Le garde du corps de Macron est un proche de Benalla, spécialiste de «l’effraction» et de «l’infiltration»

22 MARS 2019 PAR FABRICE ARFIANTTON ROUGET ET MARINE TURCHI

MEDIAPART

L’actuel principal garde du corps d’Emmanuel Macron est un proche d’Alexandre Benalla, dont il a poussé au recrutement à l’Élysée dans des conditions dérogatoires. L’homme en question, Christian Guédon, est aussi, d’après son C.V. consulté par Mediapart, un spécialiste dans les « domaines […] de l’effraction et de l’infiltration », ainsi que « des techniques d’ouverture discrètes des serrures de bâtiments et véhicules » à des fins judiciaires. 

Dans le jargon de la protection rapprochée, Christian Guédon est « l’épaule » du président de la République. C’est le garde du corps le plus proche du chef de l’État, garant de son intégrité physique dans chacun de ses déplacements. Depuis le début du grand débat national, on le voit, des heures durant, dans l’axe des caméras de la télévision, scrutant les faits et gestes d’Emmanuel Macron au milieu des participants.

Mais Christian Guédon n’est pas qu’un membre dévoué du groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR). C’est aussi un homme placé par Alexandre Benalla dans des conditions inhabituelles. La preuve définitive que, contrairement aux déclarations de représentants de l’Élysée, Benalla avait bien engagé la refondation de la protection du chef de l’État, en vue de créer une structure à sa main, une « brigade du chef » composée de gendarmes de réserves et d’anciens policiers échappant au contrôle direct du ministère de l’intérieur.

Notre enquête montre que :

  • Christian Guédon a été intégré au sein du GSPR grâce à Alexandre Benalla et dans des conditions dérogatoires aux règles jusqu’ici en vigueur.
  • Spécialisé dans les « domaines technique et tactique de l’effraction et de l’infiltration », Christian Guédon a travaillé pendant plusieurs années pour des sociétés de sécurité privée en Afrique et au Moyen-Orient.
  • Christian Guédon a continué à échanger avec Alexandre Benalla après son départ de l’Élysée. Il s’est même rendu en sa compagnie, à la fin de l’été, chez un trouble intermédiaire syrien domicilié à Paris.

Ancien membre du Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale (GIGN), Christian Guédon fut garde du corps d’Emmanuel Macron pendant la présidentielle. Il a d’abord été rémunéré à travers sa société « CGSolution » au lancement d’En Marche! (voir une facture ici), avant de signer un CDI avec le parti le 19 septembre 2016 (voir un bulletin de paie ici).

Il a ensuite travaillé sous l’autorité directe d’Alexandre Benalla à l’embauche officielle de ce dernier en qualité de responsable de la sécurité du mouvement, le 5 décembre 2016. Guédon est « un gars très sérieux », considère-t-on chez LREM.

Mediapart avait raconté en août comment l’ancien gendarme avait ensuite été intégré au Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR), alors qu’il avait pourtant quitté la gendarmerie depuis plusieurs années. Sa reprise d’activité avait été jugée irréalisable administrativement par la hiérarchie de la gendarmerie. Mais le président a obtenu gain de cause pour faire entrer Guédon dans l’unité de protection présidentielle.

La commission d’enquête sénatoriale sur l’affaire Benalla a confirmé le caractère atypique de cette nomination. « Alors même que le recrutement des agents du GSPR ne relève, en théorie, que du chef du GSPR, au moins un agent aurait été recruté au sein du GSPR après avoir été recommandé par Alexandre Benalla », se sont étonnés les sénateurs, dans leur rapport d’information (à retrouver en intégralité ici).

Lors de son audition devant la commission le 19 septembre 2018, Alexandre Benalla n’a pas contesté son rôle dans le recrutement de M. Guédon, tout en le relativisant : « Sans émettre, à proprement parler, un avis, j’ai pu dire le bien que je pensais d’une personne, en soulignant qu’il s’agissait d’un grand professionnel et qu’il serait bon qu’il rejoigne les rangs du GSPR. Ce policier a été soumis aux tests, au processus de sélection normal ; il disposait de toutes les compétences requises, et il a été recruté. »

Guédon a certes été soumis à des tests mais, contrairement à ce que soutient Benalla, son recrutement « n’a pas été fait dans le respect des règles habituellement applicables au GSPR », ont souligné les sénateurs.

Sans remettre en cause les « compétences de ce professionnel », la commission d’enquête a constaté « que le seul fait qu’il ait pu être intégré au sein du dispositif de sécurité du président de la République révèle les limites du cadre réglementaire applicable à l’organisation et à la composition du GSPR, qui ne paraît pas garantir que seuls des policiers et gendarmes d’active [en activité – ndlr] dûment formés et sélectionnés puissent y être nommés ».

