Les vacances du Président Macron

Monique Cochinal

Monsieur le Président et Madame sont arrivés au Fort de Brégançon pour des vacances d’été studieuses (nous dit-on), et reposantes (on s’en serait douté), mais cette fois-ci sans tambours ni trompettes. Pas de bain de foule, juste une photo prise en hâte de la voiture présidentielle entrant dans la belle propriété, résidence d’été des présidents de la cinquième République.

Cette deuxième année de règne a été particulièrement difficile à gérer, même pour une équipe de jeunes macronistes, tous feux toutes flammes, à qui tout semblait réussir tellement facilement, au départ. Une bande de jeunes loups convaincus qu’ils pourraient renverser et secouer cet ancien monde « ringard », arriéré, et tout à côté de la mondialisation. On se devait de tout réformer très vite. En avant toute !!!!

Réformer ? Oui, mais …..C’était sans compter une première affaire d’Etat : l’affaire Benalla, puis, pendant plus de six mois le Mouvement des Gilets jaunes, les méfaits des débordements policiers et des maladresses du Ministre de l’Intérieur, les arrogances nombreuses de certains Ministres et députés, les justifications plus que douteuses pour se justifier quand ils étaient épinglés par les médias ( la dernière en date : les homards du Ministre de l’écologie et de l’environnement, sa démission, et très vite les enquêtes bienveillantes de la commission d’enquête de l’Assemblée Nationale pour le blanchir) et d’autres affaires non dévoilées, qui touchaient le dysfonctionnement de nos principales institutions : le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire.

La dernière en date est l’affaire de cette femme de 73 ans : Geneviève Legay, grièvement blessée dans une manifestation des gilets jaunes, lors d’une charge de policiers, le 23 mars dernier. Deux jours après ce fâcheux incident, notre Président dit, devant les médias : « je souhaite un prompt rétablissement à cette femme mais ….. A son âge il aurait été sage de ne pas manifester ….. Cette dame n’a pas été en contact avec les forces de l’ordre » A son âge, plus très stable sur ses jambes, elle est tombée. Une triste fatalité …… Au fait, comment notre Président Macron sait-il qu’elle n’a pas été en contact avec les policiers ? Et que ce n’est pas une bavure policière de plus ?

A cette époque, le Procureur de Nice : Jean Michel Prêtre, un fidèle du Président, affirme qu’il n’y a eu aucun contact entre la manifestante et les forces de l’ordre, contrairement aux révélations de la presse. « Circulez, il n’y a rien à voir ». Grave problème : Le journal Médiapart vient de révéler que ce procureur était présent, ce même jour, dans le centre de supervision urbain, et que, grâce aux caméras de surveillance, il a pu voir la scène, mais aussi l’ordre donné par le Commissaire Souchi de charger. Il a donc menti à la presse en assurant le contraire, également en répandant ce mensonge au Président lui-même. Malgré cette première faute, il confie l’enquête sur les causes des blessures de Geneviève Legay, à la compagne du commissaire en question, dans l’espoir, bien sûr, que l’affaire serait étouffée. Il voulait éviter des divergences trop importantes entre sa version et celle du Chef de l’Etat : voilà comment Jean Michel Prêtre, Procureur de Nice, a justifié auprès de sa hiérarchie ses propos initiaux (plutôt ses mensonges), sur le rôle des forces de l’ordre dans les blessures subies par cette manifestante.

Dans un Etat où la justice est indépendante, un procureur n’a pas à protéger qui que ce soit, fut-il le Président de la République en personne. Comment ne pas soupçonner, à nouveau, une porosité malsaine et un défaut d’indépendance entre le pouvoir exécutif et notre justice actuelle.

Il serait grand temps de réformer ces dysfonctionnements, avant de s’attaquer aux dossiers brûlants tels que la libéralisation du canabis ou la PMA pour toutes. Des promesses de campagne électorale qui risquent de faire une rentrée chaude pour notre pays.