Triste chronique d’une pandémie. Grande leçon d’humilité

La France manque de tests…

Monique Cochinal

En novembre 2019, au moment où, chaque année, une épidémie de grippe sévit, on entend parler de « grippette », en signalant quelques cas isolés. Mais, n’ayons crainte, notre système de santé est le meilleur d’Europe, et le corona virus responsable de la grippe, nous le connaissons. Du reste, nous avons un vaccin très efficace. Bonnes gens dormez bien, dormez tranquilles !

Presque à la même époque, dans une province éloignée d’Extrême-Orient, on parle d’une épidémie plus sérieuse et l’on voit circuler les habitants tous masqués. Oh ! Rien d’anormal : ils sont bien habitués à cette protection …. Il y a une telle pollution dans l’air : trop d’usines polluantes, trop de gaz carbonique … Heureusement rien de semblable en France, nous y veillons !!

Il faut dire que nos « élites » avaient d’autres chats à fouetter : elles devaient faire face à une longue série de grèves, manifestations violentes de personnes de tous bords opposées à cette grande réforme (une de plus) de notre archaïque système des retraites. Une bonne majorité de la population française, désemparée par tant d’hésitations, d’incohérences et d’incompréhensions, se sentait abandonnée, et les plaintes s’amplifiaient : trop de réformes, trop de lois votées vite, non appliquées. Les principaux ministères étaient en panique : réforme du travail, réforme de la santé, réforme de l’éducation nationale, réforme de la justice, réforme de la constitution. Trop de chantiers commencés en même temps, traités froidement, sans aucune considération de l’être humain, le grand principe étant partout la « Rentabilité ». Dans les territoires éloignés et les villes de province : fermeture des maternités (non rentables), fermeture des petits hôpitaux de province (non rentables), fermeture des centres médicaux (manque de médecins, manque d’infirmières, manque d’aides soignants, de kinésithérapeutes), fermeture de petites écoles (pas assez d’enfants et manque d’enseignants).

Très vite, dans cette ambiance plus que morose, tout va basculer, et la « petite grippette » va devenir une redoutable pandémie. Tous les pays de la planète seront touchés. Ce virus invisible, que l’on croyait connaître, va se répandre à la vitesse de l’éclair, et apporter deuils, tristesse, malheur, crise sanitaire, crise économique, crise sociale. « Nous sommes en guerre », annoncera notre Président. Notre ennemi ? Un microscopique virus, aux effets imprévisibles, qui laisse impuissants et désarmés nos plus grands scientifiques mondiaux.

Devant une pandémie ou une guerre, tout Etat se doit de prendre rapidement des décisions précises, faire des choix difficiles, avec, avant toute chose, le souci de protéger la population, et éradiquer, le plus vite possible, le mal, en oubliant les querelles politiciennes, la vanité prétentieuse. Pour mériter confiance, reconnaissance et respect, il faut savoir reconnaître ses torts, humblement et sincèrement, et dire toujours la vérité, aussi dure soit-elle. Il faut savoir diriger fermement, mais sans accuser et juger (une main de fer dans un gant de velours). Il faut savoir rassurer et non effrayer.

Ce n’est qu’en temps de catastrophe naturelle, guerre, pandémie, que l’on distingue la force et les capacités d’un Chef d’Etat et sa bonne gouvernance. En Europe, où la pandémie bat son plein, on voit se profiler une fin plus rapide, dans les Etats les plus forts du Nord (Allemagne, Danemark, Suède, Luxembourg, Suisse, Belgique, Hollande) et un durcissement de la situation dans les Etats les plus faibles du Sud (Italie, Grèce, Espagne).

En France, hélas, nous atteindrons très prochainement le chiffre impressionnant  de 30 000 décès du coronavirus, et probablement plus à la fin de cette pandémie, car il est toujours présent. Un triste bilan, qui a révélé des incohérences, des incompétences, des négligences de la part de notre gouvernement : masques manquants, lits manquants et matériels médicaux introuvables dans les services de réanimation, services d’urgence des hôpitaux publics débordés, pénurie de médicaments indispensables pour soulager les souffrances des malades, menacés très vite de mort par asphyxie. Puis, très vite, confinement déclaré officiellement, fermeture de toutes les écoles, tous les services administratifs, mais, « en même temps » maintien du premier tour des élections municipales. Transparence absolue avec, chaque soir, le nombre de décès en 24 heures, le nombre d’amendes distribuées pour non respect du confinement, mais « en même temps » pas encore assez de masques, de médicaments, d’appareils respiratoires, de sur-blouses pour nos soignants.

La période du « déconfinement » (un nouveau mot inventé par nos gouvernants) n’est pas plus claire avec la réouverture des écoles, mais dans certaines conditions sanitaires : masques obligatoires pour les enseignants, distance de plus d’un mètre entre chaque élève, désinfection des locaux, du matériel utilisé plusieurs fois par jour, lavage des mains au savon très souvent dans la journée, et cours donnés par groupe de 15 enfants maximum, deux jours par semaine seulement. La France est partagée en deux zones : zone verte et zone rouge, mais « en même temps » le virus circule toujours dans toute la France. Donc, restons vigilants, et surveillons les nouveaux cas partout, avec des tests, qui arrivent avec difficulté et manquent encore sur le terrain. On craint même qu’ils arrivent en masse au moment où ils deviendront inutiles. Iront-ils moisir au fond d’un hangar ?

Le gouvernement devra rendre compte devant nos deux assemblées de cette mauvaise gestion de la crise, car nous avons droit à la vérité. Combien de morts évités ? Combien de souffrances soulagées ? Combien de malheurs épargnés ? Pourquoi le décès de mon grand frère, certes âgé (il aurait eu 93 ans en septembre 2020), mais en pleine forme physiquement et intellectuellement, confiné dans son appartement, en plein centre de la ville de Massy, mais obligé de sortir pour se ravitailler, sans masque de protection, car, à cette époque, hélas ! On nous affirmait que le port d’un masque était inutile, pour cacher la vérité : il n’y avait plus de masques de protection, la réserve sanitaire ayant moisi dans un entrepôt, donc devenue inutilisable elle fut brûlée.

Plutôt que de distribuer primes, médailles, belles paroles de reconnaissance aux plus petits de nos soignants, aux plus humbles travailleurs, tous nos vaillants soldats en première ligne, dès le début de la crise, nos gouvernants sauront-ils reconnaître et apprécier leurs valeurs humaines. Relisons la belle fable de La Fontaine : le lion et le souriceau, et mettons à profit la morale de ce récit : « on a souvent besoin d’un plus petit que soi ».