Le rôle d’un homme dans la destruction d’un parti

La nature de notre actuel Président de la République nous fait craindre qu’il se lance ans des aventures incontrôlables.

Alors,  nous avons cru devoir relater une expérience en Grande Bretagne en 1918 ou un homme politique du Parti Libéral (le parti de gauche depuis le  XIX ème siècle)) a bouleversé la vie des partis britanniques.

David Lloyd George

Lloyd George était beau parleur mais une forte personnalité. La Grande Bretagne s’en est sortie avec le temps et la présence d’une structure syndicale unie.

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http://www.senat.fr/international/colloprocessuselectoral2011/colloprocessuselectoral20111.html

« Le système électoral et son effet sur la représentation parlementaire des partis : Le cas européen »,LGDJ Bernard Owen,  Maria Rodriguez-McKey

 CHAPITRE II  MODIFICATION PROFONDE DE LA STRUCTURE D’ACCUEIL POUR LE VOTE : 1918 OU L’ELECTION A « COUPONS ».

En raison des péripéties de la politique interne qui se déroulèrent pendant la guerre, la situation des partis, lors de cette élection, représente une rupture totale par rapport à l’époque précédente.  Le « Labour » soutient l’administration libérale avant la guerre et participe au gouvernement de 1915 à 1918.  Les libéraux, sous la direction d’Asquith, sont au gouvernement à la déclaration de la guerre.  La guerre commence mal pour la Grande Bretagne: Gallipoli, la Serbie, la Mésopotamie, la Roumanie.

Le gouvernement libéral démissionne à partir de deux scandales: celui des obus et celui des Dardanelles, le 17 mai 1915.  La presse, soutenant les conservateurs, est extrêmement virulente.  Asquith revient au gouvernement mais qui comprend cette fois un nombre de ministres conservateurs. Vingt deux ministres conservateurs au Cabinet contre vingt six libéraux et trois « Labour ». Treize autres ministres conservateurs contre onze libéraux, un « Labour » et un nationaliste sont hors du cabinet.  Asquith, très diplomate, modifie ses décisions chaque fois qu’il craint le départ d’un ministre.  Les points forts: la loi sur la conscription des célibataires en janvier 1916, et la loi sur la conscription des hommes mariés en avril 1916, difficiles à faire admettre car les libéraux sont, par principe, contre la contrainte de la conscription militaire.

La fin du gouvernement a lieu le 5 décembre 1916, et Lloyd George forme le nouveau gouvernement.  Le gouvernement Lloyd George comprend 26 conservateurs contre 16 libéraux et 4 « Labour » (dans le cabinet) et six ministres conservateurs hors du Cabinet contre neuf libéraux.[1] Il est important de noter que, quelques jours plus tard, le 8 décembre 1916, Asquith s’assure de la présidence du Parti Libéral et contrôle ainsi les fonds du parti. Lloyd George crée son propre quartier général (plus de douze employés) et commence alors à créer un fonds propre à partir de la « honours list ».  A partir de la prise de pouvoir de Lloyd George, celui-ci apparaît comme ayant l’enthousiasme de celui qui mène le pays à la victoire alors qu’Asquith adopte la neutralité politique où il met de côté ses propres convictions au nom du soutien de principe au gouvernement dans ses efforts de guerre.  Il entraîne avec lui les députés libéraux et maintient ainsi une unité, certes précaire, mais une unité quand même.

