Macron à Las Vegas (Sin City ou la ville du pêché)

Nous avons dans d’autres affaires utilisé le mot « acharnement ». Voici une situation contraire.

Bernard Owen

Business France : le Parquet de Paris ouvre une information judiciaire pour favoritisme et recel de favoritisme

Le parquet de Paris a annoncé vendredi l’ouverture d’une information judiciaire pour favoristisme et recel de favoritisme, dans l’affaire de la soirée organisée à Las Vegas en janvier 2016 autour d’Emmanuel Macron, alors qu’il était ministre de l’économie.

Emmanuel Macron à Las Vegas, le 7 janvier 2015. (ROBYN BECK / AFP)

infoRadio France

Mis à jour le 07/07/2017 |
publié le 07/07/2017 | 11:23

Le parquet de Paris a annoncé vendredi 7 juillet l’ouverture d’une information judiciaire pour favoritisme et recel de favoritisme, dans l’affaire de la soirée organisée à Las Vegas en janvier 2016 autour d’Emmanuel Macron, alors qu’il était ministre de l’Économie. Cette information judiciaire est ouverte contre personne non dénommée.

Elle porte sur les conditions dans lesquelles a été organisé un déplacement d’Emmanuel Macron à Las Vegas, une soirée dont l’organisation avait été confiée à Havas sans appel d’offres, par Business France, ce qui est illégal.

Dans cette affaire, la directrice exécutive de la communication et de la promotion à Business France, Fabienne Bothy-Chesneau, avait été entendue, le 21 juin, par les enquêteurs dans le cadre de l’enquête sur la coûteuse soirée de janvier 2016 autour d’Emmanuel Macron à Las Vegas. Par ailleurs, une perquisition avait eu lieu le 21 juin dernier, au lendemain d’une perquisition au siège de Business France.

Selon nos informations, cette perquisition a été « fructueuse« . Elle a permis de recueillir des éléments constitutifs du délit de favoritisme. L’actuelle ministre du Travail, Muriel Pénicaud, était alors la directrice générale de cette dernière structure.

DÉCRYPTAGE – La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a pris ses distances ce mercredi avec l’affaire Business France. Un épineux dossier qui concerne un déplacement en janvier 2016 d’Emmanuel Macron à Las Vegas, et dont la justice s’est emparée durant la dernière campagne présidentielle.

28 juin 2017 15:05La rédaction de LCI

Muiel Pénicaud le reconnaît elle-même ce mercredi : « Il y a eu une erreur de procédure ». Seulement voilà : un an et demi après la désormais fameuse soirée à Las Vegas durant laquelle Emmanuel Macron avait rencontré des dirigeants, l’affaire Business France met des bâtons dans les roues de celle qui est devenue ministre du Travail. Une affaire d’autant plus embarrassante pour la ministre, qui doit défendre ces jours-ci le projet de loi d’habilitation à réformer le droit du travail par ordonnances, principale réforme voulue par Emmanuel Macron. Zoom sur une affaire qui tombe au plus mal pour le gouvernement.

De quoi parle-t-on ?

En mars 2017, Le Canard Enchainé dévoile les coulisses du Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas. Une grand-messe mondiale de l’innovation technologique durant laquelle Emmanuel Macron avait été ovationné par plus de 500 personnalités et dirigeants de start-up français. « Cette opération de séduction, montée dans l’urgence, à la demande expresse du cabinet du ministre, a été confiée au géant Havas par Business France (l’organisme de promotion de la French Tech dépendant de Bercy) sans qu’aucun appel d’offres ait été lancé », précise Le Canard Enchaîné. L’hebdomadaire satirique révèle alors que l’Inspection générale des finances (IGF) s’est emparée du dossier, soupçonnant un délit de favoritisme. Le Canard évoque également le coût de la soirée : « 381.759 euros, dont 100.000 rien que pour l’hôtel, où la moindre chambre était facturée plus de 300 euros la nuit ».

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Affaire Business France : l’enquête confiée à des juges d’instruction

 11h19, le 07 juillet 2017, modifié à 12h17, le 07 juillet 2017

Muriel Pénicaud a-t-elle tenté d’étouffer « l’affaire » Business France ? @ ALAIN JOCARD / AFP

En 2016, l’organisation d’une soirée autour d’Emmanuel Macron à Las Vegas avait été confiée à Havas par Business France, alors dirigée par l’actuelle ministre du Travail Muriel Pénicaud, sans appel d’offre.

