L’election à la Constituante de 1917.

I have seen three documentaries  on the 1917 events in Russia. These three documentaries depict Russia as a underdevelopped country with no signs of evolution.  This seems far from the thruth –In his “Capital”, Marx mentions Russia as an evolving empire, and I was able to tell a Russian student in 1991 that one of the main leaders of the world had been “Alexander II”.  He introduced the efficient zemstvo, or local authoritiy, which were present in the Western part of the country.  These zemstvos were well kown to the local people and were the basis of the organization of the “socialists”, who won the 1917 elections to the Constituent Assembly. This victory of the anti bolchevics was a surprise to Lenin. He wrote a book on the subject against what he called, on a tone of indictement, “a bourgeois election”.

The soldiers who were still on the front voted, so did all women.

Bernard Owen

Comprendre l’actualité à travers les revoltes d’antan

De nos jours, nous constatons des mouvements de révolte, mais ceux-ci n’ont rien de nouveau. Ils se bousculent à travers l’histoire du monde et certains, plus récents, observés au travers du prisme électoral, peuvent apporter des renseignements, jusque là ignorés.

C’est pour cela que nous allons fournir un bref aperçu des évènéments politico-électoraux, qui ont secoué la Russie de février 1917 à janvier 1918.

Le « Capital » de Marx présente la Russie comme exemple d’un pays en voie d’industrialisation. Qu’en était-il de la politique ? Dès 1809, le pouvoir absolu du Tzar Alexandre I avait déjà fait l’objet de recommandations de son conseiller Spéranski pour mener à une monarchie constitutionnelle. Le système juridique n’avait rien à envier à ce qui se faisait en Occident, mais la politique avait un certain retard. Il faudra attendre Alexandre II pour les grandes réformes terriennes et celles des villes, par exemple, en 1864. Elles concernaient, dans un premier temps, les provinces de la Russie centrale et une partie de l’Ukraine, où ont été créés les « zemstovs », qui formaient des organes de direction locale. Le vote avait lieu tous les trois ans, était censitaire, tels la propriété, l’âge et l’éducation. Ces organes étaient responsables du registre, de l’éducation et de l’approvisionnement en nourriture en cas de mauvaise récolte et de l’état des routes.

Cette réforme a été étendue aux villes à partir de 1870. A Moscou, l’application d’un cens limitait l’électorat à 4 % de la population masculine, pour reprendre le mémoire d’Inga Vahramyan : « la Douma de 1905 à 1917 », pour le Certificat Administrateur d’élections – Université Panthéon Assas Paris 2, « ainsi, la Douma de 1905 n’était pas véritablement une nouveauté dans la Russie tsariste, elle était issue d’une ancienne tradition des assemblées ».

Cela n’est pas tout, car à partir de ces assemblées prendra forme un système de partis, qui apparaîtront, lors de l’assemblée constituante, à la surprise de Lenine et des bolcheviques, qui n’avaient pas organisé ces élections, et qui pensaient, qu’à partir des assemblées des soviets et de leur coup d’état, ils avaient l’opinion de leur côté. Cette élection avait lieu les 12 – 14 novembre 1917, neuf mois après la révolution ayant entraîné l’abdication du Tzar, et moins de trois semaines après le coup d’état bolchevique. Dans certaines régions, ces élections ont donné lieu à des difficultés, car elles étaient organisées par la Commission Centrale nommée par le gouvernement provisoire, alors que le pouvoir central venait d’être pris en main par les bolcheviques. L’organisation générale des élections semble avoir été bien pensée, mais le système de communication et le télégraphe n’étaient plus entretenus, et la campagne des bolcheviques contre la presse de tous bords battait son plein.

Deux études ont servi de base à Oliver Henry Radkey, l’une d’un député des socialistes révolutionnaires de 1918, Nivisviatiski, et l’autre, dans les archives de la Révolution d’octobre consulté en 1950.

Quels étaient les partis ?

Le secteur socialiste était divisé. Les Marxistes, représentés par les « Mensheviks », pensaient qu’il fallait attendre pour pouvoir transformer le pays. Les « bolcheviks » prônaient, comme Robespierre, l’insurrection. Les non marxistes : les « Narodnik » fondaient leur idéologie sur les habitudes et les traditions paysannes pour transformer le monde. Le P.S.R. – socialistes révolutionnaires s’est avéré de loin le parti le plus important, car son noyau était formé de tous les responsables locaux dans le cas des autorités villageoises, dont il a été précédemment question – une intelligentsia locale, les personnes chargées des registres, les enfants des prêtres orthodoxes, les responsables des coopératives, les instituteurs et tous les fonctionnaires élus du « zemstvo ». Ce n’était pas un parti avec une idéologie bien marquée, ce qui leur permettait d’accueillir des nationalistes de toutes régions d’Ukraine, ou autres, qu’elles soient orthodoxes ou musulmanes. Ils étaient réformistes socialistes, mais, surtout ce parti entrait dans le cadre de celui qui possède une structure d’influence électorale. Les membres du parti étaient les élus responsables de la vie municipale (zemstvo). Les administrés les avaient vus à l’oeuvre, avaient travaillé avec eux, connaissaient leurs capacités. La confiance que l’on peut avoir pour une personne est de loin supérieure aux paroles d’un homme politique, quels que soient son programme, et ses intentions. La présence de la troupe livrée à elle-même, influencée par les Bolcheviques qui voulaient terminer la guerre, montre une percée inattendue des Bolcheviques, dans certaines localités, mais inférieure au vote pour le P.S.R. Le problème se pose différemment à Moscou, sujet d’affrontements violents, où le bipartisme se joue principalement entre les Bolcheviques et les Cadets.