La divergence entre les deux hommes ne diminue pas avec la fin de la guerre. Le 12 novembre 1918, Lloyd George déclare son intention de se présenter immédiatement aux élections en tant que chef de la coalition. Il le fait au 10 Downing Street devant 150-200 députés libéraux.  Le 16 novembre, Lloyd George invite les électeurs à examiner les acquis des libéraux prétendant le soutenir. Quelques jours plus tard, il publie une liste cosignée par le conservateur Bonar-Law de candidats reconnus comme soutenant la coalition.  La liste comprend: 159 libéraux et 364 conservateurs.  C’est Asquith qui invente le terme de « coupon » qui est adopté par tous et servira pour qualifier l’élection de 1918 de « coupon election ».  Sur les 159 libéraux à « coupon », 136 sont élus ainsi que 333 des 364 conservateurs avec « coupon ».  Neuf NDP ont été accordés le « coupon »; il s’agit de membres du « Labour » qui s’engagent à soutenir la coalition et qui seront élus.

Il a souvent été dit que pour gagner un siège il fallait le « coupon ».  Or, Trevor Wilson indique deux cas où la victoire revient à des conservateurs sans « coupon ».  Asquith se fait battre par un obscur conservateur, alors que le quartier général conservateur lui avait refusé le coupon (Lloyd George voulait ménager le président du Parti Libéral).  Il cite aussi le cas de Manchester où Lloyd George, ne voulant pas indisposer le grand journal libéral « The Manchester Guardian » n’accorde que quatre « coupons » sur les dix circonscriptions.  Les conservateurs ont huit candidats qui sont tous élus.  Les deux autres élus sont « Labour » sans opposition des conservateurs car ils avaient soutenu le gouvernement pendant la guerre.

Trevor Wilson en déduit que c’est le fait d’être conservateur (ou de ne pas avoir de  conservateur contre soi) qui est l’élément déterminant. Or, une autre interprétation est possible.  Il s’agit alors de tenir compte de la profonde modification des structures d’accueil pour le vote à droite et surtout à gauche.  Les électeurs habituellement à droite, votant pour le Parti Conservateur, votent en 1918 pour le candidat à « coupon » même si celui-ci est le député sortant élu en tant que libéral, car il soutient la coalition gouvernementale et l’électeur reste en accord avec l’association conservateur locale qui soutient le candidat à « coupon ».  Certains électeurs conservateurs irréductibles ne voudront pas voter pour l’ennemi de toujours : le candidat libéral, même muni d’un coupon. Mais alors pour qui voter ? son vote n’a pas de structure d’accueil correspondante. Les électeurs votant de tout temps à gauche sont dans une position très différente. Le Parti Libéral qui reçoit jusque là leur vote prend un double aspect contradictoire : Soit, il se confond avec les conservateurs (dans le cas de « coupon »), soit il se présente comme candidat d’un parti qui ne présente plus qu’un nombre insuffisant de candidats sur le terrain national. De toute façon, les associations libérales sont en crise ne sachant pas quelle attitude prendre à l’égard des candidats libéraux à « coupon ». Reviendront-ils dans le camp libéral?  Faut-il s’y opposer avec énergie ou faut-il laisser la porte ouverte pour un retour éventuel?  D’autre part, le « Labour », fort de son assise syndicale, présente un plus grand nombre de candidats et se présente comme le véritable parti de gauche avec un programme électoral influencé par le gauchissement des tendances de gauche européennes, provoqué par la révolution bolchevique.

Considéré de cette façon, la défaite d’Asquith dans sa circonscription ne doit pas être prise comme la victoire d’un conservateur inconnu du seul fait qu’il portait l’étiquette de son parti, mais comme la défaite d’un libéral très connu en tant qu’individu mais portant les couleurs d’un parti dont les positions, par rapport à la gauche et la droite, n’étaient plus perceptibles au niveau de la nation quant aux positions : gouvernement – opposition.  De toute façon les députés sortants à « coupons » ne représentent-ils pas la grande coalition gouvernementale qui a gagné la guerre ?  Lloyd George n’est-il pas le héros de la guerre ?  Le Parti libéral était devenu subitement un tiers parti en dehors des grands courants de la vie politique de Grande Bretagne.

