LREM, des candidats loin d’être exemplaires

A NOTER QUE PLUSIEURS ATTAQUES SUR NOTRE SITE ONT EU LIEU. Bernard Owen

 MEDIAPART

7 JUIN 2017 PAR MATHIEU MAGNAUDEIX (AVEC ANTTON ROUGET ET LOUISE FESSARD)

Le parti d’Emmanuel Macron, qui vise la majorité absolue aux législatives, souhaitait des candidats issus de la « société civile » et exemplaires. Mais certains mentent sur leur C.V., sont visés par des enquêtes judiciaires ou possèdent des sociétés dans les paradis fiscaux. Tour d’horizon des bras cassés de la Macronie, dont certains devraient devenir députés.

  « Nous sommes vous. » Le slogan de campagne de La République en marche (LREM) pour les législatives des 11 et 18 juin, dévoilé ce week-end, joue à fond sur le registre « société civile », la marque de fabrique du parti. Mais certains des candidats sélectionnés par la commission nationale d’investiture, censés incarner le « renouvellement », promesse numéro un d’Emmanuel Macron, affichent des profils particuliers. Il y a bien sûr le cas Richard Ferrand, ministre candidat aux législatives et proche du président de la République, dossier épineux pour l’exécutif dans lequel le parquet de Brest a fini par ouvrir une enquête préliminaire visant des « infractions pénales en matière d’atteinte aux biens, de manquement au devoir de probité et aux règles spécifiques du code de la mutualité ». Mediapart a révélé les pratiques du député Alain Tourret, qui a utilisé son indemnité de frais de mandat à des fins personnelles. Ou celles de Véronique Avril, candidate à Saint-Denis, qui a loué un appartement insalubre à un prix exorbitant – une enquête préliminaire a été ouverte.
Enquêtes préliminaires, conflit d’intérêts, sanctions de l’AMF, propos gênants effacés de leurs comptes Facebook : Mediapart a enquêté sur d’autres cas évoqués par la presse… et a déniché quelques nouveaux C.V. gênants. Dans l’écrasante majorité des cas, LREM, qui vise une majorité absolue aux législatives, ne leur a pas retiré l’investiture.

Bruno Bonnell (6e circonscription du Rhône) : une sanction de l’Autorité des marchés financiers, deux sociétés au Delaware (paradis fiscal)

Dans la campagne d’Emmanuel Macron, l’adversaire de Najat Vallaud-Belkacem à Villeurbanne (Rhône), proche du ministre de l’intérieur Gérard Collomb, a joué un rôle pivot. L’ex-patron d’Infogrames et Atari, apôtre médiatique de la « Robolution » – la révolution du travail et de l’économie par les robots, un concept déposé à l’Inpi qu’il décline à toutes les sauces – a été un soutien de la première heure du candidat d’En Marche! et le référent du parti dans le Rhône… mais aussi, de l’aveu même de l’entourage de Macron, un précieux rabatteur de dons privés : il a ainsi organisé deux événements privés à Lyon début février, un dîner et un cocktail, en marge du meeting d’Emmanuel Macron à Lyon.

Selon un jugement de divorce du tribunal de Lyon de 2011, ce patron souvent cité en modèle, interlocuteur de tous les ministres de l’économie, a pourtant « entièrement restructuré son patrimoine, y compris en utilisant judicieusement un endettement qui pourrait être qualifié de colossal, afin d’éluder l’impôt de solidarité sur la fortune d’abord et l’impôt sur le revenu ». Il a par ailleurs été sanctionné par l’Autorité des marchés financiers, le gendarme de la Bourse.

L’affaire remonte à quelques années. En 2007, Bonnell est « viré » avec fracas d’Infogrames, société aujourd’hui en liquidation judiciaire. Le 16 janvier 2008, Infogrames est condamné à verser 40 000 euros à l’Autorité des marchés financiers (AMF). Bonnell n’est plus patron, mais c’est bien sa gestion qui est visée. Selon la décision, toujours accessible en ligne, l’AMF estime qu’entre juin 2003 et juin 2004, Infogrames Entertainment, « représentée par son directeur général d’alors, M. Bruno Bonnell », a « artificiellement fait varier le cours de son titre » en achetant et revendant des paquets d’actions, sans que l’AMF n’en soit informée. Des écoutes ont prouvé que le trésorier d’Infogrames a demandé à l’intermédiaire financier Natexis Bleichroeder de « soutenir de manière artificielle les cours, afin de favoriser la réalisation par Infogrames de cessions d’actions hors marché, effectuées les mêmes journées ». Des agissements contraires à plusieurs règlements, juge l’AMF. Sollicité par Mediapart, Bonnell dénonce un « excès de zèle » du régulateur et assure que les opérations étaient destinées à « défendre le titre », alors attaqué sur les marchés.

« Navya Inc. » a été déposée au Delaware par une société dont Bonnell préside le conseil de surveillance © DR.

Bonnell, qui incarna le patron intraitable dans l’éphémère version française de The Apprentice, le show télé qui fit connaître Donald Trump aux États-Unis, est par ailleurs propriétaire de deux sociétés, BB26 et Navya, basées dans le paradis fiscal du Delaware, petit État de la côte est des États-Unis qui compte plus d’entreprises que d’habitants. Et pour cause : les taxes y sont inexistantes, aucune activité réelle n’est exigée et le nom des propriétaires des sociétés n’est pas demandé. Le Delaware est donc impliqué dans toutes sortes de montages financiers permettant aux sociétés du monde entier d’éluder fiscalement des milliards de capitaux. Bonnell prie pourtant de croire que dans son cas, « tout est transparent ».

Comme le confirme un document financier de l’époque, BB26 LLC (une SARL) a été créée en 2007 par Atari quand il a été débarqué. Un prêt d’un million d’euros lui a même été accordé par son ancienne entreprise pour lancer une activité dans la robotique et les jeux online. Mais Bonnell a dû rentrer précipitamment des États-Unis à cause d’un drame familial et n’a jamais lancé son activité. Il admet ne s’être ensuite « jamais occupé » de fermer la société. L’autre entité que nous avons découverte, Navya Inc., a été créée par la société du même nom, un fabricant de véhicules sans chauffeurs dont il préside le conseil de surveillance. « Il s’agissait de protéger la marque. Le Delaware n’est pas qu’un paradis fiscal, c’est aussi un lieu où l’on peut monter des sociétés rapidement. » Et surtout, dans la plus grande discrétion.

Au Benelux (4e circonscription des Français de l’étranger), le fantôme de l’affaire Pechiney

Dans la quatrième circonscription des Français de l’étranger (Benelux), le premier tour a déjà eu lieu. Pieyre-Alexandre Anglade, le candidat LREM, est largement en tête avec 52,27 % des voix, devant la candidate « insoumise » Sophie Rauszer. Il devient le grand favori. Surprise : sa suppléante, Dorothée Gruman, est l’épouse d’un célèbre courtier en titres condamné dans le cadre de la retentissante « affaire Pechiney-Triangle ». Annoncé en 1988, le rachat par la société publique Pechiney de la société américaine Triangle, cotée à New York, avait permis à plusieurs financiers proches de l’Élysée, du ministère des finances et du Parti socialiste de spéculer.

À l’époque courtier de la Compagnie parisienne de placements (CPP), Patrick Gruman a été reconnu coupable de délit d’initié et condamné en appel à six mois de prison avec sursis et 80 000 francs d’amende (contre 200 000 francs en première instance) en 1994. Patrick Gruman a aussi négocié un accord avec la justice américaine. La SEC, le gendarme des marchés financiers outre-Atlantique, a accepté que la pénalité du courtier soit confondue avec celle – estimée à un peu plus de 240 000 dollars – de l’ami qu’il avait initié.

« Ces faits sont aujourd’hui prescrits et ne figurent plus sur mon casier judiciaire », rétorque M. Gruman, associé d’un cabinet de conseil financier, qui se définit comme « simple militant d’En Marche! » et dit ne pas participer à la campagne de sa conjointe. Même son de cloche du côté du candidat, Pieyre-Alexandre Anglade : « Je ne ferai pas de commentaire sur cette affaire qui s’est produite il y a trente ans. Il ne faut pas réduire ma suppléante à ce qu’a fait son mari. » Le lien de Dorothée Gruman avec son époux n’est pourtant pas que matrimonial. Avant de s’installer à Bruxelles, la candidate a dirigé en France une société spécialisée dans l’organisation de mariages, « Mon plus beau jour », dont son époux fut administrateur. Introduite en Bourse en 2007, l’entreprise, ultra-performante à ses débuts, a été placée en liquidation judiciaire à peine trois ans plus tard.

La République en Marche! ou l’auberge espagnole

Bernard Owen

L’équipe de recherche du journal Le Monde a réalisé une enquête le 7 juin. L’équipe comprenant Maxime FerrerMathilde DamgéPierre Breteau, Laura Motet, Sophie Dupont, Vincent Nouvet, Jérémie BaruchMaxime VaudanoAnne-Aël DurandAdrien Sénécat, Maxime Delrue et Eléa Pommiers

  • Pour résumer le résultat de leur enquête: La moitié des candidats de La République en marche a déjà occupé un mandat électif.

Cette bavure peut s’étendre aux élections présidentielles passées. En effet, étant donné que le candidat Fillon des Républicains était empêché  de concourir, seul le candidat Macron pouvait se présenter contre la candidate Le Pen et encore avait-il obtenu un résultat loin derrière Jacques Chirac qui avait obtenu plus de 80% des suffrages dans des élections où la gauche plurielle avait mis à mal la candidature de Jospin (2002).

Bravo à l’équipe du Monde. Nous attendons la suite.

Soulignons que les élections en France ne peuvent plus servir d’exemple au monde. Les institutions électorales doivent être revues. Notons que nous avons un avantage en utilisant le scrutin majoritaire hormis le scrutin des élections européennes. N’oublions pas que le scrutin proportionnel mène à des grands désastres de notre époque. Hélas, peu d’établissements d’enseignement supérieur s’y intéressent.

Législatives : l’auberge espagnole des candidats de La République en marche

D’après l’enquête du « Monde », 244 candidats de la majorité présidentielle aux législatives ont déjà décroché un mandat électif. Le plus gros contingent vient du PS.

  • La moitié des candidats de La République en marche a déjà occupé un mandat électif
  • 121 candidats seraient en situation de cumul avec un exécutif local incompatible avec un mandat de député
  • 90 PS, 80 MoDem, 30 UDI, 10 LR…

Le fait est suffisamment notable pour le souligner : selon le décompte du Monde, plus de la moitié des 525 candidats investis par La République en marche (LRM) en vue des législatives des 11 et 18 juin n’ont jamais occupé un seul mandat électif.

Un tour de force qui a tendance à occulter les 244 autres candidats qui, eux, ont déjà exercé des fonctions électives.

Enquête sur les candidats de La République en marche

Favori des élections législatives depuis la victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle, La République en marche (LRM) présente pour la première fois des candidats à un scrutin national. Âge, études, métiers, passé politique, profils sur les réseaux sociaux… Le Monde a épluché la liste des 525 candidats soutenus par ce nouveau mouvement pour en analyser la composition.

Voici les principaux volets de notre enquête :

Episode 1 :   Qui sont les candidats de LRM ?

Episode 2 :   Une « société civile » parfois en trompe-l’œil

Making-of :   Comment « Le Monde » a enquêté sur les candidats de La République en marche

Enfin, toutes les données utilisées sont consultables ici.

L’immense majorité de ces habitués de la politique ont plutôt été élus municipaux (215), mais on retrouve aussi un ancien sénateur (le radical de gauche Stéphane Mazars), deux anciens eurodéputés centristes (Marielle de Sarnez et Jean-Louis Bourlanges), 38 (anciens) conseillers départementaux et 45 (anciens) élus régionaux.

Les candidats LRM qui ont déjà eu…

Au moins un mandat Un mandat municipal Un mandat départemental Un mandat régional Un mandat parlementaire Aucun mandat

Seuls 24 candidats LRM ont déjà siégé à l’Assemblée nationale : 19 députés PS, un radical de gauche et quatre écologistes. Elus pour la plupart en 2012, parfois en 2007, aucun n’est susceptible de se heurter à la future loi Bayrou de moralisation de la vie publique, qui devrait interdire le cumul dans le temps de plus de trois mandats identiques consécutifs.

121 CUMULS POTENTIELS

En revanche, selon notre décompte, 121 candidats seraient, en cas d’élection, en contravention avec la loi de 2014 sur le cumul des mandats, qui entrera en vigueur après les législatives. En effet, ils occupent actuellement un ou plusieurs mandats exécutifs locaux (maire, maire adjoint, président ou vice-président de conseil départemental ou régional). Pour pouvoir entrer au Palais-Bourbon, ils devraient donc renoncer à ces mandats dans le mois qui suit leur élection.

Par quels partis sont-ils passés ?

Parmi les candidats dotés d’un bagage politique, le plus gros contingent de militants vient, sans surprise, du Parti socialiste ou du MJS : au moins 90 candidats y ont milité à un moment de leur carrière. Suivent les 79 représentants du MoDem : les trois quarts se présentent officiellement sous l’étiquette du parti centriste de François Bayrou, en vertu de l’accord électoral passé avec En marche ! ; le quart restant a quitté le MoDem et se présente directement sous l’étiquette LRM. C’est notamment le cas de la chroniqueuse des « Grandes Gueules » de RMC Claire O’Petit, une ancienne conseillère municipale à Saint-Denis dont Le Parisien a révélé qu’elle avait demandé en 2015 l’investiture du Front national pour les régionales.

Par quels partis les candidats LRM sont-ils passés ?

PSMoDemUDI et ses composantes(dont UDI)(dont PR)(dont UDF)UMP/LRPRGEELVParti écologiste MRC/MDC

SOURCE : LE MONDE

La palme de la girouette politique revient toutefois à Billel Ouadah qui, avant de rejoindre En marche ! dans la 10e circonscription de Seine-Saint-Denis, avait déjà été candidat pour l’UDI, le Parti radical, le Mouvement des citoyens, le MoDem… et brigué sans succès l’investiture UMP pour les régionales.

On retrouve également dans les listes LRM une trentaine de candidats passés par l’Union des démocrates et indépendants (UDI), un mouvement centriste traditionnellement allié à la droite, qui n’avait pas rallié Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle. L’UDI n’ayant pas conclu de partenariat avec le parti du président Macron, ces personnalités franchissent toutes le pas à titre individuel.

C’est aussi le cas des dix anciens du parti Les Républicains, à l’image d’Aurore Bergé, qui a rejoint Emmanuel Macron en février, après la défaite de son champion Alain Juppé à la primaire de la droite.

De façon plus anecdotique, LRM a également investi des militants du Parti radical de gauche (10), d’Europe écologie-Les Verts (8) et du MRC de Jean-Pierre Chevènement (2). Dans le Doubs, le mouvement d’Emmanuel Macron a même investi un ancien militant de la CGT et du Parti communiste, Denis Sommer, passé entre-temps par le PS. En Vendée, LRM présente Philippe Latombe, qui était encore candidat du mouvement souverainiste Debout la France il y a deux ans, à l’occasion des régionales. En Haute-Garonne, la majorité présidentielle sera représentée par Sébastien Nadot, un proche de Robert Hue (PCF), qui avait tenté de se présenter à la présidentielle sous la bannière du Mouvement des progressistes.

What Just Happened With Qatar?

THE ATLANTIC POLITICS, KRISHNADEV CALAMUR

JUN 5, 2017

 Six Arab countries—Saudi Arabia, Egypt, Bahrain, the United Arab Emirates, Libya, and Yemen—severed their relations with Qatar on Monday over its alleged support of terrorism.

The state-run Saudi Press Agency said the move was being taken to protect “national security from the dangers of terrorism and extremism,” and accused Qatar of supporting ISIS, al-Qaeda, and the Muslim Brotherhood, as well as Shia rebels in Saudi Arabia and Bahrain. The other Arab nations announced similar measures, as did Maldives, the tiny country in the Indian Ocean. Under the move, Saudi Arabia closes its borders with Qatar and ended land, sea, and air contact with its neighbor. The Arab nations also suspended Qatar from the military coalition that’s fighting in Yemen’s civil war against Iranian-backed Houthi rebels.

Qatar, in its response, said there was “no legitimate justification” for the move, accusing the Arab states of violating its sovereignty. Qatar is energy-rich, but heavily reliant on food and other essential supplies that are brought in by trucks across its border with Saudi Arabia. News media reported panic buying of goods in the country following the announcement. Qatar’s stock market fell 7.2 percent.

The move could have far-reaching consequences for U.S. alliances in the Middle East, as well as the U.S.-led effort against ISIS in Iraq and Syria. Qatar is home to the Al Udeid Air Base, the largest U.S. military base in the region where 11,000 U.S. personnel are stationed. The base has been used to stage attacks against ISIS targets. The move also comes just weeks after President Trump visited Riyadh and called for a united front against ISIS and extremism.

Saudi and allied relations with Qatar have been tense for years. In 2014, some of the same countries pulled out their diplomats from Qatar citing similar concerns. That dispute took nearly a year to resolve. Saudi Arabia also withdrew its ambassador to Doha from 2002 to 2008. But Monday’s move goes further: Among other steps, it closes Saudi Arabia’s land border with Qatar, a move that could have severe economic consequences for the country.

Qatar’s alleged support for the Muslim Brotherhood, which is banned in Egypt, elements of al-Qaeda, Hamas, ISIS, and other Islamist extremist groups has been well documented, and it’s this support that has been at the core of its disputes with its fellow Arab states. But the catalyst for Monday’s decision appears to be a Qatari news report last month that quoted Qatari Emir Sheikh Tamim bin Hamad al-Thani as criticizing Saudi Arabia, praising Iran, Saudi Arabia’s main regional rival, and describing Qatar’s relations with Israel as “good.” Qatari officials said the remarks were fake, and that news websites were a victim of a “shameful cybercrime.” But as David Roberts, a professor of defense studies at King’s College, wrote for the BBC: “The key problem was that these comments simply voiced out loud what many have long understood as Qatar’s true policy positions.” He adds:

[P]articularly under the leadership of the former Emir Hamad bin Khalifa al-Thani, Qatar sought to carve out a unique niche for itself and its policies, such as augmenting relations with Israel or Iran, and rejecting the wider consensus of the regional group of the monarchies, the Gulf Co-operation Council (GCC).

Previous regional attempts to persuade Qatar to change its policies haven’t succeeded, but Monday’s announced steps go further than any previous bid. Qatar, which now finds itself both regionally and economically isolated, may have few cards left to play.

KRISHNADEV CALAMUR is a senior editor at The Atlantic, where he oversees news coverage. He is a former editor and reporter at NPR and the author of Murder in Mumbai.

A Ivry, un camaïeu de rouges

 

 

MEDIAPART

4 JUIN 2017 PAR NICOLAS CHEVASSUS-AU-LOUIS

Un candidat du parti communiste, une candidate de La France insoumise, un candidat et député sortant du Mouvement républicain et citoyen s’affrontent dans la 10e circonscription du Val-de-Marne, au risque de provoquer « l’élection d’un député macroniste sur un territoire historiquement ancré à gauche ». En bonus, une histoire en images de la banlieue rouge, commentée par l’historien Emmanuel Bellanger.

On trouve de tout au grand marché de Vitry, chaque samedi matin. Les robes d’été et les foulards, les sandales de Chine et les chaussettes du Bangladesh, le grand bric-à-brac mondialisé, les tomates à 1 euro le kilo et les courgettes à 2, ainsi qu’un autre légume de saison : des tracts. Trois variétés de rouge, des fuchsia, des verts et même quelques bleus. On ne peut se les procurer qu’aux abords du marché, loin de ses travées bondées. Aux angles du quadrilatère des étalages, quatre gauches s’affrontent dans une circonscription, la 10e du Val-de-Marne, qui a voté à 36 % pour Mélenchon aux dernières présidentielles… et à 100 % pour Jean-Luc Laurent, président du Mouvement républicain et citoyen (MRC) au second tour des dernières législatives, en 2012.

Au premier tour, ce dernier avait obtenu 33 % des suffrages, 3 points devant le député sortant et maire (PCF) d’Ivry, Pierre Gosnat. Laurent et Gosnat étaient les seuls à pouvoir se maintenir dans un second tour, qui n’eût pas manqué d’intérêt dans une circonscription où droite et extrême droite rasent les murs. Las, Gosnat, sonné par sa seconde place dans un territoire qui envoyait invariablement un député communiste au Palais Bourbon depuis 1932, se retire, laissant libre cours à son adversaire, soutenu par le PS. Dernier d’une dynastie de trois générations d’élus communistes ivryens, Pierre Gosnat est depuis décédé.

Ci- dessous, histoire en images du communisme à Ivry, avec les commentaires
d’Emmanuel Bellanger, historien, auteur de 
Ivry, banlieue rouge 

Nos emplettes de tracts débutent à l’angle nord-est du marché où Jean-Luc Laurent, en costume cravate, serre des mains. On le reconnaît, on le salue. « J’ai pour moi d’être un député de terrain. » Il égrène des chiffres : 1 223 personnes reçues depuis 5 ans à sa permanence hebdomadaire, 19 ouvertures de classes, 4 quartiers classés en politique de la ville… Et nationalement ? « Mon problème avec François Hollande a commencé dès juillet 2012, quand il a renoncé à rediscuter des traités européens », affirme le député sortant, 60 ans, proche de Jean-Pierre Chevènement, auquel il a succédé à la tête du microscopique MRC, depuis 1976.

Il a voté contre la loi travail et a été des 58 signataires de la motion de censure déposée en mai 2016. « En l’état, je ne voterai pas la confiance à un gouvernement présenté par Édouard Philippe, l’actuel n’étant, comme le disait François Mitterrand, ni de gauche, ni de gauche. » Le 23 mai, la mairie du Kremlin-Bicêtre (ville incluse dans la dixième circonscription, avec Ivry, le nord de Vitry et l’est de Gentilly), dont il a été le premier magistrat de 1995 à 2016, a été perquisitionnée par la police dans le cadre d’une enquête préliminaire pour blanchiment de fraude fiscale et trafic d’influence. La nouvelle ne pouvait plus mal tomber pour le candidat à sa réélection (lire icisa réaction).

À l’angle sud-est du marché, le candidat du PCF, Pascal Savoldelli, 55 ans, est en chemise, entouré d’une demi-douzaine de militants communistes, qui déploient leurs tracts sur des tables de camping, et d’autant de candidats de tous bords. De l’autre côté de la rue, commence la 9e circonscription du Val-de-Marne, d’où l’abondance de candidats et la perplexité des chalands qui ne savent plus bien à laquelle ils appartiennent.

« Un pur produit du charcutage électoral de Pasqua en 1986, dont l’objectif était de priver le PCF d’un député en réunissant dans une seule circonscription le sud de Vitry et la commune moins populaire d’Alfortville », dénonce Savoldelli, voix de basse et accent parigot à l’ancienne. L’homme est une autre sorte de notable. Ancien adjoint à la mairie d’Ivry, vice-président du Conseil départemental du Val-de-Marne, où il est chargé des finances, il est aussi… chargé des élections au sein du PCF. À ce titre, il a mené la délégation communiste dans les négociations avec La France insoumise, qui ont tenté, en vain, d’aboutir à un accord sur les législatives. L’échec s’est notamment joué sur la 10e circonscription du Val-de-Marne.

