Existe t-il une opposition modérée en Syrie?

Bernard Owen

Source « The National » – le 16 mars 2016

L’armée syrienne (dite libre A.S.L.) a perdu l’un de ses points forts à Homs, en mars 2016. L’on invoque le manque d’armes sophistiquées ainsi que certaines mésententes. Le bastion était encerclé depuis un mois, mais une attaque de la quatrième division de blindés, commandée par le jeune frère du président, fit tomber le bastion en moins de 36 heures. On parle d’une retraite tactique. Un colonel : Ryad Al Assad, a formé une autre armée libre de 40 000 hommes, le 29 juillet 2015 sur la frontière turque, mais ces troupes s’entendent mal avec le gouvernement en exil en Turquie : le Conseil national syrien, formé en août 2015. L’un des membres du Conseil a déclaré la formation d’un conseil militaire (en Turquie) pour éviter ces mésententes, sans prévenir les combattants sur le terrain, qui ont crié à la trahison.

Les Frères Musulmans essayent de s’emparer de groupements de soldats syriens libres, mais sans succès, jusqu’à maintenant. Deux régiments de militaires libres ont été unifiés par le Colonel Ryad Al Assad. Celui-ci, leur porte parole, a été fait prisonnier.

Pour revenir à l’histoire, l’on rencontre une suite de formations, à partir du 29 juillet 2011, date de la formation de l’armée syrienne libre (ASL). Les dates se suivent :
• Décembre 2011 – un camp de l’ASL est installé en Turquie, mais il est strictement sous contrôle.
• Février 2012 – formation d’un corps militaire unitaire, mais l’ASL n’avait pas été prévenue
• Printemps 2012 – établissement d’un commandement conjoint.

L’Occident se trompe. Nos belles démocraties, notre longue expérience ….. Nos erreurs se retrouvent ici ou là. Les erreurs concernant l’Irak se retrouvent en Lybie. La Syrie était mal partie, mais, qui sait, la sagesse viendra d’ailleurs. Pourquoi pas de la Russie ? Les manœuvres de l’armée russe contre Napoléon sont encore étudiées dans nos écoles militaires ….

Nous apprenons de Liz Sly que l’armée des Etats Unis a entraîné et a fourni des armes aux « rebelles modérés » pour se battre contre les extrémistes, ou contre les forces loyalistes, or, les militaires soi-disant bien entraînés se sont rendus tout en remettant leurs armes aux assaillants, lors des premiers assauts. Le Pentagone n’a pas voulu faire de commentaires. Il va vérifier l’exactitude des informations venant du terrain.

