Les gilets jaunes : la pause

Monique Cochinal

Après cinq semaines d’un rude combat, nos gilets jaunes ont tellement crié leur colère, qu’il est bien normal qu’ils soufflent un peu en ralentissant la cadence de leurs nombreuses interventions aux carrefours des routes et leurs manifestations dans toute la France. Il est bien regrettable et bien triste qu’il a fallu tout ce temps pour que le Président Macron et son groupe s’aperçoivent qu’ils ne pouvaient pas « garder le cap » et « en même temps » appauvrir une bonne partie des Français. Ils ne peuvent pas prendre toujours plus dans la poche du petit citoyen qui travaille ou qui a travaillé pour combler les nombreux déficits des ministères de plus en plus gourmands en Euros trébuchants. Quant à notre importante dette nationale, elle s’envole et monte toujours plus haut.

Il a fallu quatre samedis consécutifs de manifestations, d’affrontements toujours plus violents dans Paris et en province pour qu’enfin notre roi Macron descende de son trône glorieux, sorte de son palais pour annoncer des mesures immédiates en faveur de ces « braillards de Français qui se plaignent tout le temps », avec une pointe d’humilité et de repentir dans la voix. Cette fois-ci, impossible de faire autrement, car les médias ont diffusé largement les scènes de guerre civile à Paris, sur la plus belle avenue de France : les Champs Elysées. L’aura du jeune et beau Président en a pris un coup. Le futur leader de l’Europe, donneur de leçons devient la risée de plusieurs chefs d’Etat et amis. Le roi charmeur se transforme subitement en « bête noire ».

Après ce cinquième samedi d’affrontements moins violents, car le service d’ordre a réussi, cette fois-ci, à maitriser les bandes de voyous, casseurs, pilleurs de tous bords camouflés sous un gilet jaune, nous en sommes, aujourd’hui, au bilan catastrophique de ces cinq semaines : dégâts matériels importants, commerçants en grande difficulté, huit morts à déplorer et de nombreux blessés, et « en même temps » une relance économique stoppée, les réformes reportées, les conférences internationales annulées, mais surtout une preuve flagrante de l’échec de la politique du Président, seulement dix huit mois après son élection (par défaut, rappelons le).

Cette semaine, donc, il y aura une concertation générale sur tout le territoire avec les gilets jaunes et tous les autres Français volontaires (notre président est le président de tous les Français, nous a-t-il dit) et les maires, les députés, les ministres, les organisations syndicales, tous les corps intermédiaires. On se réunira autour d’une table et toutes les nombreuses revendications seront abordées, c’est promis ! Mais, nos gilets jaunes harcelés et sollicités de toutes parts restent très méfiants, certes, ils ralentissent leurs activités, font une pause mais ne cèderont pas. Ils ne sont pas prêts à rentrer sagement chez eux, à quitter leur gilet jaune fluorescent, qui a fait trembler le gouvernement, ils ont encore trop de choses à crier avant que le calme revienne partout. Ils ont enfin le sentiment d’être « reconnus », on les invite sur les plateaux des télévisions, on les flatte, on les critique aussi beaucoup, mais …. Qu’importe, ils existent ….. Enfin, ils sortent de l’ombre.

En observant en détail la liste impressionnante des revendications criées, on est stupéfait de constater que chacune touche nos principales institutions, et relève les dysfonctionnements apparus : Pouvoir exécutif trop puissant (verticalité du pouvoir), avec une assemblée sans opposition, puisque, dès la campagne électorale, tous les partis opposants ont été soigneusement piétinés. Il revient souvent un manque de justice sociale, un manque de transparence, un manque de liberté, trop de contraintes : l’Etat s’occupe de tout, dirige seul tout, fait des lois sur tous les sujets (y compris l’usage de la fessée sur les fesses de nos chers blondins d’enfants !!). En résumé, toutes nos institutions, qui ont fait la force de la Vème république, sont attaquées. Quelques leaders, très mécontents des observations souvent pertinentes du Sénat, ont soufflé aux oreilles des gilets jaunes, la suppression pure et simple de cette noble institution.

Je crains fort que rien ne soit réglé avant la fin de l’année, et que nos citoyens-gilets jaunes reprennent leur gilet, après cette courte pause.

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