Président Macron, Président Caméléon

Monique Cochinal, Chercheur Associé

Selon les événements, nous avons un président qui change de comportement, imitant en cela un petit reptile, bien inoffensif : le caméléon très habile pour changer de couleur et se fondre à l’environnement, afin d’échapper à ses ennemis, et continuer ainsi sa vie terrestre comme il le désire.

Le temps des petites phrases blessantes semble révolu. Le temps du pouvoir absolu s’estompe. Serait-ce une nouvelle politique qui commence chez nos « macronistes » ? Ou bien, est-ce une obligation devant les nombreux événements malencontreux, que nous avons vécus, depuis plus d’un an ? A changement de situation, changement de stratégie.

Depuis la grave affaire politico-judiciaire Benalla, depuis la grande crise des gilets jaunes et les bavures policières (la dernière en date étant la mort de notre jeune Steve, lors de la fête de la musique, à la suite d’une violente charge policière). Sans parler des nombreuses erreurs commises par nos jeunes Ministres, et Députés aux ordres du tout puissant, notre Président Caméléon, poussé par un instinct de survie, change d’attitude et transforme sa politique nationale et internationale.

Sur le plan national, terminé le temps des lois votées à la va-vite, sans concertation. On multiplie les dialogues, on se concerte, on agit avec prudence. Terminée l’indifférence marquée envers les plus petits élus de la République, on met en valeur les maires, on reconnaît l’importance de leur rôle auprès des citoyens de tous bords (même si, en même temps, leurs subventions sont diminuées, et leurs charges toujours plus importantes). Les bains de foule reprennent de plus belle, avec un président souriant, détendu, engageant des conversations amicales avec « son peuple », buvant un verre d’anisette et trinquant à une heureuse fin de vacances d’été.

Sur le plan international : la situation est très tendue : l’Union Européenne est en train de virer à la « désunion européenne ». Notre vaillante Angela Merkel est bien diminuée et sera bientôt remplacée. Notre président, suite à ses leçons de morale, est en profond désaccord avec nos anciens amis européens : Autriche, Italie, Espagne, Russie. Face aux deux plus grandes puissances mondiales : la Chine et les Etats Unis d’Amérique, l’Union Européenne et notre Président sont loin de faire le poids. D’où, le revirement complet de notre gouvernement envers la Russie, mise à l’écart de l’Europe, et montrée du doigt par tous nos « moralistes en herbe ».

Le grand temps de la réconciliation est venu, et hier, nous avons assisté à l’arrivée du Président Vladimir Poutine dans cette belle propriété de Brégançon, en toute amitié …. Du moins, en apparence. Joli bouquet de fleurs offert à Brigitte Macron, embrassades, serrements de mains chaleureux entre les deux Présidents, et beau discours d’accueil de notre Président ventant la grandeur de la Russie, l’amitié entre les deux pays, tout au long de l’histoire, affirmant même que la Russie, par sa culture, par ses auteurs, ses peintres, ses musiciens, était un pays de l’Europe, et avait un rôle important à jouer dans la construction de la paix dans le monde.

Et, en même temps, de sérieux différends restent et ressortent de part et d’autre, chacun restant sur ses positions et se justifiant. Ce fut évident, lors de la conférence de presse donnée dans la matinée. A la question posée par un journaliste concernant une interdiction de se présenter aux élections, dans la ville de Moscou, pour un certain nombre de candidats opposés au régime actuel, Vladimir Poutine répond vertement : « ces candidats ont été écartés légalement des élections, après leur violent comportement dans les manifestations ……. Je ne voulais pas qu’à Moscou il se passe les mêmes violences qu’à Paris, avec un certain nombre de blessés et de morts ». La réponse d’Emmanuel Macron ne se fit pas attendre : « Je déplore beaucoup les blessés et les morts, et je suis de très près ces débordements policiers, mais nous n’avons pas interdit aux gilets jaunes de se présenter aux élections européennes, c’est, du reste, ce qu’ils ont fait ». Et vlan !!! Le rapprochement tant venté commence plutôt mal…… Devons-nous attendre un changement radical entre ces deux présidents ? A suivre ……..