La société civile: Un cheval de Troie?

Bernard William Owen

Voici l’introduction de la prochaine parution en juillet chez Studyrama Vocatis d’un ouvrage intitulé : « la société civile, un cheval de Troie ? ». pour vous donner une idée de notre approche nous vous faisons parvenir la présentation et la table des matières.
LA SOCIETE CIVILE, UN CHEVAL DE TROIE ?
PRESENTATION

A travers l’histoire, le pouvoir politique a été obtenu de façon bien différente selon l’époque et la partie du monde. De nos jours, l’on se dirige vers la démocratie, et la mondialisation pousse à la recherche de concepts universels. Nous parlons essentiellement des élections. Elles ont leurs règles, des normes qui sont issues des territoires des grands de ce monde, qui attirent par les images du bien être ou du pouvoir qu’ils diffusent autour d’eux. Mais voilà qu’en dehors des règlementations sur lesquelles nous travaillons de façon à tenir compte de tous les succès, les échecs et les solutions que l’occident pense avoir apportés, nous constatons de nouvelles façons d’obtenir le pouvoir.

Cela vaut la peine de s’y attarder, alors nous allons travailler ensemble sur cette zone de la politique qui est quasiment inconnue. Son importance est ignorée de tous car il n’en est jamais question. Il ne s’agit nullement de scandales, d’éléments occasionnels. Non, ce dont nous allons vous entretenir se nomme société civile qui se doit de ne pas rechercher le profit mais qui véhicule, de par le monde, d’énormes sommes d’argent. Il s’agira de la société civile à fonction politique qui est à même de faire vaciller les pouvoirs et de les renverser, sans posséder et de loin le savoir faire nécessaire à la reconstitution des institutions.

Les nouveautés qui apparaissent sont nombreuses. Le vocabulaire a changé, nous parlons de « société civile », d’ONG. Les organisations en faisant partie portent des noms irréprochables tels que « droits de l’homme » (Human Rights Watch), « Maison de la liberté » (Freedom House), « Société ouverte » (Open Society). La circulation de cette société civile est encouragée dans de très nombreux Etats, mais face aux sommes énormes qu’elle véhicule, certains vont jusqu’à prononcer le mot « ingérence ». Nous allons voir que ces fonds sont à la fois publics et privés. A noter que les fonds privés proviennent de personnes ou d’associations qui profitent d’avantages fiscaux considérables aux Etats-Unis. Ces avantages correspondent aux revenus de fonds spéculatifs (« hedge funds ») ou autres. L’on a même parlé de « flagship philanthropy » pour les mécènes défilant sous ces drapeaux qui prônent le bien être du monde. Les sommes attribuées ici ou là ne sont pas toujours clairement indiquées car nombreux sont les cas d’associations écrans qui brouillent les pistes.

Depuis les années soixante-dix tout a été prévu jusqu’aux détails pour nos nombreux activistes. Cette société civile, ces ONG, qui évitent le mot « politique » vont-elles se substituer à nos organisations électorales ? Ces mouvements de rue, que nous constatons lors du printemps arabe, seront-ils nos nouvelles façons de conquérir le pouvoir ? Car attention, nous les voyons agir dans le cadre de « soft dictatorships » mais ils sont aussi présents dans les nouvelles démocraties. La révolution orange préparée longtemps à l’avance n’a pas mené à des catastrophes, la vie politique est plus tard rentrée dans l’ordre mais au Kirghizistan le sang a coulé. Alors que va-t-il se passer au Moyen Orient ?

Surtout ne nous trompons pas, les événements du Moyen Orient ne sont-ils pas à l’image d’un néo-colonialisme ? Ne devraient-ils pas être réglementés ? Le New York Times du 11 février 2011 donne des détails sur les jeunes égyptiens qui ont été formés en Serbie, puis ont manifesté en Egypte le 6 février 2008. Cela forme un tout cohérent. Wikileaks nous apprend que le document 10 CAIRO 099 de janvier 2010 de l’Ambassade Américaine au Caire indique les liens entre les activistes et l’Ambassade. La « bloggeuse » Israa Abdel Fattah, cofondatrice du mouvement du 6 avril, faisait partie d’un groupe d’activistes ayant participé à un programme de formation à Washington, organisé par Freedom House. Le programme intitulé « new generation » était financé par USAID, des fonds gouvernementaux, et avait pour but de former des « réformateurs politiques et sociaux ». L’administration des Etats-Unis, Condoleeza Rice (mai 2008), Hillary Clinton (mai 2009) ont rencontré les participants de ces stages à Freedom House.

Manifester c’est bien, mais l’essentiel est de savoir où cela va mener. L’être humain craint l’anarchie. En Egypte, dans un premier temps, après le tumulte, l’armée a pris le pouvoir. Les révolutionnaires s’en plaignent. L’on peut regretter que les événements n’aient pas été progressifs. La Tunisie a essayé, mais les conjurés ne l’ont pas voulu. Il faudrait un dialogue car autrement si la mémoire institutionnelle disparaissait il faudrait tout recommencer.

Qui sont ces insurgés à qui certains pays accordent leur confiance ? Prenons les insurgés Libyens de Bengazi, qui ont assassiné le général et les deux colonels qui les commandaient. Ces derniers faisaient partie d’une puissante tribu OBEIDI dont les membres présents à Bengazi ont immédiatement manifesté contre la CNT (les insurgés). De toute façon, le Moyen Orient devient dangereux, et les ONG internationales, qui ont lancé et financé discrètement, très discrètement, les opérations, ont fragilisé le Moyen Orient.

Voyons au delà de la zone critique, une situation antérieure, qui paraissait alors sans conséquence : l’Union Européenne a demandé à la Turquie de modifier la nature de la Commission de Surveillance des militaires, mise en place par Mustapha Kemal, afin que ce puissant pays reste laïc. Avant les évènements du printemps du Moyen Orient (2011), l’on avait arrêté certains militaires, mais dans cette zone maintenant fragilisée tout l’état major, armée de terre, marine, armée de l’air, a démissionné. Gardons en mémoire que la Turquie possède, et de loin, la plus puissante armée de l’OTAN après celle des Etats-Unis.

Comment vont réagir les foules qui envahissent la rue ? Ne risque-t-on pas d’avoir des situations à l’Irakienne, où l’on découvre avec étonnement qu’installer la « liberté », sans les aménagements progressifs et les études nécessaires, entraîne le déchirement des différentes religions et mène à l’exode massif de populations vers les pays voisins.

Il existe dans la situation présente du Moyen Orient une intervention occidentale préalable et méconnue, mêlant fonds publics et privés. Leur aboutissement a varié par le passé et leur effet variera selon les cas et les conditions. De toute façon, il ne faut jamais oublier qu’il ne s’agit aucunement d’éléments spontanés mais aidés, financés et parfois orientés par l’étranger, ce qui ne leur enlève pas nécessairement de la valeur, mais dont il nous faut à tout moment tenir compte dans nos jugements. L’enfer serait-il pavé de bonnes intentions ?

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