Aucun texte ne régit formellement le mode de recrutement des membres du GSPR mais la « pratique constante » imposait jusqu’ici que celui-ci « ne soit composé que de fonctionnaires de police et de militaires de la gendarmerie ». Christian Guédon a, lui, quitté la gendarmerie en 2010 et n’était donc plus en activité dans le service public depuis de longues années.

Quand il était gendarme comme chef d’unité opérationnelle, Christian Guédon avait une spécialité pour le moins particulière. Il a été le « créateur », en 2002, de la « cellule ouverture fine au GIGN ». Sa spécialité : les « techniques d’ouverture discrètes des serrures de bâtiments et véhicules à des fins judiciaires », revendique-t-il dans son C.V., consulté par Mediapart. Il forme aussi les agents dans les « domaines technique et tactique de l’effraction et de l’infiltration ». La gendarmerie nous a confirmé l’existence de la « cellule ouverture » du GIGN, ainsi que sa création en 2002.

Fort de cette expérience, Guédon part dans le privé en 2010. « Il avait une solide réputation », explique à Mediapart son premier employeur, Frédéric Gallois, ancien patron du GIGN ayant cofondé quelques mois plus tôt l’entreprise Gallice Security. Pour cette société, Guédon part en Afrique, où Gallice a des marchés avec plusieurs chefs d’État (Mali, Centrafrique ou encore Gabon).

Frédéric Gallois déclare que M. Guédon assure alors la formation des forces de sécurité gabonaises avant la coupe d’Afrique des nations (CAN) de 2012. « Nous avons utilisé plusieurs instructeurs en free lance. Christian Guédon en faisait partie », explique-t-il. S’est-il appuyé sur son savoir-faire en « ouvertures discrètes » « Non, il s’est occupé de choses très simples, comment organiser un convoi, comment organiser une équipe de sécurité. Toute personne qui sort du GIGN maîtrise ces standards de sécurité », détaille M. Gallois.

Christian Guédon change ensuite d’employeur et bourlingue à travers le monde : de la « contre-piraterie maritime » dans l’océan Indien pour la société Triskel, enregistrée à Londres et opérant depuis Djibouti, des opérations de sécurité électronique au Qatar, etc. En 2013, Guédon assure une formation de sniper en Arabie saoudite.

Depuis 2011, « nous l’avions perdu de vue, avant de le voir réapparaître au GSPR », explique Frédéric Gallois.

 

Le garde du corps de Macron est un proche de Benalla, spécialiste de «l’effraction» et de «l’infiltration»

22 MARS 2019 PAR FABRICE ARFIANTTON ROUGET ET MARINE TURCHI

L’actuel principal garde du corps d’Emmanuel Macron est un proche d’Alexandre Benalla, dont il a poussé au recrutement à l’Élysée dans des conditions dérogatoires. L’homme en question, Christian Guédon, est aussi, d’après son C.V. consulté par Mediapart, un spécialiste dans les « domaines […] de l’effraction et de l’infiltration », ainsi que « des techniques d’ouverture discrètes des serrures de bâtiments et véhicules » à des fins judiciaires. 

Dans le jargon de la protection rapprochée, Christian Guédon est « l’épaule » du président de la République. C’est le garde du corps le plus proche du chef de l’État, garant de son intégrité physique dans chacun de ses déplacements. Depuis le début du grand débat national, on le voit, des heures durant, dans l’axe des caméras de la télévision, scrutant les faits et gestes d’Emmanuel Macron au milieu des participants.

Mais Christian Guédon n’est pas qu’un membre dévoué du groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR). C’est aussi un homme placé par Alexandre Benalla dans des conditions inhabituelles. La preuve définitive que, contrairement aux déclarations de représentants de l’Élysée, Benalla avait bien engagé la refondation de la protection du chef de l’État, en vue de créer une structure à sa main, une « brigade du chef » composée de gendarmes de réserves et d’anciens policiers échappant au contrôle direct du ministère de l’intérieur.

Notre enquête montre que :

  • Christian Guédon a été intégré au sein du GSPR grâce à Alexandre Benalla et dans des conditions dérogatoires aux règles jusqu’ici en vigueur.
  • Spécialisé dans les « domaines technique et tactique de l’effraction et de l’infiltration », Christian Guédon a travaillé pendant plusieurs années pour des sociétés de sécurité privée en Afrique et au Moyen-Orient.
  • Christian Guédon a continué à échanger avec Alexandre Benalla après son départ de l’Élysée. Il s’est même rendu en sa compagnie, à la fin de l’été, chez un trouble intermédiaire syrien domicilié à Paris.

Ancien membre du Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale (GIGN), Christian Guédon fut garde du corps d’Emmanuel Macron pendant la présidentielle. Il a d’abord été rémunéré à travers sa société « CGSolution » au lancement d’En Marche! (voir une facture ici), avant de signer un CDI avec le parti le 19 septembre 2016 (voir un bulletin de paie ici).