L’enquête ouverte par le parquet de Paris sur des soupçons de favoritisme dans l’organisation de la soirée de la « French Tech Night », qui s’était tenue à Las Vegas en janvier 2016 et dont Emmanuel Macron était la vedette, a été confiée à des juges d’instruction vendredi. Elle implique notamment Muriel Pénicaud, ministre du Travail et ancienne directrice de Business France.

Favoritisme et recel de favoritisme. « Au vu des premiers éléments recueillis dans le cadre de l’enquête préliminaire » confiée à l’office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF), le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire contre X des chefs de favoritisme et recel de favoritisme, a appris Europe 1.

>>> Comprendre l’affaire Business France

Au centre de l’affaire: une soirée le 6 janvier 2016 à Las Vegas, en plein Consumer Electronics Show (CES), grand-messe mondiale de l’innovation technologique, au cours de laquelle Emmanuel Macron avait rencontré des dirigeants de start-up françaises. Business France, agence publique dont la ministre du Travail Muriel Pénicaud était à l’époque directrice générale, est soupçonnée d’avoir enfreint la réglementation sur les marchés publics en ne faisant pas d’appel d’offres pour l’organisation de cet événement, confiée au géant de la communication Havas en décembre 2015.

Muriel Pénicaud bientôt entendue ? « La mise en concurrence n’a pas eu lieu concomitamment entre les trois prestataires contactés », Havas, Apco et Publicis, écrit le cabinet E&Y dans un audit rendu en juillet 2016, d’après une source proche du dossier. Révélé par Libération, cet audit relève aussi le fait qu’il n’y a eu « aucun bon de commande, aucun devis réalisé, aucun contrat signé, aucune facture », une situation susceptible « d’engager la responsabilité pénale des auteurs ».

Muriel Pénicaud est soupçonnée d’avoir été informée en amont de dysfonctionnements. Les enquêteurs de l’office anti-corruption de la police judiciaire ont notamment saisi le 20 juin, lors d’une perquisition chez Havas et Business France, un courriel du 11 décembre 2015 de Fabienne Bothy-Chesneau, à l’époque directrice de la communication de l’organisme, qui peut suggérer que sa patronne a été « briefée » des difficultés rencontrées. La ministre est aussi soupçonnée d’avoir tardé à informer son conseil d’administration du rapport rendu par E&Y et d’en avoir présenté une synthèse tronquée, d’après Libération.

Macron « hors de cause » selon Bercy. L’ouverture de cette information judiciaire rend désormais envisageable l’option d’une mise en examen de Muriel Pénicaud sous condition que les juges d’instruction réunissent des « indices graves ou concordants » à son encontre. L’enquête porte aussi sur le rôle qu’auraient pu jouer certains membres du cabinet d’Emmanuel Macron à Bercy. Emmanuel Macron et son cabinet « sont totalement hors de cause », avait assuré le 8 mars le ministre des Finances Michel Sapin après les premières révélations du Canard enchaîné sur la soirée.

Business France : que sait-on de l’affaire qui embarrasse la ministre du Travail ?

 18h35, le 28 juin 2017, modifié à 18h39, le 28 juin 2017

  • « French Tech Night », le 6 janvier 2016 au CES de Las Vegas, continue de faire des vagues, et pourrait bien éclabousser l’exécutif. À commencer par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud.

L’affaire tombe au plus mauvais moment pour Muriel Pénicaud. Alors qu’elle s’attelle actuellement à défendre le projet de loi d’habilitation à réformer le droit du travail par ordonnances – mesure phare d’Emmanuel Macron pendant sa campagne – l’épineux épisode de la « French Tech Night » lui colle à la peau depuis plusieurs jours. Mais de quoi s’agit-il exactement ? Qui est impliqué, et où en sont les enquêteurs ?

Que s’est-il passé lors de la nuit de la French Tech le 6 janvier 2016 ?

Alors ministre de l’Économie, Emmanuel Macron passe deux jours à Las Vegas pour défendre les couleurs françaises à l’occasion du Salon mondial de l’électronique (le « Consumer Electronics Show », communément appelé « CES »). Le 6 janvier 2016, une grande soirée, la « French Tech Night », doit réunir le ministre et des dirigeants de start-up françaises. Trois semaines avant, l’organisation est confiée, à la hâte, à Havas, géant mondial de la communication et de la publicité, par Business France, l’organisme de promotion des entreprises françaises à l’étranger, rattaché à Bercy.