Thomas Mackie et Richard Rose[2] indiquent le nombre de candidats par parti et c’est là qu’apparaît le premier signe de la recomposition du système de partis britannique.  En décembre 1910 le Parti Libéral présente 467 candidats, et le Parti Travailliste 56.  Nous avons déjà constaté que, dans la plupart des circonscriptions, ces deux partis ne pratiquent pas l’opposition de candidatures. Cela veut dire, que de manière électorale, ces deux formations se comportent comme un seul parti. En ajoutant les deux (467+56) nous obtenons 523 candidats, à peine moins que les 548 candidats conservateurs.  En 1918, la situation est totalement différente. La non-opposition de candidature est, cette fois, au niveau des candidats « à coupon » c’est à dire 364 conservateurs et 159 libéraux de Lloyd George, ce qui représente un total de 523 candidats.  Le Parti Libéral ne réussit à trouver que 276 candidats alors que le Parti Travailliste le dépasse largement avec 376 candidats.

SECTION I LA POSITION GENERALE DES CANDIDATS TRAVAILLISTES PAR RAPPORT AUX SIEGES OBTENUS.

Thomas Mackie et Richard Rose indiquent[3] que 62 sièges sont obtenus par les Travaillistes (le « Labour »). Leur chiffre est obtenu d’après « Craig’s Parliamentary Statistics » qui est l’ouvrage de base de notre étude.  En consultant avec attention ces statistiques, nous obtenons 58 sièges obtenus par un candidat clairement « Labour », présentés par l’organisation nationale. En plus de ces 58 sièges nous trouvons trois cas de candidats dont l’étiquette est celle « ind. Lab » mais qui deviennent « lab » par la suite :

  • Newcastle under Lyme
  • West Ham – Silvertown
  • Aberdeen North

Nous trouvons aussi un cas de candidat « ind. Lab » s’opposant à un « Co.L » (ce qui représente un libéral ayant accepté le coupon, n’ayant donc pas d’opposition de la part d’un candidat conservateur) à:

  • Anglesy

Notons les difficultés de bien classer les candidatures par affiliation politique, car F.W.S. Craig dans « British General Election Manifestos 1900-1974 »,[4] indique que 57 sièges ont été obtenus par le « Labour ».  Parmi les députés « Labour » élus, 23 sièges avaient un député sortant « Labour » dont cinq proviennent de circonscriptions à deux sièges où le lien entre libéral et « Labour » est très fort.  Le trouble des associations politiques locales apparaît car le libéral et le « Labour » sont élus sans opposition.  A Stockport les candidats libéral et « Labour » sont pour la coalition mais sans « coupon ».  A Bolton, le libéral a le « coupon » et, il semblerait, entraîne le « Labour » qui, lui, est sans « coupon ».  Norwich présente une situation peu claire où le libéral et le « Labour » auraient le « coupon » sans que cela soit bien établi.  Dundee est l’objet d’une entente libéral – « Labour » depuis 1906.  W.L.S. Churchill est le député sortant libéral depuis le 9 mai 1908 et chaque fois occupe la première place.  En 1918, Churchill retrouve son siège en tant que Co L ainsi que A. Wilkie en tant que « Labour » mais il est intéressant de noter qu’en plus de deux candidats SPP (Scottish Prohibition Party) se trouve un autre candidat « Labour ».  Il semblerait que le Parti Travailliste souhaitait présenter deux de ses propres candidats, mais que l’électorat a continué à voter comme par le passé.  Un autre cas présente l’exception, Derby, où le candidat « Labour » est élu en même temps que le conservateur, le libéral n’arrivant qu’en troisième position.

