Les ravages d’un pouvoir vertical

Monique Cochinal

Nous avons assisté, avec grande tristesse, à un deuxième samedi de révolte dans la capitale et dans quelques grandes villes de province. En écoutant les uns et les autres, on s’aperçoit qu’un énorme fossé s’est creusé entre l’Etat (les élites) et ces 80 % de citoyens (le peuple) qui soutient les gilets jaunes, ce mouvement spontané, inédit, tout nouveau, pas encore structuré, composé de travailleurs de tous bords, qui n’en peuvent plus de cette incertitude permanente de ne pas pouvoir vivre honorablement de leur travail. Depuis presque un mois, ils se sont levés, ils ont crié leur souffrance. Ils ont interpelé le gouvernement. On a vu défiler tous les macronistes au pouvoir, devant les médias, redire le même discours, justifier leur politique, mais, à chaque fois, c’était la même déception : aucun dialogue possible devant ces jeunes élites, nanties, incapables de comprendre les revendications avancées, tellement certains d’avoir mis en place la seule politique valable, qu’ils restent incapables de reconnaître que toutes ces réformes engagées et votées à la va-vite ne sont pas toujours les meilleures. Les « citoyens-gilets jaunes » ont entendu, depuis le début du quinquennat, leur Président prononcer des discours aux grandes envolées, mais farcis de petites phrases insidieuses dans le genre : « ces gens fainéants » ou : « du travail, je t’en trouve, il faut juste traverser la rue … » ou à l’étranger, à l’occasion d’une grande assemblée : « …. Les gaulois récalcitrants », ou, au moment de ses nombreux bains de foule : « vous vous plaignez tout le temps ». Durant l’affaire Benalla (loin d’être terminée du reste), et devant surtout les soupçons d’un pouvoir exécutif influençant le pouvoir judiciaire, d’où une justice à deux vitesses, le Président Macron, comme pris en faute, s’écrie, au milieu de son groupe de fidèles amis : « mais qu’ils viennent donc me chercher ». Ce qui fait dire à une femme en gilet jaune en tête de cortège, bien près de l’Elysée : « Il a dit qu’ils viennent me chercher, alors on vient le chercher, on veut lui parler ». Un autre gilet jaune nous dit calmement : « Je n’ai pas pu faire de longues études supérieures, je ne sors pas d’ENA, je ne suis pas un économiste, mais je sais lire, écrire et compter, quand je vois ma feuille de paye, je constate que, mois après mois, et malgré tout le travail effectué, je m’aperçois que je ne parviendrai pas à « joindre les deux bouts …. Et je suis dans le rouge, alors vos belles démonstrations, elles me passent au dessus de la tête, je n’y crois plus ». On comprend que, de jour en jour, de ce peuple méprisé, ignoré, écrasé, sortent tous ces sentiments de désespérance et de révolte, pour nous mener là où nous en sommes : une grave crise politique. Il reste quelques jours seulement au Chef de l’Etat pour descendre une bonne fois de sa tour d’ivoire, et faire un geste en faveur de « son peuple », sinon …. Qu’il démissionne. Il n’est jamais trop tard pour reconnaître ses erreurs. Ce serait, même, à mon avis, un signe d’intelligence.

Président Macron, la sortie de cette grave crise est entre vos mains, tous les « citoyens-gilets jaunes » vous le demandent ardemment. Ils ne veulent plus assister à un troisième samedi aussi épouvantable. Président, écoutez votre ancien Ministre Gérard Collomb, avant de quitter le gouvernement, nous dire : « Je reconnais que « nous » avons souvent manqué d’humilité … ». Ecoutez le Président du Sénat : G. Larcher qui vous demande de réunir aujourd’hui, à l’Elysée, et en sa présence, tous les représentants des différents partis opposants ainsi que des représentants des gilets jaunes pour trouver, dans le cadre des institutions de la Vème République, une sortie de crise qui n’a que trop duré.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *