Macron va à la pêche..

Voici un autre bon article de MEDIAPART.

Macron rejoue les grands classiques de la droite

31 AOÛT 2017 PAR ELLEN SALVI

Dans un entretien-fleuve au Point, le président développe plusieurs des réformes à venir. APL, assurance chômage, université… Toutes les antiennes de la droite y sont réunies. Mais aucun marqueur de gauche n’y figure.

Ils y sont quasiment tous. Dans un entretien-fleuve accordé ce jeudi 31 août au Point, Emmanuel Macron remet au goût du jour les grands classiques de la droite française. Sur plus de 20 pages de questions-réponses, celui qui avait théorisé, le temps de sa campagne, l’idée d’un mouvement politique « et de droite et de gauche » accorde en réalité très peu de gages à la seconde partie de l’expression. Pour ne pas dire aucun.

Le président de la République y confirme en revanche que son appropriation des antiennes de la droite ne relevait pas seulement d’une stratégie politique destinée à achever le parti de la rue de Vaugirard après la Bérézina Fillon, mais qu’elle constitue bien le socle sur lequel il entend s’appuyer pour réformer – pardon « transformer », comme il le répète – le pays.

Outre la réforme du code du travail par ordonnances, destinée à « flexibiliser » et donc à précariser davantage encore le salariat, Emmanuel Macron revient dans cet entretien sur le coup de frein donné aux emplois aidés, indiquant qu’« il s’agit trop souvent d’une perversion de la politique de l’emploi » et les qualifiant de « subvention déguisée vers les collectivités locales ou le secteur associatif ». Le président de la République l’assure : « Le taux de retour à l’emploi durable des personnes concernées est très faible. […] Pour un jeune des quartiers difficiles, ce n’est pas un contrat aidé qui va changer sa vie. »

Comme l’a expliqué Mediapart, la réalité est un peu plus complexe. Certes, la Direction de recherche du ministère de l’emploi (Dares), qui reconnaît que les emplois aidés ont des effets positifs sur le chômage à court terme, estime que ces effets sont « plus mitigés » à moyen terme. Elle reste toutefois très prudente quant au diagnostic, tant les éléments méthodologiques manquent pour l’établir de façon sûre.

Le président de la République comme son premier ministre, sa ministre du travail et son porte-parole ne s’embarrassent pas d’une telle prudence. Eux continuent d’opposer ce dispositif à la formation, jugée plus efficace pour l’emploi, comme le faisait François Fillon à l’époque où il espérait encore gagner la présidentielle. L’ancien candidat LR, qui souhaitait « une révolution culturelle de l’alternance », envisageait d’« assécher les dispositifs des contrats aidés pour les jeunes et mettre ces moyens qui aujourd’hui sont gaspillés sur autre chose ».

« Aujourd’hui, on oriente les jeunes vers des voies sans issue. L’idée, c’est d’arrêter avec les emplois aidés », expliquait, dès 2015, l’ex-députée Isabelle Le Callenec, qui avait participé à l’élaboration du projet. Le choix d’Emmanuel Macron en la matière aurait donc de quoi satisfaire tous ceux qui, à droite, ont défendu le programme de François Fillon. Ce sont pourtant les mêmes, de Gérard Larcher à François Baroin, qui aujourd’hui poussent des cris d’orfraie sur le sujet.

Même chose sur la réforme de l’assurance chômage qui sera mise en œuvre à compter de l’été 2018. Comme il l’avait déjà indiqué, le président de la République confirme dans Le Point qu’« au bout du premier mois, un chômeur devra bénéficier d’un bilan de compétences »« S’il existe des emplois accessibles en lien avec ses compétences, ils seront proposés, poursuit-il. Au deuxième refus, les droits seront perdus. » On retrouve, là encore, une proposition de François Fillon, qui entendait lui aussi « responsabiliser les demandeurs d’emploi en rendant obligatoire la motivation d’un refus d’emploi et en sanctionnant un deuxième refus insuffisamment motivé ».

Malgré la polémique et le fait que son premier ministre Édouard Philippe ait lui-même convenu qu’il s’agissait d’une mesure « pas intelligente », le chef de l’État affirme également sa volonté de continuer à baisser les aides personnelles au logement (APL) au-delà des 5 euros déjà annoncés. « Dans le cadre, dit-il, d’une transformation profonde qui doit faire baisser les loyers et dans le cadre d’une politique plus globale. » De leur côté, la quasi-totalité des candidats de la primaire de la droite, d’Alain Juppé à François Fillon, n’étaient même pas allés jusque-là, envisageant pour leur part une refonte complète des prestations sociales, aides au logement comprises.

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Dans un autre registre, Emmanuel Macron fait encore un pas supplémentaire du côté de la droite lorsqu’il évoque sa « révolution sur l’éducation »« Nous ferons en sorte que l’on arrête, par exemple, de faire croire à tout le monde que l’université est la solution pour tout le monde », affirme-t-il. La formulation est assez sibylline pour être comprise comme on le souhaite. Sans jamais prononcer le terme de « sélection »idée défendue par les ténors de LR, mais tabou absolu pour les acteurs de l’université, le président de la République relance toutefois le débat sur le sujet. Le gouvernement souhaiterait instaurer des prérequis mais ne livre pour l’heure aucun autre détail sur les modalités de ces derniers. Si celles-ci s’avéraient contraignantes, cela reviendrait à instaurer une sélection déguisée.

En occupant tout l’espace de la droite, le chef de l’État ne laisse à cette dernière qu’une seule solution pour exister : celle de se crisper sur ses marottes identitaires, de continuer de sombrer, par la voix de personnalités comme Laurent Wauquiez, dans la surenchère et de se rapprocher davantage encore de l’extrême droite. Car sur le volet social comme sur volet économique, rien de ce qu’il développe dans Le Point ce jeudi ne pourrait être sincèrement renié par le parti de la rue de Vaugirard. Sur des points de détail, sans doute. Mais uniquement sur cela.

Rien d’étonnant, donc, à voir tous les anciens soutiens d’Alain Juppé, à commencer évidemment par l’actuel premier ministre Édouard Philippe, applaudir les réformes – pardon, les « transformations » – promises par Emmanuel Macron. « Quand vous superposez les projets de Juppé et de Macron, il y a beaucoup de points de convergence : même mécanisme sur le coût du travail, même philosophie sur les 35 heures ou sur la taxation forfaitaire du capital… », soulignait un proche conseiller du maire de Bordeaux, dès mai dernier.

Certes, les « Marcheurs » qui rejettent les étiquettes politiques du « vieux monde » pourront toujours objecter le fait que tout ce qui est développé dans le premier grand entretien de leur mentor figurait déjà dans son programme pour la présidentielle. Ils auront d’ailleurs raison sur la plupart des sujets. La surprise de cette interview n’est pas tant qu’il y délivre un discours de droite. Elle réside dans le seul fait qu’il n’y adresse aucun message à destination de la gauche.

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