Les vingt trois circonscriptions pour lesquelles le « Labour » possède un député sortant sont les suivantes :

 

Bolton (deux sièges) Manchester Platting (nouvelle circonscription, rapport avec Manchester North East)

 

Deptford Newcastle under Lyme

 

Derby (deux sièges) Norwich (deux sièges)

 

Dundee (deux sièges) Rhondda West (nouvelle circonscription, rapport avec Glamorganshire Rhondda)

 

Durham – Barnard Castle Saint Helens

 

Fife Western Salford North

 

Glamorganshire Gower Staffordshire Kingswinford

 

Lancashire Clitheroe Stockport (deux sièges)

 

Lancashire Ince West Ham Plaistow (nouvelle circonscription, rapport avec West Ham South)

 

Lancashire West Houghton Woolwich East (nouvelle circonscription, rapport avec Woolwich)

 

Monmouthshire Abertillery (nouvelle circonscription, rapport avec Monmouthshire West)

 

Yorkshire Normanton
Monmouthshire Ebbew Vale (nouvelle circonscription)

 

 

 

Le « Labour » possède le député sortant.

Une difficulté apparaît pour déterminer les cas où le « Labour » possède le député sortant, étant donné le redécoupage des circonscriptions depuis les dernières élections générales de décembre 1910.  Parmi les vingt trois sièges que nous avons retenus comme ayant un député « Labour » sortant, six sont de nouvelles circonscriptions. La tentative de recomposition a été possible en cherchant des liens avec les anciennes circonscriptions par le nom des candidats présents. Il s’agit d’une approximation et non d’une exactitude.  En effet, un ou parfois deux candidats proviennent d’une des anciennes circonscriptions.  Les circonscriptions rentrant dans cette catégorie sont les suivantes :

1)  Glasgow Gorbals (anciennement Glasgow Blackfriars) : G.N. Barnes avait obtenu le siège pour le « Labour » en 1906 dans une triangulaire où le libéral était arrivé en troisième position.  En 1918, G.N. Barnes conserve le siège contre un autre candidat « Labour » alors que lui se présente comme soutenant l’alliance (il n’a pas le « coupon »).

2) Manchester Platting (anciennement Manchester NE) :  Depuis 1906 le « Labour » s’oppose aux conservateurs.

3)  Monmouthshire Ebbew Vale (anciennement Monmouthshire West) : En 1918, le seul député sortant « Labour » du Monmouthshire T. Richards se présente sans opposition.  T. Richards avait été élu lors d’une élection partielle le 3 novembre 1904, réélu en 1906 en tant que lib/lab, il prend l’étiquette « Labour » en janvier et décembre 1910.

4)  Rhondda West (anciennement Glamorganshire Rhondda) : W. Abraham est élu en tant que lib/lab en 1885.  Il maintient le siège et devient « Labour » en janvier 1910. En 1918, W. Abraham est réélu sans opposition.

5)  West Ham – Plaistow (anciennement West Ham South) : Keir Hardie est députe de l’ILP dès 1892.  En 1918, le député sortant « Labour » W.J. Thorne se présente pratiquement sans opposition (94,8% des suffrages).

6)  Woolwich East (anciennement Woolwich) : W. Crooks obtient le siège contre un conservateur lors de l’élection partielle du 11 mars 1903, et le retient, sauf en janvier 1910.  En 1918, il maintient le siège sans opposition.  Notons que huit sièges avec député sortant « Labour » sont retenus sans opposition.

Sièges obtenus par le « Labour » qui ne possédait pas le député sortant

(Décomposition des sièges)

 

  • Huit cas représentent essentiellement un combat entre le « Labour » et un candidat libéral ayant

accepté le « coupon » (Co L).

  • Onze cas sont un combat entre le « Labour » et un conservateur avec « coupon », le libéral occupant la troisième position.
  • Cinq cas présentent un combat « Labour » contre un conservateur avec « coupon » (Co C).
  • Trois sièges sont obtenus sans opposition.
  • Un siège est obtenu contre un Co NDP (il s’agit de membres du « Labour » ayant rompu avec

le secrétariat général et accepté le « coupon »).

  • Six sièges sont obtenus contre un libéral (sans « coupon »).

 

La  structure d’accueil, pour la façon dont se décompose le vote gauche – droite, est bouleversée mais l’équilibre national gauche – droite n’est pas remise en cause car la coalition de droite (Lloyd George) remporte les élections en 1918, mais en n’obtenant que 47% des suffrages ce qui ne représente que 0,7% des suffrages de plus que n’obtenait le seul Parti Conservateur en 1910.  La décomposition du vote droite – gauche présente des structures d’accueil d’une complexité que la Grande Bretagne n’avait jamais connue jusqu’alors.

Les cas de libéraux, conservateurs et NDP ayant accepté le « coupon » ou certains conservateurs n’ayant pas le coupon représentent l’électorat de droite alors que le « Labour » et, à un moindre degré, certains candidats libéraux n’ayant pas le « coupon » représentent les positions de gauche.  La situation nationale apparaît au sein des circonscriptions dont Staffordshire – Leek est un bon exemple car elle représente le transfert du vote idéologique : gauche – droite des partis Libéraux – Parti Conservateur au Parti Labour – Parti Libéral avec coupon (Co L). Cette circonscription n’avait aucun précédent « Labour » et les résultats de l’élection de décembre 1910 étaient :

 

L 52,7% des suffrages
C 47,3% des suffrages

 

 

En 1918 le résultat est le suivant :

 

Labour 51,7% des suffrages
Co L 48,3% des suffrages

 

La position troublée de l’électorat n’est, en aucune façon, moins dramatique que celle des associations libérales locales quand leur candidat député sortant a accepté le « coupon ». A noter que Lloyd George s’est efforcé d’accorder le « coupon » au plus grand nombre de députés sortants libéraux ce qui leur accorde le soutien conservateur et une partie de celui de l’association libérale en pleine confusion.  Pendant la campagne électorale les libéraux étaient sensés faire cause commune avec les conservateurs, ennemis politiques de toujours.  D’autre part, les candidats « Labour », considérés jadis comme alliés, paraissaient soudain comme l’ennemi principal.  D’un parti tout à fait secondaire il paraissait soudain la principale structure d’accueil pour le vote à gauche.  Les six sièges remportés par le « Labour » sur les libéraux vont à l’encontre de l’histoire récente où la force libérale n’avait rien de comparable à celle du « Labour ».  Il ne faut pas oublier que lors des élections partielles de 1910 à 1918 le « Labour » avait perdu deux sièges aux libéraux  à Hanley le 13 juillet 1912, et à Chesterfield le 20 août 1913.   Les libéraux avaient perdu Salford North au « Labour » le 2 novembre 1917. (Le « Labour » avait aussi perdu deux sièges aux conservateurs et un à un indépendant).  Les libéraux avaient perdu des sièges aux conservateurs ce qui n’a rien de surprenant pour le parti de gouvernement.

SECTION II  LA POSITION DU PARTI LIBERAL PAR RAPPORT A LA STRUCTURE D’ACCUEIL POUR LE VOTE A GAUCHE.

Il est certain que la perception par l’électorat des candidats libéraux (sans « coupon ») est fortement modifiée par les positions des candidats libéraux avec « coupon », mieux connus, plus en vue dans la vie politique et du gouvernement.  Nous avons vu l’effet de la désorganisation des associations libérales dans leur impossibilité de trouver des candidats en nombre suffisant. Les associations étaient placées devant deux difficultés : trouver un autre candidat crédible pour se présenter contre le député sortant qui avait accepté le « coupon » ; ne pas savoir quelle serait l’évolution du Parti Libéral.  Leur position était comparable à celle des associations libérales en 1886, lors de la défection de Joseph Chamberlain. La rupture était-elle définitive ou la grande famille libérale allait-elle se retrouver?  Dans ce dernier cas fallait-il réellement, avec toute son énergie, en 1918, s’opposer au candidat libéral qui avait accepté  le « coupon »?

Candidats Labour arrivés en deuxième position.

