Russie : Vladimir Poutine annonce une réforme de la Constitution

BERLIN, GERMANY – OCTOBER 19: Russian President Vladimir Putin attends a meeting to discuss the Ukrainian peace process at the German federal Chancellery on October 19, 2016 in Berlin, Germany. The leaders of Russia, Ukraine, France and Germany, known as the Normandy Four, met in Berlin to discuss implementation of the peace plan known as the Minsk Protocol, a roadmap for resolving the conflict in Ukraine after Russian forces invaded in 2014 and annexed the peninsula of Crimea. The United States has threatened renewed sanctions on Russia if the country did not either implement the plan in the coming months or arrive at a plan on how to do so. (Photo by Adam Berry/Getty Images)

Cette déclaration a aussitôt été suivie de la démission surprise du gouvernement russe conduit par Dmitri Medvedev, mercredi 15 janvier.

Modifié le 15/01/2020 à 17:54 – Publié le 15/01/2020 à 15:51 | Le Point.fr

Vladimir Poutine a proposé mercredi une série de réformes de la Constitution russe devant renforcer les pouvoirs du Parlement, tout en préservant le caractère présidentiel du système politique qu’il pilote depuis vingt ans.

© ALEXANDER NEMENOV / AFP

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Dmitri Medvedev laisse le champ libre à Vladimir Poutine. Le Premier ministre russe a présenté mercredi au président la démission de son gouvernement, une annonce surprise après un discours du chef de l’État annonçant une réforme de la Constitution. « Nous, en tant que gouvernement de la Fédération de Russie, devons donner au président de notre pays les moyens de prendre toutes les mesures qui s’imposent. C’est pour cela […] que le gouvernement dans sa composition actuelle donne sa démission », a déclaré Dmitri Medvedev dans des propos retransmis à la télévision.

Le président a remercié son Premier ministre sortant et ses ministres, leur demandant d’expédier les affaires courantes jusqu’à la nomination d’une nouvelle équipe. « Je veux vous remercier pour tout ce qui a été fait, exprimer ma satisfaction pour les résultats obtenus […], même si tout n’a pas réussi », a-t-il affirmé. Dmitri Medvedev, proche parmi les proches de Vladimir Poutine, a expliqué démissionner à la suite de la décision du président d’apporter des « changements fondamentaux à la Constitution » russe, des réformes qui modifient, selon lui, « l’équilibre des pouvoirs » exécutif, législatif et judiciaire.Vladimir Poutine a désigné en fin d’après-midi comme nouveau Premier ministre le patron du fisc russe, Mikhaïl Michoustine, inconnu du grand public, selon le Kremlin. En poste à la tête du Service fédéral des impôts depuis 2010, M. Michoustine, homme chauve au visage épais, est une nomination inattendue. Il a néanmoins la réputation d’être un haut fonctionnaire efficace.

Renforcer le rôle du Parlement

Vladimir Poutine a proposé mercredi une série de réformes de la Constitution russe devant renforcer les pouvoirs du Parlement, tout en préservant le caractère présidentiel du système politique qu’il pilote depuis vingt ans. La principale mesure annoncée vise à renforcer le rôle du Parlement dans la formation du gouvernement, lui donnant la prérogative d’élire le Premier ministre que le président sera alors « obligé de nommer ». Actuellement, la Douma confirme le choix du chef de l’État. Selon Vladimir Poutine, il s’agit d’un changement « significatif » pour lequel il a jugé la Russie assez « mûre ». Les deux chambres du Parlement sont aujourd’hui dominées par des forces pro-Poutine et ne s’opposent jamais aux volontés du Kremlin.

Ces annonces pendant le discours annuel du président russe devant le Parlement et les élites politiques ont nourri les interrogations quant à son avenir après 2024, à l’issue de son mandat, alors qu’il n’a jamais mis en avant de successeur ni exprimé ses intentions. Dmitri Medvedev a occupé de 2008 à 2012 les fonctions de président russe, Vladimir Poutine ayant dû céder le Kremlin pour un mandat en raison de restrictions constitutionnelles, prenant à la place la tête du gouvernement. En 2012, les deux hommes ont échangé leur rôle. Vladimir Poutine a indiqué mercredi proposer à son fidèle collaborateur le poste de vice-président du Conseil de sécurité russe, un organe que le chef de l’État préside.

Vladimir Poutine change la Constitution et son gouvernement. Pourquoi ?

Analyse 

Le président russe a pris tout le monde de cours, mercredi 15 janvier, lors de son discours à la nation, en annonçant une vaste réforme constitutionnelle, avant de recevoir la démission de son premier ministre. Les spéculations sur sa volonté de prolonger sa main mise sur le pays repartent de plus belle.

  • Benjamin Quénelle à Moscou,  le 15/01/2020 à 17:37
  • Modifié le 15/01/2020 à 20:44

Annonce de réformes constitutionnelles, démission inattendue du gouvernement… La politique russe a connu, mercredi 15 janvier, un séisme. Tout a commencé par le discours à la nation du président, à la mi-journée.

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 Face aux membres du parlement et de l’élite politique, ce grand rendez-vous du chef du Kremlin, habituellement en mars, avait étonnamment été avancé. Après avoir parlé de la crise démographique du pays, Vladimir Poutine a pris l’assistance de cours, proposant une vaste réforme de la constitution afin d’accroître les pouvoirs du parlement et du premier ministre.

« La Russie est mûre »

La réforme prévoit de confier au parlement la prérogative d’élire le chef du gouvernement alors qu’actuellement, la Douma (chambre basse) ratifie le choix du président. Pour Vladimir Poutine, c’est « un changement significatif ». « La Russie est mûre », dit-il, pour passer à un régime plus parlementaire. Vladimir Poutine a insisté pour que cette réforme, incluant d’autres mesures soit soumise à un vote, possiblement un référendum.

« Un petit pas » vers plus de démocratie représentative, a commenté Alexeï Koudrine, son ancien ministre des finances. Cet économiste se fait l’avocat depuis longtemps de profondes réformes. Régulièrement, il est cité comme un possible successeur au premier ministre Dmitri Medvedev.

Précisément, peu après la fin de son discours, Vladimir Poutine a reçu dans son bureau son chef du gouvernement. Une réunion bien mise en scène pour une autre décision surprenante : la démission de Medvedev. « Nous devons donner au président les moyens de prendre toutes les mesures qui s’imposent », a expliqué ce dernier, ajoutant que la décision d’apporter des « changements fondamentaux à la constitution » signifie des réformes devant modifier « l’équilibre des pouvoirs » exécutif, législatif et judiciaire.

« Désormais, tout pourrait aller vite »

Vladimir Poutine n’a toutefois pas donné de calendrier pour ces réformes. Mais avec la démission du gouvernement, tout s’est accéléré. « Et, désormais, tout pourrait aller vite, prévient le politologue Fyodor KrasheninnikovCar derrière la façade démocratique, il s’agit d’abord d’organiser le maintien de Poutine au pouvoir pour longtemps. »

Réélu en 2018, le président russe de 67 ans doit quitter le Kremlin en 2024, au terme de son mandat actuel. « Si, après la réforme proposée, le rôle du premier ministre est renforcé, rien ne l’empêche d’occuper alors ce poste. Avec, en plus, le soutien populaire du vote du parlement », envisage le politologue Dmitri Orechkine.

Parmi les autres changements annoncés figure le renforcement du Conseil d’État. « Dans la nouvelle construction, la tête de ce Conseil d’État renforcé pourrait se retrouver, dans les faits, au-dessus de tout, du premier ministre et du président. Un poste taillé sur mesure pour… Poutine ? », s’interroge Andreï Kolesnikov, politologue du centre Carnegie.

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