Nicole Belloubet devant les médias

Monique Cochinal

Madame Belloubet, Ministre de la justice, tente de se justifier, et répond aux nombreuses questions embarrassantes de nos journalistes. Allons-nous enfin savoir le rôle exact joué par son ministère dans toutes ces affaires politico judiciaires, qui nous interpellent et nous inquiètent. Les principaux sujets d’inquiétude, pour beaucoup de Français sont l’insécurité sur notre territoire avec les attentats, les braquages, le grave problème des bandes de jeunes délinquants (de plus en plus jeunes) armés dans les banlieues des grandes villes, qui pillent, vivent du marché de la drogue, et vont jusqu’à tuer. Et puis, ce triste sentiment que notre justice n’est pas juste, que notre justice n’est pas indépendante, qu’elle est trop laxiste. Nos policiers sont malmenés, certains sont même tués, au point d’avoir peur d’aller dans ces banlieues à risque. Ils reprochent au ministère de la justice de relâcher trop vite ces petits voyous qui récidivent en sortant de prison. Les gardiens de prison sont, eux aussi découragés, malmenés, trop peu nombreux. La grosse inquiétude, depuis l’affaire Benalla (loin d’être terminée), est le sentiment que la séparation des pouvoirs exécutif et judiciaire n’est pas respectée dans ce gouvernement, et que l’on a tendance à protéger les amis du pouvoir, et à matraquer les opposants (affaire Mélanchon, affaire Le Pen, affaire Fillon), alors que plusieurs de nos ministres et amis du Président traînent tranquillement derrière eux des casseroles (Bayrou, Ferrand, et d’autres).

Notre dame Belloubet, raide comme la justice, parfois un peu agacée, est sur la défensive. Elle connaît parfaitement les attaques des journalistes et va se justifier : «  j’ai été nommée à ce ministère pour mettre en application toutes les réformes annoncées par le Président, c’est mon travail. Mais, je tiens à affirmer ici que la justice est indépendante et ne dépend pas du pouvoir. Nos magistrats sont neutres et veulent le rester. Ils ont toute ma confiance ». Quelle belle affirmation ! Pourquoi douter ?

La construction de nouvelles prisons est en chantier, mais il faudra encore des années pour voir se terminer les travaux. C’est une tâche colossale, car rien n’a été fait avant, malgré les promesses. Elle nous explique qu’elle a pris des mesures pour que les gardiens soient plus nombreux, mieux formés à leur rude tâche. Ce n’est pas dans son pouvoir de relâcher des prisonniers, c’est la décision du parquet, après enquête sérieuse, mais qu’elle a entière confiance en ses collaborateurs. Quant à la mise en examen et la perquisition du bruyant Mélanchon, c’est un mensonge quand il affirme qu’il y a complot politique. Elle n’y est pour rien, c’est le procureur qui décide seul, bien sûr après de sérieuses enquêtes. Pour la malheureuse affaire Benalla, elle ne dira rien, puisqu’il y a une affaire judiciaire en cours. Elle s’était vivement opposée, à l’époque, devant les médias, contre la convocation envoyée à Monsieur Benalla par le Président de la commission d’enquête : le sénateur Bas, en précisant qu’il pouvait refuser de se présenter devant cette commission, étant entre les mains de la justice, d’où une remontrance de notre Sénateur Bas avec cette remarque cinglante : « La loi m’autorise à convoquer tout citoyen, et s’il refuse de se présenter, nous irons le chercher avec deux gendarmes. Nous avons des points sombres à éclaircir pour faire toute la vérité, mais en respectant, bien évidemment, la séparation des pouvoirs. Aucune question concernant l’enquête judiciaire ne sera posée ».

Enfin, elle parle de la réforme de la constitution qu’elle prépare activement avec ses collaborateurs. Alors, on pense aussitôt à la nomination du nouveau Procureur de la République, pour remplacer Le Procureur Molins. Elle explique donc qu’elle avait pleins pouvoirs du Président pour recruter le successeur, qu’il avait été décidé de trois candidats (trois pour un poste à pourvoir, bizarre), et qu’elle avait bon espoir que l’un d’eux serait nommé. Seulement, on a appris, de source sûre, que le Président Macron avait rayé les 3 noms proposés. La démonstration était faite que le Président, jusqu’à maintenant, nomme les procureurs de la République comme il lui convient. Après avoir affirmé trois fois que la justice était indépendante, elle termine en annonçant que des réformes seront votées dans la nouvelle constitution.

A quand la justice indépendante !

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