Or, aucun appel d’offre n’est lancé, affirme Le Canard Enchaînéqui a révélé l’affaire en mars dernier. Et c’est là que ça coince. Ne pas lancer d’appel d’offre est illégal, selon l’ordonnance n° 2005-649 du 6 juin 2005, à laquelle est soumis Business France en tant qu’établissement public à caractère industriel et commercial. En clair, il pourrait s’agir là d’une violation des règles de mise en concurrence.

Cette « opération séduction », comme la décrit le journal, aurait été montée « à la demande expresse du cabinet du ministre » de l’Economie. Des éléments d’un audit réalisé par le cabinet d’audit EY (ex-Ernst & Young), que Libération s’est procuré, « ne laissent aucun doute sur l’implication du cabinet du ministre de l’Économie » de l’époque, estime le quotidien.

Par ailleurs, selon Le Canard enchaîné, le coût de l’opération aurait été de 381.759 euros, dont 100.000 euros pour les seuls frais d’hôtel.

Pourquoi le nom de la ministre du Travail est-il cité ?

À l’époque, Muriel Pénicaud dirige l’entreprise Business France, une fonction qu’elle occupe pendant trois années. Interrogée par Le Canard, le 8 mars, elle s’était défendue sans nier formellement les possibles irrégularités légales. « Le cabinet de Macron nous a demandés à la mi-décembre d’organiser en catastrophe la manifestation trois semaines plus tard. Le délai était intenable », explique-t-elle alors.

Selon Libération, mercredi, l’actuelle ministre du Travail aurait en fait « validé » certaines dépenses relatives à l’organisation de cette fameuse soirée. Le quotidien affirme par ailleurs que Muriel Pénicaud aurait ensuite tenté d’étouffer l’affaire.

Mercredi matin, la ministre du Travail réfute, mais reconnaît « une erreur de procédure ». Mais comme elle l’avait fait au moment de la révélation de l’affaire, Muriel Pénicaud rappelle que c’était elle qui avait « immédiatement déclenché un audit, interne et externe », au moment où elle avait constaté des « irrégularités » sur les frais engagés par Business France. « Il y a eu ensuite une inspection générale qui a confirmé qu’effectivement il y avait eu erreur et que d’autre part j’avais pris les bonnes mesures. Rien d’autre à dire », a-t-elle balayé.

Où en est l’enquête ?

Le 13 mars dernier, suite à la publication d’un rapport de l’Inspection générale des finances, le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire pour « favoritisme, complicité et recel de favoritisme ».

Mardi 20 juin, Europe 1 révèle que des perquisitions ont été menées dans les locaux de l’entreprise Havas et de l’agence nationale Business France, le matin même, par les policiers de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions (OCLCIFF). Depuis, l’enquête préliminaire se poursuit. À ce stade, elle ne vise pas directement Emmanuel Macron. Michel Sapin avait de son côté affirmé au printemps que son prédécesseur était « totalement hors de cause ».

Comment réagit la classe politique ?

Au moment où l’affaire sort dans la presse, plusieurs responsables politiques appellent directement Muriel Pénicaud à la démission. Parlant de « Bérézina », le vice-président du FN Florian Philippot estime, le 21 juin, que Muriel Pénicaud « ne pourra pas rester puisqu’elle est elle-même citée dans l’affaire des appels d’offre de Havas ». Eric Ciotti aussi monte au créneau, fustigeant le deux poids deux mesures entre cette affaire et l’affaire Fillon. « Pourquoi pour Business France, l’enquête n’a pas été conduite au mois de février, avec les mêmes moyens qui ont été déployés à l’époque contre François Fillon ? », fustige-t-il. Pourtant, Muriel Pénicaud passe sans encombre l’épreuve du remaniement.

Face aux critiques, le 21 juin, le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner prend la défense de la ministre sur Europe 1. « Business France a passé un marché, une commande, il y a eu une irrégularité. Muriel Pénicaud, qui était directrice générale, a provoqué immédiatement un audit, puis une inspection générale, puis l’inspection générale a validé un accord, et c’est elle qui a donné cette information, donc je ne suis pas inquiet sur les conséquences de cette information ».

Mercredi, après les révélations de Libération, Christophe Castaner reste sur son axe de défense. Plus étonnant, il demande à la presse de « ne pas chercher à affaiblir » la ministre, « dans un moment important pour la réforme du travail ».

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