La verticalité

Maria Rodriguez McKey, Bernard Owen

Les institutions politiques françaises laissent apparaître des traces de l’Ancien régime parmi des ensembles idéologiques de ses nombreuses évolutions.  La verticalité est toujours présente.

De toute façon grâce à l’introduction des primaires et la disparition du principal opposant de droite en raison d’un conflit où le droit est intervenu dans la politique. Ceci a mené directement à l’effondrement des partis qui se sont rattachés à des personnes et des systèmes de pensée, ce qui à mené à la présence de 5 partis à l’Assemblée National.

Ainsi divisée l’Assemblée Nationale en tant que telle est à genou et la Présidence Macroniste est toute puissante.

Néanmoins, avec l’élection d’Emmanuel Macron, cette verticalité est devenue plus accentué par le fait que l’effondrement du système des partis politiques en a été la résultante.  Les élections législatives de 2017 ont crée une opposition de cinq partis allant de l’extrême droite au communistes, en passant par LR, le PS et le parti de Mélénchon. Il est évident qu’une opposition composée ainsi ne peut pas jouer son rôle car elle est divisée par des raisons soi-disant idéologiques mais, surtout, et c’est cela qui compte, l’électorat. Il ne faut jamais l’oublier car l’ensemble de l’électorat s’interroge. L’électorat est toujours majoritairement de gauche ou de droite dont l’importance des extrêmes varie selon les circonstances.

Le projet du Président Macron d’ajouter une dose de proportionnelle va, de surcroît, diviser l’électorat et les extrêmes vont s’en réjouir.

Dans ces conditions, quelles pourraient être les conséquences pour la V République ?  Quel parti politique pourra gagner la présidentielle et les législatives   et faire l’alternance?

La France se trouvera alors sur le terrain de l’Europe mais la verticalité du pouvoir sera accentuée et si dans le présent  la nature de notre Président ne présente guère de danger l’avenir nous est inconnu.

Voici deux articles sur la question électorale.

2012 : allons à l’essentiel

BERNARD OWEN | LE 11/03/2011

Nous sommes à un an des élections présidentielles, mais la France est en émoi. Chacun y va de son affirmation pour expliquer le phénomène Le Pen.

Dans les débats, l’on enregistre ça et là  « absence de confiance dans la classe politique », « la désaffection qui entraîne l’écroulement de la participation ». Or, la participation a ses règles, et se divise elle-même en participation structurelle et conjoncturelle. La première veut que l’on vote plus pour une présidentielle que pour une élection européenne. L’être humain connaît la valeur des choses. Pour se déplacer, il faut qu’il en comprenne la raison. Il n’y a pas un gouvernement européen, pas d’opposition… cela n’est pas dans nos habitudes… et à partir de là, il va voter ou il part à la pêche.

Pour les élections présidentielles, l’on se déplace à plus de 80 %. Ce pourcentage baisse à 77,6 % en 1969. L’on votait alors pour Alain Poher ou Georges Pompidou. L’on venait de perdre le Général de Gaulle. Il s’agissait dans ce cas d’une baisse conjoncturelle.

Dans les élections législatives, on trouve un vote structurel autour de 80 % des suffrages, mais elles sont très sensibles à la conjoncture, surtout quand elles suivent de près une élection présidentielle. L’élection de François Mitterrand, en 1981 (81,1 %), a été suivie d’une législative avec 70,9 % de participation. Pourquoi se déplacer si l’on avait voté pour le Président sortant : Giscard d’Estaing ? le socialiste avait gagné. On parlait de la gauche depuis les législatives de 1978, et c’était là que, pour la première fois, le Parti Socialiste avait dépassé le Parti Communiste (de peu, mais c’était symbolique). Autre effet conjoncturel sur les législatives de 1958 et 1962 (participation 77 % et 68,8 %). L’on ne voulait plus de la IVème République, mais les électeurs communistes ne pouvaient pas voter pour les gaullistes, alors on s’est abstenu.

Au mois de mars 2011, l’on parle (peu mais quand même) des cantonales. Eh bien ! en 1833, par exemple, la participation aux cantonales était de 67 %, et en 1993, de 70,7 %, tout en remarquant que les élections cantonales ont un niveau structurel inférieur à celui des élections municipales.

L’on entend aussi « la droite revient, ou le populisme revient », cela n’est pas nouveau. Cela s’est manifesté dès 1919. En France, Poujade (avec Le Pen en 1956), en Finlande avec Vennamo en 1968,  au Danemark Glistrup en 1973. En Norvège, Lange en 1973, les Pays Bas avec Pim Fortuyn en 2002. En Autriche Haider qui s’empare du petit parti libéral en septembre 1986 pour en faire un parti néo nazi qui se présentera comme structure d’accueil pour le votre contre un gouvernement de grande coalition pour atteindre en 1999 26.9% des suffrages. Il formera un gouvernement avec le Parti Démocrate Chrétien. Qu’un parti néo fasciste participe à un gouvernement a été très mal vu par les autorités européennes. Ceci bien à tort car aux élections suivantes (2002), il avait perdu sa place de structure d’accueil contre le gouvernement et chutait à 10.1% des suffrages. Maintenant, la Suède avec les forces populistes qui, jusque là, se manifestaient au sein des partis traditionalistes les uns après les autres. Tous ces dérapages ne découlent pas de failles chez l’être humain en tant qu’électeur, mais d’institutions vicieuses, et de systèmes électoraux (en particulier proportionnels) apportant une vision qui l’éloigne peu à peu de la réalité politique et de la bonne gouvernance. Vive l’Europe !

Mais revenons en France. L’équipe de France de football, il y a quelques années, a remporté la coupe du Monde. On nomme ensuite un nouveau sélectionneur : Domenech, et là défaite sur défaite, grève des joueurs, refus de serrer la main du sélectionneur Sud Africain … « Les guignols de l’info » s’en sont donnés à cœur joie. C’est bien le chef qui compte. Napoléon Ier remportait les batailles, mais quand il était absent, les troupes françaises étaient loin d’avoir autant de succès. En Russie, au moment où il subissait la débâcle, les Anglais avaient libéré l’Espagne et pénétraient en France.

Le chef est important. Le candidat Sarkozy était un très bon candidat, mais…trop de discours. Un sociologue a dit, en parlant de notre Président, qu’il racontait l’action gouvernementale comme une bande dessinée. Les « guignols de l’info » (encore eux) ont parlé d’une idée par jour. Trop de réformes lassent, car elles évoquent l’image d’un certain désordre. Cette impression de vouloir s’occuper de tout ne va-t-elle pas à l’encontre de l’esprit populaire qui considère cela comme une absence de recul mais cela va plus loin car à force d’être partout, d’agir sur les uns, sur les autres, cela suscite les oppositions qui s’ajoutent les unes aux autres. Cette opposition cumulée ne sera pas toute de gauche alors pourquoi pas Marine Le Pen ?

Ce premier sondage a immédiatement été suivi de deux autres plus rassurants pour l’UMP mais le Parti Socialiste a sans attendre pris conscience du danger.

Les conséquences de la commission Jospin

BERNARD OWEN | LE 10/11/2012

La politique, les modes de scrutin : quel est le lien ? Une dose par ci, une dose par là, et les conséquences ?

La Commission Jospin, décret n° 2012 -875 du 16 juillet 2012 devait mener à la rénovation de la vie politique, mais on n’a pas souhaité nous interroger. Serions-nous à ce point prétentieux pour nous en offusquer ? Nous sommes convaincus que la Commission est composée de personnes de savoir, alors que pouvions-nous apporter ? …. Or, il se trouve que nous sommes l’une des rares équipes de par le monde, qui travaille sur les effets des systèmes électoraux. Nous avons même le seul diplôme d’université portant uniquement sur les élections, et nos étudiants viennent de tous les pays. L’enseignement comprend douze intervenants, chacun maître dans sa spécialité.

De toute façon, nous sommes marginalisés par le gouvernement, alors que le même gouvernement a pourtant fait appel à Louis Gallois pour effectuer un rapport « Pacte pour la compétitivité de l’industrie française ». A la lecture de ce pacte, le « Wall Street Journal » s’est montré favorable, c’était bien la première fois qu’il n’a pas critiqué la politique française. A entendre les uns et les autres, c’est même la première fois que le gouvernement, en dehors de son Ministre de l’Intérieur, s’est montré convainquant.

Mais, de la proportionnelle pour les élections législatives représente le mal incarné. Depuis son invention, en 1787, la proportionnelle a mené à l’instabilité gouvernementale, aux gouvernements chargés des affaires courantes, et a accordé une énorme importance aux structures d’influence électorale, sans mentionner les coups d’état résultant d’un pays incapable de se gouverner. Weimar avait un Reichstag élu selon un système des plus proportionnels. Le vote nazi est passé de 2,6 % des suffrages en 1928, à 18 % des suffrages en 1930. La proportionnelle (même sous la quantité d'une « dose ») ne devrait être adoptée que dans un but et des circonstances bien étudiés, ce qui ne peut pas être le cas en France.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’on ne vote pas de la même façon face à un scrutin majoritaire que face à un scrutin proportionnel. Le scrutin majoritaire intègre et effectue une synthèse des diverses opinions, la proportionnelle pousse à la ségrégation. Le danger s’accentue dans certaines circonstances, par exemple, en cas de régime présidentiel ou quasi présidentiel, car la présidence a vite fait de prendre l’ascendant sur un parlement affaibli, et certes, cela ne favorise pas la démocratie.

Veut-on revenir à la gauche plurielle ?  Pas plus tard que mercredi, je parlais à un étudiant de l’échec du Premier Ministre Jospin, en 2002. Nous développions les raisons de cet échec, il a mentionné la gauche plurielle, qui a pu favoriser cet échec, mais un autre élément de poids est également intervenu : la cohabitation, longue de cinq ans. En effet, la majorité des citoyens du monde s’intéressent à la politique, mais sans approfondir le fonctionnement des institutions. De 1997 à 2002, beaucoup de citoyens Français ont vu un Président de droite, un Premier Ministre et un gouvernement de gauche. Une certaine confusion est apparue entre « cohabitation » et « collaboration », ce qui naturellement a mené à un affaiblissement de la filiation politique de certains. Depuis, l’on s’est débarrassé en partie du danger de la cohabitation, mais, s’il vous plaît, ne touchez surtout pas au mode de scrutin des législatives.

Ceci n’a pas pour but de convaincre mais d’intervenir dans ce que nous considérons comme une grave erreur, et de vous conseiller de consulter nos textes sur le site des « Echos », où vous trouverez une quarantaine d’articles portant sur les élections, non seulement en France, mais dans de nombreux pays où nous intervenons.

La « dose de proportionnelle » sera  accueillie avec enthousiasme par tous les extrémistes, de gauche ou de droite, qui obtiendront ainsi une indépendance au sein de l’Assemblée, quitte à ce qu’une aggravation de la crise financière leur permette d’empiéter sur les sièges majoritaires, et pourquoi pas, encore une fois, d’accéder au deuxième tour des présidentielles ?

En savoir plus sur http://archives.lesechos.fr/archives/cercle/2011/03/11/cercle_33901.htm#pfx5GStOiy0x45Dy.99

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