L’affaire politico judiciaire BENALLA. Affaire d’Etat ? Scandale international ?

« Qu’ils viennent me chercher! »

Monique Cochinal

Acte I

En juillet 2018, nous apprenons les violents agissements d’un certain Alexandre Benalla et de son coéquipier et ami Vincent Crase, deux fidèles amis du Président Macron, lors des manifestations du 1er mai à Paris. La vidéo diffusée dans les médias prend beaucoup d’ampleur. On ne parle plus que de ce Monsieur Benalla, garde du corps, dit-on, du Président Macron, depuis le début de sa campagne électorale, et de ce Monsieur Crase, un des fondateurs du parti tout nouveau : La République en Marche. Que faisaient-ils là à tabasser des manifestants ? Comme l’Elysée se tait, semblant ignorer toutes les rumeurs, une commission d’enquête au Sénat est ouverte, car c’est le rôle du Sénat de vérifier le bon fonctionnement de nos institutions : pouvoir exécutif, pouvoir législatif, pouvoir judiciaire, Ministère de l’Intérieur. D’audiences en audiences, on soupçonne de plus en plus une grande connivence entre le Président et son très fidèle ami, qu’il protège : « oui il est fautif, oui, malgré tout, il l’apprécie car c’est un excellent organisateur, dévoué corps et âme, oui le président se sent en sécurité auprès de lui, mais c’est une affaire classée, une grosse bêtise, rien de plus. Il va même téléphoner au Président du Sénat : le Sénateur Larcher pour lui demander d’arrêter ces auditions, ils ont d’autres nombreuses occupations à faire …… Mais, comme nos sénateurs, avides de vérité, continuent, interrogent avec beaucoup de doigté et de conscience, notent leurs impressions, notre Président furieux lance, dans une harangue auprès de ses plus fidèles collaborateurs : « Enfin, c’en est assez, je suis responsable, je l’ai dit, s’ils veulent me poser des questions, qu’ils viennent me chercher ». Oh ! La malheureuse phrase de trop ! Elle va le poursuivre : plusieurs mois après, elle est encore reprise par quelques braves femmes en tête de cortège des gilets jaunes s’approchant de l’Elysée et venant chercher le Président.

A la fin de cette première série d’audiences, Alexandre Benalla affirme qu’il est chômeur, qu’il n’a plus aucun contact avec son ami Macron, qu’il a laissé armes, passeports, papiers officiels dans le tiroir de son bureau. Il a dû quitter son appartement de fonction et déménager. Plus aucune fonction auprès du Président. Il est dorénavant entre les mains de la justice, il faut laisser faire la justice (Il a fallu attendre trois mois pour que la justice intervienne …. Elle a été beaucoup plus rapide pour mettre en examen le principal opposant du candidat Macron, lors de la dernière campagne électorale). N’y aurait-il pas un traitement de faveur à l’égard de ce cher Benalla ?

Acte II

Le journal « Médiapart » nous apprend, de source sûre, que Monsieur Benalla, toujours en examen, fait des affaires, rencontre les dirigeants du Tchad, ceux du Maroc, possède à lui tout seul quatre passeports diplomatiques, et mène belle vie : superbes hôtels, avion privé auprès de très gros industriels étrangers. Il est reçu partout avec beaucoup d’égard. A nouveau, de nombreuses questions se posent. A nouveau, le Sénat demande à Monsieur Benalla de se présenter devant leur commission d’enquête, ainsi que Monsieur Crase et d’autres personnes du Ministère de l’Intérieur. A-t-il menti devant les sénateurs ? Comment avait-il en sa possession encore des passeports diplomatiques ? Quelles affaires traitait-il au Tchad, au Maroc ? Pour le compte de qui ? Nos sénateurs, vraiment contrariés, n’ont obtenu aucune réponse, car ce malin de Benalla, conseillé par son avocate, répétait : « je ne peux pas répondre à cette question, le dossier est entre les mains de la justice, l’enquête est en cours ».

Acte III

Aujourd’hui, A. Rouget, journaliste de « Médiapart » révèle qu’au mois de juillet déjà, Alexandre Benalla a mis en place avec son ami Crase un contrat de sécurité avec un proche de Vladimir Poutine accusé de liens mafieux. Un autre contrat a été signé, en décembre, avec un second oligarque. Les deux contrats ont rapporté la modique somme de 2 millions d’Euros. Une partie a été versée au Maroc.

Quelques jours avant, le journal « Médiapart » avait diffusé un enregistrement téléphonique entre Benalla et son ami Crase, affirmant à son ami quelque peu inquiet, qu’il n’avait rien à craindre, que le « patron » les soutenait toujours, il était avec eux, il lui avait dit : «  tu vas les bouffer…. Tu es le plus fort … ».

La petite bêtise devient une affaire d’Etat et maintenant un complot international, même si Monsieur Castaner minimise l’affaire, une fois de plus. Il va falloir très vite une mise au point sérieuse de l’Elysée et de son gouvernement. Une bonne partie de nos institutions sont touchées : en premier, le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif, le Ministère de l’Intérieur, le Ministère des Affaires Etrangères, le Ministère de la justice. Heureusement, il nous reste le Sénat et nos sénateurs….