Nous n’avons pas la prétention d’écrire un livre. Nous faisons de l’information et avons cru intéressant de noter une suite de références fournies par Wikipedia :
Mediapart souligne, en mars 2016, que « l’absence de coordination et de hiérarchie entre les multiples groupes, qui constituent aujourd’hui l’ASL, rend très difficile le suivi du financement fourni par la coalition.
Les groupes djihadistes front al-Nostra et Ahrar al-Sham prêtent main forte aux rebelles de l’ASL contre les troupes du régime syrien, et se sont avérés d’une grande utilité pour ces derniers, lors de la bataille d’Alep.*
Bien qu’alliés à l’ASL dans le but de faire tomber Al Assad, les membres de l’ASL ont condamné à de nombreuses reprises les attentats- suicides perpétrés par Al-Nostra, et certains indiquent que l’éventualité d’un après Assad serait marqué par une guerre entre l’ASL et les islamistes jihadistes, prônant une société basée sur les lois de la charia.
En juin 2012, Human Rights Watch (HRW) accuse l’Armée syrienne libre de recruter des enfants soldats. La commission d’enquête sur la Syrie des Nations Unies alerte à son tour sur ce sujet en août, en assurant avoir rassemblé des preuves du non-respect de l’engagement pris par Riyad al Assaad, chef de l’ASL, de ne pas utiliser des enfants, ce qui constitue un crime de guerre.
Le 20 juillet 2012, Adnan al-Assadi, Ministre irakien de l’Intérieur, accuse des membres de l’Armée syrienne libre d’avoir coupé les jambes et les bras d’un lieutenant colonel de l’armée syrienne, et exécuté 22 soldats.
En septembre 2012, l’Observatoire syrien des droits de l’homme accuse des membres de l’ASL d’avoir exécuté sommairement une vingtaine de soldats de l’armée syrienne, ce dont l’ASL se défend. Jean Marie Fardeau, directeur de Human Rights Watch, affirme alors disposer d’ « une dizaine de cas d’exécutions documentés de l’ASL ».
Références :
Benjamin Barthe, Jamal Maarouf :
« L’Armée syrienne libre est sous la coupe d’Al-Nosra » – archive – « Le Monde, 15 mars 2016
Syrie : les rebelles affirment avoir tué un général russe (archive) – Ria Novosti, 8 août 2012.
Général russe tué en Syrie « provocation » (Moscou) (archive), Ria Novosti, 8 août 2012
Moscou affirme que les Etats Unis coordonnent la livraison d’armes aux rebelles syriens (archive). « Le Monde », 25 octobre 2012
Washington dément avoir livré des lance-missiles aux rebelles syriens (archive), RIA Novosti, 25 octobre 2012
Syrie : Moscou rejette les ultimatums de l’opposition (archive), RIA Novosti, 12 novembre 2012
(en) The free Syrian Army Doesn’t Exist Analysis, texte original
L’Armée syrienne libre existe-t-elle ? (archive), « Le Soir, 27 mars 2013
En Syrie, « il est possible de jouer sur les équilibres au sein de la rébellion » (archive), Regards, 12 septembre 2013
Frédéric Pichon, Syrie : « Pourquoi l’Occident s’es trompé », Editions du Rocher, 2014- page 78
a, b, c, d, e, f, g, h, i, et j – René Backmann, « Syrie marginalisée, l’Armée syrienne libre accumule les défaites » (archive), sur Mediapart, 14 mars 2016 (consulté le 15 mars 2016)
a, b, et c, « L’Armée syrienne libre n’est plus qu’un nom » (archive),Le Temps, 12 août 2013
a et b Syrie : à Alep, les jihadistes montent en puissance face à des rebelles décriés (archive), Le Point, 5 décembre 2012
Démission du président de la Coalition nationale syrienne (archive), Le Monde, 24 mars 2013
Syrie, des rebelles modérés rejoignent le camp des islamistes radicaux (archive), Le Figaro, 26 septembre 2013
Armin Arefi, En Syrie, la déroute des modérés (archive), Le Point, 3 novembre 2014
a et b Georges Malbrunot, Syrie : le Qatar accusé par ses alliés de jouer un double jeu (archive), 16 décembre 2013
a, b, c, d, et e, Les actions du Front Islamique affaiblissent l’Armée syrienne Libre (archive), Le Monde, 27 juin 2014
Syrie : l’opposition modérée dissout son conseil militaire pour corruption (archive), Le Monde, 27 juin 2014
a, et b, Benjamin Barthe, « Washington entraîne a minima des rebelles syriens contre l’Etat islamique » (archive), sur lemonde.fr – 12 mai 2015 (consulté le 12 mai 2015)
Un des chefs de l’Armée syrienne libre tué dans un attentat en Turquie (archive), Le Monde avec AFP, AP et Reuters, 26 août 2015.
Malik al-Kurdi, le second du général Riad el-Assaad déclare, en août 2013 : « L’ASL n’est plus qu’un nom. Certaines katibas (unités de combattants) s’en revendiquent, mais cela ne veut pas dire qu’elles suivent l’état major…. Les groupes, même sous la bannière de l’ASL, font ce que bon leur chante. En outre, beaucoup d’entre eux quittent publiquement ou non l’ASL, pour rallier les groupes dits islamistes ».
En décembre 2013, l’universitaire Fabrice Balanche indique : « L’ASL n’a jamais vraiment existé. Il y a eu un état-major composé d’une cinquantaine de généraux déserteurs, majoritairement réfugiés en Turquie. On parlait d’armée organisée, ce n’était rien de tout cela, c’était du vent ».
En février 2014, Le Monde affirme : « Plusieurs brigades, islamistes et non islamistes, continuent… de se réclamer de l’ASL, qui désigne désormais plus la rébellion qu’une coalition bien structurée ».
Pour Frédéric Pichon, chercheur et spécialiste de la Syrie, l’ASL n’existe pas et a toujours entretenu des liens étroits avec salafistes et djihadistes. Il précise qu’elle collabore également avec Al Qaïda.
En mars 2016, l’universitaire Zlad Majed dément la disparition de l’ASL, et considère plutôt qu’elle « est entrée depuis plusieurs années dans une phase de fragmentation dont elle n’est jamais sortie. La structure de coordination a disparu et l’armée s’est transformée en une multitude de brigades régionales ou locales, souvent commandées par des chefs autoproclamés réticents à toute ingérence extérieure. Et pas toujours compétents et rigoureux en matière de gestion des ressources ».

Références :
a et b « L’ASL est loin de contrôler ses troupes sur le terrain » (archive), France 24, 11 septembre 2012
Syrie : le torchon brûle entre rebelles et jihadistes (archive), Libération, 12 juillet 2013
Comment la CIA contrôle la livraison d’armes aux rebelles (archive) Le Figaro, 27 juin 2012
Premières armes américaines aux rebelles syriens (archive), Le Monde, 12 septembre 2013
Congress secretly approves U.S. weapons flow to moderate Syrian rebels (archive), Reuters, 27 janvier 2014
Cannibalisme en Syrie : l’ASL promet de punir le coupable (archive), Le Monde, 15 mai 2013
Syrie : une vidéo d’exécutions sommaires par des rebelles fait surface (archive), Le Monde, 6 septembre 2012
Inside Jabhal al Nusra – the most extreme wing of Syria’s struggle (archive), The Telegraph, 2 décembre 2012
Les rebelles syriens condamnent l’exécution sommaire de partisans du régime (archive), Le Monde, 2 août 2012
« L’ASL est loin de contrôler ses troupes sur le terrain » (archive) France 24
Des enfants seraient enrôlés par les rebelles syriens (archive), Le Figaro, 30 novembre 2012
Syrie : les enfants-soldats de l’armée rebelle (archive), Le Point, 30 novembre 2012.

Faudrait-il mieux connaître la Syrie ?

Bernard Owen
Kurt Nimmo, à partir des données de Wikileaks (fondateur : Julian Assange), bien avant la révolte de 2011 en Syrie, fait état de remarques datant de 2006 de l’Ambassadeur des Etats Unis concernant un projet qui consistait à pousser le gouvernement Syrien à prendre une allure et des attitudes outrées, à mesure que le Printemps Arabe se déroulait (l’Ambassadeur était William Rockback). Ce projet était destiné à donner l’image de Bashar El Assad d’un homme faible, incapable d’arrêter des Islamistes de pénétrer en Irak. Il s’agissait de créer une paranoïa au sein des autorités pour les faire agir d’une façon inconsidérée.

Le Printemps Arabe se présentait par la presse occidentale comme une réaction spontanée contre la tyrannie des pouvoirs en 2011. En fait, dès le mois d’avril 20001, le journal « New York Times » énumère les actions bien pensées et coordonnées des ONG, IRI, NDI, Freedom House et l’Endowment for Democracy, dont nous avons parlé par ailleurs. Le Printemps Arabe a été conçu au loin, à Washington, dans les camps en Serbie, mais point au Moyen Orient.

En avril 2011, l’A.F.P. a publié un article présentant les moyens que le département d’Etat mettait à la disposition des pays arabes, téléphones et mails sécurisés.

En avril 2013, Roland Dumas, ancien Ministre des Affaires Etrangères, a fait part à la télévision d’une conversation avec deux diplomates britanniques lui laissant comprendre que la Grande Bretagne préparait certains évènements en Syrie.

Le Printemps Arabe fournit une image idéale bien acceptée par la gauche progressiste rejetant au loin l’impérialisme de l’Occident. Naturellement, cette image a un inconvénient, car elle prépare la voie à la conflagration régionale, et, pourquoi pas, mondiale. Les révélations de Julian Assange n’ont pas, jusqu’à maintenant, pu faire croire que la guerre en Syrie n’est pas le soulèvement d’un peuple, mais une attaque bien orchestrée par Washington, l’Arabie Saoudite contre l’Iran shiite. Les Emirats Arabes souhaitent, eux aussi, faire du sunnisme la religion prédominante contre l’Iran et … la Syrie. Naturellement, les fausses informations qui circulent à travers le monde, nous feront oublier que l’après Saddam Hussein a montré un Etat qui n’en n’est plus un, où les Sunnites se battent contre les shiites, et que les Kurdes que l’on a détachés de l’Irak sont les seuls combattants contre les extrémistes, ce qui n’arrange pas la Turquie fragilisée par les exigences de la Communauté Européenne pour accepter sa demande de faire partie de l’Union Européenne. Pour cela, il fallait, entre autre, élimer la constitution deMustapha Kemal, qui plaçait les militaires comme gardiens de la démocratie.

Steve Randall écrit un texte intitulé « Skepticism is essential in Syria reporting ». pour cet auteur, la presse internationale avec ses journalistes et les organismes, dont le but déclaré est d’apporter une juste vision du monde, se sont placés à l’écart de la réalité. Il mentionne l’opposition armée, qui tue des civils, pratique la torture, les enlèvements, les exécutions sommaires des prisonniers, et citant (la BBC du 8 janvier 2012) le recrutement d’enfants. L’on tue même des Sunnites qui refusent de prendre les armes contre le gouvernement. Les personnes interrogées ne peuvent que répéter la version des rebelles car parler autrement peut mener à la mort.

Un écrivain très connu : Nadia Khort, de Damas, dénonce la réaction de la représentante des Etats Unis, qui critique la position différente de la Russie et de la Chine. Elle cite le cynisme de l’Occident.

Nous terminerons avec la synthèse sur la Syrie de Bouthaina Chabane, conseillère auprès du Président : « Le multipartisme a été introduit en 2012. A savoir si les Occidentaux sont intéressés par les réformes….. Avant la crise, la Syrie possédait des infrastructures sanitaires, éducatives, qui fonctionnaient. Chaque village avait son école gratuite. Les étudiants allaient à l’université pour 20 dollars par an . La Syrie n’avait pas de dettes extérieures ».

Il est parfois difficile de comprendre l’Occident. Il a encouragé les Syriens à fuir le pays. Le Qatar n’a-t-il pas créé un fonds spécial destiné à aider financièrement les candidats à l’exil ?

Ce que l’on sait de l’Ukraine et de la chute de l’avion de ligne

Bernard Owen
En ce moment l’Europe est désespérée car l’Ukraine va lui couter très cher. D’abord la Grèce, maintenant l’Ukraine.
Le terrible accident d’un avion de ligne au dessus de la zone séparatiste de l’Ukraine va resserrer les rangs de l’Occident. Que faire? Se tourner vers Moscou?
Pour l’instant oublions Moscou et envisageons ce que fut l’armée Ukrainienne et ce qu’elle est maintenant. Avant la place Maïdan et la Crimée, l’armée couvrait l’ensemble du territoire. Les militaires qui la composaient étaient de toute provenance. Que sont-ils devenus ceux qui étaient stationnés dans la zone devenue séparatiste?
Certains ont pris leurs armes et ont rejoint Kiev. D’autres ont rejoint Kiev tout en laissant sur place leurs armes. Cela volontairement ou non. D’autres sont restés sur place et ont rejoint la force combattante. Ces événements quelque peu chaotiques se trouvent à tous les niveaux de l’Ukraine.
Voyons la situation politique. Le premier ministre Yatsenyuk a annoncé à la Rada (parlement) sa démission ainsi que celle de son gouvernement le 24 juillet. Deux partis sur lequel il comptait ont retiré leur soutient. Il s’agit des néo-Nazi SVOBODA et l’OUDAR mené par Vitali Klitschko, l’ancien boxer de la place Maïdan. En résumé, l’économie nationale est en crise et la structure politique est désorganisée.
Que s’est-il passé? Aljazeera nous apprend de façon laconique le 23 juillet que les services de renseignements des Etats-Unis pensent que l’avion a été abattu par erreur par les indépendantistes ukrainiens. NBC news (une des grandes chaînes de télévision des Etats-Unis) indique que le Président Ukrainien Poroshenko avait incriminé les indépendantistes et avait placé en ligne une discussion où un colonel russe se vantait de cet exploit. NBC n’a pas pu authentifier ce texte. Le vice-président Joe Biden a déclaré que l’avion avait apparemment été abattu.
D’un autre coté le Ministère de la défense de la Malaisie a déclaré que le fait que l’avion avait été abattu n’était pas confirmé et que leur armée interviendrait dans la recherche et l’exploitation des données. Un Boeing 777 a disparu dans le plus grand mystère de l’aviation civile le 6 mars 2014.
Quelques détails techniques apparaissent lors de la conférence du général Kartapolov chef de l’Etat Major Russe: « La chute a eu lieu à 31 miles de la frontière russe » « L’on a observé la montée, d’un avion de chasse ukrainien SU-25 qui s’approchait du Boeing Malaisien. Le U-25 dispose de missiles air-air qui garantissent la destruction d’un objectif jusqu’à 5 km. Pourquoi cette proximité de l’avion de chasse? Après Donetsk l’avion de ligne s’est écarté de son corridor vers la gauche jusqu’à 14 kilomètres puis a tenté de retourner. A 17H20 l’on observe une baisse sensible de sa vitesse et à 17H23 il a disparu des écrans radar. (Service Huffington Post Le Monde)
Les faits existent. La politique est bien là, prête à tirer d’un côté ou de l’autre selon ses besoins.

Les résultats finaux de l’enquête
Le rapport de l’enquête du vol MH 17, quinze mois après la chute, a été publié par les enquêteurs néerlandais le 13 octobre 2015. Ce rapport et les autres ne fournissent pas une idée claire des évènements « l’avion s’est écrasé suite à la détonation d’une ogive à l’extérieur de l’avion contre le côté gauche du cockpit». Le missile serait de fabrication russe de type BUK, mais l’endroit de l’emplacement du tir de ce missile sol – air est peu précis, car il s’agit d’une zone de 320 kilomètres carrés. Le fabricant russe conteste le fait qu’il s’agisse de ce type de fusées. De toute façon, l’enquête critique l’Ukraine de n’avoir pas interdit son espace à l’aviation civile, car un Etat doit garantir la sécurité de son espace aérien.
Il existe de nombreuses organisations techniques qui ont été sur le terrain, sans compter les avocats des familles dont les proches se trouvaient dans l’avion. Il semblerait que l’accident ne soit pas dû à une défaillance technique, ni à une erreur du personnel volant.
Il est certain que cette bévue tombe mal dans ce pays endetté, où le Premier Ministre Aseny Yatsenyuk doit gouverner sans l’accord du parlement, mais soutenu par le Président Petro Poroshenko.

ESPAGNE : L’IMPORTANCE DES INSTITUTIONS

Bernard Owen, Docteur en Science Politique
Voir d’autres articles sur le site des Echos: http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/auteurs/index.php?id=50173

Avant Franco, l’Espagne a connu la démocratie, sous la royauté ou sous la République. La deuxième république a été proclamée à partir des élections du 12 avril 1931.

Après la disparition du Général Franco, il a fallu revenir à la démocratie, mettre au point des lois électorales et des systèmes électoraux. La Science Politique s’est tournée vers l’Europe. Les exemples ne manquaient pas et l’on choisit, sans trop regarder autour de soi, un système proportionnel, celui inventé au siècle dernier par Victor D’Hondt. Hélas, on a oublié que la proportionnelle ouvre la porte aux coalitions, et que celles-ci, en temps de prospérité agissent, sans trop de difficultés, mais lors d’une crise, peuvent mener à des mécontentements que le système électoral est incapable de gérer. Vous connaissez un dénommé Hitler, qui, en 1930, lors de la chute du gouvernement composé de cinq partis, put se réjouir d’obtenir un vote de 18 % des suffrages, alors qu’en 1928, il obtenait péniblement 2,6 % des suffrages. Notons bien que le système proportionnel de la République de Weimar était un modèle du genre. Certes, l’Allemagne et son histoire sont dramatiques, mais, en ce qui concerne la notion de bonne gouvernance, d’autres pays européens présentent des exemples qui rappellent la montée des partis « podemos » et « ciudadanos ». Ces derniers partis ont mis fin au bipartisme satisfaisant de l’Espagne, lors des intentions de vote de novembre 2014. Jusqu’en janvier 2015, certains partis qui apparaissent peuvent représenter 40 % des intentions de vote.

L’histoire de l’Allemagne est terrible, mais quand on se penche sur d’autres erreurs moins dramatiques, les exemples sont nombreux. Le Danemark, en 1973, a vu apparaître un nouveau parti (Parti du Progrès), qui existe toujours et qui est devenu le deuxième parti danois. Il avait à sa tête un parfait inconnu « Glistrup », qui s’est vanté à la télévision de ne pas payer d’impôts.

Mais revenons à cette deuxième République espagnole, nous trouvons trois élections. La première en 1931 donne la victoire à la gauche. Elle crée l’Institut de la réforme agraire, qui s’enfonce dans des complexités juridiques.

Un autre point de la plus grande importance est le fait des erreurs que peuvent commettre les stratèges politiques. La gauche au pouvoir pense être en mesure de remporter les prochaines élections et décide de modifier la loi électorale pour amplifier la victoire en sièges de la tendance qui vient en tête des suffrages obtenus. Le gouvernement se base sur la loi Acerbo de Mussolini, qui, conçue 8 ans plus tôt, convient parfaitement à cette volonté.

La prévision du gouvernement, à savoir qu’il remporterait les prochaines élections, s’avère être fausse, et la droite remporte largement les législatives de 1933, grâce à cette nouvelle loi électorale. La droite au pouvoir ne donna pas l’image d’une entente exemplaire. Le parti de droite (CEDA) qui avait obtenu le plus de députés (115) aux Cortes, ne fait pas partie du gouvernement, ceci fit mauvaise impression. Les conflits sociaux, dès 1934, se multiplièrent, alors que l’Espagne connaissait une production en hausse avec, de surcroit, d’ excellentes récoltes céréalières et un recul du chômage.

