Nos propres guerres de religion

Bernard Owen
CECE – Centre d’Etudes Comparatives des Elections

En France, entre 1560 et 1598, il y eut huit guerres de religion. Grâce à l’habileté du roi Henri IV, l’on arrive à un « édit de tolérance », en avril 1598 : l’Edit de Nantes ».
A partir de 1685, Louis XIV, en l’espace de six années, va pratiquer une politique de décrets, qui vont introduire des restrictions très sévères. Ces interdictions progressives menèrent à des actions militaires et appauvrirent la France de Louis XIV déjà sous le coût inestimable des guerres menées par le royaume. Les interdits faits aux protestants diminuèrent progressivement et furent officialisés, sous Louis XVI, en 1787, par l’Edit de Versailles.
Pourquoi ce nouveau schisme au sein de l’Eglise Catholique ? Il est venu de l’intérieur. Plusieurs moines (nous ne nommerons que Luther), aidés par la découverte de l’imprimerie, souhaitèrent un retour aux sources du christianisme. Nos moines dénoncèrent la corruption qui découlait du commerce des indulgences. Ils indiquèrent que la Bible ne mentionne ni les saints, ni le culte de la Vierge, ni le purgatoire. Cette tendance mène au protestantisme et prend de l’ampleur principalement en Allemagne, Zurich, Strasbourg, Paris, Genève, et l’Europe du Nord. L’Eglise Catholique réagit par une contre réforme, qui se manifeste au Concile de Trente, mais échoue quant à la reconquête des zones protestantes. A cet aspect théologique se joint une réaction politique du Nord de l’Europe, car nombreux sont les Princes, qui ne sont guère attirés par la soumission à la papauté prônant une théocratie universelle.
La révocation de l’Edit de Nantes eut des conséquences tragiques dans certaines régions de France. Arrêtons-nous en Périgord, région calviniste. Le but de la révocation était de restaurer l’unité de la foi. La ville de Bergerac, calviniste, résista pendant vingt ans, alors que de nombreuses mesures furent prises pour convertir les calvinistes.Les personnes qui avaient des dettes à régler avaient un délai de trois ans, En revanche, celles qui n’observaient pas le repos dominical furent punies. Un autre exemple d’horreur insoupçonnée : sur le registre paroissial de Saint Agnan – d’Hautefort, on trouve l’annotation suivante (en vieux français) : « Suzanne de Mouneix est morte la nuit du 27 au 28 décembre 1688. Je luy fis faire le procès, et la fit jeter à la vorye par le bourreau de Périgueux, et les chiens la mangèrent au pont Saint-Sammens ». Les conversions n’étant pas nombreuses, l’on passa, en avril 1682,à la violence. Bergerac fut occupée par deux régiments de cavalerie, logés chez l’habitant : les « Dragonnades ». Les militaires faisaient comme il leur plaisait. Le gouvernement de Toulouse décréta la démolition du temple calviniste. Des maçons de Bordeaux en furent chargés. Ils arrivèrent le 30 octobre. Tout fut terminé le 11 novembre, et l’on planta une croix à la place du temple.
En 1683, interdiction fut donnée aux Huguenots d’exercer des fonctions publiques. Ils ne pouvaient se consacrer qu’à l’agriculture, l’artisanat et le commerce.
Le 18 octobre 1685, la révocation de l’Edit de Nantes fut votée. En août 1685, Faucon de Ris, intendant de Guyenne, était venu visiter la province. Les protestants déclarèrent que « les biens matériels avaient peu de valeur et qu’ils préféraient mourir dans leur foi ». Il s’en suivit un exode important, où les femmes jouèrent un rôle significatif et courageux.
Pourquoi ces guerres de religion ? La France était-elle tribale ? Certaines familles avaient pris de l’autorité par la force. Une royauté avait vu le jour. Seulement, le fils n’a pas forcément l’autorité du père ou de la mère. L’on assassine un roi ou l’on coupe la tête d’une grande famille. Les jalousies propres à l’être humain viennent compliquer les situations.
Voilà qu’à nouveau, on s’entretue au nom d’une religion. Nous avons évoqué, dans un précédent article, le temps des croisades, où Musulmans,chrétiens orthodoxes, chrétiens catholiques se firent la guerre, après la chute de l’Empire Romain.
Quels mots pourraient-ils venir à l’esprit en contemplant l’histoire de l’Europe ? Pourrait-on réellement parler d’Etats ? Ces Etats à frontières variables, avec des mouvements de populations forcées de fuir, alors qu’elles recherchent d’elles-mêmes la tranquillité à laquelle, en majorité, nous aspirons. Au lieu de nations européennes, peut-être pourrions-nous parler d’un ensemble de tribus ?

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