« La France insoumise tenait absolument à avoir un candidat sur les deux circonscriptions, où la gauche avait fait 100 % des voix au second tour des dernières législatives », dénonce Savoldelli, qui a donné son parrainage d’élu à Jean-Luc Mélenchon et a toujours défendu le soutien du PCF à l’insoumis en chef. Il regrette « l’oukase » de La France insoumise, soulignant qu’il a déposé sa candidature à la préfecture sans mentionner de suppléant, pour laisser jusqu’au bout la porte ouverte à un accord. Qu’est-ce qui différencie sa candidature de celle de La France insoumise ? « Sur la redistribution des richesses, on a une force de frappe toute autre. Regardez qui fait peur au patronat ! C’est le PCF », assène l’élu.

Autre argument : « Nous sommes sur un territoire où nous avons fait nos preuves. » Et de citer la carte Imagine R à moitié prix pour les jeunes ou l’ordinateur offert aux collégiens entrant en sixième, deux mesures du Conseil départemental du Val-de-Marne, le dernier à majorité communiste.

Parti très tôt – « j’ai mis ma candidature à la disposition des gens dès la fin novembre 2016 » –, il ne décolère pas contre la présence d’une candidature de La France insoumise sur la circonscription. « Elle fait prendre le risque de l’élection d’un député macroniste sur un territoire historiquement ancré à gauche », dénonce-t-il.

 

Les législatives ne sont pas une élection présidentielle

Bernard Owen

S’aventurer dans les sondages présente certes de l’intérêt encore faut-il un rien de réflexion.

Le JDD dans son baromètre  est très optimiste concernant le vote pour les candidats du Président Macron et font un rapprochement avec les récentes élections présidentielles.

« …31% seulement estiment que la France doit rester telle qu’elle est et protéger son identité. Avec ce 69-31, on est tout proches – et c’est un signe – du 66-34 du second tour de l’élection présidentielle ; 69-31 (Sondage du JDD: Les Français veulent du changement mais s’en méfient le 29 mai 2017,) »

Ce rapprochement législatives et présidentielles est délicat  car tout candidat opposé à Marine Le Pen aurait gagné. La personnalité du candidat importait peu,seule une minorité aurait accepté Marine Le Pen comme présidente.

Souvenons-nous le résultat du premier tour de la présidentielle de 2002. L’initiative de la gauche plurielle avait éliminé le premier ministre Jospin du deuxième tour laissant comme candidat Jean-Marie Le Pen accordant à Chirac un vote de 82,2% des suffrages au deuxième tour.

Pour terminer en 2017 les mots clés du JDD « Les Français veulent du changement mais se méfient. L’inquiétude est de mise. »

La Fédération de Russie

Bernard Owen

Etant donné les ennuis rencontré lors des actuelles élections Françaises et le voyage à Paris du Président Putin de la République Fédérale Russe il paraît indispensable de tenir compte et de prendre exemple du travail considérable effectué au sein d’un vaste et puissant pays.

Russie: la dernière loi concernant les ONG

BERNARD OWEN  – 23 AVRIL 2016

De nombreuses tentatives ont vu le jour pendant la guerre froide avec ou sans l’Union Soviétique pour assouplir la situation internationale. Il fallait agir avec doigté. Par exemple, ne pas intervenir dans les affaires internes d’un Etat.

En dehors de l’Union Soviétique, le Conseil de l’Europe s’ét                              ait intéressé, le 24 avril 1986, à la question des ONG (naturellement, il ne s’agissait que des Etats membres). Voyons la Convention 124 et citons l’article 2 : « La personnalité légale accordée à une ONG par l’Etat, dans lequel se trouve son siège statutaire, sera reconnue automatiquement par les autres Etats membres aux mêmes conditions ». Pour l’instant, il n’est pas question de la question pécuniaire. Avant cet accord limité aux membres du Conseil de l’Europe, une entente internationale avait vu le jour. Prenons l’exemple de l’accord le plus important, qui a mené aux accords d’Helsinki, signés le 1er août 1975, comprenant 35 Etats. Il fallut deux ans de travail entre Helsinki et Genève pour arriver à un texte de dix chapitres. Chapitre VIII : « égalité des droits et libre détermination des peuples ». Le transfert de la Crimée, sans que soit tiré un seul coup de feu, correspond bien à cet article, alors que cet exemple ne va guère dans le sens de l’article III, qui traite de l’inviolabilité des frontières. L’article VII pose les principes généraux de la grande pensée libérale : les droits de l’être humain : la liberté de pensée, la conscience, la religion ou les croyances.

Ceci étant, l’article VI est d’une clarté et d’une fermeté, qui va dans le sens de l’encadrement par le gouvernement de la Fédération de Russie des ONG, « la non intervention dans les affaires intérieures d’un Etat ».

Dès la disparition de l’Union Soviétique, tout va changer. Dès 1990, l’on assiste à la mise en place de l’O.S.C.E.. Il ne s’agit pas d’un traité, mais d’une simple entente entre nations. Il faut comprendre l’importance qu’a prise l’O.S.C.E. du fait que l’élément moteur est : les Etats-Unis, car il s’agit de la seule organisation européenne civile où ils se trouvent (à part un siège d’observateur au Conseil de l’Europe depuis que la Fédération de Russie en fait partie).

Le 29 juin 1990, à Copenhague, l’O.S.C.E., lors de la réunion qui porte le nom de la ville, introduit, dans l’article 10-1, une notion révolutionnaire dont les conséquences ne sont pas évidentes à l’époque, le « droit de s’associer librement ». Il ouvre la porte à la circulation de l’argent d’un Etat membre à l’autre : « contributions volontaires financières nationales et internationales, ainsi que le permet la loi ». Rapidement, le 30 octobre 1991, l’article 43-1 de la réunion de Moscou déclare que : « les Etats membres reconnaîtront les ONG qui se déclareront comme telles selon les règles nationales existantes » et faciliteront le fait que ces organisations puissent vaquer librement à leurs occupations.

Les sommes qui alimentent les ONG peuvent être indirectement des fonds publics. Par exemple, issus d’Endowment for Democracy votés tous les ans par le Parlement des Etats-Unis, ou bien des fonds venant de riches mécènes, qui peuvent à leur gré se débarrasser d’un chef d’Etat qui leur déplaît.

Notons que les ONG possèdent une idéologie pouvant réussir ou mener à des catastrophes. Il s’agit de la « Bible de Gene Sharp » de 198 articles intitulée : « The politics of non violent action ». Les révolutions de couleur en font partie. Le Professeur Weinstein, qui dirigeait l’étude sur la création de la National Endowment for Democracy, a pu dire plus tard : « Une grande partie de ce que nous faisons aujourd’hui, a été faite secrètement pendant vingt cinq ans par la CIA ».

Revenons à la Russie d’aujourd’hui. Comment se situe cette nouvelle restriction des ONG par les autorités Russes ? Cette loi, promulguée le 23 mai 2015, se fonde sur les révolutions de couleur, dont il a souvent été question. La loi introduit une réglementation large sur les ONG étrangères ou recevant un financement de l’étranger. Le Parquet peut décider la fermeture après aval du Ministère des Affaires Etrangères, comptes bancaires bloqués, interdiction d’accès aux médias, jusqu’à ce qu’elles rendent compte de leurs actes. La première ONG visée a été l’Association GOLOS, qui après treize ans d’activité, est devenue célèbre pour avoir indiqué des exemples de fraudes, lors des élections parlementaires de 2011. GOLOS utilise un système informatique, qui signale par de petites croix sur une carte de la Fédération, les endroits où des personnes sur le terrain leur indiquent les lieux de fraudes, avant ou après les élections. Le système n’est pas limité à la Fédération de Russie, on l’a constaté dans d’autres Etats. Les problèmes se situent dans l’absence de contrôle, car lors de contrôle, dans le cas où une erreur apparaît dans le positionnement d’une croix, les informaticiens déclarent, qu’il n’est pas possible de retirer la croix. Or, sur place, l’on a pu constater des erreurs dans le placement des croix.

De nombreux Etats se sont élevés contre ces nouvelles restrictions, citant les termes utilisés « activités politiques », « agents étrangers ». Effectivement, l’on a cité le peu de précisions dans le texte de la loi, mais il est très difficile d’être précis dans cette catégorie de texte. Les Etats Unis d’Amérique en donnent l’exemple, car ils pratiquent une loi semblable intitulée « Foreign Agent Registration Act », loi de 1938, renforcée en l’an 2001, suite au « Patriot Act ». Cette loi énonce que des agents représentant les intérêts de puissances étrangères en qualité d’étrangers ou ayant la capacité politique ou quasi politique, doivent présenter leur relation exacte avec le gouvernement étranger.

A l’origine, l’application de la loi dépendait du Ministère des Affaires Etrangères, puis, à partir de 1942, du Département de la Justice. Cette loi a subi des modifications en 1966, puis en 1995. Les données de la loi , en piètre état, ont été informatisées en 2007.

Les Etat Unis ont eu maille à partir avec différents Etats, alors, les ONG américaines, se voulant internationales, font très attention de ne pas s’adresser directement aux autorités, pour éviter de perdre l’avantage de ne pas être imposable..Elles informent le Congrès par un moyen détourné en côtoyant un député ou un sénateur qui leur est favorable, et qui diffusera leur message.

Les systèmes électoraux, les idées reçues

et la Fédération de Russie

BERNARD OWEN | LE 04/12/2011

La Russie a choisi la démocratie et la libéralisation économique. Naturellement, l’Etat soviétique a fait peur pendant si longtemps que rares sont ceux qui peuvent regarder avec sérénité ce nouveau monde qui se développe.

Nombreux sont les auteurs qui ont considéré les effets des systèmes électoraux sous leur seul aspect mathématique. Il s’agissait pour eux de rechercher la plus grande exactitude entre le pourcentage des suffrages et le pourcentage des sièges. Etant donné que rares sont les pays qui possèdent des partis dépassant la moitié des suffrages exprimés, cela a pour conséquence qu’une relation exacte suffrages – sièges limiterait dans la majorité des cas la possibilité de former des gouvernements majoritaires homogènes.

Restreindre les études aux seuls effets des transferts mathématiques des suffrages en sièges omet de tenir compte de l’action des structures d’influence électorale qui agissent sur le terrain de la sociologie et modifie la conception de l’enjeu électoral. Ceci est de la plus grande importance car telle structure d’influence qui compose une nation sera plus ou moins favorisée par le système électoral. C’est pour cela qu’un électorat ne doit pas être considéré comme un agrégat d’individus isolés, mais au contraire comme une réunion de groupements auxquels l’individu est plus ou moins intégré et dont l’influence électorale est considérable.

Nos raisonnements à partir de scrutins majoritaires seront très différents de ceux que nous tiendrons pour les scrutins de liste proportionnelle. En premier lieu, le scrutin majoritaire apporte une accentuation en sièges au parti gagnant, ce qui veut dire que le quasi bipartisme au niveau des suffrages est encore plus évident en ce qui concerne les sièges.

A noter que la perte de contrôle des organisations sociologiques par l’Eglise catholique des Pays Bas dans les années 60 après Vatican II a provoqué l’effondrement de son parti qui a  perdu la moitié de ses voix en l’espace de deux élections législatives. Cela veut dire qu’aucun parti européen dans un pays pratiquant le scrutin de liste proportionnel ne peut dépasser régulièrement +25% des voix exprimées à une élection législative s’il ne répond pas à l’une de ces conditions.

L’exemple de la Turquie parait indiquer que la religion musulmane exerce la même influence électorale que l’Eglise Catholique. Mustapha Kemal a voulu une Turquie laïque, mais cela n’a pas été sans peine et la volonté de l’Union Européenne pour que la recomposition du « conseil de surveillance » soit modifiée fait preuve d’une certaine insouciance.

L’influence du syndicalisme ouvrier ou autre structure d’influence électorale n’est pas limitée à un seul mode de scrutin, il subsiste dans les scrutins majoritaires mais est généralement moins apparent, étant donné la présence de deux partis pouvant atteindre +40% des voix. L’apport syndical est donc important mais non déterminant comme en cas de scrutin de liste proportionnel. L’influence syndicale a été peu étudiée mais se traduit par un phénomène propre à tous les pays, à savoir que 50 à 70% de l’ensemble des syndiqués vote dans le sens souhaité par leur confédération.

L’utilisation de différents systèmes électoraux à travers le monde permet de dégager l’importance des lois électorales et du mode de scrutin, en particulier dans la catégorie de partis qui seront présents aux parlements. Il faut bien noter que l’exactitude du rapport % voix – % sièges fait l’objet d’une attention exagérée dans la science politique internationale car cette approche fait négliger d’autres aspects plus importants.

Nous avons, jusqu’à présent, considéré les systèmes électoraux dans le cadre d’un régime parlementaire. Un régime présidentiel modifie la donne, car un seul homme est élu par le peuple directement ou indirectement ou par le parlement. Quels seront alors ses rapports avec le parlement et surtout quel effet sur les élections des députés?

L’on a craint que le pouvoir qui se situerait dans un seul homme soit exorbitant. Une façon d’agir était de réduire son pouvoir à un seul mandat. Louis Napoléon est élu président de la République en 1848 pour un seul mandat. Pour lui c’était trop court. En 1852 un coup d’Etat lui donne le titre d’empereur Napoléon III. Cette limite à un mandat est courante en Amérique du Sud mais le point qu’il faut considérer est l’élection présidentielle par rapport à l’élection du parlement.

Les Etats –Unis, qui pratiquent le scrutin majoritaire pour le parlement et autres postes, accordent un telle puissance aux deux partis du bipartisme qu’aucun candidat qui n’est pas présenté par ces deux partis ne peut être élu. Beaucoup ont essayé, aucun n’a réussi.

En revanche, en Amérique du Sud, où la proportionnelle plus au moins manipulée, a longtemps élu les parlements, et fait apparaître une situation toute différente. Ici nous trouvons ce que certains ont appelé présidentialisme à l’opposé du régime présidentiel des Etats-Unis. La grande différence provenait que dans l’Amérique du Sud la situation était inverse, c’était le Président élu qui tirait son parti derrière lui. En cas de fin de mandat et lors de l’élection où il ne se représentait pas son parti perdait une grande partie de ses suffrages ou s’effondrait.

Qu’en est il de nos amis russes ? Après 70 ans de communisme, ils sont méfiants et n’ont pas toujours été bien conseillés.

Leur loi N° 175-FZ de décembre 2002 présente pour la dernière fois l’élection à la Douma où 225 députés sont élus au scrutin majoritaire uninominal à un tour et 225 autres députés élus à la proportionnelle sur une liste fédérale au niveau des districts. Cela était bien préférable au système allemand car la loi russe n’avait aucun système de compensation. Il fallait continuer dans cette voie mais la loi 51-Fz de mai 2005 introduit l’élection des 450 députés au scrutin proportionnel dans le cadre unitaire de la fédération ce qui est très gênant pour l’opposition tout en accordant un grand avantage au parti du président. L’on tombait alors dans le présidentialisme d’Amérique Latine.

La modification de l’élection des députés à la Douma ne s’est pas faite sans consultation. Malheureusement, nous ne sommes au courant que d’une table ronde en deux parties qui eu lieu au Centre Cultural Russe où ma position allait clairement dans le sens qu’il ne faillait nullement changer le système électoral tout en étant d’accord avec la nouvelle façon d’élire les sujets de la Fédération. Trois juristes français furent invités du 4 au 7 avril 2005 à Moscou pour débattre de la question avec les membres de la Commission, des parlementaires et des journalistes. Nous avons compris lors du diner qui précédait les réunions que la décision était prise. Les trois juristes français avaient une position commune anti-proportionnelle mais la consultation venait trop tard.

Revenons aux idées reçues : la représentation proportionnelle favorise la naissance de partis. Certes les listes du scrutin proportionnel émanent des partis qui les confectionnent. Dans bien des cas, les candidats élus sur les listes le sont dans l’ordre établi par leur parti. Dans une circonscription qui doit nommer 20 députés les un, deux, trois ou quatre premiers des listes ont une chance d’être élus. Le choix dépend donc des électeurs mais surtout de la façon dont les partis auront classé les candidats. Pour mettre à mal cette idée reçue, il suffit de regarder autour de soi et l’on peut alors faire l’énoncé suivant : Le système de liste proportionnel mène à plusieurs partis sensibles aux aléas de la politique nationale, et internationale alors que le scrutin majoritaire (selon ses caractéristiques) mène à un quasi bipartisme ou à une bipolarisation dans lesquels les partis trouvent une certaine sérénité qui apporte aux citoyens une image bien définie du parti au gouvernement et celui dans l’opposition.

Dans tous les nouveaux Etats des partis de petites tailles représentant parfois une poigné de personnes alors que d’autres se retrouvent sur l’ensemble du territoire. Les lois électorales doivent trouver des moyens pour distinguer les uns des autres, par exemple, en demandant un certain nombre de signatures. En doublant le marché de signatures entre 1993 et 1995 le résultat escompté n’a pas été obtenu car de 11 partis l’on est passé à 43 au niveau fédéral.

Dans la partie proportionnelle de l’élection les partis ne sont nullement encouragés de s’associer et une autre façon de procéder est de prévoir un seuil qu’il faut dépasser pour participer à la distribution des sièges au niveau fédéral. 5% a été fixé pour les élections de 1993 et 1995 puis 7% pour celle de 2000 ce qui a été critiqué par les internationaux. L’on a critiqué cela bien à tort car dans un vaste territoire comme celui de la Russie avec 92.000 bureaux de vote un tel seuil n’a rien d’anormal. Le problème ne se pose pas au niveau des sièges au scrutin majoritaire à un tour car étant donné que seuls la moitié des députés étaient élus de cette façon la taille des circonscriptions étaient grande ce qui empêche aux tout petits partis de s’y aventurer.

L’élection de 1995 est particulièrement intéressante car l’on constate, par exemple, que le nouveau parti « Our Home Russia » qui représentait la tendance gouvernementale s’était concentré sur la liste fédérale tout en négligeant les circonscriptions uninominales majoritaires. (Pour les élections de 1993 « Démocratic choice » était le parti présidentiel. En 1995 il ne représentait plus grand-chose, 3.6% au niveau fédéral, mais ne pouvait que porter préjudice au nouveau venu)

Prenons Moscou : La liste proportionnelle fédérale se divise en districts pour l’attribution finale des sièges.  « Our Home Russia » est arrivée en premier dans presque tous les districts (de la liste fédérale proportionnelle) à Moscou mais le parti n’avait que très peu de candidats pour contester les circonscriptions uninominales majoritaires. Our Home Russia est arrivé premier dans 21 districts mais n’avait pas de candidats. Il est aussi arrivé premier dans deux districts que représentaient une circonscription majoritaire ou il présentent un candidat qui remporta le siège. Dans trois autres districts de la liste fédérale, il occupe la première place ce qui correspond à une seule circonscription majoritaire. Il présente un candidat mais perd le siège. L’un des districts comprend 5 circonscriptions majoritaires. Le parti n’obtient pas la première place au niveau fédéral mais remporte les circonscriptions.

L’on a souvent entendu que le directeur de telle administration ou de telle coopérative serait largement gagnant au niveau des circonscriptions uninominales majoritaires car ils étaient bien connus et personne ne pourrait leur résister. En fait il n’en était rien certains furent élus mais de peu. Les gagnants eurent dans les 30% des suffrages ce qui montre qu’il existait une compétition politique locale bien vivante et active.

Un assez grand nombre de candidats indépendants ont été élus. Cela indique une certaine réticence de certains à s’engager dans de toutes nouvelles formations dont on comprenait mal les positions. De toute façon tant que la Fédération a utilisée ce mode de scrutin, le nombre de candidats indépendants a été en baisse. Une étude aurait pu nous renseigner sur la nature des positionnements des candidats indépendants élus dans les circonscriptions majoritaires.  Premièrement, quels étaient les candidats des partis qu’il a battu ?  Deuxièmement : A-t-il voté contre le gouvernement à la Douma ou au contraire a-t-il rejoint l’opposition ?

Naturellement l’on retrouve en Fédération de Russie des stratégies très différentes selon l’un ou l’autre, des deux systèmes électoraux utilisés. L’indépendance d’un parti par rapport aux autres dans l’élection proportionnelle d’autant que les partis sont généralement optimistes quant ç leur possibilité de franchir le seuil de 5% ou même 7%.  Tendance à rechercher des désistements réciproques entre partis semblables selon leur force respective dans telle ou telle circonscription majoritaire.

L’alternance étant difficile sinon pouvant entraîner l’inquietude, nos amis russes ont inventé une semi alternance Poutin – Medvediev – Poutin sans aller à l’encontre d’aucune réglementation.. Ils ont vite fait des émules, car les géorgiens ont modifié leur constitution pour effectuer un transfert de compétences du président au premier ministre. La raison étant que le Président Saakashvili, ne pouvant se représenter  au poste de président, se retrouvait en tant que premier ministre où il conserverait les mêmes fonctions qu’avant.

Mais ce n’était pas la première fois qu’ils faisaient preuve d’ingéniosité. Déjà Gorbachev qui voulait transformer le communisme en profondeur a modifié l’état d’esprit des populations. Sa tâche était probablement impossible mais il s’est trouvé Yeltsine, forte personnalité qui s’était déjà fait remarquer par l’excellente gestion de sa région. Il était l’homme tout trouvé pour prendre la relève lors de l’effondrement du communisme. D’autres hommes ont à leur tour pris la relève, le général Lièbed, mort prématurément, Medviedev, Putin …

La Fédération de Russie doit retrouver sa place dans le monde. Je suis convaincu que la Russie peut et doit représenter le contre pouvoir à l’amateurisme occidental qui fragilise le monde.  Il lui faut adopter un scrutin majoritaire dont les 2 ou 3 partis intègrent l’ensemble des tendances de droite ou de gauche que l’on trouve dans tous les pays du monde. Les Etats-Unis d’Amérique peuvent être critiqués dans des domaines de leur politique étrangère (la guerre d’Irak) mais leur système de partis est d’une solidité à toute épreuve et aucun des grands pays du monde ne doit pratiquer le scrutin de liste proportionnel qui décompose le monde politique et rend la nation vulnérable aux événements intérieurs ou extérieurs.

Les élections Russes : au-delà des apparences.

Bernard Owen, avril 2012

En Russie, comme dans nos sociétés, dans nos Etats, un événement, qui se produit et surprend, peut avoir plusieurs raisons. Il ne s’agit pas seulement d’énumérer les causes, mais de réfléchir un instant, afin de considérer, parmi tout ce qui a pu intervenir, et trouver ce qui a pu jouer un rôle déterminant dans cet événement.

L’écoute et la vision des différents entretiens, auxquels on a pu assister sur les télévisions de pays divers concernant les élections récentes de la Fédération de Russie, ont évolué des élections législatives aux présidentielles. L’on a posé un nombre considérable de questions, et les réponses ont été des plus variées, au point où l’on ne pouvait se forger une opinion, tant ces affirmations restaient floues et entremêlées.

Commençons par remonter aux élections législatives. Les manifestations prônant la fraude électorale avaient l’apparence des révolutions de couleurs – cocardes blanches, écharpes blanches, ballons blancs. Affirmer haut et fort qu’il y a eu fraude, alors que l’on défile, n’est pas difficile. Cela est très différent que d’aller devant la justice, où la preuve est obligatoire.

La loi russe ne permet pas l’observation par des organisations nationales, mais elle l’a toléré. La télévision a montré à l’époque un jeune observateur russe dans un bureau de vote, parlant de ce qu’il considérait comme une fraude. Or, l’observation électorale possède ses règles, comme tout ce qui se fait dans un lieu public et politique. Parmi ces règles : un observateur ne peut pas donner à la presse son avis. Il peut inscrire une remarque sur le procès verbal, en rendre compte à son organisation, qui, elle, seulement après avoir étudié l’ensemble des questionnaires, peut, dans le cadre d’une déclaration préliminaire, ou une conférence de presse, faire la synthèse de l’ensemble de l’observation.

Il faut dire, qu’après ces manifestations, dans lesquelles le mot « FRAUDE » était le leitmotiv, les autorités ont apporté un certain nombre de modifications, pour l’élection présidentielle :

  • introduction de caméras dans les bureaux de vote – deux caméras dans chaque bureau de vote, l’une donnant une vue d’ensemble, l’autre, directement sur l’urne. A noter que 30 % des urnes sont transparentes. Les prises de vue sont conservées un an.
    ·        L’élection des Présidents de régions élus, auparavant, par un vote indirect, se fera dorénavant au suffrage universel direct.
  • La Commission Electorale Centrale (C.E.C) étant sûre d’elle-même a invité l’OSCE -ODHIR à organiser une observation électorale à grande échelle.

    Les réactions des internationaux et nationaux concernant cette élection présidentielle, sont différentes de celles de l’élection précédente. Il y a eu, quand même quelques milliers de personnes, dont le slogan était : « la Russie sans Poutine », mais ils n’avaient plus le même allant que celui qui a suivi les élections législatives (Ellen Barry et Michael Schwitz). La police a arrêté 250 personnes, qui ont été libérées mardi matin. Les arrestations ont eu lieu deux heures après que la police ait donné l’ordre de se retirer (la Bible Sharpienne ordonne de refuser l’ordre de se disperser). Chose surprenante, le nouvel ambassadeur des Etats Unis : Michael A. McFaul a déclaré au moyen de twitter que c’était « troubling to watch arrests  of peaceful démonstrations at Pushkin Square ».
    Le rapport préliminaire de l’OSCE – ODHIR ne peut pas être plus positif dans un grand pays comptant plus de 95 000 bureaux de vote et 9 tranches horaires. 95 % de leurs observateurs considèrent que les évènements dans les bureaux de vote visités étaient positifs, voire même très positifs. Seuls 70 % des observateurs ont considéré que le décompte des suffrages était positif. Ceci n’a rien d’exceptionnel. Surtout qu’il s’agissait de questions techniques – diverses procédures n’étaient pas appliquées.

Autre point d’importance : 95 % des bureaux de vote visités comprenaient des représentants des candidats : 80 % pour le candidat Poutine, 72 % pour le candidat Zyuganov. Donc, après les résultats de l’élection présidentielle de la Fédération de Russie, les critiques sur la situation politique russe devaient se placer autrement. Il fallait trouver autre chose : la prédominance du Parti United Russia, face  aux partis morcelés de l’opposition. L’on a parlé de tout sauf de l’essentiel : la Fédération de Russie a adopté un système proportionnel pour l’élection des députés à la Duma. Lors de cette introduction du système proportionnel, ses partisans avaient dit : « cela va nous permettre d’avoir un système de partis forts ».

Il est certain que les premiers ministres, tels que Primakov, ne comprenaient pas la façon dont il fallait utiliser le système mixte que la Russie utilisait au départ – négliger de présenter des candidats dans toutes les circonscriptions uninominales était loin de ce qu’il fallait faire.

En politique, il existe des pays avec des partis forts, et d’autres avec des partis nombreux mais faibles ou fluctuants. Or, les partis faibles sont vulnérables car exposés à ce qu’on appelle les structures d’influence. Dans ce dernier cas, se situent les partis issus de la proportionnelle. En Europe, en régime parlementaire, les pays ont un ensemble de partis sensibles soit au syndicalisme ouvrier, soit à l’Eglise catholique, ou au clivage ethnique ou linguistique. Un homme charismatique  peut bouleverser la donne.

Dans le cas de régime présidentiel, la situation est quelque peu différente. La proportionnelle, pour les législatives, nous fait traverser les mers pour rejoindre les pays d’Amérique du Sud. Les candidats traînent leur parti derrière eux, au point où l’on assiste à des partis accordéons, le parti peut passer de 40 % à 15 % des suffrages, ce qui est loin d’atteindre les critères de la bonne gouvernance.

La faiblesse et le morcellement des partis russes ne peut que favoriser le candidat sortant. De toute façon, quelque soit le système de partis, le candidat sortant peut se prévaloir de ses succès. Il inaugure une usine, pose la première pierre d’une école, tout cela entrant dans le cadre de ses fonctions. Cet avantage promotionnel du candidat sortant est le seul reproche de l’OSCE – ODHIR.
Le système électoral est un élément déterminant pour régler la vie politique d’une nation, mais en écoutant les commentaires sur la faiblesse de l’opposition russe, personne ne mentionne le scrutin proportionnel. Nous devons bien savoir et répéter que le scrutin majoritaire intègre, alors que la proportionnelle entraîne la ségrégation. Cela veut dire que le citoyen votera différemment selon le système électoral utilisé. Cela ne peut se comprendre qu’en envisageant la question de façon comparative, ou en développant des schémas au tableau. Un intéressant sondage, datant de 1972, porte à réfléchir. Il s’agit du Danemark : les interrogés ne savaient pas si le parti pour lequel ils avaient voté était au gouvernement ou dans l’opposition. Autre remarque : 80 % des interrogés pensaient qu’en cas de crise il serait préférable de faire appel à un homme fort, plutôt qu’au gouvernement.

Les systèmes électoraux, les idées reçues et la Fédération de Russie

BERNARD OWEN | LE 04/12/2011

La Russie a choisi la démocratie et la libéralisation économique. Naturellement, l’Etat soviétique a fait peur pendant si longtemps que rares sont ceux qui peuvent regarder avec sérénité ce nouveau monde qui se développe.

Nombreux sont les auteurs qui ont considéré les effets des systèmes électoraux sous leur seul aspect mathématique. Il s’agissait pour eux de rechercher la plus grande exactitude entre le pourcentage des suffrages et le pourcentage des sièges. Etant donné que rares sont les pays qui possèdent des partis dépassant la moitié des suffrages exprimés, cela a pour conséquence qu’une relation exacte suffrages – sièges limiterait dans la majorité des cas la possibilité de former des gouvernements majoritaires homogènes.

Restreindre les études aux seuls effets des transferts mathématiques des suffrages en sièges omet de tenir compte de l’action des structures d’influence électorale qui agissent sur le terrain de la sociologie et modifie la conception de l’enjeu électoral. Ceci est de la plus grande importance car telle structure d’influence qui compose une nation sera plus ou moins favorisée par le système électoral. C’est pour cela qu’un électorat ne doit pas être considéré comme un agrégat d’individus isolés, mais au contraire comme une réunion de groupements auxquels l’individu est plus ou moins intégré et dont l’influence électorale est considérable.

Nos raisonnements à partir de scrutins majoritaires seront très différents de ceux que nous tiendrons pour les scrutins de liste proportionnelle. En premier lieu, le scrutin majoritaire apporte une accentuation en sièges au parti gagnant, ce qui veut dire que le quasi bipartisme au niveau des suffrages est encore plus évident en ce qui concerne les sièges.

A noter que la perte de contrôle des organisations sociologiques par l’Eglise catholique des Pays Bas dans les années 60 après Vatican II a provoqué l’effondrement de son parti qui a  perdu la moitié de ses voix en l’espace de deux élections législatives. Cela veut dire qu’aucun parti européen dans un pays pratiquant le scrutin de liste proportionnel ne peut dépasser régulièrement +25% des voix exprimées à une élection législative s’il ne répond pas à l’une de ces conditions.

L’exemple de la Turquie parait indiquer que la religion musulmane exerce la même influence électorale que l’Eglise Catholique. Mustapha Kemal a voulu une Turquie laïque, mais cela n’a pas été sans peine et la volonté de l’Union Européenne pour que la recomposition du « conseil de surveillance » soit modifiée fait preuve d’une certaine insouciance.

L’influence du syndicalisme ouvrier ou autre structure d’influence électorale n’est pas limitée à un seul mode de scrutin, il subsiste dans les scrutins majoritaires mais est généralement moins apparent, étant donné la présence de deux partis pouvant atteindre +40% des voix. L’apport syndical est donc important mais non déterminant comme en cas de scrutin de liste proportionnel. L’influence syndicale a été peu étudiée mais se traduit par un phénomène propre à tous les pays, à savoir que 50 à 70% de l’ensemble des syndiqués vote dans le sens souhaité par leur confédération.

L’utilisation de différents systèmes électoraux à travers le monde permet de dégager l’importance des lois électorales et du mode de scrutin, en particulier dans la catégorie de partis qui seront présents aux parlements. Il faut bien noter que l’exactitude du rapport % voix – % sièges fait l’objet d’une attention exagérée dans la science politique internationale car cette approche fait négliger d’autres aspects plus importants.

Nous avons, jusqu’à présent, considéré les systèmes électoraux dans le cadre d’un régime parlementaire. Un régime présidentiel modifie la donne, car un seul homme est élu par le peuple directement ou indirectement ou par le parlement. Quels seront alors ses rapports avec le parlement et surtout quel effet sur les élections des députés?

L’on a craint que le pouvoir qui se situerait dans un seul homme soit exhorbitant. Une façon d’agir était de réduire son pouvoir à un seul mandat. Louis Napoléon est élu président de la République en 1848 pour un seul mandat. Pour lui c’était trop court. En 1852 un coup d’Etat lui donne le titre d’empereur Napoléon III. Cette limite à un mandat est courante en Amérique du Sud mais le point qu’il faut considérer est l’élection présidentielle par rapport à l’élection du parlement.

Les Etats –Unis, qui pratiquent le scrutin majoritaire pour le parlement et autres postes, accordent un telle puissance aux deux partis du bipartisme qu’aucun candidat qui n’est pas présenté par ces deux partis ne peut être élu. Beaucoup ont essayé, aucun n’a réussi.

En revanche, en Amérique du Sud, où la proportionnelle plus au moins manipulée, a longtemps élu les parlements, et fait apparaître une situation toute différente. Ici nous trouvons ce que certains ont appelé présidentialisme à l’opposé du régime présidentiel des Etats-Unis. La grande différence provenait que dans l’Amérique du Sud la situation était inverse, c’était le Président élu qui tirait son parti derrière lui. En cas de fin de mandat et lors de l’élection où il ne se représentait pas son parti perdait une grande partie de ses suffrages ou s’effondrait.

Qu’en est il de nos amis russes ? Après 70 ans de communisme, ils sont méfiants et n’ont pas toujours été bien conseillés.

Leur loi N° 175-FZ de décembre 2002 présente pour la dernière fois l’élection à la Douma où 225 députés sont élus au scrutin majoritaire uninominal à un tour et 225 autres députés élus à la proportionnelle sur une liste fédérale au niveau des districts. Cela était bien préférable au système allemand car la loi russe n’avait aucun système de compensation. Il fallait continuer dans cette voie mais la loi 51-Fz de mai 2005 introduit l’élection des 450 députés au scrutin proportionnel dans le cadre unitaire de la fédération ce qui est très gênant pour l’opposition tout en accordant un grand avantage au parti du président. L’on tombait alors dans le présidentialisme d’Amérique Latine.

La modification de l’élection des députés à la Douma ne s’est pas faite sans consultation. Malheureusement, nous ne sommes au courant que d’une table ronde en deux parties qui eu lieu au Centre Cultural Russe où ma position allait clairement dans le sens qu’il ne faillait nullement changer le système électoral tout en étant d’accord avec la nouvelle façon d’élire les sujets de la Fédération. Trois juristes français furent invités du 4 au 7 avril 2005 à Moscou pour débattre de la question avec les membres de la Commission, des parlementaires et des journalistes. Nous avons compris lors du diner qui précédait les réunions que la décision était prise. Les trois juristes français avaient une position commune anti-proportionnelle mais la consultation venait trop tard.

Revenons aux idées reçues : la représentation proportionnelle favorise la naissance de partis. Certes les listes du scrutin proportionnel émanent des partis qui les confectionnent. Dans bien des cas, les candidats élus sur les listes le sont dans l’ordre établi par leur parti. Dans une circonscription qui doit nommer 20 députés les un, deux, trois ou quatre premiers des listes ont une chance d’être élus. Le choix dépend donc des électeurs mais surtout de la façon dont les partis auront classé les candidats. Pour mettre à mal cette idée reçue, il suffit de regarder autour de soi et l’on peut alors faire l’énoncé suivant : Le système de liste proportionnel mène à plusieurs partis sensibles aux aléas de la politique nationale, et internationale alors que le scrutin majoritaire (selon ses caractéristiques) mène à un quasi bipartisme ou à une bipolarisation dans lesquels les partis trouvent une certaine sérénité qui apporte aux citoyens une image bien définie du parti au gouvernement et celui dans l’opposition.

Dans tous les nouveaux Etats des partis de petites tailles représentant parfois une poignée de personnes alors que d’autres se retrouvent sur l’ensemble du territoire. Les lois électorales doivent trouver des moyens pour distinguer les uns des autres, par exemple, en demandant un certain nombre de signatures. En doublant le marché de signatures entre 1993 et 1995 le résultat escompté n’a pas été obtenu car de 11 partis l’on est passé à 43 au niveau fédéral.

Dans la partie proportionnelle de l’élection les partis ne sont nullement encouragés de s’associer et une autre façon de procéder est de prévoir un seuil qu’il faut dépasser pour participer à la distribution des sièges au niveau fédéral. 5% a été fixé pour les élections de 1993 et 1995 puis 7% pour celle de 2000 ce qui a été critiqué par les internationaux. L’on a critiqué cela bien à tort car dans un vaste territoire comme celui de la Russie avec 92.000 bureaux de vote un tel seuil n’a rien d’anormal. Le problème ne se pose pas au niveau des sièges au scrutin majoritaire à un tour car étant donné que seuls la moitié des députés étaient élus de cette façon la taille des circonscriptions étaient grande ce qui empêche aux tout petits partis de s’y aventurer.

L’élection de 1995 est particulièrement intéressante car l’on constate, par exemple, que le nouveau parti « Our Home Russia » qui représentait la tendance gouvernementale s’était concentré sur la liste fédérale tout en négligeant les circonscriptions uninominales majoritaires. (Pour les élections de 1993 « Démocratic choice » était le parti présidentiel. En 1995 il ne représentait plus grand-chose, 3.6% au niveau fédéral, mais ne pouvait que porter préjudice au nouveau venu)

Prenons Moscou : La liste proportionnelle fédérale se divise en districts pour l’attribution finale des sièges.  « Our Home Russia » est arrivée en premier dans presque tous les districts (de la liste fédérale proportionnelle) à Moscou mais le parti n’avait que très peu de candidats pour contester les circonscriptions uninominales majoritaires. Our Home Russia est arrivé premier dans 21 districts mais n’avait pas de candidats. Il est aussi arrivé premier dans deux districts que représentaient une circonscription majoritaire ou il présentent un candidat qui remporta le siège. Dans trois autres districts de la liste fédérale, il occupe la première place ce qui correspond à une seule circonscription majoritaire. Il présente un candidat mais perd le siège. L’un des districts comprend 5 circonscriptions majoritaires. Le parti n’obtient pas la première place au niveau fédéral mais remporte les circonscriptions.

L’on a souvent entendu que le directeur de telle administration ou de telle coopérative serait largement gagnant au niveau des circonscriptions uninominales majoritaires car ils étaient bien connus et personne ne pourrait leur résister. En fait il n’en était rien certains furent élus mais de peu. Les gagnants eurent dans les 30% des suffrages ce qui montre qu’il existait une compétition politique locale bien vivante et active.

Un assez grand nombre de candidats indépendants ont été élus. Cela indique une certaine réticence de certains à s’engager dans de toutes nouvelles formations dont on comprenait mal les positions. De toute façon tant que la Fédération a utilisée ce mode de scrutin, le nombre de candidats indépendants a été en baisse. Une étude aurait pu nous renseigner sur la nature des positionnements des candidats indépendants élus dans les circonscriptions majoritaires.  Premièrement, quels étaient les candidats des partis qu’il a battu ?  Deuxièmement : A-t-il voté contre le gouvernement à la Douma ou au contraire a-t-il rejoint l’opposition ?

Naturellement l’on retrouve en Fédération de Russie des stratégies très différentes selon l’un ou l’autre, des deux systèmes électoraux utilisés. L’indépendance d’un parti par rapport aux autres dans l’élection proportionnelle d’autant que les partis sont généralement optimistes quant ç leur possibilité de franchir le seuil de 5% ou même 7%.  Tendance à rechercher des désistements réciproques entre partis semblables selon leur force respective dans telle ou telle circonscription majoritaire.

L’alternance étant difficile sinon pouvant entraîner l’inquietude, nos amis russes ont inventé une semi alternance Poutin – Medvediev – Poutin sans aller à l’encontre d’aucune réglementation.. Ils ont vite fait des émules, car les géorgiens ont modifié leur constitution pour effectuer un transfert de compétences du président au premier ministre. La raison étant que le Président Saakashvili, ne pouvant se représenter  au poste de président, se retrouvait en tant que premier ministre où il conserverait les mêmes fonctions qu’avant.

Mais ce n’était pas la première fois qu’ils faisaient preuve d’ingéniosité. Déjà Gorbachev qui voulait transformer le communisme en profondeur a modifié l’état d’esprit des populations. Sa tâche était probablement impossible mais il s’est trouvé Yeltsine, forte personnalité qui s’était déjà fait remarquer par l’excellente gestion de sa région. Il était l’homme tout trouvé pour prendre la relève lors de l’effondrement du communisme. D’autres hommes ont à leur tour pris la relève, le général Lièbed, mort prématurément, Medviedev, Putin …

La Fédération de Russie doit retrouver sa place dans le monde. Je suis convaincu que la Russie peut et doit représenter le contre pouvoir à l’amateurisme occidental qui fragilise le monde.  Il lui faut adopter un scrutin majoritaire dont les 2 ou 3 partis intègrent l’ensemble des tendances de droite ou de gauche que l’on trouve dans tous les pays du monde. Les Etats-Unis d’Amérique peuvent être critiqués dans des domaines de leur politique étrangère (la guerre d’Irak) mais leur système de partis est d’une solidité à toute épreuve et aucun des grands pays du monde ne doit pratiquer le scrutin de liste proportionnel qui décompose le monde politique et rend la nation vulnérable aux événements intérieurs ou extérieurs.

Macronleaks et Atlantico

Voici quelques extraits de l’information fourni par MEDIAPART à partir des Macronleaks. C’est un portrait sur la personnalité de Macron.

Bernard Owen, Maria Rodriguez-McKey

Progressivement, c’est une véritable entreprise industrielle de récupération de dons qui va être lancée, taillée sur mesure pour convaincre les grands noms de la finance et du patronat. Le 1er juin, un événement organisé chez un jeune patron, dans le XVIe arrondissement de Paris, prévoit « le passage d’Emmanuel ». La présentation est soignée au millimètre près pour les 35 membres de « cercles influents (hors PDG CAC 40) ». « Potentiel maximum de dons » : 225 000 €. « Probabilité de dons » : 60 %. Résultat, « un montant prévisionnel » de 135 000 euros.

Les rencontres (dîners, déjeuners, cocktails) s’enchaînent. Les enjeux sont clairement annoncés comme le montrent les communications de Deseglise, le banquier de chez HSBC : si Macron vient pour présenter « les grands thèmes de son programme présidentiel », il précise : « Le second objectif, soyons très clairs, est une levée de fonds ». « Un enjeu majeur pour les prochains mois » selon ses propres mots. Selon Libération, 1,7 % de gros donateurs auraient fourni à eux seuls, à l’échéance de mars 2017, près de 45 % de la collecte globale.

Cette levée de fonds va se faire à l’international. Du 4 au 6 décembre, Macron est à New York et il enchaîne les rencontres. Il s’affiche au côté de l’économiste en vogue Joseph Stiglitz. Dans une scène filmée par le documentariste Yann L’Hénoret et diffusée au lendemain de la victoire de Macron, l’ex-ministre de l’Economie prend la parole devant parterre d’invités, dont les visages sont floutés : « Je ne vais pas vous faire un très long speech. Sur l’argent, une campagne présidentielle, c’est plafonné. Vous n’avez pas le droit d’être aidé par des entreprises, vous pouvez être aidés par des particuliers. […] J’ai encore besoin de lever en « equity » (fonds propres) 5-6 millions d’euros ». Le message est clair.

Opacité et soupçons de conflits d’intérêts

C’est donc bien les milieux financiers internationaux qui ont lancé la carrière présidentielle d’Emmanuel Macron. Pourtant, à en croire l’intéressé et les médias, il n’y aurait rien à cacher. Mais le contenu des documents révélés par Libération suggère une vision très différente. Macron en campagne a tout fait pour rendre le plus opaque possible ses différents financements. Ainsi, dans les échanges mails, il est impossible de connaître le nom des donateurs. Car les consignes de contenu sont claires : aucun nom ne doit passer par mail, mais seulement à l’aide de la messagerie cryptée Telegram. Libération révèle également que l’équipe de Macron a délibérément annoncé publiquement un montant de dons reçus systématiquement inférieur à la réalité durant sa campagne. Rien à cacher, vous êtes surs ?

De plus, l’émission de chèques de la part de secteurs financiers alors que le futur candidat est encore ministre de l’Economie inquiète dans son équipe. On pourrait l’accuser de conflits d’intérêts, d’autant plus quand on sait que celui-ci aurait utilisé, selon deux journalistes, une partie de sa réserve budgétaire de ministre pour organiser des rendez-vous. Qu’à cela ne tienne, ceux-ci décident d’attendre sa sortie du gouvernement pour encaisser les chèques. Mais on ne voit pas bien la différence que cela fait.

Surtout, le conflit d’intérêts est bien réel quand on sait que ce futur président de la République prévoit une guerre antisociale au profit de ceux qui ont financé sa campagne. Les sources de financement de Macron en disent long sur le « renouveau politique » que celui-ci appelle de ses vœux : celui d’un ex-banquier, financé par les banquiers à l’échelle mondiale et qui s’apprête à faire une politique au service de la finance et du grand patronat.

Le Club est l’espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n’engagent pas la rédaction.

Voici quelques extraits d’Atlantico  (http://www.atlantico.fr) sur un des ministres du gouvernement Macron:

Le Modem aurait-il employé ses assistants parlementaires européens au siège parisien du parti ? C’est ce qu’affirmait Corinne Lepage dans un livre paru en 2015. Maintenant que l’écologiste se retrouve dans la même équipe que les membres du parti de François Bayrou, force est de constater que ces accusations passées sont beaucoup plus gênantes pour Emmanuel Macron et ses nouveaux soutiens…

La redécouverte de quelques lignes oubliées a provoqué une avalanche de réactions dans la matinée du 28 février. Sur Twitter, un court extrait du livre de Corinne Lepage, Les Mains Sales (2015) est partagé par des centaines de personnes.

Son contenu a de quoi faire bondir de nombreux soutiens de François Fillon et de Marine Le Pen, tous les deux mis en cause dans des affaires d’emplois fictifs, à l’Assemblée Nationale pour l’un et au Parlement européen pour l’autre. Évoquant son éloignement du Modem qu’elle avait fondé avec Bayrou en 2008, la présidente de LRC-Cap21 y dénonçait un étrange manège au sein du parti de François Bayrou. Une pétition en ligne est même lancée, comptant le 28 février au soir près de 1 000 signataires et demandant que le parquet se saisisse du dossier. L’affaire – qui ne date donc pas d’hier – est loin d’être anodine, surtout quand on sait que Corinne Lepage puis François Bayrou et la majorité de ses équipes du Modem se retrouvent depuis peu au sein d’En Marche ! , et sont donc à priori nouveaux alliés dans cette campagne.

« Lorsque j’ai été élue au Parlement européen en 2009, le Modem avait exigé de moi qu’un de mes assistants parlementaires travaille au siège parisien. J’ai refusé en indiquant que cela me paraissait d’une part contraire aux règles européennes et d’autre part illégal. Le Modem n’a pas osé insister mais mes collègues ont été contraints de satisfaire cette exigence. Ainsi, durant cinq ans, la secrétaire particulière de François Bayrou a été payée… par l’enveloppe d’assistance parlementaire de Marielle de Sarnez, sur fonds européen. »

Contactée pour connaître son avis, Corinne Lepage a indiqué ne pas vouloir faire de commentaire et s’est contentée de rappeler que le livre a reçu le Prix du Livre Politique du Barreau de Paris en 2015.

Le Modem aurait-il employé ses assistants parlementaires européens au siège parisien du parti ? C’est ce qu’affirmait Corinne Lepage dans un livre paru en 2015. Maintenant que l’écologiste se retrouve dans la même équipe que les membres du parti de François Bayrou, force est de constater que ces accusations passées sont beaucoup plus gênantes pour Emmanuel Macron et ses nouveaux soutiens…

 

Les Français et le nouveau gouvernement

Bernard Owen

Gouvernement Philippe : une équipe populaire au bénéfice du doute 

Par Nathalie Raulin — 24 mai 2017 à 19:36

 Selon le dernier baromètre mensuel Viavoice-«Libération», les Français ont une opinion plutôt positive des nouveaux ministres, plaçant Hulot et Flessel en tête, et une «bonne opinion» du nouveau président à 49%.

 

« Macron ne peut se targuer du soutien populaire massif affiché par ses prédécesseurs. » En effet le Président Macron est loin de la cote de François Mitterrand. En 1981 celui-ci dépassait 70%d’opinion favorables (SOFRES).  Laurent Fabius justifie cette faiblesse d’opinion favorable de Macron « Il  chamboule tout. »

En ce qui concerne le premier ministre Edouard Philippe il obtient 33% de bonnes opinions, 25% de mauvaise et 42% de refus de se prononcer.

 Sondage : Macron et Philippe privés d’état de grâce

Le Figaro  Par Tristan Quinault Maupoil

Mis à jour le 18/05/2017 à 19:28

Publié le 18/05/2017 à 18:46

Le couple exécutif n’a pas la confiance de la majorité des Français au lendemain de sa victoire.

Un premier sondage Elabe pour Les Echos et Radio classique (*) indique jeudi que les Français ne sont pas prêts à faire confiance les yeux fermés au nouveau couple exécutif. Le président de la République bénéficie de 45% de cote de confiance. 46% des Français ne lui font pas confiance, 9% sont sans opinion. Au même stade de son mandat, François Hollande obtenait, en 2012, un meilleur taux de confiance (58%). De même pour Nicolas Sarkozy en 2007 (59%) ou encore Jacques Chirac (61% en 1995 et 53% au début de son deuxième mandat en 2002). «On sent un certain attentisme des Français et face à eux, un président de la République et un premier ministre qui vont avant tout devoir faire leurs preuves», commente Yves-Marie Cann, le directeur des études politiques d’Elabe cité par Les Echos.

Sans surprise, c’est chez ses électeurs du premier tour qu’Emmanuel Macron obtient sa meilleure cote de confiance (92%). Viennent ensuite les électeurs de Benoît Hamon (56%) puis les électeurs de François Fillon (49%). «La double déception, suite à la fois au quinquennat de Nicolas Sarkozy à droite et celui de François Hollande à gauche, fait que les Français ne se contentent plus des promesses et ne s’attendent pas à ce que la situation s’améliore sous le seul effet de l’élection», juge Yves-Marie Cann.

Le score d’Edouard Philippe n’est pas plus positif, loin de là. Le premier ministre obtient seulement 36% de confiance. A noter que 21% des personnes interrogées se disent «sans opinion» à son egard, preuve que le maire du Havre pâtit d’un manque de notoriété. Lorsque Jean-Marc Ayrault est arrivé à Matignon, il bénéficiait d’une cote de 56%.

Issu des rangs de la droite, Edouard Philippe ne parvient pas à obtenir la confiance de tous les électeurs de François Fillon. 45% lui font confiance, quand 40% ne la lui accordent pas. C’est chez les électeurs d’Emmanuel Macron qu’il obtient le meilleur score (73%).

Législatives: la majorité présidentielle en hausse

Si les taux de confiance du couple exécutif ne sont pas très élevés, cela n’empêche pas les électeurs d’envisager de voter pour la majorité présidentielle aux élections législatives de juin. 32% envisagent de le faire selon une enquête Harris Interactive pour France télévisions, publiée jeudi (**). C’est trois points de plus que lors de la précédente enquête du 11 mai et six points de plus que dans l’enquête du 7 mai. Surtout, c’est huit points de plus que le score d’Emmanuel Macron au premier tour de l’élection présidentielle.

À l’inverse, les Républicains et l’UDI sont crédités de 19% des voix (-3 points par rapport au 7 mai). Un score et une tendance identiques pour le Front national. La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon progresse (15%; +2 points) et le Parti socialiste continue sa descente infernale, crédité de 6% des voix (-2points).

(*) Sondage réalisé les 16 et 17 mai auprès d’un échantillon de 999 personnes, par Internet, selon la méthode des quotas.

(**) Enquête réalisée en ligne du 15 au 17 mai 2017 (après la nomination d’Édouard Philippe comme premier ministre, et avant la présentation du nouveau gouvernement), auprès d’un échantillon 5 015 personnes, représentatif des Français âgés de 18 ans et plus comprenant un échantillon de 4 598 inscrits sur les listes électorales.

Extrémisme : la burqa et la barbe ne font pas le terroriste

Bernard Owen, Maria Rodriguez-McKey

Même si les pays occidentaux voient le nombre d’extrémistes croître sur leur sol, il est difficile de les distinguer du reste des autres citoyens.

En France, la neutralité de l’école publique s’applique officiellement aux professeurs et aux élèves. Il n’en est pas partout ainsi, par exemple, aux États-Unis, dans les écoles publiques, les professeurs doivent observer une stricte neutralité, ce qui n’est pas exigé des élèves (port du voile, vêtements ostentatoires, croix, kippa, etc.).

Peut-être en raison des nombreuses religions qui cohabitent ensemble depuis longtemps dans ce pays, et surtout que de nombreux immigrants avaient quitté l’Europe où l’on ne pratiquait pas la liberté de culte.

Poussée des extrémistes

Mais on assiste, comme partout dans le monde, à une montée grandissante d’extrémistes jeunes et moins jeunes, vivant dans un pays comme tout autre citoyen. Ils n’ont pas de signes ostentatoires. La burqa et la barbe ne font pas le terroriste. Ils fréquentent les discothèques, ont de petites amies, et semblent parfaitement intégrés.

En Grande Bretagne, ils jouent au cricket. Le père d’un de ces tueurs était propriétaire d’un « fish and chips shop », sa famille n’était-elle pas des plus intégrées ? Nous ne sommes plus à l’époque où l’art de la guerre faisait manœuvrer des combattants qui portaient des uniformes et brandissaient des fanions. De toute façon ces belles tenues et armures n’étaient-elles pas témoins d’atrocités ?

Notre tueur actuel n’inscrit pas sa nature. Il est poli avec ses voisins et semble bien intégré dans le milieu où il vit. Dans ces conditions, comment le reconnaître ? Par le passé, il a été un petit délinquant. Il a fait de la prison, pas trop. Il a été en Afghanistan, au Yémen : c’était pour faire du tourisme. Mais à ce moment-là, il va basculer dans l’horreur, certain qu’il est devenu un héros.

1.000 terroristes français fichés aux Etats-Unis

Certes, il est difficile de les suivre dans leurs activités malfaisantes, car intervient la notion de liberté individuelle. Les événements du 11 septembre 2001, aux États-Unis, ont mené au « Patriot act », car le succès de Ben Laden découlait du manque de coordination entre le terrain et le centre opérationnel – le fait qu’un des pilotes apprentis ne souhaitait pas apprendre comment atterrir avait éveillé les soupçons à la base, mais sans suite…

Nos terroristes français étaient fichés dans le cadre du « Patriot Act » et disponible pour la France. Ils étaient au nombre de 1.000, encore fallait-il que nos informaticiens conçoivent des logiciels qui feraient de sorte qu’une cohorte de policiers ne soit pas nécessaire pour les suivre dans leur activité de terrorisme.

Les événements en France du 8 janvier 2015 mènent à des interrogations. Faut-il poser des limites à la liberté individuelle au nom du bien-être général ? Sur un autre registre moins difficile à résoudre est celui de l’application de peines. Était-il normal qu’un de nos tireurs n’ait accompli que deux ans d’une peine de prison de six ans ? Chaque situation dramatique doit mener à réfléchir. Celle-ci est d’autant plus importante qu’elle couvre le monde entier.

Macron?

Bernard Owen, Maria Rodriguez-McKey

Nous avons pour l’instant un Président de la République qui interpelle.

Le Nouvel Obs (Gautier Pirotte) titre ainsi cette idée de tout recommencer. La société civile est une sorte de lessiveuse qui nettoie « plus blanc que blanc ».

Nous avons déjà évoqué la « société civile » et oui, nous lui avons même consacré un ouvrage. Notre nouveau Président parle de « dépolitisation » mais de la compétence de ses candidats (source Rémi Noyon, mai 2017). Notre nouveau Président n’est pas le premier a se lancer dans la bataille idéologique: Jean-Charles Simon, Denis Payre, qui veulent reprendre la Bastille en 2011.

Voici quelques extraits de différents articles sur la question.

L’obs: « La société civile est une sorte de lessiveuse, qui néttoie plus blanc que blanc »

Emmanuel Macron l’assure : ses députés (et ses ministres) seront largement issus de la « société civile ». Mais qu’est-ce que ça veut dire ? Explications du sociologue Gautier Pirotte.

Rémi NoyonPublié le 10 mai 2017 à 20h24

Promis, juré, la moitié des candidats de la République En Marche !, présentés au public jeudi 11 mai, seront « issus de la société civile ». C’est une promesse d’Emmanuel Macron, qui prévoit aussi de faire monter au gouvernement des « femmes et des hommes » qui ont « une légitimité dans le champ qui est le leur ». Pour éclairer cette expression magique, nous avons passé un coup de fil à Gautier Pirotte, sociologue, professeur à l’université de Liège et auteur de « La notion de société civile » (La Découverte, 20017).

Emmanuel Macron a promis d’investir aux législatives des candidats « issus de la société civile ». Qu’est-ce que cela veut dire ?

C’est une façon d’utiliser un concept flou afin de redonner sa virginité au discours politique. Il y a chez Emmanuel Macron la volonté de ressourcer le système politique dans ce maelstrom de gens « ordinaires » auxquels on prête toutes les qualités : liberté, spontanéité, créativité. C’est assez finement joué d’un point de vue de communication politique, puisque toute la campagne a démontré l’envie de renouvellement de la classe politique.

On pourrait presque déceler dans cet appel à la société civile une forme de populisme : il s’agit de régénérer le politique dans les vertus du peuple. Sauf que dans la version d’En Marche !, c’est un peuple de jeunes gens qui « en veulent » et qui, de par leur mérite, vont « ouvrir le champs des possibles ». Toute la difficulté du nouveau président, maintenant, sera d’être le « système » tout en conservant cette supposée fraîcheur.

Haut du formulaire

Bas du formulaire

Est-ce qu’il n’y a pas une contradiction dans les termes à dire que l’on voudra des « députés de la société civile » ?

Oui et non. Le fondement de la valorisation de la société civile, c’est un jeu d’opposition : d’un côté, l’Etat corrompu et bureaucratique ; de l’autre, une société civile propre, harmonieuse, autonome, créative et innovante. Ce sont donc supposément des exacts opposés. Lorsque l’on passe de l’un à l’autre, on se charge des vertus ou des vices de la sphère dans laquelle on arrive. C’est exclusif. Sauf que la réalité est plus complexe : quelles que soient les lectures, marxistes ou libérales, la société civile n’est pas vue comme déconnectée de l’Etat. Quelqu’un qui a un rôle au sein de l’appareil d’Etat ne se déconnecte pas de son intérêt privé. Vous êtes multifacettes, vous avez plusieurs rôles. C’est là que réside le mythe : la société civile est une sorte de lessiveuse, qui nettoie plus blanc que blanc.

 « Les erreurs dans les investitures d’En marche ! montrent l’amateurisme du mouvement »

Jean-Ed : Comment expliquer les erreurs dans la première liste communiquée à la presse ?

Nicolas Chapuis : En marche ! a expliqué les erreurs en prétextant des « bugs informatiques ». Je doute que l’informatique ait quelque chose à voir là-dedans. Il s’agit manifestement d’erreurs humaines… Il semblerait que des noms qui ont été envisagés dans certaines circonscriptions (du type de Mourad Boudjellal dans la première circonscription du Var) aient été laissés par erreur dans la dernière version du document donnée aux journalistes.

En marche ! avait fait beaucoup de communication autour de sa commission d’investiture et sur sa démarche innovante avec une sélection des candidats qui rappelle les procédures des entreprises. Ces quatorze erreurs relevées (plus les petits couacs locaux…) viennent démontrer qu’il y a quand même ici une part d’amateurisme et nous rappellent qu’En marche ! est un jeune parti, qui commet des erreurs… de jeunesse.

Glam : Au-delà des couacs, on a l’impression que cette liste ne résulte que de calculs politiciens. Est-on vraiment loin de l’ancienne politique sur ce plan ?

En marche ! voulait vraiment éviter cet effet-là, mais il y a évidemment des calculs politiques derrière cette liste. Comment ne pas faire autrement ? La composition d’une majorité demande de passer des accords, de faire des compromis… C’est l’essence même de la politique, et ce n’est d’ailleurs pas forcément une mauvaise chose. En voulant présenter une vision de la politique « pure » et dénuée de tout arrangement, En marche ! se retrouve aujourd’hui en butte à la réalité.

Marianne : Les adhérents d’En marche ! n’ont pas eu leur mot à dire sur l’investiture des candidats de leur mouvement ?

Depuis le début, En marche ! a assumé un processus avec une commission d’investiture qui sélectionne des dossiers, un comité politique qui arbitre, et Emmanuel Macron qui tranche.

Lire aussi :   Investitures aux législatives : pourquoi ça coince entre La République en marche ! et le MoDem

Raphaël : Que sait-on des accords qui ont été passés entre François Bayrou et Emmanuel Macron lors du ralliement du premier au second durant la campagne présidentielle ?

Les versions divergent. Mais une chose est sûre : contrairement à ce que MM. Macron et Bayrou ont affirmé, la main sur le cœur, pendant des mois, il s’agissait dès le début d’un accord d’appareil avec négociation de circonscriptions.

L’argument de M. Bayrou est simple : quand il a rejoint M. Macron, il lui a permis de passer dans les sondages de 18 % à 24 %. Il réclame donc l’équivalent, à savoir un quart des députés. Il pensait manifestement avoir obtenu gain de cause avec quelque cent vingt circonscriptions. Du côté d’En marche !, on fait valoir que le MoDem n’avait que deux députés, et qu’ils n’ont pas les « ressources humaines » pour fournir autant de candidats. Comprendre : les candidats proposés par le MoDem n’avaient pas le niveau. Depuis hier, le ton des échanges par médias interposés est assez violent.

PC : François Bayrou n’a-t-il pas gâché cette séquence qui aurait dû être un moment extrêmement fort au vu de la présence de nouveaux visages, de la parité et de toutes les autres « promesses » faites par Emmanuel Macron pour ces investitures ? D’autant plus qu’il remet sur le tapis la vieille « tambouille politicienne »…

L’opération de communication autour du renouvellement a été gâchée par le communiqué du MoDem. Mais elle avait déjà été bien écornée par les nombreuses erreurs relevées, et notamment par le démenti de Mourad Boudjellal, l’une des principales figures de la liste, qui a assuré qu’il ne serait pas candidat En marche !.

Une question : Est-il sûr que Manuel Valls n’aura pas de candidat LRM dans sa circonscription ? Si oui, cela veut dire que M. Valls est accepté dans la majorité présidentielle officieusement ?

Oui, il est certain qu’il n’aura pas de candidat face à lui, cela a été annoncé par Richard Ferrand jeudi lors de la conférence de presse. Il s’agit d’un entre-deux. M. Valls n’aura pas l’étiquette En marche !. Le mouvement a jugé que l’image de M. Valls lui serait néfaste. Mais il considère manifestement que M. Valls pourra s’inscrire dans une future majorité présidentielle. Ce qui est intéressant, c’est que tous les lieutenants de Manuel Valls ont, eux, des candidats En marche ! face à eux. M. Macron ne veut manifestement pas que M. Valls puisse se constituer un petit groupe de députés entre le PS et lui.

Macron Leaks : dans les coulisses

des investitures d’En Marche

https://www.franceculture.fr  – 10.05.2017

Derrière l’exercice de communication autour du processus de recrutement ouvert à tous, des mails piratés de certains membres de l’équipe de campagne lèvent le voile sur un exercice de cuisine électorale.

« La République en Marche » (LRM), nouveau nom du parti « En Marche ! », a dévoilé ce jeudi la liste de ses candidats pour les prochaines élections législatives des 11 et 18 juin. Le but est de donner une majorité au président fraîchement élu, Emmanuel Macron, avec la promesse d’avoir des candidats incarnant le renouvellement, la probité, la société civile et la parité. Officiellement, l’opération d’investiture est présentée comme un succès populaire avec 19.000 dossiers de candidatures déposés sur le site du mouvement depuis le 19 janvier, pour 577 circonscriptions. La première liste révélée à la mi journée ce jeudi est de 428 noms.

Mais dans les coulisses, la gestion a été bien plus compliquée. Avec notamment une Commission Nationale d’Investiture (CNI) qui a eu du mal à faire face. C’est en tout cas ce que nous apprennent les mails de certains membres du mouvement qui ont fuité suite à un piratage de données et à leur publication sur internet. Dans ces mails : pas de scandales, pas de révélations, mais une plongée dans les coulisses de la campagne.

Dès février, on peut lire l’inquiétude de certains candidats à l’investiture sur le calendrier. Une fois nommés, il leur faudra trouver un financement, un local et surtout le temps nécessaire pour faire campagne. À tel point que certains candidats auraient « jeté l’éponge » peut-on lire, en Amérique du nord, dans la circonscription des Français de l’étranger.

Présidentielle : la personnalité

d’Emmanuel Macron clive les Français

 07h14, le 19 mars 2017, modifié à 13h49, le 19 mars 2017

A un mois du premier tour de la présidentielle, la personnalité du candidat d’En Marche! ne parvient pas à susciter l’emballement d’une majorité de Français.

Emmanuel Macron veut dépasser les clivages… Mais sa personnalité divise. Tel est le principal enseignement du sondage* Ifop pour le JDD publié dimanche sur les traits d’image du leader d’En Marche!

Trop éloigné des préoccupations des Français. Au coude-à-coude avec Marine Le Pen dans les intentions de vote du premier tour, la candidature d‘Emmanuel Macron semble susciter la perplexité. Pour cause : les personnes interrogées se divisent en deux blocs quasi-égaux sur sa personnalité. De son aptitude à présider, à réformer ou à garantir la sécurité des Français, l’ex-Premier ministre de l’Economie ne parvient pas à dégager une majorité d’adhésion. Ils sont ainsi 51% à douter de sa capacité à réformer le pays (contre 49% favorables),  ou encore 59% à le considérer trop éloigné des préoccupations des Français.

Le régalien, talon d’Achille de Macron. Dans la même veine, un peu plus d’un Français sur deux (52%) juge que le patron d’En Marche! est « inquiétant ». Une courte majorité (54%) estime également qu’Emmanuel Macron n’est pas en mesure de de garantir la sécurité des Français. Un talon d’Achille que le candidat a tenté de rectifier cette semaine, en multipliant les déplacements sur les thèmes régaliens et les annonces, à l’image du retour du service national obligatoire.

« Pas de trait saillant. » Pour autant, ce manque d’affiliation sur sa personnalité laisse planer un doute sur sa capacité à l’emporter. « En 2007, deux tiers des Français voyaient en Nicolas Sarkozy l’homme du changement ; en 2012, François Hollande était perçu comme honnête et attentif aux problèmes des Français. Macron, lui, n’a pas de trait saillant », résume Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop.

*Sondage réalisé le 16 et 17 mars auprès d’un échantillon de 1.000 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus (méthode par quotas). 

 

Conclusion

Certes,  Emmauel Macron a battu Marine Le Pen mais n’importe  autre candidat en aurait fait de même. En 2002 la notion de « gauche plurielle » avait mené Le Pen au deuxième tour de la présidentielle qui accorda à Jacques Chirac une majorité confortable, trop confortable. Un certain équilibre  est préférable en démocratie.

Mon père était anglais (de Manchester)  mais travaillait avec la marine française et en 1940 il était à l’Arsenal de Nantes. Dès qu’il était évident que la France était vaincue  mon père acheta une bicyclette  et partit en Périgord où il fit interné dans deux camps puis dans un troisième à Vichy.

Heureusement les autorités  Suisses sont intervenues et il put rejoindre Gibraltar  et continuer la guerre. A la fin de la période Nazi il se trouva pendant 4 ans en tant que colonel dans le corps d’ingénieurs de l’armée Britannique pour démanteler les structures militaires allemandes.