Le gouvernement d’union nationale : la grande illusion

Bernard Owen

Il y a des idées qui voltigent ici et là mais la gouvernance c’est autre chose. Je me permets quelques remarques sur le titre d’une intervention de Robert Bourbon « pour un indispensable gouvernement d’union nationale ».

Monsieur Bourbon continue ainsi « le gouvernement travaille pour la France et non pour une partie …. ». Plus loin il parle de « clivage stérile et idéologique ». Soyons pragmatique. Quant au socialisme, il s’agit d’un mot. Avant 1983, un socialiste français bondissait quand on le qualifiait de social-démocrate. Après cette date, ce mot « social-démocrate »ne blessait personne. Les nationalisations ont disparu, ainsi que, pendant la longue cohabitation de 1997-2002 où le Premier Ministre Jospin a dénationalisé autant que faire se peut. Mais voilà, l’ambigüité de la cohabitation gauche-droite plurielle a coûté au premier ministre sa place au deuxième tour de l’élection présidentielle.

Notre ami Robert Bourbon se lance facilement dans l’idéalisme littéraire « changement de culture » dans une cohérence globale. Pour terminer en citant le socialisme gestionnaire à la suédoise. Or, le Parti Socialiste Suédois est au pouvoir depuis 1920 à trois exceptions près. Ce parti est fortement intégré au syndicalisme, qu’il a introduit à tous les niveaux de l’administration sociale. La majorité de la population est obligée de passer à un quelconque niveau par le syndicat (70 %). Le parti conservateur est actuellement au pouvoir et a pour but de faire perdre aux citoyens leur nature « d’ assistés ».

Quant aux autres pays scandinaves, le Danemark, par exemple, dès 1973, ses citoyens ont commencé à réagir contre le trop d’impôts. Dès cette année-là, le Danemark a possédé un parti, toujours en place, qui a été à deux reprises le deuxième parti au Parlement. Un chercheur danois bien connu disait : « Il y a quelque chose de pourri dans le Royaume du Danemark ».

Concernant l’intérêt d’un gouvernement d’union nationale, notre ami affiche l’idée d’un « indispensable gouvernement d’union nationale ». L’Europe a eu, pour son malheur, de nombreux gouvernements « d’union nationale ». Dans nos ouvrages et articles où nous traitons la question, nous voyons que les gouvernements de grande coalition ont toujours mené à de moindres catastrophes depuis la dernière guerre, mais à de tragiques catastrophes avant la guerre. Voyons un peu – admettons que le gouvernement possède une majorité parlementaire de 80 % de députés. Bravo ! La presse, les commentateurs s’en réjouissent, mais … et le « mais » est d’importance, lors des prochaines législatives, pour qui vont voter les personnes qui sont mécontentes de l’action du gouvernement ? Elles vont regarder à droite, à gauche et choisir soit un parti ou une personne, qui n’aurait eu aucune chance d’être élu, s’il ne s’était pas présenté comme la seule, ou tout au moins, la plus importante structure d’accueil pour le vote contre le gouvernement. Certes, les gentils démocrates ou idéalistes oublient que le dénommé Hitler a été élu dans ces conditions.

En temps de paix, le gouvernement doit fournir une image d’autorité et de connaissance, et disposer d’une majorité au parlement, alors que l’opposition peut se faire l’avocat des positions contraires. Il s’agit d’un contrepoids au pouvoir, par exemple, en Grande Bretagne, l’opposition met en place un « shadow government ».

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