Syria: Russia arrives and ISIS is on the run

Bernard Owen

A few years back the West decided to intervene in the Middle East in order to impose democratic systems. As we know those interventions have not been a success.
The second Iraqi war was brought about on false pretenses. The Kurdish region of Irak had been detatched from Irak’s central authority. But the Kurds have been the only ones able to stop ISIS. Of course, this has repercussions on Turkey.
United States NGO’s, which have been in Egypt for quite a long time, offered bad advise as far as institutions go so it was not surprising that they did not work. As for Libya, what had been a organized State became a anarchic land of tribes and militia with, of course, the presence of ISIS. The head of that State, who was killed, had maintained peace in the Sahel region, and helped surrounding countries.
Syria appeared on the same track but the Russian Federation moved in for reasons we have already mentioned. However, whatever the reason, ISIS now retreating throughout theregion.
By suggesting a negotiation for humanitarian reasons, the U.N. forgets the realities of war and of military engagements. The golden rule is that one negotiates once the war is over. Sorry but this is what we have seen throughout history.

Le réchauffement climatique c’est arrêté (la suite)

Nous vous proposons d’abord le commentaire fort intéressant écrit par Dominique Pageau le 11 mars 2010, sur l’article « Changements climatiques – L’ONU fait valider les méthodes du GIEC » de Louis-Gilles Francoeur sur le site LE DEVOIR.com

Deuxièmement, un article de Claude Allègre
intitulé Le réchauffement climatique, c’est du passé
Rien à attendre de cette vérification

Un des grosses figures éclaboussés par le climategate, Phil Jones, qui était directeur du Climate Research Unit et un des auteurs du rapport du GIEC et à la tête du hadley center qui compile les relevés de températures des stations météo de partout dans le monde, a affirmé à la BBC qu’il n’y avait aucune certitude sur l’impact de l’homme sur le climat. Il a aussi admit qu’il y a eu plusieurs phases de réchauffement refroidissement lors des 130 dernières années et celles de 1975-1998 équivalait à celle de 1860-1880. Il ajoute qu’il n’y a plus de réchauffement significatif depuis 1995 et que si il est démontré qu’il y a eu dans le passé des changements semblables, comme l’optimum médiéval sur toutes la planète, ça démontrerait que de pareil changement ne sont pas sans précédent, ce qu’il demande existe, de nombreuses recherches sur en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie par exemple en Chine, démontre qu’il y eu réchauffement partout sur la planète il y a de ça 1000 ans.

Donc, Jones, qui doit en mener un peu moins large et qui doit peser un peu plus ses mots maintenant avoue que la thèse du réchauffement par la CO2 repose que sur l’incapacité du GIEC d’expliquer le réchauffement entre 1975-1998 autrement. Kevin Trenberth, un des auteurs principaux des rapports du GIEC (lead author) a dit dans un éditorial pour la revue Nature que les « scénarios » du GIEC n’ont aucune valeur prédictive. Ils sont basé sur des modèles tellement simplifiés que le résultat n’est pas crédible. L’homme est expert en modèle climatique GCM. Ce même Trenberth à voulu contraindre un expert en tempête tropicale à écrire un rapport concluant à l’aggravation du phénomène en raison des changements climatiques. Comme ce n’était pas prouvé, cet expert a démissionné du GIEC. CE même Trenberth s’est désolé dans un courriel rendu public grâce au climategate que le climat ne se réchauffait plus alors que ses modèles avaient prédit le contraire.

Le GIEC c’est une grosse arnaque, il a été fondé par des catastrophistes afin de faire la promotion de leur théorie. Et on voit que malgré la controverse, rien ne va changer, car ça, ce n’est pas remis en question et ça ne sera pas valider par le IAC. Il est faux de dire que de plus en plus de recherches tant à démontrer l’influence de l’homme sur le climat, c’est plutot l’inverse.
Le réchauffement climatique, c’est du passé
Claude Allègre

La Maison Blanche n’a plus de conseiller climatique, les réunions de l’ONU sur le contrôle des émissions de CO2 font long feu les unes après les autres. La Cour suprême des Etats-Unis elle-même, dans une déclaration historique, vient de déclarer que le scénario classique du Global Warming (réchauffement climatique) créé par l’homme n’était pas démontré. Et de recommander la lecture des articles de Freeman Dyson, l’un des physiciens les plus respectés au monde et des climatolo-sceptiques les plus convaincus.
Au grand désespoir des scientifiques dont la notoriété s’est bâtie à moindres frais sur la mode du Global Warming, le sujet est en train de passer de mode. Car le climat est toujours à l’ordre du jour. Et il y a du nouveau!
Faisant suite aux travaux de plusieurs équipes notamment celle du Hollandais de Jager, des spécialistes du soleil travaillant avec la Nasa nous annoncent aujourd’hui qu’il faut peut-être s’attendre à entrer dans un petit âge glaciaire analogue à celui qui a prévalu de Louis XIV à Napoléon. Cette prédiction est fondée sur trois types d’observations indépendantes dont la plus spectaculaire est une diminution de 30% du champ magnétique du soleil.
Ces observations semblent indiquer une diminution de l’activité solaire et donc de l’intensité du rayonnement qu’il envoie et qui constitue l’éclairement de notre planète. C’est ce rayonnement qui sur Terre est source de tout: la vie, le cycle hydrologique, le climat etc. Dans le passé, depuis la découverte par Galilée des taches solaires, on a étudié les fluctuations de l’activité du soleil et découvert que ces fluctuations étaient liées aux variations du climat. On a des enregistrements historiques de ces liens entre activité solaire et climat. Aussi les affirmations des spécialistes de physique spatiale et d’astronomie solaire concernant le climat futur doivent-elles être considérées avec attention.
Naturellement, les médias français qui, pour des raisons difficiles à comprendre, se sont entichés du réchauffement climatique avec la culpabilité de l’homme, sans doute une résurgence du pêché originel, n’en parlent pas, laissant ce soin aux médias anglo-saxons. Du côté de la physique des hautes énergies, il y a aussi du nouveau: l’hypothèse selon laquelle le rayonnement cosmique galactique modulerait la nucléation des nuages et serait donc un facteur essentiel du climat semble confirmée par les expériences effectuées dans les accélérateurs de particules. Comme l’impact de ce rayonnement cosmique galactique sur la Terre est modulé par l’activité solaire, les deux types de travaux sont complémentaires et mettent en vedette le rôle primordial du soleil. On attend une publication imminente du groupe CLOUD duCERN de Genève.
On va ainsi bientôt avoir deux communautés scientifiques très puissantes: celle de la physique spatiale et celle de la physique des hautes énergies qui ensemble vont s’opposer à celle des climatologues. Le match promet!
Vous me direz que si, après un demi-siècle de recherches, de disputes violentes entre scientifiques, de sensibilisation des plus grands responsables politiques de la planète pour agir sur le climat, on découvre que la cause ultime du temps qu’il fait est le soleil, il ne faudra pas s’étonner de recevoir des sarcasmes de M. tout le monde! Si après tant d’études, tant de milliards dépensés, tant d’instruments et de satellites construits les scientifiques découvrent que la cause du climat c’est le soleil, il y a lieu de s’interroger sur leur sagacité et leur utilité!
Les prédictions fluctuent avec les époques. Dans les années 1970, on devait craindre un refroidissement ou un hiver nucléaire; dans les années 1990-2000 l’alarme c’était le réchauffement; va-t-on rebasculer vers la mode du refroidissement futur?
Ayant été fustigé, dénoncé, injurié, calomnié pour avoir osé dire et écrire que je ne crois pas aux prédictions climatiques du Giec pas plus que je ne crois aux prédictions économiques, on pourrait penser que la nouvelle thèse qui, je n’en doute pas, va progressivement devenir la mode dominante, entraînerait chez moi une adhésion amusée. Même pas.
Mon point de vue ne change pas. Ayant été amené à travailler sur les systèmes complexes naturels et à réfléchir sur leur logique, je continue à penser que le climat comme l’économie, comme la genèse du champ magnétique terrestre ou la turbulence est un système chaotique qui est imprédictible à long terme.
Je crois aussi comme je l’ai écrit depuis quinze ans que l’homme s’adaptera aux changements climatiques comme il a su le faire depuis son émergence sur Terre, il y a 4 millions d’années! Comme l’écrit si bien Jean-Claude Carrière «le futur est imprédictible justement parce que c’est le futur!»

Le réchauffement climatique s’est arrêté

par Rémy Prud’homme – En savoir plus sur http://archives.lesechos.fr/archives/cercle/12/19/cercle_61383.htm#GhPhuiojv42MJefO.99

Le contraste entre la chaleur des débats sur le réchauffement climatique, ses causes, les centaines de milliards à engager pour le freiner, d’un côté, et la froideur des données sur l’évolution dudit réchauffement est assez caricatural. Tous les chiffres disponibles montrent que la température du globe a cessé d’augmenter depuis 16 ans.
Les trois sources principales de données proviennent de la NASA, de la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration américaine, et de la Météorologie britannique. On y trouve des moyennes mensuelles et annuelles, pour les terres et pour les mers et pour le globe en général. Plus les chiffres concernent des années récentes, et plus ils sont solides, grâce notamment aux observations des satellites. Les données de ces trois sources racontent la même histoire : une légère hausse (0,3°) de la température de 1920 à 1945, suivie d’une légère baisse (0,2°) de 1945 à 1965, puis d’une forte hausse (0,6°) de 1965 à 1997, et — c’est ce qui nous intéresse ici – d’une stagnation depuis cette date. Ce sont les données qui établissent le réchauffement (de 0,7°) du 20ème siècle qui montrent son arrêt en ce début du 21ème siècle.
Pour cette période récente, afin de n’être pas accusé d’avoir choisi arbitrairement l’une de ces trois sources, on a pris pour chaque année la moyenne des trois chiffres qu’elles donnent(1) : la série ainsi obtenue fluctue autour d’une valeur constante. Cette observation visuelle est confirmée par des régressions sur les périodes 1997-2012 et 2002-2012, qui produisent des droites de régression pratiquement horizontales, avec des coefficients positifs (réchauffement) pour les 16 dernières années et négatifs (refroidissement) pour les dix dernières années, mais de toutes façons extrêmement faibles et statistiquement non significatifs. Il est donc bien établi que le réchauffement climatique est en panne depuis une bonne quinzaine d’années. N’importe qui peut le vérifier en trois clics sur internet.
Bien entendu, 16 ans ne sont pas une période très longue en matière de climat. Cet arrêt du réchauffement s’explique peut-être par des évènements contingents (comme l’éruption de volcans), et doit être interprété avec prudence. Mais 16 ans ne constituent pas non plus « une année exceptionnelle », un point aberrant, que l’on pourrait ou devrait ignorer complètement. Cette pause est difficile à réconcilier avec la théorie dominante, selon laquelle le réchauffement est directement et inéluctablement causé par les rejets anthropiques de CO2. Durant ces 16 années, ces rejets ont considérablement augmenté, davantage même que durant la période précédente marquée par un net réchauffement. Le moins que l’on puisse dire est que la relation de cause à effet (CO2 entraîne réchauffement) n’a peut-être pas la force qu’on lui prête habituellement. Les analyses, les modèles, les institutions, les politiques définies il y a vingt ans, lorsque cette relation apparaissait solide comme du roc, mériteraient d’être regardés d’un œil neuf.
Ce n’est pas du tout ce qui se produit. L’arrêt du réchauffement est ignoré, caché, nié. Gageons qu’à Doha comme à Paris, où s’ouvre paraît-il un « vaste débat » sur le réchauffement, cette panne – peut-être provisoire mais indiscutable – ne sera même pas mentionnée, encore moins examinée. Les gardiens du temple ne reculent devant rien pour faire croire que la température du globe continue toujours d’augmenter. Il y a quelque jours, le secrétaire général de l’Organisation Météorologique Mondiale affirmait d’une façon péremptoire : « le CO2 est responsable à 85% du réchauffement climatique relevé au cours des dix dernières années ». 85% de zéro, cela ne fait pourtant pas beaucoup. Des dizaines de médias ont immédiatement repris cette absurdité à leur compte. Peut-on, sans être condamné au bûcher, souhaiter une approche moins religieuse, c’est-à-dire plus laïque, plus chiffrée, plus contradictoire, de cette importante question ?
(1) Les données (les moyennes des trois sources mentionnées, présentées en différence à la moyenne des années 1961-1990) sont les suivantes pour les années 1997 à 2002 : 0,37 ; 0,51 ; 0,30 ; 0,29 ; 0,43 ; 0,49 ; 0,49 ; 0,43 ; 0,54 ; 0,48 ; 1,49 ; 0,38 ; 0,48 ; 0,54 ; 0,42 et 0,45.

La Franc-maçonnerie en Syrie sous l’administration française (1920-1946)

Attraits et rejets du modèle français
Thierry Millet

(Voir la version complète de l’article et information sur l’auteur sur https://cdlm.revues.org/1178)

De 1920 à 1946, sous le Mandat français, la Franc-maçonnerie en Syrie connaît une période de grand développement puis de régression. Les francs-maçons du Levant, sensibles aux bouleversements politiques de l’époque, sont d’abord attirés et influencés par les obédiences françaises, pour ensuite s’en détourner. Se développe alors un ensemble de mouvements maçonniques concurrents et indépendants des obédiences françaises.
Il existe un parallèle entre la tragédie mandataire et la déliquescence de la maçonnerie française en Syrie. En effet au cours de l’occupation française entre 1920 et 1946, l’activité maçonnique se trouve marquée par un âge d’or de croissance intense puis une période de régression lente toutes deux nourries par des événements conjoncturels politiques survenant en France et au Moyen-Orient.
Dans ces conditions, la Maçonnerie, en tant que structure sociale, peut-elle faire face sans se transformer elle-même aux forces politiques qui affectent, dès lors, la société syrienne tout entière ? Ainsi, dans un environnement politique prégnant, qu’elles sont les véritables raisons qui animent ces francs-maçons du Levant et qui les conduisent, pour une majorité d’entre eux, à se détourner des obédiences françaises ? Est-ce par fidélité aux principes maçonniques fondateurs ou la reconnaissance d’un modèle français dépassé et loin de leurs objectifs et préoccupations politiques ?
Pourtant les maçons syriens sont attirés par une image collective du modèle français qui marque une période d’identification idéologique. À cet attachement succède un engouement, pour les obédiences françaises, quantitativement important mais aussi qualitativement ambigu. Malgré un contexte politique pourtant moins autoritaire après la Grande Révolte de 1925, la Maçonnerie du Levant se recompose et bon nombre de francs-maçons et de loges s’affranchissent de la tutelle des obédiences françaises. C’est dans ces conditions que se développe un ensemble de mouvements maçonniques concurrents et indépendants des obédiences françaises.
I – L’attrait pour la maçonnerie française
Entre la fin du XIXe siècle et la Première Guerre mondiale, les réformateurs du système politique ottoman ainsi que les opposants à ce pouvoir centralisé se recrutent en grande partie dans la maçonnerie. Cette dernière trouve ses fondements idéologiques à la fois dans les mouvements révolutionnaires européens et dans les pensées fondamentales issues des Lumières et du positivisme dont la France en reste alors le gisement naturel.

Graphique 1 : Les fondations de loges d’obédience française en Syrie

Avant la Première Guerre mondiale, les obédiences françaises, écossaises et égyptiennes se partagent majoritairement le nombre des loges implantées au Levant alors inclus dans l’Empire ottoman. L’afflux des initiations semble saturer très vite les loges de rite français. C’est le cas à Beyrouth où, pour palier le nombre important d’impétrants et soulager la seule loge Le Liban, trois autres ateliers s’y fondent avant que la maçonnerie ne se diffuse et se multiplie dans les autres principales villes du Levant. Après les fermetures des ateliers au cours des années qui couvrent le conflit mondial, le Grand Orient et la Grande Loge de France profitent particulièrement de l’instauration du mandat français en 1920 pour se développer en Syrie de manière remarquable jusqu’en 1925. développement qui apparut lors des ruptures de régimes politiques au cours des réveils maçonniques que connurent en France le Directoire et la Restauration. Mais en Syrie, ce mouvement se constitue en complète opposition à la politique cléricale et au contrôle militaire imposés par les Hauts-Commissaires. Les autres Orients, même s’ils profitent de l’embellie conjoncturelle, restent numériquement en retrait des deux puissances maçonniques françaises.
Graphique 2 : Demandes d’adhésion et de démission-radiation dans les loges d’obédiences françaises en Syrie

Des discours lus aux cours des réunions maçonniques, ressortent les véritables raisons idéologiques qui tendent à inciter les Syriens à s’initier dans la maçonnerie française. Ces centres d’intérêts sont débattus au sein même des ateliers sur les thèmes des idéaux révolutionnaires et de l’appui de la maçonnerie aux révolutions françaises. Ainsi, au début du XXe siècle, l’attrait des Syriens pour la France et la maçonnerie française puise ses origines dans l’image d’une France et d’une maçonnerie idéalisée alors que la Syrie demeure encore soumise à la domination ottomane. En janvier 1906, une dizaine de frères de la loge Le Liban adresse un courrier aux autres membres et officiers dans lequel ils font l’éloge de l’humanisme et du progrès social de l’Ordre. Ils se reconnaissent et sacralisent les valeurs de la République qu’ils opposent aux adversaires qui exploitent l’ignorance du peuple. Ces propos ne sont pas le fruit d’une spécificité maçonne, mais s’associent aux mouvements réformateurs tels ceux qui sont menés par des intellectuels musulmans comme ‘Abd al-Rahman al-Kawakibi, devenu journaliste après un enseignement religieux à la grande mosquée d’Alep, qui prône, dès la fin du XIXe siècle, l’abolition de la supériorité de la religion sur la politique et l’instauration d’une démocratie constitutionnelle.

Pour les francs-maçons, c’est « grâce à la France et à ses fils, ces sauveurs de l’humanité opprimée, que, depuis 1860, la maçonnerie du Levant se trouve illuminée par ce foyer de vérité, lieu des lumières intellectuelles et morales ». Dans leur esprit, la franc-maçonnerie combat la misère conseillère des mauvaises mœurs et des crimes dans un total désintéressement afin de rendre l’homme meilleur. L’ordre préconiserait la tolérance religieuse en émancipant les consciences de toutes les superstitions et de tous les préjugés qui tentent de l’obscurcir. La France et sa maçonnerie, par ses principes des droits et des devoirs de l’homme, seraient les garants de la paix. En définitive, quand les Syriens « constatent que les Français leur apportaient tant de lumière et, de vérité, ils veulent devenir leurs frères et obtenir l’honneur de l’affiliation dans des loges sous la garantie des obédiences françaises ». C’est de la France que les maçons syriens attendraient le plus d’aide et d’appui dans l’œuvre de l’évolution. Mais, au-delà des idéaux diffus et dans un contexte de pouvoir ottoman, le modèle maçonnique français agit au Levant comme un laboratoire dédié à toute révolution, elle prépare au sein même des loges les réflexions et les pensées du peuple en marche vers la souveraineté. Ainsi pour les frères de Syrie, c’est encore la Maçonnerie qui aurait soufflé le triptyque Liberté, Égalité, Fraternité indiquant par là même le chemin de la démocratie face à l’obscurantisme et le despotisme.

L’attrait du pouvoir
L’autre intérêt pour la Maçonnerie française se fonde sur l’usage de la présence bureaucratique de la France. L’accès à un statut social, politique ou administratif voire sa conservation, contraint les Syriens à rejoindre par dessein ou nécessité l’institution mandataire. Dans ce jeu, les obédiences françaises se placent comme des instruments d’accessibilité et de pénétration.
• Certains francs-maçons de Damas se réjouissent de la situation politique éclaircie en France après 1924 et qu’une embellie diplomatique peut enfin leur sourire. C’est dans ce contexte politique qu’entre les années 1920 à 1924, les Syriens s’affilient de nouveau dans des loges et principalement dans les obédiences françaises12 (voir graphique n° 2). Suivant le mouvement entamé en France après la victoire du Cartel des gauches, l’annonce de l’arrivée du général Sarrail à Beyrouth en décembre 1924 déchaîne au Levant un véritable « déluge » de demandes d’initiation dans les loges des deux obédiences françaises même si, dans les chiffres, le mouvement s’amorce dès 1923. D’ailleurs plusieurs témoignages confirment ce mouvement propice où beaucoup de frères « qui avaient oublié leur serment, reviennent dans les temples ».

• Cependant, pour les plus expérimentés des frères, la plupart de ces profanes tentent de profiter de la maçonnerie pour obtenir des emplois ou une position politique quelconque, pour d’autres cet essor relève en partie d’un simple esprit de curiosité que l’on ne peut éviter d’associer aux mêmes projets. Conscients du phénomène, des frères dénoncent, eux-mêmes, l’élite politique et bureaucratique, faignant d’ignorer la répression et les déceptions mandataires, d’agir dans l’espoir de s’assurer les postes de l’administration les plus importants en usant de relations au sein de l’Ordre entre les maçons. Mais pour être efficace, cette stratégie doit concilier l’application des différentes directives politiques des gouvernements français et les convictions idéologiques des Hauts-Commissaires.
• Pour cela, dès les premiers mois de l’occupation française, la maçonnerie syrienne entreprend des actions dans ce sens. C’est le cas du vénérable Husni al-Jundi de la loge Qaysun, principale loge de Damas, qui soutient la nomination au poste de Président de la fédération de Syrie le frère Jalal bey Zuhdi et celle de Sami Pacha Mardam bey, tous deux anciens députés au parlement ottoman17, avant de s’insurger finalement contre le choix du général Weygand, alors Haut-Commissaire qui impose un non-maçon, Suhbi bey Barakat, au poste de président de la fédération syrienne. Toutefois, au printemps 1924, les frères de la loge Qaysun convainquent, malgré tout, Weygand, de la nécessité de réserver dans le Gouvernement, quatre à cinq ministères et postes de direction générale dans l’administration aux maçons « les plus compétents, les plus intègres et les plus fidèles au mandat ». Action qui doit s’efforcer, d’une part, de diffuser la pénétration française et, d’autre part, de s’attacher les personnalités les plus influentes parmi les francs-maçons en les portant ou les maintenant au pouvoir. Pour aboutir, la loge Qaysun, par l’intermédiaire de son vénérable, demande à la Grande Loge de France d’intervenir pour attirer l’attention et de persuader le pouvoir mandataire sur la nécessité de soutenir l’action de cet atelier et des frères candidats, seuls capables de défendre les intérêts de la maçonnerie et de la France en Syrie. Résultat, les frères obtiennent les charges de ministre de l’Intérieur, des Finances, de l’Instruction publique, de la Justice ainsi que celle de directeur général de l’Agriculture et du Commerce. Finalement, dans le contexte de la IIIe République, ces titularisations sont à rapprocher de l’activité et du dynamisme reconnus des membres de l’Ordre en Métropole où les gouvernements français dénombraient dans les rangs de ses ministres, en moyenne, près de 40 % de francs-maçons.Cette persévérance trouve son aboutissement dans les conséquences des élections législatives en France de mai 1924 avec la victoire du Cartel des gauches qui amplifie l’espoir, dans les rangs maçonniques, d’une politique coloniale moins cléricale et autoritaire menée jusque-là en France par le Bloc national. Attente qui se concrétise par la nomination du général Sarrail au poste de Haut-Commissaire pour le Levant. Très vite la nouvelle se propage en Syrie. En effet L’Écho de Paris du 19 et 20 décembre 1924 publie en première page un article qui rappelle que le Grand Orient de France télégraphia, dès la décision du Conseil des ministres, aux francs-maçons de Syrie, la nomination de Sarrail. À cette première nouvelle optimiste s’ajoute la propagande du Grand Orient de France au travers du journal al-Ahrar de Beyrouth alors dirigé par des maçons. Le quotidien exprime sa satisfaction des résultats aux élections du 11 mai 1924 qui mettent fin au mouvement colonial soutenu et entretenu avec énergie par le gouvernement français jusque-là. Quelques semaines plus tard la Grande Loge de France, par l’intermédiaire se son vénérable et Grand maître Bernard Wellhoff, intervient directement auprès du général Sarrail pour nommer des francs-maçons à des postes ministériels de l’État de Syrie. Le Haut-Commissaire promet de tenir compte de cette demande même si l’influence de la Grande Loge de France atteint ses limites car, contrairement à ce que croient les frères syriens, le général n’appartient pas à l’Ordre24 comme le prétendait la rumeur dès son arrivée à Beyrouth25.Mais Sarrail, toutefois ami du vénérable Bernard Wellhoff, agit dans les premiers mois de son mandat dans l’esprit maçonnique en encourageant le développement de l’Ordre au Levant. Le Haut-Commissaire semble, en effet, prêt à seconder l’action des loges dans leur extension, si les maçons soutiennent, en contrepartie, discrètement sa tâche administrative.
Pour montrer sa bonne foi, Sarrail adopte, dès son arrivée, à la fois une action politique de modération symbolique en levant l’État martial instauré par ses prédécesseurs depuis 1922 à Damas et tend la main aux maçons en imposant la nomination du frère Pierre-Alype au poste de délégué du haut-commissariat à Beyrouth. Il s’entoure aussi de quelques officiers, membres de la maçonnerie, tel le colonel Denis et l’intendant Aubouy. Enfin quelques jours plus tard, Sarrail nomme un autre franc-maçon, ancien administrateur des colonies, à la tête du gouvernement de Lattaquié Léon Cayla. Cette présence des francs-maçons dans l’administration mandataire se renforce en 1926 à la suite de la nomination du Haut-Commissaire de Jouvenel qui installe Ahmad Bey Nami, gendre du Sultan, Grand Maître de la maçonnerie syro-libanaise, membres des loges Le Liban et La Syrie de l’ordre de Beyrouth du Grand Orient de France, à la présidence du Conseil de la fédération de Syrie.
L’adhésion des nationalistes

Le mouvement général d’adhésion qui se dessine dans le graphique 2 correspond aussi à un mouvement paradoxal des initiations dans un contexte politique anti-nationaliste mené par la puissance mandataire. En effet, malgré la destruction du royaume de Damas et la forte répression de la résistance, des sympathisants nationalistes hostiles à la présence française s’initient ou réaffirment leur affiliation, suspendue par la Première Guerre mondiale, dans les loges d’obédiences métropolitaines. Même si l’on ne connaît pas la solidité et la durée de leur engagement, leur serment s’apparente davantage à un moyen prospectif politique voire à un acte de « résistance passive » de préférence à un quelconque espoir dans le gouvernement mandataire ou dans la maçonnerie française. Attitude d’autant possible que, contrairement aux Grandes Loges anglo-saxonnes, le modèle français maçonnique, incarné par le Grand Orient de France, permet à leurs adhérents « toute légitimité à participer aux grands débats politiques ».
Pour preuve, en novembre 1923, lors de tenues à la loge Le Liban de l’Orient de Beyrouth, les discours politiques et anti-mandataires se mêlent aux travaux maçonniques où l’œuvre civilisatrice de la France au Levant est fréquemment décriée. Du reste, il suffit d’observer le parcours politique et maçonnique des fondateurs de la loge Qaysun pour confirmer l’introduction de nationalistes partisans du roi Faysal, exilé en Irak, et autres indépendantistes.
Ainsi parmi ces derniers peuvent être cités : Rida Mardam bey membre du parti monarchique et de la réforme, Nassib Bakri et Fakhri Barudi dirigeants du Bloc Nationaliste à Damas, Musali ‘Abdallah nationaliste, Ibrahim Hananu, commandant de la révolte en 1920 puis chef emblématique du mouvement nationaliste jusqu’à sa mort en décembre 1935, Saadallah al-Jabri futur cadre du Bloc à Alep et bras droit de Hananu, Zaki Sukkar, anti-mandataire aux ordres du parti nationaliste et proche de Nassib Bakri, Najib Rayis journaliste au quotidien d’opposition al-Qabas, enfin Bitar Husni, responsable de l’organisation paramilitaire nationaliste des Chemises de Fer en 1936 comme les deux précédents, seul Muhammad ‘Ali al-’Abid soutiendra le ministère pro mandataire de Taj al-Din. Excepté le dernier, tous participent en 1936 au mouvement contestataire qui oblige la France à négocier l’avènement d’un gouvernement nationaliste qui perdure jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale.

II – La somme des mécontentements
Les déceptions des frères syriens se situent à la croisée des prises de position de la maçonnerie française et d’une politique mandataire partiale et autoritaire éloignée de la vision mythique de la France et des principes qu’elle revendique dans les tribunes internationales. C’est bien ces inadéquations qui provoquent désillusions et oppositions dans les rangs des maçons syriens notamment parmi les nationalistes.
L’autoritarisme mandataire
Dans les premières années du mandat, outre les restrictions qu’il apporte à la souveraineté des forces politiques syriennes, le Haut-Commissariat use et abuse de procédés exceptionnels et autoritaires. Entre 1920 et 1925, l’opposition nationaliste et la résistance armée sont violemment réprimées alors que la justice politique est exécutée par les cours martiales. Enfin en 1925, le bombardement de Damas du 20 octobre et la gestion politique de la Grande Révolte sapent un peu plus l’image de la France en particulier lors de l’interdiction du Parti du Peuple et des arrestations et déportations de ses dirigeants pour leur nationalisme actif. Parmi eux, nombreux sont francs-maçons comme Najib Rayyis et Nasib Bakri de la loge Qaysun de Damas, Faris Khuri ministre nationaliste du gouvernement syrien et membre éminent de la loge écossaise Lumières de Damas, Husni Barazi lui aussi ministre et frère à la loge Orantes de Hama ainsi que Fawzi Ghazi et Saadallah Jabri de la loge Fleur de l’Oronte d’Alep, enfin ‘Abd al-Rahman Shahbandar chef de la rébellion et affilié avec Khuri à la loge écossaise de Damas. De même, la suspension du quotidien de langue arabe Al-Missak, journal accusé de propagande maçonnique, sous la publication de Sharaf al-Din al-Faruki, vénérable de la loge La Renaissance, provoque une grande déception chez les « syriens libéraux »37. Cette série d’agissements du pouvoir mandataire explique, en grande partie, l’accroissement du nombre des démissions parmi les frères des loges d’obédiences françaises autour de 1928.
Même les maçons les plus francophiles ressentent la politique autoritaire de la France comme un abandon. Notamment quand Édouard Herriot, président du Conseil des ministres, déclare que la constitution syrienne sera élaborée directement par le gouvernement français en consultant des chefs religieux, des représentants des Chambres de commerce et les conseils représentatifs en dehors de toute représentation des partis politique. De plus, les francs-maçons, d’après le témoignage du vénérable de la loge La Sagesse, reprochent aux Hauts-Commissaires l’amenuisement des nombreux postes de la fonction publique offerts aux candidatures des frères maçons. Enfin, l’ignorance, l’incapacité et la partialité affichées par certains fonctionnaires français parachèvent l’exaspération des maçons qui dénoncent des comportements contribuant à favoriser une situation préjudiciable à l’action de la France en Orient.
Cette politique ne laisse aucune perspective à cours terme pour une quelconque émancipation pourtant inscrite dans la charte du mandat. Dans ce contexte, alors que la France prétend introduire un colonialisme teinté de morale et de mission civilisatrice, la maçonnerie française n’adopte pas au Levant une attitude nette dans le débat entre dominants et dominés sur le terrain du colonialisme et de l’indépendance. Le comportement de l’administration mandataire nuit au prestige de la maçonnerie française provoquant le détachement des frères, ce que constate à ses dépens la loge Qaysun qui enregistre une diminution du nombre de ses membres à partir de 1927.

L’influence cléricale
Pour le vénérable de la loge La Sagesse, les maçons de cet atelier perçoivent la politique des premiers hauts-commissaires, Gouraud et Weygand, comme une entreprise permettant au clergé d’exercer influence et ascendant sur les populations. Les membres de cet atelier réclament « aux responsables de la politique française, pour contrer cette influence, de suivre une politique purement laïque inspirée des tendances libérales professées dans les pays démocratiques, exempte de tout caractère religieux ».
En janvier 1921, une correspondance du frère Blancher, demeurant alors au Levant, adressée au Grand Orient de France, rapporte l’indignation des loges syriennes face à la propagande des missions jésuites agissant sur la politique cléricale de la France en Syrie. Toujours selon cette lettre, la France, y est désignée comme « le soldat du pape » par son soutien à la minorité maronite. Par l’intermédiaire de son administration mandataire, la République favorise ainsi « l’influence néfaste » des cléricaux et suscite l’opposition des musulmans voire des autres communautés non catholiques.
Cette influence des cléricaux semble pour les maçons une des causes principales de la politique de « colonisation » brutale et réactionnaire menée par l’administration mandataire45. Malgré les avertissements de certains ateliers, l’échec de la politique d’ouverture et libérale du Haut-Commissaire Sarrail entamée en 1925 est attribué, toujours selon le vénérable de la loge La Sagesse, pour raison principale, à l’ascendant du clergé voulu par la France depuis les premiers jours de l’occupation française46. Pour tenter de contrer cette propagande cléricale, la Grande Loge de France propose d’appuyer l’œuvre de la Mission laïque47dans un esprit commun de conquête intellectuelle et culturelle contre les congrégations notamment au travers de l’enseignement. D’ailleurs en 1925, comme la Maçonnerie, la Mission laïque se plait de cette influence, dans l’administration mandataire, des forces religieuses catholiques constituées par les Maronites et les Jésuites 48
Incompréhensions et inadéquations

25À l’assemblée générale annuelle de 1923 du Grand Orient de France, la commission conventuelle rapporte la nécessité de pratiquer une politique souple d’association pour permettre une assimilation progressive et totale car, en fait, « les indigènes ne demanderaient pas l’autonomie ni l’assimilation, mais une association pour transformer leur système d’assujettissement ». Cette théorie du Grand Orient s’inscrit dans le cadre d’une maçonnerie outremer constituée essentiellement de colons, fonctionnaires résidants ou militaires français. Mais le cas du Levant se situe dans un contexte théorique différent avec des frères presque exclusivement locaux soumis à une tutelle mandataire et non pas à une domination de type protectorat ou colonial. Cette domination mandataire particulière laisse légitimement entrevoir et espérer une émancipation politique relativement proche même si, dans les faits et aux dépens des frères syriens, elle reste finalement une pure manifestation coloniale. Dans l’espoir d’une perspective favorable, les loges syriennes ne cessent de rappeler aux obédiences françaises leurs revendications légitimes dues au statut même du mandat.
En conséquence, en juin 1926, la loge Fleur de l’Oronte envoie au Grand Orient de France par l’intermédiaire de son vénérable Hassan Musli une lettre manuscrite indiquant point par point les revendications des francs-maçons. Ces points rejoignent les principales demandes des nationalistes exprimées depuis le début des années 1920 dont les premières des revendications concernent l’application de la liberté et de la démocratie.
Dans le détail, ces francs-maçons demandent aussi la réalisation de l’unité syrienne en refusant tout découpage du pays décrété par la puissance mandataire. L’institution d’un Parlement librement élu par le suffrage universel, dont les députés détiendraient l’autorité de fixer la forme du gouvernement, parachèverait le processus d’autodétermination. Ils réclament enfin la suppression de la censure et le rétablissement de la liberté de réunion et de la presse ainsi que l’amnistie générale des condamnés politiques.
Ce décalage entre les attentes des loges syriennes et les intentions des obédiences françaises se confirme finalement en 1927, quand les deux puissances maçonniques françaises proposent un programme en treize articles. De ces derniers, seul l’appui aux œuvres laïques par les gouvernements coloniaux s’accorde avec les revendications des maçons syriens qui pourtant seraient en droit d’espérer mieux après les déclarations formulées, dès le départ de l’administration ottomane en 1916, par le Conseil de l’Ordre qui propose alors d’évacuer le Levant « simplement et totalement afin de permettre aux Syriens de choisir librement leur gouvernement ».
Face aux appels de la majorité des loges, le Grand Orient de France, même s’il partage les critiques des maçons syriens concernant des dysfonctionnements dans l’application du mandat, conseille, malgré tout, de poursuivre la collaboration avec l’administration française qui resterait garante d’une aide positive pour tout gouvernement syrien futur. En revanche, l’obédience française condamne toute activité hostile au mandat français52. Ainsi le Grand Orient exhorte les maçons syriens à s’aligner derrière la puissance mandataire dans une entreprise de coopération coloniale.
C’est la loge Fleur de l’Oronte qui permet de conclure sur ces mécontentements par un rapport adressé au Grand Orient de France expliquant la raison du malaise entre les maçons syriens et la France et ce sentiment d’impuissance, voire de tolérance sur l’application de la politique française en Syrie. Les frères de cet atelier dénoncent l’attitude de la France, loin des principes de libéralisme et de générosité, qu’elle revendique et que les maçons syriens percevaient jusqu’alors. Déception d’autant plus grande que la maçonnerie syrienne accuse, de plus en plus, les loges françaises de ne jamais rendre service aux ateliers locaux, leur seul souci consistant à percevoir les droits d’inscription.
En fait, jusqu’en 1936, les propositions des obédiences françaises n’ont toujours pas évolué vers un soutien à la voie de l’indépendance qui s’affirme comme la principale exigence. Seule la pression nationaliste lors des événements protestataires des premiers mois de 1936 suscite enfin la réaction de la maçonnerie française qui demande un rapport au vénérable de la loge La Renaissance sur les revendications des francs-maçons dans le débat politique afin d’agir favorablement en métropole pour convenir le plus rapidement possible d’un traité acceptable pour la France et la Syrie sur les conditions d’indépendance
III – Formes et aspects des rejets
Les conséquences de ces différends provoquent de multiples formes de rejets : le départ de frères vers d’autres obédiences, la création de nouvelles loges et la prise de contrôle de certains ateliers par les nationalistes anti-mandataires. Ces rejets induisent une réaction financière qui signifie l’état de santé et du dynamisme de la maçonnerie française en Syrie.
Impasse financière
La lecture des comptes ne laisse aucune équivoque et ne peut cacher une crise profonde. Cette dernière se situe au croisement de cotisations annuelles toujours plus élevées et le départ continu de frères entre 1928 et 1939. Du reste, dès 1929 et en 1936 la loge Fleur de l’Oronte rappelle au Grand Orient de France que toutes les loges sous son obédience rencontrent de grandes difficultés budgétaires insoupçonnées en France56. L’analyse des trésoreries des principales loges montre, en effet, de graves dérives dans les comptes des exercices annuels. Ainsi, ces difficultés financières sont consécutives au gonflement des dettes des ateliers envers la Grande Loge et le Grand Orient de France. Pour exemple, la loge Qaysun voit ses dettes augmenter d’environ 5 000 francs pour les exercices de 1930 et 1935 et atteindre finalement, entre 1931 et 1935, un passif cumulé de plus de 11 000 francs.

Malgré les protestations des francs-maçons qui prétextent l’impossibilité de souscrire à une telle majoration des cotisations annuelles versées aux obédiences françaises, ces dernières, dans un contexte mondial de crise économique toujours présente après 1929, refusent toute exonération, exemption ou baisse des capitations supplémentaires. Les dettes affectent l’ensemble des ateliers français au Levant, de la loge Fleur de l’Oronte à La Renaissance en passant par la loge Qaysun.
En fait ces difficultés financières s’inscrivent dans une lutte acharnée que se livrent les obédiences pour attirer le plus possible de frères dans leurs ateliers. Les montants des cotisations annuelles servent les politiques concurrentielles et provoquent les démissions d’adhérents qui contribuent à une diminution des effectifs et donc l’accumulation des déficits budgétaires des loges fragilisées par ce mouvement. En effet, en 1936, la Grande Loge de France demande à ses ateliers une cotisation annuelle de 60 francs alors que les autres membres des ateliers de l’obédience égyptienne payent un maximum de 5 francs. De leur côté, les affiliés aux obédiences américaines sont exonérés de frais de capitation et leurs ateliers subventionnés. Enfin les nouvelles loges créées ou rattachées soit à au Grand Orient libano syrien soit au Grand Orient syrien ne sont assujetties à aucune obligation pécuniaire.
En effet, cette politique financière agressive est dénoncée par les ateliers français car cette action planifiée, en provoquant le départ des frères, entraîne la diminution des cotisations des loges visées avant de causer, à terme, leur fermeture. En France, les obédiences françaises ne semblent pas comprendre la situation maçonnique au Levant et notamment les conséquences de la crise financière que traversent les loges. Leur rigueur ainsi que leur refus de tout soutien matériel provoquent la mise en sommeil d’un grand nombre d’ateliers, entre 1925 et 1940, pour ne pas avoir rempli leur obligation par rapport à leur obédience. Outre la fermeture des principales loges de Syrie dont les ateliers Qaysun et Syrie de l’Orient de Damas, Abu al-Fidha de Hama et enfin celui de Lattaquié, cette intransigeance altère gravement la puissance de la maçonnerie française en Syrie.
L’action des loges étrangères
La Grande Loge Nationale d’Égypte en Syrie profite de la colère générale de la population syrienne envers l’Administration française qui « cumule les fautes, exaspèrent et provoquent une répugnance prononcée pour tout ce qui est français ». La Grande Loge d’Égypte déploie une importante activité pour se développer en Syrie en y implantant des ateliers dans un objectif politique au détriment des obédiences françaises qui s’opposent à cette activité expansionniste de l’obédience égyptienne. La maçonnerie égyptienne, forte de son action et de sa réussite dans son propre pays, propose un modèle attractif pour les frères syriens qui souhaitent accéder à leurs revendications indépendantistes. Pour cela, l’adjoint au grand vénérable du Grand Orient d’Égypte et ami intime de Zaghlul Pacha, chef de l’opposition nationaliste égyptienne, rend visite aux loges en mettant en exergue l’accession « à l’indépendance et à la liberté » de l’Égypte64. En effet, les maçons nationalistes égyptiens, riches de leur expérience contre la tutelle britannique, se proposent d’aider la Syrie sur « la voie de l’émancipation ». Zaghlul Pacha et d’autres chefs nationalistes égyptiens encouragent à « allumer au fond des loges la flamme de la liberté » car, le mouvement vers l’indépendance doit partir, en Syrie, des ateliers comme en Égypte où la franc-maçonnerie gouverne dès lors.
De leur côté, les loges anglo-saxonnes semblent apparemment rester en marge du délabrement de la maçonnerie française où seule la loge Syrie décide en 1935 de se détacher du Grand Orient de France et se propose de rejoindre la Grande Loge écossaise. Enfin on peut noter aussi la création à Damas, juste après la Grande Révolte syrienne de 1925, de l’atelier Ibrahim al-Khalil sous la garantie de la Grande Loge de New York qui invite les maçons, dont 25 % proviennent de la Grande Loge de France, à se ranger au côté de « l’Amérique, seule grande puissance, loin de toute ambition colonialiste, capable de soutenir la lutte des Syriens pour l’indépendance et la liberté ».
Mais les efforts déployés par la Grande Loge Nationale d’Égypte et ceux des obédiences anglo-saxonnes ne semblent pas innocents et s’inscrivent dans une action élaborée en rapport avec la lutte d’influence que se livrent la France et l’Angleterre dans cette région. Une note de 1944 informe que les Anglais et les Américains menèrent une propagande intense pour attirer les notabilités syriennes appartenant à la maçonnerie française vers l’obédience égyptienne afin de d’altérer le prestige de la France. Dans ce processus, la Grande Loge égyptienne sert d’intermédiaire pour la Grande Loge Unie d’Angleterre qui n’admet pas les étrangers en son sein. Pour cela, cette dernière projette, afin de diffuser sa propagande, de créer une obédience arabe au Moyen-Orient.
La création d’une maçonnerie indépendante
Un autre mouvement de transfert d’obédience s’opère, non seulement dans un objectif nationaliste, mais aussi pour palier « le manque de dynamisme des obédiences françaises » dans le débat politique au Levant. Ainsi même ceux, parmi les plus modérés et francophiles, qui soutiennent encore la politique et l’action française en Syrie adviennent de fonder des Grands Orients indépendants. Par ces fondations, les francs-maçons modérés espèrent mieux résister et contrer les loges nationalistes, ce que ne semblent plus en mesure de faire les obédiences françaises. Face à cette activité générée par la maçonnerie syrienne, les obédiences françaises voient, une fois de plus, une partie de leurs frères les quitter.
Une des alternatives les plus marquantes est représentée par le Grand Orient de Syrie qui situe son champ d’action entre coopération politique et indépendance maçonnique, entre ambivalence et équivoque. D’une part, ce Grand Orient préconise de donner à la maçonnerie syrienne davantage d’unité, d’union et d’autorité donc plus d’efficacité dans l’œuvre maçonnique avec l’appui des maçons « sincères » de Syrie tout en conservant une union étroite entre la Syrie et la France afin de travailler dans l’intérêt commun72. Ce grand orient syrien se dote d’un programme politique consistant à aider la réalisation du programme du Haut-Commissariat et à soutenir l’action du gouvernement pro-mandataire Thierry Millet
p. 377-402

De 1920 à 1946, sous le Mandat français, la Franc-maçonnerie en Syrie connaît une période de grand développement puis de régression. Les francs-maçons du Levant, sensibles aux bouleversements politiques de l’époque, sont d’abord attirés et influencés par les obédiences françaises, pour ensuite s’en détourner. Se développe alors un ensemble de mouvements maçonniques concurrents et indépendants des obédiences françaises.
Il existe un parallèle entre la tragédie mandataire et la déliquescence de la maçonnerie française en Syrie. En effet au cours de l’occupation française entre 1920 et 1946, l’activité maçonnique se trouve marquée par un âge d’or de croissance intense puis une période de régression lente toutes deux nourries par des événements conjoncturels politiques survenant en France et au Moyen-Orient.
Dans ces conditions, la Maçonnerie, en tant que structure sociale, peut-elle faire face sans se transformer elle-même aux forces politiques qui affectent, dès lors, la société syrienne tout entière ? Ainsi, dans un environnement politique prégnant, qu’elles sont les véritables raisons qui animent ces francs-maçons du Levant et qui les conduisent, pour une majorité d’entre eux, à se détourner des obédiences françaises ? Est-ce par fidélité aux principes maçonniques fondateurs ou la reconnaissance d’un modèle français dépassé et loin de leurs objectifs et préoccupations politiques ?
Pourtant les maçons syriens sont attirés par une image collective du modèle français qui marque une période d’identification idéologique. À cet attachement succède un engouement, pour les obédiences françaises, quantitativement important mais aussi qualitativement ambigu. Malgré un contexte politique pourtant moins autoritaire après la Grande Révolte de 1925, la Maçonnerie du Levant se recompose et bon nombre de francs-maçons et de loges s’affranchissent de la tutelle des obédiences françaises. C’est dans ces conditions que se développe un ensemble de mouvements maçonniques concurrents et indépendants des obédiences françaises.

I – L’attrait pour la maçonnerie française
Entre la fin du XIXe siècle et la Première Guerre mondiale, les réformateurs du système politique ottoman ainsi que les opposants à ce pouvoir centralisé se recrutent en grande partie dans la maçonnerie. Cette dernière trouve ses fondements idéologiques à la fois dans les mouvements révolutionnaires européens et dans les pensées fondamentales issues des Lumières et du positivisme dont la France en reste alors le gisement naturel.

Avant la Première Guerre mondiale, les obédiences françaises, écossaises et égyptiennes se partagent majoritairement le nombre des loges implantées au Levant alors inclus dans l’Empire ottoman. L’afflux des initiations semble saturer très vite les loges de rite français. C’est le cas à Beyrouth où, pour palier le nombre important d’impétrants et soulager la seule loge Le Liban, trois autres ateliers s’y fondent avant que la maçonnerie ne se diffuse et se multiplie dans les autres principales villes du Levant. Après les fermetures des ateliers au cours des années qui couvrent le conflit mondial, le Grand Orient et la Grande Loge de France profitent particulièrement de l’instauration du mandat français en 1920 pour se développer en Syrie de manière remarquable jusqu’en 1925. Développement qui apparut lors des ruptures de régimes politiques au cours des réveils maçonniques que connurent en France le Directoire et la Restauration. Mais en Syrie, ce mouvement se constitue en complète opposition à la politique cléricale et au contrôle militaire imposés par les Hauts-Commissaire. Les autres Orients, même s’ils profitent de l’embellie conjoncturelle, restent numériquement en retrait des deux puissances maçonniques françaises.

Des discours lus aux cours des réunions maçonniques, ressortent les véritables raisons idéologiques qui tendent à inciter les Syriens à s’initier dans la maçonnerie française. Ces centres d’intérêts sont débattus au sein même des ateliers sur les thèmes des idéaux révolutionnaires et de l’appui de la maçonnerie aux révolutions françaises. Ainsi, au début du XXe siècle, l’attrait des Syriens pour la France et la maçonnerie française puise ses origines dans l’image d’une France et d’une maçonnerie idéalisée alors que la Syrie demeure encore soumise à la domination ottomane. En janvier 1906, une dizaine de frères de la loge Le Liban adresse un courrier aux autres membres et officiers dans lequel ils font l’éloge de l’humanisme et du progrès social de l’Ordre. Ils se reconnaissent et sacralisent les valeurs de la République qu’ils opposent aux adversaires qui exploitent l’ignorance du peuple. Ces propos ne sont pas le fruit d’une spécificité maçonne, mais s’associent aux mouvements réformateurs tels ceux qui sont menés par des intellectuels musulmans comme ‘Abd al-Rahman al-Kawakibi, devenu journaliste après un enseignement religieux à la grande mosquée d’Alep, qui prône, dès la fin du XIXe siècle, l’abolition de la supériorité de la religion sur la politique et l’instauration d’une démocratie constitutionnelle.

Pour les francs-maçons, c’est « grâce à la France et à ses fils, ces sauveurs de l’humanité opprimée, que, depuis 1860, la maçonnerie du Levant se trouve illuminée par ce foyer de vérité, lieu des lumières intellectuelles et morales ». Dans leur esprit, la franc-maçonnerie combat la misère conseillère des mauvaises mœurs et des crimes dans un total désintéressement afin de rendre l’homme meilleur. L’ordre préconiserait la tolérance religieuse en émancipant les consciences de toutes les superstitions et de tous les préjugés qui tentent de l’obscurcir. La France et sa maçonnerie, par ses principes des droits et des devoirs de l’homme, seraient les garants de la paix. En définitive, quand les Syriens « constatent que les Français leur apportaient tant de lumière et, de vérité, ils veulent devenir leurs frères et obtenir l’honneur de l’affiliation dans des loges sous la garantie des obédiences françaises ». C’est de la France que les maçons syriens attendraient le plus d’aide et d’appui dans l’œuvre de l’évolution. Mais, au-delà des idéaux diffus et dans un contexte de pouvoir ottoman, le modèle maçonnique français agit au Levant comme un laboratoire dédié à toute révolution, elle prépare au sein même des loges les réflexions et les pensées du peuple en marche vers la souveraineté. Ainsi pour les frères de Syrie, c’est encore la Maçonnerie qui aurait soufflé le triptyque Liberté, Égalité, Fraternité indiquant par là même le chemin de la démocratie face à l’obscurantisme et le despotisme.
L’attrait du pouvoir
L’autre intérêt pour la Maçonnerie française se fonde sur l’usage de la présence bureaucratique de la France. L’accès à un statut social, politique ou administratif voire sa conservation, contraint les Syriens à rejoindre par dessein ou nécessité l’institution mandataire. Dans ce jeu, les obédiences françaises se placent comme des instruments d’accessibilité et de pénétration.
• Certains francs-maçons de Damas se réjouissent de la situation politique éclaircie en France après 1924 et qu’une embellie diplomatique peut enfin leur sourire. C’est dans ce contexte politique qu’entre les années 1920 à 1924, les Syriens s’affilient de nouveau dans des loges et principalement dans les obédiences françaises. Suivant le mouvement entamé en France après la victoire du Cartel des gauches, l’annonce de l’arrivée du général Sarrail à Beyrouth en décembre 1924 déchaîne au Levant un véritable « déluge » de demandes d’initiation dans les loges des deux obédiences françaises même si, dans les chiffres, le mouvement s’amorce dès 1923. D’ailleurs plusieurs témoignages confirment ce mouvement propice où beaucoup de frères « qui avaient oublié leur serment, reviennent dans les temples ».

• Cependant, pour les plus expérimentés des frères, la plupart de ces profanes tentent de profiter de la maçonnerie pour obtenir des emplois ou une position politique quelconque, pour d’autres cet essor relève en partie d’un simple esprit de curiosité que l’on ne peut éviter d’associer aux mêmes projets. Conscients du phénomène, des frères dénoncent, eux-mêmes, l’élite politique et bureaucratique, faignant d’ignorer la répression et les déceptions mandataires, d’agir dans l’espoir de s’assurer les postes de l’administration les plus importants en usant de relations au sein de l’Ordre entre les maçons. Mais pour être efficace, cette stratégie doit concilier l’application des différentes directives politiques des gouvernements français et les convictions idéologiques des Hauts-Commissaires.
• Pour cela, dès les premiers mois de l’occupation française, la maçonnerie syrienne entreprend des actions dans ce sens. C’est le cas du vénérable Husni al-Jundi de la loge Qaysun, principale loge de Damas, qui soutient la nomination au poste de Président de la fédération de Syrie le frère Jalal bey Zuhdi et celle de Sami Pacha Mardam bey, tous deux anciens députés au parlement ottoman17, avant de s’insurger finalement contre le choix du général Weygand, alors Haut-Commissaire qui impose un non-maçon, Suhbi bey Barakat, au poste de président de la fédération syrienne. Toutefois, au printemps 1924, les frères de la loge Qaysun convainquent, malgré tout, Weygand, de la nécessité de réserver dans le Gouvernement, quatre à cinq ministères et postes de direction générale dans l’administration aux maçons « les plus compétents, les plus intègres et les plus fidèles au mandat ». Action qui doit s’efforcer, d’une part, de diffuser la pénétration française et, d’autre part, de s’attacher les personnalités les plus influentes parmi les francs-maçons en les portant ou les maintenant au pouvoir. Pour aboutir, la loge Qaysun, par l’intermédiaire de son vénérable, demande à la Grande Loge de France d’intervenir pour attirer l’attention et de persuader le pouvoir mandataire sur la nécessité de soutenir l’action de cet atelier et des frères candidats, seuls capables de défendre les intérêts de la maçonnerie et de la France en Syrie. Résultat, les frères obtiennent les charges de ministre de l’Intérieur, des Finances, de l’Instruction publique, de la Justice ainsi que celle de directeur général de l’Agriculture et du Commerce. Finalement, dans le contexte de la IIIe République, ces titularisations sont à rapprocher de l’activité et du dynamisme reconnus des membres de l’Ordre en Métropole où les gouvernements français dénombraient dans les rangs de ses ministres, en moyenne, près de 40 % de francs-maçons.Cette persévérance trouve son aboutissement dans les conséquences des élections législatives en France de mai 1924 avec la victoire du Cartel des gauches qui amplifie l’espoir, dans les rangs maçonniques, d’une politique coloniale moins cléricale et autoritaire menée jusque-là en France par le Bloc national. Attente qui se concrétise par la nomination du général Sarrail au poste de Haut-Commissaire pour le Levant. Très vite la nouvelle se propage en Syrie. En effet L’Écho de Paris du 19 et 20 décembre 1924 publie en première page un article qui rappelle que le Grand Orient de France télégraphia, dès la décision du Conseil des ministres, aux francs-maçons de Syrie, la nomination de Sarrail. À cette première nouvelle optimiste s’ajoute la propagande du Grand Orient de France au travers du journal al-Ahrar de Beyrouth alors dirigé par des maçons. Le quotidien exprime sa satisfaction des résultats aux élections du 11 mai 1924 qui mettent fin au mouvement colonial soutenu et entretenu avec énergie par le gouvernement français jusque-là. Quelques semaines plus tard la Grande Loge de France, par l’intermédiaire se son vénérable et Grand maître Bernard Wellhoff, intervient directement auprès du général Sarrail pour nommer des francs-maçons à des postes ministériels de l’État de Syrie. Le Haut-Commissaire promet de tenir compte de cette demande même si l’influence de la Grande Loge de France atteint ses limites car, contrairement à ce que croient les frères syriens, le général n’appartient pas à l’Ordre24 comme le prétendait la rumeur dès son arrivée à Beyrouth25.Mais Sarrail, toutefois ami du vénérable Bernard Wellhoff, agit dans les premiers mois de son mandat dans l’esprit maçonnique en encourageant le développement de l’Ordre au Levant. Le Haut-Commissaire semble, en effet, prêt à seconder l’action des loges dans leur extension, si les maçons soutiennent, en contrepartie, discrètement sa tâche administrative.
Pour montrer sa bonne foi, Sarrail adopte, dès son arrivée, à la fois une action politique de modération symbolique en levant l’État martial instauré par ses prédécesseurs depuis 1922 à Damas et tend la main aux maçons en imposant la nomination du frère Pierre-Alype au poste de délégué du haut-commissariat à Beyrouth. Il s’entoure aussi de quelques officiers, membres de la maçonnerie, tel le colonel Denis et l’intendant Aubouy27. Enfin quelques jours plus tard, Sarrail nomme un autre franc-maçon, ancien administrateur des colonies, à la tête du gouvernement de Lattaquié Léon Cayla. Cette présence des francs-maçons dans l’administration mandataire se renforce en 1926 à la suite de la nomination du Haut-Commissaire de Jouvenel qui installe Ahmad Bey Nami, gendre du Sultan, Grand Maître de la maçonnerie syro-libanaise, membres des loges Le Liban et La Syrie de l’ordre de Beyrouth du Grand Orient de France, à la présidence du Conseil de la fédération de Syrie.
L’adhésion des nationalistes

Le mouvement général d’adhésion qui se dessine dans le graphique 2 correspond aussi à un mouvement paradoxal des initiations dans un contexte politique anti-nationaliste mené par la puissance mandataire. En effet, malgré la destruction du royaume de Damas et la forte répression de la résistance, des sympathisants nationalistes hostiles à la présence française s’initient ou réaffirment leur affiliation, suspendue par la Première Guerre mondiale, dans les loges d’obédiences métropolitaines. Même si l’on ne connaît pas la solidité et la durée de leur engagement, leur serment s’apparente davantage à un moyen prospectif politique voire à un acte de « résistance passive » de préférence à un quelconque espoir dans le gouvernement mandataire ou dans la maçonnerie française. Attitude d’autant possible que, contrairement aux Grandes Loges anglo-saxonnes, le modèle français maçonnique, incarné par le Grand Orient de France, permet à leurs adhérents « toute légitimité à participer aux grands débats politiques ».
16Pour preuve, en novembre 1923, lors de tenues à la loge Le Liban de l’Orient de Beyrouth, les discours politiques et anti-mandataires se mêlent aux travaux maçonniques où l’œuvre civilisatrice de la France au Levant est fréquemment décriée. Du reste, il suffit d’observer le parcours politique et maçonnique des fondateurs de la loge Qaysun pour confirmer l’introduction de nationalistes partisans du roi Faysal, exilé en Irak, et autres indépendantistes.
Ainsi parmi ces derniers peuvent être cités : Rida Mardam bey membre du parti monarchique et de la réforme, Nassib Bakri et Fakhri Barudi dirigeants du Bloc Nationaliste à Damas, Musali ‘Abdallah nationaliste, Ibrahim Hananu, commandant de la révolte en 1920 puis chef emblématique du mouvement nationaliste jusqu’à sa mort en décembre 1935, Saadallah al-Jabri futur cadre du Bloc à Alep et bras droit de Hananu, Zaki Sukkar, anti-mandataire aux ordres du parti nationaliste et proche de Nassib Bakri, Najib Rayis journaliste au quotidien d’opposition al-Qabas, enfin Bitar Husni, responsable de l’organisation paramilitaire nationaliste des Chemises de Fer en 1936 comme les deux précédents, seul Muhammad ‘Ali al-’Abid soutiendra le ministère pro mandataire de Taj al-Din. Excepté le dernier, tous participent en 1936 au mouvement contestataire qui oblige la France à négocier l’avènement d’un gouvernement nationaliste qui perdure jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale.

II – La somme des mécontentements
Les déceptions des frères syriens se situent à la croisée des prises de position de la maçonnerie française et d’une politique mandataire partiale et autoritaire éloignée de la vision mythique de la France et des principes qu’elle revendique dans les tribunes internationales. C’est bien ces inadéquations qui provoquent désillusions et oppositions dans les rangs des maçons syriens notamment parmi les nationalistes.
L’autoritarisme mandataire
Dans les premières années du mandat, outre les restrictions qu’il apporte à la souveraineté des forces politiques syriennes, le Haut-Commissariat use et abuse de procédés exceptionnels et autoritaires. Entre 1920 et 1925, l’opposition nationaliste et la résistance armée sont violemment réprimées alors que la justice politique est exécutée par les cours martiales. Enfin en 1925, le bombardement de Damas du 20 octobre et la gestion politique de la Grande Révolte sapent un peu plus l’image de la France en particulier lors de l’interdiction du Parti du Peuple et des arrestations et déportations de ses dirigeants pour leur nationalisme actif35. Parmi eux, nombreux sont francs-maçons comme Najib Rayyis et Nasib Bakri de la loge Qaysun de Damas, Faris Khuri ministre nationaliste du gouvernement syrien et membre éminent de la loge écossaise Lumières de Damas, Husni Barazi lui aussi ministre et frère à la loge Orantes de Hama ainsi que Fawzi Ghazi et Saadallah Jabri de la loge Fleur de l’Oronte d’Alep, enfin ‘Abd al-Rahman Shahbandar chef de la rébellion et affilié avec Khuri à la loge écossaise de Damas36. De même, la suspension du quotidien de langue arabe Al-Missak, journal accusé de propagande maçonnique, sous la publication de Sharaf al-Din al-Faruki, vénérable de la loge La Renaissance, provoque une grande déception chez les « syriens libéraux »37. Cette série d’agissements du pouvoir mandataire explique, en grande partie, l’accroissement du nombre des démissions parmi les frères des loges d’obédiences françaises autour de 1928.
Même les maçons les plus francophiles ressentent la politique autoritaire de la France comme un abandon. Notamment quand Édouard Herriot, président du Conseil des ministres, déclare que la constitution syrienne sera élaborée directement par le gouvernement français en consultant des chefs religieux, des représentants des Chambres de commerce et les conseils représentatifs en dehors de toute représentation des partis politiques. De plus, les francs-maçons, d’après le témoignage du vénérable de la loge La Sagesse, reprochent aux Hauts-Commissaires l’amenuisement des nombreux postes de la fonction publique offerts aux candidatures des frères maçons. Enfin, l’ignorance, l’incapacité et la partialité affichées par certains fonctionnaires français parachèvent l’exaspération des maçons qui dénoncent des comportements contribuant à favoriser une situation préjudiciable à l’action de la France en Orient.
Cette politique ne laisse aucune perspective à cours terme pour une quelconque émancipation pourtant inscrite dans la charte du mandat. Dans ce contexte, alors que la France prétend introduire un colonialisme teinté de morale et de mission civilisatrice41, la maçonnerie française n’adopte pas au Levant une attitude nette dans le débat entre dominants et dominés sur le terrain du colonialisme et de l’indépendance42. Le comportement de l’administration mandataire nuit au prestige de la maçonnerie française provoquant le détachement des frères, ce que constate à ses dépens la loge Qaysun qui enregistre une diminution du nombre de ses membres à partir de 1927.

L’influence cléricale
Pour le vénérable de la loge La Sagesse, les maçons de cet atelier perçoivent la politique des premiers hauts-commissaires, Gouraud et Weygand, comme une entreprise permettant au clergé d’exercer influence et ascendant sur les populations. Les membres de cet atelier réclament « aux responsables de la politique française, pour contrer cette influence, de suivre une politique purement laïque inspirée des tendances libérales professées dans les pays démocratiques, exempte de tout caractère religieux ».
En janvier 1921, une correspondance du frère Blancher, demeurant alors au Levant, adressée au Grand Orient de France, rapporte l’indignation des loges syriennes face à la propagande des missions jésuites agissant sur la politique cléricale de la France en Syrie. Toujours selon cette lettre, la France, y est désignée comme « le soldat du pape » par son soutien à la minorité maronite. Par l’intermédiaire de son administration mandataire, la République favorise ainsi « l’influence néfaste » des cléricaux et suscite l’opposition des musulmans voire des autres communautés non catholiques.
Cette influence des cléricaux semble pour les maçons une des causes principales de la politique de « colonisation » brutale et réactionnaire menée par l’administration mandataire. Malgré les avertissements de certains ateliers, l’échec de la politique d’ouverture et libérale du Haut-Commissaire Sarrail entamée en 1925 est attribué, toujours selon le vénérable de la loge La Sagesse, pour raison principale, à l’ascendant du clergé voulu par la France depuis les premiers jours de l’occupation française46. Pour tenter de contrer cette propagande cléricale, la Grande Loge de France propose d’appuyer l’œuvre de la Mission laïque47dans un esprit commun de conquête intellectuelle et culturelle contre les congrégations notamment au travers de l’enseignement. D’ailleurs en 1925, comme la Maçonnerie, la Mission laïque se plait de cette influence, dans l’administration mandataire, des forces religieuses catholiques constituées par les Maronites et les Jésuites 48
Incompréhensions et inadéquations

25À l’assemblée générale annuelle de 1923 du Grand Orient de France, la commission conventuelle rapporte la nécessité de pratiquer une politique souple d’association pour permettre une assimilation progressive et totale car, en fait, « les indigènes ne demanderaient pas l’autonomie ni l’assimilation, mais une association pour transformer leur système d’assujettissement ». Cette théorie du Grand Orient s’inscrit dans le cadre d’une maçonnerie outremer constituée essentiellement de colons, fonctionnaires résidants ou militaires français. Mais le cas du Levant se situe dans un contexte théorique différent avec des frères presque exclusivement locaux soumis à une tutelle mandataire et non pas à une domination de type protectorat ou colonial. Cette domination mandataire particulière laisse légitimement entrevoir et espérer une émancipation politique relativement proche même si, dans les faits et aux dépens des frères syriens, elle reste finalement une pure manifestation coloniale. Dans l’espoir d’une perspective favorable, les loges syriennes ne cessent de rappeler aux obédiences françaises leurs revendications légitimes dues au statut même du mandat.
En conséquence, en juin 1926, la loge Fleur de l’Oronte envoie au Grand Orient de France par l’intermédiaire de son vénérable Hassan Musli une lettre manuscrite indiquant point par point les revendications des francs-maçons. Ces points rejoignent les principales demandes des nationalistes exprimées depuis le début des années 1920 dont les premières des revendications concernent l’application de la liberté et de la démocratie.
Dans le détail, ces francs-maçons demandent aussi la réalisation de l’unité syrienne en refusant tout découpage du pays décrété par la puissance mandataire. L’institution d’un Parlement librement élu par le suffrage universel, dont les députés détiendraient l’autorité de fixer la forme du gouvernement, parachèverait le processus d’autodétermination. Ils réclament enfin la suppression de la censure et le rétablissement de la liberté de réunion et de la presse ainsi que l’amnistie générale des condamnés politiques.
Ce décalage entre les attentes des loges syriennes et les intentions des obédiences françaises se confirme finalement en 1927, quand les deux puissances maçonniques françaises proposent un programme en treize articles. De ces derniers, seul l’appui aux œuvres laïques par les gouvernements coloniaux s’accorde avec les revendications des maçons syriens qui pourtant seraient en droit d’espérer mieux après les déclarations formulées, dès le départ de l’administration ottomane en 1916, par le Conseil de l’Ordre qui propose alors d’évacuer le Levant « simplement et totalement afin de permettre aux Syriens de choisir librement leur gouvernement ».
Face aux appels de la majorité des loges, le Grand Orient de France, même s’il partage les critiques des maçons syriens concernant des dysfonctionnements dans l’application du mandat, conseille, malgré tout, de poursuivre la collaboration avec l’administration française qui resterait garante d’une aide positive pour tout gouvernement syrien futur. En revanche, l’obédience française condamne toute activité hostile au mandat français52. Ainsi le Grand Orient exhorte les maçons syriens à s’aligner derrière la puissance mandataire dans une entreprise de coopération coloniale.
C’est la loge Fleur de l’Oronte qui permet de conclure sur ces mécontentements par un rapport adressé au Grand Orient de France expliquant la raison du malaise entre les maçons syriens et la France et ce sentiment d’impuissance, voire de tolérance sur l’application de la politique française en Syrie. Les frères de cet atelier dénoncent l’attitude de la France, loin des principes de libéralisme et de générosité, qu’elle revendique et que les maçons syriens percevaient jusqu’alors. Déception d’autant plus grande que la maçonnerie syrienne accuse, de plus en plus, les loges françaises de ne jamais rendre service aux ateliers locaux, leur seul souci consistant à percevoir les droits d’inscription.
En fait, jusqu’en 1936, les propositions des obédiences françaises n’ont toujours pas évolué vers un soutien à la voie de l’indépendance qui s’affirme comme la principale exigence. Seule la pression nationaliste lors des événements protestataires des premiers mois de 1936 suscite enfin la réaction de la maçonnerie française qui demande un rapport au vénérable de la loge La Renaissance sur les revendications des francs-maçons dans le débat politique afin d’agir favorablement en métropole pour convenir le plus rapidement possible d’un traité acceptable pour la France et la Syrie sur les conditions d’indépendance
III – Formes et aspects des rejets
Les conséquences de ces différends provoquent de multiples formes de rejets : le départ de frères vers d’autres obédiences, la création de nouvelles loges et la prise de contrôle de certains ateliers par les nationalistes anti-mandataires. Ces rejets induisent une réaction financière qui signifie l’état de santé et du dynamisme de la maçonnerie française en Syrie.
Impasse financière
La lecture des comptes ne laisse aucune équivoque et ne peut cacher une crise profonde. Cette dernière se situe au croisement de cotisations annuelles toujours plus élevées et le départ continu de frères entre 1928 et 1939. Du reste, dès 1929 et en 1936 la loge Fleur de l’Oronte rappelle au Grand Orient de France que toutes les loges sous son obédience rencontrent de grandes difficultés budgétaires insoupçonnées en France. L’analyse des trésoreries des principales loges montre, en effet, de graves dérives dans les comptes des exercices annuels. Ainsi, ces difficultés financières sont consécutives au gonflement des dettes des ateliers envers la Grande Loge et le Grand Orient de France. Pour exemple, la loge Qaysun voit ses dettes augmenter d’environ 5 000 francs pour les exercices de 1930 et 1935 et atteindre finalement, entre 1931 et 1935, un passif cumulé de plus de 11 000 francs.

Malgré les protestations des francs-maçons qui prétextent l’impossibilité de souscrire à une telle majoration des cotisations annuelles versées aux obédiences françaises, ces dernières, dans un contexte mondial de crise économique toujours présente après 1929, refusent toute exonération, exemption ou baisse des capitations supplémentaires58. Les dettes affectent l’ensemble des ateliers français au Levant, de la loge Fleur de l’Oronte à La Renaissance en passant par la loge Qaysun.
En fait ces difficultés financières s’inscrivent dans une lutte acharnée que se livrent les obédiences pour attirer le plus possible de frères dans leurs ateliers. Les montants des cotisations annuelles servent les politiques concurrentielles et provoquent les démissions d’adhérents qui contribuent à une diminution des effectifs et donc l’accumulation des déficits budgétaires des loges fragilisées par ce mouvement. En effet, en 1936, la Grande Loge de France demande à ses ateliers une cotisation annuelle de 60 francs alors que les autres membres des ateliers de l’obédience égyptienne payent un maximum de 5 francs. De leur côté, les affiliés aux obédiences américaines sont exonérés de frais de capitation et leurs ateliers subventionnés. Enfin les nouvelles loges créées ou rattachées soit à au Grand Orient libano syrien soit au Grand Orient syrien ne sont assujetties à aucune obligation pécuniaire.
En effet, cette politique financière agressive est dénoncée par les ateliers français car cette action planifiée, en provoquant le départ des frères, entraîne la diminution des cotisations des loges visées avant de causer, à terme, leur fermeture60. En France, les obédiences françaises ne semblent pas comprendre la situation maçonnique au Levant et notamment les conséquences de la crise financière que traversent les loges. Leur rigueur ainsi que leur refus de tout soutien matériel provoquent la mise en sommeil d’un grand nombre d’ateliers, entre 1925 et 1940, pour ne pas avoir rempli leur obligation par rapport à leur obédience. Outre la fermeture des principales loges de Syrie dont les ateliers Qaysun et Syrie de l’Orient de Damas, Abu al-Fidha de Hama et enfin celui de Lattaquié, cette intransigeance altère gravement la puissance de la maçonnerie française en Syrie.
L’action des loges étrangères
La Grande Loge Nationale d’Égypte en Syrie profite de la colère générale de la population syrienne envers l’Administration française qui « cumule les fautes, exaspèrent et provoquent une répugnance prononcée pour tout ce qui est français ». La Grande Loge d’Égypte déploie une importante activité pour se développer en Syrie en y implantant des ateliers dans un objectif politique au détriment des obédiences françaises qui s’opposent à cette activité expansionniste de l’obédience égyptienne. La maçonnerie égyptienne, forte de son action et de sa réussite dans son propre pays, propose un modèle attractif pour les frères syriens qui souhaitent accéder à leurs revendications indépendantistes. Pour cela, l’adjoint au grand vénérable du Grand Orient d’Égypte et ami intime de Zaghlul Pacha, chef de l’opposition nationaliste égyptienne, rend visite aux loges en mettant en exergue l’accession « à l’indépendance et à la liberté » de l’Égypte64. En effet, les maçons nationalistes égyptiens, riches de leur expérience contre la tutelle britannique, se proposent d’aider la Syrie sur « la voie de l’émancipation ». Zaghlul Pacha et d’autres chefs nationalistes égyptiens encouragent à « allumer au fond des loges la flamme de la liberté » car, le mouvement vers l’indépendance doit partir, en Syrie, des ateliers comme en Égypte où la franc-maçonnerie gouverne dès lors.
De leur côté, les loges anglo-saxonnes semblent apparemment rester en marge du délabrement de la maçonnerie française où seule la loge Syrie décide en 1935 de se détacher du Grand Orient de France et se propose de rejoindre la Grande Loge écossaise. Enfin on peut noter aussi la création à Damas, juste après la Grande Révolte syrienne de 1925, de l’atelier Ibrahim al-Khalil sous la garantie de la Grande Loge de New York qui invite les maçons, dont 25 % proviennent de la Grande Loge de France, à se ranger au côté de « l’Amérique, seule grande puissance, loin de toute ambition colonialiste, capable de soutenir la lutte des Syriens pour l’indépendance et la liberté ».
Mais les efforts déployés par la Grande Loge Nationale d’Égypte et ceux des obédiences anglo-saxonnes ne semblent pas innocents et s’inscrivent dans une action élaborée en rapport avec la lutte d’influence que se livrent la France et l’Angleterre dans cette région. Une note de 1944 informe que les Anglais et les Américains menèrent une propagande intense pour attirer les notabilités syriennes appartenant à la maçonnerie française vers l’obédience égyptienne afin de d’altérer le prestige de la France. Dans ce processus, la Grande Loge égyptienne sert d’intermédiaire pour la Grande Loge Unie d’Angleterre qui n’admet pas les étrangers en son sein. Pour cela, cette dernière projette, afin de diffuser sa propagande, de créer une obédience arabe au Moyen-Orient.
La création d’une maçonnerie indépendante
Un autre mouvement de transfert d’obédience s’opère, non seulement dans un objectif nationaliste, mais aussi pour palier « le manque de dynamisme des obédiences françaises » dans le débat politique au Levant. Ainsi même ceux, parmi les plus modérés et francophiles, qui soutiennent encore la politique et l’action française en Syrie adviennent de fonder des Grands Orients indépendants. Par ces fondations, les francs-maçons modérés espèrent mieux résister et contrer les loges nationalistes, ce que ne semblent plus en mesure de faire les obédiences françaises. Face à cette activité générée par la maçonnerie syrienne, les obédiences françaises voient, une fois de plus, une partie de leurs frères les quitter.
Une des alternatives les plus marquantes est représentée par le Grand Orient de Syrie qui situe son champ d’action entre coopération politique et indépendance maçonnique, entre ambivalence et équivoque. D’une part, ce Grand Orient préconise de donner à la maçonnerie syrienne davantage d’unité, d’union et d’autorité donc plus d’efficacité dans l’œuvre maçonnique avec l’appui des maçons « sincères » de Syrie tout en conservant une union étroite entre la Syrie et la France afin de travailler dans l’intérêt commun72. Ce grand orient syrien se dote d’un programme politique consistant à aider la réalisation du programme du Haut-Commissariat et à soutenir l’action du gouvernement pro-mandataire tout en s’opposant aux agissements des éléments nationalistes. D’autre part, le Grand Orient de Syrie ambitionne de se préserver un cachet purement national, afin d’éviter, à l’avenir, l’envoi de fonds, fruits des cotisations, à l’étranger. Parallèlement à ce caractère indépendantiste, se mêlent parmi les frères de cette obédience certains cadres politiques de l’opposition mandataire dont les plus éminents sont ‘Abd al-Rahman Kayali et Bahij Khatib bey, tous les deux ministres de gouvernements nationalistes à la fin des années 1930. Ces deux responsables politiques prennent à partir de 1938, avec d’autres nationalistes comme Zaki Sukkar, les principaux offices de Grand Maître honoraire et de Grand Maître adjoint du Grand Orient de Syrie.
À l’opposé, le Grand Orient libanais, mené par Ahmad Nami bey, nationaliste modéré, est soupçonné en France par le Suprême Conseil de tenter de provoquer une scission complète au sein des loges d’obédience française afin d’en détourner les frères vers cette nouvelle puissance maçonnique74. Après avoir créé à Beyrouth en 1930 un Orient maçonnique indépendant, Ahmad Nami traite avec certains francs-maçons de Damas pour y fonder, en février 1935, une branche75. Grâce à cette active propagande, les francs-maçons hostiles au Grand Orient de France se rallient à cette nouvelle obédience basée à Damas76. En fait un nombre important de frères, parmi les plus dévoués des loges françaises préfèrent s’affilier à cette obédience « pour mieux servir leur idéal maçonnique dans un Orient homogène et ensuite pour se sentir plus près de leurs aspirations légitimes politiques comme le problème de l’indépendance et l’unité de la Syrie ».
En 1938, alors que les nationalistes syriens dirigent le gouvernement, des maçons nationalistes, issus principalement des obédiences françaises, souchent une nouvelle obédience, la Grande Loge de Syrie, sous la garantie du Grand Orient égyptien, montrant une fois de plus les liens entre maçons et pouvoir politique syriens. Ainsi le Grand Vénérable, Ata bey Ayyubi devient Premier Ministre nationaliste en 1936, le Grand secrétaire Nassib Bakri est nommé gouverneur de la province du Djebel druze au sud de Damas, sans oublier les affiliations d’anciens ministres comme Rida Said, Ghazzi Said bey et Joseph Hakim. Seul des cadres de cette obédience, le curé grec orthodoxe Assad ‘Issa, membre du parti nationaliste de la Ligue d’Action nationale participe aux travaux d’une loge écossaise d’Alep. Plus significatif est le passage à la Grande Loge de Syrie des loges Fleur de l’Oronte et Khalid bin Walid, qui œuvraient précédemment sous l’autorité du Grand Orient de France.
• Enfin, la lecture des différents tableaux de membres des loges révèle la pratique d’infiltration et de prise de contrôle des loges françaises par des frères nationalistes à partir des années 1930. C’est le cas pour l’atelierQaysun, le chapitre Barada et le Conseil Al-Zahra qui attribuent les postes d’officiers, de dignitaires et de responsabilités à des maçons à tendances anti-mandataires. Ainsi le 2 mai 1931, après la démission de la loge Qaysun de quatre officiers sans implication politique reconnue, deux de leurs remplaçants sont des nationalistes actifs comme Ibrahim Dumani, futur cadre des Chemises de Fer, et Munir Malki qui récite une poésie élogieuse à l’adresse du Bloc nationaliste le 16 octobre 1934 au cours d’une réunion politique à Damas. De même, certains frères nationalistes comme Zaki Sukkar, membre de la même loge Qaysun et en accointance avec le Bloc National, crée un nouvel atelier dans le quartier populaire de Midan foyer du nationalisme à Damas, dont l’objectif politique est volontairement en opposition avec la puissance mandataire.

Conclusion
En 1934, les représentants de la maçonnerie française au Levant estiment déjà l’état des loges en Syrie en pleine décomposition. Le mercantilisme des membres, le nombre exagéré et ingérable des membres et les efforts déployés par certains chefs nationalistes pour utiliser la maçonnerie à des fins politiques déconsidèrent, aux yeux du Haut-Commissariat, la maçonnerie française au Levant82. En mars 1936, c’est-à-dire au terme des événements qui portent au pouvoir les nationalistes, la loge La Renaissance d’Alep demeure le seul atelier de la Grande Loge de France qui soit encore officiellement en activité en Syrie83. Ces deux avatars finissent d’établir le choix des obédiences françaises pour la politique mandataire, le rejet de la maçonnerie française pour adhérer à des structures plus proches de leurs aspirations et convictions, sans ignorer le jeu sous-jacent des puissances coloniales dans le déroulement de cette évolution.
46Par leurs actions, les nationalistes, soit détournent à leur profit certaines loges françaises en y adhérant dès les années 1920 soit réussissent à ériger de nouvelles structures maçonniques indépendantes. Ces efforts laissent exsangue la maçonnerie française qui ne réussira jamais à retrouver son prestige perdu en seulement 25 ans de mandat à l’image de la politique de la France au Levant, démontrant l’indissociabilité de la franc-maçonnerie et l’expérience du colonialisme mandataire et des enjeux régionaux.

The finances that sustain a certain worldview

Bernard Owen, Maria Rodriguez-McKey

An article entitled « Avaaz Ignores Libya Lessons in Advocating for Syria No-Fly Zone », by John Hanrahan April 13, 20016 https://exposefacts.org/) reveals the truth about how public opinion is formed through the Web. In essence, the article exposes the discreete funding of NGO’s that would like to have a certain worldview dominate. Here are some revealing excerpts:

« Avaaz was created in 2006 and officially launched in 2007 by MoveOn.org Civic Action and the little known and closely affiliated global advocacy group Res Publica, Inc. Its initial significant financial backing came from liberal philanthropist George Soros and his Open Society Foundations (then called Open Society Institute).
Avaaz’s individual founders included three of its current officers/directors — Ricken Patel, Eli Pariser and Thomas Pravda — as well as Thomas Perriello, Andrea Woodhouse, Jeremy Heimans, and David Madden. (More about them later.) »
« In its most recent Form 990 filing with the Internal Revenue Service, signed in September 2015 for tax year 2014, Avaaz reported contributions totaling $20.1 million and net assets of $7.6 million. Avaaz, which says that it is entirely member funded, had previously stated that it accepts no single contribution of more than $5,000, but that was not the case in 2014 as the organization reported that 18 individuals had contributed amounts ranging from $5,000 to $15,383. The contributors were not identified by name in the filing. Since around 2010, the organization is on record as not accepting corporate or foundation donations — although it did receive grants totaling $1.1 million from George Soros-connected foundations in the three years before that.
In response to our inquiry about Avaaz funding and the organization’s early link to Soros, campaign director Nell Greenberg responded: ‘With regards to Avaaz funding, this movement was founded with the ideal of being completely self sustaining and democratic. 100% of the Avaaz budget comes from small online donations…Avaaz has never taken a contribution from a government or a corporation, and since 2009 has not solicited any contributions from charitable foundations.”
She continued: “We did receive seed funding from George Soros and the Open Society Foundation, but not after 2009. No corporation, foundation or board member has influence on the organization’s campaign irections or positions. This is hugely important to ensuring that our voice is exclusively determined by the values of our members, and not by any large funder or agenda. »

… « There is no question that there was a close connection between Avaaz and Soros and his organizations dating back to Avaaz’s early days, but what — if anything — does that translate into today?
As noted earlier, in one of the few of my questions that Avaaz answered directly, there was an acknowledgement of early Soros “seed money” to Avaaz, but a denial of any continuing involvement with the organization.
In 2007, the Open Society Institute gave $150,000 to Res Publica for general support for Avaaz, and $100,000 for Avaaz’s work on climate change.
In 2008, Open Society Institute again gave a total of $250,000 to Res Publica — with $150,000 of that again for general support for Avaaz and the remaining $100,000 for Avaaz’s climate change work.

Avaaz is « .. in the front ranks on various other issues — fighting global warming, seeking an end to U.S. and European arms sales to Saudi Arabia, protecting rain forests, saving endangered species, promoting clean energy, challenging Rupert Murdoch’s bid for a greater media monopoly in the United Kingdom, defending human rights in a number of countries, etc.
In none of those other campaigns do we see Avaaz proposing military action of any sort. Why this anomaly when it came to Libya and now Syria? Especially, when military action’s aftermath turned out so badly in Libya, and when even the nation’s leading generals say a Syria no-fly zone would escalate the war and endanger the very civilians Avaaz has the stated goal of protecting?
About John Hanrahan
John Hanrahan, currently on the editorial board of ExposeFacts, is a former executive director of The Fund for Investigative Journalism and reporter for  The Washington Post,  The Washington Star, UPI and other news organizations.

De l’incompétence…

Bernard Owen

« Al Jazeera » nous fait parvenir ce texte, en précisant qu’il ne partage pas nécessairement le même point de vue.
Un représentant de l’Union Européenne, au sein de la Coalition Nationale Syrienne, a tenu des propos qui surprennent. Mouaffar Nyrabia : pour lui, l’approche qui consiste à faire la guerre contre Daesh est bien étroite, si l’on cherche à réaliser une transition tranquille. C’est alors qu’il propose une « no fly zone ». Il souhaiterait ainsi rétablir le calme d’avant 2011. Notre représentant oublie qu’une « no fly zone » c’est la guerre. Cette règle s’applique aux avions à ailes fixes ou mobiles et permet les bombardements.
Notre envoyé européen désigne alors quels avions seraient interdits de vol. Citons ce représentant européen : « cette interdiction serait un signal à la communauté internationale, à Assad et à ses maîtres à Téhéran et Moscou… ». Il nous parle de la brutalité du régime, de gentilles négociations pouvant mener à la paix, de la mort d’innocents citoyens … On se croirait en Libye, alors que les internationaux, par les méthodes qu’ils préconisaient, ont rendu un pays à l’état tribal. J’ai rencontré l’ingénieur de Benghazi, qui avait construit un énorme tunnel canalisant l’eau et la transportant à toutes les zones habitées. L’on a tué Kadhafi, qui avait accordé un visa à vie à tous les touaregs, et avait assuré la paix au Sahel. D’autre part, les Maliens n’ont aucunement oublié ce que Kadhafi avait fait pour eux.

In spite of the mistakes there is light at the end of the tunnel

Bernard Owen
There was a time when the US-CIA worked very discreetly. They waged war in Laos: No army just an airline for humanitarian aid. They even helped the French army to move out of Dien Bien Phu. Of course, no one knew it.
Nowadays, thanks to Wikileaks and the press, the weaknesses and the mistakes of the CIA in Syria and Libya are known by us as if we were there. For example, we had the classified report of the operation called « SOOPHIA » in February 2016. We have details such as the fact that the US and Europe are waiting for a reliable Libyan government that would allow EU forces to operate within its teritorial waters and later obtain the permission to extend EU military operations on the shore. John Kerry in Rome (February) claimed that at least 5,000 Islamic State fighters had taken over parts of the Libyan coast.
And what about Syria? According to Reuters a covert CIA mission to arm Syrian rebels goes awry. Mid 2016, the CIA had a weapons and training program. The training had started in 2013 but the program consisted in background-checking all of them. Commanders were interviewed for days on end. To get help from the US was long and difficult and much slower than expected An excerpt from the Capital journal:

« I think we’ve lost our window of opportunity, » says Robert Ford, the State Department’s ambassador to Syria from 2010 to 2014. Former Rep. Mike Rogers, a Republican from Michigan who led the House Intelligence Committee, says the trickling pipeline of supplies drove some US allies into the arms of Islamists. « We didn’t commit to them, so why should we expect them to commit to us? » he asks. Rep. Eliot Engel, (D., N.Y.) the top Democrat on the House Foreign Affairs Committee, adds: « We need to get them the materials they need to sustain themselves. It’s the right thing to do. »

We read that all sides agree now that the US effort to aid moderate fighters battling the Syrian army has gone badly. Moderate factions control only a fraction of Northern Syria.
The reality is that entire CIA-backed rebel units, a few hundred who went through the training program have changed sides joigning forces with Islamist brigades, quit the fight or « gone missing ».
The CIA have now stopped offering aid to all but a few trusted commanders.
Some Obama officials are talking of chaotic circumstances and policy disagreements in Washington and elsewhere. A senior official said that « despite controls some weapons still wound up on the wrong side. »
This account of the CIA’s program is based on interviews with U.S., Turkish and Arab officials involved in the effort as well as current and former and trusted commanders. CIA officials have trained nearly 5,000 fighters in Syria, but the financial cost is classified and few details have been disclosed publicly. »
The United States came out of World War II as one of the great powers and had the advantage of having a stable democracy which it tried to spread throughout around the world. The United States replaced Europe and its colonial empires. NATO was an effort to unite Europe militarily. The OSCE was a way to keep the United States involved in European democracy. Of course, there was the cold war. Russia had a authoritarian regime that was not going to last very long. Things have now changed and the Russian know it. And for its own strategic reasons it has intervened in Syria in a way that appears reasonable leading to a cooperation with the United States, putting aside the extremist groups financed by the oil-producing states that are spreading their idelogy in Africa.

Do-gooders

Bernard Owen
What should we think of Europe and others who consider that they can teach us everything about governance democracy then rush around the Middle East and try to impose it? They should, instead, read their history books. Not so long ago there was the Austrian-Hungarian empire. The 1914-1918 war tore it apart. The roads that took you from Vienna to Prague could no longer be taken like before as there were borders now and the same can be said for the Bratislava – Budapest connection. To make things worse, the Empire no longer had an army. The troops had come from different parts of the Empire but suddenly there was no unified army so the borders were ill-defined.
That was the past but for a while now, Austria is a good example of the effect of welcome structure for the vote against. In 1983, the government consisted of the Socialists and the small Liberal Party. In 1985, the presidential elections took place. The Catholic Party had chosen what appeared to be a very good candidate: Kurt Waldheim. He had been General Secretary of the United Nations. In the meantime, the American press accused Austria of giving secret information to the Soviet Union. The American Jewish Congress then accused Waldheim of having been a German officer during the war. Suddenly, antisemitism appeared in broad daylignt as nationalistic reflex.
Haider who was a member of the Liberal Party used this to change the party into a populist one. This boosted the Liberal Party which obtained, at first, 16% in the legislative elections.
A socialist government cannot form a coalition with a populistparty as a result of which new elections were organized in 1999. The results were:

Socialist Party: 33.2%
Catholic Party: 26.9%
Liberal Party: 26.9%

The Catholics and the Liberals formed a government. Some of the members of the European Union members refused to shake hands with the Austrian ambassador.
The government resigned in 2002. The vote for the liberals fell to only 10% because it was no longer the welcome structure for the vote against the government as it was in government.
Not only did WW I have a dramatic effect on Austria but so did WW II. Hitler wanted Austria. He had had Dolfuss, who was the prime minister, killed treachouresly in 1934. While Dolfuss lay agonizing the Nazis tried to force him to sign a decree that would not make Schusnig his succesor. Dolfuss refused and they let him bleed to death.

Before the war the Austrian Nazi party had obtained only 3% of the votes.

Schusnig went to see Hitler in 1938 but he was not received as a head of state having to wait in the lobby. Schusnig went back to Vienna and declared that a referendum would take place in order to have the Austrians decide whether or not to join Nazi Germany. Upon learning this, Hitler invaded Austria. All the pictures of Austrians hailing Hitler’s arrival in Vienna were all set up by Goebels.

To finish on a light note, Haider killed himself in a car accident. One of my students and myself could not agree on the make of his car.

Espagne, monarchie, république : la guerre des mots

Bernard Owen et Maria Rodriguez-McKey

Lors de l’abdication du roi d’Espagne, la télévision nous a montré une vue d’ensemble de la foule rassemblée Place Mayor de Madrid chantant des slogans anti-monarchiques. La télévision s’est alors rapprochée d’une des participantes, qui a dit haut et fort « nous voulons être des citoyens ». Cet événement nous a menés à faire quelques remarques.
• Vivre dans une république ou dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle (comme en Espagne) représente sur le terrain de la démocratie la même chose, et le mot « citoyen » n’est qu’un mot, alors que la politique ne repose pas que sur des mots.
• L’Espagne a déjà été une République. La deuxième République a été décidée à partir des élections municipales du 12 avril 1931. La coalition anti-monarchique n’obtient pas la majorité sur l’ensemble des territoires (seulement 40 % des suffrages), mais elle se trouve à la première place dans les grandes villes. Il y eut des mouvements de rue à Madrid, et le roi Alphonse XIII, craignant des troubles et ne souhaitant pas conserver son trône au prix d’une guerre civile et d’un bain de sang, mal conseillé par ses proches, partit volontairement en exil, mais en oubliant la procédure habituelle de l’abdication.
La proclamation de la République, qui eut lieu deux jours après les élections, fut reconnue par la papauté, l’armée ainsi que par de nombreuses autorités politiques et intellectuelles.
Au cours de cette deuxième République, nous trouvons trois élections. La première en 1931 donne la victoire à la gauche. Elle crée l’Institut de la réforme agraire, qui s’enfonce dans des complexités juridiques.
Un autre point de la plus grande importance est le fait des erreurs que peuvent commettre les stratèges politiques. La gauche au pouvoir pense être en mesure de remporter les prochaines élections et décide de modifier la loi électorale pour amplifier la victoire en sièges de la tendance qui vient en tête des suffrages obtenus. Le gouvernement se base sur la loi Acerbo de Mussolini, qui, conçue 8 ans plus tôt, convient parfaitement à cette volonté.
La prévision du gouvernement, à savoir qu’il remporterait les prochaines élections, s’avère être fausse, et la droite remporte largement les législatives de 1933, grâce à cette nouvelle loi électorale. La droite au pouvoir ne donna pas l’image d’une entente exemplaire. Le parti de droite (CEDA) qui avait obtenu le plus de députés (115) aux Cortes ne fait pas partie du gouvernement, ceci fit mauvaise impression. Les conflits sociaux, dès 1934, se multiplièrent, alors que l’Espagne connaissait une production en hausse avec, de surcroit, d’ excellentes récoltes céréalières et un recul du chômage.
Fin 1934, des insurrections socialistes et anarchistes ont lieu dans plus de vingt provinces. En parallèle, la phalange espagnole se développe. Le gouvernement pense qu’une élection anticipée peut entraîner une majorité de centre droit.
Les élections du 6 février 1936 sont un autre exemple des erreurs d’appréciation des hommes politiques. La gauche remporte les élections avec une très faible marge au niveau des suffrages, mais très importante au niveau des sièges.
Grâce à leur implantation syndicale, dans le pays, les anarchistes représentaient une force égale aux socialistes et aux communistes. A droite, la phalange n’obtient aucun siège. Après la victoire de la gauche, celle-ci fait la même erreur que la droite en 1933. Le Parti Socialiste, le plus important de la gauche à l’assemblée (99 sièges) n’est pas au gouvernement.
L’insurrection d’une partie de l’armée, finalement prise en main par Franco, fait penser à la première République, qui ne dura que de 1873 à 1875, mise à mal par la notion d’indépendance, ou simplement d’autonomie, qui pénétra jusqu’à de simples villages et aboutit à la révolution cantonale !
Revenons à 1936 – 1937
Il existe une région très mouvementée qui mérite quelque attention. Il s’agit de la Catalogne. Les principaux évènements sont relatés ici :
Dès juillet 1936, la Catalogne et Barcelone se trouvent sous le contrôle des milices ouvrières.
Les syndicats anarchistes CNT se joignent au président de la généralité : Luis Companys. Ils forment le CCMA (Comité Central des Milices Antifascistes de Catalogne ), qui exerce les fonctions d’un gouvernement de Catalogne.Collectivisation des industries. La tendance s’étend à l’Aragon.
Le gouvernement républicain de Madrid est impuissant.
Climat de méfiance entre les institutions républicaines et les organisations ouvrières.
Le gouvernement de Madrid se retire à Valence, qui devient la capitale de l’Espagne.
Le bras droit de Companys tente de mettre de l’ordre dans les actes des patrouilles armées.
De violents affrontements entre le corps des douaniers et les patrouilles, qui se terminent à l’avantage des premiers. L’on craignait alors qu’une guerre ouverte éclate dans les villes du Nord de la Catalogne entre les anarchistes, le gouvernement, et les communistes .
Chaque camp constitue des dépôts d’armes et fortifie en secret ses édifices. A Barcelone c’est le chaos.
La Centrale téléphonique était occupée légalement par la CNT depuis le début de la guerre.
Le 2 mai, le ministre de la marine et de l’air du gouvernement de Valence voulut téléphoner à la généralité de Catalogne. Cette conversation et d’autres furent interrompues par la standardiste qui leur dit que les lignes devaient être utilisées à des fins plus importantes.
Un corps de 200 policiers commandés par le conseiller de l’ordre public de la généralité se rendit au central téléphonique. La CNT ouvrit le feu. La place de Catalogne se couvre de monde, l’on sort les armes et l’on érige des barricades.
Le 4 mai, le calme revient, mais les milices anarchiques attaquent les édifices gouvernementaux de la Catalogne. Les dirigeants des diverses factions lancent des appels au calme.
Le 5 mai, le Président Companys nomme des membres du gouvernement catalan pour négocier le cessé le feu, mais des tirs incontrôlés abattent les passants.
Le 6 mai, l’on tire au mortier.
A ce moment, 5000 hommes commandés par un colonel anarchiste sur ordre du gouvernement républicain quittent Madrid et Valence pour Barcelone pour rétablir l’ordre. Dans la nuit, trois vaisseaux de guerre républicains transportant des troupes atteignent Barcelone.
Le 7 mai, ces troupes arrivent à Barcelone et occupent plusieurs points stratégiques et désarment les miliciens.
Le 8 mai 1937, les rues sont tranquilles et les barricades démontées.
Les Républiques espagnoles nous présentent la guerre des mots. Les anarchistes voulaient faire la révolution pour gagner la guerre, alors que les communistes voulaient gagner la guerre pour faire la révolution. 4 ministres anarchiques étaient au gouvernement en novembre 1936. Nos amis anarchistes en discutent encore.

A new 50-state poll shows exactly why Clinton holds the advantage over Trump

The full article may be found at https://www.washingtonpost.com/

It’s a long road to the White House, so The Washington Post polled all 50 states to find out what each candidate needs to do to get there. (Peter Stevenson, Julio Negron, Zoeann Murphy/The Washington Post)
By Dan Balz and Scott Clement September 6
With nine weeks until Election Day, Donald Trump is within striking distance in the Upper Midwest, but Hillary Clinton’s strength in many battlegrounds and some traditional Republican strongholds gives her a big electoral college advantage, according to a 50-state Washington Post-SurveyMonkey poll.
The survey of all 50 states is the largest sample ever undertaken by The Post, which joined with SurveyMonkey and its online polling resources to produce the results. The state-by-state numbers are based on responses from more than 74,000 registered voters during the period of Aug. 9 to Sept. 1. The individual state samples vary in size from about 550 to more than 5,000, allowing greater opportunities than typical surveys to look at different groups within the population and compare them from state to state.
New poll shows how Trump-Clinton matchup is redrawing the ectoral map VIEW GRAPHIC
New poll shows how Trump-Clinton matchup is redrawing the
The massive survey highlights a critical weakness in Trump’s candidacy — an unprecedented deficit for a Republican among college-educated white voters, especially women. White college graduates have been loyal Republican voters in recent elections, but Trump is behind Clinton with this group across much of the country, including in some solidly red states.
The 50-state findings come at a time when the average national margin between Clinton and Trump has narrowed. What once was a Clinton lead nationally of eight to 10 points shortly after the party conventions ended a month ago is now about four points, according to the RealClearPolitics polling average. A number of battleground states also have tightened, according to surveys released from other organizations in recent days.
The Post-SurveyMonkey results are consistent with many of those findings, but not in all cases. Trump’s support in the Midwest, where the electorates are generally older and whiter, appears stronger and offers the possibility of gains in places Democrats carried recently. He has small edges in two expected battlegrounds — Ohio and Iowa — and is close in Wisconsin, Pennsylvania andMichigan, each of which Democrats have won in six consecutive elections.
At the same time, however, Trump is struggling in places Republicans have won consistently and that he must hold to have any hope of winning. These states include Arizona and Georgia, as well as Texas — the biggest surprise in the 50-state results. The Texas results, which are based on a sample of more than 5,000 people, show a dead heat, with Clinton ahead by one percentage point.
Clinton also leads by fewer than four points in Colorado and Florida and is tied with Trump in North Carolina. In Colorado, other polls have shown a larger Clinton lead. In Mississippi, Trump’s lead is just two points, though it’s doubtful that the GOP nominee is in much danger there.
Electoral college advantage for Clinton
In a two-way competition between the major-party candidates, Clinton leads by four points or more in 20 states plus the District of Columbia. Together they add up to 244 electoral votes, 26 shy of the 270 needed to win.
Trump leads by at least four points in 20 states as well, but those add up to just 126 electoral votes. In the 10 remaining states, which hold 168 electoral votes, neither candidate has a lead of four percentage points or better.
How our new poll compares with past presidential election results in every state
A series of four-way ballot tests that include Libertarian Party nominee Gary Johnson and Green Party nominee Jill Stein project a somewhat narrower Clinton advantage, with more states showing margins of fewer than four points between the two major-party candidates. But even here, at the Labor Day weekend turn toward the Nov. 8 balloting, the pressure is on Trump to make up even more ground than he has in recent weeks if he hopes to win the White House.
The poll finds Johnson is poised to garner significant support. He is currently receiving at least 15 percent support in 15 states. The libertarian’s support peaks at 25 percent in New Mexico, where he served two terms as governor. He is only four points shy of Trump’s 29 percent standing there. His support in Utah is 23 percent, and in Colorado and Iowa it is 16 percent. Stein has less support in the poll, peaking at 10 percent in Vermont and receiving at least 7 percent support in 10 states.

Overall, the results reflect Trump’s strategy of maximizing support in older, whiter Midwestern states where his anti-free-trade message and appeals to national identity generally find more fertile ground.
But his struggles elsewhere, including places that have long supported Republicans, illustrate the challenges of that strategy in more diverse states where his stances on immigration and some other positions have turned off Democrats, independents and many Republicans.
Demographic divisions shape the competition
To win the election, Trump must quickly consolidate the Republican vote. With prominent Republicans declaring they will not support Trump and some even announcing they will back Clinton, this represents a major challenge for the GOP nominee. In the Post-SurveyMonkey poll, Clinton is winning 90 percent or more of the Democratic vote in 32 states, while Trump is at or above that level in just 13.
As expected, the Clinton-Trump contest has split the electorate along racial lines. Their bases of support are mirror images: On average, Clinton does 31 points better among nonwhite voters than whites, and Trump does 31 points better among white voters than nonwhites.
The electorate is also divided along lines of gender and education, in many cases to a greater extent than in recent elections. Averaging across all 50 states, Clinton does 14 points better among women than men, and Trump does 16 points better among men than women. Clinton is winning among women in 34 states, and she’s close in six others. Trump leads among men in 38 states, is tied in six and trails in the other six.
It is among college-educated voters, however, where Trump faces his biggest hurdle. In 2012, white voters with college degrees supported Republican nominee Mitt Romney over President Obama by 56-42 percent. Romney won with 59 percent among white men with college degrees and with 52 percent among white women with college degrees.
So far in this campaign, Clinton has dramatically changed that equation. Among white college graduates, Clinton leads Trump in 31 of the 50 states, and the two are about even in six others. Trump leads among college-educated whites in just 13 states, all safe Republican states in recent elections.
Across 49 states where the poll interviewed at least 100 white college-educated women, Clinton leads Trump with this group in 38 states and by double-digit margins in 37. Averaging across all states, Clinton leads by 23 points among white women with college degrees.
Trump’s base among white voters without a college degree remains strong and substantial. He leads Clinton in 43 of the 50 states, and the two are roughly even in five others. She leads among white voters without a college degree in just one state: Vermont.
Overall, Clinton does 19 points better among white college graduates than whites without degrees while Trump does 18 points better among whites without degrees than whites with college educations, on average.
Trump’s challenge in the states that remain close will be to produce significant turnout among white, non-college voters to offset those Clinton margins, but it’s far from clear that there are enough of them to be decisive. Absent that, the GOP nominee must find a way to appeal to these college-educated voters during the final weeks of the campaign.
States and regions shaping the race
Trump’s strength across some of the states in the Midwest is one potential bright spot for the Republican nominee. Clinton’s biggest lead among the contested states in that region is in Pennsylvania, where her margin is just four points. InWisconsin and Michigan, she leads by a nominal two points, while Trump leads by four points in Iowa and three points in Ohio.
Recent polls by other organizations have indicated that Wisconsin has tightened over the past month. A recent Suffolk University poll in Michigan shows Clinton leading by seven points, and the RealClearPolitics average in Ohio shows Clinton ahead by three points. Overall, among the quintet of Ohio, Michigan, Wisconsin, Iowa and Pennsylvania, Michigan has been the Democrats’ most reliable of the group, always one of the 15 best-performing Democratic states over the past five elections.
The Rocky Mountain West is another area of fierce competition. The Post-SurveyMonkey poll shows Colorado closer than other polls there, with Clinton leading by just two points and the race tied when Johnson and Stein are included. Meanwhile, Clinton and Trump are roughly even in Arizona. In Nevada, Clinton enjoys a lead of five points in head-to-head competition with Trump but by just three points in a four-way test.
Local Politics Alerts
Of all the states, Texas provided the most unexpected result. The Lone Star State has been a conservative Republican bastion for the past four decades. In 2012, President Obama lost the state by 16 points. For Democrats, it has been among the 10 to 15 worst-performing states in the past four elections.
The Post-SurveyMonkey poll of Texas shows a dead heat with Clinton at 46 percent and Trump at 45 percent. Democrats have long claimed that changing demographics would make the state competitive in national elections, but probably not for several more cycles.
A comparison of the current survey with the 2008 Texas exit poll (there was no exit poll there in 2012) points to reasons the race appears close right now. Trump is performing worse than 2008 GOP nominee John McCain among both whites and Hispanics, while Clinton is doing slightly better than Obama.
Among men, Trump is doing slightly worse than McCain did eight years ago. The bigger difference is among women. McCain won a narrow majority of women in Texas while Trump is currently below 40 percent. That’s not to say Texas is turning blue in 2016. Given its history, it probably will back Trump in November and possibly by a comfortable margin. But at this stage, the fact that it is close at all is one more surprise in a surprising year.
Emily Guskin contributed to this report.