Fin 1934, des insurrections socialistes et anarchistes ont lieu dans plus de vingt provinces. En parallèle, la phalange espagnole se développe. Le gouvernement pense qu’une élection anticipée peut entraîner une majorité de centre droit.

Les élections du 6 février 1936 sont un autre exemple des erreurs d’appréciation des hommes politiques. La gauche remporte les élections avec une très faible marge au niveau des suffrages, mais très importante au niveau des sièges.

Grâce à leur implantation syndicale, dans le pays, les anarchistes représentaient une force égale aux socialistes et aux communistes. A droite, la phalange n’obtient aucun siège. Après la victoire de la gauche, celle-ci fait la même erreur que la droite en 1933. Le Parti Socialiste, le plus important de la gauche à l’assemblée (99 sièges) n’est pas au gouvernement.

L’insurrection d’une partie de l’armée, finalement prise en main par Franco, fait penser à la première République, qui ne dura que de 1873 à 1875, mise à mal par la notion d’indépendance, ou simplement d’autonomie, qui pénétra jusqu’à de simples villages et aboutit à la révolution cantonale !

Revenons à 1936 – 1937 :

Il existe une région très mouvementée qui mérite quelque attention. Il s’agit de la Catalogne. Les principaux évènements sont relatés ici :

Dès juillet 1936, la Catalogne et Barcelone se trouvent sous le contrôle des milices ouvrières.
Les syndicats anarchistes CNT se joignent au président de la généralité : Luis Companys. Ils forment le CCMA (Comité Central des Milices Antifascistes de Catalogne ), qui exerce les fonctions d’un gouvernement de Catalogne.
Collectivisation des industries. La tendance s’étend à l’Aragon.
Le gouvernement républicain de Madrid est impuissant.
Climat de méfiance entre les institutions républicaines et les organisations ouvrières.
Le gouvernement de Madrid se retire à Valence, qui devient la capitale de l’Espagne.
Le bras droit de Companys tente de mettre de l’ordre dans les actes des patrouilles armées.

De violents affrontements entre le corps des douaniers et les patrouilles, qui se terminent à l’avantage des premiers. L’on craignait alors qu’une guerre ouverte éclate dans les villes du Nord de la Catalogne entre les anarchistes, le gouvernement, et les communistes.

Chaque camp constitue des dépôts d’armes et fortifie en secret ses édifices. A Barcelone c’est le chaos.
La Centrale téléphonique était occupée légalement par la CNT depuis le début de la guerre.

Le 2 mai, le ministre de la marine et de l’air du gouvernement de Valence voulut téléphoner à la généralité de Catalogne. Cette conversation et d’autres furent interrompues par la standardiste qui leur dit que les lignes devaient être utilisées à des fins plus importantes.

Un corps de 200 policiers commandés par le conseiller de l’ordre public de la généralité se rendit au central téléphonique. La CNT ouvrit le feu. La place de Catalogne se couvre de monde, l’on sort les armes et l’on érige des barricades.

Le 4 mai, le calme revient, mais les milices anarchiques attaquent les édifices gouvernementaux de la Catalogne. Les dirigeants des diverses factions lancent des appels au calme.

Le 5 mai, le Président Companys nomme des membres du gouvernement catalan pour négocier le cessé le feu, mais des tirs incontrôlés abattent les passants.
Le 6 mai, l’on tire au mortier.

A ce moment, 5000 hommes commandés par un colonel anarchiste sur ordre du gouvernement républicain quittent Madrid et Valence pour Barcelone afin de rétablir l’ordre. Dans la nuit, trois vaisseaux de guerre républicains transportant des troupes atteignent Barcelone.

Le 7 mai, ces troupes arrivent à Barcelone et occupent plusieurs points stratégiques et désarment les miliciens.
Le 8 mai 1937, les rues sont tranquilles et les barricades démontées.

Les Républiques espagnoles nous présentent la guerre des mots. Les anarchistes voulaient faire la révolution pour gagner la guerre, alors que les communistes voulaient gagner la guerre pour faire la révolution. 4 ministres anarchiques étaient au gouvernement en novembre 1936. Nos amis anarchistes en discutent encore.

Revenons au présent. Après le début prometteur, la nouvelle démocratie espagnole rejoint les ennuis communs à l’Europe proportionnelle.

En 2016, l’Iran a suivi un long parcours

Bernard Owen, Maria Rodriguez-McKey
Il s’agit de la trente cinquième élection à l’Assemblée Consultative, et de la dixième élection, depuis la révolution constitutionnelle de la Perse.

L’Iran a souffert de sa richesse pétrolière et d’une démarche régulière vers la démocratie.
Sans se perdre dans l’histoire, considérons les années 1950. Le Premier Ministre issu d’un gouvernement « nationaliste » : Mossadegh, s’engage dans une opération de nationalisations des sociétés pétrolières. Jusque là, le pétrole, son exploitation et ses débouchés étaient assurés par les Anglo Iraniens. Les demandes du gouvernement iranien sont présentées sans négociation, d’une façon autoritaire. En juillet 1952, les Anglais sont prêts à organiser une opération militaire à partir de Chypre. Mossadegh se tourne vers l’Union Soviétique. Truman calme le jeu et accorde un prêt à Mossadegh en lui suggérant d’indemniser la société « Anglo iraniennne oil Compagny ». Ce que Mossadegh refuse.
A partir de ce moment, la C.I.A. met en place une opération pour déconsidérer le Parti Nationaliste et le « Tudeh » (parti communiste), en provoquant des désordres dans les villes, afin d’encourager l’armée et les partis du Shah à réagir et mettre de l’ordre. Le plan de la C.I.A. fonctionne à merveille, et le Shah reprend les rênes du pouvoir, et tout redevient comme avant. Massadegh est placé en résidence surveillée et mourut en 1967.
Le système électoral :
Il existe certaines limites pour être candidat :
– Ne pas avoir été membre des gouvernements d’avant 1979
– Ne pas être Ministre, membre du conseil des gardiens, membres importants de l’église et membres de l’armée.
L’on votera aussi pour l’Assemblée des Experts. Jusqu’à ce jour, cette dernière assemblée était élue séparément pour un terme de huit ans. Elle était composée de religieux, et se devait de suivre le travail du guide de la révolution, mais les membres de cette assemblée sont peu sollicités, car le guide dispose d’un pouvoir à vie.
L’Assemblée Islamique Consultative comprend 290 sièges, dont cinq sont réservés aux Zoroastrians (Zoroastre était un réformateur de la religion iranienne VIII ou VII ème siècle avant J.C.), juifs, Assyriens, Chaldéens chrétiens, et un arménien du Nord et un du Sud.
Les 285 autres candidats sont élus de deux façons :
– Une partie en circonscriptions binominales à deux tours. Il faut obtenir un tiers des suffrages exprimés. Dans le cas où aucun candidat n’obtient ce niveau, les deux candidats ayant obtenu le plus de suffrages se présentent au deuxième tour.
– Les autres candidats sont élus dans des circonscriptions à candidatures multiples, chaque électeur procédant autant de suffrages qu’il y a de postes à pourvoir. Les candidats ayant reçu un tiers des suffrages exprimés sont élus. Dans le cas où tous les sièges ne sont pas pourvus, un deuxième tour a lieu comprenant deux fois plus de candidats qu’il ne reste
– Reste de sièges à pourvoir. Dans le cas où il reste moins du double des sièges à pourvoir, seuls les candidats du premier tour se présenteront.
Il existe, en Iran, une volonté de décentralisation qui se présente de la façon suivante : un Conseil de département, Conseil de province, Conseil des Nomades.
Une certaine organisation décentralisée à trois niveaux est mise en place :
– Les Conseils de village et les Conseils des nomades. Les Conseils de village, créés en 1979, n’ont jamais vraiment fonctionné. La loi du 6 juillet 1983 accorde le statut du « village, l’unité de base dans la division du pays ». Un village est composé d’au moins 20 foyers ou 100 personnes, qui habitent de façon habituelle. Il peut y avoir des hameaux rattachés au village. Le nombre total de villages est de 63 898. Le nombre de villages de plus de 20 foyers est estimé à 35 800.
Formation islamique du pays :
Sur le village, pour une population recensée de plus de 1500 – cinq membres seront élus, moins de 1500 – 3 membres élus. Les membres élus le sont pour une durée de 4 ans ( loi de 1996).
Il a été plus difficile de régler la question des nomades, mais, lors des élections de 2006, 522 Conseils des nomades ont été formés. Ils ont compétence dans le domaine des pâturages, de l’élevage et du nomadisme.
Le Conseil de Téhéran, formé en 1999, a été transformé en 400 conseils de quartier. Cela a évolué en 1996 de la façon suivante :
– Les villes de moins de 50 000 habitants élisent 5 membres
– Les villes de 250 000 habitants élisent 7 membres
– Pour les villes de 250 000 à un million d’habitants, 9 membres sont élus. La ville de Téhéran a 15 membres élus. La durée du mandat est de 4 ans (27 avril).
Les membres des Conseils supérieurs sont élus par le Conseil de base.
Consultons l’opinion du Qatar et celle des Etats Unis, concernant les élections de 2016.
Avant même que les résultats de ces élections soient connus, il est intéressant de comparer les opinions divergentes venant d’autres pays : le Qatar, pessimiste et contre les « élus modérés » d’après le journal « al jesirah », et les Etats Unis avec Thomas Erdbinkfeb, qui a une approche universitaire (journal « New York Times). Pour le Qatar, Hamid Dubashi répond à la question : « qui a remporté l’élection ? » « pas seulement les conservateurs « hard liners » mais aussi les réformateurs, seulement ils ne le savent pas encore ». A la réflexion, il ajoute que le nouveau Président Rouani pourra, étant donné que les modérés remporteront les élections, poursuivre ses réformes avec l’Occident. Notre très conservateur Dubashi ajoute que le grand problème à résoudre pour les Iraniens était de savoir s’ils devaient voter dans cette élection frauduleuse. Cet auteur prévoit une faible participation.
Concernant l’arrivée au pouvoir des Verts, il cite l’Ayatollah Khomeni qui les nommait « la graine du malheur plantée par les étrangers ». Notre auteur termine par : « les seuls vainqueurs sont ceux qui ont décidé de voter et ceux qui ont refusé avec une forte volonté de rejoindre cette charade. ». L’auteur enseigne à l’Université de Columbia, mais le journal Al Jazeera, qui le met en ligne, utilise la formule habituelle qu’il ne partage pas nécessairement ses avis.
L’autre auteur : Thomas Erdbinkfeb est du journal « New York Times » (2016) s’exprime ainsi : « les Réactionnaires perdent des voix devant le succès des « réformistes » encouragés par le Président modéré. Les anciens contrôlent encore certaines institutions de la nation, mais l’environnement national va se déplacer vers une réforme. Cette élection peut être considérée comme un référendum avec la question « continuons-nous vers la réforme ou pas ? ». La réponse a été claire. Le résultat final de l’élection n’a pas été rapide, car les partis n’existent pas en Iran, et le système est tel que pour certaines circonscriptions (celles qui ne sont pas uninominales) l’électeur vote pour plusieurs candidats. Pour l’instant, nombreux sont les réformateurs en prison ou qui n’ont plus le droit de voter. La guerre n’est pas encore gagnée, mais c’est en bonne voie.
Il est important de noter qu’un pays de l’Islam se situe sur la voie royale de la démocratie.

La Libye: Vive l’Occident et la sagesse des corps constitués

BERNARD OWEN

Les députés français ont voté à 482 voix contre 27 la poursuite des opérations militaires contre la Libye, engagées le 19 mars 2011. La Constitution a été respectée. Après quatre mois de combats et de bombardements, l’Assemblée nationale a finalement donné son aval aux opérations militaires engagées par la France contre la Libye, conformément à l’article 35 du texte fondamental.
La Constitution a été respectée. Après quatre mois de combats et de bombardements, l’Assemblée nationale a finalement donné son aval aux opérations militaires engagées par la France contre la Libye, conformément à l’article 35 du texte fondamental.
Alors qu’aux États-Unis, les représentants des citoyens américains mènent un véritable débat depuis plusieurs semaines sur cette intervention, débat qui vient de se terminer par un vote interdisant à l’administration d’Obama d’aider les rebelles, nos députés de tous bords semblent paisiblement endormis sur leurs certitudes.
L’on trouve tous les messages de la propagande officielle sur le mandat de l’O.N.U. Pour une intervention militaire nécessaire, censée assurer la protection des civils.
Les effets de ces bouleversements créent des situations totalement sous-estimées, sinon ignorées par l’Occident. Il s’agit, d’une part, des Touaregs, nomades dont le rôle économique n’est plus, et de ceux sédentaires, qui occupent et exploitent le terrain. La seule personne, qui avait réglé le problème de cette vaste zone, était le Président Kadhafi, dont les forces avaient déjoué un attentat et expulsé les terroristes, tout en accordant un visa à vie aux Touaregs.
Kadhafi ne s’était pas arrêté là, car il avait financé de vastes projets agricoles et touristiques au Mali, et avait grandement aidé ce pays. Dans son propre pays, il avait également réalisé de très importants travaux, qui par leur coût représentaient la deuxième plus importante dépense mondiale : la canalisation d’eau souterraine pour alimenter toute la partie habitée de la Libye.
Lors de l’attaque occidentale sur la Libye, des centaines de combattants du Niger et du Mali sont partis soutenir Kadhafi, considérant qu’ils avaient une vraie dette de sang envers lui.
Les États-Unis auraient pu utiliser leur droit de veto aux Nations Unies, mais la Libye s’était longtemps placée dans le camp des assassins : UTA, Lockerbie, et le changement de cap étaient récents. Certes, les États-Unis utilisent régulièrement leur droit de veto en faveur d’Israël, alors pouvaient-ils aller plus loin ?
Le retrait des États-Unis de la zone de combat, l’arrivée de l’O.T.A.N. ouvrent une nouvelle perspective. La division entre le politique, réservé au groupe de contact et l’action militaire entre les mains de l’O.T.A.N. a retiré à la France son rôle de meneur, car la Turquie est la deuxième armée de l’O.T.A.N. De surcroît, la Chancelière Merkel a retiré sa flotte du commandement de l’O.T.A.N.
Or, il existe un doute sur le sens exact de la « no fly zone ». La notion « d’exclusion aérienne » ne correspond plus de nos jours à ce qu’elle était au départ, et à ce qu’elle est certainement encore aux yeux de bien des gens. La terminologie « zone d’exclusion » s’est peu à peu transformée, à force de l’appliquer en Irak, puis en Bosnie, pour s’étendre progressivement à des avions à ailes fixes, puis aux hélicoptères, puis aux frappes au sol. De surcroît, les frappes de nuit, quelle que soit la technique employée, tiennent difficilement compte de la sauvegarde de la population civile. L’on apprend de Robert Gates que l’exclusion aérienne « c’est la guerre ».
Quant à sa justification légale, Joshua Keating, sous Directeur de la revue « Foreign Policy » site l’article 42 du chapitre VII de la charte des Nations Unies. En réalité, cette citation est erronée, car dans cet article, on admet l’utilisation de la force « seulement pour maintenir ou conserver la paix et la sécurité internationale », ce qui n’était pas le cas de l’environnement libyen. De toute façon, la SC/10187/rev. du Conseil de Sécurité indique, dans son titre, que l’adoption de la Résolution 1970 fait suite à la répression des manifestations (« crackdown on protesters), puis la résolution 1973 porte sur la zone d’exclusion aérienne.
Ces deux résolutions portent sur la violence contre les civils – « violations conséquentes contre les droits de l’homme, protéger le peuple, condamner la violence et l’utilisation de la force contre les civils », « la répression des défilés non violents », « soutient l’envoi d’une commission internationale indépendante d’enquête sur les violations supposées des droits de l’homme selon le droit international ». Tous les observateurs ont été surpris de l’absence de chiffres indiquant le nombre de tués et de blessés. Les chiffres les plus fantaisistes circulent, il s’agit d’informations non identifiées, et pourtant les deux résolutions mentionnent sans relâche la sauvegarde de la population civile. Tout le monde soutient cette sauvegarde, encore faudrait-il savoir l’ampleur du péril.
Pour continuer la citation évoquée plus haut, le passage : « exige la fin immédiate de la violence et demande que soient admises des mesures pour satisfaire les demandes légitimes de la population », l’on s’interroge sur la nature de la population, car la foule, en admettant qu’il y ait foule, se meut dans un certain désordre. Le « Guardian » du 31 mars 2011 publie des citations de publications de Anwar al Awlaki, tel que : « le monde musulman pourra à nouveau respirer après trente ans de suppression ». Dans un plus récent numéro de leur revue « Inspire », on peut lire : « nous pensons que les révolutions, qui ébranlent les trônes des dictateurs, sont bénéfiques à la cause musulmane, et mauvaises pour les impérialistes de l’Occident ». Notons que des pays en difficulté comme l’Irak étaient des pays laïcs.
Le « Washington Post » du 29 mars 2011 indique que l’Amiral James Stavridis (Commandant suprême de l’OTAN pour l’Europe) mentionne l’existence de quelques éléments d’Al Quaïda et d’Hezbollah parmi les opposants. L’auteur de l’article, Greg Miller, mentionne que c’est la première fois qu’un haut représentant des États-Unis parle de cette présence. Un ancien de la C.I.A. et conseiller du Président Obama note que parmi les anti-Kadhafi de Benghazi, certains se trouvent depuis longtemps en rapport avec Al Qaïda, puis il souligne l’incertitude dans laquelle nous nous trouvons.
La « légalité internationale » aurait-elle mené droit au chaos qui menace le monde ?