Il a ensuite travaillé sous l’autorité directe d’Alexandre Benalla à l’embauche officielle de ce dernier en qualité de responsable de la sécurité du mouvement, le 5 décembre 2016. Guédon est « un gars très sérieux », considère-t-on chez LREM.

Mediapart avait raconté en août comment l’ancien gendarme avait ensuite été intégré au Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR), alors qu’il avait pourtant quitté la gendarmerie depuis plusieurs années. Sa reprise d’activité avait été jugée irréalisable administrativement par la hiérarchie de la gendarmerie. Mais le président a obtenu gain de cause pour faire entrer Guédon dans l’unité de protection présidentielle.

La commission d’enquête sénatoriale sur l’affaire Benalla a confirmé le caractère atypique de cette nomination. « Alors même que le recrutement des agents du GSPR ne relève, en théorie, que du chef du GSPR, au moins un agent aurait été recruté au sein du GSPR après avoir été recommandé par Alexandre Benalla », se sont étonnés les sénateurs, dans leur rapport d’information (à retrouver en intégralité ici).

Lors de son audition devant la commission le 19 septembre 2018, Alexandre Benalla n’a pas contesté son rôle dans le recrutement de M. Guédon, tout en le relativisant : « Sans émettre, à proprement parler, un avis, j’ai pu dire le bien que je pensais d’une personne, en soulignant qu’il s’agissait d’un grand professionnel et qu’il serait bon qu’il rejoigne les rangs du GSPR. Ce policier a été soumis aux tests, au processus de sélection normal ; il disposait de toutes les compétences requises, et il a été recruté. »

Guédon a certes été soumis à des tests mais, contrairement à ce que soutient Benalla, son recrutement « n’a pas été fait dans le respect des règles habituellement applicables au GSPR », ont souligné les sénateurs.

Sans remettre en cause les « compétences de ce professionnel », la commission d’enquête a constaté « que le seul fait qu’il ait pu être intégré au sein du dispositif de sécurité du président de la République révèle les limites du cadre réglementaire applicable à l’organisation et à la composition du GSPR, qui ne paraît pas garantir que seuls des policiers et gendarmes d’active [en activité – ndlr] dûment formés et sélectionnés puissent y être nommés ».

Aucun texte ne régit formellement le mode de recrutement des membres du GSPR mais la « pratique constante » imposait jusqu’ici que celui-ci « ne soit composé que de fonctionnaires de police et de militaires de la gendarmerie ». Christian Guédon a, lui, quitté la gendarmerie en 2010 et n’était donc plus en activité dans le service public depuis de longues années.

Quand il était gendarme comme chef d’unité opérationnelle, Christian Guédon avait une spécialité pour le moins particulière. Il a été le « créateur », en 2002, de la « cellule ouverture fine au GIGN ». Sa spécialité : les « techniques d’ouverture discrètes des serrures de bâtiments et véhicules à des fins judiciaires », revendique-t-il dans son C.V., consulté par Mediapart. Il forme aussi les agents dans les « domaines technique et tactique de l’effraction et de l’infiltration ». La gendarmerie nous a confirmé l’existence de la « cellule ouverture » du GIGN, ainsi que sa création en 2002.

Fort de cette expérience, Guédon part dans le privé en 2010. « Il avait une solide réputation », explique à Mediapart son premier employeur, Frédéric Gallois, ancien patron du GIGN ayant cofondé quelques mois plus tôt l’entreprise Gallice Security. Pour cette société, Guédon part en Afrique, où Gallice a des marchés avec plusieurs chefs d’État (Mali, Centrafrique ou encore Gabon).

Frédéric Gallois déclare que M. Guédon assure alors la formation des forces de sécurité gabonaises avant la coupe d’Afrique des nations (CAN) de 2012. « Nous avons utilisé plusieurs instructeurs en free lance. Christian Guédon en faisait partie », explique-t-il. S’est-il appuyé sur son savoir-faire en « ouvertures discrètes » « Non, il s’est occupé de choses très simples, comment organiser un convoi, comment organiser une équipe de sécurité. Toute personne qui sort du GIGN maîtrise ces standards de sécurité », détaille M. Gallois.

Christian Guédon change ensuite d’employeur et bourlingue à travers le monde : de la « contre-piraterie maritime » dans l’océan Indien pour la société Triskel, enregistrée à Londres et opérant depuis Djibouti, des opérations de sécurité électronique au Qatar, etc. En 2013, Guédon assure une formation de sniper en Arabie saoudite.

Depuis 2011, « nous l’avions perdu de vue, avant de le voir réapparaître au GSPR », explique Frédéric Gallois.

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