Il est certes intéressant de considérer les candidats « Labour » qui ont obtenu le siège mais dans la configuration générale du nouveau système des partis en Grande Bretagne, il est non moins important de considérer ceux qui sont arrivés en deuxième position et surtout derrière quel parti, car cela permet de prévoir la structure d’accueil pour le vote à gauche. Ceux qui sont précédés par un Co C, un Co L, ou un Conservateur, représentent la principale opposition de gauche à la coalition (qui, rappelons le, ne pratique pas l’opposition de candidats).  Ce chiffre est imposant : 228 sièges qui se décomposent de la façon suivante :

  • 137 derrière un Co C
  • 67 derrière un Co L
  • 12 derrière un Conservateur (sans coupon)
  • 12 cas derrière un candidat libéral.

Ces douze cas représentent une situation peu claire où néanmoins le libéral ne pourra que se trouver, étant donné la position équivoque du libéralisme sur le plan national, déporté plus à droite sur l’échiquier idéologique.

Huit cas derrière diverses formations.

  • Un National Party.
  • Six Co NDP.

Candidats arrivés en troisième ou quatrième position.

Cette catégorie ne comprend que 58 cas, ce qui est un très faible chiffre et qui en dit long sur le futur du système de partis britanniques quand nous le situons dans le contexte de bipartisme que nous avons constaté jusqu’à présent depuis 1885.  Le « Labour » a détrôné les libéraux comme parti de gauche en l’espace d’une élection.  La faiblesse de ce chiffre est réellement surprenante.

SECTION III   L’ETAT DE LA RECHERCHE.

G.R.   Searle[5] présente la désintégration du Parti Libéral comme inévitable et provenant de la diversité de sa composition, même alors que Trevor Wilson[6] considère que, malgré les différences existant inévitablement dans un parti qui représente la presque moitié de l’électorat, il se portait fort bien avant 1914 surtout en comparaison au « Labour ». Pour Wilson[7], le résultat des élections partielles de 1910 – 1914 indiquait que le Parti Libéral serait dans l’opposition lors des prochaines élections générales mais n’indiquait nullement qu’il était condamné à une quasi disparition. Pour Wilson le point le plus menaçant pour le Parti Libéral était ses relations avec le « Labour », non pas sur le terrain idéologique ni sur celui de la force électorale, mais en tant que force potentielle introduite au parlement et dans les syndicats prête à faire surface dans le cas d’une disparition de la force électorale de gauche représentée jusque là par le Parti Libéral. Selon lui[8] « En effet, en 1914 l’aile réformatrice du gouvernement libéral menait la danse et les penseurs de l’avant garde se tournaient vers le libéralisme pour appliquer leurs idées et le « Labour » n’avait apporté rien de nouveau que les libéraux ne pouvaient accomplir ». « D’autre part, sur le terrain des élections partielles de 1911 à 1914 le « Labour » a eu de bien pauvres résultats quand il s’est opposé aux libéraux.  Par deux fois les libéraux ont contesté des sièges « Labour » et les ont tous remportés ».   Encore pour Trevor Wilson, « Le groupe parlementaire « Labour » existait encore en 1914 grâce à l’indulgence des libéraux, c’est à dire parce qu’ils considéraient de leur avantage de laisser seul le « Labour » s’opposer aux conservateurs dans certaines circonscriptions ».  Dans notre étude, en considérant la façon dont le LRC puis le « Labour » avaient obtenu des sièges, nous avons pu vérifier que rares étaient les cas où le « Labour » avait remporté un siège contre un candidat libéral et cela depuis 1885.

Notre point de vue va certainement dans le sens de celui de Trevor Wilson et non dans celui de G. R. Searle[9] qui critique la thèse de Trevor Wilson dans ces termes « Il n’est pas réellement satisfaisant de souligner à ce point l’importance d’un incident dû à des divergences de personnalités ».  Il s’interroge sur la raison de cette querelle entre Asquith – Lloyd George. « Pourquoi l’ambition de  Lloyd George qui l’avait poussé à mener sa carrière à travers le Parti Libéral avant 1914 (Searle oublie que Lloyd George avait songé créer un parti gallois avant 1914) l’a mené à des actes propres à détruire le libéralisme ».

Nous avons déjà abordé l’approche psychologique qui indique que Lloyd George, en tant que chef d’un gouvernement de coalition qui avait dirigé un Etat victorieux, avait du mal à redevenir un membre du Parti Libéral dirigé par un autre : Asquith.  L’essentiel de notre argumentation est sociologique et repose sur la modification de la structure d’accueil pour le vote à gauche.  Or, l’élément d’importance en 1918 n’est pas la querelle en elle-même mais sa conséquence qui est l’alliance de la plus importante partie des libéraux avec les conservateurs et le désarrois des autres libéraux qui ne pourront réunir qu’un tiers des candidats nécessaires.

La chute du Parti Libéral se situe dans la nature des affrontements dans l’ensemble d’une situation d’élections à la majorité simple : la répercussion de la situation nationale au niveau des circonscriptions uninominales a transformé les structures d’accueil pour le vote gauche – droite en : Parti Conservateur, coalition libérale … contre le « Labour » … alors que précédemment la situation était : Parti Conservateur … contre Parti Libéral.  Le fait que le Parti Libéral (sans « coupon ») ait un nombre insuffisant de candidats pour couvrir le territoire et jouait le rôle de tiers parti empêchant l’élection de quelques candidats « Labour », mais n’était plus un acteur crédible du jeu politique :  droite – gauche.  D’ailleurs l’étude détaillée des élections de 1918 révèle le nombre de circonscriptions remportées par le « Labour » qui, en décembre 1910, avait le même candidat ou un autre candidat « Labour », qui n’obtenait qu’une très mauvaise troisième place dans un combat de quasi bipartisme gauche droite.

L’idéologie libérale a été mise en avant pour expliquer les critiques faites au début de la guerre de 1914 au gouvernement libéral d’Asquith. Cette argumentation fait reposer l’échec du Premier Ministre sur les positions du libéralisme qui d’une façon générale condamne la guerre et porte en avant la conciliation des peuples. En suivant ce raisonnement, nous ne voyons pas pourquoi Lloyd George, qui était un libéral et de surcroît radical, n’aurait pas, lui aussi, été critiqué dans sa façon de diriger un gouvernement en temps de guerre.  Ne s’agit-il pas alors d’une question de personnalité ?  Asquith était un universitaire, certes énergique et conciliant, mais n’ayant pas l’esprit pragmatique et l’égocentrisme de Lloyd George.  Par ailleurs, il est bon d’avoir conscience que les gouvernements et les Etats-majors des pays belligérants de la guerre de 1914-1918 ont connu des crises et ont eu à faire face à des rébellions dans les armées tant la guerre était terrible.  La question de la conscription a certainement troublé le Premier ministre Asquith, car le parti dont il était à la tête s’était toujours refusé à considérer l’enrôlement obligatoire dans l’armée. Cette question n’était pas à même de troubler la personnalité pragmatique de Lloyd George.

[1] Chiffres obtenus à partir de Brittish Political Facts 1900-1979, David BUTLER et Anne SLOMAN, Macmillan, 1980, p. 8-14.

[2] The International Almanac of Electoral History, MacMillan, 1974, pp. 390 et 396.

[3] Ibid., p. 394.

[4] MacMillan, 1975, p. 27.

[5] « The Liberal Party: Triumph and Disintegration 1886-1919», Saint Martin’s Press, 1992.

[6]  « The Downfall of the Liberal Party 1914-1935 », Collins 1966.

[7]  Ibid., p. 16.

[8] Ibid., p. 17.

[9] G.R. SEARLE, Op. Cit., p. 131.

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