Le parti des démocrates constitutionnels, connu sous le nom de « Cadets » avait été un parti de grande importance dans la douma. Il réunissait des intellectuels, des professeurs d’université, des hommes d’affaires. Les « Cadets » étaient pour une monarchie constitutionnelle, au moins jusqu’à la chute de l’empereur, s’inspiraient de la Grande Bretagne et de la France et soutenaient leur alliance contre l’Allemagne et l’Autriche.

Au début du siècle, il existait des partis d’extrême droite, qui s’étaient désintégrés avec le temps. Lors des élections à la Constituante, est apparu un autre groupement non socialiste, celui des « cossaks », représentant dans les 2.000.000 de suffrages.

Les résultats en sièges

Deux listes en sièges sont disponibles : celle des archives de la révolution d’octobre 1917 consultée en 1950, et porte sur 707 représentants élus (la liste de janvier 1918, plus ancienne, comprend 703 représentants). Les Socialistes Révolutionnaires (P.S.R.) obtiennent de loin la majorité – 410 représentants. Après l’élection, 40 représentants feront défection pour créer le P.S.R. de gauche qui ne s’entendent pas avec les « Bolsheviks ».. Les « Bolcheviks » auront 175 représentants, les « Mencheviks » 16, les Socialistes populaires : 2, les « Cadets » : 17, des groupes nationaux : 86 (Kirghiz, Arméniens, Polonais, Cossaks ….).

Notre auteur donne quelques exemples de vote atypique – La province de Kursk – une région agricole où, ce qui est normal, le P.S.R. Obtient 868,743 suffrages, suivi des « Bolcheviks » avec 119,127 suffrages, le vote important pour ces derniers, s’expliquant par une garnison avec la présence de soldats revenant du front. Les « Kadets » obtiennent 47,199 suffrages et les « Menshevik » : 6,037. D’autres obtiennent en tout 17,250 suffrages.

La troupe votait sur le terrain. En réalité, la révolte militaire, qui avait emporté le Tzar, était semblable à celles qui avaient secoué les armées allemandes et françaises, mais beaucoup plus vaste, étant donné l’étendue du front russe difficilement contrôlable.

Le front de l’ouest, proche de Petrograd et Moscou, où la propagande bolchevique était puissante, a placé en tête les Bolcheviques : 653,430 suffrages contre 180,582 au P.S.R., alors que sur le front de la Roumanie les Bolcheviques ne réunissaient que 167,000 suffrages contre 679,471 au P.S.R.

Quant aux deux grandes villes : Petrograd et Moscou, les deux premiers partis sont et de loin les Bolcheviques et les « Cadets ». A Petrograd, les Bolcheviques obtiennent 424,027 suffrages contre 246,506 aux Cadets. A Moscou, les Bolcheviques ont 366,148 suffrages contre 263,859 aux Kadets (le P.S.R. N’obtenant que 62,260 suffrages).

La validité de l’élection

Une élection nationale, dont l’organisation était le fait des autorités provisoires mises en place en février 1917, mais venant d’être balayées par un coup d’état, pouvait-elle être considérée comme représentant l’expression du peuple ? Les documents contemporains font état d’intimidations, et l’on parle essentiellement des bolcheviques qui, en contrôlant le gouvernement, disposaient de la garnison militaire, sans compter les gardes rouges, près de 25 000 hommes, et les soldats en retraite, qui étaient sensibles à la fin de la guerre prônée par les bolcheviques. Mais, ceux-ci ne contrôlaient pas l’administration électorale, et devaient faire face aux instituteurs, au clergé et aux riches fermiers, ce qui pouvait mener à l’absence de certains bulletins dans un bureau de vote. En dehors des grandes villes, les deux forces antagonistes étaient le P.S.R. et les bolcheviques. L’auteur cite le journal du P.S.R. « Delo Naroda » qui, dans un article, critique le fait que les bolcheviques aient le monopole des automobiles, alors que dans un autre article, il parle des automobiles au service des Cadets.

