Où va la France?

Le président du Sénat, Gérard Larcher, accompagné des sénateurs Marie Mercier et Jean Paul Emorine

Bernard Owen, Monique Cochinal, Maria Rodriguez-McKey

C’est avec un certain plaisir que je reprends la plume, mais pas sans un certain désespoir quand je pense à l’image désastreuse que la France transmet en ce moment à travers le monde. Pourtant, tout était prévisible.

Il paraît que l’organisation d’un ensemble de personnes qui veulent vivre en paix est plus difficile que de mettre au point un ordinateur ou un téléguidage. La première difficulté consiste à considérer l’être humain comme une personne unique, qui travaille, pense, réfléchit, juge, éprouve des sentiments, aime parfois être seul, mais sentira souvent le besoin de rencontrer d’autres personnes dans différents groupes d’amis pour donner son avis, être « reconnu », se sentir à sa place. C’est, du reste, ainsi qu’il pourra se structurer et progresser dans sa vie, au contact des autres.

Il est certainement très difficile de faire cohabiter dans la paix une telle complexité d’êtres humains sur un territoire précis, mais en liens de plus en plus étroits avec d’autres habitants d’autres pays voisins ou plus lointains, sans heurts, guerres et massacres. Notre vieille Europe en a, malheureusement, fait l’expérience ces derniers siècles.

Mais, étudions de plus près les revendications et aspirations de ce mouvement des gilets jaunes. Leur plus grande colère vient de la triste constatation que, depuis quelques années, toute une partie de cette France a été abandonnée, délaissée par ses dirigeants, ses représentants élus par ses soins, au point de ne plus avoir confiance dans toutes les institutions auxquelles elle était attachée. Nos gilets jaunes crient : « plus de syndicats, plus de partis, plus d’institutions, le peuple seul, le peuple souverain, un point c’est tout ! ». C’est bien là le grand malheur, et ce violant courant de révolte qui ravage notre pays.

Dans notre vieille Europe, nos anciens ont pensé, au fil des siècles, à une structure de la société à laquelle ils appartenaient en trois catégories :

  1. L’appel du peuple, qui élit ses représentants : maires, députés en deux assemblées : Assemblée Nationale et sénateurs, pour former le pouvoir législatif, qui vote et met en œuvre les lois, avec à sa tête le Premier Ministre.
  2. Le pouvoir exécutif: Un président de la République, (ou un gouvernement, comme en Grande Bretagne, qui a conservé sa reine). Le président a tout pouvoir. Il est élu au suffrage universel à deux tours par tout citoyen en âge de voter. En France, il représente beaucoup pour le peuple, c’est un peu notre chef suprême, notre « ancien roi ».
  3. Le pouvoir judiciaire: Il doit surtout être et rester indépendant, car il y a danger quand les deux autres pouvoirs font appel à lui dans de nombreuses situations, qui doivent être au départ clairement définies (souvenons-nous des malheureuses affaires politico-judiciaires, élection présidentielle de 2017, et affaire Benalla).

Quant au Président, pour être suivi par « son peuple », il devrait être énergique, mais posé, irréprochable d’honnêteté, juste, plein d’empathie pour tous les citoyens, mener à bien la politique choisie, mais surtout en admettant qu’il puisse se tromper, comme tout autre être humain. Il doit donc être encadré d’institutions, qui rendent difficiles, voire même impossibles, ses erreurs et ses dérives.

Pour que notre démocratie représentative fonctionne, nous devons être très attentifs au mode de scrutin choisi (j’y reviendrai plus longuement prochainement, avec une étude comparative, et avantages et inconvénients des divers systèmes électoraux), et aux liens ininterrompus existant entre citoyens, maires, députés, sénateurs et le pouvoir exécutif et son président. Dès qu’il y a dysfonctionnement d’une des institutions, le citoyen le voit, et « le bon peuple » se révolte, pour devenir « les foules haineuses ».

Que dire de cette grave crise présente ? La seule institution qui fonctionne, en ce moment, est le Sénat, ainsi que les élus locaux, dont ils sont les représentants.

Gardons, cependant, espoir et confiance, car il existe toujours une marge où la confiance en l’être humain dépasse le domaine de la technique.

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