La Crimée : le point de non retour

Bernard Owen

Le droit international existe mais disparaît devant la force. La guerre d’Irak a éclaté sur de faux prétextes. Elle entre dans la catégorie des guerres de choix, car l’attaquant n’était nullement menacé. Cela s’est effectué contre l’avis d’autres nations moins puissantes, mais qui pouvaient se pavaner au devant de la scène internationale.

Quelle est la position de la Crimée ? Elle se situe, malgré elle, partout et nulle part. L’on peut se demander comment une telle situation ait pu continuer de la sorte. Au départ, cela commence par un transfert de la Crimée à l’Ukraine par Khroutchev pour des raisons de logique géographique et économique, d’après sa petite-fille. Notons cependant qu’après le réferéndum du 20 janvier 1991, la Crimée se proclame « République Autonome » avant la déclaration d’indépendance de l’Ukraine du 24 août 1991. En février 1992, le Parlement de Crimée fonde la République avec l’aval de l’Ukraine, qui reconnaît certains droits à l’auto gestion. En mai 1992, la Crimée proclame son indépendance, approuvée par referendum et introduit sa première constitution.

A partir de ce moment, l’Ukraine s’impliquera dans les affaires de la Crimée. Cette dernière ne pourra agir qu’après consultation avec les autorités Ukrainiennes. En mai 1994, le Parlement de Crimée vote le retour à la Constitution de 1992. En septembre 1994, les autorités de Crimée décident d’écrire une nouvelle constitution. En mars 1995, le Parlement d’Ukraine abolit la constitution de 1992 et révoque le Président de Crimée. Pendant tout un temps, la Crimée est gouvernée par décrets présidentiels venant d’Ukraine. Après cela, une autre constitution est écrite par la Crimée et après bien des contestations, elle sera ratifiée par les deux parlements pour entrer en vigueur le 12 janvier 1999.

Qu’en est-il du referendum ? Notons que la Crimée a déjà cherché l’approbation du peuple par deux referendum, le premier le 20 janvier 1991, le second en mai 1992. Notre Ministre Laurent Fabius parle à la télévision d’absence de possibilités d’options sur le bulletin de vote, supposant que le bulletin de vote aurait dû présenter 2 cases, l’une avec « oui », l’autre avec « non » à l’intégration à la Fédération de Russie. Or, il s’agit d’une appréciation quelque peu simpliste, car la première case correspond bien à l’intégration à la Fédération de Russie, mais la deuxième présente une proposition très différente : il s’agit de répondre à la question : « êtes-vous favorable au rétablissement de la Constitution de la Crimée de 1992, et au maintien de la Crimée comme partie intégrante de l’Ukraine ». Or, il nous semble intéressant de consulter cette constitution :

Au chapitre 3 : « relations avec la République d’Ukraine », citons l’article 9 : « La République de Crimée fait partie de l’Ukraine et l’Etat détermine leurs relations sur la base de contrats et accords .
Chapitre 4 : « relations de la République de Crimée avec d’autres Etats », article 10 : « La République de Crimée, seule, entre en relations avec d’autres Etats et organisations, qui portent avec eux sur la base des traités et des accords de coopération mutuellement bénéfiques dans l’économie, la culture, la santé, l’éducation, la science et d’autres domaines; renforcer ses relations avec eux sur la base de l’égalité, le respect de la souveraineté, de l’intégralité territoriale et la non ingérence dans les affaires intérieures, le règlement des différends par des moyens pacifiques, le respect de conscience des obligations mutuelles ».

Pour la lecture de la constitution de 1992, nous utilisons une traduction en français, qui paraît être une traduction mécanique. Quand on mentionne au chapitre 3, article 9 « l’Etat », cela veut dire la République de Crimée, ainsi que cela apparaît clairement dans d’autres articles, par exemple, dans l’article 11 : « La République de Crimée a son emblème d’Etat ».

Certes, la Constitution de 1992 est plus souple que celle de 1998, mais elle annonce clairement que la Crimée fait partie de l’Ukraine, alors que celle de 1998 est plus proche de ce que l’on penserait trouver dans une constitution autoritaire.

La place Maïdan a fait de profonds dégâts en Ukraine. La Crimée tire profit des circonstances étant à l’abri de tracasseries institutionnelles.

Il semblerait qu’avec le temps la Chancelière Merkel et John Kerry se soient informés quant à la nature de cette dernière révolution, sa désorganisation, ses excès, et que les discours prônant des sanctions soient moins portés sur la Crimée, mais sur une invasion du Sud Est de l’Ukraine par les Russes. Ce serait naturellement un événement peu probable, étant donné que la Russie et la Crimée ont eu gain de cause sur tous les points. Nous pouvons faire confiance en la Chancelière Merkel, qui a eu le courage de s’opposer à la « no fligh zone » en Libye, dont les conséquences sont toujours présentes.