Les rapports de toute provenance dans ce vaste pays, qu’il s’agisse des grands centres ou de la campagne, indiquent que les conditions du vote étaient satisfaisantes. Il faut souligner que les Bolcheviques, qui avaient pris le pouvoir, ont perdu l’élection.

L’on note que trois présidents de bureaux de vote ont été abattus, mais Radkex fait remarquer que, lors d’élections, il est normal que dans le seul Etat du Kentucky l’on compte autant de morts.

L’évolution du vote

Une comparaison du pourcentage des votes obtenus par les partis, lors des élections municipales de juin, septembre et pour la constituante de novembr e, est intéressante. Ceci ne peut se faire que pour les villes, et Moscou indique la plus grande différence. Les élections de juin étaient de pourvoir l’autorité centrale de la ville, et celle de septembre de pourvoir les conseils des districts de la ville. En pourcentage de suffrages, nous obtenons :

Le P.S.R.                       58 %, 14 % et  8 %
Les Bolcheviks          12 %, 51 % et 48 %
Les Kadets                 17 %, 26 % et 35 %
Les Mencheviks        12 %,   4 %  et   3 %

La technique de l’élection
Le transfert des suffrages en sièges se fait au scrutin proportionnel. Le pays est divisé en 80 circonscriptions.
La méthode utilisée est le système d’Hondt avec listes bloquées.
Le bulletin est placé dans une enveloppe.
Le suffrage est universel féminin et masculin.
Le nombre d’électeurs serait de 41 686 876 (certains chiffres ne sont pas connus).
La participation serait de l’ordre de 60 %.
Les chiffres indiquant le nombre d’élus par parti sont eux fiables et se situent à 22% de candidats bolchéviques élus sur l’ensemble du territoire.

La réaction de Lénine

L’Assemblée constituante élue au suffrage universel se rassembla du 5 au 6 janvier 1918, et fut dissoute par le gouvernement bolchevique. Lénine fut déçu par la faible performance du Parti Bolchevique, et publia un article dans la Pravda (n° 213) du 26 décembre 1917, de façon à la déconsidérer « …. la république des Soviets est une forme de démocratie supérieure à celle de la république bourgeoise habituelle avec assemblée constituante ».

« D’abord, la représentation proportionnelle ne traduit véritablement la volonté du peuple que lorsque les listes des partis correspondent réellement à la répartition effective du peuple dans les groupements politiques reflétés par ces listes ».

Lénine critique le fait que la loi électorale ne comprenne pas le droit de rappel et que les électeurs ne furent pas suffisamment informés des travaux des Bolcheviques pour obtenir la paix. Il demande une déclaration de l’Assemblée Constituante reconnaissant : « sans réserve, le pouvoir des Soviets… sans quoi la crise ouverte ne peut être dénouée …. que par les mesures révolutionnaires les plus énergiques, les plus promptes, les plus vigoureuses et les plus décidées …. ». L’assemblée constituante refusa de reconnaître le pouvoir des Soviets.

Les dirigeants des Cadets furent immédiatement arrêtés, et la presse française (l’Illustration) publia la photo de deux ministres Cadets du gouvernement libéral assassinés. Les Socialistes Révolutionnaires, qui avaient remporté l’élection, tentèrent d’assassiner Lénine. Le premier attentat manqué est en date du 1er janvier 1918. Le deuxième attentat fut mieux réussi mais non mortel, il eut lieu le 30 août 1918 par une femme : Fanny Kaplan, qui tira trois coups de pistolet blessant Lénine au bras gauche et au poumon proche de la colonne vertébrale. Craignant pour sa vie, Lénine se fit emmené au Kremlin et non à l’hôpital. Les médecins ne purent enlever la balle. Les blessures le génèrent dans ses activités. A partir de 1922, il eut plusieurs attaques et mourut le 21 janvier 1924. La tireuse qui se faisait appeler Fanny Kaplan déclara « qu’elle était en faveur de l’Assemblée Constituante ». Elle fut exécutée sans jugement le 3 septembre 1918.

Quelques jours avant, le 30 août 1918, était assassiné Moïse Uritsky, chef de la Tcheka de Petrograd. Le 5 septembre, le Conseil des Commissaires du peuple publie le décret officialisant la terreur rouge.

En Russie, et à cette époque, la force l’a emporté sur le droit du peuple à s’exprimer. Actuellement, le Moyen Orient est en émoi. Il s’agit d’une spontanéité assistée, orientée par l’un des puissants pays d’Occident. Et maintenant, que va-t-il se passer ? Allons-nous retrouver des situations à l’Irakienne ? Nous n’en avons pas le droit, et pourtant, les démarches, auxquelles on assiste en Tunisie et en Egypte, ne sont pas encourageantes.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *