La politique étrangère des Etats-Unis : les apparences et la réalité.

BERNARD WILLIAM OWEN

Une amie m’a transmis un numéro assez récent de la revue « Diplomatie ». La revue développait un événement auquel j’ai participé et le récit était éloigné de la vérité. Pour continuer sur la lancée, le Washington Post a écrit il y a deux ans un article sur un événement ancien de la plus grande importance pour l’Europe jusqu’à alors ignoré de tous. Est-ce possible ?
Saviez-vous que l’armée française avait demandé l’aide à une force américaine virtuelle au Laos pour renforcer sa position autour d’Hanoi puis d’approvisionner la cuvette de Dien Bien Phu sur le point d’être engloutie. Les avions ont été livrés repeint avec la cocarde tricolore française avec des pilotes de l’armée de l’air américaine mais qualifiés de « volontaires » ce qui sera le cas de l’ensemble du personnel américain engagé au Laos. Le saviez-vous ? En fait, il ne s’agit que d’un épisode remarquable du rôle de la CIA basée au Laos de 1950 à 1970. Au départ les Etats-Unis ne voulait en aucun cas s’engager dans une guerre dans cette région. Une ethnie minoritaire, les Hmong, avaient été formés au combat par les Français. Ils étaient prêts à se battre contre le Pathet Laos, communiste. Il s’agissait donc pour les américains de parfaire leur formation, puis d’apporter le soutien nécessaire mais sans intervention de l’armée.

La CIA s’est donc substituée à l’armée de façon surprenante et pour en savoir plus nous nous sommes dirigés vers les documents de la CIA qui traitent de cette époque. Il fallait agir de la sorte car de nombreuses publications et un film affabulent sur cet épisode de l’histoire mêlant drogue, CIA et négligeant l’essentiel.

Il fallait au départ posséder un soutien aérien, construire des pistes d’atterrissage, des services d’entretiens. La CIA a donc créé une ligne aérienne « American Air » à partir d’une ligne déjà existante. Il fallait camoufler le coté militaire derrière une façade humanitaire, transport alimentaire, des médicaments. L’appartenance d’American Air n’était pas connue. Notons qu’en 1970 cette ligne aérienne possédait 24 bimoteurs, 24 avions à décollage rapide STOL et une trentaine d’hélicoptères.

Quant aux divers événements marquants de cette époque, l’on trouve différentes conférences déclarent le Laos comme Etat indépendant : La conférence de Genève de 1954 qui divise le Vietnam le long du 17ème parallèle sous la présidence d’Eisenhower ; conférence de Vienne de juin 1961, Kennedy – Kruschev soutiennent la neutralité et l’indépendance du Laos. Le 23 juillet 1962 à Genève me Secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères Harriman prend à cœur cette dernière déclaration de neutralité et 666 conseillers « militaires » des Etats-Unis financés par la CIA quittent le Laos. Deux agents de la CIA restent ainsi que quelques avions pour apporter de la nourriture aux Hmongs.

Ces deux agents détectent la présence de 7.000 vietnamiens et en 1963 2.000 Hmongs sont armés pour servir en tant que guerrillas. Une attaque a grande échelle a lieu en mars 1964 et les nord vietnamiens et le Pathet Laos s’emparent de points stratégiques et le gouvernement de coalition du Laos s’effondre.

Le peuple américain fut informé de cette guerre « sécrète » en 1969 – 1976. Le New York Times en parle ainsi que la presse en général. Le Congrès en est bien informé et certains de ses membres se rendèrent au Laos et l’un aurait déclaré « que c’était bien plus efficace et moins couteaux de se battre de cette façon que d’envoyer des troupes américaines. »

A partir de là l’on assiste à des gains et des pertes. Le Vietcong renforce sa présence avec des armes modernes soviétiques. La CIA paya des troupes thaïlandaises moins bien équipées. A partir de 1971 la situation devient dramatique et en avril 1972 la CIA décide qu’aussitôt la guerre terminée Air America serait vendue. Elle le sera en juin 1974. Air-America avait perdu au Laos 10 personnel naviguant.

Le texte de la CIA termine en soulignant les exploits d’Air-America qui représentent un chapitre unique dans l’histoire du transport aérien et que cela valait mieux que des textes et un film de médiocres qualités.

Nous ne sommes plus dans les années 1950-70 et depuis 1990 nous assistons ou devrions payer beaucoup plus d’attention à des ingérences légales de l’Occident chez les nouveaux venus parmi nous. Nous avons déjà abordé cette question dans « un cheval de Troie dans les pays arabes » mais cette fois nous allons essayer de nous retrouver dans ce labyrinthe de fonds privés, fonds publics qui traversent quotidiennement les frontières. Nous ferons ici état des recherches d’Olivier Guilmain.

Il faut indiscutablement revoir la législation internationale qui accorde des avantages exorbitants à ces transferts d’énormes sommes d’argent dont il n’est pas facile de cerner les origines (la STE 124 du Conseil de l’Europe et de l’accord de Copenhague de 1990 de l’OSCE). En 2011 les Etats-Unis devraient mettre fin à l’Endowment for Democracy qui représente des sommes considérables détachées du budget annuel de l’Etat et distribuées à des ONG qui travaillent soit avec des fonds privés ou de l’argent réellement publique USAID. D’autre part les Etats-Unis accordent des avantages fiscaux très importants aux véritables ONG – catégorie fiscale 501 C3 – cela leur permet toute activité sauf celle dite « lobbying » ce qui est facilement contournable en faisant part de son opinion à tel ou tel sénateur bienveillant (http://www.hurwitassociates.com, Hurwit & Associates se définit comme étant un Conseil juridique pour la philanthropie et les ONG – « Legal Counsel for Philanthropy and the non-profit sector)

Olivier Guilmain évoque une polémique apparue à Moscou en 2007 au sujet d’un texte de loi règlementant les ONG. Le premier projet adopté par les deux chambres est ratifié le 10 janvier 2007. Cette loi était destinée à réagir contre les millions de dollars versés de l’étranger aux ONG en Russie. Une première version du texte a été assouplie après une campagne d’une rare intensité menée par les ONG et le gouvernement américain. La secrétaire d’état de l’époque, Condoleeza Rice, fit pression sur le Président Poutine, exprimant sa préoccupation pour la démocratie. La loi figurait même à l’ordre du jour du sommet du G8 de 2007.

A quoi servent ces sommes considérables si ce n’est pas de l’ingérence. Par exemple en 2008 $34.000 dollars sont versées à la Géorgie pour créer un mouvement pour accéder à l’OTAN. $600.000 pour inciter les jeunes à former et accéder aux ONG. $1.000.000 concernant les prochaines élections municipales. Il s’agissait de pouvoir réagir contre les manifestations anti Saakashvili (à noter que la France a fourni les uniformes anti-émeutes). Wikileaks nous apprend beaucoup sur les échanges entre les ambassades américaines du Moyen Orient et le Département d’Etat concernant leur collaboration avec les ONG de jeunes à qui l’on a offert des voyages en Serbie et Freedom House. Ceci faisait partie de la bible Sharpienne de non violence dont il a déjà été question.

Tout cette argent réuni est dépensé par diverses personnes qui n’ont pas pris conscience qu’une révolution laisse des séquelles qui peuvent mener à des catastrophes. La Fédération de Russie vient de proposer une résolution mettant en cause la Ligue Arabe et les deux forces combattantes en Syrie. Hillary Clinton a immédiatement réagi en souhaitant que seuls les autorités soient mises en cause. Naturellement, les Etats-Unis ont fomenté les mouvements du Moyen Orient. Les Etats-Unis seraient même allés plus loin en Libye sans la sagesse du Président Obama et Robert Gates qui déclarèrent que deux guerres cela suffisait. Les Etats-Unis ont quand même fourni une certaine aide technologique sans laquelle les Britanniques ni les Français n’auraient pu mener à bien leur « no flight zone ».

Le Washington Post a publié le 1 juin 2011 une brève conversation avec Tom Melia le titre étant « He promotes democracy in the most unlikely places ». J’ai bien connu Tom ayant travaillé avec lui dans 4 pays pour le compte de NDI. Il est ensuite passé à Freedom House et se trouve actuellement en tant qu’assistant Secrétaire Adjoint au Bureau de la Démocratie, Droits de l’Homme et du Travail du Département d’Etat. J’ai beaucoup d’estime pour lui et il m’a appris bien de choses au début des années 1990 mais j’aimerais le revoir afin de l’interroger pour savoir si tout ces bouleversements ne traumatisent pas la région tout comme l’on a vu en Orient (voir la thèse de Christel Thibaut où elle mentionne le déplacement de 2 millions de paysans cambodgiens entre 1960 et 1975) et en Syrie, de nos jours, 1 million d’Irakiens ne s’y sont ils pas réfugiés ?

L’Irak s’avère aujourd’hui une catastrophe sociale et humanitaire. Le mot démocratie a-t-il encore une signification ? Que va devenir le Moyen Orient déstabilisé ?

Nous ne sommes plus en 1990 ou même avant. L’Occident ne devrait-il pas s’occuper de ses propres lacunes, régler ses institutions de façon à ne pas inonder le monde de crises
politiques et financières. Il s’agirait alors pour l’Occident de s’interroger sur lui-même avant d’aller semer la bonne parole sur la terre entière ? Qui a dit que ces sont les vainqueurs qui écrivent l’histoire ?

Euro : les institutions sont toujours la cinquième roue du carrosse

Maria Rodriguez-McKey

Les institutions politiques et économiques efficaces sont essentielles pour le bon fonctionnement d’un pays et encore plus d’un continent si divisé en tellement de nations culturellement différentes. Il faut que les institutions politiques créent des systèmes de partis forts et que les institutions économiques, et les règles du jeu, soient flexibles.
L’un des critères de Copenhague (qui servent à l’accession à l’UE) demande que le pays ait « une économie de marché viable ainsi que la capacité de faire face à la pression concurrentielle et aux forces du marché à l’intérieur de l’Union. » Maastricht indique quatre seuils de convergence économique : l’inflation ne peut dépasser de plus de 1,5% le taux d’inflation moyen des trois Etats membres les plus performants ; les taux de change doivent être relativement stables avant l’adhésion à l’euro ; le taux d’intérêt nominal doit converger vers celui des trois pays où l’inflation est à son plus bas (il ne doit pas dépasser de plus de 2 points le taux des Etats membres les plus performants) ; et le déficit national doit représenter moins de 3% du PIB et la dette publique, 60% du PIB (Marion Grobel, « Règles financières pour le contrôle du gouvernement (BP358f) » novembre 1993.http://publications.gc.ca/Collection-R/LoPBdP/BP/bp358-f.htm) Ne semblerait-il pas que cela mène à une concurrence entre les pays faibles et les pays forts sans l’effet stabilisateur d’institutions fédérales ?
Le dernier traité européen fut celui de 2005. Il a donné plus de pouvoirs au Parlement européen et créé le poste de Ministre européen des Affaires Etrangères. Avant le référendum malheureux pour l’adoption de ce traité, le Président Chirac a participé à un entretien avec des jeunes ayant pour but de les convaincre de voter « oui » au traité. Parmi les questions posées par les jeunes se trouvait « s’il y avait eu un ministre des affaires étrangères européen à l’époque où la France s’est opposée à la guerre d’Irak aurait-elle pu le faire ? », ce à quoi Chirac a répondu « oui » la France aurait pu s’y opposer. Le Président Sarkozy et le Premier Ministre Cameron ont fait la guerre de Libye sans même l’opinion du Ministre des Affaires Etrangères Européen. Est-elle vraiment utile ? Il n’est pas inutile de se poser la question car n’aurait-t-il pas été plus utile de créer des institutions pour l’Euro ? N’oublions pas que la guerre de Libye a coûté cher (plus de 300 millions d’Euros), encore plus cher en temps de crise.
Une crise financière et économique venue des Etats-Unis est arrivée en Europe mais sous une autre forme : une crise de la gouvernance. Déjà en 1929 la crise de Wall Street avait eu un effet économique dévastateur dans l’Allemagne de Weimar mais qui s’est transformée entre 1930 et 1932 en une crise des institutions. Le gouvernement était très minoritaire et le Président de la République entérinait ses décisions par décrets présidentiels. Les institutions étaient déficientes et pour les élections de 1930 et 1932 les seules structures d’accueil pour le vote contre cette république incapable de s’assumer étaient les communistes et les nazis. L’on connait la suite : 50 millions de morts. Face à la crise, les Etats-Unis étaient à l’abri des catastrophes. Le parti dans l’opposition était suffisamment fort et organisé pour porter au pouvoir Franklin Roosevelt et son parti.
Mais revenons au présent. Il s’agit naturellement de l’Euro mais envisageons les institutions, ces institutions qu’on essaye de créer aujourd’hui en plein drame. Dans ce contexte on parle de nouvelles institutions, on a même parlé des Etats-Unis d’Europe. Sans oser penser que le fédéralisme américain soit un modèle, l’on pourrait peut-être s’attarder un moment pour dégager quelques éléments qui sont essentiels à la gouvernance d’une zone aussi complexe de tout point de vue que l’Europe.
Voyons le problème de la dette aux Etats-Unis. Les Etats-Unis empruntent à un faible taux en dépit de la taille de sa dette (100% du PIB). Le fait que le dollar est toujours la monnaie de réserve aide. 75% de la dette américaine est détenue par des américains, tels que le Social Security Trust Fund (19%), la Reserve Fédérale (11.3%), des Money Market Funds (2.4%) et des étrangers (la Chine a 8%, mais il y d’autres pays tels que le Japon, la Grande Bretagne ou l’Allemagne) etc. (http://wealthson.com) La différence essentielle entre la zone Euro et les Etats-Unis est qu’il y a une gouvernance économique et financière chez le deuxième et pas chez la première.
En ce qui concerne la France, la dette, par exemple, représente 86% du PIB. Puisqu’elle n’a pas eu un budget en l’équilibre depuis 1974, elle n’a pas pu dégager des marges pour rembourser cette dette. Plus d’un tiers de la dette est détenue par l’épargnant français et 66% par des étrangers, soit des banques centrales, des assureurs, des fonds de pension et même des « hedge funds » ou fonds spéculatifs, des grands investisseurs venus de d’Asie, des Etats-Unis ou du Nord de l’Europe.
A défaut d’institutions pour gérer la crise de l’Euro il y a bien sûr le « moteur franco-allemand ». En aurait-on besoin s’il existait des institutions peu nombreuses mais efficaces ? Car en période de crise, et pire dans l’absence de pouvoir, le rôle des marchés et des agences de notation devient plus visible et la pression est accentuée. Les marchés réagissent d’abord et les agences prennent note et se prononcent. Et selon le Wall Street Journal du 28 novembre 2011, “ En décidant la dégradation de la note d’un pays les agences de notation prennent de plus en plus en considération la gouvernance. » (WSJ, 28 novembre 2011) Un exemple de ceci est la dernière note de Fitch, qui tout en s’engageant dans une perspective négative pour la France, l’agence de notation estime que le triple A est basé, entre autres, sur «…des institutions politiques, civiles et sociales efficaces… » (). Le 26 novembre 2011 Standard & Poor dégrade la note belge en citant « une économie au ralentit et une instabilité politique prolongée. » (WSJ, http://online.wsj.com) Le lendemain de cette dégradation, les partis politiques belges qui essayaient de former un gouvernement depuis leurs dernières élections en juin 2010, y sont arrivés. La deuxième dégradation, le 17 décembre, c’était le tour de Moody, qui reconnaît que « les discussions récentes des 8 partis politiques ont finalement réussi à trouver une solution après une longue impasse politique. Avec le nouveau gouvernement, le pays sera en meilleure position pour avoir une politique fiscale durable et faire des réformes structurelles. » (http://www.zeroedge.com/news/moodys-takes-sps-place-downgrades-belgium-two-notches-aa3)
Le Wall Street Journal (WSJ) a parfois été critiqué en France à cause de sa position pessimiste concernant l’Euro. En fait, le WSJ estime que la crise de l’Euro « n’a jamais été que partiellement une crise de la durabilité de la dette souveraine de la Grèce, Irlande, Portugal, Italie et Espagne. Il est bien plus important de noter que cela a toujours été une crise politique, une crise institutionnelle, une crise de gouvernance” (“Debt Crisis is Symptom of Wider Failings”, Simon Nixon, WSJ…). De surcroît, à travers plusieurs articles comme celui de Matthew Dalton, « Italy’s Debt Woes, 30 Years in Making », du 18 novembre 2011 et celui de Thomas Catan, « Myth and Reality about the Euro Crisis », du 8 décembre, 2011 le WSJ estime que l’Euro a poussé certains pays à des politiques qu’ils n’auraient pas faites dans d’autres circonstances (surtout à cause du taux unique). Il ne faut pas oublier qu’en 2007 l’Espagne avait une dette de 36% du PIB, en 2010 de 61% du PIB et en 2011 69% du PIB. A travers ces articles, et d’autres, le WSJ semble dire qu’il y a des faiblesses dans la conception même de la monnaie unique.
Mais il n’y pas que le Wall Street Journal. Dans Les Echos Olivier Blanchard, économiste en chef du Fonds monétaire international, parle d’investisseurs « schizophrènes » et « demi-solutions » et il pense que la raison pour cela se trouve dans « …ces réunions et ces plans » qui « ont révélé les limites de la politique, généralement à cause des désaccords entre pays.. » (http://www.lesechos.fr, 21 décembre 2011, « Zone euro : investisseurs « schizophrènes et demi-solutions Blanchard, FMI. ») Une semaine avant cet entretien Moritz Krämer responsable des notes souveraines pour l’Europe de Standard & Poor disait à Catherine Chatignoux des Echos que « la crise qui affectait quelques Etats périphériques est devenue une crise de gestion » de la zone euro. Mme Chatignoux termine son article par un paragraphe qui commence par une phrase qui confirme ce que dit le Wall Street Journal « (http://www.lesechos.fr) « Si les responsables de l’agence se défendent de donner plus d’importance que par le passé aux facteurs politiques… »
Des idées ne manquent pas sur ce que l’Europe, ou plutôt la France et l’Allemagne, devraient faire pour l’euro. Par exemple, dans un entretien du journal Le Figaro du 21 novembre 2011, l’ancien premier ministre Edouard Balladur répond à la question portant sur la bonne stratégie européenne « pour conjurer durablement ces attaques sur l’euro » par « …j’ai proposé que les budgets de ses Etats membres ne puissent être soumis aux Parlements nationaux qu’après avoir reçu le feu vert de 17 statuant à la majorité. » La solution qu’il prône n’ouvrirait-elle pas la porte aux petites ententes politiciennes ? Quels seraient les moyens qui empêcheraient deux pays de faire ce que l’Allemagne et la France ont déjà fait pour éviter les pénalités ? Après avoir dépassé le 3% de déficit les deux pays se sont entendus dans le but d’éviter que Bruxelles leur impose ces pénalités. Encore plus important, qui analyserait les budgets ? sans oublier que la Grèce a berné les institutions existantes. Quant on crée des institutions il faut rester pratique, garder les pieds sur terre et oublier l’idéalisme.
Mais en tout état de cause, à défaut d’institutions, il faut les créer. En mettant en place ces nouvelles institutions allons-nous vers une Europe fédérale ? Qu’en est-il du fédéralisme aux EUA ?
Il existe certaines similitudes qu’il serait utile de ne pas négliger. Commençons donc par ne pas oublier qu’aux Etats-Unis les Etats ont précédé la Constitution fédérale. Le pouvoir fédéral s’est formé au fur et à mesure du temps et des événements historiques. En plus de la constitution fédérale, chaque Etat possède sa propre constitution qui doit contenir au minimum les droits civiques des dix premiers amendements, quitte à en donner plus. Une condition pour devenir un Etat est d’être une république, même si la forme n’est pas prescrite, les Etats ont copié le modèle fédéral d’un exécutif (gouverneur), d’une législature et d’un système de tribunaux.
Quelques éléments de la Constitution fédérale : « Supremacy clause » : article VI, paragraphe 2 de la Constitution. « Etablit que la constitution fédérale, et en général les lois fédérales, sont supérieures aux lois des Etats et même des constitutions des Etats. (http://law.cornell.edu, Legal Information Institute) Puis nous trouvons les pouvoirs délégués aux Etats par le dixième amendement de la Constitution : “Les pouvoirs que la Constitution ne délègue pas aux Etats-Unis, ou ne sont pas prohibés par elle aux Etats, sont réservés aux Etats ou au peuple respectivement. » Le respect des jugements entre tribunaux des différents Etats est garanti par l’article « Pleine foi et crédit » de la Constitution fédérale.(http://www.law.cornell.edu/wex/full_faith_and_credit)
Finalement, c’est l’interprétation élargie de la Clause du « Commerce » qui fait que les pouvoirs du gouvernement fédéral ont été élargis considérablement. La “Commerce Clause” c’est article 1, section 8, clause 3 de la Constitution fédérale qui donne le pouvoir au Congrès de « régler le commerce avec les pays étrangers, et entre les Etats, et avec les tribus indiennes. » La Clause du Commerce a été perçue historiquement comme un octroi d’autorité au Congrès en même temps qu’une restriction des pouvoirs des Etats pour réguler ce qui a mené à des controverses significatives continuelles concernant l’équilibre du pouvoir entre le gouvernement fédéral et les Etats. Le mot clé du texte est l’interprétation donnée à “commerce”, interprétation qui a varié au fil du temps et c’est avec le « New Deal » que ce mot a été interprété de façon très libérale et les pouvoirs du gouvernement fédéral ont été élargis dans des domaines qui n’auraient pas été considérés comme « commerce » dans la définition classique du terme. (Cornell University Law School, ).
On parle commerce donc on pense dollar mais depuis qu’en est-il une monnaie nationale ? Pas dès le début car la première colonie à battre la monnaie a été Massachusetts Bay en 1690. D’autres ont suivi. Mais la première fois qu’on a essayé d’imprimer de l’argent national a été pendant la guerre d’indépendance, lorsque le Congrès Continental a émis de la monnaie (appelée « continentals »). Ils étaient garantis par les futurs impôts et ont financé la guerre contre la Grand Bretagne.
Un petit article dans Alternatives Economiques (« Hamilton contre Jefferson, ou combien il est difficile de créer une union économique et monétaire », Alternatives Economiques n° 293 – juillet 2010) nous donne la réponse sur la question du dollar : il n’est devenu la monnaie officielle des Etats-Unis qu’en 1863 et « la seule en circulation sur tout le territoire… » Et ce fut seulement en 1913 que les Etats-Unis se dotèrent d’une banque centrale.
Mais avant la création de la Réserve Fédérale, il y avait déjà eu des ébauches de banque centrale. La première a été fondée en 1791 et bien qu’elle ait eu un statut privé elle était chargée d’émettre la nouvelle monnaie et de la régulation du crédit. Elle a été remplacée par la Seconde Banque des Etats-Unis en 1816 après la deuxième guerre avec la Grande Bretagne et son rôle a surtout été de mettre fin à l’inflation galopante d’après guerre. Elle est dissoute en 1830 par le président Andrew Jackson qui est hostile aux banquiers car il estime qu’ils ne sont pas responsables devant le peuple.
L’article raconte un moment de l’histoire entre ces deux hommes qui fait penser que le monde ne change pas : Alexander Hamilton, qui était secrétaire au trésor (ministre des finances), voulait consolider au niveau fédéral la dette contractée par les Etats au cours de la guerre d’indépendance, afin de pouvoir plus facilement négocier des crédits auprès des financiers internationaux. Jefferson est réticent, mais finit par céder. Et l’histoire se répète, car Jefferson écrit en 1819, concernant la Première Banque (celle de 1791), que les banques transformèrent «nos citoyens, leurs propriétés et leur travail, en victimes passives des tours de passe-passe frauduleux des banquiers et des charlatans. »
Et le rôle de la Réserve Fédérale ? (http://www.federalreserve.gov/) Elle est indépendante du point de vue financier car elle ne reçoit pas d’argent ni du gouvernement ni du congrès. Elle se finance par des « intérêts des emprunts publics auxquels elle souscrit sur les marchés, les commissions perçues pour les prestations aux banques de dépôts et les intérêts sur les changes de monnaies étrangères. » Le bureau des gouverneurs est l’organe dirigeant de la Réserve Fédérale et il compte sept membres nommés par le président des Etats-Unis et confirmés par le Sénat. La Réserve Fédérale est détenue par douze banques fédérales régionales et les parts détenues par ces 12 banques ne sont ni échangeables ni vendables, et ne peuvent être mises en gage pour dégager des fonds. Ces parts rapportent un coupon fixe de 6% annuel. L’excédent de capital généré par les activités de la Fed peut être cédé au budget fédéral, mais en aucun cas aux banques régionales actionnaires.
Et la Banque Centrale Européenne ? Elle a son propre budget, indépendant de celui de l’Union Européenne. Son capital est souscrit et libéré par la BCN (banque centrale nationale) de la zone euro. Les 17 pays possèdent des parts de la banque, à commencer par l’Allemagne, suivie par la France, l’Italie, l’Espagne, les Pays Bas et la Belgique. Il est interdit à l’Euro système d’accorder des prêts aux organes de l’UE ou à toute entité nationale du secteur public…Les missions fondamentales de la banque concernent surtout la politique monétaire, les opérations de change, et la détention des réserves officielles de change des pays de la zone euro. Mais son objectif principal est « de maintenir la stabilité des prix. » (http://www.ecb.int/ecb/orga/independence/html/index.fr.html)
Tyler Cowen, professeur d’économie de la George Mason University, écrit un article dans le New York Times intitulé « La Fed peut-elle servir de bouclier contre l’Europe ? » qui n’est pas sans intérêt. Il n’est pas optimiste mais son argumentation paraît bien fondée. « Ne pensons pas que la fin de la crise économique se termine après que la première vague soit passée. C’est ainsi qu’on a réagi en 1931. L’on croyait que l’on était à la phase de récupération. C’est alors qu’une deuxième vague de crise s’est emparée de l’Europe pour s’étendre ensuite aux Etats-Unis. Deuxièmement : Quelques soient les lois qui sont décidées, rien ne remplace l’efficacité de bonnes banques centrales pour la régulation financière. Or, la zone euro comporte trop de responsabilités sur les gouvernements nationaux et trop peu sur sa banque centrale. Troisièmement : Ne faudrait-il pas tenir compte de ce que nous ne savons pas, en cela soulignons l’importance de posséder une réserve disponible de liquidités sûres plutôt que de nous obséder par la micro régulation de telles ou telles banques. Nous n’avons toujours pas appris cette dernière leçon. Mais, qui sait, nous arriverons peut-être à nous en sortir de justesse grâce à la prudence de notre banque centrale. »
La Constitution fédérale a évolué (« a living Constitution ») grâce à l’interprétation des tribunaux et de la cour suprême. Mais cela n’aurait pas garanti la stabilité politique des Etats-Unis. La cohérence institutionnelle des Etats-Unis à tous les niveaux : au congrès, législatures des états, et en dessous ; l’existence à tous les niveaux administratifs d’un système de partis stable depuis très longtemps grâce au scrutin majoritaire à un tour. Ils n’ont pas peur de voir apparaître un troisième parti populiste, extrémiste comme en Europe continentale. On a beaucoup parlé des Tea Party l’année dernière. Néanmoins, ils ne sont pas un troisième parti mais les associations partout en Amérique qui ont soutenu les candidats les plus conservateurs pendant les primaires Républicaines de 2010. Du côté gauche si par malheur ces libéraux (l’extrême gauche américaine) qui ne sont pas contents d’Obama se séparent du Parti Démocrate, ils perdraient dans une élection tenue au scrutin majoritaire à un tour. Contrairement à un scrutin proportionnel, toutes les nuances de la droite (Républicains) et de la gauche (Démocrates) se tiennent les coudes et arrivent à un compromis.
En 2010, le président Obama a mis en place une commission intitulée pour « la Responsabilité Fiscale et la Réforme ». Au mois de décembre 2010, les deux présidents de la commission présentent un plan mais qui n’est accepté que par 11 des 18 membres, cela n’étant pas suffisant car il fallait une majorité qualifiée de 14. Plus d’une année après ils n’ont pu se mettre d’accord pour réduire la dette. Néanmoins, ce qui était prévu en cas d’échec, des coupes automatiques auront lieu dès 2013. Et s’il y a opposition aux coupes, le veto présidentiel pourra l’installer.
Une différence de poids entre l’Union Européenne et les Etats-Unis découle de ce que ceux-ci lèvent des impôts au niveau fédéral, des Etats et des communes. La TVA, qui n’existe pas au niveau fédéral, varie beaucoup, de 0% à 16% (peut aussi varier dans une même juridiction). Le pouvoir d’imposition des gouvernements des Etats américains est beaucoup plus restreint que celui du gouvernement fédéral (Marion Grobel, « Règles financières pour le contrôle du gouvernement (BP358f) » novembre 1993.http://publications.gc.ca/Collection-R/LoPBdP/BP/bp358-f.htm).Et le travail ? Traditionnellement, et jusqu’à nos jours dans la plupart des Etats, le « at-will-employment » gouverne les rapports entre employeur et employé. “At-will-employment” veut dire qu’un contrat de travail peut être terminé par l’employeur ou l’employé à n’importe quel moment pour n’importe quelle raison. La seule raison pour ne pas licencier quelqu’un c’est pour des raisons illégales (discrimination, appartenance à un syndicat).
Au niveau fédéral le salaire minimum est régi par le Fair Labor Standards Act (FLSA) et plus tard il y a eu le Fair Minimum Wage Act de 2007, qui inclut des augmentations par étapes au salaire minimum fédéral. Bien des Etats ont aussi des lois de salaire minimum ; quand un salarié a le droit à un salaire minimum fédéral ou à un salaire minimum de l’Etat où il travaille, le salarié a droit à celui qui est le plus élevé. Le salaire minimum fédéral est le minimum requis, les Etats peuvent choisir d’en donner plus que le minimum fédéral, par exemple, l’Alaska donne $7.75, la Californie $8.00, le Massachussetts $8.00 et le Nevada $8.25. (Department of Labor, http://www.dol.gov/elaws/faq/esa/flsa/001.htm)
Lors d’une réunion de l’Allemagne et de la France à Bruxelles, ils se sont mis d’accord pour inclure dans la Constitution une « règle d’or ». Qu’en est-il de ce genre de dispositif constitutionnel ou législatif aux Etats-Unis ?
Justement, l’analyse par Marion Groble est intéressante parce qu’elle compare le fonctionnement des Etats fédéraux américains (sans ou avec « règle d’or ») et les provinces canadiennes du point de vue des budgets et des questions financières et il y a aussi un bref chapitre sur la zone euro. Concernant les règles d’équilibre budgétaire il y a de la variété entre les 50 Etats parce que « Presque chaque Etat américain est assujetti à une disposition l’obligeant à équilibrer son budget…Dans certains cas, le gouverneur doit présenter un budget équilibré ; dans d’autres, c’est l’assemblée législative qui doit adopter un budget équilibré, et dans d’autres encore, le budget doit en fait être en équilibre à la fin de l’exercice. » Selon le General Accounting Ofice (Bureau de comptabilité générale) des Etats-Unis le Vermont et le Wyoming où le gouvernement de l’Etat n’est pas tenu d’équilibrer son budget « en raison d’une exigence législative ou constitutionnelle. » Après avoir parlé de New York et du Connecticut, les deux en déficit, Marion Grobel conclut par « Tout ces Etats avaient adopté des règles d’équilibre budgétaire. » Plus loin elle mentionne que certains gouvernements d’Etat en « transformant certaines dépenses courantes en dépenses d’immobilisation, afin de les financer au moyen d’un déficit » mais « Les marchés financiers se sont vite rendu compte de l’astuce, ce qui a provoqué des crises financières. » Encore un détail important, cette fois-ci quand elle parle du pouvoir de veto des gouverneurs des Etats « c’est généralement grâce à ces pouvoirs du gouverneur, plutôt qu’à des compressions fondées sur des formules, que des règles d’équilibre budgétaire sont appliquées. »
Traversons l’Atlantique (ou « the big pond » comme l’appellent les Britanniques), et l’on constate que parmi les critères de Copenhague il y en a deux qui valent la peine d’être retenus : la mise en place d’« institutions stables garantissant…la démocratie… » Limitons nous aux institutions de certains des pays de la zone euro. Commençons par la République Tchèque où le gouvernement s’écroule au moment de la crise des « subprimes » qui vient des Etats-Unis en 2008 et, au moment même où le pays présidait l’Union Européenne. En deuxième lieu, la Belgique qui a formé un gouvernement le lendemain d’avoir eu sa note dégradé. ( « Standard & Poor’s : chronique d’une dégradation annoncée », « …une absence de gouvernement, pas de gestion budgétaire et financière à court comme à long terme. »). Le problème belge n’est pas seulement le fait d’une dette conséquente mais, comme l’a noté S&P, elle est politique.
Notons que la Slovaquie, membre depuis 2009, est le dernier des pays de la zone Euro à voter la tranche de juillet aux grecs. Le SaS (Liberté et solidarité) est contre le fond européen EFSF, la gauche slovaque est pour mais en échange de son accord veut de nouvelles élections ; Richard Sulik qui est à la tête du party SaS dit que les projets de l’Europe pour sauver les pays endettés sont « des politiques socialistes qui s’insèrent subrepticement et une escroquerie aux contribuables européens. » Des vues similaires à celles de Ron Paul, républicain qui voulait, entre autres, abolir la Réserve Fédérale, et est auteur d’une proposition de loi abolissant l’impôt (fédéral) sur le revenu. La différence entre Sulik et Paul est que tout en étant de la même tendance l’un est à la tête d’un parti indépendant, et la tendance de l’autre est noyée dans le Parti Républicain. Notons encore, la différence entre le système proportionnel et majoritaire à un tour.
Le système proportionnel facilité l’élection d’extrémistes. Aux Pays Bas, le berceau de l’Euro, le parti d’extrême droite (le Parti de la Liberté) a changé de thème, celui des immigrants pour placer en avant la sortie de l’euro. Sa cote a monté. Malheureusement, il sert d’appui au gouvernement de centre-droit qui n’a pas de majorité. Un professeur néerlandais écrivait déjà en 1991 son opposition à l’Euro donnant les raisons suivantes « Une union monétaire sans une union politique est impossible à maintenir ». Deux économistes américains de Harvard et Berkeley disent que l’Europe n’a pas ce dont elle a besoin pour faire face à des chocs régionaux et pour que la zone à monnaie unique fonctionne : la mobilité du travail, la flexibilité des salaires et un budget fédéral commun comme il en existe aux Etats-Unis. (WSJ, « Doubts Arise in Euro’s Birthplace)
Pour conclure
Les crises économiques, financières, politiques ne restent pas cantonnées dans un pays elles se promènent à travers le monde. Se renseigner chez les autres paraît une nécessité au moins pendant les crises mais n’est-il pas préférable de parcourir le monde et l’histoire afin d’être en mesure de prévoir et ne pas se lancer tête baissée dans les catastrophes qu’ont connu les autres.Avant de se réunir pour écrire la Constitution Fédérale certains des Pères Fondateurs ont voyagé en Europe pour observer ce qui se passait dans l’ancien monde. Nos amis américains ont agit de la même avant de mettre en place la Réserve Fédérale.
Mettre en place une zone monétaire n’est pas une mince affaire. Nous nous trouvons face à des institutions politiques, économiques nationales, internationales dont l’organisation, la stabilité politique et économique sont essentiels. Le mot clé reste « prévoir ».
Nous avons par moment quitté l’Euro pour parler du Dollar US. Deux éléments importants s’en dégagent : dans le domaine économique c’est la flexibilité et dans le domaine politique la stabilité. La flexibilité fait qu’un pays s’adapte aux circonstances économiques. Lors d’une crise économique, il ne suffit pas de penser qu’à l’austérité mais à créer de la croissance, la flexibilité aide à la création d’emploi. La stabilité politique est aussi essentielle à l’économie, comme en témoigne les exemples européens déjà abordés alors que l’Amérique est le résultat d’un système de partis puissants.
Les institutions qui gèrent la zone euro doivent être fortes. Il ne faut pas qu’elles comprennent que des interdits. A travers les années et les crises le Congrès a octroyé à la Réserve Fédérale des pouvoirs dans le domaine de la politique monétaire, de l’inflation, de la croissance etc.
Les institutions ne sont elles pas importantes pour palier aux faiblesses des hommes et des femmes, y inclus nos élus. Avant de « moraliser le capitalisme » ou remplacer le dollar comme monnaie de réserve, comme l’un de nos président le souhaitait, il aurait fallu créer des institutions au niveau de la zone euro. N’est-ce pas invraisemblable que la Grèce ait pu berner les autorités de Bruxelles avec l’aide de l’américain Goldman Sachs. L’idée émise par Balladur lors d’un entretien avec le Figaro est inquiétante. Et je viens de lire dans un article des Echos que le code du travail en France comprend 1.500 pages ! Au niveau national il aurait peut être fallu commencer par là. Et bien sûr n’y a pas que le « modèle » Américain, qui est issu d’un système juridique différent de celui de l’Europe continentale ; il y, par exemple, la « flexi-sécurité » des Pays Bas ou même le contrat que nous avait promit notre président, un contrat qui existe en Autriche (et qui a été défendu par le président d’Axa dans une lettre publié par Le Monde, et avec lequel on acquière les droits au fur et à mesure qu’on travaille dans l’entreprise.

The Electoral System : The Cornerstone Of Electoral Laws

CECE PR  WESTERN EUROPE

Bernard Owen
We have written this in French and in English, and are sorry not to be able to write it in Russian. So this will be another English text, but though the idea is quite similar, it cannot be exactly the same. So here we go.

Human beings are full of bright ideas. It is a strength in itself and it is marvelous the way we have learned to express ourselves by writing and publishing our thoughts, build cars, trains, airplanes or go to the moon. As an example of this, our families have worked on missiles.
Let us rejoice about this type of progress. Nevertheless, human nature being what it is ( just witness all the fighting that has gone on throughout the world for centuries) underlines the fact that one has to find institutional ways of dealing with conflict.

You may ask why should we go this far when we are supposedly working on electoral laws ? We shall start with the most important part of electoral laws : the electoral system. Why is it the most important part of any electoral law ?

A danger becomes evident immediately. All inventors of electoral systems consider voters as abstract numbers. When you read their work, you can see that they have forgotten that they are dealing with human beings. Let us pause a minute. Many human beings like power but, of course, not all. But those who are willing to take power do not always have the ability to lead their citizens on the path of wellbeing or as the Americans say : “ the research of happiness”.

Another element, which has to be taken into account, is the dangers that result from the research of an equality between the percentage of voters and the percentage of seats in proportional representation (P.R.) This appears ideal but not when the subject of the research are human beings. Let us be practical by looking at Europe.

The quest for leadership found in some men and women will have consequences which can be good or even tragic. The happy aspect is that one puts together coalition governments. The flip side can be tragic as when a crisis occurs, whatever may be the reason for it, political, personal, or economic. The danger occurs if the government collapses and the nation is without government at a time when it badly needs one. We have written on this subject as we have had and have many tragic situations in Europe and there could be more.

Russia
The actual electoral system in use in Germany has been put forward by some authors as an alternative to the Russian system. We have worked on the 2009-2013 period in Germany. We note that the mathematical result of the German method is approximately proportional. It is often said that the majority part of the election is considered by the voters as a way of choosing a political figure while the proportional part is essential in the political outlook of the voters. Nevertheless, when one looks a little closer at the mechanism of the electoral system, one sees that it is not the case:
– The candidates elected in the 299 one-member constituencies are elected once and for all.

– The number of candidates elected on the proportional lists are not obtained by the vote but they are inversely linked to the level obtained by their party in the majority part of the election.

– In order to simplify the explanation of a complex system let us say that the larger the number of votes a party obtains in the majority part of the election, the less number of seats it will have in the proportional part.

The result is that the proportional part is only there to reduce or eliminate the bias of the parties that have the larger number of votes in the majority part. It can also work in the opposite way by bringing a larger number of seats to the smaller parties. The parties did not take a long time to understand how to deal with the 2 parts of the electoral system. For example : the F.D.P., the small liberal party, does not win any seats in the majority part of the election. All the majority seats go to the right-wing party C.D.U.-C.S.U. (they act as one party), and the S.P.D. (Socialist Party). The F.D.P. only obtains seats in the proportional part.

Let us look at the 2009 numbers:
– The C.D.U. only obtains 21 seats at the proportional level.
– The F.D.P. obtains 93 seats at the P.R. level.

If we consider the percentage of votes obtained at the PR level, we obtain :
For the C.D.U. 27.3 % at PR level
For the F.D.P. 14.6 % at PR level.

If we go further by looking at the number of votes at PR level :
C.D.U.- C.S.U. 11,824,794 votes which gives hem 21 seats
F.D.P. 6 313 023 votes which gives them 93 seats.

The F.D.P. has found the way to win the largest number of votes. The « compensation part » of the electoral system means that the lesser amount of seats a party obtains in the majority part the more seats it obtains the proportional part. Although the F.D.P. know that they will not get a candidate elected in the majority part they chose a well-known political figure as a boost to the F.D.P. Its candidate will stand in both parts of the election to act as a boost to the F.D.P. in the PR part. The law allows it.

The mathematical result of majority systems is the opposite to that which is looked for by those that support proportional systems. The party that has more votes as a result of the election has a surplus of seats. This would not be acceptable when one goes shopping but one is electing one’s representative things are quite different for the whole voting process works on different attitudes of the voter. First-past-the-post is best when you are voting in a one-member constituency. In this case, one is voting for one person whom one likes or one might even dislike; or vote for the person who represents the party or community in which one lives and in most cases the two go together.

The process for a voter when he or she votes is similar to other aspects of his or her social life. He or she chooses friends not unlike the way he or she chooses for whom he or she will vote. That is something that is deeply ingrained in human nature. This psychological aspect was hidden in the argument used before the 1913 elections by some members of the Italian parliament who did not wish to grant the right to vote to illiterates.

The large coalitions that may result from PR systems are not easy going. They produce side effects that can have unforeseen consequences. Let us go back to the 2009 parliamentary elections. These elections were the follow-up to a large coalition government that had existed since 2005. The two main parties that had formed this government were the C.D.U.-C.S.U.; which behave as one party, the C.D.U. being present in the north of Germany, while the C.S.U. is in the south. They are a moderate Christian right-wing party. The S.P.D. is socialist and works hand-in-hand with the trade unions. During that time the chancellor was Gerhard Schröder who was a socialist while his cabinet was C.D.U.- C.S.U.-S.P.D.

One should never forget that however efficient is a government there will always be a number of voters who are not satisfied. The question is : who will these dissatisfied people vote for ? What will be the welcome structure for the protest vote?

Prior to that election the polls had shown that political affiliation had dropped. This was clearly the case for some leaders of the S.P.D. During the regional elections the N.P.D. (neo- Nazi party) had fielded a number of candidates. For Germany, this was embarrassing. The law courts intervened and it appeared that the police special services had become members. When this was known. Public opinion was relieved. But a new party had already made its way through. It was a far-left party called “Die Linke”. It had been the party of the ex RDA so that it can be considered as communist. It had already obtained 3 seats in the majority part of the election. The presence of the S.P.D. in the government, and the very practical attitude of previous Chancellor Schröder had displeased some members of the S.P.D. and a number of trade union leaders then joined “die Linke”.

This new party became the welcome structure for the vote against the government. It obtained 16 seats in the majority part of the election and 60 seats in the proportional part.

The F.D.P. (Liberal Party) obtained no direct majority seat but 93 seats in the proportional part ( + 32 in comparison to the previous election).

The Green Party won 1 majority seat and 68 on the proportional part (a gain of 17 seats compared to previous elections).

A more logical electoral system that takes into account the continuity of a stable democracy would be to introduce majority single or two-member constituencies. The argument against this proposal is that in Bavaria the C.S.U. would win all seats. This is not true as the doing away with the proportional part of the election would reduce considerably the size of the majority constituencies. There would be twice as many, and we know that small majority constituencies make it much easier for small parties to obtain seats.

Italy and the Weimar Republic.
Predictions are often wrong. After the first World War, Italy changed electoral systems. It put aside the majority system and wanted to go with the tendency of the time and the first two post-war elections were proportional.

As a result, Italy, which had been a constitutional monarchy for years, found itself with weak unstable governments and no police force. Mussolini just walked in and restored order. The Italian people were relieved, and so was the international press that considered that once Mussolini had restored order he would move out.

The Weimar Republic (or the new Germany as it was called at the time) should not be considered only from the point of view of a historian. The institutions and especially the electoral system played the main role in the rise of the Nazi Party. We have written on this point a number of times and the last time in November 2013 (in English although the editor stressed that it had to be in American). Right up to 1928, the Nazis had no electoral success: 2.6% of the vote. Its only successes were in the 1930-1932 elections, when Germany, which had in 1928 a five-party coalition government that collapsed as a consequence the Wall Street crash.

From 1930 to 1932, the Chancellor (prime minister) Brunig had only 10 members of parliament on his side, and had to ask President Hindenburg to write into a decree the proposed law for which the prime minister could not obtain the approval of the Reichstag. Weimar Germany was ruled by presidential decree.

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To conclude, we must say that institutions and electoral systems, which are technical in nature but which have an effect on political life, are far more important than ideology and economics. Because these technical aspects of our political life can have a tremendously positive or negative influence on our nation we have chosen to research and write about it.

CECE PALGRAVE WESTERN EUROPE

La recomposition géopolitique programmée du Moyen-Orient…suite

Pierre Hillard
(Me permettez vous d’utiliser une partie du texte et les deux cartes de votre blog?)


De nombreuses études ont été lancées au sein des instances militaires américaines comme dans de nombreux think tanks appelant à revoir les limites frontalières de ces Etats. Comme le montre la carte (« after »), les modifications apportées aux frontières sont le fruit d’une lente mais sûre réflexion intellectuelle dont la publication dans une revue militaire américaine de haut rang n’est pas l’effet du hasard. Le but recherché est aussi de tester les réactions en particulier celles des musulmans de la région. Cela dit, il ne faut pas voir ce document comme définitif. En fait, c’est un prototype susceptible de connaître des changements que certains appelleraient des variables d’ajustement. En réalité, l’intérêt majeur de ces travaux est de révéler que les instances militaires et politiques des Etats-Unis se sont résolument engagées dans un domaine en n’hésitant plus à l’officialiser. En même temps, cette entreprise doit se faire en adéquation avec Israël concerné au premier chef par ces bouleversements. A l’égard de ce pays, Ralph Peters se définit comme un ami « de longue date » (New York Post, 22 juillet 2006).

MOYEN ORIENT photo 2

L’article de ce militaire américain, intitulé « Frontières ethniques, que faire pour améliorer le Moyen-Orient », part du principe qu’il faut lever le tabou de la sacro-sainte frontière inamovible. Pour l’auteur, les nouvelles frontières doivent se modeler en fonction du critère ethnique et confessionnel. Même s’il n’est pas possible de tracer des frontières respectant la totalité des particularismes en tout genre nombreux et numériquement très variables, il faut pour Ralph Peters se rapprocher au maximum de ce concept.

Comme il le souligne : « Nous parlons de difformités énormes faites par les hommes qui n’arrêteront pas de générer la haine et la violence tant qu’elles n’auront pas été corrigées ».

MOYEN ORIENT Photo 1

Ces cartes (« before » : situation en 2006 (ci-dessus) et « after » : situation après recomposition (ci-dessous)) sont parues dans une revue militaire américaine, AFJ (Armed Forces Journal), en juin 2006 sous la plume d’un lieutenant-colonel américain à la retraite, Ralph Peters. Ce dernier s’est illustré dans une division d’infanterie mécanisée à partir de 1976 pour, ensuite, poursuivre ses activités dans le renseignement militaire en 1980. Auteur de nombreux ouvrages traitant de la stratégie et des relations internationales, Ralph Peters s’est retiré officiellement de l’armée en 1999. Cependant, ses contacts restent étroits avec ce milieu puisqu’il fait partie de l’équipe dirigeante d’AFJ. Cette revue n’est qu’une partie d’un véritable empire de la presse militaire américaine. Fondé en 1863, ce mensuel s’adresse aux officiers des Etats-Unis traitant de sujets aussi variés comme : la technologie militaire, la logistique, la stratégie, la doctrine ou encore la tactique. En fait, AFJ est coiffé par une maison mère, Army Times Publishing Company.

Que dire des frontières du Moyen Orient?

Bernard Owen, Maria Rodriguez-McKey
Il est certain qu’à travers le monde, les frontières n’ont pas été immuables, mais avant d’effleurer cette question au niveau du proche Orient, nous allons, en toute discrétion, écouter l’opinion du Président Obama à partir d’une personne qui le connaît bien.
Jeffrey Goldberg a une opinion positive du Président des Etats Unis. Concernant la politique extérieure, il tient compte et apprend vite des échecs et des erreurs. Le point clé de la position du Président date du 30 août 2013, quand il a refusé de se lancer dans des frappes aériennes en Syrie. En cela, il s’opposa à certains de ses conseillers, ainsi qu’à la Turquie, l’Arabie Saoudite et les monarchies du golfe. Ces Etats pensaient que les Etats Unis feraient le travail à leur place. Cette intervention aurait permis d’avoir un vide de pouvoir vite comblé par des mouvements islamistes fondamentalistes.
Il est certain que, depuis l’attaque du 11 septembre 2001, les Etats Unis ont été réticents d’incriminer l’Arabie Saoudite. Le Président Obama est bien informé sur la quantité d’argent engouffrée par l’Arabie Saoudite et par les Etats du Golfe. Il est également au courant que des Imams et des prédicateurs prêchent le Wahhabisme, version fondamentaliste de l’Islam de l’Arabie Saoudite.
Jeffrey Goldberg nous apprend que de nombreux centres de recherche bien connus tendent la main aux bienfaiteurs Arabes ou Israéliens. Notre interlocuteur a dénommé, avenue Massachusetts, où se trouvent de nombreux centres de recherche comme étant en territoire occupé par les Arabes.
Il sera intéressant de voir l’attitude du nouveau Président, à savoir si les forces Sunnites continueront à tenter de se servir de l’attitude musclée des Etats Unis. Le Président Obama est surpris de cette attitude, tout en étant conscient d’assurer l’orthodoxie de la politique extérieure. Pourtant, l’on connaît clairement la politique de l’Arabie Saoudite. Quelques jours après le 11 septembre 2001, l’on savait que 15 des 19 pilotes étaient saoudiens, ainsi que le financement de l’opération. Pourtant, les Etats Unis ont continué à considérer l’Arabie Saoudite, la Turquie, le Pakistan et les monarchies du Golfe comme des amis puissants.
La vision de la politique internationale d’Obama est lucide. Il ne comprend pas comment David Cameron qui prétend toujours avoir eu raison en agissant contre Khadafi en Libye, alors que George Osborne se plaint du refus parlementaire de bombarder la Syrie, en 2013. L’effondrement de la Libye, qui l’a menée à l’anarchie, a été une des principales raisons d’empêcher Obama d’agir contre la Syrie, de peur de retrouver le même scénario.
Notre correspondant craint l’arrivée au pouvoir d’Hilary Clinton, qui a soutenu l’invasion de la Lybie, en 2011, et qui a souhaité les bombardements de la Syrie.

La recomposition géopolitique du Moyen Orient
Nous reprenons le titre de Pierre Hillard du 18 avril 2010, qui se réfère à plusieurs auteurs, dont Patrick Cockburn. Le nombre et la connaissance de ces différents auteurs indiquent l’importance que cette question présente de par le monde.
Nos auteurs recomposent la carte du Moyen Orient. Chaque Etat se trouve modifié pour des raisons qui vont du mode de vie, à la religion et à l’environnement. Les seules Etats, qui seraient indemnes, seraient l’Oman, le Qatar, les Emirats Arabes Unis et le Koweit.
Pour cette vaste zone modifiée, sans entrer dans les détails, nous noterons les modifications, qui auront un effet au-delà de cette zone. En premier lieu, l’Arabie Saoudite, qui a bénéficié de la protection des Etats Unis depuis l’accord du 14 février 1945 entre le Président Roosevelt et le Roi Ibn Saoud. Il s’agirait de créer un Etat, qui soit comme un lieu saint, une sorte de Vatican musulman, et qui ne dépendrait pas de la police d’Etat, sous le contrôle le plus oppressif du monde, permettant à la famille Saoud de projeter leur croyance Wahhabite intolérante au-delà des frontières. Un auteur : Ralph Peters avance que le monde musulman serait plus à l’aise si la Mecque et les religieux étaient dirigés par un conseil représentatif tournant issu des principales écoles et mouvements du monde de l’Islam. Les débats mèneraient à une sorte d’Islam des Lumières. L’Arabie Saoudite aurait une sortie sur la mer, en prenant les provinces de Tabouk et une partie du Jouf.
L’Irak a déjà perdu les Kurdes et serait divisé en Etats chiite et sunnite.
La Turquie perdrait une partie de ses terrains de l’Est, qui feraient partie du nouveau et puissant Etat Kurde.
Nous n’avons présenté que les modifications, qui paraissent faisables ou logiques pour la paix du monde, mais, même à ce niveau, il pourrait s’agir de bouleversements importants, sans toutefois aboutir au chaos.

Démocratie: Le mot magique

Bernard Owen, Maria Rodriguez-Mckey

A notre époque, on emploie des mots magiques comme celui de « démocratie ». Il va de soi que nous sommes les premiers à la soutenir. Seulement, l’être humain a rencontré tant de difficultés et tant d’échecs à la mettre en place qu’il est grand temps que les hommes comprennent qu’il existe des règles, tout comme pour l’ingénieur, qui met au point des engins d’une grande complexité.
La démocratie a besoin d’un ensemble de techniques, qui ne sont pas enseignées dans nos universités. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer, non pas l’histoire du monde, mais les problèmes actuels du Moyen Orient.
Après l’Irak, l’Egypte, la Lybie, l’on parle de règlements politiques pour la Syrie. Cela peut mener à une catastrophe généralisée pour les jeunes et pour d’autres Etats, qui assistent à la démolition d’un des Etats. Les Nations Unies réunissent les autorités, les opposants très peu nombreux, et laissent de côté Daesh, qui sème la terreur ici ou là.
Sur un terrain strictement géopolitique, l’Irak a été une catastrophe concernant le découpage de la zone Kurde de l’Irak au grand damne de la Turquie, qui ne dispose plus de l’armée bien entraînée des années 1960. Ne parlons plus de Bremer (Irak 2003) que les commentateurs des Etats Unis qualifient comme étant la plus grande catastrophe de leur politique extérieure.
En Syrie, les Nations Unies multiplient les « communiqués », les « déclarations », « en vue d’un règlement politique durable de la crise ». Elles vont très loin évoquant « une nouvelle constitution conduite sous la supervision des Nations Unies ». Ce groupe de contacts est « conscient du lien étroit existant entre un cessez-le-feu et un processus politique, conformément au communiqué de Genève de 2012 ».
Heureusement que nous avons encore les Nations Unies, car la grande coalition anti Daesh est en mauvaise posture. Le Chef d’Etat Major Britannique, le Général Nicolas Houghton a déclaré que les forces britanniques ne participaient plus aux bombardements des positions de Daesh en Syrie. Le Pentagone (Ashton Carter) parle d’une coopération entre Etats Unis et force d’opposition syrienne, mais termine prudemment en ajoutant seulement dans le cas d’une attaque contre EL Raqqa. Le nouveau Premier Ministre canadien a informé la Maison Blanche qu’il retirait son aviation de Syrie. La participation de la France et de l’Australie est très restreinte.
L’attitude de la Grande Bretagne dépend de la « House of commons », qui s’oppose à des bombardements en Syrie, admettant seulement des vols de reconnaissance.
D’autre part, le quotidien « The New York Times » fait part de l’intérêt des occidentaux face aux forces russes. Leur action en Syrie a permis de noter leur efficacité et la rapidité de leur intervention. Le quotidien note qu’en deux semaines les avions russes effectuent autant de frappes en un jour que les avions de la grande coalition en effectuent en un mois. La Russie a donné une preuve d’efficacité à laquelle on ne s’attendait pas.

Moyen Orient – commentaire

Le Moyen Orient forme un ensemble, que l’on devrait considérer avec respect. La Syrie n’est pas le seul pays à rencontrer des difficultés au Moyen Orient. L’on pourrait espérer que la sagesse occidentale de ses démocraties à long terme ne reproduise jamais deux fois les mêmes erreurs ……
L’Occident a transformé l’Irak en bourbier. La Lybie, qui assurait la paix au Sahel jusqu’au Mali, avait accepté l’Occident. Vive le Printemps arabe … ! L’Egypte se voulait démocratique avec sincérité mais sans le savoir-faire. L’Occident, la France occupant la première place, bien que suivi de près par les Etats Unis et les Nations Unies, n’a pas compris que les fauteurs de troubles en série ne sont pas les « gentils opposants », qui ne représentent rien, mais les terroristes. Dès la disparition de Sadam Hussein, les opposants se sont battus entre eux. C’était l’anarchie, du chacun pour soi. Est-ce cela que la France souhaite à la Syrie ?
Le quai d’Orsay présente sa politique de la façon suivante : « Depuis le début de la crise syrienne, la France accompagne le peuple syrien dans son combat pour une Syrie libre et démocratique, unitaire et stable, respectueuse de tous ses citoyens, garantissant les libertés et les droits des minorités. La France a reconnu, le 13 novembre 2012, la coalition nationale syrienne comme le seul représentant légitime du peuple syrien. Elle soutient les efforts des Nations Unies pour la mise en place d’une transition politique. ».
Ce texte laisse rêveur …… est-ce l’incompétence du Ministre, qui se recueille maintenant au Conseil Constitutionnel ? ou l’absence d’expérience diplomatique, qui se noie dans les couloirs de l’administration ?

Le terrorisme: Pour le régler il faut comprendre

Bernard Owen
La télévision donne la parole à divers spécialistes, qui s’interrogent sur les raisons poussant certains jeunes vers le terrorisme : de jeunes désoeuvrés, de petits délinquants, le lieu où l’on a grandi, la contamination en prison. L’un des interlocuteurs a cité des exemples – l’enfant dont le père a abandonné sa famille pour retourner au bled. Dans ce cas, il pourrait s’agir d’un défit : retrouver pour l’enfant, en lui ou par lui, l’autorité manquante disparue.
Le Commandant Armed Shah Massoud s’est défendu contre les Talibans. Peu avant sa mort, le 9 septembre 2001, il a tenu des propos désabusés à un collègue, à savoir qu’il ne reconnaissait pas son peuple. Notre image de l’Afghanistan est celle où rien n’est possible. Pourtant, les Nations Unies avaient réalisé une expérience intéressante en réintroduisant la fabrication des tapis anciens, avec les moyens du bord utilisés à cette époque.
A partir de 1964, l’Afghanistan devient une monarchie constitutionnelle. Un professeur français a rédigé la constitution. Après me l’avoir présentée, je me suis rendu chez cette personne, pour en savoir plus et prendre des notes. Après avoir pris le thé, je lui ai posé la question : « comment avez-vous fait pour rédiger une constitution dans un tel pays ? ». Sa réponse a été claire : « j’ai écrit une constitution … » C’était tellement différent de ce que j’attendais de lui que notre entretien ne s’est pas prolongé. Cette constitution sera appliquée jusqu’en 1973, où un coup d’état proclama d’abord une république, puis un régime communiste mal adapté au pays, qui mena à l’intervention de l’Union Soviétique.
Dans les causes du terrorisme, on a évoqué la jeunesse désoeuvrée, des journalistes ont soutenu la notion de service civique. Et pourtant, la plus grande tuerie, celle du 11 septembre 2001, était le fait du représentant d’une des plus grandes familles saoudiennes Oussama Ben Laden. On peut aussi évoquer le jeu dangereux de l’Arabie Saoudite et du Qatar quant au financement d’activités douteuses, qui pourraient se retourner contre eux.
Au départ, la position de la France en Syrie a été un désastre. Daesh avançait, gagnait du terrain. Daesh était en marche vers un avenir radieux. Les vainqueurs attirent la jeunesse. Tous les honneurs vont vers le vainqueur. Pour un grand nombre de personnes, c’est un dieu, il représente tout ce qu’on aurait souhaité atteindre soi-même.
Cependant, se faire sauter, se suicider, demande un psychostimulant (captagon, biocapton et fitton) qui abolit toute anxiété et permet de passer à l’acte définitif. L’armée Nazie repoussée par les soviétiques utilisait déjà une drogue puissante (pervitin) pour permettre toute anxiété de s’évanouir.
Nous sommes tous des êtres humains et les mêmes règles nous suivent à travers les siècles.

Face à la mort que vaut l’idéologie?

Bernard William Owen
http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/auteurs/index.php?id=50173

Le monde regorge de nouvelles. L’on sait tout mais il faut une étincelle pour mettre à mal ce que seule quelques privilégiés pouvaient évoquer entre eux. Il a fallu qu’un homme politique, respectable s’il en était, se rende à New York pour que toute la presse étale ses besoins sexuels disproportionnés. Un autre français directeur d’une école française bien connue décède à New York pour que soit découverte une gestion financière désastreuse. Il en va de même, non pas pour un individu, mais pour un comportement généralisé pour les personnes dans les taches surhumaines et allant contre l’éthique de la société.

Il a suffit que l’on trouve quelques seringues dans un appartement où s’étaient réfugié les auteurs de la tuerie de Paris pour que le grand public découvre que les extrémistes utilisaient la drogue.

Naturellement les djihadistes ce n’est pas l’Occident et pourtant sommes nous si différents?

Les livres que l’on peut lire ici ou là sur l’armée Nazi ou même sur les expériences des médecins des camps de la mort ne mentionne pas les drogues qui permettaient à l’armée de tenir malgré des conditions parfois terribles. La drogue se nommait PERVITIN. Une drogue dure (Méthamphétamine). Le journal Der Spiegel publie des lettres écrites par les militaires à leur famille réclamant un supplément de cette drogue qui venait à manquer à mesure que la guerre se prolongeait. Parmi les lettres, par exemple de Heinrich Böll (prix Nobel), le militaire demande à ses parents de lui envoyer cette drogue « dont une seule pilule l’aide à rester attentif autant qu’avec des litres de café et qui après une prise toute anxiété semble s’évanouir.

Apparemment les pilotes et les conducteurs de chars avaient le privilège de chocolat bourrés de drogue.
En janvier 1942 un médecin militaire raconte que les troupes, encerclés par les Russes, à bout de force se laissent tomber dans la neige, mais il suffisait de distribuer du PERVETIN pour qu’une demi- heure plus tard la troupe reprenne la marche.

Norman Ohler qui écrit « L’euphorie totale des drogues dans le Troisième Reich ». La drogue est montée jusqu’à Adolphe Hitler dès 1936 où son médecin Theodore Morell lui a prescrit du Motaflor pour ses crampes d’estomac. Vous remarquez que son médecin est à ses cotés sur les photos quand il se trouve à Berchtesgaden.

L’être humain se ressemble où qu’il soit quelle que soit sa religion. Nous évoquerons plus tard, pourquoi pas, la révocation de l’Edit de Nantes? (Voltaire s’y est bien intéressé).

De l’ordinateur à la compréhension de la gouvernance

Bernard Owen
Bernard Owen
Réfléchissons un instant sur l’être humain, certes pas en tant qu’individu, car on y rencontre une telle complexité que chacune de ses composantes demande une étude en soi. Abordons plutôt sa façon de vivre en communauté, son besoin de se joindre à autrui, le pourquoi de la politique qui existe aux époques que nous croyons connaître. L’histoire nous indique les difficultés de vivre ensemble au sein d’une même nation.
Au cours des siècles, on constate le don de création de l’être humain dans d’innombrables domaines. Il existe des périodes dans lesquelles notre univers marque le pas dans un certain domaine, mais pas dans l’ensemble de l’humanité.
Au début du vingtième siècle, l’on pouvait lire dans un livre que le pont métallique destiné au Chemin de Fer : « the firth of forth bridge » qui enjambe un vaste fleuve à neuf kilomètres d’Edinbourg, construit de 1882 à 1890, était le plus vaste monument réalisé depuis l’Empire Romain. Un livre intitulé : le mécanicien de chemin de fer – auteur Emile With – 1885 souligne le parcours accompli en un siècle. Le lecteur de notre époque ne peut que s’émerveiller des progrès
De nos jours, la technologie va de soi. Rien ne nous étonne. Les livres ne sont plus les seuls moyens d’informations, nous avons les ordinateurs qui fourmillent d’informations avec probablement moins d’erreurs que les anciennes encyclopédies. Nous voyageons à travers le monde grâce à l’informatique. Au début de la dernière guerre mondiale, un jeune Anglais a compris la façon de déchiffrer le code secret des Nazis. Le Spoutnik a été le fruit d’une longue coopération. On a peine à croire qu’avant la dernière guerre, aucune ligne régulière aérienne ne traversait l’Atlantique.
Les découvertes en astronomie étaient dans l’ère de différentes époques, et pas dues seulement à un seul homme. Certes, on n’admet pas facilement le changement. Il existe des doutes. Le pouvoir, quel qu’en soit l’origine, peut être réticent. Mais, notre valeur de vie, cumul de nos connaissances et de leurs mises en pratique, est merveilleuse dans certaines parties de notre planète.
L’être humain possède des capacités de réflexion, de création et de fabrication, mais en va-t-il de même dans sa façon de vivre ensemble ? En politique, l’alternance du pouvoir est une notion bien récente. Le pouvoir de la démocratie peut reposer sur une élection, dans laquelle l’ensemble d’une population va exprimer son choix. La science politique existe, mais … les effets des systèmes électoraux sont ignorés.
Cette dernière phrase va faire réagir certaines personnes, cela demande donc à être développé. Les auteurs, qui se sont aventurés dans l’étude des systèmes électoraux et leurs effets, ont une approche essentiellement mathématique. Nous prendrons un exemple de l’extrême : André Sainte Lagüe, qui enseignait les mathématiques, et se plaisait à créer des jeux basés sur des chiffres, s’aperçut que la méthode proportionnelle de Victor d’Hondt ne donnait pas un résultat exact quant au rapport du pourcentage des suffrages à celui du pourcentage des sièges. Il s’amusa donc à créer une méthode se rapprochant du système proportionnel des plus forts restes, plus exacte La quête d’un système électoral satisfaisant resta au niveau mathématique.
L’argumentation mathématique devait avoir une base sociologique : les minorités devaient être représentées au parlement. Naturellement, le résultat, selon le nombre de minorités, pouvait mener au morcellement de l’assemblée, puis à des gouvernements de coalition, ce qui peut donner satisfaction pendant un certain temps, mais l’arrivée d’une crise bouleversera la situation. On observera immédiatement une mésentente parmi les partenaires du gouvernement, quant aux solutions à prendre. Le résultat ne tardera pas à se présenter, et la population assistera à la chute du gouvernement au moment où le pays a le plus besoin d’une autorité politico administrative efficace.
Une solution peut alors se présenter sous la forme d’un nouveau parti inconnu ou quasiment inconnu, qui va trouver sa légitimité dans des positions nouvelles pouvant être extrémistes ou pas.
Ce type de situation n’est pas rare dans notre Europe « proportionnaliste ». Nous allons développer, rapidement certes, les mécanismes méconnus qui agissent au sein des démocraties. C’est dans ce contexte que les systèmes électoraux doivent être conçus agissant parmi des êtres humains pensant et réagissant, et non en tant que simples chiffres.
Le premier terme qu’il faut retenir est : « la structure d’influence électorale ». Cette « structure » est de nature différente selon le système électoral utilisé, car son importance apparaît clairement dans un système électoral proportionnel.
Prenons le cas des Pays scandinaves : Suède, Norvège et Danemark
Ces 3 pays ont un Parti Socialiste très impliqué dans le syndicalisme ouvrier. Victor Alexis Pestoff a été le premier à effectuer le lien. Sa recherche montre que ce lien allait assez loin auprès de l’électeur. Les pamphlets du Parti Socialiste défilaient sans difficulté dans les ateliers, alors que les distributeurs des autres partis restaient à la porte de l’usine. Le parti lié au syndicalisme bénéficiait d’un esprit de camaraderie, qui n’avait rien de coercitif, étant donné que le vote est libre. Mais, ce lien entre travailleurs de tâches comparables était déterminant. Tous les membres d’un atelier n’allaient pas voter d’une façon semblable, mais ceux qui voteraient différemment n’en parleraient guère.
Le vote pour le Parti Socialiste, dans le temps, au niveau national est bien supérieur à celui des autres partis de petite taille, ce qui leur permet, à certains moments, de former un gouvernement de coalition, ou même un gouvernement minoritaire. Les détails de ces fonctionnements se trouvent dans deux livres.
Les références :
« Les système électoral et son effet sur la représentation parlementaire: Le cas Européen. » Bernard Owen, LGDJ 2002.

« Proportional Western Europe: The Failure of Governance. », Bernard Owen, Maria Rodriguez-McKey, Palgrave MacMillan, 2013.

Après la guerre, le phénomène de l’influence électorale est inconnu, et de ce fait, a faussé l’appréciation des diplomates des Etats Unis. Cela apparaît dans leur correspondance avec le State Department. Il s’agit de la signification qu’avait le vote pour les partis communistes français et italien. A partir de 1945, le vote pour le Parti Communiste a rapidement baissé en dehors des 2 pays (France et Italie) où ce parti s’était emparé de la principale confédération syndicale : la C.G.T. et la C.G.I.L.
Les diplomates des Etats-Unis ignoraient l’effet des structures d’influence électorale. Il faut noter que cette question n’avait guère été étudiée.
De nos jours, les mêmes erreurs d’appréciation sont toujours présentes. L’Egypte est un cas particulièrement tragique de cette méconnaissance de l’effet de structure d’influence électorale. Il s’agit de l’influence des Frères Musulmans, qui avaient été réduits à œuvrer dans le domaine social, et dont la gestion financière était remarquable. Cette position, à l’écart de la politique, mais connue de toute la population, leur apportait une place prépondérante en politique. Les Frères Musulmans remportent toutes les élections : législatives, parlementaires, constitutionnelles. Ils ont naturellement remporté l’élection présidentielle, mais de peu, car elles se tenaient avec un système majoritaire moins sensible aux structures d’influence.
L’Egypte est un exemple malheureux, car cela ne fait aucun doute que les internationaux n’étaient pas à la hauteur.
Il existe une autre structure : la structure d’accueil pour le vote contre.
Prenons l’exemple de la République de Weimar où le Parti Nazi recueillait 2,6 % des suffrages aux élections législatives de 1928, avec une montée spectaculaire à 18 %, en 1930, après la grande crise économique de 1929 et la chute du gouvernement de coalition comprenant 5 partis.
Cette structure d’accueil pour le vote contre s’est retrouvée en Autriche à l’occasion de l’impossibilité pour l’un des deux partis traditionnels de former un gouvernement. Cela a mené à l’ascension rapide du Parti Libéral devenu d’extrême droite sous l’impulsion de George Haider, ce qui a eu pour résultat d’atteindre, pour ce nouveau parti, le même niveau que le Parti Catholique de droite modérée. Ce dernier parti n’accepta pas de former une coalition avec le parti socialiste. Une entente fut trouvée entre le Parti de droite modéré et celui d’extrême droite. L’Autriche se trouva avec une coalition de deux partis de droite. L’Europe entière se retourna contre l’Autriche. Certains membres de la Commission Européenne refusèrent de serrer la main des représentants de l’Autriche. Ils ont eu tord, car étant au gouvernement, le Parti d’extrême droite perdait sa position de structure d’accueil pour le vote contre, et retrouva son niveau de 10 %, lors des prochaines élections.
Il apparaît que des notions techniques sont de la première importance dans le système des partis d’un pays, ce qui modifie l’approche que devraient avoir les chercheurs en science politique. L’idéologie est de moindre importance, et doit se situer parmi un ensemble de données sur lesquelles nous travaillons.