettant qu’il y ait foule, se meut dans un certain désordre. Le « Guardian » du 31 mars 2011 publie des citations de publications de Anwar al Awlaki, tel que : « le monde musulman pourra à nouveau respirer après trente ans de suppression ». Dans un plus récent numéro de leur revue « Inspire », on peut lire : « nous pensons que les révolutions, qui ébranlent les trônes des dictateurs, sont bénéfiques à la cause musulmane, et mauvaises pour les impérialistes de l’Occident ». Notons que des pays en difficulté comme l’Irak étaient des pays laïcs.
Le « Washington Post » du 29 mars 2011 indique que l’Amiral James Stavridis (Commandant suprême de l’OTAN pour l’Europe) mentionne l’existence de quelques éléments d’Al Quaïda et d’Hezbollah parmi les opposants. L’auteur de l’article, Greg Miller, mentionne que c’est la première fois qu’un haut représentant des États-Unis parle de cette présence. Un ancien de la C.I.A. et conseiller du Président Obama note que parmi les anti-Kadhafi de Benghazi, certains se trouvent depuis longtemps en rapport avec Al Qaïda, puis il souligne l’incertitude dans laquelle nous nous trouvons.
La « légalité internationale » aurait-elle mené droit au chaos qui menace le monde ?

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